II.4.3. relations aux marxismes et à la lutte des classes

 

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II.4.3. relations aux marxismes et à la lutte des classes  

21 novembre 04:03

traiter de cette relation suppose une double approche complémentaire :

- partant de Marx : II.1. Marx et les marxismes entre universalisme prolétarien et eurocentrisme

- discerner les compatibilités, partant des éléments de marxisme dans la pensée décoloniale et des travaux ayant cherché le croisement, "la passe", puisque ces deux approches se donnent pour critique de la totalité et présentent chacune une grande hétérogénéité, des clivages irréductibles sur la compréhension du monde actuel et la définition de luttes anticapitaliste et révolutionnaires

il est indéniable qu'il existe des usages "réformistes" de la critique décoloniale, non seulement possibles mais bien réels dans les limites actuelles des luttes de classes et de la segmentation du prolétariat sur la question raciale. Les luttes décoloniales ne sont pas à l'abri du populisme prolétarien, tel qu'on l'a vu se développer en Amérique latine jusqu'à arriver au pouvoir d'État (Chavez, Lula...)

faire ce travail théorique est l'objet proprement dit du corps de chapitre II. LE MARXISME FÉMINISTE et DÉCOLONIAL (la substance théorique du combat communiste actuel) : des marxistes s'emparent de la pensée décoloniale

dans un entretien récent Ramón Grosfoguel explique ce qu'est et n'est pas le courant décolonial, son hétérogénéité. Il se situe notamment par rapport à Enrique Dussel et Walter Mignolo... Entretien avec Ramón Grosfoguel par Claude Rougier Réseau d'études décoloniales 2 septembre 2016. Il est ici moins anti-marxiste que dans des textes précédents, et envisage pour la première fois à ma connaissance la possibilité d'un marxisme décolonial

L’extériorité est toujours relative, jamais absolue. Relative parce que nul ne vit dans une extériorité absolue par rapport au système-monde. Nous avons tous été affectés par la civilisation moderne/coloniale d’une manière ou d’une autre. L’expansion coloniale européenne a affecté toutes les cultures à partir de 1492. L’extériorité est produite par ce même système qui « infériorise » des êtres humains en les faisant basculer en-deçà de la ligne de l’humain, c’est pourquoi elle est toujours relative. La pensée critique qui est produite depuis la zone du non-être, depuis la zone des sujets déshumanisés qui ont été soumis à la violence et à l’exploitation les plus brutales, est une pensée conçue depuis l’extériorité ou depuis l’altérité du système. C’est de là qu’émergent les éléments critiques qui permettent de formuler une critique radicale du système-monde en vue de son dépassement. La critique marxiste, basée sur l’expérience historique de l’oppression et de l’exploitation vécue par le prolétariat européen, est elle aussi produite de l’intérieur de cette culture et de cette cosmovision occidentales. Par conséquent, un tel positionnement permet d’émettre une critique depuis la différence, c’est-à-dire depuis la différence de classe (marxisme), de genre (féminisme occidental) ou de sexualité (Queer theory occidentale) au sein de « l’Occident ». Mais la critique qui émane de l’extériorité est une critique qui se fait depuis l’altérité, depuis un dehors « non occidental » relatif. Ces termes proviennent de la philosophie de la libération de Dussel. On peut certes élaborer un marxisme décolonial, des féminismes noirs/indigènes/islamiques, ou de la Queer Theory décoloniale. Mais, pour cela, il faut amorcer un tournant décolonial, en situant sa pensée dans une autre géopolitique et dans une autre corpo-politique de la connaissance.

La difficulté qu’il y a à comprendre la pensée décoloniale vient en partie du fait que lorsqu’on dit pensée ou culture dominantes occidentales, on entend le mot « Occident » comme une géographie ou comme une couleur de peau. En réalité, nous les décoloniaux, nous entendons « Occident » comme une position à l’intérieur de rapports de pouvoir et comme un certain type d’épistémologie.

sur le principe, et une fois admis les points communs et divergences dans le courant décolonial (voir l'entretien complet), il ne saurait pas définition exister de marxisme féministe et décolonial sans « amorcer ce tournant décolonial » et comme on ne se bat que depuis un point de vue situé depuis ce qu'on est, on peut comprendre qu'aucune lutte réelle ne saurait être ce tout à la fois, retombant sur les affres de l'intersectionnalité et de l'abstraction conceptuelle...