V.5.3. critique et dépassement du 'genre', sexe social assigné

 

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V.5.3. critique et dépassement du 'genre', sexe social assigné 

10 novembre 03:22

quelques points essentiels :

1) l'émancipation des hommes et des femmes passe par la fin de la domination masculine et l'assignation sociale de genre, sexe social mais que cela ne présuppose pas d'abolir toutes les différences sexuées de par la constitution en sexes anatomiques et biologiques, ni de considérer cette donnée comme de l'essentialisme. Les êtres humains appartiennent au genre animal, et à moins d'envisager un progrès par, il faudra bien faire en construisant de nouveaux rapports entre "humanité" et "nature"

2) il n'est pas possible de comprendre l'articulation classe/genre sans la médiation "raciale", c'est ce que montre l'observation empirique, tant en quantité qu'en qualité*, des luttes de femmes dans le monde, y compris en France. C'est dire l'importance des luttes de femmes racisées, à commencer par les prolétaires (Domestic Workers, luttes pour la terre...) et des mouvements féministes décoloniaux

* c'est le principal défaut de la thèse de Théorie Communiste ne retenant qu'une double contradiction classe/genre, et rejetant, comme "non structurelle au capital", la domination raciale

3) toutefois, considérer une structure à dominante patriarcale (Christine Delphy) ou raciale (certaines féministes décoloniales), sans passer par la structure à dominante du capital, est une tendance commune aux études intersectionnelles universitaires : la contradiction de classe (dite "classisme") est massivement le parent pauvre dans ces approches, c'est caractéristique d'une idéologie transclassiste de classes moyennes

4) sur le plan de la théorisation/conceptualisation, cela nécessite au plan méthodologique une dialectique complexe qui prenne en compte à la fois cette structure à dominante du Capital et l'importance des contradictions de genre et dominations particulières intrinsèquement liées et non réductible à une contradiction de classe unique ou double Classe/genre. De même, c'est le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie et considérer, avec Saskia Sassen, les « faits prélevés sur le terrain [qui] nous aident à nous débarrasser de nos vieilles superstructures conceptuelles » (V.0. 'expulsions', 'dynamique prédatrice' et 'limite systémique' (Saskia Sassen) dans la restructuration globale du capital)

voir, dans 'FEMMES' & 'hommes'... Domination masculine -> machisme structurel et sociétal

les approches théoriques

- FEMMES & hommes, REPRODUCTION du CAPITAL, LUTTES et DÉCOLONIALITÉS... Quid du concept de GENRE ? AUTO-ORGANISATION !

- SEXE, GENRE et CAPITALISME / FÉMINISME, INTERSECTIONNALITÉ et MARXISME, avec Cinzia Arruzza... Silvia Federici, Selma James / Et le "féminisme matérialiste" ?

- DÉCOLONISER le FÉMINISME ! Féminisme, voile, race et Islam... "Féministes blanches"... sexisme et racisme... et le burkini ?!

- "GENRE", "INDIVIDUS" et "NATURE" : une « RÉVOLUTION des 'INSTINCTS' » ? Conversation

- REDÉFINIR LE 'GENRE' ? pour la théorisation communiste, féministe et décoloniale, et la communisation. Conversations croisées et digressions sur TRANS et INTERSEXES

9 août 2016

à propos du texte de Gilles Dauvé (Sur la « question » des « femmes » 22 juillet 2016 ddt21) et des remarques précédentes chez dndf, un commentaire qui va plutôt dans le même sens que les miens le 3 août, du moins ses premières remarques sur l'assignation des femmes à l'enfantement. Nonobstant mes critiques et pour les tempérer, une telle proposition de "redéfinir le genre", ou du moins de le faire dans le cadre de la théorie de la communisation, n'est peut-être pas inutile. Mais il faut prendre quelques précautions théoriques et savoir ce qu'on met sous les mots-concepts

par exemple, je note que le passage « on peut souhaiter que le dépassement du capital soit aussi celui du genre, et que celui du genre soit aussi le dépassement de la très vieille sujétion des femmes par les hommes. Le genre étant probablement la forme achevée de cette sujétion. » n'est au fond pas très différent de ce que suggérait Silvia Federeci face à la question : « Que pensez-vous de la perspective d'"abolir le genre" ? » : elle répondait en substance* que ça dépend de ce qu'on entend par là, et le rapportait à la suppression des rapports hiérarchiques, qui ne sont pas la disparition de toutes différences entre sexes biologiques ni même sociaux

* à Marina Vishmidt Permanent reproductive Crisis Metamute 7 March 2013

mais si on redéfinit le genre, comme semble le faire ce commentaire, de telle sorte qu'il n'existe plus que dans le capital comme exploitation, on ne résoud le problème qu'avec des mots, de façon tautologique comme j'écrivais dans le texte

-  supprimer les différences entre sexes biologiques paraît difficile, mais c'est envisagé par les bidouilleurs post-humanistes... Il n'est pas anodin que s'expriment au nom de l'anarchisme et du communisme des partisans du transhumanisme (on en trouve sur certains forums anarchistes, et d'autres dans le Club Médiapart, au nom de l'émancipation...). L'ombre de cette question a même un instant plané sur les débats du Summer Meeting de la communisation en 2007, à propos de la contradiction de genre selon TC et de son abolition, provoquant des échanges d'une violence inouïe

- comment poser qu'il ne doit y avoir aucune différence sociale entre hommes et femmes tant que les premières, entre autres activités, portent et accouchent des enfants, ce qui d'emblée en suppose d'autres évidemment sociales (on a par exemple aujourd'hui le 'congé maternité') ? Si on le fait, il faut être conséquent, en l'occurrence prendre franchement position pour une autre manière de les produire, et dire que c'est un but communiste : Le meilleur des mondes ? Faire de la théorie "en l'air" a des avantages certains, ne pas entrer dans les considérations concrètes, et s'en laver les mains au nom de la justesse des principes et de la pureté conceptuelle

toujours est-il que sans matérialiser "le genre" avec des exemples concrets en termes d'activités dans les rapports sociaux sous le capital, ici ou là, à comparer avec ce qu'on projette comme "abolition" (fin de la domination masculine et structurelle machiste dans le capital), de sorte qu'on matérialise les dépassements à produire, on peut se faire plaisir longtemps en généralités difficiles à saisir dans la vie et les luttes : on retombe là sur le danger du théoricisme qui se contente d'abstractions conceptuelles, ce à quoi échappe au moins le texte de Dauvé