VI. LA SUBJECTIVATION RÉVOLUTIONNAIRE, liens organiques, activités communistes, utopie concrète...

 

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VI. LA SUBJECTIVATION RÉVOLUTIONNAIRE, liens organiques, activités communistes, "utopie concrète"... 

4 novembre 11:25 rédaction en cours

subjectivation révolutionnaire ? l'expression a l'air évidente, elle ne l'est pas, et n'a d'ailleurs pas été beaucoup utilisée. À l'époque du programmatisme, quand il s'agissait d'acquérier, ou de faire acquérir, une « conscience de classe », on entendait  parfois « conscientiser », ce qui pour un militant consistait le plus souvent à gaver les masses populaires, comme on dit les oies. On l'entend encore mais de plus en plus suivi de la réponse : « Tu me gaves, tu me gonfles, tu me saoules... »

voir conscientiser / conscientisation

mais laissons de côté cet aspect militant. J'y reviendrai

concernant les diverses acceptions, CNRTL Ortolang :

Subjectivation, subjectivisation, subst. fém.,philos. Action de subjectiver, de subjectiviser. Bien souvent aussi un concept phénoménologique ne sera qu'une « subjectivisation » d'un concept beaucoup mieux connu par la voie empirique (Ricœur, Philos. volonté, 1949, p. 16).Les techniques de recherche ont à subir une crise de subjectivation pour acquérir une plus grande objectivité dans ce domaine (Traité sociol., 1967, p. 147).
 
Subjectiver, subjectiviser, verbe trans.,philos. Rendre subjectif; faire dépendre d'un état de conscience. Il semble que beaucoup de faits sociaux nous soient donnés d'abord objectivement, et que pour les connaître nous devions en quelque façon les subjectiver, en y restituant des états de conscience (Lévy-Bruhl, Mor. et sc. mœurs, 1903, p. 118).[L'émotivité] tend à subjectiviser le sentiment religieux au point de le réduire à un échauffement du cœur (Mounier, Traité caract., 1946, p. 740).Empl. pronom. passif. La conscience de classe ne peut ni se substantifier comme une entité purement objective, ni se « subjectiviser » comme une entité purement psychique (Traité sociol., 1968, p. 367).

VI.1. vous avez dit sujet, subjectif, subjectivité...? Que dit la psychanalyse ?

la notion porte sur la subjectivité, domaine d'expertise de la psychanalyse. Qu'en dit-elle ? 

La psychanalyse, une question de subjectivation ? Steven Wainri Psychiatre, Psychanalyste, Le Carnet Psy 2006/5 (n° 109)

Si le terme de subjectivation est volontiers employé de nos jours en sciences humaines, c’est bien parce que l’ancienne conception d’un sujet comme substance ou comme donné laisse la place à l’idée d’un processus permanent de production de soi. Les deux usages possibles de ce terme vont nous permettre d’en expliciter le sens dans une perspective psychanalytique.

- Une première signification part de l’adjectif subjectif : la subjectivation consiste à rendre subjectif quelque chose, qui prendra sens en fonction de notre propre point de vue [...]

- Le deuxième sens est issu du substantif : la subjectivation tient alors d’un devenir sujet. [...]

- Toute la pertinence du concept de subjectivation en psychanalyse, tient dans sa capacité de pouvoir relier les deux usages évoqués ici. Rendre subjectif et devenir sujet sont les deux faces d’une co-émergence du sujet et de sa réalité psychique. [...]

les révolutionnaires ne vont pas ouvrir des cabinets de psychanalyse pour le prolétariat mondial, mais il intéressant dans notre contexte de relever que la subjectivation en psychanalyse vise à une auto-transformation du sujet, au point que parler d'auto-subjectivation serait un pléonasme, et que l'utiliser en un autre sens retomber sur la conscientisation par les militants, ce qu'exclue notre conception théorique des luttes auto-théorisantes, autrement dit auto-conscientisantes, c'est-à-dire subjectivantes

 

VI.2. le sujet révolutionnaire, classe de la communisation, n'est pas une somme d'individus

voilà qui se complique, puisque la subjectivation révolutionnaire, si elle concerne le prolétariat révolutionnaire en tant que « classe pour soi », consciente de son face-à-face antagoniste avec la classe capitaliste, cette subjectivation ne peut se faire individu par individu. C'est donc qu'il y a un ensemble de circonstances, une conjoncture, dans laquelle émerge par les luttes une transformation de la subjectivité des individus prolétaires, ce qui répond de façon très générale à la question : pas plus que le capitalisme n'est un "automate", les prolétaires ne seraient 'contraints' de l'abolir : comment émerge et se tisse un "sujet révolutionnaire collectif" dans lequel s'engagent des individus ?

jusqu'ici, nous sommes bien en phase avec le reste de nos cogitations, les luttes auto-théorisantes, etc. et le théoricien n'est pas plus que l'analyste en position de transformer le sujet, ce qu'explique Bruno Astarian dans Solitude de la théorie communiste, août 2016

3 - Problèmes d’une expression communiste aujourd’hui

Les communisateurs ne croient pas qu’il faille – ni qu’on puisse – changer la conscience des gens pour que leurs actions changent. Ce n’est pas la conscience qui dicte ce que les prolétaires font ou ne font pas, disent ou ne disent pas, mais les conditions matérielles de leur existence. Aucune propagande ne peut changer cette détermination fondamentale. On peut aller aux portes des usines en grève et distribuer des tracts disant que l’augmentation de salaire visée sera rapidement bouffée par l’augmentation des cadences et des prix, et que donc la seule solution c’est la révolution, mais on ne sera pas entendu. Aussi longtemps que les conditions matérielles sont celles de la reproduction capitaliste, les luttes prolétariennes tournent autour du marchandage de la force de travail. Inutile de chercher à intervenir de l’extérieur dans les multiples luttes quotidiennes qui se développent inévitablement et de leur proposer un discours maximaliste contre le capitalisme en général, quand la lutte considérée cherche seulement à faire plier un patron 'particulier'. Et ce d’autant plus que le propos que la théorie tient contre le capitalisme en général est aussi, simultanément, un propos pour l’auto-négation du prolétariat. On voit mal comment un tel propos pourrait faire sens pour des prolétaires cherchant à mieux vendre leur force de travail à un capitaliste.

je vois tout de même un problème dans la formulation de cette « détermination fondamentale » : « Ce n’est pas la conscience qui dicte ce que les prolétaires font ou ne font pas, disent ou ne disent pas, mais les conditions matérielles de leur existence ». Les conditions matérielles déterminent la conscience, mais si c'était simple, tous les individus de même 'biographie' prolétarienne placés dans les mêmes circonstances agiraient de même, et l'on sait bien que ce n'est jamais le cas. Autrement dit, à tout vouloir passer au moule de la classe ou du prolétariat comme gros concept à tout faire dans la conjoncture de la crise, l'activité de crise du prolétariat, dit Astarian, on a trouvé le démiurge qui produit la révolution sans trop se préoccuper des individus...

pauvre Marx : « À la place de l'ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. ». Si l'on y ajoute les considérations tranchantes de Bernard Lyon (TC) pour qui le prolétariat achèvera d'intégrer les classe moyennes (citation à retrouver) on se dit qu'heureusement ils ne sont pas léninistes, et que les futurs non-prolétaires à intégrer l'auront échappé belle

rien dans la théorie de la communisation actuelle (si je ne m'y inclue pas), si ce n'est la formule magique « immédiateté sociale entre individus », ne fait de la communisation autre chose qu'un collectivisme; je n'écris pas une collectivisation, puisque cette option est par bonheur clairement écartée. Pauvre compagnons anarchistes "de gauche" qui avaient trouvé là une théorie enfin compatible marxiste-anarchiste. Qu'ils y regardent à deux fois...

si le sujet révolutionnaire n'est pas une somme d'individus, il n'est pas non plus leur négation en tant que tels, et cela pose donc à nouveaux frais la question de leur auto-transformation, de leur subjectivation révolutionnaire des individus pour qu'ils puissent dans un même mouvement produire leur dépassement comme classe et comme individus du capital. On comprend mieux désormais pourquoi et comment ce chapitre et le VIIè sont liés. Cf VII. le dépassement des INDIVIDUS dans les processus révolutionnaires : de l'individualisme à "je est des autres"

 

VI. 3. le sujet révolutionnaire se définit comme ensemble de ses activités... communistes

on abandonne ici toute « essence révolutionnaire du prolétariat », et même si l'on appelle prolétariat la classe de la communisation, cela ne résoud pas la question de sa composition en termes strictement sociologique. Ici revient le thème de la « composition de classe » qui a fait coulé beaucoup d'encre révolutionnaire sur le papier, comme on dit « tigre de papier »

 

VI.4. les liens organiques à promouvoir entre les luttes et leur théorisation : "intellectuel organique" ?

 

 VI.5. "l'utopie concrète" avec Ana C. Dinerstein et Ernst Bloch