I.6. la critique du présent : une fonction essentielle de la théorisation communiste

 

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I.6. la critique du présent : une fonction essentielle de la théorisation communiste 

4 novembre 09:25

je reprends et développe ici quelques aspects de l'introduction, dans la logique de la méthodologie exposée dans I.1. Méthodologie et dialectique complexe affirmant que l'observation du cours des événements mondiaux, de l'économie politique et des luttes sont les matériaux sur lesquels appuyer des analyses pour 0.2. faire la théorie d'un combat au présent dans une perspective révolutionnaire pour l'avenir, où je discute la conception commune qu'en ont eu jusque-là les théoriciens de la communisation

1) partir de l'actualité vs projeter sur elle un avenir déterminé

depuis des années, j'ai consacré mon temps à observer le quotidien, sinon de la lutte des classes, de ce qui se passe dans le monde sous tous les aspects dont ce site et mon forum ont rendu compte, et à le commenter, sans quoi cela n'aurait eu aucun sens comme matériaux pour des analyses constitutives de la théorisation communiste

je l'ai fait sous tous les 'points de vue' (Ollman) constituant les rubriques du forum en page d'accueil, poursuivant un travail présenté comme mon anti-journal depuis 2004 sur ce site et le précédent

c'est selon moi la seule manière de poursuivre l'esprit de la méthodologie de Marx, avec les moyens d'informations et les techniques actuelles, dont il ne disposait pas de son temps

il est clair que cette tâche dépasse les capacités d'un seul, et qu'un travail collaboratif serait préférable, mais la réalité est qu'il est rendu impossible pour diverses raisons dont la première est l'esprit concurrentiel jusqu'au sectarisme des individus et groupes constitutifs du milieu de la théorie radicale

même si une telle collaboration était possible, les résultats en seraient limités de par leur propre manière d'aborder l'actualité, ne sélectionnant que ce qui est susceptible d'alimenter leurs thèses, dans une logique en boucle : ils risquent de ne trouver que ce qu'ils ont posé au départ, sur la base d'un schéma révolutionnaire dont il s'agit de révéler les annonces dans les événements actuels, chose éminamment difficile comme l'avoue Bruno Astarian : « Actuellement, la théorie communiste souffre donc d’un double handicap : éloignement de la dernière phase de crise, et faible intensité de cette phase elle-même.» (Solitude de la théorie communiste - 2.2 Éloignement de la dernière phase « révolutionnaire »)

cette conception est comparable à celle de Théorie communiste définissant ce « cycle de lutte »

Quand le rapport contradictoire entre le prolétariat et le capital ne se définit plus que dans la fluidité de la reproduction capitaliste, le prolétariat ne peut s’opposer au capital qu’en remettant en cause le mouvement dans lequel il est lui-même reproduit comme classe. Le prolétariat ne porte plus aucun projet de réorganisation sociale comme affirmation de ce qu’il est ; en contradiction avec le capital, il est, dans la dynamique de la lutte de classe, en contradiction avec sa propre existence comme classe. C’est maintenant le contenu et l’enjeu de la lutte des classes. C’est la base de notre travail actuel au travers des analyses non seulement du cours du capital mais aussi, indissociablement, de luttes telles que celle de décembre 95 en France, du mouvement des chômeurs ou des sans-papiers, ainsi que de luttes quotidiennes moins spectaculaires, mais tout aussi significatives de ce nouveau cycle. Ce qui est la radicalité fondamentale de ce cycle de luttes est simultanément sa limite : l’existence de la classe dans la reproduction du capital. Cette limite propre au nouveau cycle de luttes est le fondement et le contenu historiquement spécifiques de ce que dès 1995 nous avons appelé le démocratisme radical. Il est l’expression et la formalisation des limites de ce cycle de luttes, il élève en pratique politique ou en perspective alternativiste la disparition de toute identité ouvrière pour entériner l’existence de la classe dans le capital comme ensemble de citoyens et /ou de producteurs, existence à laquelle il est demandé au capital de se conformer. A l’inverse, mais sur la même base, le " mouvement d’action directe "se veut déjà l’existence de nouveaux rapports sociaux " désaliénés "face au capitalisme.

La révolution est à partir de ce cycle de luttes un dépassement produit par celui-ci. Il ne peut y avoir transcroissance des luttes actuelles à la révolution pour la simple raison que celle-ci est abolition des classes. Ce dépassement c’est le moment où, dans la lutte des classes, l’appartenance de classe devient elle-même une contrainte extérieure imposée par le capital, c’est un procès contradictoire interne au mode de production capitaliste. En attendant, ni orphelins du mouvement ouvrier, ni prophètes du communisme à venir, nous sommes dans la lutte de classe telle qu’elle est quotidiennement et telle qu’elle est productrice de théorie.

Théorie Communiste, Qui sommes-nous ?

2) théoriser la réalité présente, non le rêve qu'elle porterait la prophétie d'une révolution certaine

si je partage l'idée qu'une révolution communiste ne se présente plus comme dans le programmatisme ouvrier, comme affirmation du pouvoir prolétarien mais au contraire comme son auto-abolition dans celle du Capital, de l'État et des classes, qui définit la communisation, je doute fort que nous soyons dans un cycle de luttes qui y conduisent de façon inéaire sans une rupture historique dans l'histoire de l'humanité accompagnée d'une nouvelle restructuration du capitalisme global

c'est parce que la période actuelle est double crise de l'Occident et du Capital que cette rupture me semble nécessaire (incontournable). Ce qu'elle produira n'est pas écrit, mais ma conviction est qu'interviendra une restructuration globale du capitalisme mondial sur la base de la fin de la suprématie du capitalisme occidental, et que celle-ci n'ouvrira pas une fenêtre révolutionnaire, mais un changement dans la concurrence entre capitalistes comme entre prolétariat des régions du monde, comme l'annonce la montée du populisme

il en résulte que l'observation de l'actualité ne peut être directement celle, affirmée par les autres théoriciens de la communisation, de caractéristiques des luttes annonçant l'avenir sur le modèle rétro-projeté de la communisation, qui définit néanmoins le minimum de l'abolition du Capital. C'est une erreur fondamentale de méthodologie, forme-contenu d'une théorisation déterministe de la révolution conduisant à l'abandon du combat communiste au présent dans des circonstances que l'on ne choisit pas

autrement dit, quand Bruno Astarian affirme (même texte) : « Bien qu’ayant une conscience aigüe des limites de la combativité du prolétariat à notre époque, la théorie communiste affirme que la période est grosse d’une crise majeure et d’un soulèvement massif et profond (mais à quel terme ?). Cela résulte de l’analyse de la crise de l’accumulation du capital (qu’il n’a pas été possible de développer ici)...»

et revoilà la crise comme démiurge et l'assurance qu'elle déclenchera « un soulèvement massif et profond / une insurrection » garantissant l'accomplissement de cette théorie prophétique à la fin de ce cycle de luttes. Je crains ici d'être un plus grand dissipateur d'illusions que nos trois théoriciens de la communisation, au demeurant les seuls au monde, et très français dans leur isolement

mon petit doigt me dit que l'isolement de mes thèses n'est dû qu'à ma tendance à désespérer ici un Billancourt qui n'existe plus. Elles peuvent moins encore que celles des communisateurs servir de base à des activités communistes telles qu'ils leur reprochent... les mêmes illusions que porte et colporte leur théorie : un idélisme et un déterminisme qui ont tout le parfum d'une foi religieuse reproduisant les tares du programmatisme ouvrier, avec lequel ils prétendent avoir rompu

[à suivre]