Communauté des Êtres Vivants : réflexions préliminaires

 

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Communauté des Êtres Vivants : réflexions préliminaires 

ouvert le 26 mars 2015

depuis quarante ans, rien n'a donné tort à Camatte et pas grand chose raison aux 'communisateurs' : où va-t-on ? Il convient aussi de prendre le problème par l'autre bout, et de voir si les deux se rencontrent : il nous faut approfondir la question, et ce travail n'est pas possible dans le cadre étroit imposé par la perspective d'une révolution communiste quelle qu'elle soit, si les présuppositions de sa théorisation ne sont confirmées qu'au prix de restreindre notre champ de vision qu'à ce qui le permet, dans une tautologie réductionniste

il vient un moment où toute théorisation ne repose plus que sur un raisonnement par l'absurde, un besoin de combler un manque, de croire en un avenir meilleur. Il y a plus de foi dans l'hypothèse de la communisation que dans la réflexion de Camatte sur l'existant

26 mars 2015 

introduction problématique

dans tout ce qui précède, j'ai accumulé des éléments dont certains n'entrent qu'à toute force dans l'opposition capitalisme-communisme via leur antagonisme conduisant à une révolution. Tout ce qui concerne le rapport entre humains et 'nature', les transformations psychologiques de l'humain par les sciences, la menace de destruction du vivant par le capital et les humains, rien de cela n'entre entièrement dans le schéma révolutionnaire anthropocentré, et tout n'y entre pas sous le concept de communisme comme auto-transformation de l'humanité, abolition du capital et production de la Gemeinwesen. La traduction par «Communauté humaine» en est discutable et quoi qu'il en soit relative à la philosophie sui la sous-tend. Ce sens est peut-être adéquat à la pensée du jeune Marx (voir Massimiliano Tomba, Les ambiguïtés de la traduction de « Gemeinwesen » en italien, qui vaut aussi pour le français), ou à l'usage qu'en fait Temps critiques pour sa 'Révolution à titre humain', il ne convient pas à son sens chez Jacques Camatte, qui le dit lui-même, dans Vers la Communauté humaine, en avril 1976 :

« L'être humain est  la véritable  Gemeinwesen   (communauté)   de  l'homme »   Karl Marx

Le stade actuel de la domination réelle du capital a besoin d'une représentation communautaire despotique qui peut s'élaborer, dans un premier temps, à partir d'un cocktail de diverses représentations antérieures et surtout de celles tendant à rompre avec celles-ci, au sein desquelles, en Occident, celle de l'Eglise catholique peut jouer un rôle déterminant.

Chercher une nouvelle dynamique n'est pas une fuite, ni une mise hors du temps, car cela ne consiste pas à rejeter tout ce qui nous a précédé; ce que nous avons reproché à beaucoup de révolutionnaires qui n'aboutissent qu'au vide. L'ensemble du mouvement ouvrier a fourni un acquis; il a été le dernier à lutter contre la domination du mécanisme despotique qui atteint son parachèvement avec le capital. C'est un pôle humain, tout particulièrement en ce qui concerne la démocratie. Si donc on a fait table rase... on conserve des racines dans ce vaste mouvement. Ce qui manque dans la révolte des jeunes c'est la dimension historico-théorique qui leur donnerait force, structure; ils percevraient un énorme appui.

Notre position ne peut avoir une certaine effectivité que si elle a une forte cohérence et refuse tout compromis, ce qui lui donne un caractère intransigeant. A l'heure actuelle, où tout est évanescent, une simple affirmation apparaît à beaucoup comme étant despotique. Or, ce qu'il faut éviter avant tout c'est la déliquescence de l'espèce. C'est pourquoi nous ne nous contentons pas de dire qu'il y a une justification historique au communisme, nous affirmons, de façon plus précise, plus péremptoire: seule la communauté peut sauver l'humanité.

L'être humain est la véritable Gemeinwesen (communauté) de l'homme. Cette affirmation a pour défaut de privilégier l'espèce humaine; elle pêche parce qu'elle n'indique pas la nécessité de l'épanouissement de toutes les formes de vie pour que cette communauté se réalise : la nécessité de la réconciliation de l'homme avec la nature, de même qu'elle ne signale pas l'impérieux besoin de la diversité humaine. En réalité ces défauts ne sont pas imputables à la formule de K. Marx mais à notre incapacité à expliciter réellement ce qu'est l'être humain. Pour vraiment aller vers la communauté humaine il faut justement opérer une telle clarification qui ne peut se réaliser qu'en empruntant une nouvelle voie.

dans Gemeinwesen, communauté pris tout seul il n'y a pas d'"homme", pas d'êtres humains. Sans doute pas de communauté sans eux, mais comme le dit Camatte, l'inconvénient est de privilégier l'espèce humaine, alors que pour se réaliser l'épanouissement de toutes les formes de vie est nécessaire

Francis Cousin, dans sa perspective révolutionnaire est plus proche de cette vision quand il parle de « Communauté de l'être », qu'il oppose à «l'avoir» (L'être contre l'avoir), moi aussi quand je critique l'anthropocentrisme des thèses révolutionnaires sous label communiste ou communisateur, particulièrement en raison de leur aporie concernant le rapport humain-nature, ou sa réduction à un rapport social

c'est de celà qu'il sera question dans cette page, avec un objectif, approfondir la transformation que le capital fait subir aux êtres humains, à leur rapport à la nature et à eux-mêmes, car s'il y a implication réciproque dans le capitalisme en domination réelle, cela doit s'entendre comme bien plus que l'antagonisme capital-prolétariat via l'exploitation, y compris en y ajoutant le 'genre'. Cela implique nécessairement que le processus de sortie du capital part des êtres humains tels qu'ils se sont transformés avec lui, et cela ne peut être sans conséquence sur que qu'on appelle une révolution avec l'ampleur historique et la radicalité envisagées. On peut naturellement faire évoluer le sens des mots et même des concepts. Celui de communisme ne s'oppose pas a priori à son élargissement à ces problèmes, mais ce n'est pas généralement ainsi qu'il est compris. De même pour le concept de révolution...

la nature de ce questionnement m'incite à intercaler cette rubrique entre le moment présent du capitalisme et les communismes comme combats : une exploration des voies de la révolution, dans la mesure où se pose encore la question : qu'est-ce qui évolue comme de soi-même dans le rapport capital-humanité-nature et dans l'activité des êtres humains, y a-t-il une place pour une activité communiste révolutionnaire ?

en repartant des problématiques ouvertes au début des années 1970, à la veille de créer le concept actuel de communisation, il y a la rupture de Camatte avec les théories communistes révolutionnaires, et son texte de 1974, Ce monde qu’il faut quitter qui s'est attiré et s'attirera encore tous les sarcasmes des vrais révolutionnaires sur le papier, jusqu'à preuve de leur révolution

« Il faut abandonner ce monde où domine le capital, devenu spectacle des êtres et des choses. (…) Par suite du procès d’anthropomorphose, le capital devient, à son tour, spectacle; il s’assimile, s’incorpore toutes les qualités des hommes, toutes leurs activités sans jamais être l’une d’entre elles, sinon il se nierait par substancialisation, inhibition de son procès de vie.

En acceptant les représentations du capital, les hommes voient un spectacle qui est leur redondance mutilée, parce qu’en général ils n’en perçoivent seulement qu’une partie; depuis longtemps, ils ont perdu le sens de la totalité.

Pour échapper à l’emprise du capital, il faut rejeter ses présuppositions qui plongent dans un lointain passé (moment de la dissolution des communautés primitives) et, simultanément, on peut dépasser l’œuvre de Marx qui est l’expression achevée du devenir à la totalité, à la structure accomplie de la valeur qui, sous sa mutation de capital, s’est érigée en communauté matérielle. Il faut envisager une dynamique nouvelle, car le Mode de Production Capitaliste ne disparaîtra pas à la suite d’une lutte frontale des hommes contre leur oppresseur actuel, mais par un immense abandon qui implique le rejet d’une voie empruntée désormais depuis des millénaires. Le Mode de Production Capitaliste ne connaîtra pas de décadence, mais un écroulement

« il faut abandonner ce monde où domine le capital » laisse entendre plus qu'une passivité en attendant « l'écroulement du Mode de production capitaliste », mais encore...

depuis quarante ans, rien n'a donné tort à Camatte et pas grand chose raison aux 'communisateurs' : où va-t-on ?

cette page propose de prendre le problème par l'autre bout, et de voir si les deux se rencontrent

il nous faut approfondir la question, et ce travail n'est pas possible dans le cadre étroit imposé par la perspective d'une révolution communiste quelle qu'elle soit, si les présuppositions de sa théorisation ne sont confirmées qu'au prix de restreindre notre champ de vision qu'à ce qui le permet

il vient un moment où toute théorisation ne repose plus que sur un raisonnement par l'absurde, un besoin de combler un manque, de croire en un avenir meilleur. Il y a plus de foi dans l'hypothèse de la communisation que dans la réflexion de Camatte sur l'existant