VI.5. l'utopie concrète avec Ana C. Dinerstein et Ernst Bloch

 

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VI.5. "l'utopie concrète" avec Ana C. Dinerstein et Ernst Bloch 

4 novembre 11:14

les travaux Ana Cecilia Dinerstein, d'Argentine, ont fait l'objet du sujet 

MARXISME FÉMINISTE et DÉCOLONIAL avec Ana Cecilia Dinerstein : 'utopies concrètes', 'organiser l'espoir'... auto-subjectivation révolutionnaire

elle annonce un livre sur la MARXISME DÉCOLONIAL, et à ce titre est la seule à utiliser ce concept d'une théorisation communiste, lui conférant un intérêt qu'il convient de préciser pour notre réflexion et d'éventuels débats

je reprends ici partie de mes réflexions

18 septembre 2016

dans l'ordre d'un croisement entre marxisme et décolonialité, une des seules références que j'ai trouvées... et le seul texte qui tisse un lien entre marxisme et pensée décolonial. Ce qu'Ana Cecilia Dinerstein nomme "marxisme décolonial" dans cette présentation d'une conférence de 2014 semble très proche, «conversation, dialogue imaginaire » dit-elle... de ce que je fais dans ce forum, les références de textes la situant dans le marxisme radical de gauche (~~ ultragauche)

me gêne toutefois cette référence appuyée et unique (dans ce résumé) au néozapatisme, dont il faudrait comprendre le contenu et en quoi il est "néo" par rapport au zapatisme bien connu pour attraper les mouches de la démocratie radicale en mal d'exotisme [...]

on trouvera ICI de cette auteure une quarantaine de références de textes en espagnol et en anglais, de 1993 à 2015

il y est question d'autonomie, du
"principe espérance" d'Ernst Bloch, théoricien d'ultragauche, du mouvement des Piqueteros en Argentine, des limites de l'autonomie, et d'autres thèmes alléchants, mais ne semblent disponibles en ligne que les résumés de ces textes

dans un livre de 2015, The Politics of Autonomy in Latin America / The Art of Organising Hope elle conteste des concepts anciens de l'autonomie qui serait soit révolutionnaire soit inefficace contre l'État. En analysant quatre mouvements marquant d'Amérique latine, elle définit l'autonomie comme « l'art d'organiser l'espoir »: un outil pour les mouvements autochtones et non autochtones, qui préfigurent les réalités alternatives auxquelles on ne peut ne peut plus objecter qu'elles relèves d'une utopie

voici le résumé du texte Organiser l'espoir : utopies concrètes pluriverselles. Contre et au-delà de la forme-valeur

Quelle est la forme de l’utopie aujourd'hui ? En établissant une affinité élective entre autonomie et "principe espérance" de Bloch, l’auteur de cet article définit l'autonomie comme « l’art d’organisation espoir ». C’est une utopie « béton » qui défie les paramètres de la lisibilité d’une certaine réalité : nie, crée, contredit avec, contre, au-delà de l’État, et produit un surplus intraduisible dans la langue coloniale, patriarcale et capitaliste. Le principe espérance relie les pratiques autonomes autochtones et non autochtones. Les deux sont des utopies pluriverselles qui naviguent dans les veines ouvertes du capital en opposant à son existence invisible quelques réalités alternatives qui « n'ont pas encore » [apparues], mais ne peuvent être anticipées donc éclairer l’obscurité du présent.

on en trouvera la traduction dans le forum

quelques remarques

inutile de dire que ce texte pose énormément de questions, et en formalise quelques-unes que je me posais de manière plus floue. Je retiens ce que Dinerstein prend positivement chez certains penseurs décoloniaux tout en donnant de la matière particulière sur quoi l'appuyer, mais n'hésite pas à en montrer les limites. Sa construction de la subjectivation en rapport avec la critique de l'économie politique peut peut-être poser quelques problèmes...

il faudra bien discerner et comprendre la différence qu'il y aurait dans ce texte entre "autonomie" et "auto-organisation"...

la construction théorique de ce que j'appelle l'émergence d'une subjectivation révolutionnaire dans les dépassements des limites à produire par les luttes, me semble plutôt bien fonctionner (dans l('im)possible) tout en insistant plus que moi sur le côté subjectif/ (subjectiviste ?) du processus (via Bloch), et à ce stade, ce n'est pas sans m'interroger

on ne peut pas dire que cette théorisation ne parte pas des luttes... mais elles ne décident de tout que dans des "conditions déterminées"

19 septembre 2016
 
utopie concrète vs utopie abstraite
pour se situer par rapport à la communisation


il est intéressant que cette théorisation s'appuie notamment sur les luttes autonomes en Argentine en 2002. Souvenons-nous qu'elles furent pour Théorie communiste des principales "luttes théoriciennes" fondant sa "théorie de l'écart". Il serait donc utile de cerner les rapports possibles entre ces deux approches : sont-elles compatibles, en quoi et jusqu'où ?

il est patent pour moi que la définition de l'autonomie et de l'auto-organisation par TC n'a pas le sens que leur donne Ana Dinerstein dans ce texte, et l'on retrouve la controverse qui l'opposait à Denis/Léon de Mattis dans la revue Meeting (cf L’auto-organisation est le premier acte de la révolution, la suite s’effectue contre elle, RS Meeting n°3, 1er juillet 2005. Je considérais alors que TC ne voulait entendre dans les mots-concepts utilisés par d'autres que le sens qu'il avait défini, générant des dialogues de sourds. On pourrait en dresser la liste (conditions chez Marx, restructuration du capital face à Astarian et Dauvé, etc.)

on pourrait dire, et je pense que les théoriciens de la communisation ne le renieraient pas, que la révolution/communisation est chez eux une utopie abstraite, puisqu'elle définit une fin (du capital, des classes...) mise en perspective au présent* de luttes qui l'annonceraient (pour TC, les écarts) ou non (Astarian/Hic Salta, Dauvé/troploin, Patlotch) à la fin** de ce cycle de luttes (TC), qu'
il va falloir attendre (troploin 2002)

* C'est au présent que nous parlons de communisation, TC 24, décembre 2012
**
DNDF = En attendant la fin


pour moi, il n'y a pas vraiment de problème, puisque je situe mes considérations théoriques au présent d'un combat communiste dans la perspective de la communisation, donc dans l'articulation entre utopie concrète et utopie abstraite (au sens d'abstraction théorique)

autrement dit, à la question que je posais à la réception de ce texte : quelle place à l’utopie quand on refuse tout déterminisme ? (7 août 2016), sa lecture répond, il n'y a pas trace de déterminisme chez AC Dinerstein, et d'autant moins que (dans ce texte), elle ne définit pas sa conception d'une révolution communiste (on pourrait épiloguer sur telle formule, mais ce n'est pas le sujet, sauf à vouloir descendre ce texte à la manière de RS en le faisant parler entre les lignes). Qu'elle écrive et rappelle que la révolution est abolition du capital et de la valeur, de l'État et des classes, ne rajouterait rien à l'essentiel, qui se passe de slogans, qu'on trouve au demeurant tagués sur les murs de France sans que ça ne change rien à leur caractère d'utopie abstraite, car sans la moindre manifestation d'écart dans les luttes contre la loi travail

quoi qu'il en soit, ma méthode consiste à prendre chez les autres ce qui alimente positivement ma construction théorique. À cet égard, c'est ce que fait AC Dinerstein, comme moi, avec des éléments de la pensée décoloniale. Je ne cherche pas la synthèse ni un syncrétisme boiteux mais le questionnement critique vers un marxisme décolonial

une autre qualité de ce texte est son usage fin de la dialectique, particulièrement celle de dynamique contradictoire et limites, où l'on retrouve encore le vocabulaire conceptuel de TC, et des aspects de ma
dialectique des dépassements à produire en termes d'auto-subjectivation révolutionnaire

je poursuivrai ma lecture et ces remarques avant de livrer une appréciation globale de ce texte. La difficulté réside dans le fait qu'il s'articule pour son auteure avec d'autres que je ne connais pas et dont il (me) faudrait la traduction. Quelle frustration alors que de telles productions théoriques peuvent être d'ores et déjà discutées outre-Atlantique sans que nous n'en ayons aucun écho. La France, quel trou du cul du monde qui pense !

 

désir de révolution ?

la notion apparaît dans cette discussion apparaît, explicite ou non

abordant la question de l'utopie, on parle de subjectivité, du et des sujets en tant qu'ils ont des désirs, au sens conscient de les exprimer ou inconscients de les réprimer, ce dont se charge l'idéologie dominante, une sorte d'instance de censure et de censure sur laquelle la psychanalyse nous a apporté son éclairage

en 2002, dans ma période de
"tentation alternative" j'ai écrit un texte intitulé RENVERSER LES PERSPECTIVES / Armer les désirs de révolution (fichier texte préservé par l'amie Chrysalide). On y retrouve, critiques à l'intérieur de l'idéologie démocrate radicale, les thèmes qui ne cesseront plus de revenir dans mes considérations (pré-)théoriciennes, avec la parenthèse de mon compagnonnage avec les théoriciens de la communisation. Le "renversement de perspective" annoncé n'était pas alors accompli comme aujourd'hui, mais le fruit était dans le ver

de la même veine sur ce thème voici cinq textes de Daniel Bensaïd écrits entre 2001 et 2008 :
Désir de révolution, désirabilité

je l'évoque pour mémoire et traces d'une problématique qui ne cesse de revenir dans la tradition révolutionnaire, et qui bien sûr peut frayer avec l'humanisme-théorique, le communisme comme "idéal" que refusaient Marx et Engels pour le voir comme "mouvement au présent"

pour s'en faire une idée, Google :
"désir de révolution" "désirs de révolution"

 

26 septembre (tweet théorie)

renverser la théorie de la communisation en théorie communiste

la théorie de la communisation n'a été jusqu'ici qu'une théorie des pures conditions d'une révolution communiste, une théorie de l'annonce et de l'attente d'une conjoncture révolutionnaire

une théorie séparée de l'activité du prolétariat, mesurant ce qu'elle est à l'aulne de ce qu'elle devrait être, qu'elle ne peut ni être, ni annonciatrice d'une révolution communiste

renversée au présent des luttes telles qu'elles sont la théorie de la communisation peut devenir une théorie communiste en phase avec le communisme comme mouvement actuel… (Marx, IE)

la « révolution » qui vient n'est pas abolition du capital mais restructuration de l'économie politique et des rapports entre classes
c'est une révolution de civilisation, pas nécessairement communiste

les activités communistes au présent sont néanmoins indispensables mais à redéfinir dans les termes actuels de l'implication réciproque capital/prolétariat

il ne faut pas demander à son époque plus qu'elle ne peut produire au risque d'être déçu et de ne pas y intervenir en communiste conséquent

« l'humanité ne se pose que les problèmes qu'elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir.… » Marx, Critique de l'économie politique, Préface 1845

il s'agit de renverser l'utopie abstraite de la "théorie de la communisation" en utopie concrète*, théorie communiste au présent