I.2. Méthodologie et dialectique complexe. Théorie & critique : déconstruction reconstruction

 

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I.2. Méthodologie et dialectique complexe. Théorie & critique : déconstruction reconstruction 

19 novembre 10:43

introduction

par méthodologie, j'entends la théorie de la méthode, l'esprit de sa mise en œuvre et ses principes, plus qu'une méthode même qui serait à appliquer comme on le fait en sciences exactes ou en sciences humaines, y compris en sociologie

l'objet de la théorisation communiste étant la compréhension des contradictions du capitalisme en mouvement, dont la lutte des classes et les activités communistes sont parties prenantes, il est difficile de le faire de façon méthodologique, systématique. Autant la recherche en sciences expérimentales peut faire des expériences, autant la lutte des classes n'est expérience(s) qu'au sens de celles qu'on tire de la réalité sociale en y participant ou en les observant de façon empirique. La méthodologie de la théorie communiste est intrinsèquement liée à son objet, et celui-ci étant mouvement de contradictions dans la vie réelle, par les luttes, c'est de là qu'il convient de partir

qu'on ne s'étonne pas des aspects polémiques de cet exposé, puisque ce sont les erreurs des autres, marxistes du programmatisme ouvrier, du démocratisme radical ou communisateurs, que j'ai un temps suivies, qui m'ont conduit à leur critique et, ce faisant, à produire mes propres concepts, tel que dépassement à produire, ou luttes auto-théorisantes renversant des concepts de Théorie communiste

la dialectique matérialiste en héritage de Marx

cette méthodologie est reprise de celle de Marx dans on œuvre, telle qu'on pourrait encore l'appeler matérialisme dialectique et historique, si n'était tristement célèbre le Diamat, sa version stalinienne. Mais ce n'est pas le seul avatar marxiste de la pratique théorique de Marx, et l'on pourrait dire que "le marxisme" n'est que la collection des déviations de la pensée de Marx (voir de so called "MARXISTES" et "ANARCHISTES", de Marx à nos jours)

"reprise de Marx" après avoir retenu la leçon magistrale de Bertell Ollman dans La dialectique mise en œuvre (PDF intégral), qui montre que la dialectique qu'on a prêtée à Marx est loin d'être celle qu'il a utilisée, beaucoup plus complexe, bien plus et autre chose qu'un "renversement de Hegel", formule malheureuse de Marx lui-même qui, au demeurant, n'a jamais formulé qu'en de courtes notes des considérations méthodologiques sur la dialectique (j'en donne un exemple plus bas)

Introduction à la dialectique, Bertell Ollman

1. Qu’est-ce que la dialectique ?  
   
La dialectique avancée

2.
La dialectique mise en œuvre : le processus d’abstraction dans la méthode de
    Marx

 I. Le problème : comment penser de façon adéquate le changement et
    l’interaction ?
 II. La solution est dans le processus d’abstraction
 III. En quoi les abstractions de Marx sont différentes
 IV. La philosophie des relations internes
V. Les trois modes d’abstraction : l’extension
 VI. Les niveaux de généralité
VII. Le point de vue
VIII. Le rôle des abstractions dans les débats sur le marxisme
 
3.
L’étude de l’histoire à rebours : un aspect négligé de la conception  matérialiste de  
     l’histoire de Marx

cela se comprend bien puisque l'objet de sa critique étant l'économie politique et son lien à la lutte des classes, il a dû se forger des outils d'analyse, des concepts et des formulations qui n'ont que peu de rapports avec la dialectique de Hegel

la méthode matérialiste de Marx possède un caractère qui ressort bien de la lecture du Capital. Les chapitres y alternent ou sont mêlés de descriptions du travail en usine, des échanges marchands, de tels événements économiques... qui sont autant de matériaux à partir de l'analyse desquels il élabore sa théorisation conceptuelle, et non l'inverse : leur appliquer des concepts abstraits en les citant comme des exemples. Le principe d'une réalité économique et sociale auto-théorisante était trouvé par cette théorie de la représentation nouvelle qu'initie l'œuvre de Marx, selon la formule Isabelle Garo dans Marx, une critique de la philosophie (2000)

Karl Marx Introduction à la critique de l'économie politique 1859
Introduction : Production, consommation, distribution, échange (Circulation)

III. La méthode de l’économie politique

Quand nous considérons un pays donné au point de vue de l'économie politique, nous commençons par étudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa répartition dans les villes, à la campagne, au bord de la mer, les différentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc.

Il semble que ce soit la bonne méthode de commencer par le réel et le concret, qui constituent la condition préalable effective, donc en économie politique, par exemple, la population qui est la base et le sujet de l'acte social de production tout entier.

Cependant, à y regarder de plus près, on s'aperçoit que c'est là une erreur. La population est une abstraction si l'on néglige par exemple les classes dont elle se compose. Ces classes sont à leur tour un mot creux si l'on ignore les éléments sur lesquels elles reposent, par exemple le travail salarié, le capital etc. Ceux-ci supposent l'échange, la division du travail, les prix, etc. Le capital, par exemple, n'est rien sans le travail salarié, sans la valeur, l'argent, le prix, etc.

Si donc on commençait ainsi par la population, on aurait une représentation chaotique du tout et, par une détermination plus précise, par l'analyse, on aboutirait à des concepts de plus en plus simples; du concret figuré ou passerait à des abstractions de plus en plus minces, jusqu'à ce que l'on soit arrivé aux déterminations les plus simples. Partant de là, il faudrait refaire le chemin à rebours jusqu'à ce qu'enfin on arrive de nouveau à la population, mais celle-ci ne serait pas, cette fois, la représentation chaotique d'un tout, mais une riche totalité de détermi­na­tions et de rapports nombreux. La première voie est celle qu'a prise très historiquement l'économie politique à sa naissance.

Les économistes du XVII° siècle, par exemple, commen­cent toujours par une totalité vivante : population, nation, État, plusieurs États; mais ils finissent toujours par dégager par l'analyse quelques rapports généraux abstraits déterminants tels que la division du travail, l'argent, la valeur, etc. Dès que ces facteurs isolés ont été plus ou moins fixés et abstraits, les systèmes économiques ont commencé, qui partent des notions simples telles que travail, division du travail, besoin, valeur d'échange, pour s'élever jusqu'à l'État, les échanges entre nations et le marché mondial.

Cette dernière méthode est manifeste­ment la méthode scientifique correcte. Le concret est concret parce qu'il est la synthèse de multiples déterminations, donc unité de la diversité. C'est pourquoi il apparaît dans la pensée comme procès de synthèse, comme résultat, non comme point de départ, bien qu'il soit le véritable point de départ et par suite également le point de départ de la vue immédiate et de la représentation. La première démarche a réduit la plénitude de la représentation à une détermination abstraite; avec la seconde, les déterminations abstraites conduisent à la repro­duc­tion du concret par la voie de la pensée.

C'est pourquoi Hegel est tombé dans l'illusion de concevoir le réel comme le résultat de la pensée, qui se concentre en elle-même, s'approfon­dit en elle-même, se meut par elle-même, alors que la méthode qui consiste à s'élever de l'abstrait au concret n'est pour la pensée que la manière de s'approprier le concret, de le reproduire sous la forme d'un concret pensé. Mais ce n'est nullement là le procès de la genèse du concret lui-même.

Par exemple, la catégorie économique la plus simple, mettons la valeur d'échange, suppose la population, une population produisant dans des conditions déterminées; elle suppose aussi un certain genre de famille, ou de commune, ou d'État, etc. Elle ne peut jamais exister autrement que sous forme de relation unilatérale et abstraite d'un tout concret, vivant, déjà donné. Comme catégorie, par contre, la valeur d'échange mène une existence antédiluvienne.

Pour la conscience - et la conscience philosophique est ainsi faite que pour elle la pensée qui conçoit constitue l'homme réel et, par suite, le monde n'apparaît comme réel qu'une fois conçu - pour la conscience, donc, le mouvement des catégories apparaît comme l'acte de production réel - qui reçoit une simple impulsion du dehors et on le regrette - dont le résultat est le monde; et ceci (mais c'est encore là une tautologie) est exact dans la mesure où la totalité concrète en tant que totalité pensée, en tant que représentation mentale du concret, est en fait un produit de la pensée, de la conception; il n'est par contre nullement le produit du concept qui s'engendrerait lui-même, qui penserait en dehors et au-dessus de la vue immédiate et de la représentation, mais un produit de l'élaboration de concepts à partir de la vue immédiate et de la représentation.

Le tout, tel qu'il apparaît dans l'esprit comme une totalité pensée, est un produit du cerveau pensant, qui s'approprie le monde de la seule façon qu'il lui soit possible, d'une façon qui diffère de l'appropriation de ce monde par l'art, la religion, l'esprit pratique.

Après comme avant, le sujet réel subsiste dans son indépendance en dehors de l'esprit; et cela aussi longtemps que l'esprit a une activité purement spéculative, purement théorique. Par conséquent, dans l'emploi de la méthode théorique aussi, il faut que le sujet, la société, reste constamment présent à l'esprit comme donnée première
.

 

1) vous avez dit complexe ?

la complexité est inhérente à la méthodologie de Marx (dialectique des niveaux de généralité et des points de vue), et ceci bien avant qu'on ne parle de théorie de la complexité. Celle-ci ne portait pas, au début du moins, sur les sciences sociales, puisqu'elle est l'étude des systèmes complexes. Edgar Morin, qui en a systématisé la théorie dans La méthode, emprunte beaucoup au biologiste Henri Atlan, concernant la complexité du vivant, avant quelques extrapolations épistémologiques et philosophiques qui ne l'empêcheront pas de devenir un idéologue humaniste de l'idéologie dominante, ayant abandonné les quelques repères marxistes qu'il avait plus jeune jusqu'à frayer avec Socialisme ou Barbarie. Une raison en est théorique : il avait abandonné toute dialectique des contradictions, en tous cas celle du mode de production capitaliste

Corinne Cerise : Mais je ne comprend pas en quoi cette dialectique serait complexe ? C'est à mon avis tout ce qu'il y a dans une praxis marxienne, non ?

Patlotch :

1) c'est complexe, non au sens de "compliqué" mais de la complexité comme « notion utilisée en philosophie, épistémologie, en physique, en biologie en écologie, en sociologie, en ingénierie, en informatique ou en sciences de l’information » (Wikipédia), sens que j'ai repris d'Edgar Morin dans La méthode

2) "complexe" ne s'oppose pas à "simple", mais à "simpliste" même quand ça se veut "dialectique"

3) Marx effectivement, mais celui qui n'est pas hégélien, lu par Bertell Olmann

la difficulté est qu'on ne peut l'exposer comme méthode séparée, car ce ne serait plus une "praxis", mais qu'il faut néanmoins dire comment ça fonctionne, car ça peut aider la lecture et la compréhension, comme à faire le lien avec la théorie communiste exposée de façon plus "philosophique", plus traditionnelle, plus "marxiste"

c'est aussi pourquoi je ne suis pas capable d'une synthèse, chaque commentaire pouvant se lire comme un aspect, un point de vue sur le tout. A mon avis, il faut garder ce côté bordélique, pour éviter que ça se "pétrifie" en corpus théorique, à la manière de la "méthode de Marx" vue par les marxistes, ou de la dialectique structuraliste de TC

il faut aussi laisser à chacun la possibilité de le saisir par le bout qu'il comprend le mieux, qu'il peut faire sien pour un tas de raisons, expérience et connaissances propres, intérêt pour tel thème de prédilection (écologie, féminisme, décolonial...), type de langage y compris poétique...

bref la complexité est inhérente à l'objet, la totalité du monde, mais chaque sujet (partant de lui) a ses objets, il appréhende cette complexité dans sa situation singulière de particularismes qui le constituent dans le tout, et c'est à "nous" de lui rendre possible de le saisir et comprendre dans ce tout

(d'un échange du 23 Janvier 2016)

à ma connaissance, seul le philosophe Lucien Sève, marxiste dans la mouvance du PCF, a tenté un mariage de la dialectique marxienne et de la complexité, mais plutôt en héritier de La dialectique de la nature d'Engels, c'est-à-dire dans le domaine des sciences du vivant plutôt que celui des contradictions dialectique du monde capitaliste (cf Lucien Sève Émergence, complexité, et dialectique). Il n'y a pas eu de prolongement en théorie communiste au-delà de généralité dans la mouvance démocrate radicale (voir un texte plutôt médiocre diffusé sur Médiapart, que j'avais épinglé)

de la théorie de la complexité, je retiens quelques concepts tels qu'émergence, ou l'idée de boucles de rétro-action, mais cette théorie étudie les systèmes complexes; or malgré sa complexité, le capitalisme n'est pas un "système", comme le laisse entendre l'expression "système capitaliste", que Marx n'a jamais utilisée

 

2) le mécanicisme et le structuralisme des grands mécanos des dialectiques marxistes

disons pour résumer que la connaissance d'éléments de la théorie de la complexité m'a plutôt permis de comprendre ce qui, dans la dialectique selon les marxistes, tient davantage d'un grand mécano de contradictions plus ou moins sophistiqué, comme chez Lucien Sève lui-même, ou chez Roland Simon (RS), de Théorie communiste, qui y ajoute une conceptualisation structuraliste tendant à l'abstraction plus qu'au "concret de pensée" qu'il revendique, et peinant à redescendre sur la terre des réalités concrètes et des luttes autrement que par des observations limitées dans l'espace et le temps : la "totalité" de Roland Simon est pleine de trou, et son corpus un gruyère théorique qui fait l'illusion de sa cohérence

« la dialectique complexe des contradictions et de leurs dépassements à produire, que je propose, ne peut pas s'élaborer en système de pensée, ni clos ni même ouvert, pour la bonne raison qu'en tant que théorie d'une représentation du capital, comme le Capital de Marx même ((Isabelle Garo), ce serait une contradiction dans les termes mêmes où nous définissons la nécessité d'une théorisation communiste, plus que d'une théorie communiste, et ceci contre la posture théoriciste des "théoriciens de la communisation", qui théorisent sur le communisme bien plus qu'ils ne s'embarquent, même par la pensée, le « concret de pensée » (Marx) avec les luttes théorisantes concrètes dans leur dynamique mondiale, globale et locale - générales, particulière, et singulièresl'évacuation "dialectique" de la question raciale par Théorie Communiste » Patlotch 18 décembre 2015

en clair, il n'a pas été possible à Théorie communiste (TC) d'introduire le concept de genre sans le relier étroitement à la contradiction de l'exploitation (« deux contradictions en une seule ») ce qui d'une part est loin de recouvrir tout de la domination masculine et du machisme sociétal structurel, et d'autre part pousse à évacuer la prise en compte de la domination raciale, au prétexte qu'elle n'est pas une contradiction, au sens marxien du terme : « La classe et le genre sont structurels au capitalisme, la race, non. » Pourquoi pas, mais en attendant la fin, ça nous fait une belle jambe, autant qu'à ceux et celles, femmes et/ou "racisé.e.s", qui se battent depuis des identités de race ou de genre que le Capital et l'Occident ont construites pour justifier leur oppression, leur domination ou leur sur-exploitation

 

3) de la nécessité d'une dialectique complexe pour théoriser les contradictions et dominations de classe, de genre, et de 'race'

des observations que j'ai faites durant plusieurs années sur les luttes féminines dans le monde, il ressort que le lien à la classe était la plupart du temps médié par la "race", et que réciproquement, dans les luttes à forte composante raciale (USA par exemple), la place des femmes est déterminante. Cela signifie : 

- qu'on ne peut en faire la théorie sans introduire une dialectique complexe des particularités classe/genre/race,

- qu'on ne peut le faire avec une approche intersectionnelle mettant tout sur le même plan, et

- que par conséquent, il faut introduire l'idée de contradictions de poids différents mais sans les rapporter à une seule, c'est-à-dire une structure à dominante qui ne peut être ni celle de la race (tendance du PIR), ni celle du genre (tendance de Christine Delphy), ni celle de la classe (tendance du marxisme simpliste et binaire). Je parle donc de structure à dominante du Capital, ce qui me permet d'y saisir les contradictions et dominations, sous réserve d'une construction dialectique complexe

comme on le voit, se vérifie qu'un théorisation communiste correcte doit partir, y compris du point de vue méthodologique, car la formulation est forme-contenu, des luttes et de la signification théorique qui s'en dégage. C'est pourquoi je parle de luttes auto-théorisantes dont je tire une conceptualisation, et non comme TC de luttes théoriciennes qu'il fait parler comme confirmant sa théorie, ce qui ne s'est pas avéré concernant celle de l'écart, mise en avant pour justifier l'aventure Meeting-Sic d'alliances d'opportunité avec des "activistes" critiqués par ailleurs pour leur "immédiatisme". Ce qu'on appelle en langage courant des contradictions...

 

note sur la dialectique quantité/qualité des dépassements à produire (15 sept au 6 oct 2016)

quantité et qualité, quantité de la qualité, qualité de la quantité

les dialectiques hégelienne et marxienne des contradictions et de leurs dépassements comportent des considérations de quantité et de qualité, qu'on retrouve dans les dépassements à produire

il n'y va pas seulement, comme chez Hegel, du passage de la quantité à la qualité (du bourgeon à la fleur, un bond qualitatif, le bourgeon grossit puis explose), car ce passage peut être réciproque : la qualité ne manque pas toujours pour passer à une autre qualité

si je prends l'exemple du dépassement des identités de luttes, l'idée de leur dépassement au-delà de l'identité, bond qualitatif, existe bien chez certain.e.s, en théorie comme dans les luttes, mais c'est affaire de quantité de la qualité

mes thèses sur les "dépassements à produire", leur "modèle" théorique conceptuel, ne peuvent pas être fausses, mais rien ne dit que la quantité de la qualité, soit la qualité de la quantité, sera au rendez-vous de l'histoire qu'elles écriront

(rappel : le concept de "dépassement à produire" éradique tout déterminisme dans la théorie communiste)

la dialectique des contradictions est véritablement diabolique (diabolus in musica). On y injecte beaucoup de subjectivisme, particulièrement dans la notion hégelienne d'Aufhebung, et pas assez d'unité des contraires selon Héraclite. Marx me paraît entre les deux

je dis beaucoup (trop) de subjectivisme, parce qu'en réalité on ne peut jamais trancher à l'avance sur ce qui sera dépassé ou non. J'ai insisté sur le fait que les changements qualitatifs ne sont pas seulement produits par une accumulation de changements quantitatifs, mais que les deux dimensions de quantité et qualité déterminent l'émergence de bonds qualitatifs/quantitatifs

c'est justement ça qu'on ne peut mesurer en temps réel à l'observation des luttes sociales dans le mouvement du capital. Alors pour un rien on perd la tête

aujourd'hui certes c'est facile : rien ne vient annoncer un dépassement d'ampleur révolutionnaire susceptible d'abolir le capitalisme

une des plus grandes difficultés de la théorie dialectique du communisme réside dans le bonne appréciation des rapports entre qualités et quantités dans la dynamique et les limites de (im)possibles dépassements

il faut bien reconnaître que dans cette période de basses eaux de la lutte de classe posant l'abolition du capital comme perspective, nous sommes livrés à des conjectures marquées par le subjectivisme et l'objectivisme militants, y compris au sein d'une théorie consciente de leur nuisance, car nous n'échappons pas à la foi du croyant, c'est-à-dire au désir de révolution, et la bouteille pessimisme vs optimisme se remplit et se vide selon les besoins psychologiques de chacun face à l'impossible objectivité de la théorie en tant qu'elle est communiste, donc engagement participant des luttes, dont elle ne saurait se retirer sans perdre son sens

ainsi, il n'y a que l'épaisseur d'un papier à cigarette entre activistes supposés immédiatistes et théoriciens de la "médiation temporelle" incontournable, pour autant que ceux-ci produisent encore de la théorie en s'arrachant à leur splendide solitude

comme me l'écrivait Adé, nous sommes ainsi tous activistes, y compris « théoriciens qui continuent à s'activer (tous activistes) ». Mais au fond, pourquoi pas ? Avec cette question :
«
Tout cela a-t-il, in fine d'autre intérêt que celui de faire exister les auteurs, les groupes ou les individus, une démarche de recherche de sa propre existence, une façon de se considérer. Les polémiques sont le pain quotidien des groupes et tendances révolutionnaires, c'est ce qu'il reste à faire quand rien de positif n'émerge, un succédané à l'espoir créateur, aux luttes créatrices.»

d'autres remarques à venir sur la méthode proprement dite, la dialectique quantité/qualité et le seuils, sur le concept de I.3. Dépassements à produire, sur la critique comme déconstruction/reconstruction, etc.

 

4) théorie & critique : déconstruction reconstruction

quelques extraits d'une interview récente de Gayatri Spivak, à propos de critique théorique et de "déconstruction", où l'on retrouvera ce que j'ai appelé la critique "interne" d'autres théories sous réserve de s'en approprier la cohérence dans leurs langages

So you see this book as basically a critique of Western philosophy?

That’s what de-construction is about, right? It’s not just destruction. It’s also construction. It’s critical intimacy, not critical distance. So you actually speak from inside. That’s deconstruction. My teacher Paul de Man once said to another very great critic, Fredric Jameson, “Fred, you can only deconstruct what you love.” Because you are doing it from the inside, with real intimacy. You’re kind of turning it around. It’s that kind of critique.

What was Derrida trying to deconstruct? How was he trying to interpret Western philosophy in a new light?

It had a focus on being dominant for centuries without change. Whole groups get excluded because a certain kind of dominant discourse is established. He also said a very powerful thing about African orality: they could remember seven generations back; we’ve lost that capacity. There, “writing” takes place on the psychic material called “memory.” Derrida connects this to Freud. So he was saying, look at reality carefully. It’s coded so that other people, even if they’re not present, can understand what we are saying. He looked at how this was suppressed in philosophical traditions.
 
il ne suffit pas d'interroger le monde et les luttes qui s'y produisent, mais aussi la façon dont on l'a fait jusqu'ici, et de ce point de vue, je n'ai rien fait que déconstruire pour reconstruire

les théoriciens de la communisation n'ayant pas commencé un tel travail concernant l'universalisme prolétarien, ni daigné critiquer sérieusement mes thèses, aucun échange constructif n'est possible

 

 


dans l'attente de la suite, se reporter au forum : DIALECTIQUE COMPLEXE et MÉTHODOLOGIE : DÉPASSEMENTS À PRODUIRE