chronique en vrac, 2016-2017...

 

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chronique en vrac, 2016-2017... 

dans cette chronique, j'interviendrai de façon aléatoire, fonction du quotidien qui m'aura "interpellé quelque part", brassant sans ordre ce qui alimente mes approches théoriques et praxiques...

ce sera plus simple de lecture que le défunt forum en son labyrinthe à s'y perdre, plus linéaire aussi, bref, un feuilleton pour afficionados à même de replacer chaque chronique dans le contexte de l'approche générale : ma fidèle lectorate toujours neuve que je salue pour l'occasion

 

16 janvier 2017

SEXE et COMMUNISME un nouveau sujet dans le forum, où l'auto-organisation va bon train

manquait un fil où l'on aborde la sexualité de plaisir plus que de reproduction. Cela n'épargne pas, pour éviter un excès de sexe, de consulter les sujets concrets et théoriques...

9 janvier 2017  une critique du « milieu militant » par Aqni (AliBlabla dans le forum, en bas de page)

chronique en vrac, 2016-2017...

6 janvier 2017

l'écriture du ROMAN D'ILYA, allégorie de la réalité m'a occupé ailleurs, mais le débat est à poursuivre ici : LES COMMUNISMES, UNE IDÉE NEUVE DANS LE MONDE, résumé des épisodes précédents

1er janvier 2017

Antonio Gramsci, Je hais le nouvel an

1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole »Traduit par Olivier Favier
 

Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant.


 

31 décembre

14:02 positivons !

chronique en vrac, 2016-2017... @joaquimjuky Tweeter RT A.C. Dinerstein

ce vœu est-il irréaliste ? Oui et non, si « le communisme est le mouvement réel qui abolit l'état actuel.» (Marx-Engels, IE, 1845), car tout dépend de ce qu'on nomme « l'état actuel ». Certes aucun mouvement n'abolit de nos jours le capitalisme, mais si « l'abolition du capitalisme ne nous débarrassera pas de ces oppressions (racisme, au sexisme, au nationalisme, etc., ) mais seulement de leurs formes capitalistes. On ne pourra complètement [y] mettre fin dans toutes leurs formes qu'avec l'abolition de la société de classe elle-même... » (Bertell Ollman)

que les sociétés de classe aient produit au passé et produisent au présent de la barbarie n'exige pas de faire un dessin. Les luttes contre ces oppressions contiennent déjà l'objectif de leur abolition au-delà de ce qu'elles procèdent du capitalisme, y compris les ayant reformulées (subsomption réelle de tous les rapports sociaux). Dit autrement, elles se portent au niveau de l'abolition de la société de classe... contre la barbarie. Et j'ajouterais, de mon pessimisme impénitent, la barbarie... qui vient (expulsion : Sassen)

il en ressort une définition positive du communisme comme mouvement de toutes les émancipations et qu'il ne peut être défini strictement comme négation dans l'implication réciproque avec le capital comme mode de production économique

dans l'esprit de ce forum et de son titre, COMMUNISMES, FÉMINISME, DÉCOLONIAL et ÉCOLOGIE, c'est une autre manière de dire que toutes ces luttes sont, quelque part, communistes, en tant qu'ainsi redéfini, le communisme les contient

je souhaite donc à ma lectorate une bonne année 2017, communiste, contre la barbarie !

 

30 décembre

14:38 communismeS, espace et temps... révolutionS / subjectif, poétique et matérialisme dans LES COMMUNISMES, UNE IDÉE NEUVE DANS LE MONDE

13:03 subjectivisme et esthétisme en lieu et place de la théorie

Endnotes, ?? T?S??S ??? LA (L.A. THÈSE) dndf 30/12/2016

Traduction à quatre mains ( du grec à l’anglais et de l’anglais au français ) de l’introduction au texte de « LA Theses » d’ Endnotes publiée sur le site grec https://aruthlesscritiqueagainsteverythingexisting1.wordpress.com/

Nous publions à nouveau le texte de «LA Theses» d’ Endnotes pour diverses raisons.

Tout d’abord, parce que nous voulons que ce texte soit présent sur notre blog. C’est un beau texte. Mais, au-delà, c’est un texte court et complet qui résume très bien leur travail jusqu’à présent – du moins dans la mesure de ce que nous pouvons saisir de leur travail – et montre leurs lignes de recherche fondamentales et leur perception du communisme dans la conjoncture actuelle. On  peut prétendre que certaines de leurs thèses sont ultra-optimistes et que rien ne s’est produit qui amène au communisme. EndNotes ne refusent pas la partialité et les limites des luttes. Ce qu’ils disent, c’est que cette partialité même des luttes est accompagnée d’une vision métonymique de la transcendance des séparations et des fragmentations existantes et, cumulativement, ils produisent une image passagère et fugitive de ce qui n’est pas encore advenu mais le pourrait…. Ce processus inclut, présuppose et produit une foi qui diffère du processus faux et naïf de l’espérance optimiste commune. C’est une foi logique qui recueille secrètement l’utopie – et s’identifie à cette utopie à travers les fissures que crée sur elle-même la contradiction très mouvante du capital, la même contradiction qui est articulée et mêlée aux corps et  désirs des sujets capitalistes eux-mêmes, qui tente de se reproduire à l’intérieur de la totalité capitaliste et de sa propre totalité. Cette vision, comme horizon et  expérience matérielle éphémère, est la voie par laquelle le communisme se rafraichit constamment dans son annulation. L’annulation de la vision est en même temps l’identification avec ce qui a été annulé, c’est la mémoire, et la lutte (qui accompagne la vision) est un événement matériel / une rupture dans les relations matérielles du capitalisme, un événement / perturbation qui transforme le capitalisme et, en même temps, transforme les sujets, leurs espoirs et leurs tactiques. Le fait que le communisme reste possible comme horizon montre exactement sa présence immanente dans le monde du capital, présence qui reste négative à la fois comme conflit et abolition et comme absence.

Seulement, le sujet ne se noie pas dans le cynisme, l’empreinte mentale de l’universalité du fétichisme capitaliste, l’aveu en creux que «les choses sont comme elles sont». C’est seulement ainsi que les contradictions deviennent visibles comme des éclairs fugaces qui éclairent les choses, non  comme de simples antinomies et déviations d’un état naturel et inévitable, mais comme des opportunités pour de nouvelles expérimentations de socialité qui prouvent constamment que «les choses pourraient être différentes». Ce sont des produits historiques qui ont un début et une fin possible.

RC le 11 décembre 2016

si « C'est un beau texte » c'en est une "belle introduction", mais d'un subjectivisme qui se prend pour poétique. Ni comme "poète" ni comme "théoricien", je ne mange de ce pain-là, de l'esthétisme et de la phrase qui fait semblant de vouloir dire quelque chose, au nom de l'utopie et même de la foi

au demeurant, on peut s'interroger sur cette confusion entre utopie (concrète) et foi; ne traduit-elle pas ce besoin de croire pour combler un manque de communisme, que j'ai pointé en 2012 à propos du milieu de la communisation, dans pour en finir avec mon communisme-théorique
, et qui n'a cessé de se confirmer au fur et à mesure que ses théoriciens n'avaient plus rien sous les yeux pour appuyer leurs thèses sur la révolution communiste ?

dithyrambique et non problématisé, d'un idéalisme si creux que je pense inutile de m'en expliquer, non, ce n'est pas une bonne introduction au texte de Endnotes, dont j'ai parlé ailleurs. J'attends autre chose de la critique


 

29 décembre

22:30 à propos de "classe et race" dans le débat entre communisateurs, suite du 13 décembre plus bas

Nestor dndf 9/12/2016 à 17:34 | #11

La remarque de RS (« C’est tout le problème et la difficulté de produire une théorie de la racisation rejetant et le déni normatif au nom de la classe une et indivisible dans son concept … et les entrepreneurs en racisation ») est tout de même étrange. En effet, il est au contraire très facile de produire une telle théorie à partir des positions même de TC. Ce qui, dans les luttes actuelles, est dynamique, c’est la capacité à attaquer ce qu’on est dans le capital: donc attaquer sa position de prolétaire, et qui plus est de prolétaire situé (car on n’est jamais prolétaire abstraitement, on est toujours un prolétaire de tel statut, telle position, telle origine…). C’est donc aussi bien la capacité à s’attaquer aussi à sa soi-disant « race » qui fait partie d’une telle dynamique. Au contraire, l’organisation sur la base de ce qu’on est ou de ce que le capital prétend qu’on est va dans le sens de l’affaiblissement de la même dynamique.

La division en races a de plus toujours été particulièrement idéologique, et même si, certes, d’un certain point de vue, tout est idéologie dans les productions du capital, il y a tout de même des degrés et des extrêmes.

une telle tentation de produire une théorie de la racisation sur la base de TC, je l'ai montré en détails le 13 décembre, serait vaine. Ici, Nestor utilise un argument à géométrie variable selon qu'il s'agit de la classe ou de la "race", un grand classique du matérialisme abstrait :

si, sur la base de la contradiction capital-prolétariat, « est dynamique la capacité à attaquer ce qu’on est [exploité] dans le capital », pourquoi l'identité de "race" ne produirait pas une capacité à attaquer ce qu'on est, racisé, dans le capital ? L'identité de "race" se fait identité de lutte contre le racisme dont on est victime (car on est jamais racisé abstraitement pour reprendre le terme de Nestor...), et toute la question, plutôt que de renvoyer ces luttes à l'idéologie dominante, dans le camp d'en face, est de voir comment elles peuvent produire leur dépassement dans l'articulation à la contradiction de classe

désolé, mais je ne vois pas aujourd'hui de dynamique sur le modèle RS/TC qui créerait un tel écart permettant d'un point de vue prolétarien d'« attaquer la "soi-disant race" ». Ce qu'on observe, de la part du prolétariat occidental et de pays avancés dans le capitalisme, c'est un populisme raciste , rien d'autre qu'une forme d'alliance entre le capital et le prolétariat qui a ou veut retrouver du travail... exploité. S'il est des marxistes, seraient-ils communisateurs, pour leur service cette soupe, grand mal leur fasse, car on ne peut vouloir ou espérer une chose et son contraire 

on l'aura compris, Nestor cherche ici chez TC une justification théorique à l'intervention en "anti-racialisateur", et croit l'avoir trouvée mieux que RS chez celui-ci, qui n'a nulle part sérieusement théorisé la question raciale. Si « la remarque de RS est étrange » c'est tout simplement parce qu'il se présente le cul entre les deux chaises, bien mal assis, problablement pour éviter une explosion théorique au sein de Théorie Communiste même

c'est toute la caractérisation de la période, commune aux communisateurs et anti-racialisateurs, qui est fausse, ce qui renvoie à mes chroniques récentes, comprenant les définitions de ce que sont le prolétariat et les classes...

autrement dit Nestor a produit, lui, une erreur de méthode doublée d'un raisonnement tautologique (il trouve ce qu'il a posé, et qui jusque-là était effectivement chez TC, ce qui ne lui a pas échappé comme étant "étrange"), un point de vue idéologique, dans lequel « il y a tout de même des degrés et des extrêmes », mais le sien relève du déni relevé par RS, ce que j'appelle moi crûment L'EUROCENTRISME actuel, UN NÉGATIONNISME RACISTE réel

 

20:50  migrations, Afrique, Méditerranée, Europe : luttes et rapports de classes

un texte qui a l'air très intéressant, si j'en crois l'introduction

RUBBER BOATS & THE PLANETARY CLASS STRUGGLE By Richard B, Metamute, 28 October 2016

The global border regime excludes from transport those who most need to travel, with deadly consequences. While migrants resist and overcome state control of movement, the dominant sense of the 'refugee crisis' forecloses a perspective of class struggle. Richard B analyses the production and distribution of rightless non-citizens by national capitals acting internationally, to recover a sense of the challenge to capital migrants pose as a proletariat

 

14:20 des erreurs de méthodologie symétriques

un postcapitalisme sans sortie de la société de classes ?
1) la particularité capitaliste comme tout (théorie de la communisation)
2) l'a-dialectique des "contradictions englobées" dans la généralité humaine (Temps Critiques)

 

10:24 Dauvé, Moody, frères ennemis de l'idéologie du prolétariat universel révolutionnaire

Working class zero ? Sur la prétendue disparition des ouvriers étasuniens, Gilles Dauvé, DDT21, décembre 2016

intéressante lecture par Gilles Dauvé de US Labor : What’s New, What’s Not? Kim Moody, 2016, intéressante certes pour les chiffres, mais surtout pour le double point de vue critique adopté par le théoricien communisateur. D'un côté c'est sans difficulté qu'il met en cause la, position de Moody, lié au Social Movement Unionism...

Limite du labor writer

Si Moody tient à montrer la permanence de la classe ouvrière et de sa lutte, c’est qu’il cherche quelles ont été, sont et seront les conditions d’un « vrai » mouvement ouvrier, né de la base et restant sous son contrôle. Il croit en effet possible un syndicalisme « lutte de classes », dont les structures reflèteraient l’auto-organisation des travailleurs, sans bureaucratisation, sans que tôt ou tard la négociation collective institutionnalisée transforme prolétaires et bourgeois en « partenaires sociaux ». Son activité et ses écrits militent pour radicaliser les luttes revendicatives et, à défaut d’un Parti du Travail digne du nom, il apporte son soutien à des forces politiques progressistes. Ce qui ne l’empêche bien sûr pas d’envisager la suppression du rapport travail/capital : pour lui, elle viendra d’une montée en puissance des travailleurs face aux bourgeois, l’intensification des résistances finissant par basculer en renversement de la classe dominante, les prolétaires auto-organisés prenant collectivement le pouvoir pour mettre en place un travail associé géré en commun. Perspective très différente de celle exposée sur ce blog.

d'un autre...

Une tentation fréquente de la pensée radicale actuelle consiste à remplacer un prolétariat ouvrier jugé terrassé ou défaillant par un « précariat » beaucoup plus large et surtout n’ayant quasiment plus rien à revendiquer dans le capitalisme, rien sauf sa destruction. Dans cette vision, ce que l’on prend pour une désintégration de la classe ouvrière (et du « mouvement ouvrier » qu’elle avait créé) est interprété positivement comme la condition indispensable, sinon suffisante, de la révolution. Privés de possibilité réformiste, des centaines de millions de précarisés sans présent ni avenir dans les pays comme les Etats-Unis (et à l’échelle planétaire quelques milliards de personnes qui ne sont pas salariables du tout) n’auraient plus d’autre perspective que de crever, de végéter, ou de tout remettre en cause, le travail autant que le capital.

Il est vrai que, des Etats-Unis à la Grèce, l’action revendicative n’obtient plus grand-chose, et même échoue souvent à préserver les acquis que les bourgeois avaient dû autrefois concéder. Mais de ce fait incontestable, il est faux de conclure que nous approcherions (enfin) du seuil historique où les prolétaires n’ayant plus rien à défendre seraient voués à attaquer un système qui les nie. L’expérience passée et présente atteste que, coincés le dos au mur, les prolétaires ont plus d’une façon de réagir : éventuellement tenter de révolutionner le monde, mais surtout résister quand c’est possible, ou se résigner, espérer en un parti qui promet des changements (il en existe), rejoindre un syndicat (il en reste), se replier sur une base régionale, ethnique ou religieuse, voter pour un candidat qui s’engage à défendre le « travail blanc », et si aujourd’hui les capacités de communauté de lutte ne manquent pas, les occasions d’auto-destruction molle ou dure non plus.

Malgré leurs défauts et leurs présupposés, des études comme celle de Kim Moody démontent l’illusion d’une époque contemporaine réduite à l’alternative entre « Tout ou rien ». Il n’y a pas décomposition capitaliste du travail, mais recomposition. Pas plus au 21e siècle qu’au 20e, le capitalisme ne résoudra la question sociale à la place des prolétaires.

...  une chose que Dauvé ne voit pas : ses propres présupposés dans l'idéologie du prolétariat universel, qu'il partage avec Kim Moody. Certes le précariat n''est pas par excellence le nouveau sujet révolutionnaire, mais  pourquoi et comment peut-on encore soutenir une analyse entièrement fondée sur l'implication réciproque entre capital et prolétariat (réduit au prolétariat ouvrier, considération bizarre en "subsomption réelle" du capital sur l'ensemble des rapports sociaux), quand « à l’échelle planétaire quelques milliards de personnes ne sont pas salariables du tout » ? On retrouve le flou du concept de prolétariat comme noyau dur de l'idéologie communisatrice. Entre les lignes, une critique de la théorie de l'écart, de Théorie Communiste (« Il est faux de conclure que nous approcherions (enfin) du seuil historique où les prolétaires n’ayant plus rien à défendre seraient voués à attaquer un système qui les nie...»)

qu'on le voit dans un avenir proche ou lointain, ce « seuil historique » n'existe que dans la croyance commune qu'en ont communisateurs et interventionnistes. Ce qui est faux n'est pas la durée de l'attente mais le dogme révolutionnaire lui-même. Contrairement à une idée tenace, et nonobstant ses nuances, c'est toute la théorie de la communisation qui est structuraliste et déterministe. Pourquoi ce seuil historique ne serait-il pas atteint par les « quelques milliards de personnes qui ne sont pas salariables du tout », autrement dit ceux qui sont, dans les termes d'Achille Mbembe et Saskia Sassen, expulsés du rapport d'exploitation par le travail ? Mystère... « Le dos au mur » il n'y a rien d'une révolution écrite à l'avance, mais un moment présent de basculement des rapports de classe qui est loin de se réduire, comme le soutient Dauvé en se contredisant, à une « recomposition capitaliste du travail »

PS : il serait aisé de montrer que, relativement à la méthode d'abstraction de Marx (Ollman), Dauvé fait preuve d'un réductionnisme passant à la trappe sa dialectique complexe fondée sur l'extension, les niveaux de généralité et le point de vue. Tout à la controverse entre positions théoriques et politiques, au demeurant sans prise sur la réalité, ce qui est oublié, c'est l'analyse du moment présent du capitalisme, dans une répétition lancinante de « généralités déjà fausses en 1975 » (Karl Nesic)

 

23 décembre

16:36 la dialectique complexe mise en œuvre pour le rapport capital/nature

comme cette rubrique en vrac, le sujet du forum LES COMMUNISMES, UNE IDÉE NEUVE DANS LE MONDE se présente de façon linéaire avec l'avantage d'offrir la possibilité d'une discussion. Le thème de communismes pluriels permet de remettre en perspective l'ensemble de mes considérations tout en les reformulant sur la base des derniers résultats, hypothèses ou problématiques apparues

un tel sujet est de fait plus touffu que les autres, mais devrait permettre à qui ne souhaite pas tout lire de gagner du temps et d'avoir une vision générale articulée des contenus tant du forum que du livre électronique

aujourd'hui, j'ai présenté la dialectique complexe mise en œuvre pour le rapport capital/nature, en expliquant comment, avec la méthode d'abstraction de Marx selon Bertell Ollman, on pouvait éviter des erreurs de méthodologie tant des marxistes que des écologistes

22 décembre

17:08 une "première conférence du XXIè siècle sur le communisme", à Rome...

C17 – The Rome Conference on Communism

ils y viendront, seront tous là : Étienne Balibar, Maria Luisa Boccia, Bruno Bosteels, Luciana Castellina, Pierre Dardot, Jodi Dean, Dilar Dirik, Terry Eagleton, Claire Fontaine, Katherine Gibson-Graham, Michael Hardt, Augusto Illuminati, Christian Laval, Christian Marazzi, Giacomo Marramao, Morgane Merteuil, Sandro Mezzadra, Antonio Negri, Brett Nielson, Alexei Penzin, Jacques Rancière, Trebor Scholz, Bhaskar Sunkara, Enzo Traverso, Mario Tronti, Marcel Van Der Linden, Yanis Varoufakis, Paolo Virno, Wang Hui, Slavoj Zizek...

belle auberge espagnole, mais en Italie, car tous les chemins mènent à Rome. De là à y trouver l'idée de communismes pluriels, c'est un autre son de cloches que cette mise en communs, et franchement, le communisme traversé de Traverso à Varoufakis en passant par Dardot/Laval, Zizek et Morgane Merteuil, non merci

In January 2017, in Rome, the first international conference on the communism of the 21st century

C17 is an association and a network of Italian independent and university based researchers, political activists, writers, editors and journalists. Our objective is to organize an international appointment in Rome, on the concept and practice of communism.

The history of achieved and imagined communisms, their victories and setbacks. Contemporary capital and its functions. Communists today and their practices. Power, state, government. Common aesthetics, aesthetic communism, communism of the “Sensible”. Thinkers, researchers, activists from around the world will gather in Rome for five days on the one hundredth anniversary of the October Revolution.

source via Viewpoint Twitter : « Viewpoint is co-sponsoring [sic] the Rome Conference on communism. Help our comrades meet their fundraising goals...»

 

21 décembre

20:50 les communismes, une idée neuve dans le monde

par la grâce et la trêve des confites sœurs, cadeau : un certain Tristan Vacances s'est inscrit au forum, qui vit ainsi sa deuxième vie avant même la nouvelle année. Il n'y a pas que des camions de malheur sur les marchés de Noël

 

11:50 création vs destruction : négotions de la négation

si dans Google on tape "création destructrice" on obtient "destruction créatrice", renvoyant à Schumpeter : « La « destruction créatrice » désigne le processus continuellement à l'œuvre dans les économies et qui voit se produire de façon simultanée la disparition de secteurs d'activité économique conjointement à la création de nouvelles activités économiques.»

on n'a pratiquement pas d'occurrence du premier, sauf sans doute par erreur de traduction de « Creative destruction », à moins qu'on ne les considère comme équivalents. Exemple, Wikilibéral : « La destruction créatrice ou création destructrice désigne en économie le processus de disparition de secteurs d'activité... »

le parallèle s'établit aisément avec un concept de communisation qui insiste sur la destruction du capitalisme davantage que sur la positivité du communisme, arguant que l'on peut théoriser et décrire le processus d'abolition de la valeur, de l'État, des classes, mais pas celui de la création d'un monde de nouveaux rapports humains, laissés dans le vague ou à des récits infantiles sur le bonheur des « rapports sociaux immédiats entre individus »

éloge communiste de la création

la création est la seule source durable de changement historique, et sa puissance est telle que c'est la destruction qui vient de surcroît, comme le montrent les progrès techniques dans l'histoire et particulièrement celle du capitalisme, les outils anciens disparaissant au profit des machines puis des robots, sans qu'il soit nécessaire de les détruire. On les laisse rouiller dans un coin, on les vend aux enchères, on en fait des musées...

les individus ont toujours de la satisfaction à réaliser quelque chose par eux-mêmes, individuellement ou collectivement. Une différence s'établit entre ce qui est reproductible et ce qui est inventé, nouveau. L'invention est le propre de l'art au sens large. Au sens de la poétique, l'art n'a pas de valeur, il n'est pas une marchandise. Quand une œuvre est vendue en tant que marchandise, au prix d'une valeur mesurable pour quelque usage que ce soit, ce n'est pas de sa valeur artistique qu'il s'agit

chronique en vrac, 2016-2017...

comme intermédiaire entre l'objet fabriqué en série et l'art comme œuvre unique n'ayant a priori pas de valeur d'usage ni d'échange, on a l'objet artisanal des "métiers d'art", telle œuvre d'ébéniste, par exemple une table, qui conserve une valeur d'usage, donc d'échange : c'est encore une marchandise

c'est pourquoi l'art créateur d'une œuvre qui ne l'est que dans le regard d'un.e autre, œuvre-sujet, possède un caractère paradigmatique de ce qu'est une création sans valeur d'usage ou d'échange marchand. Sa valeur au sens artistique n'a pas de prix, elle est invendable. Si, dans la société capitaliste, elle se vend, sur le "marché de l'art", ce n'est que par la confusion entretenue entre ces deux sens du mot valeur

cela peut tout aussi bien s'entendre pour un objet fabriqué à usage immédiat dans une relation immédiate, tel bricolage à la maison ou tel petit plat mitonné avec amour pour ses proches : la cuisine est un art de l'éphémère, comme la musique improvisée, la danse...

la supériorité de la création, de l'invention, sur la destruction, en fait le moteur de l'histoire, et pour moi la seule source de bonheur véritable

 

20 décembre

16:09 une théorie communiste de la révolution est-elle encore possible ?

en vérité, il vaudrait mieux dire que le concept d'expulsion pose un problème théorique pour toute théorisation communiste, car si elle ne peut plus être fondée sur l'activité révolutionnaire du prolétariat, sur quoi ?

une sérieuse limite à l'exercice, pour reprendre Charrier (2002 §12 ci-dessous), est qu'on ne va pas « remplacer le Sujet prolétarien par le Sujet théoricien ». Or ma conceptualisation d'un marxisme décolonial, dont la construction théorique n'a rien d'aberrant du point de vue de sa logique interne, de sa cohérence bel et bien fondée sur des luttes réelles, ne repose pas davantage sur un courant où l'on constaterait, en construction aujourd'hui, un communisme décolonial, féministe et écologiste

le seul point d'ancrage est la double crise de l'Occident et du capital, et dans celle-ci l'émergence de luttes décoloniales, féministes et écologistes. Si elles sont "révolutionnaires", ce serait au sens du mouvement de l'histoire davantage que d'une sortie du capitalisme. Sens dans lequel nous retrouvons quelque chose qui ressemble à la conjoncture mondiale qui mit fin, par la victoire des mouvements de libérations nationales anticoloniales, au colonialisme historique, et nous pourrions alors constater comme Jacques Camatte en 1976 : « Cependant, vue la carence du mouvement prolétarien dans ces pays, on fut bien amené à reconnaître que la lutte des races se révélait parfois beaucoup plus révolutionnaire que la lutte des classes.» (j'ai importé le texte ICI)

bref, je ne fais ici que reformuler la distinction déjà établie entre théorie communiste et théorie de la révolution communiste d'abolition du capital, en précisant que ce qui est révolutionnaire dans l'histoire, c'est ce qui en transforme au présent les conditions de continuité et de ruptures (Marx, IE, définition du communisme comme mouvement)

 

14:56 expulsion, capital et prolétariat

les théories de la révolution communiste prolétarienne n'ayant plus de base "objective", elles peuvent devenir antirévolutionnaires

l'expulsion, dont le concept est forgé par Saskia Sassen, pose un redoutable problème théorique à toute théorie communiste fondée sur le prolétariat comme sujet révolutionnaire, que ce soit par son affirmation programmatiste (Marx et ses héritiers du mouvement ouvrier international) ou par sa négation (dissolution dans un processus révolutionnaire de communisation). Un tel problème à mes yeux que je l'ai ré-introduit en place majeure dans mon livre électronique V.0. 'expulsions', 'dynamique prédatrice' et 'limite systémique' (Saskia Sassen) dans la restructuration globale du capital 'animiste' (Achille Mbembe), dont j'ai dû suspendre la rédaction, parce que cela rendait en partie caducs certains développements et le plan adopté

je n'ai aucune certitude quant au caractère central de ce concept d'expulsion pour rendre compte de ce qui se passe dans le capitalisme contemporain, et aucun moyen de le valider plus que Saskia Sassen ne s'y risque elle-même. Mais l'enjeu est énorme, car si je ne me trompe pas, s'effondrerait toute perspective de révolution à base prolétarienne (donc toute l'idéologie théologico-théorique de la communisation)

l'activité antirévolutionnaire du prolétariat

aujourd'hui, comme hier, le prolétariat mondial ne fait que défendre son salaire et ses conditions de travail au sein du mode de production capitaliste qui l'exploite, et ce faisant, segmentations obligent, il va jusqu'à participer avec son exploiteur et son ami l'État, à l'expulsion d'une partie de lui-même, qui n'a plus le caractère d'«armée de réserve» ni celui limité de «Lumpen Prolétariat» de l'époque de Marx

or cette sombre possibilité ressort de ce dont j'ai la hantise depuis plusieurs années, l'émergence d'un capitalisme nouveau reléguant une partie de l'humanité hors champ. Il n'y a rien sur quoi s'appuyer pour considérer qu'elle pourrait devenir un nouveau sujet révolutionnaire, mais sur le prolétariat au sens marxien pas davantage

on peut tourner autour du pot de la définition du prolétariat, ce ne sera jamais qu'un jeu de mots, une pirouette théorique. Le problème n'est pas nouveau, et les théoriciens de la communisation ne sont pas les seuls à se l'être posé. Un exemple récent, le passage Qu'est-ce que le prolétariat ?, dans Introduction à l'étude de l'enquête ouvrière, version française de  A. Cavazzini / S. Pihet Introduction to the Study of Militant Workers’ Inquiry paru in Viewpoint Magazine. On y trouve aussi des extraits d'un texte intéressant d'Étienne Balibar « Le prolétariat insaisissable », dans Id., La crainte des Masses, Galilée, Paris, 1997, où il est beaucoup question de "conjoncture" et de subjectivation révolutionnaire, preuve que nous n'avons rien inventé, et sûrement pas Roland Simon, dont une spécialité est d'emprunter à d'autres des idées sans le dire

« Le fait que le prolétariat qui est à la fois « classe » et « masse », ne soit pas un sujet donné, qu’il ne coïncide jamais avec lui-même, ne signifie pas qu’il ne « lui » arrive jamais de se présenter et d’agir comme sujet de l’histoire. Mais cette action révolutionnaire est toujours liée à une conjoncture, durable ou non, et n’existe que dans les limites qu’elle prescrit. Cette thèse ouvre donc la question pratique des conditions et des formes dans lesquelles un tel effet de subjectivation peut se produire, ou encore de ce qui, d’une condition de classe déterminée passe dans un mouvement de masse capable de se faire reconnaître pratiquement pour l’expression de cette classe. Poser que l’émergence d’une forme de subjectivité révolutionnaire est toujours un effet partiel, jamais une propriété de nature, et ne comporte par conséquence aucune garantie, c’est s’obliger à rechercher les conditions qui, dans la conjoncture, peuvent précipiter des luttes de classes en mouvements de masses, et les formes de représentation collective qui, dans ces conditions, peuvent maintenir dans les mouvements de masses l’instance de la lutte de classes ».

enfin, ayant fait allusion aux précédents de la remise en cause de la théorie de la communisation par l'un de ses anciens théoriciens, Christian Charrier, voici l'adresse d'un échange qu'il eut en décembre 2002 avec Bruno Astarian, de Hic Salta, que j'intitule reprenant ses termes théorie post-prolétarienne, systématicité spéculative, essentialisme, eschatologie...

près de 15 ans ont passé, et l'on peut dire que cette sanction de Charrier a été plus que confirmée par l'écart qui n'a cessé de grandir entre l'idéologie de la communisation et la réalité : « § 17 – Ce qui invalide le cycle théorique en question, donc, et qui me permet de dire qu’il faut refonder la théorie de la révolution communiste, c’est que son fond philosophique essentialiste n’a plus de base « objective ». »

et le pas fut franchi...

comme théorie post-prolétarienne, la théorie de la communisation, par son refoulement de la question raciale et des identités de luttes communautaires (communautés par excellence susceptibles d'expulsion), est devenue la théorie adéquate à l'activité antirévolutionnaire du prolétariat universel. Cf dans le forum aujourd'hui, à propos de "racialisateurs" et "antiracialisateurs"

 

19 décembre la communisation, c'est beau comme la bible zadiste, et ça les botte !

17:35    À la lisière du bocage, s’expérimentent de nouvelles formes de communisation des terres. 

chronique en vrac, 2016-2017... ZAD : À LA LISIÈRE DU BOCAGE lundimatin#86 19 décembre

grâce à TC (Théorie Communiste), ils peuvent au présent parler de communisation. La limite s'annonce, en pratique pratique, comme terrain de pétanque : il faut franchir le pas ! LA théorie n'a pas produit son contraire, mais son seul interlocuteur possible, à la lisière du bocage. A bien y regarder, en terme de perspective révolutionnaire, c'est une fabrique de vide

20 déc pour que ce soit bien clair, et vu quelque incompréhension en privé, ce ne sont pas les zadistes qui sont en cause ici,- j'en serais si j'avais 20 ans -, mais ce discours "communisons nos vies" dont le vieux prof Roland Simon est entièrement comptable, mais intouchable, planqué

 

18 décembre

13:39 le travail ? Un anti-poème !

Une histoire des résistances au travail et de l'anti-travail - Bruno Astarian 1h50mn d'émission radio en 3 parties

suivi d'un dossier en complément à "Anti-travail" et communisation, bibliographie sélective dans TRAVAILLER-POÈME Patlotch 2012

 

12:49 Mystère ? Miss France, messe blanche et Outre-Mer

Miss France 2017 : toutes les réactions des miss des Outre-mer France-Info Outre-Mer Thomas-Diego Badia 18/12/2016

Soirée exceptionnelle pour les reines de beauté ultramarines. Miss Guyane a été élue miss France 2017. Miss Tahiti termine 2e dauphine et Miss Guadeloupe 3e dauphine. Miss Réunion figurait aussi parmi les 12 finalistes...

Miss France à Montpellier sous l'œil critique des féministes France-info Languedoc-Roussilon 17/12/2016
Une quarantaine de personnes ont manifesté samedi après midi au centre de Montpelllier contre le concours de Miss France, rebaptisé Miss Rance ! Le titre de reine de beauté se dispute le soir même à Montpellier. Un concours jugé ringard et dégradant par ces militants.

on a perdu l'Alsace mais gardé Miss Lorraine... métisse franco-guinéenne

 

17 décembre

11:23 expulsion recension

« C'est cette expulsion hors de la cité d'une âme, d'un animal expiatoire figurativement chargé de tous les péchés de la collectivité qu'avait pour but de représenter la cérémonie du bouc émissaire décrite dans le Lévitique (ch. XVI). » Claudel, Poète regarde Croix, 1938, p. 53

dans l'actualité : expulsion de migrants, expulsion de grévistes, expulsion de squatteurs, expulsion de lycéens, expulsion d'étudiants, expulsion d'enseignants, expulsion de journalistes, expulsion de terroristes, expulsions de radicalisés, expulsion de familles, expulsion de locataires, expulsion d'un cirque, expulsion de nomades, expulsion d'un campement, expulsion de demandeurs d'asile, expulsion de délinquants, expulsion d'un bidonville, expulsion de paysans, expulsion d'un peuple, expulsion de orangs-outans, expulsion d'une mendiante...

expulsion du jour : Première expulsion d’un mendiant au Danemark, Dreuz.info 5 décembre

Le Danemark a annoncé mercredi l’expulsion pour mendicité d’une Slovaque, une première dans ce pays pour un tel motif. La mendiante a également été condamnée à 40 jours de prison.

« C’est la première fois qu’une personne est expulsée du Danemark pour pratique de la mendicité », un délit dans ce pays, a indiqué la police de Copenhague dans un communiqué. Un tribunal de la capitale danoise a condamné cette femme, dont l’identité n’a pas été précisée, à 40 jours de prison et à être expulsée. La police a souligné qu’elle était récidiviste, et que le procès avait permis de comprendre qu’elle venait au Danemark « avec pour seul objectif de gagner sa vie en mendiant ».

« Cela peut paraître dur d’expulser quelqu’un parce qu’il demande de l’argent aux passants, mais le fait est que la mendicité est illégale au Danemark », a commenté la procureure, Anne Jacobsen. Le délit, constitué après un ou plusieurs avertissements de la police, est puni de six mois de prison.

chronique en vrac, 2016-2017...

à noter que l'administrateur de mon forum, dit 'Admin', non content de m'avoir expulsé, a expulsé tous les nouveaux inscrits depuis qu'il a rouvert http://communism-decolonial.forumactif.org/

16 décembre

22:21 poésie et communisme aujourd'hui

vous remarquerez qu'il n'y a plus d'expression poétique en phase, aujourd'hui, avec "l'idéal communiste". On trouvera bien un Joshua Clover, en version gauchisme esthétique de l'idéologie des émeutes (voir, publié par Période, Émeute, grève, émeute : entretien avec Joshua Clover et mon sujet ÉMEUTES/RIOTS... IDÉOLOGIE de l'ÉMEUTE ? un débat important)

par contre, nombre de jeunes poètes expriment avec une sensibilité accrue les réalités concrètes de la crise. C'est du moins ce que je constate sur Twitter, où ils s'expriment, souvent avec peu d'abonnés à leur comptes, bouteilles à la mer

quelles fraîcheurs de tons et de sens affûtés, parfois, malgré les maladresses d'écritures qui, pour moi, sont à la limite de la poésie véritable

 

20:41 vous avez dit "communautarisme"  ? Comme c'est communément... communautaire, et réactionnaire !

De quoi Communautarisme est-il réellement le nom ? Rencontre avec Fabrice Dhume

L’idée de communautarisme prolifère depuis quelques années dans les discours politiques, distillant l’idée qu’une menace plane sur « l’identité nationale » et les « valeurs de la République ». Quelle est l’origine de ce mot ? Quels effets sociaux ce discours produit-il sur l’organisation de notre société ? Que se joue-t-il plus globalement dans la circulation et la diffusion de ce terme ? Au terme d’une longue enquête, le sociologue Fabrice Dhume retrace la généalogie de ce mot, et analyse la manière dont il redéfinit les règles du jeu. Jouant des peurs pour imposer une représentation de la société française et de ses enjeux à travers le prisme d’une lecture nationaliste à la fois protectionniste et guerrière.

Cette rencontre sera aussi l’occasion de faire du lien entre cette enquête et les mobilisations à l’œuvre des habitants au sein du territoire du Grand Saint-Barthélemy. 

Soirée organisée en partenariat avec la Librairie Transit qui sera présente avec une sélection d’ouvrages sur la thématique. 

Rencontre-débat et repas convivial Vendredi 16 décembre à 18h 
Centre Social L’Agora
34 Rue de la Busserine 13014 Marseille

F. Dhume, Communautarisme. Enquête sur une chimère du nationalisme français, Paris, Éditions Demopolis, 2016. Fabrice Dhume est chercheur-coopérant à l’Institut Social et Coopératif de Recherche Appliquée (ISCRA). Il est également enseignant chercheur à Paris-Diderot et membre de l’unité de recherche Migrations et société (URMIS)

Quelques ressources autour de cet ouvrage :

la post-ultragauche réactionnaire

ici, le risque existe, effectivement, que les théoriciens de la communisation, au coude à coude avec de so called anarchistes deviennent, comme dit Temps perdu (ici), « une force réactionnaire », en ne voyant dans les "particularités", les luttes à bases communautaires que communautarismes, et « lobbys politiques ». Relevons que leurs frères ennemis de Temps critiques, dans leur dernier livre, « Dépassement ou englobement des contradictions ? » utilisent le même vocabulaire : « ... une nouvelle dynamique qui permet d’englober la contradiction capital-travail mais fait resurgir des contradictions ancestrales précapitalistes (rapports entre les sexes, rapport à la nature) jusque-là recouvertes par la contradiction dominante entre les classes. Féminisme, lutte contre la norme sexuelle, écologisme, autonomie, autant de mouvements, alors dits « de libération », qui semblent un temps pouvoir dépasser le capitalisme. Il n’en fut rien : ces mouvements, souvent devenus lobbies, contribuent plutôt à faire sauter des verrous.»

les deux Jacques ne s'embarrassent pas, comme Temps perdu suite à mes remarques (plus bas 14 décembre), de distinguer mouvements et lobbys, et d'ailleurs, en matière de contradictions et de dépassements, j'ai montré qu'ils n'avaient dans leurs précédentes considérations pas dépassé le stade d'assimilier la dialectique de Marx à celle de Hegel

"particularité" s'entend pour les 'communisateurs' relativement au tout de la structure de classe, implication réciproque capital/prolétariat, celui-ci n'étant pas pour eux une particularité, mais un 'pôle' de cette contradiction antagonique. Le même schéma est repris par Temps Critiques, pour qui le tout est l'humanité, avec ses tensions (et non contradictions) entre l'individu et la communauté humaine

voir dans toute lutte à base communautaire un communautarisme, c'est faire preuve d'absence de toute dialectique des contradictions. Sont-ils en ceci réactionnaires ? Oui, je l'ai dit et l'assume : 5ème colonne postultragauche de l'idéologie française

la pensée décoloniale peut avoir un problème avec l'antagonisme de classe, mais chez aucun de ses théoriciens elle n'est communautariste. Pourtant, c'est l'amalgame qui est fait par des militants, de forcenés athéïstes laïcards et prétentieux anars à de prétendus théoriciens. Voir de façon adjacente avec Édouard Glissant

Avoir le sentiment de faire partie d'une communauté n'est pas forcément participer d'un esprit de communautarisme.

Ce qu'on apporte à la vie de tous, c'est justement cela, une dimension autre de la diversité du monde dont chacun a besoin. Toute communauté ouvre ainsi sur la diversité du monde, à quoi elle contribue.

 

16:54 de la radicalité de l'espoir : avec Saskia Sassen, Raymond Williams, et AC Dinerstein

signalé via twetter par Saskia Sassen, cet article du Guardian The case for despair is made. Now let’s start to get out of the mess we’re in, dont je retiens ceci

Now the rest of the world is confronting the same disruptive forces, as industrial capitalism is globalised. It destroys old forms of authority while promising universal freedom, autonomy and prosperity. Those promises collide with massive disparities of power, status and property ownership. The result is the global spread of the 19th-century European diseases of humiliation, envy and a sense of impotence. Frustrated expectations, rage and self-disgust have driven support for movements as diverse as Isis, resurgent Hindu nationalism and stomping demagoguery in Britain, the US, France and Hungary.

How do we respond to these crises? Raymond Williams said that “to be truly radical is to make hope possible, rather than despair convincing”. I know I have made the case for despair seem pretty convincing in the past. So this column is the first in an occasional series whose purpose is to champion new approaches to politics, economics and social change. There is no going back, no comfort in old certainties. We must rethink the world from first principles.

There are many points at which I could begin, but it seems to me that an obvious one is this. The market alone cannot meet our needs; nor can the state. Both, by rooting out attachment, help fuel the alienation, rage and anomie that breed extremism. One element has been conspicuously absent from the dominant ideologies, something that is neither market nor state: the commons.

« être radical c'est rendre l'espoir possible, plutôt que convaincre du désespoir », intéressant lien entre Williams et A.C. Dinerstein Organiser l'espoir : utopies concrètes pluriverselles. Contre et au-delà de la forme-valeur

je n'ai pas lu ce qui précède ni attentivement ce qui suit, qui m'a l'air de sombrer dans l'idéologie des Communs. M'intéresse davantage ici cette ligne marxiste qui prend en compte la subjectivité, la culture, l'histoire concrète y compris des idées non politiques produites par la société, et qui est complètement absent des considérations abstraites des marxismes structuralistes, telle que la théorie de la communisation, qui certes s'y entend, pour « balayer les illusions ». Mais à qui s'adresse-t-elle, et à quoi bon désespérer ceux qui n'ont pas à l'être davantage que leur situation les y porte ?

 

15 décembre

08:08 intégration vs expulsion

plus bas, à propos des camps de concentration, Primo Levi : « Les « musulmans », les hommes en voie de désintégration...». La désintégration n'est pas le contraire de l'intégration, mais...

Intégration, sinon expulsion : la Suisse veut durcir ses règles d'immigration 14 déc. 2016 RT extraits

En Suisse, la crise migratoire se traduit aussi par une augmentation de l'immigration, jusque-là plutôt d'origine européenne. Aussi, les législateurs tentent-ils d'adapter et redéfinir les conditions d'attribution des permis de séjour.

La législation suisse actuelle accorde déjà aux étrangers un permis de séjour, dit «permis B», dont les condition d'attribution nécessitent l'existence d'un contrat de travail avec un employeur suisse. Dans ce qui est présenté comme un effort, les députés suisses envisagent un permis intermédiaire, baptisé «permis C». Ce dernier, destiné à laisser une chance aux immigrés de trouver un travail est toutefois assorti de conditions strictes, notamment l'obligation de se montrer intégré à la société et l'économie suisses.

Par intégration, le parlement suisse entend la maîtrise de l'une des langues officielles de la Suisse, le respect de l'ordre public et des lois helvétiques, ainsi que des valeurs de la confédération, au nombre desquelles figure l'égalité hommes-femmes. Les législateurs mettent en outre en avant la contribution nécessaire à la création de richesse nationale comme facteur d'intégration réussie.

 

07:36 concentration... normolisation... expulsion

« Les camps de concentration sont les laboratoires où l'on expérimente des mutations de la nature humaine » Hanna Arendt Les origines du totalitarisme, tome 3 : Le système totalitaire 1951

« Le monde "réel" [...] en se mondialisant, se révèle un immense champ clos, un camp de normolisation universel. A la différence d'un camp de concentration, on ne peut pas s'en évader : il n'a pas de dehors, il tient le monde en son entier, sans fuite possible. Pour en sortir, il faudra le détruire » Patlotch La grande normose universelle 2006 ?

« Expulsion, c’est ainsi qu’il convient de nommer la logique qui préside à l’économie globalisée. L'expulsion est devenue le nouveau modèle de nos sociétés » Saskia Sassen Expulsions 2016

 

04:48 "2020 : 40 % de Musulmans en France" : le vrai moment du faux, ou le grand remplacement

« "Musulman" désigne dans le jargon du camp le détenu qui a abandonné toute espérance, victime de la destruction psychique, physique et mentale que la vie dans le camp instille progressivement et insidieusement. Le détenu qui ne survit que grâce à la nourriture dans les conditions de vie du seul camp, sans pouvoir « organiser » ou bénéficier de la solidarité de ceux qui « organisent » s’éteint en quelques semaines.» source Auschwitz, camp de concentration nazi

La population musulmane largement surestimée en France Le Figaro/Ipsos 14 décembre

Selon une étude de l'institut Ipsos Mori publiée ce mercredi, les Français interrogés estiment que 31% de la population de l'Hexagone est musulmane, contre 7,5% en réalité, et que ce chiffre grimpera à 40% en 2020, contre 8,3%, selon les projections.

chronique en vrac, 2016-2017... en tête mondiale de la surestimation, la France

chronique en vrac, 2016-2017... à l'horizon 2020, l'écart se creuse

non, ce n'est pas un roman de Houellebecq, et l'on hésite à qualifier de surréaliste cette vision délirante. Ainsi, par cet étrange retournement, "islamophobie" se chargerait, en sus de la peur de l'Autre quasi absolu, du sens de l'angoisse à devenir tout ce qu'on ne veut pas être. Les "Musulmans" sont propres à symboliser la part de l'humanité comme la part en soi d'humanité que l'on rejette, que l'on éjecte, que l'on expulse

« N'est-ce pas, Docteur, que je ne suis pas encore un Musulman »

« … Dans de telles conditions de vie, le détenu, surmené, sous alimenté, insuffisamment protégé du froid, maigrit progressivement de 15, 20, 30 Kilos. Il perd 30%, 35% de son poids. Le poids d'un homme normal tombe à 40 Kilos. On peut observer des poids de 30 et de 28 kilos. L'individu consomme ses réserves de graisse, ses muscles. Il se décalcifie. Il devient, selon le terme du camp, un « Musulman ». Il est impossible d'oublier avec quel dédain les SS et certains détenus biens nourris traitent ces malheureux du nom de « Musulman », avec quelle angoisse les cachectiques viennent à la consultation, se déshabillent, se retournent, montrent leurs fesses et interpellent le médecin : « N'est-ce pas, Docteur, que je ne suis pas encore un Musulman ». Plus souvent, ils connaissent leur état et disent résignés : « me voici Musulman ».» Robert Waitz, source

les hommes en voie de désintégration

« Les « musulmans », les hommes en voie de désintégration, ceux-là ne valent même pas la peine qu'on leur adresse la parole, puisqu'on sait d'avance qu'ils commenceraient à se plaindre et à parler de ce qu'ils mangeaient quand ils étaient chez eux. Inutile, à plus forte raison, de s'en faire des amis : ils ne connaissent personne d'important au camp, ils ne mangent rien en dehors de leur ration, ne travaillent pas dans des commandos intéressants et n'ont aucun moyen secret de s'organiser. Enfin, on sait qu'ils sont là de passage, et que d'ici quelques semaines il ne restera d'eux qu'une poignée de cendres dans un des champs voisins, et un numéro matricule coché dans un registre. Bien qu'ils soient ballottés et confondus sans répit dans l'immense foule de leurs semblables, ils souffrent et avancent dans une solitude intérieure absolue, et c'est encore en solitaires qu'ils meurent ou disparaissent, sans laisser de trace dans la mémoire de personne.

Celui qui ne sait pas devenir Organisator, Kombinator, Prominent (farouche éloquence des mots !) devient inévitablement un « musulman ». Dans la vie, il existe une troisième voie, c'est même la plus courante ; au camp de concentration, il n'existe pas de troisième voie.

Le plus simple est de succomber : il suffit d'exécuter tous les ordres qu'on reçoit, de ne manger que sa ration et de respecter la discipline au travail et au camp. L'expérience prouve qu'à ce rythme on résiste rarement plus de trois mois. Tous les « musulmans » qui finissent à la chambre à gaz ont la même histoire, ou plutôt ils n'ont pas d'histoire du tout : ils ont suivi la pente jusqu'au bout, naturellement, comme le ruisseau va à la mer. Dès leur arrivée au camp, par incapacité foncière, par malchance, ou à la suite d'un accident banal, ils ont été terrassés avant même d'avoir pu s'adapter. Ils sont pris de vitesse : lorsqu'ils commencent à apprendre l'allemand et à distinguer quelque chose dans l'infernal enchevêtrement de lois et d'interdits, leur corps est déjà miné, et plus rien désormais ne saurait les sauver de la sélection ou de la mort par faiblesse. Leur vie est courte mais leur nombre infini. Ce sont eux, les « Musulmänner », les damnés, le nerf du camp ; eux, la masse continuellement renouvelée et toujours identique, des non-hommes en qui l'étincelle divine s'est éteinte, et qui marchent et peinent en silence, trop vides déjà pour souffrir vraiment. On hésite à les appeler des vivants : on hésite à appeler mort une mort qu'ils ne craignent pas parce qu'ils sont trop épuisés pour la comprendre.

Ils peuplent ma mémoire de leur présence sans visage, et si je pouvais résumer tout le mal de notre temps en une seule image, je choisirais cette vision qui m'est familière : un homme décharné, le front courbé et les épaules voûtées, dont le visage et les yeux ne reflètent nulle trace de pensée. » Primo Levi, Si c'est un homme

maintenant, ne me demandez pas comment un tel record mondial a pu être littéralement fabriqué en France. Inquiétez-vous plutôt, « à l'emporte-pîèce » avec le camarade Ben, de la montée de l'antisémitisme chez les « gens lambda »...

Ben dndf 14/12/2016 à 10:59 | #8

 

... à l’emporte pièce.


– je remarque une résurgence de l’antisémitisme, ou tout du moins d’une question juive, pas tant dans des sphères politiques que de la part de gens lambda.

 

 

 

 

 

 

14 décembre

20:23  les murs ont des oreilles

"mouvements" vs "lobbys", luttes décoloniales et représentation politique

dans ce commentaire, je ne retiens que ce qui concerne le décolonial, parce que le lien entre luttes et représentation ne s'y pose pas comme pour toute "particularité", notamment comme entre combats des femmes et féminisme

Pepe@dndf, ce délicat, ayant prescrit de ne faire aucune référence à Patlotch, n'a jamais pu empêcher qu'on me lise avec intérêt, et qu'on me réponde sur son blog, bien que sans me citer. Cela ne rend certes pas les échanges aisés ni transparents, mais venant de lui qui juge « le fond de l'air psychotique », c'est plaisant. Voici donc une réponse explicite de Temps perdu à mes critiques d'hier

13/12/2016 à 19:57 | #7

Ce que j’ai écrit peut sembler confus. Car on ne sait pas trop si je promeut ou si je condamne les mouvements cités. Quand je les nomment « mouvements », et quand je les nomment « lobbys », je ne parle pas tout à fait de la même chose.

Ne pas confondre les mouvements de luttes (ouvriers, féministes – ou de femmes, « décoloniaux »), tels qu’ils sont rapports de forces concrets scandant l’histoire d’avec leurs diverses formalisations, véritables mises sous tutelle par la classe du logos : la petite bourgeoisieCette mise sous tutelle se caractérise par un primat du discursif, et une séparation des enjeux de luttes orientés en problématique de représentation.  

[...]

il semble qu’on pourrait réhabiliter le terme de « récupération », mais ce ne serait pas exact, car le second niveau doit toujours trouver et maintenir une légitimité concrète vis à vis du premier. Par exemple, il doit exprimer, plus ou moins correctement, la situation actuelle des femmes, et éventuellement, quand la situation historique le permet, il peut être sommé, par les luttes elles mêmes, d’assurer une fonction tribunicienne. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

mouvements vs lobbys

dont acte, il n'y aurait pas de confusion entre "mouvements" et "lobbys", et ceux-ci ne représenteraient rien. C'est vrai rapporté à leurs ambitions de figuration dans le champ politique institutionnel, par les alliances que souhaite le PIR avec l'extrême-gauche, le NPA, les municipalités qui accueillent ses meetings (Saint-Denis) et dont il est donc dépendant, car son pragmatisme ne va pas sans compromis(sions). Mais il n'empêche que les organisations décoloniales en France ont été capables d'organiser une Marche de la dignité regroupant 100.000 personnes, sans grande présence des militants des partis qui s'y étaient ralliés, ou un Camp d'été décolonial qui a occupé pendant des mois le devant de la scène politique jusqu'au plus haut niveau de l'État, et médiatique au point que le concept de décolonial, en France, n'est pratiquement connu, c'est beaucoup dire, qu'à travers cette initiative de Sihame Asbague et Fania Noël, comme en témoigne la recherche Google à décolonial. Ces organisations ont aussi été les chevilles ouvrières de protestations soutenue et nombreuses, y compris violentes, suites à divers crimes policiers (dernier en date, Adama Traoré)

il serait aussi vain de vouloir produire une "théorie de la représentation" qu'une "théorie de la racisation" (RS) en coupant ces mouvements et leur dimension politique de la dynamique générale dans laquelle ils sont produits au sein de la crise économique, sociale, sociétale, culturelle... Pour de supposés marxistes, cette manière d'analyser les rapports sociaux marche sur la tête : les 'communisateurs' pourraient ainsi se prévaloir d'avoir renverser Marx ;-)

décolonial : des discours et des actes français dans une dynamique mondiale hétérogène

il est donc exagéré d'affirmer que "cette mise sous tutelle se caractérise par un primat du logos", d'autant qu'il est difficile de tracer des frontières claires entre adhérents (fort peu), sympathisants réguliers et actifs, et participants de circonstances à des mobilisations légales ou illégales, y compris jusqu'à certaines formes violentes (comme en 2005 les émeutes de novembre suite à la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, six mois après la fondation du MIR/PIR)

il faut se mettre en tête que sous le label décolonial, utilisé ou non (le FUIQP, Front Uni des Immigrations et quartiers populaires, de Saïd Bouamama, ne le revendique pas), s'xprime des choses contradictoires, et saisir la dynamique mondiale de luttes et de pensée critique pour y inscrire une compréhension de ce que sont et font les mouvements décoloniaux français dans les spécificités de l'idéologie française et dans ce moment de la double crise du capital et de l'Occident

tu ne seras jamais assez pure, ma fille, pour accéder à leur paradis

tenter de comprendre ce qui se passe (Debord), c'est l'objet de la théorie communiste, ce que ne font aucune des critiques du décolonialisme par le milieu théorique radical, qui en a la connaissance médiocre et chargée de haine qu'on trouve sur Google à décolonial

c'est à un point que l'on peut se demander ce qu'il y a de théorique dans ces considérations dont frappe le retour du refoulé d'un inconscient eurocentriste, exprimé dans une violence symbolique jamais atteinte sur d'autres sujets (les démocrates radicaux, par exemple, n'ont pas fait l'objet d'un tel traitement d'exception de la part des théoriciens du moins. RS n'a pas hésité à franchir le pas)

il va bien falloir cesser de juger de tout sur des critères posés pour une révolution qui n'est pas à l'ordre du jour et que rien n'annonce; non seulement ça n'a  aucun sens, mais passe à côté de ce qui se passe réellement, et dont la théorie s'efforce de rendre compte sans préjugé d'un devenir inscrit dans les tables de sa loi. De plus, ces jugements sont perversement contradictoires dans les termes, puisqu'on fait mine d'exiger quelque chose que l'on théorise comme impossible. Ce type d'injonction contradictoire est d'ailleurs caractéristique de l'ultragauchisme intellectuel et sans base ouvrière, en ce qu'il est surenchère sur le gauchisme

pour une approche théorique, quelques jalons :

II.4. pensée décoloniale, dynamique mondiale et limites des luttes 'décoloniales' 

 

populisme, démagogie racoleuse et politique politicienne

on peut constater que les grands partis politiques, en terme de mobilisation, ne se risquent même plus à appeler seuls à des manifestations, ils se rallient à celles des syndicats sur les thèmes revendicatifs ou d'organisations sur des thèmes sociétaux. Le phénomène s'amplifie dans les campagnes électorales par la mise en avant de leaders charismatiques (la "fonction tribunicienne"), quand à celle-ci n'accèdent pas, très rapidement, des tribuns sans parti (Macron...). Lesquels partis se nomment désormais "Les Républicains", "Les Insoumis", "Les Centristes"... mettant en avant leur base, partie du "peuple", et s'inscrivant ainsi dans la dérive populiste. Le PIR ne fait pas exception, qui met en avant la personnalité provocatrice de Houria Bouteldja

la "mise sous tutelle" d'une partie de l'opinion publique, clientèle sur le marché électoral (Temps perdu : « La société civile est désormais pleinement devenue un marché »), est la vocation inhérente à tout parti politique, et cela ne va pas sans une part de démagogie voire de raccolage. Une contradiction politique formelle du PIR est cette recherche d'alliance avec une partie du "champ politique blanc" dont il prétend se distinguer, ce qui signe son caractère gauchiste, démocrate radical, sans perspective réelle de représentation institutionnelle au-delà du niveau municipal (nombre de militants décoloniaux sont des élus locaux, et assurent la liaison pour obtenir le soutien logistique de militants municipaux des partis de gauche : je l'ai constaté en région parisienne)

une sociologie qui dément l'accusation de captation "petite-bourgeoise", Houria sorcière idéale...

la composition sociologique de ces organisations décoloniales, "racisé.e.s" plus ou moins sortis du ghetto, devenus enseignants ou étudiants, travailleurs intellectuels, n'empêche qu'ils sont massivement des enfants ou petits enfants de prolétaires (immigrés), ce qui n'est pas le cas dans les partis de la gauche radicale et de l'extrême-gauche, et pas plus dans le milieu théorique radical anarchiste ou communisateur. La proportion de femmes y est impressionnante,  pour ne pas dire admirable, et tout autant leur capacité de prendre une parole qui tranche avec les habitudes. Les charges injustes que leur portent jusqu'aux técéistes, partisans d'une auto-organisation des femmes, font croire qu'elles ont commis quelque crime en sorcellerie au point de leur faire ravaler leurs mâles abstractions

la véritable petite bourgeoisie racisée, ceux qui sont devenus sportifs de haut niveau ou journalistes en vue, artistes à l'exception de nombre de rappeurs, est loin de soutenir ces mouvements décoloniaux : elle s'intègre tout à fait au sens de la politique d'intégration propre à l'État français, celle qui est justement rejetée par le PIR. Ce n'est pas un paradoxe, mais une contradiction réelle, qui est la même que dans le démocratisme radical, en ce qu'elle est utopie politique, antiracisme éternisé au sein du capitalisme qui produit le racisme comme nécessaire

"récupération" : de quoi qui serait politiquement récupérable ?

tout cela fait que la caractérisation de "récupération", que repousse Temps perdu, est effectivement insatisfaisante. Il serait préférable de saisir, au contraire, dans ces contradictions relevant d'une utopie politique d'égalité et d'égalité politique, que le PIR peut plonger dans l'habitus racisé comme un poisson dans l'eau historique et sociale d'où il sort, en attendant que ça déborde. L'obstacle, pour le PIR, le FUIQP, ou d'autres, est bien davantage le fait que les jeunes des quartiers, les (sous-)prolétaires racisés, ou pas car la désertion politique (mesurée par l'abstention) est équivalente chez les petits blancs, n'ont aucun espoir en la politique, et que leurs désirs immédiats s'opposent à la politique citoyenne que veulent encore sauver ces micro-partis. Plusieurs ont noté que dans les émeutes, ils ne revendiquent rien. Quand ils bougent, ce n'est pas politiquement, mais face à tel événement qui les touche directement, à commencer par les violences policières. La limite du PIR est ici précisément politique, et il la dépasse quand il peut s'emparer d'événements qui n'ont pas de solutions politiques, car son discours entre alors en phase avec ce qui est vécu et ressenti. Il n'y a pas ici à faire de procès en sincérité

A cet égard, on relira avec intérêt un des meilleurs textes parus sur l'intrication entre revendications et émeutes :  Incendier et revendiquer. Sur les émeutes en Suède, Zaschia Bouzarri, Sic, Novembre 2014

petite-bourgeoisie, classes moyennes, et prolétarisation

les classes moyennes, selon qu'elles sont d'en-haut ou d'en-bas, ce n'est pas la petite bourgeoisie, et même Marx établissait des distinctions dans sa description des classes. Ce que sont jusqu'aux années 60, avant la restructuration du capital, les choix politiques de la petite bougeoisie et des classes moyennes, est relativement lisible dans l'éventail des partis politiques. Cela l'est moins après 68, et aujourd'hui, la prolétarisation des couches moyennes, leur fragilité y compris pour les cadres supérieurs, ou leurs enfants, invite à peser ses mots quand on taxe l'autre de "petit-bourgeois". Que leurs idées et leurs formes de luttes soient différentes de celles du prolétariat d'antan, et même des ouvriers aujourd'hui, c'est indéniable, mais cela n'entre pas dans les cadres analytiques anciens : les illusions portées ne sont pas les mêmes, ce qu'on peut lire entre gros et têtes de cortèges. AC, du blog Carbure, fait à ce propos une remarque intéressante dans Cortège de tête et cortège de queue : « avec », « ensemble » ou « contre » ?

A voir ces deux cortèges dans leur existence spatiale, on a l’impression d’avoir sous les yeux deux époques de la lutte des classes : un gros segment d’emplois relativement stables et garantis par des contrats, compact, organisé, soudé par d’anciens acquis à défendre et la notion d’une « normalité » qui fait norme ; et une zone sociale diverse, mouvante, chaotique, attaquée frontalement par les CRS comme elle l’est par les nouvelles règles du travail, et qui se défend comme elle peut.

sinon je n'ai pas compris grand chose à ce qui suit chez Temps perdu, mais apprécié sa chute

Voilà pourquoi ce bouquin ne me semble pas du tout être un joli cadeau de Noël.

 

 

 

13 décembre

24:37 déconstruire/reconstruire, non un récit préjugeant du futur, mais une histoire du passé et du présent d'abord

en guise de conclusion à la chronique de ce jour, et résumé rapide des épisodes précédents

on perçoit un effort pour se dégager d'une orthodoxie marxiste du prolétariat producteur, la "classe ouvrière", comme sujet simple de la révolution, mais, de même que les marxistes démocrates radicaux, depuis les années 70, n'ont pas saisi le mouvement ouvrier international comme programmatisme, communisme à programme d'État ou autogestionnaire, de même les 'communisateurs' n'ont pas compris qu'en en sortant, ils demeuraient encore prisonniers du paradigme prolétarien universel. Voulant à tous prix que la théorie communiste "produise" (celle de) la révolution, la perte de leur certitudes créerait une situation dans laquelle ils seraient déboussolés et confrontés au vide, le dieu perdu qu'ils ont désormais entre les mains. Pourtant, de ce carcan théologico-théorique avec sa révolution relevant de la magie sous la baguette de ses théoriciens, on ne sort pas en restant dedans 

alors on voit certain 'communisateur', en semi-rupture avec le dogme, proposer un bricolage inconsistant avec cette histoire de race comme "particularité", "race" dont on a vu, avec Achille Mbembe, qu'elle avait pratiquement achevé son histoire enracinée dans la seule couleur de peau, une identité non blanche, voire occidentale (ici, quelques remarques de Sanjay Subrahmanyam, promoteur de l'histoire globale, vidéo ci-dessous, sont intéressantes). Ironie du sort marxiste, il va ainsi jusqu'à prendre des libertés inouïes avec les fondements critiques de Marx : des luttes, rapports sociaux réels, certes sous identités diverses, comme émanant de "lobbys politiques à démanteler", "la race rapport d'exploitation", "le prolétariat concrètement  ensemble de ses particularités"... La communisation est sortie de son fleuve intranquille pour déborder en idéologie d'un "projet général" : programmatisme communisateur, les voilà... à poil !

la thèse de la communisation, académisée, et dogmatisée car à bout de souffle, est en miroir de l'usage militant, qu'à des fins effectivement politiques le PIR fait d'une pensée décoloniale mal digérée, ne saisissant pas la dialectique révolutionnaire du concept décolonial, si on le lit comme héritage de Fanon et non de Césaire (Négritude revendiquée jusqu'à l'essentialisme, sans dépassement comme identité de lutte transitoire), avec Glissant (créolisation contre communautarismes, sur une base d'identités multiples rhizomatiques sans cesse réinventées dans et par les brassages et déplacements migratoires de populations dont les Antilles furent un creuset créolisateur contraint par l'esclavage), ou Mbembe, dont les "Nègres du monde", classe des non-exploitables expulsés du prolétariat au sens marxien strict de la production, sont les sujets des expulsions de Saskia Sassen :

c'est de ce "changement d'époque" et quel que soit son contenu ou sa perspective, que la théorie communiste doit s'efforcer de rendre compte (voir ci-dessous Sassen, "an epochal change")

serpents à sornettes communisatrices

chronique en vrac, 2016-2017...

« Les serpents tentent parfois de manger leur queue. On nomme cela « Ouroboros ». Ce nom vient de l’Antiquité, période au cours de laquelle on voyait un symbole d’éternité dans la représentation d’un serpent qui se mord la queue. En grec, « oura » signifie « queue » et « boros » se traduit par « dévorant ». Santé et trouble alimentaire chez les reptiles

en attendant... l'éternité, du lobby théologico-théorique de la communisation, une invite de Temps perdu, qui essaye de se rattraper (dndf ici):

12/12/2016 à 19:46

La question serait plutôt : En quoi, et comment, la race est-elle un rapport d’exploitation? Le prolétariat n’étant concrètement que l’ensemble des particularités qui le constitue. Alors oui pour un projet général, mais encore faudrait-il d’abord boucler la boucle entre général et particulier. L’enjeu c’est de démanteler l’ensemble des lobbys politiques particuliers, qu’ils soient ouvriéristes, prolétariens, féministes, anti-colonials, décolonials, (quelque soient leur formes marxistes, anarchistes ou même communisatrice!)… en faveur d’un projet général qui ne dénierait aucune des situations particulières portées par ces différents mouvements. [...]

 

 

 

 

 

 

1) "la race" comme "rapport d'exploitation", ça vient de sortir, et ça sent bon le sable froid... 

2) c'est la première fois que je vois, dans la tradition marxiste, le prolétariat réduit, même "concrètement",  à un « ensemble de particularités », et non défini dans un rapport de classe antagonique avec le capital 

3) toujours en marxisme basique, rappelons que ces dits-"mouvements" ne sont pas l'invention de "lobbys politiques" (les femmes en luttes, par exemple, apprécieront d'être considérées comme un lobby politique féministe); mais le produit de contradictions concrètes dans les rapports sociaux, produisant des luttes parfois à dominante spécifique dans lesquelles il n'est pas possible de lire de simples "particularités" rapportées à des grosses catégories conceptuelles : classe-genre-race

j'ai montré, par exemple avec les paysannes africaines ou sud-américaines comme avec les travailleuses domestiques y compris en Europe, que les luttes de femmes prolétaires de par le monde sont massivement celles de femmes non occidentales (ou racisées car d'origine immigrée dans les pays européens et asiatiques). Autrement dit, le rapport classe-genre est le plus souvent médié par la "race", sauf chez les bourgeoises féministes blanches, privilège universel de la femme blanche, cette qualité ne définissant pas ici une "race" : on veut bien qu'il y ait objectivement des "racisées", donc sur une base raciale non blanche ou ethnique pas claire : rroms, migrants..., mais parler de "femme blanche" est présupposé racialiste... C'est un point caractéristique du clivage féministe dans l'idéologie française, qui s'est aussi facilement emparé de l'antiracisme universaliste du MRAP et de la gauche radicale républicaine, que de so called marxistes, communisateurs ou anarchistes (Claude Guillon en tête)

4) vouloir "démanteler" ces "lobbys" suppose d'abord d'y réduire des luttes réelles, massives, multiformes et de contenus variables, dans une démarche non pas théorique pour les comprendre, mais politique de militants théoriciens les ayant objectivés dans la sphère idéologique de leur lobby communisateur, pour partir en guerre contre d'autres militants dans le leur : le PIR, vu sa faiblesse théorique décoloniale même, devient alors leur adversaire idéal, d'où son choix privilégié par TC, dndf, non-fides et Cie dans le refoulement complet des théoriciens décoloniaux conséquents et de leurs différends en relation au marxisme : le prétendu "débat théorique classe-race" tourne ainsi en rond dans ce milieu depuis plusieurs années sans le moindre élément nouveau, puisqu'il est d'emblée évacué voire censuré par ces "anti-racialisateurs" : cqfd de quoi pour qui ?

chronique en vrac, 2016-2017...

à propos "de ce petit bouquin" relayé complaisamment par dndf, un commentateur, lorp, n'est pas dupe : 

11/12/2016 à 13:41 | #1

Ça a vraiment l’air d’apporter rien de nouveau. On sait que le PIR sort des conneries, mais ici ça devient prétexte pour ne plus parler de racisme et colonialisme.

 

 

 

 

5) RS a assuré dans ces échanges le minimum syndical, avec un rien d'hypocrisie dans ce renvoi dos-à-dos vu le camp choisi depuis des années par son hôte de TC, Pepe@dndf, et ses propres écrits frappés d'eurocentrisme, cad en terme décoloniaux de racisme épistémique

11/12/2016 à 15:26 | #2


oui, c’est tout le problème et la difficulté de produire une théorie de la racisation rejetant et le déni normatif au nom de la classe une et indivisible dans son concept [...] et les entrepreneurs en racisation [...]

 

 

 

 

difficile, effectivement, de produire une « théorie de la racisation » quand on n'a pas de théorie de la race comme nécessité du racisme moderne dans l'émergence du capitalisme historique; RS/TC ayant posé, plus que démontré, qu'elle n'était pas « structurelle au capitalisme », comme si le problème était, pour les victimes du racisme prolétaires ou autres, d'être ou non des objects de structures, et non des sujets de l'histoire, individus en communautés historiquement produites partant d'eux-mêmes (Marx), donc nécessairement luttant à partir de ce que le colonialisme et le capitalisme ont fait d'eux

de plus, il n'est nécessaire de produire une telle « théorie de la racisation » que si l'on reste dans l'approche catégorielle classe-genre-race (cad au fond intersectionnelle, à dominante de classe pour TC). J'ai montré au fil de mes travaux depuis deux ans, passant par CLR James, Stuart Hall, Gayatri Spivak, et la tradition marxiste anticolonialiste et post-coloniale, qu'il fallait s'élever au niveau théorique supérieur de la critique du capitalisme dans sa genèse occidentale, et donc reprendre une part des travaux des penseurs décoloniaux, sans abandonner pour autant les fondements de la critique marxienne de l'économie politique. Par simplicité, j'ai baptisé ce croisement marxisme décolonial, comme théorie communiste dans le moment présent et non théorie d'une éventuelle révolution communiste future

aucune de ces dites particularités ne peut s'approcher comme un partie homogène, un petit tout dans le grand, puisqu'elle est traversée de contradictions hétérogènes complexes en relations aux conflits de classes. Je l'ai abondamment montré concernant les luttes et la pensée décoloniale, voir les thèmes de

 

7) autrement dit, encore une vision conceptualiste, c'est-à-dire généraliste, de particularités abstraites qu'il s'agirait alors d'articuler, le plus dialectiquement possible bien sûr, dans le grand tout, le grand faitout à bouillir l'avenir. Le ver étant dans le fruit, Temps perdu ne rattrapera pas des décennies d'ignorance et de refoulement théoriciste, d'autant qu'avant d'avoir posé correctement le problème, comme commence à le faire tragiquement l'humanité, il l'a déjà résolu "en tant que théoricien" : le prolétariat comme sujet révolutionnaire porte la solution communisation comme le capital porte en lui la crise; ne reste plus qu'à y faire rentrer tout ce qui émerge de nouveau dans le monde (c'est en gros la méthode idéaliste et déterministe de TC). Passons sur les approximations sentencieuses et prétentieuses habituelles à ce milieu, où l'on tire des conclusions avant d'avoir mis en chantier le moindre travail théorique sur une base sérieuse d'observations empiriques : depuis quelques temps, oubliés les matériaux sociaux sur lesquels Marx construisait la théorie du Capital, méthode que RS/TC s'honorait de reprendre

Temps perdu : en tant que théoriciens, la moindre des choses serait d’y penser. Sinon, nous ne serions plus qu’une force réactionnaire. Donc, un projet général oui, mais pas par le déni du particulier. Vive le communisme.

 

 

 

avant toute ambition de "projet général" communiste généralisant voire essentialisant chaque particularité (comme nécessairement "communautariste"), il s'agit de savoir dans quel monde nous entrons, en prenant la phase, période, ou cycle du capitalisme, son moment présent, comme histoire dont l'issue n'est pas écrite. Cette base actuelle est pour moi, objectivement, la double crise du capital et de l'Occident, et non je ne sais quelle théorie d'un quelconque lobby prenant ses désirs d'il y a quarante ans pour des réalités d'aujourd'hui, contre vents et marées de l'histoire réelle. Je ne sais pas où Temps perdu a trouvé un "lobby décolonial de forme communisatrice", et je rappelle comme je l'ai fait en corrigeant Ross Wolfe, de The Charnel House, que ma théorisation ne relève pas d'une "forme communisatrice" de la critique "marxiste, féministe, décoloniale", (Patlotch Decolonial communization? juillet 2016), en soi un oxymore théorique pour des raisons de temporalité dans le cadre de la théorie de la communisation, et d'idéalisme théologique de celle-ci

à la limite, on pourrait voir ma méthodologie dialectique et complexe comme une tentative de représentation générale de la conjoncture mondiale actuelle en mouvement, mais de ceci l'on ne saurait tirer, théoricien ou pas, aucun "projet général", qu'il soit démocrate radical ou communisateur. Au demeurant, Temps perdu sort ici complètement de l'idée que le communisme, sur la base de ce qu'on a sous les yeux aujourd'hui, ne saurait pas même être un projet, mais seulement relever d'une espérance, d'une utopie qui, pour devenir concrète au sens d'Ana C. Dinerstein, doit pouvoir s'appuyer sur l'émergence de luttes la faisant advenir force matérielle. De ceci nous sommes loin, nous n'avons aucune assurance que cela se produise, et si c'était le cas, sur une base prolétarienne au sens réducteur et syllogistique de la communisation

Temps perdu, comme AC, l'auteur du blog Carbure, sent qu'il y a un problème dans la théorie de la communisation, mais n'en saisit pas la nature théorique, à commencer par la faille méthodologique. Les deux n'ont fait que déplacer la question au sein du syllogisme du prolétariat (Christian Charrier 2003)

les contorsions théoristicoco-mécanistes, pour se mordre la queue, du serpent à sornettes communisatrices, n'y pourront mais...

chronique en vrac, 2016-2017... 
Le serpent est un instrument à vent grave, à perce conique et dont l'embouchure est appelée "bouquin"

 

16:09 Quand le marxisme dialogue avec l’histoire globale Gabriel Vergne 2 mai 2013

À propos du dossier « Histoire globale » de la revue Actuel Marx, n° 53, PUF, avril 2013, et donc entre autres du texte de Jacques Bidet Le marxisme face à l’histoire globale

il y est question des approches structuralistes du capitalisme comme mode de production articulées avec des approches systémiques dans la tradition ouverte par Immanuel Wallerstein (le capitalisme comme système-monde). Bidet propose, comme à son habitude dans une construction relativement lourde, une troisième voie conceptuelle. On regrettera une fois de plus qu'aucune allusion ne soit faite aux avancées de la critique décoloniale dans les termes d'une critique épistémologique radicale des marxismes eurocentrés, y compris celui qu'elles reprochent à Wallerstein et aux Études post-coloniales

 

14:29 Three emergent migrations : an epochal change Saskia Sassen sur juillet 2016

Examining recent migrant flows offers a window into the larger dynamics that catapult people into migrating

Abstract [le texte suit]
New types of migratory flows are emerging, and they should not be confused with long-established ones. Examining migrant flows at their outset allows us to better understand the complex dynamics behind them. They tell us something about a larger mix of conditions that will only continue to grow, from new types of war and violence to massive losses of habitat. They invite us to recognise these larger structural conditions rather than just the existence of these flows themselves. Here Saskia Sassen analyses three new, and each very different, migrant flows, specifically: [titres des paragraphes en gras]

(1) unaccompanied minors from Central America that head to the United States of America; When Minors go Solo: Central America
(2) the surge in Rohingyas, a muslim minority fleeing from Myanmar;
South East Asia?s Refuge-Seekers – The Andaman Sea
and
(3) the migration towards Europe originating mostly in Syria, Iraq, Afghanistan and several African countries, notably Eritrea and Somalia. Europe: At the Intersection of Eastern and Southern Flows

While often it is households that play the crucial role in producing an economic calculus that allocates particular family members to the migration option, Sassen notes that these flows are different. They emerge from sharply delineated conditions operating, respectively, at the city level, at the regional level, and at a global geopolitical level.

Conclusion: In search of survival
The flows I have described are mostly refugee flows even if not formally recognised by the international system. They are to be distinguished from the 250 million plus regular immigrants in the world today, who are mostly modest middle class and, increasingly, high level professionals functioning in the global economy. Today?s immigrants are not the poorest in their countries of origin. Nor are they generated by the extreme push factors feeding the three sets of flows described here. And these refugees, in turn, are also not usually the poorest in their countries, even if leaving their home countries leaves them without any resources; many have advanced educations and started out with resources.

These new refugees are one component of a larger population of displaced people whose numbers are approaching 80 million. They stand out by their sudden surging numbers and by the extreme conditions in the areas where they originate. Extreme war zones, such as Syria and Iraq, and extreme destruction of local economies, are two key factors explaining this surge. Climate change is likely to have extreme effects in some of these regions due to what might be described as development malpractice ? such as the International Monetary Fund and World Bank policies of the 1980s and 1990s that had disastrous consequences for so many of the local economies and societies in the Global South. It all amounts to a massive loss of habitat, and migrations will be one mode of survival.

10:06 Histoire globale de la première modernité - Sanjay Subrahmanyam, Collège de France 2013 56mn

 

11 décembre

14:29 violence vs brutalité

le livre de Saskia Sassen, Expulsions, est sous-titré brutalité et complexité dans l'économie globale. Expulsions prend chez elle une valeur critique paradigmatique, conceptuelle; brutalité, il me faudrait la relire, et quant à la violence, voir ce qu'elle en dit. Je fais un détour par un texte de Jean Genet de 1977, Violence et brutalité, dont je retiens des passages où il oppose ces deux notions, dans le contexte du procès de la Fraction armée rouge, mais j'essaye de le lire de façon plus générale

« Plus ou moins obscurément, tout le monde sait que ces deux mots : procès et violence, en cachent un troisième : la brutalité.

La brutalité du système.

Et le procès fait à la violence c'est cela même qui est la brutalité. Et plus la brutalité sera grande, plus le procès infamant, plus la violence devient impérieuse et nécessaire. Plus la brutalité est cassante, plus la violence qui est vie sera exigeante jusqu'à l'héroïsme.

Voici une phrase d'Andreas [Baader, RAF, Rote Armee Fraktion] : " La violence est un potentiel économique ".

Quand la violence est définie ou décrite comme plus haut, il faut dire ce qu'est la brutalité, il ne s'agit pas de remplacer un mot par un autre en laissant à la phrase sa fonction accusatrice à l'égard des hommes qui emploient la violence.

Il s'agit plutôt de rectifier un jugement quotidien et de ne pas permettre au pouvoir de disposer à leur gré, pour leur confort, du vocabulaire, comme ils l'ont fait, le font encore avec le mot brutalité qu'ils remplacent, ici, en France, par " bavures " ou " incidents de parcours ".

Comme les exemples de violence nécessaire sont incalculables, les faits de brutalité le sont aussi puisque la brutalité vient toujours s'opposer à la violence.

Je veux dire encore à une dynamique ininterrompue qui est la vie même.

La brutalité prend donc les formes les plus inattendues, pas décelables immédiatement comme brutalité : l'architecture des HLM, la bureaucratie, le remplacement du mot -propre ou connu- par le chiffre, la priorité, dans la circulation, donnée à la vitesse sur la lenteur des piétons, l'autorité de la machine sur l'homme qui la sert, la codification des lois prévalant sur la coutume, la progression numérique des peines, l'usage du secret empêchant une connaissance d'intérêt général, l'inutilité de la gifle dans les commissariats, le tutoiement policier envers qui a la peau brune, la courbette obséquieuse devant le pourboire et l'ironie ou la grossièreté s'il n'y a pas de pourboire, la marche au pas de l'oie, le bombardement d'Haïphong , la Rolls-Royce de quarante millions...

Bien sûr, aucune énumération ne saurait épuiser les faits, qui sont comme les avatars multiples par lesquels la brutalité s'impose.

Et toute la violence spontanée de la vie continuée par la violence des révolutionnaires sera tout juste suffisante pour faire échec à la brutalité organisée.»

apparaîtrait l'idée d'une violence de brutes, une violence brutale, « brutalité du système », « brutalité organisée », dit Genet en donnant des exemples toujours actuels, à laquelle on ne pourrait opposer qu'une « violence nécessaire », si ce n'est seulement défensive du moins réactive, pour ne pas entrer ici dans la question de la « violence révolutionnaire », et moins encore sous la forme du terrorisme des groupes activistes la revendiquant à l'époque

« brutalité du système » de Genet fait écho au questionnement du caractère systémique de l'expulsion par Sassen (voir les extraits dans V.0. 'expulsions', 'dynamique prédatrice' et 'limite systémique')

pour trouver une certaine cohérence à ce rapprochement, alors que Genet affirme : « la brutalité vient toujours s'opposer à la violence », j'opposerais l'inverse, la violence vient [toujours] s'opposer à la brutalité, du moins est-ce ainsi que je l'avais abordé dans IX.3. la violence : celle du Capital-État et celle des luttes

je laisse en suspens cette réflexion, j'y reviendrai avec des extraits du livre de Sassen où elle parle de la brutalité... dans l'économie globale, brutalité qui est donc une modalité, un moyen de l'expulsion

 

10 décembre

20:59 chronique du travail, suite

Macron boucle ma chronique du jour, commencée sur le thème de la critique du travail. Comme « candidat du travail », un des meilleurs postulants à la gouvernance suprême du capital-État français, l'un des plus adéquats, parce que des plus créatifs, pragmatique en politique comme en économie, inventif vers l'avant, non focalisé sur des valeurs à préserver comme le conservateur Fillon, ou à gérer "à gauche" comme le politicien du ventre mou libéral Valls, qui ne se distingue pas par son imagination...
séduire une jeunesse moyenne avide de nouveautés, certes relatives, et prête à tout pour gagner sa thune, pourrait à Macron revenir dans le nez - le vote des vieux de gauche comme de droite -, mais pour l'heure, ça semble marcher
19:06 chronique de l'expulsion : migrants indésirables en Europe et aux États-Unis

It’s the Globalization, Stupid Roberto Stefan Fo 6 décembre

Hostility toward immigrants

Scholars such as Ronald Inglehart and Christian Welzel have documented, over the past thirty years, Western societies have become more tolerant in a remarkable variety of ways, including toward homosexual marriage, abortion, divorce, and the use of soft drugs. And yet, while such “lifestyle tolerance” has risen markedly across Western countries, “identity tolerance” — tolerance of peoples with different ethnic or religious backgrounds — has moved in the opposite direction. In particular, hostile sentiment towards immigrants has increased steadily decade by decade since the 1980s.

chronique en vrac, 2016-2017...

RT Twitter par Saskia Sassen aujourd'hui, avec ce commentaire : « Wave of discontent in West starts in 1980s - Yes. I show this with data in my Expulsions book chs 1+3.»

Patlotch 8 décembre : « merci à deux femmes qui pour moi renouvellent la critique du capitalisme contemporain, stimulant la pensée critique »

Ana C. Dinerstein ?: « hola saskia! Merci a vous Patloch! »
chronique en vrac, 2016-2017... Coming Soon!
This book opens up a unique intellectual space where eleven female scholar-activists explore alternative forms of theorising social reality. These‘Women on the Verge’ demonstrate that a new radical subject– one that is plural, prefigurative, decolonial, ethical, ecological, communal and democratic- is in the making, but is unrecognisable with old analytical tools. Of central concern to the book is the resistance of some social scientists, many of them critical theorists, to learning about this radical subject and to interrogating the concepts, methodologies and epistemologies used to grasp it. Echoing the experiential critique of capitalist-colonial society that is taking place at the grassroots, the authors examine how to create hope, decolonise critique and denaturalise society. They also address the various dimensions of the social (re)production of life, including women in development, the commons, and nature. Finally, they discuss the dynamics of prefiguration by social movements, critiquing social movement theory in the process. This thought-provoking edited collection will appeal to students and scholars of gender studies, social, Marxist and Feminist theory, postcolonial studies and politics.

 

18:07 chronique de l'expulsion (de gauche) : l'animalisation de l'humanité en surplus

Lille, Montreuil : ces municipalités de gauche qui chassent les pauvres Billet Médiapart de Lancêtre, 10 décembre, extraits

Les similitudes [de la situation à Lille] avec les avanies endurées par les Roms de Montreuil (qui, eux, n'étaient pas des réfugiés, mais installés à Montreuil depuis dix ans) sont frappantes.

1) le refus de rechercher des solutions; l'assistance à ces personnes en grande détresse physique et morale est laissée à des associations humanitaires (que les mélenchonistes vilipendent par ailleurs, lorsqu'elles osent intervenir en Syrie pour soigner les blessés) telles que MSF, à des riverains ou aux rares groupes politiques (NPA, CNT) qui ne trouvent pas indigne de tenter de soulager la misère immédiatement, sans attendre l'hypothétique élection d'un sauveur suprême;

2) le refus de faire installer des toilettes. Ce n'est pas un détail. Qu'aurait coûté, à la municipalité de Montreuil ou à celle de Lille, l'installation de toilettes ? Trois fois rien. Ce n'est pas une question d'argent. Il s'agit d'animaliser les réfugiés, de susciter une réaction de rejet des passants, et du voisinage, en les contraignant à faire leurs besoins dans le square, comme des bêtes.

3) l'effacement rapide de toute trace du passage des réfugiés. A Montreuil, le maire faisait immédiatement détruire, par le personnel municipal, la fresque, chaque jour redessinée, qui rappelait l'errance des Roms qu'il avait fait jeter à la rue.

4) l'installation de grilles, par le personnel municipal, afin d'empêcher d'autres réfugiés de revenir. Pour ce type d'action, manifestement, des crédits sont disponibles. Pas pour aider des gens qui sont à la rue.

A Montreuil, les Roms ont été chassés de l'abri qu'ils avaient trouvé, près du théâtre, et des grilles ont été posées, afin d'éviter qu'ils ne reviennent.

Extrait du billet de Juliette Keating : Lundi 14 novembre, la police est venue les déloger de sous l'auvent du théâtre. Interdiction d'aligner plus longtemps les tentes sous la maigre protection de l'auvent. La voirie a encore jeté des affaires tandis que les poseurs de grilles faisaient leur boulot. C'est la première fois que je vois un théâtre, ce lieu de culture, de mots, de beauté, d'émotions, cet écrin si précieux à tous ceux que l'humanité concerne, cerné par un grillage haut et bien consolidé. Pour le protéger de quoi, de qui ? De quelques familles pauvres et sans abri. Dégoût.

5) Derrière cette hostilité aux pauvres, comme dans le seizième arrondissement de Paris : des intérêts immobiliers. C'était déjà le cas à Montreuil. Si le maire, prétendument communiste, a fait jeter à la rue ces Roms, qui habitaient Montreuil depuis plus de dix ans, c'est pour favoriser une opération immobilière.

"L'humain d'abord", qu'ils disaient...

 

17:08 LE "roman" du capitalisme commercial puis industriel par le colonialisme et sa mondialisation

Ce que nous devons aux Indiens d'Amérique, et comment ils ont transformé le mondeJack Weatherford, 1988, tr.fr 1993

En 1492 Christophe Colomb pensait apporter la Civilisation au Nouveau Monde ; cinq siècles plus tard, il est temps de reconnaître à quel point le Nouveau Monde a influencé notre civilisation. Jack Weatherford, professeur d'anthropologie, nous invite dans ce livre étonnant à faire l'état de l'inestimable contribution des peuples amérindiens à notre histoire collective : de nos habitudes alimentaires (60% des aliments consommés aujourd'hui viennent des Amériques) à nos techniques agricoles, de nos connaissances médicales (dont la quinine et l'aspirine) à nos modes de gouvernement, de notre développement économique (grâce aux masses d'or et d'argent des Aztèques et des Incas) à nos systèmes de pensée (les sociétés indiennes ayant inspiré Montesquieu, Rousseau ou Marx). Cinq siècles après Christophe Colomb, l'Amérique est encore à découvrir...

le titre de ce livre en réduit paradoxalement l'intérêt et la richesse : Amérique est au sens de l'ensemble du continent du Nord au Sud, mais on s'y promène aussi en Europe, en Asie et en Afrique. Il est rien moins qu'une histoire de la manière dont le capitalisme s'est constitué comme mode de production (d'abord industriel) mondial sur la base des compagnies privées installées dans la dynamique colonialiste dès le 16è siècle, constituant le capitalisme commercial et bancaire de façon quasi unifiée par l'or et l'argent comme équivalent général (chapitre 2. Piraterie, esclavage et naissance des compagnies de commerce)

« Ces grandes compagnies commerciales aidèrent à la création de ce qu'Immanuel Wallerstein appelle le « système mondial ». Elles mirent en place une économie unique là où n'existaient auparavant que les diverses économies régionales de l'Extrême-Orient, de l'Afrique sub-saharienne, de l'Inde et de l'Asie du Sud, du Pacifique Sud, les rassemblant avec celles de l'Europe et des Amériques. La production de n'importe quelle partie du monde pouvait être transportée dans n'importe quelle autre, et ce, en utilisant les valeurs standardisées de l'or et de l'argent produits par les Indiens d'Amérique. » p. 49

de même, de très intéressants passages montrent comment et pourquoi la plantation esclavagiste, particulièrement pour des raisons tant technologiques qu'agricoles celle de canne à sucre et de coton, est par excellence le modèle de la fabrique capitaliste, et ceci bien plus que la manufacture en raison de son opposition intrinsèque au machinisme, dont témoigne au demeurant la résistance des luddistes ou des Canuts lyonnais (chapitre 3. La voie indienne vers la société industrielle)

« Sans la technologie et l'organisation européenne, la révolution industrielle n'aurait jamais démarré en amérique; sans les métaux précieux et les méthodes de travail américains, la révolution industrielle ne se serait jamais étendue à l'Europe. » p. 71

un livre que j'avais trouvé dans une broquante l'an dernier. La lecture en est agréable, fourmillant d'éléments concrets à l'appui de ce qui ne se présente pas comme un travail théorique. L'érudition encyclopédique de l'auteur y est proprement stupéfiante, et son style n'est pas sans rappeler la limpidité de celui de Marx dans ses écrits 'historiques', l'évolution tant du monde que des connaissances faisant tout l'intérêt de ce livre de 1988, bien avant que l'on ne parle de pensée décoloniale remettant en cause l'histoire eurocentriste

un compte-rendu de lecture qui en dit un peu plus : Ancien et nouveau monde, ce n'est pas ce qu'on croit Hu Xua & Nay, 2007, texte en français et vietnamien

« Quels rapports y-a-t-il entre les mines de Potosí en Bolivie, Francis Drake (le corsaire de la reine d'Angleterre au XVIe siècle), le village allemand de Kahl, le site Machu Picchu, la pomme de terre, le guano, la quinine, la syphilis, le caoutchouc, le coca, la liberté, la démocratie, les bâtons rouges, et la révolution industrielle ? [...]

En somme, une véritable référence en matière d'histoire des idées. L'auteur rend ici hommage aux sociétés amérindiennes décimées par la conquête, en rétablissant la vérité sur des faits détournés de leurs origines. Bref une reconnaissance de la richesse tant matérielle qu'idéelle léguée par les Amérindiens à nos société modernes sans laquelle nous ne serons sans doute pas là où nous en sommes en matière de progrès technique et civilisationnel. Au-delà de cet écrit riche en documentation, on pourrait sans trahir l'auteur, dire que nous avons encore beaucoup à apprendre des Amérindiens si nous voulons être des êtres civilisés véritables, à l'opposé des barbares qui utilisent la force brutale et la violence pour parvenir à leurs fins. L'invasion de l'Irak en 2003 suivie de son occupation par les descendants de ceux qui ont conquis l'Amérique, est là pour nous rappeler que l'humanité n'arrive toujours pas à se débarrasser de la barbarie et que nous avons encore beaucoup d'efforts à faire en matière d'humanité pour parvenir à une société égalitaire, sans prison et sans institution coercitive, mais que tout le monde est libre et dispose matériellement de ce dont il a besoin pour vivre, comme celle des Amérindiens, les vaincus de cette page d'histoire. »

 

15:01 contre l'essentialisme du prolétariat comme classe universelle de la révolution communiste

« J'oppose le nominalisme au réalisme logique, à l'essentialisation généralisée. [...] La vie, ce sont les vivants. En hébreu biblique - et je n'ai jamais vu qu'aucun éxégète biblique, juif, catholique ou protestant, ait repéré ce phénomène - certains mots abstraits se forment avec le pluriel du terme concret. Par exemple, 'haï' veut dire vivant, et le pluriel, 'hayim, vivants, signifie la vie. Nous avons la parabole de tout le problème. Le nominalisme, c'est l'enjeu du sujet, des individus.» Henri Meschonnic, entretien avec Anne Mounic, p. 55-56

Meschonnic met en cause le "national-essentialisme" de Heidegger. Je mets ci-dessous en question le prolétaro-essentialisme de la théorie communiste de la communisation, contre la conception de Marx d'une émancipation des individus par eux-mêmes. Nous voyons ici comment le langage de la théorie de la communisation, en tant que forme-contenu, contredit sa prétention révolutionnaire : une communauté humaine libérée, ainsi que dans son rapport à la nature (dont le dépassement fait qu'il n'est plus un rapport), ne saurait se constituer comme un tout universel, mais seulement dans une pluralité de formes, de quoi nous rapproche davantage la pensée décoloniale pluriverselle, dans la perspective de communismes pluriels, pluriversels

 

14:38 la démocratie communiste pluriverselle contre le collectivisme communisateur universel

à l'inverse, cela montre les limites de la critique de la démocratie, surtout quand elle se prétend révolutionnaire et pratique l'amalgame entre la démocratie politique et toutes connotations du concept de démocratie, que rien n'empêche de nourrir d'une contenu émancipateur des individus dans leur relation à la communauté humaine et du vivant. Il est donc logique que la critique de la démocratie par les partisans de la communisation soit reprise par l'extrême-droite identitaire européenne (Francis Cousin...). Le modèle insurrectionnaliste* de la révolution, qu'est la communisation, ne débouche sur rien qu'une question au genre de "dictature du prolétariat"** qu'elle promeut, collectivisme dont elle ne construit pas, même en théorie, le dépassement, du fait de son impensé de l'individu. Voir VII. L'INDIVIDU et son DEPASSEMENT, processus révolutionnaire : de l'individualisme à "je est des autres"

* « La théorie communiste est la conscience de soi du rapport insurrectionnel en tant qu’il contient la possibilité de passer du capitalisme au communisme.» Bruno Astarian, Solitude de la théorie communiste 2.1. août 2016

** la dictature du prolétariat est assumée par BL, de Théorie Communiste, dans le texte Le pas suspendu de la communisation, juin 2009, qui ne comporte que de naïves généralités sur la « communauté des individus immédiatement sociaux », tout n'y étant qu'activité communautaire et totalitaire de classe. L'identité prolétarenne comme particularité y est de fait plus affirmée que dépassée. La théorie de la communisation produit l'oxymore d'un stalinisme d'ultra-gauche, certes sans État, une utopie prolétarienne universelle. Voilà ce qu'annoncent leur théologie théorique (voir plus bas 8 décembre), leur langage conceptuel, leur pratique théorique, leur sectarisme et leur refoulement du débat : la police de la communisation et ses commissaires du prolétariat ne sont pas loin

« le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » Marx & Engels Le Manifeste de 1847

 

13:12 la critique de la démocratie par la démocratie

Les jeunes croient de moins en moins aux bienfaits de la démocratie : « Aux Etats-Unis par exemple, si 75% des personnes nées dans les années 30 estiment qu'il est essentiel de vivre dans une démocratie, moins de 30% de la génération née dans les années 1980 pense cela. »

c'est dire l'inutilité de s'en prendre à la démocratie en tant que telle. Le pamphlet Mort à la démocratie, de Léon de Mattis en 2007, par sa vision partielle et acritique du capitalisme et de l'État-capital, n'était qu'un coup d'épée dans l'eau des calculs militants, la petite vengeance vaniteuse d'un social-démocrate défroqué, un faux-cul n'assumant pas même alors sa conviction de communisateur. Comme si ses lecteurs n'étaient capables de comprendre la logique politique du capital qu'à petites doses de propagande

le meilleur ennemi de la démocratie politique est la démocratie politique même. C'est un des aspects de l'idéologie qui se passe le plus de dissertation théorique. La montée de l'abstention en milieu populaire comme celle des votes "anti-système" sont un aspect de cette critique en actes de retraits de la démocratie politique : « 39% des Français interrogés souhaitent la victoire d'un candidat "anti-système" en 2017

 

13:04 la critique du travail n'atteint pas à celle du capital, certes, mais pour ceux qui en ont, elle est le début d'une désobjectivation, d'une désaliénation

le contraire du travail n'est pas la paresse, mais l'activité créatrice. Lire Bruno Astarian : Etrange popularité du « Droit à la Paresse » de Paul Lafargue Hic Salta juin 2015

en relation : Patlotch TRAVAILLER POÈME 1983-2012

12:49 la drogue du travail

Drogue au travail : le Conseil d'Etat autorise les tests salivaires, sous conditions

le travail tue plus que la drogue et les violences policières 

« Le travail constitue la meilleure des polices. / il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. » Nietzsche

« Le citoyen toujours actif sue, s'agite, se tourmente sans cesse pour chercher des occupations encore plus laborieuses : il travaille jusqu'à la mort, il y court même pour se mettre en état de vivre, ou renonce à la vie pour acquérir l'immortalité. » Rousseau, Sur l'origine de l'inégalité, 1755

« Pour échapper à l'ennui, l'homme, ou bien travaille au-delà de ce qu'exigent ses besoins normaux, ou bien il invente le jeu, c'est-à-dire le travail qui n'est plus destiné à satisfaire aucun autre besoin que celui du travail pour lui-même. » Nietzsche, Humain, trop humain, 1878

« Le domaine de la liberté commence là où cesse le travail.» Karl Marx

« Le propre du travail, c’est d’être forcé » Alain

« Le travail est l’opium du peuple… Je ne veux pas mourir drogué. » Boris Vian

« Les hommes travaillent généralement trop pour pouvoir encore rester eux-mêmes. Le travail : une malédiction que l'homme a transformée en volupté. Oeuvrer de toutes ses forces pour le seul amour du travail, tirer de la joie d'un effort qui ne mène qu'à des accomplissements sans valeur, estimer qu'on ne peut se réaliser autrement que par le labeur incessant — voilà une chose révoltante et incompréhensible. Le travail permanent et soutenu abrutit, banalise et rend impersonnel. Le centre d'intérêt de l'individu se déplace de son milieu subjectif vers une fade objectivité ; l'homme se désintéresse alors de son propre destin, de son évolution intérieure, pour s'attacher à n'importe quoi : l'œuvre véritable, qui devrait être une activité de permanente transfiguration, est devenue un moyen d'extériorisation qui lui fait quitter l'intime de son être. Il est significatif que le travail en soit venu à désigner une activité purement extérieure : aussi l'homme ne s'y réalise-t-il pas — il réalise. » Emil Cioran : Sur les cimes du désespoir

8 décembre

24:01 l'Occident, l'inconscient, et la pensée comme activité vs structuralisme : l'essence inconsistante de l'histoire

« L'Occident est tout entier gouverné par la notion de signe, qui est le dualisme du langage, du corps et de l'esprit. Toute la pensée occidentale est menée par cet enchaînement des dualismes du signe, qui ne se donne pas comme un point de vue.

Sur le langage, nous n'avons que des points de vue et, du point de vue où je me place, le signe en est un qui ne se donne pas comme tel. Il ne permet pas de penser le continu corps-langage et c'est ce discontinu qui règne dans les disciplines universitaires.

Pour revenir à l'inconscient, la poésie et l'art sont constamment en rapport avec l'inconscient et nos inventions de pensée sont en rapport avec lui. Si l'on compare en matière de langage Freud à Lacan, on peut penser que Freud a inventé sa pensée du langage tandis que Lacan tire sa pensée du structuralisme. C'est un produit de l'époque. Freud est une activité. » Meschonnic avec Anne Mounic, 2008, p.78

le discontinu corps-langage est précisément critiqué radicalement par la pensée décoloniale dans tous les champs des actrivités humaines, critique de la modernité qui, dit en passant, semble échapper en 2004 à Meschonnic dans ses tirades alors dans le vent sur la fausse opposition Orient-Occident (qui "oublie" l'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine, soit 3/4 de la population mondiale) dans la dénonciation du "conflit de civilisation", un Meschonnic qui rentre dans le rang "judéo-chrétien", en allégeance à l'idéologie française républicaine (le Japon "impérialiste", l'Islam "impérialiste" en défense de l'Occident pas que impérialiste, la mauvaise conscience du marxiste défroqué...) :

« Le théologico-politique ne connaît pas la séparation de l'Église et de l'État. Qui est la laïcité. Répudiée donc, dans l'amalgame de pensée qui associe la modernité, déjà elle-même un paquet de confusions entre modernité philosophique, modernité en art, modernisation, plus quelques autres confusions, avec la démocratie, l'impérialisme occidental et le capitalisme, pour rejeter en bloc tout cela comme « affaire de Blancs ». Cet amalgame où Heidegger joue un rôle majeur - mondialisé. » (p.26)

ici, Meschonnic, en bon juif universel critique des mauvais juifs extrêmistes, s'exprimant de nulle part en prétendu juif errant d'avant Israël, se révèle en deça de la critique de la religion politique par Marx et de celle de l'État comme totem ("emblème") par Pierre Legendre. Il se révèle penseur critique occidentalo-centré de l'Occident

par ailleurs, concernant la critique communiste quant au rapport Freud/Lacan, alors que Marx était une activité de pensée, la théorie de la communisation est « un produit de l'époque », intrinsèquement structuraliste comme le voyait Camatte concernant Théorie Communiste (TC tire le capital à sa structure binaire sans même pouvoir l'historiser, mais les pseudos polémiques entre TC et troploin ne sont de ce point de vue que subtilités internes visant à faire exister leur théorie, preuve pas ses "désaccords")

le point commun entre "LA théorie communiste" et la pensée Meschonnic, quoi qu'ils en disent chacun à leur manière, c'est qu'ils ne savent pas, et ne veulent pas savoir, d'où ils parlent. Meschonnic, comme Bourdieu, du Collège... de France. Comme Heidegger est "national-essentialiste", Roland Simon (TC) est prolo-essentialiste. Le prolétariat est son Être suprême (son divin sans divan, structuré comme un inconscient, dont il a fait de la théorie de la communisation une religion, un dogme gérant la théorie communiste). Être qui serait sauvé d'être une essence révolutionnaire dans une "conjoncture" digne du jugement dernier, en s'auto-abolissant dans la "défaisance" de son rapport antagonique de classe au capital, une "implication réciproque" alors qu'aujourd'hui déjà, ne rendant plus compte de la totalité du mouvement du capital-monde, elle n'est plus, de fait, le "moteur de l'histoire"

 

19:24 expulsion et théologico-politique, avec Étienne Balibar

extrait de « Zur Kritik » au 21è siècle : encore l'économie politique, de nouveau la religion », du Colloque "Misère de la critique" Conférence d'Étienne Balibar, 5 février 2016, dont on ne trouve en ligne que la traduction anglaise (merci l'Université française et ses droits commerciaux) : Critique in the 21st century, Political economy still, and religion again, Radical philosophy

Economy and theology: the chassé-croisé of violence

Let us venture a step further. I would say that what seems to characterize the world-scale dimensions [la mondialité] of the ‘crisis’ – which is at once local and global, and is not foreign to the eschatological connotations it takes on in our discourses and conscience – is the superposition of two ‘phenomena’ that seem at first sight heterogeneous, but that we can try to relate to one another in a quasi-analytical, or perhaps pseudo-analytical, schema. The first is the emergence of an economy of generalized violence that cuts across borders and combines endemic wars with other forms of exterminating violence – indeed, eliminating violence, since what is involved is not death in the strict sense, even if there are at this moment many deaths, under different modalities. Exclusion, for example, or, perhaps even better, to use the category that Saskia Sassen recently deployed with impressive force and scope, the generalized expulsion of individuals and groups from their ‘place’ in the world, in any world whatever. No one doubts that violence is immemorial, that it assumes myriad forms and has myriad causes, or that it is an anthropological characteristic of the human being as such. But the violence that seems able to cut across any and every border, and indeed to use borders themselves as the instruments of its own generalization, is in a way a new phenomenon whose novelty rests on the fact that every person may in time be potentially confronted by it. The second phenomenon I have in mind is the superposition or, better yet, the chassé-croisé of political economy and political theology, or the theologico-political. We are now approaching the question that we need to ask. To convey what seems to be a widely held view today (and I don’t believe this view is exclusively French, even if it undoubtedly owes a fair share of its evidence to a certain ‘French’ way of thinking the autonomy of politics), I would propose the following formulation: we no longer have enough political economy (or politics in economics), but we have too much political theology (or too much theology in politics).

j'ai trouvé intéressant que Balibar fasse ici allusion à Expulsion, de Saskia Sassen, dans sa différence déjà notée avec exclusion : « Exclusion, par exemple, ou, peut-être encore mieux, utiliser la catégorie que Saskia Sassen a récemment déployée avec une force impressionnante par son champ d’application, l’expulsion généralisée des individus et des groupes de leur « place » dans le monde, dans n’importe quel monde, quel qu'il soit.»...

... et, incidemment, au « chassé croisé entre économie politique et théologie politique [voir ci-dessous, Meschonnic]. Nous abordons maintenant la question que nous devons poser. Pour transmettre ce qui semble être une opinion largement répandue aujourd'hui (et je ne crois pas ce point de vue soit exclusivement français, même s'il doit sans aucun doute une part évidente à une certaine pensée "française" de l’autonomie de la politique), je propose la formulation suivante : nous n’avons plus assez d'économie politique (ou de politique en économie), mais nous avons trop de théologie politique (ou trop de théologie en politique).»

j'aurais préféré pas assez de critique de l'économie politique et trop de théologie théorique, puisqu'ici Balibar me semble critiquer plutôt l'adversaire de classe (Capital et Etat) que sa critique communiste même, mais l'intéressant est que le lien soit fait, puisqu'aussi bien "l'idéologie dominante", d'une certaine façon, englobe sa critique même quand elle se veut radicale; pour paraphraser Meschonnic : la théorie oubliant ce qu'elle ne sait pas d'elle

 

17:08 contre toutes les églises, et plus particulièrement celle du théologico-théorique

j'entends que le théologico-politique dont parle Meschonnic s'étend aux fois athées, à tous les idéalismes y compris se réclamant de l'héritage marxiste de Marx. Lucien Sève proposait récemment de ne plus parler de marxisme mais de poursuivre 'la pensée Marx'. Dans le même sens, Meschonnic écrit (p.67) : « Je ne suis pas spinoziste, mais spinozien [c'est à propos de « l'opposition éculée entre le concept et l'affect »], de même que quand je dis qu'il faut penser Hugo, ou penser Humbold, j'emploie ces mots non comme compléments d'objets, mais comme adverbes : à la façon de. J'essaie donc de « penser Spinoza », de le comprendre de l'intérieur, de penser en continuant Spinoza.» C'est ce que j'ai tenté de faire, en parlant d'une méthodologie de Marx qui n'est pas "la méthode dialectique" dont se sont repus les marxistes, contre Marx. Cf I. MÉTHODOLOGIE de la DIALECTIQUE COMPLEXE des DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

il est aisé de voir comment les partis, groupuscules et sectes communistes ont érigé la fidélité à leur identité crépusculaire au-dessus de leur supposée foi en un divin, et tenté de le maîtriser de façon gestionnaire, totalitaire (je le notais dans les années 90 à propos du PCF et de l'identité communiste). Leur posture est celle du religieux contre le divin, de l'église contre la foi. Meschonnic : « Le religieux n'est pas le divin. Le religieux - ou la religion - est la socialisation, l'institutionnalisation, l'appropriation, la captation, la gestion du divin. Le gestionnaire du divin. Le cultuel et le culturel du divin. / Mais le gestionnaire du divin s'identifie au divin, à force de se l'approprier, et de le gérer. Et comme sa gestion est sociale, elle est politique. Le religieux est le théologico-politique.»

le théologico-théorique de la communisation

on reconnaît sans peine la posture théologico-théorique, militante bien qu'anti-politique, de Théorie communiste, dont le nom indique et revendique depuis 1979 cette "captation gestionnaire" de la théorie communiste jusqu'à « s'identifier au [verbe du] divin », la révolution prolétarienne universelle. On la retrouve chez Bruno Astarian dans son dernier texte : La solitude de la théorie communiste, la seule possible, la théorie de la communisation, silence étant fait sur toute autre possible, évitant même toute polémique, pour lui préférer le silence, comme dit Meschonnic ci-dessous : « la polémique, je la définis comme la recherche par tous les moyens du pouvoir sur l'opinion. Et plus par le silence sur l'adversaire que par la discussion, le débat. »

Meschonnic ajoute (p.25 et 29) : « Le théologico-politique finit par tuer la religion même [c'est la balle dans le pied], après avoir tué en lui et autour de lui le divin. [...] Mais le théologico-politique, comme il se préfère, s'aime seul, il s'aime pur. Théologiquement, c'est un fils unique. »

la théorie de la communisation s'aime seule [l'auto-complaisance narcissique d'Astarian dans sa solitude, reprise sans ironie par Gilles Dauvé : Sommes-nous seuls dans l’univers ?], elle s'aime pure. Ses théoriciens étaient les fils uniques, les représentants de leur dieu sur terre - le mythe de la révolution prolétarienne mondiale immédiate -, d'où leur langage universel descendu de nulle part pour « dissiper les illusions », sauf la leur, d'essence religieuse, qui n'en peut mais, d'avoir voulu passer pour divine

jaunis à l'idée

les "communisateurs" sont revenus à L'Idée, celle de Hegel dans celle de Feuerbach, avant que Marx ne fasse le ménage de la spéculation philosophique dans Les thèses sur Feuerbach

15:37 un livre de l'année

Le sacré, le divin, le religieux Henri Meschonnic, un texte de 2004, un autre et un entretien de 2008. Excellente et courte introduction à la pensée Meschonnic

« C'est l'inconnu qui nous mène, qui nous domine. Il rend la pensée passionnante, parce que par notre inconnu nous allons à la découverte de nous-mêmes. cet inconnu de nous-mêmes, et de la pensée, font ensemble dans une même recherche l'inconnu du sujet, l'inconnu du poème, l'inconnu de l'art, l'inconnu du langage, l'inconnu de l'éthique, l'inconnu du politique. / L'inconnu de la société [...] il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il y ait d'un côté des poèmes [...] et de l'autre une réflexion qui porte sur du savoir. Parce que ce qui unit, réunit, ces deux activités qui semblent si distantes l'une de l'autre, c'est l'inconnu de la vie, qui doit toucher quelque part à ce qui est inconnu du savoir. / Et c'est le lien des deux qui détermine ce que j'appelle la critique, la recherche des fonctionnements, des historicités. Le rapport entre la théorie et la critique. D'où la différence radicale que je fais et qui est à faire entre la critique et la polémique : la polémique, je la définis comme la recherche par tous les moyens du pouvoir sur l'opinion. Et plus par le silence sur l'adversaire que par la discussion, le débat. » Apprendre à ne plus savoir ce qu'on fait, 2008

« L’humanité, écrit Meschonnic en 2004, est malade du théologico-politique. Elle est malade de confondre le sacré, ce temps du conte, du temps que les bêtes parlaient, avec le divin, qui est la création de la vie, la sainteté étant ce qui touche au divin. Elle est encore plus malade de confondre le divin avec le religieux, qui n’est que la confiscation du divin par ceux qui s’en proclament les porte-parole et les propriétaires. Et c’est le religieux qui est le théologico-politique. »

7 décembre

06:46 le film du mois ?

Carole Matthieu avec Isabelle Adjani : "Il y a des problématiques de société qui me révoltent". J'avais attiré l'attention sur le roman dont ce film est l'adaptation, Les visages écrasés, de Marin Ledun, 2011, dans Littérature indiscutable, du défunt forum. Je ne vais presque jamais au cinéma*. Je n'aime pas les adaptations de romans, qui (me) tuent l'imaginaire de la lecture. Je n'irai donc pas voir ce film, bien qu'il ait l'air "sympa"... Il est assez triste qu'il faille un film pour attirer l'attention sur un livre, ou un auteur, mais lire tel livre après avoir vu son adaptation au cinéma, quel gâchis !

* une fois depuis trois ans, parce qu'un ami irlandais/anglais m'a traîné voir le Ken Loach, tourné dans des quartiers de Newcastle qu'il avait bien connus 

05:47 la restructuration de la semaine

Le 11 décembre 2016, la Chine deviendra une économie de marché au sens de l'Organisation mondiale du commerce. Ne me demandez pas ce que ça change, je ne saurais vous l'expliquer. « La Commission européenne estime que jusqu'à 211 000 emplois pourraient être menacés en Europe. Mais pour le think tank américain Economic policy institute, ce chiffre pourrait atteindre 3,5 millions, dont 300 000 en France...»

en relation III.4. la crise du capitalisme et sa restructuration dans la crise de l'Occident

05:29 l'expulsion du jour

Bidonville de Pierrefitte : une expulsion en plein hiver : « Cette nouvelle expulsion risque de mettre à la rue plus de 600 personnes dont 150 enfants... Cette expulsion, qui intervient en plein hiver, est intolérable, indigne et illégale...». Dit (lu) comme ça, la protestation semble assez banale, pour ne pas dire morale. Mais qu'est-ce qu'un "État de droit" qui ne respecte plus ses lois, ou plutôt ne les applique qu'à ses bons citoyens, ceux qu'il n'a pas encore exclus socialement, économiquement, et politiquement ? Il y a, insensiblement, un saut qualitatif de l'exclusion sociale produite par la crise à l'expulsion prise en charge et quasi-organisée par l'État, comme un délit légalisé de non-assistance à personne en danger. J'ai vu comme ça le parcours de Daniel Blake dans le film de Ken Loach

en relation V.0. 'expulsions', 'dynamique prédatrice' et 'limite systémique' (Saskia Sassen) dans la restructuration globale du capital 'animiste' (Achille Mbembe)

6 décembre 2016

21:58 repris de 21:13

fascinet

internet est en ceci piégeant qu'on croit y exister, du fait de relatifs relais, blogs, tweeter... alors qu'on n'y "vit" que dans une bulle autour de soi, un halo d'aura fantasmée qui n'a d'existence que pour soi et qui vous renvoie, ou non, la balle

d'un clic chez soi tout disparaît de ce miroir aux alouettes, qui n'est pas même un miroir sans tain (du genre utilisé dans ses romans de la maturité par Aragon, ou de celui mis en scène dans Le vieux fusil), car peu traverse, quoi qu'il en dise, le miroir aux apparences, mais au contraire ne fait que s'y mirer en narcisse : j'ai brûlé mes livres contre toute tentation de considérer « moi, j'ai fait ça » comme un bilan globalement positif

21:49

le silence est la mort

à ce stade du monde et de ce qu'il me donne à cogiter, je suis dans l'incapacité de formuler le moindre conseil, communiste, humaniste, et encore moins démocratique. Je ne peux désespérément, d'où je parle, que m'y situer tant bien que mal éthiquement, ce qui me vaudra les sarcasmes des prétendants à l'objectivité critique sur critères structurés comme leur insconscient (ces super-héros théoricoco-théologiques, militants de la communisation)

et donc, ai-je dit, ce que je peux faire de mieux est de créer, selon les capacités que j'en ai, et l'offrir en don, potlatch, à quelque usage ou retour critique, positif ou négatif : le silence est la mort

17:08

auto-critique

mon erreur, pendant plus de dix ans, fut non seulement d'accompagner puis de critiquer des théories fausses, mais de le faire alors qu'elles n'avaient, et n'auront jamais, aucun poids dans la réalité. Ma seule excuse est qu'avant d'en trouver la preuve, je ne le savais pas

les pages que j'y ai consacrées ont donc moins de valeur à mes propres yeux que celles de L'idéologie allemande à ceux de Marx, dans la préface de sa Contribution à la critique de l'économie politique en 1859 : « Nous abandonnâmes d'autant plus volontiers le manuscrit à la critique rongeuse des souris que nous avions atteint notre but principal, voir clair en nous-mêmes. ». Moins de valeur parce que L'idéologie allemande s'en prenait à une idéologie qui avait, et a encore, une influence réelle, et que ces textes ont encore une pertinence comme critique radicale de toute idéologie, particulièrement celle de la politique et de l'État-nation, que l'on retrouve aujourd'hui dans l'idéologie française et au-delà dans toute forme de populisme et de citoyennisme de gauche ou de droite, idéologies du prolétariat et des classes moyennes anti-révolutionnaires soutenant le processus d'expulsion du capital

m'en prendre avec tant d'obstination à la théorie de la communisation était justifié dans la mesure où, rompant avec toutes les théories communistes antérieures à la traîne de l'histoire du capital, elle pouvait (m')apparaître comme la pointe du marxisme contemporain. En montrer les erreurs intrinsèques, c'était en finir avec toute espèce de théorie communiste du prolétariat universel, qui ensemble, n'ont plus aucune influence sur le cours des choses. Ceci non parce qu'elles ne sont que théorie communiste confrontée à sa solitude (Astarian), mais parce que cette théorie, étant dès le départ et demeurant à jamais fausse, ne saurait s'emparer des masses, mais seulement passionner une secte d'adeptes absorbés par une tâche pourtant inutile, « dissiper des illusions », qu'elles soient de gauchistes, ultra-gauchistes, syndicalistes ou démocrates divers. En effet, le cours des choses fait ce travail concrètement bien mieux que toute théorie avec son grain de sel abstrait

la seule illusion qu'elle n'aura pas dissipée est la sienne propre, ce dont je me suis chargé pour ma gouverne et celle de rares pensant par eux-mêmes. Quant à l'illusion de convaincre des communisateurs qu'ils se trompent, dieu m'en garde, ce serait comme vouloir prouver à des croyants que dieu n'existe pas

15:10

vitalisme ?

la lutte pour la vie se présente jusqu'ici comme lutte contre la mort, c'est-à-dire en vérité pour la mort de (ce) qui, selon son camp (classe ou tout autre forme d'identification particulière), empêche de vivre. Cette lutte pour la vie est donc en partie négation de la vie, comme le schématisent les modèles dialectiques depuis Hegel. Cette obsession du négatif, qui a pu produire quelque positivité historique très relative dans l'antagonisme de classe prolétariat-capital en Occident aux 19è et 20è siècle, a aujourd'hui épuisé sa prétendue universalité dans l'accompagnement du déclin capitaliste occidental. Cette utopie négative participe aujourd'hui, y compris sous label communiste ou anarchiste, de la guerre de tous contre tous dans le nouveau paradigme de l'expulsion du rapport antagonique binaire prolétariat-capital

par choix éthique et par expérience, je ne veux participer que d'une lutte positive pour la vie, naturellement au-delà d'un vitalisme naïf à la Vaneigem, mais retenant néanmoins ceci : la création est l'essence de cette positivité

14:47

le moyen-âge qui vient

l'humanité est à l'aube d'un nouveau moyen-âge, dans lequel il n'y aura pas plus de révolution à titre humain que prolétarien, mais une guerre de l'humanité contre elle-même, et s'il en sort quelques vainqueurs, bienheureux cynique y trouvant réalisable un quelconque communisme pour survivants. Comme ambiance et de mémoire, je pense au roman Malevil de Robert Merle, en 1972

savoir s'il s'agira d'une nouvelle forme de capitalisme, fonctionnant encore sous la loi de la valeur, ou d'un post-capitalisme ouvrant un autre type de "civilisation", est le genre de question que se poseront encore quelques esprits malades du concept, dans leur cave

14:02

relation immédiate

il faut croire absolument en la relation immédiate entre individus comme lieu d'une production de « je est des autres », et tout ce qui n'en relève pas réciproquement ne renvoie qu'à la nécessité d'une solitude assumée, d'où l'on parle ni à personne en particulier ni à tout le monde en général. Toute autre posture ne vaut que pour ouvrir une boutique sur le marché des individus, où se mesurent les égos dans la séparation spectaculaire capitaliste. Il n'y a pas, en ce sens, d'activité intellectuelle anti-capitaliste ayant la moindre effectivité, car toutes participent à la reproduction de cette séparation

corollaire 1 : une théorie révolutionnaire est un oxymore

corollaire 2 : je ne parle qu'avec moi-même, par personnes interposées. La conversation authentique est un mentir-vrai, un roman de la pensée critique (réciprocité telle que je l'ai vécue avec Corinne Cerise jusqu'à sa disparition le 29 novembre 2016)

13:03

ma tragique réussite

il ne s'agit pas d'un constat d'échec, mais au contraire d'une tragique réussite au-delà de toute attente, par un basculement renvoyant aux archives les théories prétendues révolutionnaires dont j'ai montré la vacuité, livrées à la critique rongeuse des souris, comme la mienne au clic ravageur de ma souris d'ordinateur

pour moi, ce qui est faux ne nécessite plus d'être lu, ni ce qui est juste d'être écrit. Les deux se réalisant sous nos yeux, le monde est un livre ouvert pour qui sait lire, et pour qui ne sait pas, il est vain de l'écrire. Depuis des millénaires, preuve par l'état actuel du monde, de grands livres auront été écrits qui n'auront servi à rien qu'à mettre en œuvre le contraire de leur message éthique, et cela va de la Bible ou du Coran au Capital, en passant par les grands philosophes et grandes découvertes scientifiques. Fût-ce à leur insu, dans le monde réel, Marx a produit Staline et Einstein la bombe atomique. Rien n'enrayera le mouvement céleste, quant au mouvement du capital vers la destruction du vivant, il n'a rien de communiste, car n'est aujourd'hui probable que le chaos universel, un nouveau moyen-âge...

12:04

rappel (26 avril 2015) je brûlerai mes livres !

« Faustus : - Stay, Mephistopheles, and tell me, what good will my soul... I'll burn my books ! » Christopher Marlowe, Doctor Faustus 1589

le 1er mai suivant, j'ouvrais le forum communisme décolonial, comme un livre ouvert, aujourd'hui brûlé, comme deux précédents, la tentation alternative, CARREFOUR des ÉMANCIPATIONS, 2002-2004 et Communisation Ressources classées (2007-2011), et le suivant en cours d'écriture CAPITAL, LUTTES et CHANGEMENTS dans la CRISE de CIVILISATION

contrairement à mon habitude, je ne donnerai aucune explication, qui va de soi pour qui n'a cessé d'affirmer, d'une part la nécessité de détruire la théorie comme de sa mise à mort en tant qu'artiste, d'autre part la supériorité d'une approche poétique et praxique sur toute spéculation conceptuelle