poèmes de 2017

 

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    4. POÈMES 1975-2016
        4.1. poèmes 2014-2017
poèmes de 2017 

je reprends un classement en séries :

- LE ROMAN D'ILYA, allégorie de la réalité, 84 sonkus

- sonnets de 2017

- sonkus de 2017

- À L'INFINI BORD D'ELLE, forme longue (en cours), de l'alexandrin au verset


parenthèse de technique poétique
du vers au verset, polyrythmie/polymétrie, la poésie est audio-visuelle...
 


pratiquer intensément permet de bousculer la forme, la forme-contenu. Ainsi des vers polymétriques et polyrythmiques dont j'ai parlé comme inspirés par le jazz, notamment Thelonious Monk, Sonny Rollins, Elvin Jones, etc. Adopter pour le vers (le retour à la ligne) une métrique de base (l'équivalent de la mesure en musique, avec ses barres, à 4/4, 9/8, 12/8...), plus haut autour de l'alexandrin, n'empêche d'y insérer, à l'intérieur ou par enjambement, d'autres métriques, voire de créer des vers enjambés, à cheval sur deux ou trois. Dans l'alexandrin de base s'insinuent toutes les métriques plus courtes, 3, 4... 8, 9...11, mais il peut s'allonger vers 13, 14... 15, 16, 17... c'est-à-dire devenir verset, avec des possibilités démultipliées, paires ou impaires ou les deux

exemple d'une autre présentation de deux quatrains en "~alexandrins", plus haut :


J'ai vu d'entre les mots ressusciter cette âme
en robe de soie, toi sans visage, sans visa
revenue parmi fleurs de mille ans, du Vietnam ?
Vénus au lotus rouge, émotif, à motif
inconnu. Sans prise de Têt aller de femme

en tête, battre fête au village du verbe,
le faire chair, plus cher encore en corps hanté,
entêtant à tenter le diable et fou chanter
enfin, à tue-tête et sans char, l'été, qu'ailleurs l'herbe
évertue, que charité ordonne le vertige !

J'ai vu d'entre les mots ressusciter cette âme en robe de soie, 17
toi sans visage, 4
sans visa revenue parmi fleurs de mille ans, 12
du Vietnam ? 3
Vénus au lotus rouge, émotif, à motif inconnu. 15 (comme un alexandrin brisé par 3 syllabes à la césure)

Sans prise de Têt aller de femme en tête, 11 (5 + 6)
battre fête au village du verbe, 9 (3x3 valse ternaire jazz)
le faire chair, plus cher encore en corps hanté, 12
entêtant à tenter le diable et fou chanter enfin, 14 (8+6)
à tue-tête et sans char, l'été, qu'ailleurs l'herbe évertue, 14 (alexandrin brisé par 2 syllabes à la césure)
que charité ordonne le vertige !
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cette possibilité n'existe pas avec l'alexandrin classique (d'avant Hugo voire Racine), que j'ai moqué :

Vertige du printemps, Ô ma saison d'aurore,
Que la raison s'endorme et vienne l'oraison
Jaculatoire eau vive, Ô ma fontaine d'or
Où rime à diapason la secrète liaison
Du verbe et de la chair, des âmes et des corps.


quel intérêt ?

1) on retrouve celui du "vers libre", qui grosso modo fait des vers syntaxiques, sans métrique régulière et sans rime, parfois sans enjambement, mais on y ré-introduit toutes les formes de la poésie antérieure, par les assonances qui font rimes intérieures, donc double découpage polymétrique/polyrythmique*

* - la polymétrie, ce sont des vers de longueurs différentes, en musique des mesures composées de mesures simples successives ou alternées
- la polyrythmie, c'est la superposition, concomitante, de plusieurs mesures : 3 pour 4, 4 pour 3, 7 pour 4, etc. Un musicien soutient un rythme, un autre un autre rythme. Parfois le même si l'instrument est polyphonique (piano, batterie...)
le principe est systématique en musique africaine, par exemple un ensemble de djembés/doundoun en Afrique de l'Ouest
- la polymétrie polyrythmique, en poésie, suppose à la fois l'écrit (le visuel par la mise en page), et l'oral (le sonore par la diction, serait-elle intérieure), puisqu'il n'y a qu'une voix : la poésie est audio-visuelle


2) à partir de 14 syllabes, un alexandrin allongé, on passe au verset de 15, 16, 17... et l'on comprend pourquoi Aragon l'adopte, notamment dans Le Fou d'Elsa et le recueil Les poètes : le besoin émerge de "vers" plus longs pour faire ressortir la polymétrique, sinon la polyrythmie. Pour avoir les deux ensemble, il fallait pour moi l'influence du jazz... 

tout cela est essentiellement à rebours de la poésie française de la seconde moitié du 20è siècle, poésie conceptualiste et philosophante, le plus souvent peu soucieuse des sons et rythmes. Quant à la poéticaille actuelle (qu'on trouve sur les sites internet de poésie, voire chez les poètes de tweeter), on se demande pourquoi certains l'écrivent en vers et sans rime ni, apparemment, de raison pour aller à la ligne, sinon pour que ça fasse poésie (à preuve, ce sont des vers)

autrefois on avait le poème mirliton, avec ses bouts rimés (la poésie selon la RATP), aujourd'hui, on a même enlevé les bouts

en abandonnant le travail sur les sons/sens et rythmes pris ensemble, on oublie que la poésie, en tant qu'art et comme tout art, repose sur la forme-contenu, la forme comme contenu