0. INTRODUCTION

 

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0. INTRODUCTION 

4 novembre 08:08 en cours de rédaction

« La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une « immense accumulation de marchandises. » Marx, le Capital 1867

« Un spectre hante l'Europe : le spectre du communisme.» Marx et Engels Le Manifeste 1847

le monde dans lequel nous vivons s'énonce comme une immense accumulation de périls. Il y va de la vie de milliards d'êtres humains, et de la préservation de la vie sur terre. C'est au présent qu'il s'agit d'en saisir les causes pour en briser la fatalité

0.1 les deux champs croisés de la théorie communiste et leur lien au combat communiste dans la lutte des classes
0.2 faire la théorie d'un combat au présent dans une perspective pour l'avenir, la révolution comme communisation
0.3 nécessité d'une compréhension mondiale du moment actuel, crise et luttes
0.4 luttes de classes féministes et décoloniales : hérérogénéité et diversité, unité et contradictions

 

0.1. les deux champs croisés de la théorie communiste et leur lien au combat communiste dans la lutte des classes

les deux citations en exergue veulent souligner que Marx et Engels menaient cette double tâche : comprendre le monde de leur époque et les conditions d'une émancipation de l'humanité. Les "écrits de jeunesse", jusqu'au Manifeste de 1847, n'ont pas encore posé ce qui deviendra pour eux central, la critique de l'économie politique, avec Le Capital, dont les premiers travaux paraissent dix ans plus tard, en 1857, avec l'Introduction générale à la critique de l’économie politique

ce sont les deux champs constituant ensemble l'objet de la théorisation communiste. Le premier est l'analyse critique de l'existant, le second celle des possibilités d'en changer. Ils sont intrinsèquement liés puisque les conséquences de l'exploitation et des dominations capitalistes sur les êtres humains sont les causes mêmes des luttes qu'ils engagent pour s'en protéger ou s'en débarrasser. C'est la lutte des classes, elle se présente comme un antagonisme, une implication réciproque, une lutte à mort entre deux pôles d'une contradiction toutefois dissymétrique :

- le Capital a besoin du prolétariat : sans l'exploiter, il n'existerait pas

- le prolétariat, s'il a besoin de travailler pour vivre, pourrait tout aussi bien se passer d'être exploité par le Capital

néanmoins, dans cet affrontement, le Capital est le maître qui sort toujours gagnant du jeu dont il maintient la règle avec son compère l'État. Cette règle est l'exploitation de la force de travail, et sa loi celle de la valeur

 

0.2. faire la théorie d'un combat au présent dans une perspective révolutionnaire pour l'avenir

près d'un demi-siècle après, Bruno Astarian, théoricien de la communisation, écrit : « La théorie communiste procède de façon itérative entre ces trois moments : analyse du mouvement de la société capitaliste et de sa contradiction fondamentale (critique de l’économie politique, théorie de la valeur, théorie des crises), étude critique des tentatives révolutionnaires du passé (théorie de la révolution), et définition du but communiste qui donne sens aux deux moments précédents (projection du capitalisme aboli). » Solitude de la théorie communiste, Hic Salta août 2016

remarquons que pour lui comme pour moi, la théorie communiste et la théorie de la révolution sont différentes, avec une nuance de taille, qui fait l'un de mes désaccords essentiels avec la théorie de la communisation et son caractère théoriciste : pour Astarian, ne semble pas entrer en ligne de compte le communisme comme combat dans un mouvement de la lutte des classes, et dans la théorie communiste comme celle de ce combat, ce qu'elle était pour Marx et Engels

articuler théorie communiste avec la théorie de la révolution, dans les trois moments que dit Astarian sous réserve de l'inscrire dans le combat pour l'émancipation, c'est une autre manière de dire qu'elle comporte deux champs croisés. Je ne partage pas son passage : « la théorie communiste [...] comme le fruit de l’échec de toutes les tentatives [révolutionnaires] précédentes » ni que « la théorie communiste se donne pour tâche de comprendre pourquoi ça a raté. Presque par essence, la théorie communiste se développe post festum [...]. Bien sûr « les révolutions ont échoué, et la théorie communiste doit rendre compte de ces échecs.»,

la théorie de la communisation : "attendre et dissiper les illusions" ?

de là à en déduire que la fonction de la théorie communiste se réduirait à cette étude, celle du mouvement de la société capitaliste et celle du but communiste, il y a l'abandon de l'inscription du combat communiste dans la lutte des classes comme mouvement actuel (Idéologie allemande), et toute la tonalité du texte d'Astarian en découle, caractérisant la théorie de la communisation, comme chez Gilles Dauvé ou Roland Simon (TC Théorie communiste), par son absence de tout lien organique avec les luttes actuelles et peu ou prou sa justification : il va falloir attendre pour Dauvé/Nesic, de troploin, critiquer l'immédiatisme et l'activisme pour Roland Simon et Théorie communiste, en attendant la fin (dndf), et pour Astarian en « dissipant les illusions » : « Mais les théoriciens existent, nous existons (un peu). A quoi pouvons nous servir ? Dans la phase actuelle en tout cas, il me semble qu’il s’agit surtout de dissiper quelques illusions favorisées par cet éloignement dont je parlais plus haut entre la théorie et son ancrage.» (même texte)

dans 2.3 Quel rapport aux luttes actuelles ?, Astarian écrit : « Le rôle de la théorie n’est pas de commenter le quotidien de la lutte des classes, mais d’y déceler les pointes avancées qui font sens dans le chaos de la dépression longue que nous connaissons actuellement. Toute lutte du prolétariat n’est pas significative de ce point de vue. Si la théorie communiste peut faire le tri et dissiper des illusions, c’est déjà bien.»

depuis des années, j'ai consacré mon temps à observer le quotidien, sinon de la lutte des classes, de ce qui se passe dans le monde sous tous les aspects dont ce site et mon forum ont rendu compte, et à le commenter, sans quoi cela n'aurait eu aucun sens comme matériaux pour des analyses constitutives de la théorisation communiste dans le sens même où Astarian la définit

un siècle après Marx, Guy Debord, maître à penser du situationnisme, écrivait « L’époque ne demande plus seulement de répondre vaguement à la question «Que faire ?» [...] Il s’agit maintenant, si l’on veut rester dans le courant, de répondre, presque chaque semaine, à la question : «Que se passe-t-il ?» »  lettre à Eduardo Rothe, 21 février 1974, Correspondance V, p.126

il s'est donc produit, dans les années 1970, avec la décomposition du programmatisme ouvrier et de ses organisations politiques communistes, une dérive théoriciste de la théorie radicale, qui correspond au demeurant à une tendance générale, quasi paradigmatique de cette époque, dans la production intellectuelle, culturelle et artistique

c'est à celà qu'il faut remédier, à quoi ce livre entend contribuer. Il est l'aboutissement d'un travail engagé depuis plusieurs années, à la fois en continuité de la théorie de la communisation et en rupture avec elle, ainsi qu'elle avait engagé, au mitan des années 70, une « rupture dans la théorie de la révolution »

 

0.3. nécessité d'une compréhension mondiale du moment actuel, crise et luttes

0.4 luttes de classes féministes et décoloniales : hérérogénéité et diversité, unité et contradictions