V.0. 'expulsions', 'dynamique prédatrice' et 'limite systémique' (Saskia Sassen) dans la restructuration globale du capital 'animiste' (Achille Mbembe)

 

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V.0. 'expulsions', 'dynamique prédatrice' et 'limite systémique' (Saskia Sassen) dans la restructuration globale du capital 'animiste' (Achille Mbembe) 

2 décembre 15:01

le livre de Saskia SASSEN, Expulsions Brutalité et complexité dans l'économie globales (2014, Fr 2016) permet une approche transversale de ce que j'ai élaboré sous des "points de vue", avec son concept d'expulsion, dans une « logique prédatrice », une « dynamique » vers une « limite systémique »

il permet de relier, autrement que je l'ai fait, divers aspects de ce qu'on peut appeler une restructuration dans la restructuration globale du capitalisme engagée au début des années 70 du siècle dernier

en voici le sommaire général :

- Introduction. Le tri sauvage
I. Économies déclinantes, expulsions croissantes
. Contradictions insoutenables ? De l'incorporation à l'expulsion
. Porter le fardeau du déplacement
. Conclusion : formations prédatrices
II. Le nouveau marché global des terres
III La finance et ses capacités : la crise comme logique systémique
IV. Terre morte, eau morte
Conclusion. À la limite systémique

plusieurs des aspects de la crise de l'économie politique sont analysés dans une logique prédatrice systémique, et ses conséquences reliées par le concept d'expulsion

la description de la restructuration globale du capitalisme, commencée au début des années 70 avec la fin du keynésiannisme (État providence, Trente glorieuses...) recoupe celle de Théorie Communiste, avec son accélération dans « les années 80, période de changement crucial dans le Sud comme dans le Nord, dans les économies capitalistes comme dans les économies communistes. » [Sassen prend le label "communiste" au pied de la lettre, mais sans faire de différence dans la nature capitaliste de leurs économies politiques]

« Je souligne deux profonds déplacements [] qui se sont produit dans le monde entier []. Le premier déplacement est lié au développement de croissance du monde vers des régions extrêmes pour les opérations économiques clés. [] Le second déplacement est lié à l'ascendant pris par la finance dans le réseau des villes globales. [...]

Nous pouvons caractériser le rapport du capitalisme avancé au capitalisme de la période en cours comme étant marqué par l'extraction et la destruction, différant peu du capitalisme traditionnel aux économies précapitalistes.» p. 21 et 22

« Que réserve l'avenir ? Historiquement, les opprimés se sont souvent révoltés contre leurs oppresseurs, mais aujourd'hui les opprimés ont été pour la plupart expulsés et ils survivent loin de leurs agresseurs. [...]

« Ce sont ces dynamiques contradictoires que j'examine dans ce livre [...] sous la forme d'une dynamique nous emportant vers une nouvelle phase d'un capitalisme global spécifique. Ce que j'ai cherché à produire, c'est plutôt une théorisation qui commence avec les faits prélevés sur le terrain, sans l'intermédiaire des institutions habituelles, pour nous diriger au-delà des discriminations habituelles de la géopolitique, de l'économie et de la culture. »

la lecture tardive de ce livre m'a conduit aux remarques suivantes :

- prendre en compte davantage la dimension 'écologiste', c'est-à-dire la destruction du vivant par le capitalisme. C'est lié à la lecture de Saskia Sassen, Expulsions, qui remonte cette question. Son concept d'expulsion interroge divers champs, économiques et sociaux, politiques et écologiques, avec celui de « limite systémique » : « la dynamique essentielle à cette limite est l'expulsion hors des divers systèmes en jeu - économique, social, écologique. Cette limite est fondamentalement différente de la frontière géographique dans un système interétatique. » (Conclusion, p.281)

- confirmation de la justesse de mes renversements divers donnant le primat à la réalité sur la théorie

en effet, Saskia Sassen rejoint mon approche anti-théoriciste et anti-conceptualiste (idéaliste) : « Plutôt que de donner du sens aux faits en les élaborant au sein d'une théorisation, je fais le chemin inverse en les rapportant à leurs composants essentiels dans un effort pour les dégager de toute théorisation. » Introduction, p.18

elle ajoute, p. 21 : « Ces faits prélevés sur le terrain nous aident à nous débarrasser de nos vieilles superstructures conceptuelles, comme le communisme opposé au capitalisme. »  A priori, c'est un peu gênant pour nous, mais à bien y regarder, Sassen prend au pied de la lettre le fait que l'URSS se désignait comme "communiste", et encore aujourd'hui la Chine. Dans ses analyses, elle ne fait pas la différence dans ses critères d'analyse de « l'inégalité, la finance, l'activité minière, les appropriations de terre, etc.»

Saskia Sassen n'est certes pas anarchiste, mais fournit dans ce livre une démonstration de l'impossibilité de résoudre la crise du capitalisme sans casser les États-nations. C'est donc la nécessité de considérer l'écologie comme un enjeu révolutionnaire, mais difficile à relier strictement à l'exploitation capitaliste du prolétariat. Cela renvoie davantage à mes considérations sur la rente, la terre, l'extractivisme, et le lien avec les luttes décoloniales

 

1) recoupements entre la conceptualisation de Sassen et ma théorisation

ne lisant Expulsions qu'après avoir conçu le plan du forum puis de ce livre électronique, et malgré quelques allusions au concept d'expulsion, je ne l'avais pas intégré transversalement aux thématiques retenus, et j'en découvre seulement les compatibilités d'analyse globale du capitalisme en crise

de fait, les considérations de Sassen concernent plusieurs parties et chapitres de ce livre : 

  

 

les questions qu'elle aborde, pour celles qui n'apparaissent pas comme telles dans le sommaire de ce livre, ont fait l'objet de sujets dans le forum :

(IM)MIGRANT.E.S, RÉFUGIÉS, TRANSNATIONALISME, PRÉCARIAT GLOBALISÉ, "NÈGRES du MONDE"..., CHINE : RESTRUCTURATION du CAPITAL mondial et perte de SUPRÉMATIE OCCIDENTALE : une "RE-MONDIALISATION COLONIALISTE" ?, ÉTAT TRANSNATIONAL, GÉOSTRATÉGIE et capitalisme global : "NÉO-IMPÉRIALISMES" ?, MONDIALISME : un DEVENIR-NÈGRE DU MONDE ?

LE CAPITAL en chiffres : Qui possède ? Quoi ? Où ?, POPULATIONS : DÉMOGRAPHIE et MOUVEMENTS MIGRATOIRES,

PAUVRETÉS et RICHESSES : produit de l'exploitation et des dominations capitalistes, ÉCONOMIES PARALLÈLES, MAFIAS, TRAFICS... États "corrompus"..., PRISONS, SYSTÈME CARCÉRAL INDUSTRIEL... ABOLIR L'ENFERMEMENT !

L'EMPIRE EXTRACTIVISTE. Vols, dette, malnutrition, accaparement de terres et ressources...

comme on le constate cela porte davantage sur l'analyse de l'existant, le moment présent du capitalisme, que sur les luttes et les perspectives communistes. Il est donc normal qu'en soient absentes les parties les concernant, les luttes actuelles et la crise, le capital comme aliénation, la subjectivation révolutionnaire, l'individu et son dépassement, etc.

il est plus surprenant que Sassen se réfère peu au concept d'Occident (mais néanmoins au "Sud global" et au "Nord global", j'y reviendrai), parle peu de la domination masculine sociétale structurelle (elle en parle ailleurs voir extrait cité par TC), et n'aborde que peu l'évolution biotechnologique (cf 'PROGRÈS', SCIENCES, HUMAIN, SANTÉ et capital... TRANSHUMANISME et dés-humanité), qui est pourtant une des caractéristiques du « tri sauvage » des populations vers ce que j'avais appelé une nouvelle forme d'esclavage évoquant Le meilleur des mondes d'Oxley

j'inclue l'annexe IX.4. une révolution de civilisation, en laissant en suspens la question de savoir s'il s'agit d'une révolution d'abolition du capital, une révolution communiste comme communisation, ou d'une révolution du capital, pour évoquer l'analyse de Jacques Wajnsztejn Après la révolution du capital , Temps Critiques 2007. Nous pourrions vivre, à l'intérieur de la logique capitaliste, une mutation d'ampleur civilisationnelle de même ampleur que l'avénement du système capitaliste lui-même en tant que mode de production fondé sur l'exploitation de la force de travail, puisqu'ici, une partie croissante de la population n'est plus exploitable

les travaux de Saskia Sassen entre en résonance avec ceux d'Achille Mbembe parlant de "Nègres du monde" et d'un « capitalisme animiste ». Cf 'critique de la raison nègre', le capitalisme animiste 2010, une dimension que j'avais pu intégrer plus tôt dans le plan du forum, accordant une importance essentielle au phénomène migratoire et à cette partie de la population poussée hors du prolétariat exploitable, ce qui remettait en cause sa définition même dans la tradition marxiste, de ceux qui vivent en vendant leur force de travail (voir plus bas le cas de Théorie Communiste]

« S'agissant de ceux qui fuient la misère, ce déplacement nous dit quelque chose de fondamental de la structure actuelle du capitalisme : il y a toute une humanité subalterne dont le capitalisme n'a pas besoin. Le drame d'aujourd'hui, c'est de ne même plus pouvoir être exploité, alors qu'hier le drame était d'être exploité. Là réside le basculement que mon livre s'efforce de pointer. »

« Il y a donc une universalisation tendancielle de la condition nègre. Elle va de pair avec l’apparition de pratiques impériales inédites, une rebalkanization du monde et l’intensification des pratiques de zonage. Ces pratiques constituent, au fond, une manière de production de nouvelles sous-espèces humaines vouées à l’abandon, à l’indifférence, quand ce n’est pas à la destruction... » [zonage, abandon, destruction, le vocabulaire est ici le même que Sassen]

« Est nègre une large catégorie de l’humanité qu’on pourrait qualifier de subalterne, une humanité pour laquelle la grande tragédie, c’est de ne même plus pouvoir être exploitée. Alors qu’au XIXe siècle, la pensée de l’émancipation reposait sur l’idée de la sortie de l’aliénation, la réalité qui s’impose aujourd’hui est celle de la quête de l’auto-aliénation. Les pauvres cherchent à se vendre là où, autrefois, ils étaient vendus. c’est ce retournement du mécanisme d’exploitation qui conduit à considérer que la condition nègre ne renvoie plus nécessairement à une affaire de couleur. Le nègre est devenu post-racial, il s’identifie à une nouvelle catégorie de gens qui ne sont même plus exploitables et qui sont, par conséquent, laissés à l’abandon.»

capitalisme animiste : « Il y a une convergence entre le capitalisme et l’animisme. Le capitalisme a non seulement pour fonction de produire des races et des espèces, mais aussi des espèces marchandes. C’est dans sa dynamique de donner vie à l’objet, d’animer ce qui a l’air inerte, d’ouvrir sur une sorte d’idolâtrie, une sorte de situation où nous ne savons plus faire la distinction entre l’homme et la chose. Confondre l’homme et la chose, adorer la chose en l’homme, donner une âme à la chose, c’est cela l’animisme ; de ce point de vue, l’animisme n’est pas le propre des sociétés primitives, elle est le propre des sociétés dites modernes.»

je reviens plus bas sur d'autres aspects communs, notamment la complexité

 

2) la théorie de la communisation et Théorie Communiste en retard d'une restructuration

dans des notes récentes, Théorie Communiste (TC), essaye de (re)définir le prolétariat :

Ten­ta­tive de défi­ni­tion du prolétariat (mis en ligne octobre 2016)

La défi­ni­tion essen­tielle du pro­lé­ta­riat est un concret de pen­sée, elle n’exclut pas les mani­fes­ta­tions, elle est tou­jours pré­sente en elles et n’existe elle-même que dans la tota­lité de ses formes, de ses attri­buts. Qu’est-ce alors qu’une classe ? Ten­tons une défi­ni­tion pos­sible du pro­lé­ta­riat comme classe. Défi­ni­tion qui a tou­jours navi­gué entre deux pôles : une défi­ni­tion socio-économique, et une défi­ni­tion comme caté­go­rie his­to­rique défi­nie par une pra­tique (dans les débuts de la cri­tique du pro­gram­ma­tisme l’ambigüité avait été arti­fi­ciel­le­ment sur­mon­tée par la dis­tinc­tion entre classe ouvrière et prolétariat).

Par­tons non pas du simple mais du plus simple : de l’impératif de vendre sa force de tra­vail. Ajou­tons que cet impé­ra­tif n’a de sens que pour la valo­ri­sa­tion du capi­tal, ce qui amène à dire que cette vente pour la valo­ri­sa­tion se défi­nit comme une contra­dic­tion pour le capi­tal et pour elle-même. La vente de la force de tra­vail ne dit pas ce qu’est le pro­lé­ta­riat si cette vente n’est pas sai­sie dans sa rela­tion à la valo­ri­sa­tion du capi­tal comme contra­dic­tion. C’est alors cette contra­dic­tion qui est la défi­ni­tion des classes. La vente de la force de tra­vail n’explique rien par elle-même si on en reste à ce niveau, elle ne défi­nit pas plus la classe même si on la relie sim­ple­ment à la valo­ri­sa­tion du capi­tal. La défi­ni­tion n’apparaît qu’au moment où cette situa­tion (la vente de la force de tra­vail) et cette rela­tion (de la vente à la valo­ri­sa­tion) sont sai­sies comme contra­dic­tion pour cela même dont elles sont la dyna­mique. C’est la contra­dic­tion entre le tra­vail néces­saire et le sur­tra­vail, c’est la baisse ten­dan­cielle du taux de pro­fit com­prise comme une contra­dic­tion entre le pro­lé­ta­riat et le capi­tal, c’est, de même, le capi­tal comme contra­dic­tion en pro­cès. Nous avons alors l’unité de la défi­ni­tion des classes comme situa­tion et pra­tique (comme « en soi » et « pour soi » si l’on veut).

Pour­sui­vons, s’il est vrai que les classes se défi­nissent comme une posi­tion spé­ci­fique dans les rap­ports de pro­duc­tion, les rap­ports de pro­duc­tion sont des rap­ports de repro­duc­tion et là en ce qui concerne la défi­ni­tion des classes tout se com­plique. Nous retrou­vons ici le déni nor­ma­tif face à la « dis­har­mo­nie » entre ce qu’il se passe à un moment donné et le fameux « ce que le pro­lé­ta­riat doit faire confor­mé­ment à son être ». Cette « dis­har­mo­nie » ne tient pas seule­ment à des cir­cons­tances momen­ta­nées liées à des moments par­ti­cu­liers, elle est inhé­rente au fait que si être une classe est une situa­tion objec­tive don­née comme une place dans une struc­ture, parce que cela signi­fie une repro­duc­tion conflic­tuelle et donc la mobi­li­sa­tion de l’ensemble du mode de pro­duc­tion, cela implique une mul­ti­tude de rap­ports qui ne sont pas stric­te­ment éco­no­miques dans les­quels les indi­vi­dus vivent cette situa­tion objec­tive, se l’approprient et s’auto-construisent comme classe.

PS : il fau­drait pro­duire cette ten­ta­tive de défi­ni­tion à par­tir de la par­ti­cu­la­ri­sa­tion de la tota­lité, là ça part d’un pôle et non du tout. Ce n’est pas très grave mais c’est un peu gênant.

« La défi­ni­tion essen­tielle du pro­lé­ta­riat est un concret de pen­sée », cela prêterait à sourire n'étant la gravité du problème, vu la teneur abstraite de ce texte, et son peu de rapport aux réalités évoquées avec Sassen et Mbembe : pauvre Marx, avec TC. En effet, Roland Simon n'évoque pas même cette question devenue centrale dans le capitalisme contemporain, de l'expulsion de ceux qui ne sont plus exploitables. Comme dans les approches de l'analyse économique bourgeoise, celle du FMI et des dirigeants de l'économie politique, « cela conduit à se demander si cette restructuration brutale n'a pas été entreprise pour mettre en place précisément un espace économique réduit, mais gérable, qui permettrait d'afficher une croissance du PIB, conformément aux mesures tradtitionnelles - même si cela rend nécessaaire l'expulsion de portions importantes de la main-d'œuvre et du secteur des petites entreprises hors de l'économie et des mesures qui en sont faites. » (Sassen, P. 65-66)

pourtant TC/RS n'ignore pas les travaux de Sassen, puisqu'il s'y réfère dans le texte Tel Quel paru en 2012 dans TC 24, à propos du genre, où il cite longuement un texte de 2010, Mondialisation et géographie globale du travail, in Le Sexe de la mondialisation, ouvrage collectif, Ed. Les presses de Sciences Po, pp. 34-38

« Mais là également la forte féminisation des mouvements migratoires à l’échelle mondiale et de la clandestinité qui souvent les accompagne n’est pas qu’une caractéristique supplémentaire de la chose ne changeant rien à sa nature et à celle des luttes, de leur signification et de leur terrain. La segmentation de la force de travail, indissociable du rapport hommes/femmes et de l’assignation des femmes à leur rôle dans la reproduction de la force de travail, est devenue une segmentation mondiale.

Saskia Sassen : « Les données indiquent une tendance à la polarisation non seulement des revenus salariaux mais aussi de la qualité de l’emploi. L’examen des emplois nouvellement créés est central pour mon analyse de la capacité des secteurs de croissance émergents à produire à la fois des emplois hautement qualifiés et des emplois de très piètre qualité, comme conséquence du capitalisme avancé. […] L’organisation sectorielle, les types d’emplois et l’organisation du marché du travail renforcent la tendance à la polarisation. Ce modèle explique en partie la demande de travailleurs à bas salaires dans les entreprises des secteurs économique avancés et dans les ménages de professionnels hautement qualifiés. Les villes globales constituent un carrefour où se rencontrent nombre de ces nouvelles tendances d’organisation et où l’on trouve précisément une concentration disproportionnée des emplois de type supérieur et inférieur. […] Le genre joue un rôle stratégique dans l’émergence et le fonctionnement de certains de ces processus de restructuration. […] Le rôle stratégique du genre dans les villes est manifeste, tant dans la sphère de la production que dans celle de la reproduction sociale des secteurs avancés de l’économie urbaine. […] Dans la sphère de reproduction sociale, le genre devient stratégique pour la main-d’œuvre professionnelle hautement qualifiée pour deux raisons. D’abord la disparition de la travailleuse domestique qu’était l’“épouse” dans ces ménages, compte tenu des longues journées de travail à fournir, et ensuite, du fait des nouvelles exigences professionnelles. On observe dans les villes globales une prolifération de ce que l’on pourrait appeler le “ménage professionnel sans épouse”, précisément au moment où ces ménages doivent présenter un mode de vie à la pointe du progrès. Je propose de reconceptualiser ces ménages comme faisant partie de l’infrastructure stratégique des villes globales, et les travailleurs domestiques à bas salaires comme des travailleurs de maintenance stratégiques pour cette infrastructure. […] Les femmes migrantes et minorisées constituent une source de main-d’œuvre privilégiée pour ce type de travail domestique, à l’intersection clé entre les conditions de vie des pays du Sud global et des villes globales du Nord et du Sud. En outre, être une femme migrante ou minorisée contribue à couper le lien entre le fait d’occuper une fonction importante dans l’économie capitaliste mondiale et la possibilité de devenir une force, comme cela était le cas dans l’histoire des économies industrialisées. »

TC se réfère encore à Sassen en avril 2014 dans Une séquence particulière Où en sommes-nous dans la crise ? « À l’inverse de la « dénationalisation » les politiques keynésiennes étaient une illustration de ce que Sassen appelle « le national intégré » : combinaison d’économie nationale, de consommation nationale, de formation et éducation de main-d’oeuvre nationale et maîtrise de la monnaie et du crédit. »

la définition du capitalisme en « zonage » par TC...

« Au niveau mondial, dans ce mode d’accumulation qui s’effondre, il y avait déconnexion entre la valorisation du capital et la reproduction de la force de travail.

Cette déconnexion était un zonage géographique du mode de production capitaliste : des hypercentres capitalistes regroupant les fonctions hautes dans la hiérarchie de l’organisation des firmes (finance, haute technologie, centres de recherche, etc.) ; des zones secondes avec des activités nécessitant des technologies intermédiaires, regroupant la logistique et la diffusion commerciale, zones à la limitation floue avec les périphéries consacrées aux activités de montages souvent en sous-traitance ; enfin, des zones de crises et « poubelles sociales », soumises de temps à autre à quelques expéditions sécuritaires préventives, dans lesquelles prospèrent tout une économie informelle sur des produits légaux ou non, économie qui le plus souvent s’articule avec les autres niveaux de la valorisation du capital et de la reproduction de la force de travail employée par ailleurs.»

... n'évoque pas l'expulsion, la population en surplus auquel Endnotes#4 sera entièrement consacré, en octobre 2015

à propos d'une restructuration dans la restructuration, TC ne l'envisage que dans la défaite d'une révolution dans ce cycle :

« Que la Chine ou l’Inde parviennent à se constituer pour elles-mêmes en tant que marché intérieur dépend d’une révolution dans les campagnes (privatisation de la terre en Chine ; disparition de la petite propriété et des formes de métayages en Inde) mais aussi et surtout d’une reconfiguration du cycle mondial du capital supplantant la globalisation actuelle (une renationalisation des économies dépassant/conservant la globalisation, une définanciarisation du capital productif…). C’est dire que cette hypothèse est hors de notre portée actuelle car hors de ce cycle de luttes, elle suppose la révolution telle que ce cycle la porte battue et, dans cette défaite, une restructuration du mode de production capitaliste Tel Quel, TC 24, 2012

cette restructuration, dans et hors de celle entreprise il y a 45 ans, nous l'avons sous les yeux, comme le montrent Sassen et Mbembe. Concernant la Chine, Sassen questionne la mise en œuvre de la dynamique systémique dont elle parle comme d'« un remaniement radical du capitalisme », en ces termes : « J'envisage par conséquent la croissance industrielle rapide de la Chine comme faisant partie de cette nouvelle phase du capitalisme global qui a décollé dans les années 80 [elle renvoie en note à son livre de 1988, The Mobility of Labor and Capital. A Study in International Investment and Labor Flow. Cambridge University Press, non traduit en français]; cela permet aussi d'expliquer pourquoi cette croissance n'a pas conduit à la vaste expansion d'une classe moyenne ou ouvrière prospère en Chine*. Une différence du même ordre caractérise la croissance industrielle dans d'autres pays qui sont intégrés à la carte de la sous-traitance de l'Occident. »

* néanmoins « La classe moyenne de la Chine a dépassé celle des Etats Unis : « la classe moyenne chinoise est composée de 109 millions de personnes, contre 92 millions pour la classe moyenne américaine.» Audrey Duperron, L'Express 15 octobre 2015

de cette restructuration, je pose le problème depuis quelques années dans des termes qui ne sont pas ceux de la théorie de la communisation et de la linéarité même chaotique du « cycle de luttes » de TC conduisant à la communisation :

« C’est tout un cycle de luttes, dans sa diversité et ses contradictions, qui a été défait dans les années 70 et au début des années 80. La restructuration est essentiellement contre-révolution. [...] La révolution est à partir de ce cycle de luttes un dépassement produit par celui-ci. » Théorie Communiste, Qui sommes-nous ?

par ses multiples apories, sur l'Occident capitaliste, sur la crise écologique, sur l'individu, et par cette erreur d'analyse de l'économie politique même du capital actuel, par son théoricisme conceptuel frisant l'idéalisme... la théorie de la communisation renvoie à la sanction sans appel de Karl Nesic - coauteur avec Gilles Dauvé de troploin, un des piliers de la théorie de la communisation, Et maintenant ? 2012 (Nesic étant décédé en 2015, en tant que son dernier texte publié, c'est un peu son testament théorique, dont Dauvé n'a pas fait grand cas...)

« Vouloir prendre à bras le corps la compréhension réelle de ce monde, ou au moins s’y essayer en évitant par exemple de répéter les mêmes généralités entendus depuis des années et déjà fausses en 1975, conduirait obligatoirement à la mise en cause de quelques certitudes, et je ne pense pas les communisateurs capables de cet exercice. [...] Le  mouvement communisateur se trompe de période historique. Il commence d’ailleurs à être atteint de sclérose théorique, dont il ne se débarrassera ni aujourd’hui ni dans un avenir proche ou lointain, tant il est évident qu’il n’y est poussé par aucune réalité sociale.»

« à la mise en cause de quelques certitudes » les théoriciens de la communisation étaient pourtant poussés par l'analyse du capitalisme, soit la critique de l'économie politique ? à trop prendre, tel quel, l'économie politique au pied de la lettre des économistes du Capital, TC se sera noyé dans les eaux glacées du calcul égoïste : Marx, où es-tu ?

évidemment, le capitalisme n'a pas changé d'essence, il est toujours un mode de production/reproduction fondé sur l'exploitation de la force de travail, mais quand il n'en a plus besoin, il n'exploite plus, il détruit, il expulse, et cela, excusez du peu, ne concerne pas un concept, mais des milliards d'individus

 

3) la « complexité dans l'économie globale » en écho à ma démarche dialectique complexe

Saskia Sassen n'est ni communiste, ni marxiste, et Marx ne figure pas parmi quelque 350 auteur.e.s en bibliographie. Elle s'en tient à l'analyse du capitalisme existant, et n'aborde pas ou très peu les luttes, sauf de résistance des "opprimés" qui "se révoltent". Cela fait écho aux 0.1 les deux champs croisés de la théorie communiste et leur lien au combat communiste dans la lutte des classes, « l'analyse critique de l'existant pour comprendre le monde de son époque,  et les possibilités d'en changer, les luttes pour l'émancipation »

il ne faut donc pas chercher chez elle de contradictions entre classes antagoniques, du moins pas mises en avant explicitement. Si elle parle de complexité du nouveau capitalisme et des « dynamique globales » convergeant en une « logique prédatrice » d'expulsion, elle ne le relie pas à la question de dépassements à produire de la « limite systémique », titre de sa conclusion. Par contre, c'est toute son analyse du capitalisme, selon les divers aspects constituant l'introduction, les quatre parties et la conclusion, qui sont traversées de cette idée de complexité qui figure en sous-titre : « Brutalité et complexité dans l'économie globale », deux termes complémentaires constituant ensemble les expulsions : « Le rapport entre le capitalisme avancé de marché et les formes plus traditionnelles peut être caractérisé, à la limite, comme celui d'une accumulation de plus en plus primitive : la complexité et le progrès technique servent des causes d'une simplicité brutale. »

quatrième de couverture

Expulsions? Entre autres exemples, ce sont neuf millions de familles américaines chassées de leur foyer par la saisie de leur maison suite à la transformation de leur crédit d’accession à la propriété en produits financiers à haut risque ; ces millions d’Européens ou d'Américains du Sud exclus de leur travail suite aux plans d’austérité imposés par des institutions internationales ; ces millions d’éleveurs ou de cultivateurs expulsés de leurs terres parce que leur État les a vendues à un autre afin que celui-ci puisse développer les productions nécessaires à l’alimentation de ses classes moyennes ; ce sont ces gaz à effet de serre que les puissances industrielles et productivistes libèrent à chaque instant ou bien encore ces nappes phréatiques asséchées par les procédés ravageurs d’extraction du gaz de schiste.

Nombre de spécialistes, aveuglés par la complexité, verront dans cette énumération des mots en laisse. Faisant fi des frontières comme de nos catégories impuissantes désormais à penser le monde que nous faisons (Nord contre Sud ; riches contre pauvres ; mauvais usage de la technologie ou pathologies dérivées de la financiarisation affolée de l’économie, etc.), Saskia Sassen montre que derrière cette apparente diversité s’opère une terrible convergence : la violence désormais ordinaire du capitalisme à son stade gobal s'explique par un modèle, un concept – celui d’expulsion.

C’est ainsi qu’il convient de nommer la logique qui préside à l’économie globalisée.

la théorie de la complexité (voir I.2. Méthodologie et dialectique complexe) est, historiquement, « l'étude des systèmes complexes », et il ne fait aucun doute, par le vocabulaire utilisé, que Saskia Sassen maîtrise les principes conceptuels de la « logique systémique ». Elle montre donc le capitalisme comme relevant d'un logique systémique complexe, au-delà donc d'une contradiction binaire entre un tout et deux parties, le Capital et le Prolétariat, une logique dialectique de la contradiction qui à mon avis est réductrice même relativement à la dialectique mise en œuvre par Marx (cf Bertell Ollman cité en I.2.)

plutôt que d'accumuler des citations en exemples des nombreuses connotations de « complexité, complexe, systémique, dynamique, niveaux, limite... », je les introduirai dans les chapitres correspondants aux recoupements entre l'analyse de Sassen et la mienne. Relevons à ce stade que la partie III. s'intitule La finance et ses capacités : la crise comme logique systémique, et donc, la conclusion : À la limite systémique

 

4) quelle unité de la logique systémique avec les concepts de Sakia Sassen ? Comment s'en servir dans une critique communiste ?

une question m'intéresse, comment relier LES 'POINTS de VUES', PARTICULARITÉS articulées dans la GÉNÉRALITÉ capitaliste et humaine à la structure du Capital sans se contenter de descriptions empiriques ou d'affirmations générale sur la rente foncière et l'exploitation salariale ?

il est évident que le capitalisme s'accapare des terres agricoles ou ressources minières pour ce qu'il peut en tirer via l'exploitation salariale, et ici il n'y a pas à revenir sur les travaux de Marx. Mais Sassen, avec les logiques prédatrices qu'elles voient communes à divers champs de son analyse, pose une question importante : sont-elles liées, et si oui, comment, dans une logique globale faisant système ? Elle écrit dans sa conclusion :

« De tous ces exemples, j'ai cherché à dégager ce que je vois comme une juxtaposition fondatrice dans la façon dont nous constituons aujourd'hui l'espace économique : un déploiement de formes complexes de savoir et de créativité qui s'accompagnent trop souvent, en dehors de solides profits, de brutalités extraordinairement primaires.

La question qui se pose est de savoir si ce que nous comprenons encore comme des secteurs économiques divers et séparés ne sont pas simplement les manifestations en surface de quelques transformations majeures de nos capacités techniques et organisationnelles qui opèrent au-dessous de nos différenciations apparentes.

Existe-t-il plusieurs logiques à l'œuvre derrière ce qui apparaît en surface comme de monde extrêmement divers - le monde de la fracturation hydraulique, le monde de la finance, le monde de la logistique et de la sous-traitance ? Cette variété visible et spécialisée peut-elle se réduire à quelques logiques moins visibles, capables d'intégrer et de replacer ces divers types de connaissance technique au sein d'une logique d'organisation ? Je crois que oui. Je le vois dans l'économie et dans la façon dont certains des acteurs économiques les plus puissants se servent des gens, des gouvernements et des ressources mondiales pour assurer la croissance économique d'une entreprise, avec des contraintes globales réduites au minimum et des responsabilités locales quasi inexistantes. » p. 293

« C'est, de toute évidence,une formulation extrême, mais c'est ce à quoi ressemblent les choses vues depuis la limite du système. La forme la plus puissante d'une telle logique organisationnelle est saisie et analysée par le concept de formation prédatrice qui permet de rendre compte adéquatement des principaux exemples au cœur des quatres chapitres empiriques du livre. » p. 294

« Ces formations sont des assemblages d'agents économiques puissants, de marchés, de technologies et de gouvernements. Il ne s'agit pas simplement des individus et des entreprises les plus riches ou des gouvernements les plus puissants. [...] même les individus et les entreprises les pus puissants ne peuvent contrôler ou diriger ces assemblages - trop de fragments se sont détachés de ces divers univers institutionels et se sont rassemblés pour former ces nouvelles dynamiques puissantes qui les composent - ni l'économie, ni la loi, pas même le capital. La recherche historique suggère que de telles formations ne sont pas nouvelles, mais ce qui pourrait être différent aujourd'hui, c'est la complexité des éléments clés.» [elle donne ici deux exemples...]

« Cette possibilité permet d'expliquer ce qui est au cœur de ce livre : le fait qu'il y a des dynamiques plus vastes qui traversent les formes anciennes de différenciation et peuvent provoquer par conséquent des expulsions à travers différents mondes. [...] l'expulsion est la direction que nous prenons dans bien trop d'endroits, que ce soit aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Russie, en Chine et ailleurs.[...] p. 295

Si la limite systémique d'aujourd'hui est un espace d'expulsions, par opposition à l'espace d'intégration à l'époque keynésienne, durant laquelle la systématicité constitutive portait sur la produduction et la consommation de masse, ce qui est en jeu désormais, dans tous ces processus, c'est la question de l'adhésion et de la participation constitutive.[...]

Sous une forme plus conceptuelle, j'ai cherché à comprendre l'existence des tendances transversales très vastes qui révèlent la situation planétaire - expulsions des gens, des économies, des espaces vivants. Nos divisions en pays et en secteurs sontencore utiles pour expliquer une partie de ce qui se passe, mais elles ne sont plus d'aucune utilité pour traiter la situation planétaire qui a émergé. » p.296

autrement dit quelque chose outrepasse notre capacité d'expliquer le lien entre les parties et au tout par une dialectique simple de type contradiction capital-prolétariat. On peut s'en contenter, mais cela n'explique rien et ce n'est plus qu'une tautologie*. On peut aussi prendre Saskia Sassen pour tombée de la dernière pluie acide pârce qu'elle n'a rien compris à Marx

toujours est-il que le genre de complexité qu'elle voit et dont elle cherche une conceptualisation, pour en rendre compte par des logiques, rejoint complètement les questions que je cherche à résoudre depuis plusieurs années, par quelque chose qui ne serait pas un modèle dialectique, mais une théorisation directe de phénomènes constatés empiriquement, et qui ne prétende pas tout rapporter à une ou deux contradictions principales. La limite de la démarche de Sassen n'est-elle pas justement dans le fait qu'elle ne prend pas les luttes en compte dans sa façon de définir des dynamiques et des limites ? Son mérite est de chercher à définir les nouvelles formes que prend le capitalisme, ce qui est un pas vers la définition de formes de luttes à lui opposer

j'ai l'impression d'avoir un peu avancé de ce côté-là des choses : tous les exemples dont elle parle sont présents comme sujets à part entière de mes travaux, les luttes en plus dans chacun de ces champs, ce que je développerai dans les parties idoines

 

* note concernant TC la théorie de la communisation

la complexité du "système capitaliste" actuel rend extrêmement difficile un lien uniquement structuraliste et dialectique du type que TC a construit avec sa double contradiction de classe et de genre :

« La contradiction entre hommes et femmes ne fait pas irruption dans la contradiction de classes, elle la module constamment, de même que l’exploitation module constamment la contradiction entre hommes et femmes. Leur intrication constitue une succession de configurations historiques de la lutte des classes ainsi que de la contradiction entre hommes et femmes, elle définit un cycle de luttes.[...] Deux contradictions, quatre éléments mais un seul mouvement, une seule dynamique, celle du capital comme contradiction en procès dont chaque contradiction par sa spécificité existe comme particularité de cette totalité (le piège spéculatif c’est l’autodétermination du tout). Les luttes qui constituent ces cycles sont toujours, considérées dans la dynamique unique du capital comme contradiction en procès, dans l’intrication nécessaire et conflictuelle (la lutte des classes a toujours affaire avec la contradiction générale entre hommes et femmes, de même que cette dernière a toujours affaire avec le clivage des classes) des contradictions de classes et de genres. » Classes et genres : redéfinition du capital comme contradiction en procès. Tel Quel, TC24

au demeurant, TC sent bien que c'est tiré par les cheveux, et précise en note :

« Nous laissons de côté une question épineuse (peut-être parce que mal posée) : de droit (conceptuellement), aucune des deux contradictions n’a de primauté sur l’autre ; de fait (historiquement), la contradiction entre les hommes et les femmes reçoit de la lutte de classe, dans chaque période révolutionnaire, son ticket d’entrée. Cette question pourrait n’être induite que par le paradigme programmatique qui a contraint autant l’historiographie ouvrière et militante qu’universitaire.»

c'est une bonne question sur une question mal posée... il est vrai qu'avec son « cycle de luttes »  défini par « l'intrication de configurations historiques... des contradictions entre classes et entre hommes et femmes » et la baguette magique de la « dynamique unique du capital comme contradiction en procès », TC n'a pas à se poser de questions complexes, comme Sassen ou moi, ni à démontrer ce qu'il avance par des preuves empiriques, mais seulement à le justifier dans l'abstraction par un raffinement dialectique tellement compliqué que personne n'y comprend rien, et qui ressemble de plus en plus à du bricolage

dire que la « dynamique unique » est celle du Capital, certes, je ne dis pas autre chose, tout dépend comment on le définit, non seulement dans son essence de mode de production/reproduction du 19è siècle aux années 1970 avant la restructuration mondiale, mais dans ses caractéristiques depuis, puisqu'il y a du nouveau. Non seulement cela ne nous avance à rien, mais pour ce qui concerne son moteur comme lutte de classes, une question : des milliards d'êtres humains "en surplus" sont exclus ou en passe de le devenir,- ce qui ne se ramène pas qu'à la "prolétarisation des classes moyennes"-, qui ne mènent pas de luttes, ni de classes, ni d'autre chose, quand ils ne se tapent pas dessus sans que ce soit un affrontement capital-prolétariat. Cela pose un sacré probème, car si ceux-là ne se révoltent pas aujourd'hui, on ne voit pas quel "prolétariat" conceptuel deviendrait le sujet tout trouvé d'une communisation selon les récits communisateurs, sauf à penser que la communisation fera sans les exclus, c'est-à-dire contre eux

 

5) le concept d'expulsion au cœur de la restructuration du capital

avec le concept d'expulsion, Saskia Sassen fait plus qu'une description sociologique d'un changement dans la gouvernance du capitalisme mondial. Elle met le doigt sur ce qui pourrait être la forme de réponse anticipée à un nouveau soubresaut de la crise économique, tant au niveau mondial que dans le champ du capitalisme occidental (Brexit, Trump, Fillon...)

 

6) le concept d'expulsion inaugure une troisième "classe" au-delà de l'antagonisme du prolétariat et du capital

voir pour en finir avec les théories du prolétariat comme sujet révolutionnaire dans V.1.7. la décomposition/recomposition des classes dans la restructuration du capital