0.1. 11 thèses sur le mouvement actuel du capitalisme global et des luttes

 

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0.1. 11 thèses sur le mouvement actuel du capitalisme global et des luttes  
2 décembre 17:08
 
texte mis à jour le 3 septembre, ci-dessous, qui devra être repris pour tenir compte des remarques faites dans histoire courte, histoire longue, et "révolution sociale", pour en finir avec les théories du prolétariat comme sujet révolutionnaire dans V.1.7. la décomposition/recomposition des classes dans la restructuration du capital et 6) le concept d'expulsion inaugure une troisième "classe" au-delà de l'antagonisme du prolétariat et du capital, dans V.0. 'expulsions', 'dynamique prédatrice' et 'limite systémique' (Saskia Sassen) dans la restructuration globale du capital 'animiste' (Achille Mbembe) je ne reprends pour l'heure que la thèse I, qui ne définit plus le mouvement du communisme
 
les thèses sont en conséquence rebaptisées "sur le mouvement actuel du capitalisme global et des luttes"
 
 
11 THÈSES SUR LE COMMUNISME, FÉMINISTE, DÉCOLONIAL et ÉCOLOGISTE

 


une double crise de l'Occident et du Capital repousse la perspective révolutionnaire d'abolition du capitalisme. Jusqu'à la fin du 20è siècle, une totalité économique et sociale, politique et sociétale le constituaient comme structure à dominante et idéologie, fondée sur l'exploitation du prolétariat et les pouvoirs étatiques et médiatiques, les dominations masculines et racialistes, l'aliénation des individus et la destruction programmée de l'humain et du vivant...

au 21è siècle s'ouvre une nouvelle période de restructuration globale par laquelle une troisième classe apparaît, celle des expulsés, au-delà de l'antagonisme traditionnel du marxisme entre capital et prolétariat, et les divers schémas théoriques faisant de celui-ci la classe supposée devenir révolutionnaire sont aujourd'hui caducs

cette conjoncture nouvelle transforme au présent le mouvement du capital et renouvelle ses contradictions essentielles, appelant une approche critique inédite rompant avec l'universalisme prolétarien des marxismes eurocentrés


II
le communisme/féminisme décolonial s'inscrit comme combat actuel dans la perspective future d'une communisation comme processus révolutionnaire d'abolition du capital

nous vivons cette "double crise de l'Occident et du capital" comme :

- une restructuration du capitalisme mondial (global), avec, politiquement, le délitement du compromis néolibéral, qui repousse d'autant une telle perspective révolutionnaire

- une période historique caractérisée par la fin de la suprématie occidentale dans le capitalisme, et en même temps la montée des luttes décoloniales et des idées, théoriques ou politiques, idéologiques, qui vont avec

- des luttes aux formes diverses, aux contenus complexes souvent contradictoires, sans unité en vue, qui traduisent l'implication réciproque dans le cours actuel de la crise

l'idée d'un tournant décolonial émerge dans les années 1990, doublement comme tournant historique dans la réalité et dans la pensée critique (epistemic decolonial turn) (août 2016)

le communisme décolonial reprend la critique épistémique décoloniale de l'eurocentrisme y compris dans les divers courants de la pensée marxiste : il est critique tant du programmatisme ouvrier (communisme à étapes de transition étatiques ou autogestionnaires) décomposé après 1968, que de l'universalisme prolétarien incolore et abstrait, prolongement 'marxiste' de l'universalisme humaniste et bourgeois des Lumières

héritant de l'œuvre de Marx, le communisme/féminisme décolonial critique l'approche intersectionnelle classe/genre/race sans structure à dominante dans le Capital comme économie politique

le communisme décolonial est transracial, car l'intérêt des prolétaires blancs est de dépasser leur propre identité, leur "blanchité", leur "blanchitude" revendiquée ou non, consciente ou non

il se veut combat au présent, courant praxique d'un « marxisme, féministe, décolonial et écologiste » émergeant avec ses propres variantes théoriques au sein de la pensée décoloniale, d'où résulte la nécessité d'une multiple débat, à fronts renversés, et de luttes ne prétendant pas tenir le tout pour une impossible convergence


III
le communisme/féminisme décolonial se veut praxis de luttes et pensées prenant en compte :

- le primat des luttes auto-théorisantes sur la théorie (février 2014)

- la production par ces luttes de dépassements des identités de classe, de 'race', et de genre, construites socialement dans l'histoire de l'humanité et particulièrement par la modernité occidentale (depuis 5 siècles) puis l'émergence du capitalisme comme mode de production, économie politique (depuis 2 siècles) (Patlotch juin 2014 à mai 2015)

- le principe d'auto-organisation sans théorie ni parti d'avant-garde

corollaire 1 : la légitimité des luttes autonomes sur la base de dominations particulières, racialistes ou machistes, et de leur auto-organisation non mixte (débats de 2015, Nuit Debout et Camp d'été décolonial)
corollaire 2 : le primat des luttes de masses sur les oppositions entre partis et organisations
corollaire 3 : les communistes et féministes décoloniaux ne forment pas un parti séparé des autres partis (cf le Manifeste de 1847)

IV
le communisme/féminisme décolonial vise la construction de liens organiques entre les luttes telles qu'elles sont et se pensent elles-mêmes, et leur théorisation (formulation théorique). Son élaboration, chantier permanent, relève d'un intellectuel collectif, non de débats réservés aux intellectuels de métier

il comporte donc, intrinsèquement, le combat d'idées portées par les luttes et leur théorisation : une lutte idéologique

V
le communisme décolonial est critique de l'État-nation, c'est-à-dire de l'État et de la nation. Il rejoint de ce point de vue le meilleur de la critique anarchiste et de la pensée décoloniale comme "pensée transfrontalière" (Patlotch janvier 2016)

VI
le communisme/féminisme décolonial vise l'auto-production par les luttes d'une subjectivation révolutionnaire, 'utopie concrète' (Ana Cecilia Dinerstein 2015 reprenant Le Principe espérance de Ernst Bloch, 1954-59). L'idée d'utopie est renversée, d'un idéal à l'horizon, au présent de combats communistes immédiats et concrets, foncièrement non déterministes

VII
le communisme/féministe décolonial est écologiste en ceci qu'il intègre les combats pour le dépassement des rapports entre humanité et « nature ». Il combat l'anthropocentrisme pour viser un processus de communisation aboutissant à la communauté du vivant, au-delà de la Gemeinwesen, Communauté humaine (de Marx à Jacques Camatte)

VIII
le communisme/féminisme décolonial intègre les combats pour le dépassement de l'individualisme capitaliste en individualité communisante, créolisation de soi : « Je est des autres » (Patlotch 2004)

IX
le communisme/féminisme décolonial comporte une dimension de poétique de la relation (Édouard Glissant 1990), supposant une improvisation collective en temps réel des luttes produisant les dépassements d'identités liées au capitalisme global et ses dominations (subsomption réelle, de Marx, 6ème chapitre inédit du Capital, 1867, à l'émergence de cette domination réelle globale dans les années 1970, avec la restructuration mondiale du capitalisme et la décomposition concomitante du programmatisme prolétarien)

il s'agit d'un renversement du rapport de l'art à la société, dépassant la posture artiste y compris dans sa conception situationniste (Guy Debord années 1960), et renouant avec cette idée de Marx dans L'Idéologie allemande en 1845 : « Dans une société communiste, il n'y a pas de peintres, mais tout au plus des êtres humains, qui, entre autres choses, font de la peinture » (Patlotch 2006-2016)

X
en France particulièrement, le communisme/féminisme décolonial est critique de l'Idéologie française, qui concentre tous les aspects idéologiques, politiques, culturels et sociétaux qui font la singularité de la France dans l'idéologie occidentale en général (Patlotch depuis janvier 2015)

XI
jusqu'ici les théoriciens et militants marxistes et décoloniaux n'ont fait qu'interpréter leurs accords et désaccords, il s'agit maintenant de les transformer, tant dans les débats théoriques que par les luttes communistes, féministes, décoloniales, et écologistes



 


- les dates entre parenthèses indiquent le moment où ces notions et concepts ont été élaborés
- la vocation de ce texte court et dense théoriquement n'est pas de vulgarisation. Elle est de faciliter la tâche à qui veut voir d'où tout cela provient, et de proposer des problématiques nouvelles à débattre
- Première version 2 septembre 2016. Ce texte à l'état provisoire est appelé à évoluer, soit de mon propre fait, soit à la suite de remarques critiques, qui peuvent m'être adressées ici ou sur sur twitter
Communism decolonial @patlotch
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