III. LA DOUBLE CRISE de l'OCCIDENT et du CAPITAL

 

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III. LA DOUBLE CRISE de l'OCCIDENT et du CAPITAL 

1er décembre 14:11

double crise => double démarche théorique

dire "double crise" n'est pas parler de deux crises séparées et complémentaires, mais de l'une dans l'autre comme moment historique, double tournant dans l'histoire de la domination occidentale du monde depuis cinq siècles et de celle du capitalisme comme mode de production/reproduction depuis deux siècles

du point de vue méthodologique, nous pouvons approcher cette intrication par une double démarche : la crise de l'Occident en tant que capitaliste, la crise du Capital en tant qu'occidental. Cela suppose que nous disposions des deux concepts. Le concept d'Occident sera cerné dans III.1. l'Occident comme histoire, concept, et sa crise dans celle du Capital, celui de Capital dans V.1. le capital comme économie politique et exploitation du prolétariat. J'y supposerai connue sa critique initiée par Marx, tout en y insistant sur des fondamentaux

le défaut commun aux marxismes actuels et à la critique décoloniale est de ne pas partir de cette double crise comme fondement de leurs propositions, les premiers ayant comme oublié le renversement opéré par Marx avec Le Capital comme Critique de l'économie politique, la seconde insistant sur la dimension épistémologique, critique et déconstruction de la "modernité"

l'erreur commune aux marxistes et décoloniaux

il y a comme un anti-marxisme latent ou explicite, et paradoxal, chez la plupart des penseurs décoloniaux qui tordent le bâton à l'envers de leurs propres sources, qui sont chez des marxistes non occidentaux, qu'ils soient latino-américains (Mariategui...), afro-américains (WEB Dubois, CLR James...) caribéens (Frantz Fanon, Stuart Hall...), indiens (Gayatri Spivak...). Réciproquement, il y a chez les marxistes occidentaux, particulièrement français, une véritable occultation de ces marxistes-là

insister sur la dimension décoloniale est sans doute problématique, car mon approche la tire vers ce qu'elle n'est globalement pas, un marxisme décolonial qui n'est que balbutiant. Cf le sujet du forum "Vers un MARXISME DÉCOLONIAL" / MARX et 'marxismes' dans la pensée DÉCOLONIALE / citations, recensions, contradictions, réflexions, conversations. Elle est importante mais trop liée encore à la critique de l'Occident. Or la montée en puissance de la Chine, voire d'autres États-nations "émergents", peut introduire d'autres formes de néo-colonialisme, comme on le vérifie avec la 'Chinafrique'

la restructuration globale du Capital/Occident en cours déboucherait certes sur la perte de suprématie du capitalisme occidental, mais il pourrait être remplacé par un nouveau capital néocolonial, dominé par l'Asie (la Chine, mais aussi l'Inde, l'Asie du Sud-Est, etc.). Pour l'heure, je vois mal la place de l'Orient, en raison de l'importance de la rente pétrolière, qui ne sera pas éternelle

le tournant historique se présente aujourd'hui comme politique

la période actuelle se donne facilement à voir comme un tournant accéléré de la crise du capitalisme globalisé dans sa dimension politique, à travers la contestation de la globalisation néo-libérale par un national-populisme dont sont caractéristiques et sans doute paradigmatiques le Brexit et l'élection de Donald Trump. Comme en miroir du compromis keynésien,- qui a fonctionné comme réponse à la crise de 1929 du fordisme à l'État providence (Welfare State), puis pendant les Trente glorieuses (1946-1975) -, la formule "délitement du compromis néo-libéral" (Notes sur Trump (2), le cours des choses, 14 novembre) rend bien compte de ce tournant du point de vue de l'économie politique

la nécessité d'un réveil théorique et d'un marxisme décolonial et féministe

du point de vue théorique, il m'apparaît comme un double refus persistant et grave, de renouer les fils cassés d'un marxisme post-colonial avec les grandes figures de Gayatri Spivak, Stuart Hall, Franz Fanon... sans oublier Raymond Williams du point de vue de la critique sociétale et culturelle

avec Gayatri Spivak particulièrement, nous avions, dès 1988, avec Les subalternes peuvent-elles parler ? la tentative d'un intersectionnalisation à base de critique marxiste, féministe et décoloniale avant la lettre qui a, symptomatiquement, été ignorée en France, et pour cause vu sa critique sévère de Foucault et Deleuze. Voir IX.1. l'idéologie... 5) sur l'idéologie et les apories de la French-Theory, avec Gayatri Spivak. Il ne suffit pas de critiquer l'intersectionnalité (voir II.3. critique de l'intersectionnalité classe-genre-race sans dominante) quand on se montre incapable d'une théorisation transversale faisant appel, comme che Spivak, à tous les champs de la connaissance et de critiques décloisonnées

« My position is generally a reactive one. I am viewed by Marxists as too codic, by feminists as too male-identified, by indigenous theorists as too committed to Western Theory. I am uneasily pleased about this.» (The Post-Colonial Critic: Interviews, Strategies, Dialogues, 1990)

« Ma position est généralement très réactive. Je suis vu par les marxistes comme trop encodée, par les féministes comme trop mâle identifié, par des théoriciens autochtones comme trop engagée dans la théorie de l’Ouest. Je peux difficilement m'en réjouir. »

à la lecture de Spivak, chacune de ces critiques me semble effectivement paradoxale, mais sans me surprendre, puisque l'on retrouve aujourd'hui les mêmes fermetures réciproques quand chacune de ces postures veut absolument tirer la couverture à la dominante, respectivement, à la contradiction de classe au sens prolétarien strict (universalisme prolétarien des purs marxistes jusqu'à la théorie de la communisation), au sens du patriarcat comme "ennemi principal", (Christine Delphy et un certain féminisme matérialiste), ou de l'eurocentrisme des penseurs post-coloniaux

Et les écrivains post-coloniaux ont beau faire une critique du colonialisme, ils contribuent au maintien de cette structure épistémique, parce qu’ils fondent leurs analyses sur la pensée d’hommes de ces cinq pays. Pour l’essentiel, il s’agit de Foucault, Derrida, Lacan, Gramsci et Marx, leurs auteurs canoniques. Bien sur, Said, Spivak, Bhabha, ont dit des choses très importantes ; mais si nous nous proposons de décoloniser la connaissance, leur apport s’avère limité. Car, je le répète, si pour toi toute pensée critique se résume à ce qui a été formulé par ces hommes issus de cinq pays, tu finis nécessairement par reproduire le privilège épistemique de ces hommes-là. Voilà une critique que j’ai exposée dans divers articles. C’est un vrai problème de fond. Et ne caricaturons pas : je ne suis pas en train de dire pas qu’il ne faut pas lire Foucault, Derrida, etc. Ce serait grotesque. Je ne suis pas anti-européen, je suis anti-européocentrique (…). Interview Ramón Grosfoguel 31 décembre 2015 par Claude Rougier

d'abord, Spivak est une femme et Grosfoguel la réduit au silence. Ensuite, elle ne confond pas Foucault et Derrida, comme en atteste sa critique de Foucault et et Deleuze s'appuyant sur Derrida, cf IX.1. l'idéologie... 5) sur l'idéologie et les apories de la French-Theory. Il est trop facile de créer des grands sacs dans lesquels on verse "le post-moderne" pour le critiquer à front renversé, d'un point de vue prétendu marxiste ou décoloniale, et le marxisme d'un point de vue foucaldien ou décolonial. J'ai fait ressortir que Grosfoguel est un anti-marxiste grossier, qui plus est théoricien pour le PIR, dans II.3.4. le PIR, contradictions d'une stratégie politique et leurs causes théoriques... 

je ne dis pas que Spivak aurait tout dit, ni Marx en son temps, mais que le peu de rigueur théorique, dont atteste jusqu'au ridicule autoréférentiel ces dialogues de sourd.e.s et ces amalgames, conduit à des choix politiques qui sont voués à l'échec, parce qu'ils surfent sur l'illusion que l'histoire peut prendre des raccourcis face à la double crise du Capitalisme et de l'Occident autrement dit, tant sur le plan de la méthode que du contenu, c'est un esprit perdu que je convoque, dont j'ai donné les principes dans I. MÉTHODOLOGIE de la DIALECTIQUE COMPLEXE des DÉPASSEMENTS À PRODUIRE

 
1er décembre 14:02
 
histoire courte, histoire longue, et "révolution sociale"


dans la définition que j'avais donnée, « nous appelons COMMUNISME DÉCOLONIAL le mouvement des luttes au présent qui, dans la DOUBLE CRISE de l'OCCIDENT et du CAPITAL, transforment en permanence la perspective révolutionnaire d'abolition du capitalisme...», il y a cette idée que « la perspective révolutionnaire se transforme en permanence », mais dans la conjoncture actuelle, elle est presque un oxymore, une contradiction dans les termes que j'ai posés par ailleurs d'une double temporalité liée à la double crise de l'Occident et du Capital qui produit sous nos yeux une nouvelle restructuration globale/mondiale, à la fois structurelle et géographique, du monde capitaliste comme civilisation en crise

les deux dernières années ont vu l'accélération de la crise du l'Occident dans celle du capital, et réciproquement. Cette phase n'est pas achevée mais confirmée par le Brexit, l'élection de Trump, et la reprise en main de la gouvernance politique par la droite du capitalisme en France entérinant l'idéologie française dans sa spécificité au sein de l'idéologie dominante dans l'Occident capitaliste

il faut encore quelques années pour voir la fin de cette période, qui viendra de l'aggravation de la crise économique et de ses effets sur les populations des pays du capitalisme développé, leur paupérisation accentuée, l'expulsion d'une partie des plus pauvres, du prolétariat ou passant directement de la case protégée à celle d'expulsés de l'exploitabilité même

nous sommes dans ce tournant historique sans visibilité derrière le virage, mais ce qui est certain, c'est que cela ne se présente pas du tout comme le "holding pattern", la "structure d'attente" selon Endnotes et peu ou prou l'ensemble du courant de la communisation le voit, et ne peut que le voir dans ce qui se présente pour lui comme un "cycle de luttes" (idée propre à Théorie Communiste mais de fait partagée par tous) conduisant à une crise de reproduction avec fenêtre révolutionnaire de sortie du capitalisme. Le niveau de généralités auquel ils se situent toujours leur permet ce tour de passe-passe intellectuel, un syllogisme de leurs certitudes, en boucle : Le niveau de généralités auquel ils se situent toujours leur permet ce tour de passe-passe intellectuel, un syllogisme de leurs certitudes, en boucle : le comble de ce théoricisme, qui ne trouve pas dans la réalité de quoi confirmer sa vision de la révolution à titre prolétarien, n'est-il pas de se confirmer en permanence sur la base de ses présupposés ?

l'attente dont je parle porte sur quelques années vers une crise de restructuration globale déjà engagée

il en ressort que mes 11 THÈSES SUR LE COMMUNISME, FÉMINISTE, DÉCOLONIAL et ÉCOLOGISTE, et particulièrement cette définition de la thèse I sont encore excessivement optimistes, puisqu'il n'est pas possible de définir les implications réciproques dans le capital global en général et occidental en particulier comme "mouvement communiste" au sens de Marx dans L'idéologie allemande

incidemment, dndf met en exergue depuis quelques jours cette citation de Marx dans la « Préface à la critique de l’économie politique » de 1859

Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. Le changement dans la base économique bouleverse plus ou moins rapidement toute l’énorme superstructure. Lorsqu’on considère de tels bouleversements, il faut toujours distinguer entre le bouleversement matériel – qu’on peut constater d’une manière scientifiquement rigoureuse – des conditions de production économiques et les formes juridiques, politiques, religieuses, artistiques ou philosophiques, bref, les formes idéologiques sous lesquelles les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu’au bout.

je laisse de côté le problème que pose la contradiction infrastructure-superstructure et la définition en elle de l'idéologie, au demeurant étrange rappelée par Théorie communiste qui a été mieux inspiré quant au rapport entre idéologie et économie politique

ce qui est intéressant, c'est la notion de « révolution sociale », dans le sens où elle ne signifie pas nécessairement révolution communiste. La Révolution française, par exemple, est une de ces révolutions répondant à ces critères de Marx mais qui débouche sur le mode de production capitaliste. Les mettre en avant aujourd'hui est logique du point de vue des communisateurs dans le sens de leur "cycle de lutte" vers une crise démiurgique de sortie du capitalisme, mais nous ne pouvons nous permettre ce luxe théorique marqué au coin d'un déterminisme des plus abstraits. On peut toujours dire, à la manière de Temps Critiques, ou de Marx, qu'une restructuration historique d'une telle ampleur est une révolution du capital, ou plutôt dans le capital. C'est ici affaire de mots et de définitions, mais on ne joue pas avec l'ambiguïté des mots quand ils portent des concepts avec lesquels penser l'histoire

en somme, il faudrait reprendre de façon plus réaliste la rédaction de ces thèses, en posant la double crise de l'Occident et du Capital comme quasi définitoire des mutations actuelles, pour l'étudier dans sa double implication comme je l'ai posé dans ce chapitre, qu'il conviendrait en conséquence de remonter en chapitre II

Mots clés
Occident