I.3.1. le dépassement à produire des identités de classe, genre, race, nations, religions, etc. 2014

 

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I.3.1. le dépassement à produire des identités de classe, genre, race, nations, religions, etc. 2014 

juin 2014 : le premier texte dans lequel j'ai défini le dépassement à produire des identités de classe, genre, race, nations, religions... d'individus du capital et les identités militantes'

ce concept de dépassement à produire s'ancre tôt dans une critique des identités identitaires, que j'ai entrepris au débir des années 1990 avec l'identité communiste, une forme de communautarisme militant, dont ma critique de l'anarchisme identitaire n'aura été que le prolongement en 2015 : ANARCHISME IDENTITAIRE COMMUNAUTARISTE : indé-passable ? 

dans la théorie de la communisation, l'auto-abolition du prolétariat est la forme essentielle du dépassement à produire de l'identité prolétarienne. On peut considérer que c'est le modèle de tous les autres dépassements, et c'est en quoi mon concept de dépassement à produire hérite de celui de dépassement produit forgé par Théorie communiste

18 juin 2014

texte du forum.communisation

Le titre complet serait 'dépasser les identités de classe, genre, race, nations, religions... d'individus du capital et les identités militantes'

Robin a écrit: - Voudrais tu bien y expliciter ce que tu entend par :
- subjectivation révolutionnaire; comme par exemple dans la phrase : [...] ces identités qui toutes peuvent faire obstacle, sectarisme aidant, à la création d'une subjectivation révolutionnaire commune sur une base d'intérêts communs contre le capital.


Dans cette 'réponse' j'insiste davantage sur la 'race', la question du dépassement de l'identité de classe étant définitoire de la communisation, ainsi que, pour beaucoup s'y reconnaissant, l'assignation de genre hommes/femmes...

J'élargis le dépassement des identités construites par le capitalisme et la lutte de classes à celle de l'individu, l'individualisme dans le capitalisme, et à l'identité militante que construisent l'appartenance à un parti, une organisation, un groupe d'intervention théorique...

Il s'agit de promouvoir une individualité révolutionnaire sur la base d'une subjectivation dépassant ces entraves identitaires au combat communiste comme à la réalisation d'un monde post-capitaliste sans médiations inter-individuelles. La finalité est ni plus ni moins que l'émancipation humaine dont parlait Marx, l'ère de la liberté...

Ces combats ne sont pas à reporter à plus tard dans une conjoncture communisatrice, ils sont engagés au présent.

la communisation comme dépassement produit d'identités dans le capitalisme

Nous considérons que le prolétariat s'auto-abolit sur la base de son existence dans le capital, qui n'est plus confirmée dans le capitalisme actuel (ce que TC nomme "ce cycle de luttes"). "L'identité ouvrière", avec l'effondrement du programmatisme (la perspective communisme comme pouvoir ouvrier) ne se constitue plus en classe (pour soi, consciente d'elle-même se battant comme telle).

À cette contradiction essentielle s'ajoute celle de genre, en tant que domination masculine structurellement liée au capitalisme (Federici, TC, etc). L'identité de genre est donc à dépasser sur la base d'une reconnaissance de son existence, en relation avec la contradiction de classe.

Jusque-là je suis en phase avec Théorie Communiste (TC)

(à partir de là, je diverge de TC)
D'autres identités 'délétères' participent de la segmentation du prolétariat qui l'empêchent de trouver son unité, comme autrefois, et il ne la retrouvera plus en tant qu'"identité ouvrière", prolétarienne sur une seule base de classe.

Trois moments pour produire le dépassement des identités construites par le capital

Le mouvement de « dépassement produit » de la classe, du genre et d'autres identités construites dans le capitalisme, est dans son principe comparable, en trois temps historiques, ou trois phases de luttes (ce n'est que schématique, pas nécessairement chronologique, mais sur des rythmes temporels croisés)) :

- se reconnaître comme victime (esclave, prolo, femme, 'noir' 'juif', 'arabe', 'racisé.e', etc.)
- se battre sur la base de cette identité pour acquérir un pouvoir contre les maîtres dominants, comme ouvrier exploité (programmatisme), comme femme (féminisme égalitaire), comme 'noir' (Harlem Renaissance années 20, Négritude années 30-50, Nationalisme noir et décolonisation années 60, Black Panter etc.). Cela continue, exemple le PIR en France organisant en parti les 'Indigènes de la République'
- dépasser la lutte sur cette base identitaire pour se reconnaître un intérêt commun, disons de classe, comme particularités dans le prolétariat (prolétariat exploité/racisé/assigné au genre, à la nation...)

Ces trois moments existent et sont nécessaires, inévitables. Mon avis est qu'il faut les prendre en compte pour ce qu'ils sont, des contradictions. Avec un côté négatif, la segmentation, les luttes internes au prolétariat. Avec un côté positif, c'est sur cette base 'identitaire', parfois communautaire, qu'ils affrontent le capital parce que leurs identités sont construites par le capital. C'est se qui nécessite un moment transitoire d'auto-organisation, d'organisation autonome sur cette base, aussi bien pour les femmes que pour les 'non-blancs' en France par exemple, comme cela s'est produit aux Etats-Unis, en Amérique latine...

De toutes façons, dans la vie ya pas photo, une femme ouvrière ou employée, domestique ou chômeuse, ou un Arabe avec ou sans papiers, français ou immigré, n'ont pas besoin en France qu'on leur fasse un dessin théorique.

la race, le racisme

Robin a écrit : - ce que tu entend dans une autre intervention par peut etre "contradiction de race", ou tout du moins "la race", comme aspect non pris en compte par le paradigme TC

Contrairement à TC, je ne pense pas que le racisme vienne « en prime dans ce clivage » ('où en sommes-nous... texte mis en ligne par Robin, page 5). Le racisme est historiquement, étatiquement, institutionnellement, structurel au capitalisme en France particulièrement. En ceci je partage une partie des analyses de Houria Bouteldja, mais ni la nécessité d'un parti citoyen des Indigènes, ni l'analyse sur le « sionisme », la definition d'un « champ politique blanc » etc. Je reconnais qu'il y a là une tentative d'auto-organisation sur une base raciale, je la prends comme telle, une nécessité transitoire...

La question de la race est singulière, car on ne peut à proprement parler de contradiction (« les races n'existent pas »). Elle est néanmoins constitutive du capitalisme à son origine (traite esclavage commerce triangulaire), et n'a cessé depuis d'y participer, historiquement, empiriquement, même s'il est difficile de construire en théorie un lien structurel à la classe. Avec le genre c'est plus facile (Black Feminism, Angela Davis Femmes Races Classes 1983, etc.). Silvia Federici l'évoque dans ses livres et textes, même si ce n'est pas le thème central de son approche 'féministe marxiste'.
Les dossiers que j'ai constitué sur cette question sont dans
« abolir le racialisme »

le capital, structure et histoire quelle approche 'marxiste' ?

On définissait autrefois le marxisme comme matérialisme historique et dialectique. Je crois que la formule est plutôt d'Engels après la mort de Marx, avant de sombrer dans le diamat stalinien. Il me semble qu'avec une approche structuraliste de la dialectique, on tend à négliger l'histoire concrète et ses déterminations essentielles, parce que le lien à la structure du capital est extrêmement difficile à élaborer en théorie. Là encore seule l'histoire et le présent des luttes nous informent, pour la race, telle que Feredrici l'a montré pour le genre (Caliban et la sorcière).

antiracisme et combat des racisé·e·s

On peut observer une différence entre les combats antiracistes, qui peuvent être le fait de toutes sortes d'organisations, groupes ou personnes, et celui des 'racisé·e·s', dans la mesure où ils ne se battent jamais de façon abstraite contre le racisme, mais toujours à partir de situations particulières dans lesquelles ils sont exploités, dominés, stygmatiser... avec cette caractéristique aggravante d'avoir une couleur de peau différente, le plus souvent non blanche, considérée comme la couleur neutre à partir de laquelle les autres sont définis comme "Colored People" (pas seulement par Benetton).

Qui se dit 'antiraciste' parce qu'il "aime les noir·e·s" ne comprend pas qu'il les distingue sur la base de leur couleur de peau, et en ceci ne rencontrera pas nécessairement leur sympathie plus qu'un homme affirmant «j'aime les femmes », parce qu'il est surtout un bon macho. L'amoureux des noir·e·s pourra même être considéré par eux/elles comme 'raciste', car les assignant assignés à leur 'race' comme les femmes à un genre naturel : « On ne naît pas noir, on le devient »

Les luttes des 'racisé·e·s sont bien souvent des luttes de classes et des luttes féministes mêlées, du fait qu'ils sont une partie majoritaire des populations exploitées et dominées dans le monde sur ces critères mis en avant, et masquant leur caractère de classe. Pour autant ce n'est pas une raison pour ne pas les voir aussi comme lutte où la particularité raciale joue un rôle déterminant, comme médiation de l'existence de classe (c'est typique dans le mouvement de libération afro-américain qui n'est pas le seul "modèle", cf Amérique latine, Pays arabes, France...)

multiculturalisme et "communautarismes"

C'est pourquoi les discours multiculturalistes de gauche, et autres condamnation des communautarismes construit par le capitalisme, les Etats-nations, les continentalismes étatiques (européen pour ce qui nous concerne), ne sont qu'une manière de cacher (littéralement de voiler) la classe derrière la race. Dans ce petit jeu à la con, le pire (sic) est quand la riposte se construit sur la même distinction communautaire, de race, d'ethnie, de religion, sans porter expressément un caractère de classe (islamophobie de gauche voire d'extrême-gauche avec l'affaire du voile enfermant la communauté arabe dans son existence particulière).

Il nous appartient donc de décrypter en quoi des "communautarismes" relèvent de la lutte de classe, pour le pire et le meilleur.

la race comme base d'un combat identitaire à dépasser

En résumé, sur la race, je pense que les marxistes d'une façon générale doivent cesser de penser le racisme comme seulement un handicap à la 'conscience de classe', mais comme une identité particulière, comme d'être femme ou assigné à tel genre. La question posée est comment cela peut se tisser, se construire – c'est le sens de 'subjectivation révolutionnaire' – en relation avec l'appartenance de classe, qui seule permettra de produire le dépassement final, les abolitions de ces identités dans le processus de communisation.

Nombre de penseurs marxistes, notamment anglo-saxons, africains, sud-américains, indiens... se sont confrontés à cette question depuis plus de vingt ans, que ce soit sous la dénomination 'Cultural Studies' ou 'Intersectionnalité classe genre race'. En France il y a une résistance et un retard, mais ne désespérons pas, ça vient...

Cette question est l'objet de « critique du capital : des classes du genre et de la race, intersectionnalité, communs...  »

Identité communiste

J'interroge par ailleurs, depuis les années 90 "l'identité communiste". Je l'ai fait sur la base de mes désaccords avec le pcf, mais cela s'est reproduit quand j'ai cotoyé d'autres partis, organisation ou groupes, y compris communistes libertaires, anarchistes, communisateurs.

À partir du moment où l'on remet en cause la nécessité d'un parti ou d'une organisation, cela pose la question de ce qu'est "être communiste", relativement à l'existence sociale de prolétaire, à la perspective de son unité le temps de s'abolir, c'est à dire d 'auto-détruire son identité de prolétaire.

Quelle est cette nouvelle race d"hommes nouveaux", les "communisateurs" ? Cette identité est problématique, elle l'est déjà aujourd'hui autant que toute subjectivité militante.

l'identité de 'camarade' est aussi problématique que l'identité de parti

Je le résume en disant que je n'ai pas de solidarité particulière avec "des camarades" mais avec le prolétariat social, ce que j'appelle un "nous", un en-commun qui n'est pas militant, mais de masse, à viser

c'est le sens de ce 'nous' mon mini-manifeste le CAPITAL contre le vivant, le COMMUNISME pour la VIE

Identité d'individu

de même la communisation défait l'individu du capital sur la base de son existence dans, pour et contre le capital (sans quoi peronne ne se battrait, il n'y aurait pas plus de communisateurs que de révolutionnaires nulle part)

l'individu individualiste, égo-centré (égo-géré comme l'écrit Jacques Wajnsztejn) est appelé à se dépasser pour produire son individualité libérée dans la communauté post-capitaliste, ce qu'on met sous l'expression "relations immédiates entre individus"

cela relève du même processus d'ensemble de subjectivation révolutionnaire, dés-objectivation et dé-subjectivation, de son être dans le capital, en relation avec la défaisance des identités évoquées plus haut

 

la suite de cette réflexion, avant l'ouverture du forum est ici : abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus