Communisation 2015 : ruptures communiste et décoloniale dans la théorie de la révolution

 

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Communisation 2015 : ruptures communiste et décoloniale dans la théorie de la révolution 

communisation : un concept révolutionnaire pour des luttes révolutionnaires

il faut continuer à se battre avec le concept de communisation comme arme théorique dans les activités révolutionnaires, et non lui faire perdre sa substance par des polémiques subalternes sur des questions superficielles masquant les enjeux de classe, les enjeux humains, les enjeux pour les femmes, les enjeux contre la racialisation des rapports sociaux, les enjeux pour le vivant. Pour cela, il faut donner à la communisation toute sa signification historique, présente, et future, en faire une arme des communistes, féministes, anarchistes, écologistes... dans les luttes d'émancipation pour en finir avec le capital

le 25 mars 2015 mis à jour le 27 avril 2015 

1975 Rupture dans la théorie de la révolution > 2015 Rupture communiste dans la théorie de la communisation

communisation et décolonialité : un changement essentiel tant théorique que relatif aux luttes actuelles : la rupture 'communiste' se double d'une rupture 'décoloniale' dans la théorie de la communisation

un manifeste révolutionnaire (réflexions pour -)

discussions sur la communisation et les activités révolutionnaires dans les luttes d'émancipation

la théorie-lutte de la communisation réunit les questions du 'Comment une classe auto-produit le dépassement communisateur' et du Que faire ? révolutionnaire

« L’affranchissement des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. L’homme le plus opprimé peut opprimer un être, qui est sa femme. Elle est le prolétaire du prolétaire même » Flora Tristan, 1844

« Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers. Ils n'ont point d'intérêts qui les séparent de l'ensemble du prolétariat. Ils n'établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier...» Marx dans Le Manifeste 1847 prolétaires et communistes  

femmes, races, classe, le combat continue !

avertissement, 2/3 avril 2015 :

retisser les liens cassés de l'historicisme et du structuralisme marxistes et dépasser l'opposition avec l'humanisme-théorique, c'est ouvrir de façon décisive le concept de communisation à sa pertinence critique et révolutionnaire au présent

il y a 40 ans la "Rupture dans la théorie de la révolution" permettait d'ouvrir la voie à la Théorie de la communisation, en même temps qu'elle fermait la porte à des pans entiers de la critique héritée de Marx et de Marx lui-même, abandon jugé nécessaire en raison des présupposés programmatistes de leurs auteurs ainsi réduits à leur fonction théorico-politique. S'il est difficile après coup et avec le recul de le juger comme une erreur, il est par contre incontournable d'en mesurer les conséquences graves pour l'état de la théorie de la communisation, telle qu'elle se présente aujourd'hui confrontée à son obsolescence et à sa dérive spéculative dans un universalisme prolétarien abstrait, sur le terrain même de l'idéologie française dans le capitalisme occidental racialisant et ethnicisant les rapports sociaux

40 ans sans lien organique avec les luttes sur lesquelles toute théorie révolutionnaire est censée s'appuyer : la critique systématique du « militantisme » et de « l'activisme » aura abouti à ce fossé.  40 ans pour se retrouver au final entre les mêmes trois ou quatre théoriciens français initiateurs, mais ce ne serait pas eux qui se serait trompés, c'est le capital et le prolétariat mondial qui ne seraient pas prêts à accueillir leurs lumières...

c'est à sortir de cette ornière que s'emploie la rupture dans la théorie de la communisation dite de 'troisième courant', dans le sens où elle ré-intègre cet héritage perdu du marxisme théorique et de Marx lui-même

« Marx affirmait que le Capital était « certainement le plus terrible missile qui ait encore jamais été lancé à la face des bourgeois (y compris les propriétaires fonciers) ».  K. Marx à J. Ph. Becker, le 17 avril 1867. Et pour qu'il n'y ait pas de doute sur l'efficacité de ce missile : sur le plan théorique, le Capital porte à la bourgeoisie «  un coup dont elle ne se relèvera jamais.  » Cf. K. Marx à K. Klings, 4 octobre 1864 » Dangeville, Présentation de Un chapitre inédit du Capital, 1867

il serait donc non seulement stupide et mesquin mais dangereux de considérer que le troisième courant aurait pour adversaire principal la théorie de la communisation classique. Tout au contraire, elle offre au combat communiste contemporain l'occasion de lancer un nouveau et «terrible missile à la face» du capital, « un coup dont il ne se relèvera jamais »

Communisation troisième courant, anti-dogmatisme, chantier permanent et intervention communiste

"troisième courant" sonne comme partiel ou synthèse de deux existants, mais recouvre de fait beaucoup plus et mieux, plus largement ouvert au monde du capital en crise, que le réductionnisme de la théorie de la communisation désormais classique, ce cycle théorique ayant produit et épuisé toute sa fécondité révolutionnaire, étant confronté à son incapacité 1) à dire 'le tout sur le tout' autrement que d'un point de vue eurocentriste, un marxisme aveugle, universalisme prolétarien abstrait 2) à parler au présent de la crise et des luttes de la communisation comme perspective de révolution communiste

* Troisième Courant fait allusion au Third Stream, qui synthétise la musique classique européenne et le jazz au milieu des années 1950, et annonce le Free Jazz lié aux luttes de libération noires aux États-Unis

synthèse, définitions et problématiques

le troisième courant de la communisation est né en 2006 (texte) comme critique interne de la théorie de la communisation, renvoyant dos à dos ses versions dites post-prolétarienne et humaniste théorique. Il ouvrait alors à une prise en compte de l'implication réciproque réelle entre capital (en subsomption réelle) et prolétariat confronté à son existence dans le capital comme «contrainte extérieure». Il soulignait le caractère étroit et partiel de la critique de l'économie politique de ces théories, leur conception limitée du dépassement de l'individu capitaliste vers «l'immédiateté sociale entre individus». Il pointait les apories de la théorie concernant la domination masculine et la 'race'

ces critiques internes se sont approfondies et étayées entre 2008 et 2012 avec le refus de participer à l'aventure de SIC, Revue internationale pour la communisation, alliance d'opportunité entre revues européennes (Théorie communiste, Endnotes, Riff Raff, Blaumachen) souhaitant étendre leur diffusion par des activistes anarchistes de gauche, eux preneurs d'une théorie justifiant leurs activités militantes immédiatistes. Cette initiative, qui élargissait à l'Europe les bases du tandem français de la revue Meeting avec ses quatre numéros entre 2005 et 2008, a produit son propre échec en 2013, et ouvert dans le milieu européen de la communisation une crise existencielle dont il ne s'est pas remis depuis

ce qui se présentait alors comme « le courant communisateur », emmené de France par Théorie Communiste, était critiqué par les deux autres expressions françaises de cette théorie, Troploin de Gilles Dauvé et Karl Nesic, Hic Salta de Bruno Astarian pour la dérive sectaire et dominatrice de Théorie communiste, et celles du 'troisième courant' qui engageait alors son élaboration à proprement parler théorienne, avec la volonté partagée avec TC de « faire de la théo­rie à par­tir de récits de luttes », mais l'intuition, l'empirisme et le constructivisme ne suffisent pas l'exposition théorique cohérente

ce n'est qu'après-coup que le troisième courant peut présenter cette synthèse problématique, sur la base d'une critique systématique de ce courant communisateur, et au-delà du théori(ci)sme des héritiers post-68 de l'ultra-gauche historique, dépourvus de liens organiques avec les luttes depuis quarante ans

. il s'agit de prendre la mesure de la fin d'un cycle théorique (Dauvé 2012) depuis ce qui fut, en 1975, présenté comme Rupture dans la théorie de la révolution (Danel 2004) engageant le concept de communisation sur la voie de son étroitesse euro-centriste héritée de l'ultra-gauche historique, et de son universalisme prolétarien abstrait refusant de considérer la question raciale comme intrinsèque historiquement au mode de production-reproduction capitaliste de sa genèse à son présent

. il s'agit de partir des contradictions présentes du capitalisme en crise et des luttes actuelles, pour explorer les voies possibles d'une révolution communiste, non d'observer ce présent avec un modèle de la future communisation rétro-projeté sur les luttes actuelles et sélectionnant celles qui peuvent alors être présentées comme "annonce" de la réalisation du schéma abstrait, démarche qui s'enferme dans une boucle tautologique et réductrice

. il s'agit encore de ré-intégrer dans la critique héritée de Marx les théoriciens du communisme qui ne relevaient pas de l'ultra-gauche historique (Luxembourg, Rühle, Görter, Pannekoek, Bordiga... le Communisme de conseils... Sob, Debord et le Situationnisme, ICO...), c'est-à-dire d'une vision linéaire et politique de l'histoire ayant produit le premier cycle théorique de la communisation (1975-2015) aujourd'hui en voie d'épuisement. Il est possible et nécessaire de le faire en distinguant, comme chez Marx, leurs apports théoriques de leurs considérations prisonnières de la période du Programmatisme ouvrier (communisme comme projet à étapes politiques d'Etat ou autogestionnaire, autonomie prolétarienne... cf TC 1979, La décomposition du programmatisme), ou plus récemment de l'altermondialisme démocratiste et citoyenniste *

* sous réserve de ces distinctions, on peut penser à des théoricien.ne.s tel.le.s que Gramsci, Trotsky, Raymond Williams et Althusser en Europe, et naturellement aux théoriciens non blancs de la période coloniale, des luttes anti-impérialistes, de l'émancipation noire aux USA, des études post-coloniales et subalternes dans leurs fondements marxistes à structure dominante de classe, de genre et/ou de race : W.E.B Dubois, Aimé Césaire du Discours sur le colonialisme en 1950 et de sa démission du PCF en 1956, Franz Fanon, Angela Davis et le Black Feminism ou d'autres non-Blanches, Stuart Hall, Achille Mbembe... les féministes Gayatri Spivak, Selma James, Silvia Federici, Cinzia Arruza, Elsa Dorlin, etc.

par conséquent, des ouvertures, des approfondissements et des renversements théoriques, de méthode et de pratiques théoriques ont dû être opérés, ainsi que de nouveaux concepts proposés, dans un langage rompant avec l'exposition conceptualiste de la théorie réservée aux experts en communisme et proches initiés, ce qui ne signifie pas absence de connaissances ou d'efforts de compréhension :

1) le primat des luttes théorisantes sur la théorie
2) les identités de luttes sous lesquelles s'exprime la lutte de classe, et la production de leur dépassement, depuis la disparition il y a quarante ans de l'identité ouvrière et du mouvement ouvrier, avec ses partis et organisations porteurs d'un programme historique à étapes vers le communisme conçu comme société (le programmatisme)
3) l'inter-subjectivité et la relation « je est des autres » comme principe de dépassement produit des identités et de l'individualisme dans le capitalisme vers l'individualité multiple adéquate à la communauté humaine (Gemeinwesen de Marx à Camatte), qui invite à approfondir la question, de la crise à la communisation (Dauvé 2015) de la subjectivation révolutionnaire comme « auto-production psychologique » à travers des contradictions à « bénéfices secondaires »(Flav/dndf 2015). Sur ce point, le cheminement depuis 2002 (avant rencontre avec la communisation en 2005) du 'troisième courant' figure dans individualités et singularités communistes, où est le problème ? : individu-classe, individu-capital, individu-communisme, textes transitoires de 2011-2012 et textes détruits de 2002-2011
4) l'ouverture de l'articulation classe-genre-race aux avancées théoriques du Black Feminism et contre les études sur l'intersectionnalité sans structure à dominante (Althusser, Stuart Hall) noyant le poisson de la lutte de classe comme contradiction motrice du capitalisme
5) l'ouverture de la théorie aux critiques marxistes non occidentales, depuis W.E.B. Dubois dans les années 1920 dans le mouvement de libération des Noirs américaines, les thèses de Franz Fanon sur la subjectivité de race dominée/dominate, et leur prolongement dans les années 1970-2000 par celles de Stuart Hall concernant la 'race' (Race, articulation et sociétés structurées 'à dominante'), avec la reprise de thèses de Gramsci (subalternes) et d'Althusser (structure à dominante), ou de la féministe Gayatri Spivak (Les subalternes peuvent-elles parler ?), concernant notamment l'Asie et l'Inde
6) l'intérêt de la théorie pour la question indigène, qui nourrit la problématique des identités sous lesquelles peut apparaître l'affrontement de classe au capital, en tant que les rapports sociaux économiques et politiques sont racialisés, ethnicisés, et vus au prisme des religions et nationalités par l'idéologie
7) l'intérêt de la théorie pour l'œuvre de Marx considérée comme un tout en évolution comprenant son regard sur les sociétés non-occidentales ('Marx aux antipodes', traduit en français, en renouvelle la compréhension et en élargit le champ), et prenant en compte sa dialectique complexe à niveaux de généralités (Bertell Ollman) dialectique à décrocher de la formulation philosophique de Hegel, dont hérite le mécanicisme structuraliste de Théorie communiste, qui accorde par sa méthode d'élaboration le primat à la conceptualisation abstraite sur les réalités leur source matérielle - en somme un risque de posture pré-marxiste frayant avec l'idéalisme philosophique d'avant les Thèses sur Feuerbach)
8) le rapport social à la nature, compris comme écologie radicale contre le productivisme du capital contre le vivant (bio-technologies contre l'humain et destruction des sources de la vie), et dépassement de l'humanisme philosophique et de l'athéisme humaniste, et plus largement de toute conception anthropocentriste de la communauté humaine (Gemeinwesen de Marx à Camatte)
9) en relation avec le point 8, la question grave n'est pas à écarter d'une possible sortie de crise et restructuration du capital sous une forme néo-fascisante et néo-esclavagiste à l'échelon mondial, quelque chose de l'ordre du Meilleur des mondes d'Huxley. Il faut donc porter notre intérêt critique non seulement à la question raciale évoquée, mais à la poursuite du progrès scientifique et technique comme inhérent au capitalisme contre l'humanité et le vivant, avec l'idéologie transhumaniste et son avancement tant scientifique (bio-technologies, bio-numérique) que proprement capitaliste comme source de relance des profits et d'intérêts militaires sans commune mesure avec la traditionnelle menace atomique : les communistes aussi rêvent depuis Marx d'un homme nouveau (dont l'avenir est la femme nouvelle, et dépassant ensemble la distinction de genre)

plus généralement le refus ou la difficulté, commune aux thèses françaises sur la communisation, de prendre en compte les points 3 à 7, voire 8 et 9, reposait sur la sous-estimation de la réalité historique du mode de production-reproduction capitalisme comme domination occidentale sur le monde (commerce triangulaire et traite esclavagiste, colonialisme et néo-colonialisme). Ce refus pouvait avoir tant des causes dans le structuralisme de certains que dans l'universalisme prolétarien abstrait de tous ces théoriciens. La théorie française de la communisation se présentait alors comme le pendant des valeurs universelles de l'humanisme abstrait, de l'antiracisme et de l'anti-fascisme de l'ensemble de la classe politique française jusqu'à l'extrême gauche et aux anarchistes français, sous prétexte de refus des «communautarismes» ou de s'opposer à la fragmentation du prolétariat, afin de promouvoir le dogme de son unité pourtant impossible dans la crise du capitalisme

ces apories et cet universalisme prolétarien de souche française ont permis récemment la reprise de thèses communisatrices par la nébuleuse anti-système de l'ultra-gauche à l'ultra-droite, où elles frayent avec des positions néo-fascisantes qu'elles alimentent en théorisation radicale autour de «l'immigration» et du prolétariat indigène obstacle à l'unité du prolétariat (d'ensemble ou de souche européenne). Ce moment de la théorie correspond à celui de la crise politique, sociale et morale du capitalisme occidental, menacé de perdre sa suprématie et conduisant aux replis identitaires à base nationale, en France du déni de la question indigène à la haine raciste alimentant le non paradoxe d'un renouveau de l'anarchisme nationaliste des années 1920 (la nébuleuse anti-système dans la crise politique du capital en France)

l'ensemble de ces points ont fait que la communisation de souche française est un marxisme aveugle à la question raciale, une théorie blanche occidentale réductionniste, menacée de sclérose théorique (Karl Nesic 2012), et d'être lue comme pédagogie de la non intervention communiste dans les luttes, c'est-à-dire évacuant du mouvement communisme ses dimensions stratégiques, politiques voire organisationnelles (des tâches immédiates), celles d'un combat au présent contre le capitalisme, par des luttes telles qu'elles confrontées à leurs limites actuelles (revendication, intégration à la reproduction du capital...)

la critique de l'euro-centrisme théorique concerne également Adorno et l'École de Francfort, La critique radicale de la valeur (Wertkritik) autour de Moishe Postone, Robert Kurz*, et Anselm Jappe, ainsi que Temps critiques de Jacques Guigou et Jacques Wajnstejn, qui ont abandonné toutes considérations sur la lutte de classe, et se distinguent par l'importance donnée à l'antisémitisme au détriment de toute critique du racisme blanc occidental comme inséparable de l'histoire du capitalisme. La théorie du troisième courant de la communisation, dans la mesure où elle critique les apories du structuralisme communisateur et l'universalisme prolétarien des 40 années passées, ne saurait être considérée comme relevant de ce qu'il nomment le «marxisme traditionnel»

26 mars, Palim Psao/Wertkritik corrige une « ignorance » : « l'article de Kurz de 1989 sur la forme-sujet moderne dans le capitalisme, le sujet d'une telle société est affirmé structurellement comme Male-Occidental-Blanc (le MOB), la WK parle de la forme de conscience raciste qui est intrinsèquement capitaliste. », et proteste : « La wertkritik abandonne toutes considérations sur la lutte de classe (je rêve...) ? » On aura bien compris qu'il est question de prise en considération de la lutte de classe comme facteur déterminant d'activités de luttes vers la fin du capitalisme, et de l'importance accordée à la race dans la pratique théorique en rapports à l'histoire, au présent, et aux luttes. Il n'est pas dit à l'inverse par Kurz que le capitalisme est intrinsèquement raciste, puisqu'il est conditionné dans toute son existence historique par le racisme

concernant Toni Negri et Michael Hardt, si leur dernier ouvrage 'Commonwealth' tranche avec certains aspects d''Empire' et 'Multitude', et s'il ne peuvent être taxés d'ethno-centrisme occidental, il reste à voir comment leurs thèses peuvent échapper à l'héritage de l'Opéraisme et de l'implication réciproque Capital/ Prolétariat donnant au premier un rôle d'auto-fossoyeur par trop optimiste autour du capitalisme cognitif et d'une sur-interprétation du General Intellect selon Marx dans les Grundrisse de 1857-58. Le débat est néanmoins engagé entre théoriciens marxistes contemporains pour savoir si l'on peut parler de nouvelles formes d'impérialisme. Le terme de Multitude, quand il recouvre dans les conditions du capitalisme en domination réelle le concept de classe (ce que revendiquent Negri et Hardt), ne doit pas être utilisé comme repoussoir idéologique, tant la question de la traduction en toutes langues du monde des concepts propres à telle ou telle culture rend ridicule la prétention d'imposer une terminologie unique pour en traduire le contenu (Pierre Legendre, Ce que l'Occident ne voit pas de l'Occident, Le tour du monde des concepts)

la tendance du capital à prolétariser les couches moyennes et la petite paysannerie pose inévitablement en termes nouveaux ce qu'on appelait autrefois  la "composition de classe", et celle des modalités des luttes particulières, voire identitaires, sous lesquelles ces couches nouvellement prolétarisées pratiquent la lutte de classe, pour le pire et le meilleur à discerner, en termes de voies particulières diversifiées de la révolution communiste

concernant l'idéologie du Commun, ou des 'Commons', il est clair que l'abolition de la propriété est essentielle à celle du capitalisme, dans sa forme privée des moyens de production, d'échanges, et de la terre nourricière, dans sa forme publique d'État ou de niveaux d'organisation sociétaux divers. Quant à sa forme individuelle ou familiale, elle renvoie au dépassement de l'individualisme individuel ou collectif caractéristique des rapports sociaux et inter-personnels du capitalisme. Toute idéologie des 'Commons' ou du 'commun' qui se proposerait de mettre au centre des enjeux communiste la seule question de la propriété se trouvera tôt ou tard embarquée sur la voie de ce qu'on appelait autrefois le réformisme, opposé à la révolution, dans les pas de Proudhon contre Marx

du point de vue de la critique de l'économie politique, le monde actuel se caractérise par un croisement d'intérêts des capitaux transnationaux tendant à échapper à leurs bases nationales, tout en ayant besoin de s'appuyer sur la fonction politique, répressive et idéologique de l'État, des États, aux plans nationaux intérieurs, extérieurs au plan géo-économique, géo-stratégique et militaire, le tout fonctionnant encore sous le principe de la concurrence pour le maintien de taux de profit à des échelles diverses de leur structuration capitalistique et géographique mondiale

la théorie de la communisation n'a ni centre d'élaboration ni milieu privilégiés d'élaboration et diffusion, ni langage unique susceptible de la formuler ou de l'exposer mieux. Elle est informulable dans un corpus d'ensemble qui en dirait le tout, et encore moins exposable dans une théorie prétendue impersonnelle, qui serait le garant de sa rigueur et de sa pureté d'expression. Elle se présente dans l'esprit du potlatch situationniste, c'est-à-dire qu'elle appelle, en toutes langues et langages, sa critique positive, son enrichissement, et la participation à son chantier permanent comme combat communiste sur le terrain des idées

voilà, c'est beaucoup de 'travail', il n'est pas à la mesure de quelques-un.e.s, de quelques groupes, ou de super-théoriciens travaillant dans leur coin en s'ignorant avec superbe, préparant en experts du communisme le livre ou le texte qui dira au monde entier le tout sur le tout. Il ne faut pas attendre, ni la fin, ni le début de la communisation comme le moment magique avant lequel toute lutte serait vaine, ni une période plus favorable aux luttes de sauvegarde et d'émancipation de l'humanité : c'est maintenant de chacun selon son ici et ses possibilités, à chacun.e revenant le bénéfice psychologique d'en être, en communiste conséquent par le bonheur de lutter, celui qui nous sauvera tous et toutes

la théorie de la communisation doit être faite par tous, non par un

*

remarque 1 : la théorie est une œuvre-sujet, au sens du poète et penseur Henri Meschonnic. Cela signifie que bien exprimée sans séparer forme et contenu, signifiant et signifié, théorie et pratique, elle a comme le poème ou l'œuvre d'art une puissance performatrice, autrement dit une efficacité, une efficience qui fait de la parole un acte. De même, se trouve dépassée l'idée qu'il faudrait une théorie pour faire, car tout le savoir appris des luttes ('théorisantes') leur est inhérent, quels que soient leurs mots pour le dire en quelques langues et niveaux de langages que ce soit

si la théorie dans sa formulation séparée présente un intérêt, c'est d'être éventuellement connue pour savoir l'oublier, en quoi les luttes ne sont pas tant 'spontanées' (Endnotes) que relevant d'une improvisation collective en temps réel, à titre de métaphore ou d'analogie comme le jazz, le blues, les créolisations musicales afro-caraïbes et afro-latines, ou leurs héritages dans les classes populaires et dangereuses, dans les rap et hip hop du monde entier, quand ils tiennent vivant le fil de leur caractère émancipateur de « la condition de "colonisé" » (Henri Simon), posant aujourd'hui au cœur du mouvement communiste 'la question indigène', car comme le dit Achille Mbembe (Critique de la raison nègre, le capitalisme animiste) : « Est nègre une large catégorie de l’humanité qu’on pourrait qualifier de subalterne...Il y a toute une humanité subalterne dont le capitalisme n'a pas besoin... Le nègre est le symbole du corps-marchandise... »

remarque 2 : la théorie est toujours en retard mais... il est donc évident que ce texte ne prétend pas exposer la théorie aux masses populaires, ou créer la "jonction" entre les théoriciens et elles, ni servir de théorie à la pratique. Il vise plutôt, désespéremment, les intellectuels de couches moyennes ou supérieures qui vivent encore dans l'illusion de savoir plus et mieux que ceux dont ils souhaitent l'émancipation. Il n'y a pas à prétendre que la théorie serait en phase temporellement avec les luttes actuelles : non seulement elle n'est pas en avance et ne peut se prétende "avant-garde" intellectuelle dans le mouvement communiste, elle serait plutôt en retard, courant derrière son ombre à lire dans la réalité de jours sans soleil révolutionnaire. Ce décalage ne sera comblé qu'aux temps meilleurs de luttes de classe ayant trouvé leur stratégie et leur auto-organisation transnationale face au capitalisme mondial

évidence : ce texte est libre de droits et diffusion, mais autant que possible, merci : renvoyer à la source mise à jour et aux développements qui en ont permis la construction cohérente depuis 25 ans, tant par des approches poétiques et artistiques à la fin des années 80, que par la critique de l'identité communiste à travers des étapes passant par 'la tentation alternative' en 2002, mais contenant déjà les éléments critiques qui permettaient la mise à jour de la théorie de la communisation dans les dix années de compagnonnage critique et dissident de 2005 à 2015 PATLOTCH = http://www.patlotch.esy.es/text/index.html et le CAPITAL contre le vivant, la REVOLUTION pour la VIE  = http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-538.html 

appel à traductions : s'il est des compétences pour des traductions en autres langues quelles qu'elles soient, elle seront appréciées à leur juste valeur ;-) Une est annoncée en espagnol...

appel à contributions : les commentaires intéressants positifs ou négatifs seront repris dans les discussions sur la communisation

contact : patlotch ? free point fr

remarque pratique : ce texte court peut être imprimé sans inconvénient de cohérence, mais renvoie par des liens hyper-textes internes et externes : l'approfondissement des idées avancées renvoie aux pages qui en détaillent la construction chronologique dans la démarche critique constructiviste propre à tout travail de recherche vivant, entre contenu et formulation/exposition. Les textes les plus anciens ont de ce fait un retard sur les plus récents... D'autres ne sont que l'ouverture du chantier permanent à d'autres thématiques

31 mars 2015 corrigé 3 avril

critique théorique du capital et activités des communistes

texte prolongeant logiquement la synthèse générale et les problématiques de Communisation troisième courant 2015, et pour cela ajouté à la suite

fin du couple théorie-pratique révolutionnaires, fin du théoricisme et du théorisme : l'intervention communiste comme stratégie politique adéquate à la critique théorique du capital

je poursuis avant épuisement un effort de synthèse et d'actualisation des points abordés depuis quelques années, sous divers angles. Le texte Communisation troisième courant 2015 se veut synthèse générale et ouverture de problématiques nouvelles. Dans son esprit, il appelle non seulement un chantier "théorique" mais une réflexion et la mise en œuvre de tâches communistes immédiates. J'aborde ici le rapport entre critique théorique du capital et intervention, activités communistes dans une nécessité de stratégie et d'organisation de tâches immédiates

rien de bien nouveau pour ma lectrice attentive, si ce n'est une formulation et une tonalité plus positives que polémiques

après cette période d'intense fréquentation-décantation de théories dites révolutionnaires, je cerne mieux mon paradoxe, et la raison pour laquelle je ne pouvais intéresser ni les amateurs de théorie ni les impatients de pratiques

1) fin du couple théorie pratique

ce que j'ai mis en cause dépasse la classique opposition/complémentarité entre théorie et pratique. Sur ce point, je reprends essentiellement la critique qu'en fait Roland Simon, tout en renversant sa notion de "luttes théoriciennes" en "luttes auto-théorisantes" > le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie : inverser la perspective. Le corollaire est le changement dans la ou les pratiques théoriques, et ceci concerne tous les théoriciens de la communisation comme l'usage fait généralement de leurs apports

l'impasse théoriciste et anti-dialectique des contradictions/dépassement de Jacques Wajnzstejn et Temps Critiques

on lira à cet égard avec intérêt la discussion entre Jacques Wajnzstejn et Diether Hoss sur le blog de Temps Critiques : Des rapports entre théorie et pratique, 29 mars. Intérêt certes limité dans ce cadre, car leur différend a pris pour nous un sacré et double coup de vieux 1) particulièrement chez JW, dans ses références à des auteurs qui appartiennent à une autre époque du capital et des luttes de classe, et dont on a vu à quoi aboutit leur théoricisme (je reviens plus bas sur cette notion) 2) particulièrement chez Hoss, sur les luttes avec lesquelles il voit une possibilité de relancer le couple théorie-pratique. Néanmoins partageons le plaisir 'communisateur' de sa critique à Wajnzstejn :

Hoss : « Mon recours aux réflexions proposées par la « mauvaise troupe » ou le « comité invisible » n’a rien à avoir avec une « méfiance envers le travail théorique et la conceptualisation » que tu m’attribues. Il ne s’agit que de faire rentrer dans le débat autour du rapport entre théorie et pratique une réalité de luttes –saisie bien sûr d’une façon partielle, imparfaite, insatisfaisante(tout ce que tu veux) par ces approches- qui manque complètement dans des démarches comme la tienne. Ce qu’était déjà le cas chez Adorno et Horkheimer en 1968. Eux voyaient la société arrivée à un état « totalement administré ». Toi et tes amis de Temps critiques voient une « révolution du capital » achevée, la société totalement « capitalisée ». Dans une telle orientation on est bien sûr « bien en mal de dégager quelle est la contradiction contemporaine motrice », « les contradictions anciennes et même les nouvelles n’apparaissent plus comme antagoniques mais comme englobées. » A partir d’un tel constat maintenir une position dialectique –même négative à la Adorno- te semble avec raison difficile. [...] Par contre les représentants du courant Critique de la valeur, Krisis, Exit etc. , ne font guère plus que toi rentrer dans leurs réflexions les luttes qui émergent de cette contradiction qu’ils ont identifiée. »

l'impasse du couple théorie-pratique de Diether Ross, c'est l'impasse du couple théorie révolutionnaire -activisme révolutionnaire

Hoss : « Le mérite des approches telles que celles de la « mauvaise troupes » et du « comité invisible » ( ou avant eux déjà celle d’un Holloway) est d’essayer au moins d’identifier les ruptures qui se produisent ici et là, plus ou moins éphémères, précaires, pour se déconnecter de l’empire de la valeur et de ses représentations politiques et institutionnelles, pour tenter de s’unir sur d’autres bases.»

2) fin du théoricisme, fin de la dialectique et de la «théorie révolutionnaire» séparées

j'ai mis en cause plus que le théoricisme, et au fond, il est bien possible que mes considérations et critiques acerbes passent pour peu intéressantes par ceux qui s'intéressent à la «théorie révolutionnaire», voire à la prétendue «théorie communiste» (en général, pas le groupe TC).

certes, j'ai moi-même un goût pour les théories en général, sans doute davantage que pour la philosophie, disons le caractère fondé scientifiquement davantage que la réthorique littéraire, la dialectique comme «art d'avoir toujours raison» comme dit Schopenhauer

j'ai peu de goût pour en rester à la spéculation, et, à titre personnel, une fois cernée une problématique à partir d'intuitions, pointés des apories, contradictions internes, concepts féconds, je n'ai pas de désir d'élaborer une théorie (de la révolution ou d'autre chose). Cela m'ennuie, je suis mauvais pour ça et, si d'autres le font mieux, c'est à leur risques et périls. Au fond, je suis un amateur de logique, de logique dialectique des contradictions dans leur complexité articulée, et d'émergence de dépassements produits possibles

Marx n'a pas davantage formalisé, à aucun moment, une «théorie révolutionnaire» ou une «théorie communiste», qu'une dialectique séparée *

« J'ai flanqué en l'air toute la théorie du profit telle qu'elle existait jusqu'à présent. Dans la méthode d'élaboration du sujet, quelque chose m'a rendu le plus grand service : by mere accident [par pur hasard], j'avais refeuilleté la Logique de Hegel [...] Si jamais j'ai un jour de nouveau du temps pour ce genre de travaux, j'aurais envie de rendre, en deux ou trois placards d'imprimerie, accessible aux hommes de sens commun, le fond rationnel de la méthode que Hegel a découverte, mais en même temps mystifiée » Marx, Lettre à Engels du 16 janvier 1858

précisons qu'un placard d'imprimerie, c'est en gros une feuille imprimée d'un seul côté (images), deux placards un recto-verso, et quant aux hommes [et femmes] de sens commun, c'est ceux qui n'ont pas les moyens, ni l'envie ni le besoin d'un livre entier sur la question. Cela exclue donc l'idée que Marx aurait eu envie d'écrire une dialectique séparée

naturellement, humain trop humain chez les "marxistes", ce que Marx s'est refusé de faire, nombre d'héritiers se sont empressés de s'y noyer, de s'y perdre, et pour la plupart d'abandonner toute perspective de combat communiste, de Lukacs à Adorno, et aujourd'hui de la Wertkritiq aux Jacques de Temps Critiques

3) fil historique d'un rapport théorique aux luttes de classe et à l'intervention communiste

les seuls «théoriciens» communistes (ou pas au demeurant) qui nous concernent du point de vue de la communisation sont ceux qui se sont intéressés à l'action de masse, aux activités de masses dans leurs spécificités historiques ou présentes, en rapport avec les luttes de classe, de genre et d'émancipation raciale ou autre

en d'autres termes, intéressent la communisation les théoriciens ou leaders du mouvement ouvrier qui se sont dit après Lénine : « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire » (Que Faire ? 1902). L'expression en elle-même pose la théorie comme un besoin pour le mouvement pratique, l'organisation des tâches immédiates par les communistes, ce qui se vérifie quelques lignes plus loin : « L'histoire nous assigne maintenant une tâche immédiate, la plus révolutionnaire de toutes les tâches immédiates du prolétariat de n'importe quel autre pays. »

il faut évidemment les considérer dans leur époque et relativement à la conception qu'ils pouvaient avoir alors d'une stratégie communiste vers la révolution, c'est-à-dire tous sans exception, une conception programmatiste. Dès lors qu'on a fait la critique de cette conception caduque du communisme (Rupture dans la théorie communiste de la révolution, au sens du livre de Danel et au-delà), je me répète, ne doivent pas nous intéresser seulement les leaders et théoriciens conseillistes, ultra-gauche ou situationnistes, et évidemment pas seulement ceux qui ont élaboré des concepts les plus généraux (Althusser par exemple), mais ceux qui ont posé leurs yeux sur les aspects les plus pragmatiques des luttes, du fonctionnement de l'idéologie : Gramsci, Raymond Williams, Stuart Hall, et pourquoi pas Foucault, Bourdieu... On invalide pas en bloc l'œuvre d'une vie comme si tout les penseurs faisait du TC incassable (sauf que chez TC, tu tires un fil, et avec un peu de patience, tu défais tout le pull-over, te reste la laine et à trouver les bonnes aiguilles)

c'est ici que grâce à eux se réalise et s'actualise une rencontre quasi magique, un vrai clinamen communisateur, entre structure à dominante de classe et historicisation, par les luttes, des contradictions entre classes/genre/races et capitalisme réel

on note ici la singularité d'Althusser, et le grand écart qu'il dut faire jusqu'à la folie meurtrière, entre théorie radicale de la révolution et appartenance au PCF. On y tient sa fécondité et sa limite, qui est celle de sa génération, celle du programmatisme prolétarien, avant que ne lui succède celle des théoriciens englués dans le démocratisme radical (philosophes, économistes ou "stratèges" tels que Lucien Sève pour le PCF, Daniel Bensaïd ou proches de la LCR, Antoine artous et Philippe Corcuff pour le mariage libertaire anarcho-marxiste, etc.). La dernière vague est l'idéologie des ou du «commun», avec les néo-proudhonien Dardot et Laval en France > commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?, dont il est trop tôt pour connaître le devenir, qui risque d'être remis en cause par quelque chose de plus grave, la montée d'un néo-fascisme révolutionnaire

4) fin du théorisme ou la limite intrinsèque à la théorie : l'impossibilité d'une théorie communiste révolutionnaire

j'ai formulé ma critique sous le néologisme de théorisme, et beaucoup l'auront pris pour un jeu de mot de plus. Non, ce n'est pas un coquetterie de langage, parce que nous touchons là au cœur, au noyau dur du couple théorie-pratique, telle qu'il se présente chez les partisans classiques de la communisation et la plupart des théoriciens séparés (on l'a vu pour Adorno, Temps Critiques, la Wertkritik... j'y reviendrai avec Derida Spectres de Marx, lumineux sur les 'Scholar')

évidemment, ça ne fait pas plaisir aux théoriciens de la séparation, qu'ils soient théoricistes ou pas, parce que cela remet en cause leur «métier», tel qu'ils l'exercent depuis qu'est rompu le lien organique entre marxisme et luttes de classes, lien qui existait encore dans la dernière vague conseilliste, ultra-gauche, ou situationniste autour de 1968, lien organique dont Toni Negri est peut-être un dernier survivant, quelles que soient les critiques que l'on puisse porter à ses thèses, je n'y reviens pas (thèses tout de même plus sérieuses que celles de Zizek, Badiou ou Balibar dont le lien aux luttes est plutôt aléatoire et dans un rapport de professeur à pro-fessés)

dans pour en finir avec mon communisme-théorique juin 2012, j'écrivais :

« Théorie Communiste comportait plusieurs "sous-théories" - dont une critique du capitalisme contemporain et une théorie de la révolution communiste -, que les concepts de programmatisme, restructuration, implication réciproque (dans certaines limites), démocratisme radical... en tant qu'ils participent d'une critique pertinente du capitalisme quasi indépendamment d'une perspective communisatrice, sont à distinguer de ces concepts-leurres que je pointe relativement à la dimension théorie de la révolution et à son fonctionnement idéologique bétonnant son noyau dur - structuré  comme un inconscient. Je considère que la partie théorie de la révolution est massivement une théorie du manque révolutionnaire, construite sur l'articulation entre concepts-leurres dont j'ai parlé et des concepts proprement nécessaires à l'analyse du présent.» 

pour le dire autrement aujourd'hui, il vaudrait mieux réserver strictement le mot théorie à ce qui est passé ou présent, à ce qui existe «sous nos yeux» (Marx), à ce que l'on peut observer, décrire, analyser, conceptualiser en en relevant le mouvement contradictoire, la dynamique, les limites... ce qu'a fait bien Roland Simon, mais, partant de sa fascination structuralo-dialectique pour l'implication réciproque en général, il n'a pas su discerner critique du capital/luttes de classes et lutte communiste de dépassement, ce qui l'a conduit au dépassement produit par Théorie communiste dans l'aventure SIC, dont la fuite en avant ne pouvait que déboucher sur l'emballement et la catastrophe finale d'un pas trop vite franchi... chercher la femme

bref, il n'est pas possible, au sens de ce qui précède, de faire une théorie révolutionnaire

5) ce que 'nous' a en main : théorie-lutte et luttes auto-théorisantes

une fois saisie la double impossibilité, la double impasse historique, d'en rester au théoricisme d'une théorie à compléter d'une pratique, ou d'élaborer une théorie révolutionnaire communiste, nous - nous amateurs de théorie communiste - nous nous retrouvons avec en mains notre critique radicale du capital* dans l'esprit du Marx critique de l'économie politique (Le Capital)

* ici pourquoi pas critique radicale de la valeur, ce n'est pas l'essentiel ici, mais comme le dit Diether Hoss plus haut, comme pour Temps Critiques, encore faut-il que cette théorie ne théorise pas l'impossibilité de luttes dans un mouvement historique de contradictions à dépasser (les derniers délire de JW portent sur la critique du dépassement, rien que ça...)

nous - nous lutteurs lutteuses de classe/genre/race... nous communistes, nous partisans de la communisation, - comme le dit-on dernière parole de Marx : « il n'y a que la lutte », nous n'avons en main que nos luttes 

nous n'avons que notre théorie-lutte et nos luttes auto-théorisantes sous diverses identités de lutte (de classe), jusqu'à questionner l'identité communiste même : le mot camarade institue et reproduit la séparation entre communistes revendiqués tels, et leurs autres, sous l'emprise d'idéologies et pauvres "militants" ou "activistes", et pire au sein du courant communisateur l'amalgame théoricistes-activistes, qui passe à côté du dépassement de leur faux sujet, de leur fausse identité communiste, qui n'a produit, on l'a vu, que le sectarisme et l'entre-soi particulièrement désagréable qu'ils affichent, dont ils crèvent en attendant la fin

 « I would prefer not to... : Je préfèrerais ne pas...» Herman Melville, Bartleby 1853

6) questions aux partisans de la communisation... stratégie et intervention communiste...

communistes, qui sommes-nous ? : qu'est-ce que l'intervention communiste, quelles sont les activités sépcifiques des communistes, qui sont-ils, que font-ils, à quoi servent-ils, que peuvent-ils faire ou pas, que doivent-ils faire ou non, que doivent-ils ne pas faire ?

ici, la théorie classique de la communisation s'est enlisée dans la critique du militantisme comme nécessité de dépasser subjectivisme et objectivisme, avec l'impossibilité que celui-ci ne devienne autre chose qu'activisme immédiatiste, oubliant la «médiation temporelle» dont Roland Simon débattait dans SIC avec Léon de Matttis

nous avons maintenant les moyens de ré-investir cette question parce qu'elle se pose dans les luttes actuelles comme une urgente nécessité appelant des tâches immédiates et leur organistion

naturellement, de même que l'absence chez moi d'un corpus théorique abouti (il n'y en a pas chez Marx), théorie clef en main suscitant l'admiration et l'intérêt des amateurs de théories et la fierté des théoriciens, de même l'impossibilité de prendre immédiatement des «mesures révolutionnaires», des «mesures communisatrices» supposées définir la communisation, cette impossibilité ne peut que décevoir les impatiences révolutionnaires et l'enthousiasme si nécessaire de la jeunesse

cela met les communistes au pied de situations désespérément concrètes : lutter pour sauver sa peau et celle de ses proches, lutter pour gagner sa (sur)vie, lutter contre le pire qui n'est pas le moins probable, la perspective néo-fasciste au plan politique et militaire et la destruction de l'humain côté capital-économie-sciences

j'ai appelé ça faute de mieux intervention communiste, intervention théorico-politique qui ne sont pas la mise en œuvre d'une théorie, mais plutôt d'une stratégie. Il me semble que nous serions là assez proche de l'attitude que Marx a eu dans sa vie, dès les années où il rencontrait, sur le terrain des luttes, des communistes français, une des trois sources du marxisme pour le pire mais aussi le meilleur dont il nous appartient de relever le défi historique

éléments de réponses et de questions du 27 mars

banalités de base : le communisme expliqué aux enfants

le capitalisme n'est pas une abstraction dont il s'agirait seulement de comprendre les mécanismes, les rouages, le fonctionnement tel celui d'une machine monstrueuse, d'un robot, d'un automate. Le capitalisme n'est pas une option philosophique et politique telle que le suppose sa définition d'ultra-libéralisme qui laisse toujours entendre sa possible amélioration par une politique plus morale, éliminant ses défauts pour garder ses qualités, comme si la liberté, l'égalité et la fraternité en était le principe de base

le capitalisme ne peut exister que s'il exploite, oppresse, domine, appauvrit, mutile, rend malade, fou, jette dans la misère, rejette comme inutiles des hommes, des femmes et des enfants, des jeunes et des vieux. Le capitalisme épuise les ressources naturelles, détruit la nature et invente sans cesse de quoi déshumaniser l'humain. Chaque jour, chaque semaine, chaque année, chaque siècle depuis qu'il existe

le capitalisme n'est pas ailleurs, chez les autres, les pays méchants contre les bonnes nations, les bonnes races contre les mauvaises, les civilisés contre les barbares

le capitalisme n'est pas une abstraction dont personne ne serait responsable, ou faute de l'humanité entière parce qu'elle ne fait rien ou pas assez pour s'en débarrasser. Le capitalisme procure des profits, de l'argent, des plaisirs et du sexe faciles à ceux qui en tirent les ficelles, parce qu'ils possèdent, soit hérités soit appropriés ou volés, la terre, les usines, les entreprises, les moyens commerciaux, et dirigent les États, leurs armées, polices, administration, leur moyen médiatique de propagande et de contrôle, tout ce qui permet de continuer de génération en génération

personne n'aime être exploité, oppressé, dominé, mutilé, malade sans soin, jeté dans la misère ou dans la guerre, rejetté par qu'inutile. Personne n'aime respirer la pollution, manger de la nourriture empoisonnée, personne ne se réjouit de la destruction du vivant. La plupart donc résistent, tentent de s'opposer au pire qui leur est imposé, pour le limiter, l'empêcher, l'interdire. Mais la plupart n'ont pas d'autre choix pour vivre ou survivre que se plier encore à la règle du jeu du capitalisme, de l'économie, de la politique

le communisme n'est pas plus que le capitalisme une option philosophique et politique, un système à appliquer pour le remplacer. Le communisme est le combat de tous ceux qui veulent abolir la règle du jeu du capitalisme pour ne pas en être à jamais les perdants. Le communisme n'est pas une idée, mais son combat produit des idées, et parmi elles, au plus haut niveau d'intellectualité et d'abstraction, des théories, des théories communistes

les théories communistes ont besoin de comprendre comment fonctionne le capitalisme, comment il évolue. Besoin de comprendre pourquoi les luttes menées contre lui depuis qu'il existe sont toujours vaincues. Cela produit des idées, qui rejoignent celles de ceux qui se battent. Ensemble ce sont des idées communistes, les idées des communistes pour en finir avec le capitalisme. Elles n'appartiennent à personne, ne sont pas meilleures sous la forme de théories que dans l'expression la plus simple qui soit chez ceux qui luttent

les communistes sont ceux qui dans les luttes portent ces idées, qui combattent l'idéologie capitaliste avec ces idées. Les communistes sont ceux qui s'opposent à l'exploitation des humains et de la nature jusqu'à leur destruction, à la domination des femmes, à l'oppression raciale, à toutes injustices, à la guerre et à la mort en boîte de conserve. Les communistes l'ont fait le font et le feront chaque siècle, chaque année, chaque semaine, chaque jour qu'a existé, qu'existe et existera le capitalisme, jusqu'à la fin, sans attendre

des théories sont fières de leur compréhension du capitalisme comme système, comme économie politique, comme monstre inhumain ou comme automate promis à sa décomposition. Que font ces théories dont personne ne fait rien que parler, théories pour amateurs de théories ? Que font ces théories qui ne s'en prennent qu'aux idées de ceux qui se battent, parce qu'elles seraient mauvaises ou illusoires ? A quoi servent ces théories, que se montrer meilleures que d'autres, sans jamais descendre dans la rue, sans jamais avoir la moindre incidence dans les luttes pour qu'elles soient plus efficaces, moins systématiquement vaincues, moins inutiles ou moins dangereuses pour ceux qui les mènent ?

que font ces théories qui n'atteignent jamais les victimes d'en-bas du capitalisme, ceux qui ne les lisent pas, ceux qui n'ont ni les moyens ni l'envie, ni le besoin de les comprendre quand ils se battent ? Ces théories sont-elles une aide à ceux qui luttent, sont-elles une aide aux communistes ?

si alors ces théories ne sont pas des théories communistes, que font-elles dans le combat d'idées ? Comment s'en prennent-elles au capitalisme et à ses suppporters ? Jusqu'où remettent-elles en cause l'idéologie dominante, et à partir de quand en sont-elles partie prenante, du fait qu'elles ne participent pas aux combats communistes ? Jusqu'où ces théories du capital ne sont-elles pas au mieux inutiles, au pire anti-communistes ?

le communisme comme combat n'est pas une clause de style théorique, les idées communistes sont des armes contre le capital quand elles en font la preuve par les armes

7) sans conclure : notre histoire continue, et ce n'est qu'un combat communiste

nous avons commencer de relire (latin religere) et de relier (latin religare) nos histoires et nos présents qui, on le constate, débordent un peu «notre histoire» vue de façon linéaire et étroite par la théorie classique de la communisation :

- relecture et re-liaison dans le temps de l'histoire (avec les luttes contre l'esclavage et le colonialisme et ses suites jusqu'à la question indigène actuelle)

- relecture et re-liaison dans l'espace du monde au-delà de l'Occident et de luttes strictement ouvrières ou prolétariennes

- relecture et re-liaison dans la théorie entre dialectique conceptuelle des contradictions et historicisation concrète, entre marxismes d'une dialectique des contradictions structurée à dominante de classe, et historicisation de sa compréhension du capitalisme et des luttes

nous l'avons fait jusqu'au point où cette re-ligion nous permet de repartir sur d'un meilleur pas communiste, ni un pied en avant pour deux pas en arrière, ni pas franchi affranchi de limites réelles devant le mur des contradictions

c'est au présent que nous voulons causer de communisation

recommençons à parler au présent de communisation et faisons mieux : en causer, au sens de Diderot, c'est-à-dire dans le double sens de parler et produire des effets, par la nécessité d'en faire un problème des luttes, un problème définissant particulièrement la fonction révolutionnaire communiste, le rôle des communistes

plan et accès

 3. le CAPITAL contre le vivant, la REVOLUTION pour la VIE 

 
 
 
 
 
 
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