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    1. POÉTIQUE
journal extime 

ouvert le 30 décembre 2014

journal extime

c'est une sorte de journal extime* qui accueillera, sans prétention à la cohérence, des moments de pensée qui ne relèvent ni de l'analyse à prétention objective, ni à proprement parler de la poésie. Une matière brute et plutôt intuitive, acceptant la subjectivité dans son désordre, et susceptible d'alimenter ailleurs des considérations plus construites. Des citations aussi, pensées des autres qui nourrissent les miennes

« Journal extime est un néologisme forgé par Michel Tournier. En opposition au journal intime, un journal extime sonde l'intimité non pas de l'auteur, mais du territoire qui lui est extérieur2. Cette écriture a une double portée : littéraire et sociologique » Wiki / Je n'aime pas beaucoup ce "sociologique", ni même ce "littéraire", et je pense que Tournier est ici mal saisi

je sonde ce que me fait le monde, par le miroir d'un langage de mots qui n'ont fonction ici ni d'art, ni de théorie

15 décembre 2016

les "communautés" et moi : bilan globalement négatif

il faut parfois, allant au fond de ce que l'on pense et croit, s'interroger sur le rapport intime que l'on entretient avec ce dont on fait son credo extérieur

j'ai certes défendu la justesse de combats communautaires d'individus constitués en communautés par une quelconque oppression, domination, exploitation. Je n'ai jamais appartenu à une telle communauté victime, si ce n'est celle d'un syndicat de salariés ou d'un parti dit communiste, le PCF. Un choix donc, non une assignation à en être. J'ai considéré, somme toute, les brimades ou mesures répressives dont j'y fus l'objet comme de bonne guerre; elles n'étaient pas mortelles, et moins blessantes que les revers de la camaraderie. Je n'ai pas aimé le côté communautaire, grégaire jusqu'au sectarisme, des milieux militants quels qu'ils soient, vous considérant comme de la "famille" et mettant sur votre vie son grappin identitaire

de moins en moins je sais ce qu'est l'humanité, ce gros concept, sinon un ensemble d'individus humains... trop humains. Donc pas une unité mais une pluralité. Le communisme comme "communauté humaine" constituée d'« individus en rapports sociaux immédiats », je n'y crois pas et je pense que j'aurais du mal à en supporter tout ce qu'on m'en a donné à saisir, au-delà naturellement des contes infantiles et du meilleur des mondes. Les meilleures, justement, des personnes que j'ai connues n'étaient, ne sont pas, communistes, ni anarchistes, ni toutes du même bord, du même pays, de la même "race" ou religion. Les meilleures sont des femmes, quelques rares artistes, pas des militants, et dans des relations strictement à deux, les seules justes car les seules où la vérité est possible jusqu'au bout

admettons donc qu'en ce sens je ne sois pas communiste, ce qui donne raison au Vieux sympathisant du CCI, repris (sic) par InfoLibertaire : « Le dénommé Patlotch n’est pas communiste ». J'ai sûrement été possédé, un temps, par une « conscience de classe » mais, au sens sociologique, classe à laquelle je n'appartenais pas, encore que par mes origines sociales davantage que nombre d'anarchistes et communistes que j'ai fréquentés, hormis au PCF au début des années 70 : des vieux déjà vieux à l'époque, et quelques étrangers plus jeunes. Au fond, je me suis toujours senti mieux avec les gens d'en-bas qu'avec ceux de la moyenne, ou les so called intellectuels

être ou ne pas être communiste, ou considéré comme tel, je m'en fous. Je ne me considère pas davantage comme individualiste, sur quoi je reviendrai

d'autres communautés non militantes que j'ai fréquentées, soit par relations de proche en proche, soit qu'on m'y invitait par amitié, n'auront jamais réussi à m'intégrer, que ce soit un milieu d'enseignants, un milieu juif issu des camps, un milieu musicien de jazz, et quelques autres. J'y étais toujours une sorte de pièce rapportée, en porte-à-faux avec ce qui constituait le groupe affinitaire, et cela s'est toujours terminé par mon départ, ma fuite, ma rupture définitive. Je ne supportais plus ce communautarisme laissant de côté, au fond, ce qui me tenait le plus à cœur, et l'amitié dans ces conditions, laissez-moi rire...

je comprends le besoin de faire communauté grande ou petite, j'en accepte la nécessité, voire les côtés positifs, mais pour le reste, je m'en méfie comme de la peste, car une communauté, comme un État-nation, ne se forme jamais que contre, contre les autres, jusqu'à en faire des pestiférés

à titre personnel, des communautés, mon bilan est globalement négatif

 

26 avril 2015

je brûlerai mes livres !

du côté des individus dépossédés d'eux-mêmes

avec Juliette Keating, Marcel Cohen, Primo Levi, les migrants noyés, les Juifs gazés, les Noirs esclavagés, les in-employés...

« Faustus : - Stay, Mephistopheles, and tell me, what good will my soul... I'll burn my books ! » Christopher Marlowe, Doctor Faustus 1589

'Perte du moi et travail de l'écriture'

extrait d'une note de lecture de Juliette Keating sur "À des années-lumières", texte d'une conférence de Marcel Cohen à Dunkerque, en 1998

On voit ainsi que les migrants n'ont aucune chance d'être secourus en mer, quelque soit l'hypocrite offuscation des États qui laissent sciemment les naufragés se noyer. Dans ce système économique où sont niées les valeurs de la civilisation, « la vie humaine n'est plus rentable, il va falloir trouver autre chose», selon la terrible formule de Hubert Lucot.

'Perte du moi et travail de l'écriture'

Interchangeables, égaux dans leur insignifiance et leur absence de valeur, les hommes se trouvent dépossédés d'eux-mêmes. Les Juifs, pendant la Seconde Guerre mondiale, firent l'expérience de la négation de leur individualité puisque « aucune des particularités qui font qu'un homme est différent d'un autre homme n'avait plus la moindre prise sur leur vie.» On pourrait sans doute ajouter qu'avant les Juifs, les Noirs esclaves connurent une semblable confiscation de leur personnalité. Les chômeurs, aujourd'hui, ne connaissent-ils pas un traitement similaire de dés-individualisation ? Ne leur enjoint-on pas de trouver un « emploi », n'ayant plus aucun rapport avec l'ancienne notion de métier qui accordait à l'individu un savoir-faire unique, tandis qu'ils découvrent que « nul n'a plus besoin d'eux, alors même que les entreprises réalisent des bénéfices considérables » ? Et l'on peut se demander si cette insistance des pouvoirs publics à mettre en place l'individualisation des parcours, de l'élève en difficulté au « demandeur d'emploi », n'est pas le signe le plus criant de cette réfutation moderne du moi, tant il faut prendre à rebours tout ce qui est proclamé publiquement pour comprendre ce qui est fait.

Comment cette « perte de substance de l'individu, qui n'a presque plus prise sur son destin personnel », informe-t-elle le travail de l'écrivain ? S'il ne peut plus y avoir d'expérience individuelle, de sensibilité propre, dans un système où l'humain est écrasé au profit d'une machinerie économique qui fonctionne en vase clos sur des modèles erronés, alors « un écrivain a-t-il encore quelque chose à dire ? » Marcel Cohen nous livre en guise d'apologue « ce qui s'est passé en 1995, dans Sarajevo assiégé. Un petit groupe d'écrivains serbes, croates et bosniaques, que tout aurait dû séparer, se sont réunis sur une place publique (…) pour brûler symboliquement leurs propres livres. Cet autodafé volontaire se voulait l'exact opposé des bûchers nazis de1933.» Les auteurs, désespérés par le conflit fratricide, en sont venus à brûler leur propres livres, convaincus que l'écriture n'avait rien pu empêcher du tout. C'est l'exigence éthique, l'exigence de lucidité, qui doit conduire l'écrivain dans sa recherche des formes capables de témoigner de notre temps. Mais ce travail indispensable de l'écrivain, on ne peut que se demander s'il est encore possible, tant le livre lui-même est pris sous la meule économique et ses exigences de profit.

intéressante relation entre négation de l'être humain par le capital (en général), jusqu'à l'abandon produit ou la destruction systématique, et le rejet par l'écrivain (l'artiste) de son œuvre quand elle ne lui semble plus bonne à rien

de mon côté, avec Livredel en 1989, c'était la posture même de l'écrivain individuel que j'interrogeais en pratiquant une écriture sur la base d'emprunts à la presse et aux livres des autres, avec une sélection laissant peu de place à mon propre choix, et pourtant retrouvant le chemin d'une création qui ne peut jamais être, du moins l'écriture, qu'individuelle

« Poursuite, peut-être vaine, mais soutenant la tension créatrice, du mot d'ordre de Lautréamont "la poésie doit être faite par tous, non par un", fil rouge qui tend à l'effacement de l'écriture personnelle par les procédés du collage, du tissage, du croisement d'emprunts d'auteurs ou de textes imposés par le journal quotidien. / Choix de thèmes récurrents et répétitifs, ou leur filtrage formaliste par le nombre, recherchent un effet de "monde réel" en toile de fond, où les événements sont écrasés sur un même plan, qu'ils relèvent des 'faits divers', de la politique, du social ou de la guerre.

Le but était de dépasser, en l'assumant jusqu'à faire disparaître l'écriture individuelle, le statut d'écrivain, qui reconstruit le monde -son monde- dans son miroir, devenant alors une sorte de metteur en scène d'écrits qui semblent s'imposer à lui. Le titre, qui peut se lire LIVRE-DEL (delate) traduit cette contradiction jusqu'à l'auto-destruction »

je verse également ce texte à individualités et singularités pour le communisme, dans la mesure où n'est pas possible de penser une transformation des individus sans partir de ce qu'ils sont dans le capital, surtout quand ils ne sont plus rien

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25 avril

si tu veux connaître la condition du prolétaire du XXIe siècle, tu ne commences pas par...

en écoutant Glenn Gould, 3 préludes de Alexander Scriabine écrits ~ 1895 en hommage à Chopin

une collègue de travail dont je partageais le bureau avec une autre («la grosse dame»), m'a ouvert à la littérature. J'approchais la quarantaine... Elle était communiste à sa manière, et m'a conseillé, sur le sujet du "stalinisme" à ses débuts, plutôt que Gide retour d'URSS, et encore moins Aragon (beau-frère de Maïakovski ayant des raisons pas seulement idéologiques de se taire), Panaït Istrati...

je n'en ai retenu qu'une phrase, de mémoire : si tu veux connaître la condition du travailleur soviétique, tu ne descends pas d'une voiture officielle pour d'asseoir à la table d'un banquet officiel, tu la connais en travaillant coude à coude avec le travailleur soviétique... (Vers l'autre flamme après seize mois dans l'U.R.S.S.*, 1929 ; Gallimard, 1987, co-écrit avec Boris Souvarine et Victor Serge.

* Vers l'autre flamme s'inscrit bien au cœur d'une actualité dont les débats idéologiques et culturels confirment la pertinence du regard que portait Istrati sur l'Occident et «Octobre rouge». Un regard contemporain dont l'acuité est révélée par un présent qui n'en finit pas de reproduire son passé... De prisons en ghettos, d'asiles psychiatriques en lois martiales, la gangrène totalitaire exerce ses ravages sans distinctions idéologiques. À de rares exceptions près, nos sociétés, qu'elles se proclament prolétariennes ou libérales, violent impunément les droits et les libertés élémentaires de l'homme. Un homme asservi et exploité par l'homme. À quoi s'ajoute cette tare congénitale des sociétés modernes : la bureaucratie, expression maligne du pouvoir d'État

** « sept ans avant le Retour d’URSS d’André Gide, Istrati dénonce sans concession l’arbitraire du régime soviétique. Selon Louis Janover, « Istrati décrit l’exploitation impitoyable des travailleurs par une bureaucratie prête à tout pour défendre ses privilèges». L’ouvrage, en trois volumes, contient la fameuse réplique d’Istrati à l’un des leitmotifs de l’argumentaire communiste : « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs », à savoir : « Je vois bien les œufs cassés, mais où donc est l’omelette ? » cf ce jour faut rigoler...)

moi que les trotskystes et d'autres nommaient encore "stalinien" dans les années 90, ça me faisait tout bizarre, vu qu'en la matière, la plupart était des enfants de chœur concernant aussi bien les crimes soviétiques que les cadavres du PCF dans les placards : j'avais tout lu, le contraire du contraire, et les fesses d'une camarade russe qui m'avait ramassé bourré dans le GœthePark de Weimar, en 1971...

la tragédie en farce ou le folklore anar franchouille

aujourd'hui, cela m'amuse, quand je vois comment ça recommence, du même tabac, chez les « camarades partisans de la communisation » qui, comme dit André Dréan, prennent vraiment ceux qui lisent leurs "explications" «pour des crétins», et les zanars de papier zitou, avec leurs foires aux «livres  libertaires», déguisés en rouge et noir (tel Roland Simon à 60 berges !) comme chez les curés... et cette jeunesse qui croit réinventer la poudre... sans canon, sauf de bière

"poète révolutionnaire" ?

pour revenir au sujet supposé de cette rubrique extime, toujours la poésie et la révolution, extrait d'un temps où c'était la mode - chez les « Jeunes gens », comme disait de ses anciens copains bourgeois le "stalinien" Aragon -, extrait donc d'un qui n'est jamais passé pour un "poète révolutionnaire" du genre que vous conseillera l'ado vieilli, négationniste blanchi, fils de flic fasciste antisémite, Gilles Dauvé (Ne lisez pas.. Lisez...) : Francis Ponge (roannais s'il en fut aux heures chaudes, selon l'étude in situ de mon ex. prof de français-philo dans ma bonne ville...)

journal extime avec Django, aujourd'hui

extrait de « Natare piscem doces » (« Tu apprends au poisson à nager »)

journal extime

«merdeux définitif»

telle est l'insulte privée que j'envoyai un jour à Roland Simon. À côté, adé m'excusera, «Patlotch encule Roland Simon» qui l'a tant choqué, le pôvre, c'était de la gnognote, un détournement de «Spinoza encule Hegel» de Jean-Bernard Pouy...

késako ? juste un truc in memoriam Panaït Istrati cité plus haut, « né à Braila, un port roumain sur le Danube, fils de la blanchisseuse Joi?a Istrate et d'un contrebandier grec. Son père est tué par les garde-côtes alors qu'il est encore bébé.»

histoire de boucler l'histoire et qu'ils la bouclent, tous ces petits-bourges latinistes qui prétendent, sinon parler en son nom, parler du prolétariat, et sauver l'humanité en théories descendues tout droit de la philosophie des lycées de la bourgeoisie

ça saute aux yeux, au cœur, et à la raison

les Woland, les Roland, les Dauvé, et tant d'autres des mêmes milieux sociaux qui ne ratent pas aujourd'hui une occasion de leur rentrer dedans pour déglinguer la communisation, vu qu'ils ont offert leurs saloperies anti-militantes sur un plateau depuis des années, c'est la même engeance, le même rapport social au prolétariat, car quoi qu'ils en aient et qu'ils en pensent, ils sont d'où ils sont, et selon comme ils vivent n'en sont jamais sortis, n'en sortiront jamais

alors à la première occase, ils y retournent, ou ils se planquent : c'est ainsi (sic, en latin), tel quel, sous nos yeux. Ceux-ci je ne leur pardonnerai jamais. Quant aux naïfs qui ne veulent rien voir ni savoir, on ne peut rien pour eux tant qu'ils auront besoin d'un dieu, serait-il "anarchiste", dans les livres... Tout commence d'où qu'on vienne, cultivé ou pas, par apprendre à penser et s'exprimer librement, et dans ma vie, j'ai rarement rencontré des personnes moins libres d'esprit que celles-là

tu peux connaître par cœur tout Marx, Kropotkine et Malatesta, les classiques de l'anarchie et de l'ultragauche, ça ne change rien à l'affaire... ton langage te trahit autant que ton ignorance de la vie d'en-bas, et de tout ça, le capital et la révolution communiste, ils n'en ont rien à faire, et bientôt moi non plus

des "prolos" et des "négres.se.s", ils n'en ont rien à faire dans leur vie, n'en ressentent rien dans leurs tripes, ils ne lisent même pas les bons bouquins pour apprendre leur vie de l'intérieur, et ça suffit pour faire la différence :

1) aux yeux de qui sait comment ça se passe

2) aux yeux de qui sait lire

autrement dit, en pratique comme en théorie, puisque ces gens-là les produisent aussi séparées qu'ils sont eux-mêmes clivés socio-psycho-pathologiquement, de corps et d'esprit, entre désirs et besoins réels dans leurs vies et posture intello-textuelles satisfaisante à leur 'conscience', autrement dit à la morale qui est la leur, en dernière instance

rien de tel que la poésie pour apprendre, sinon à écrire, à lire et percer à jour les choses, et prendre leur parti

poète ou révolutionnaire ? 

j'ai jamais pu choisir, mais sachant d'où je viens, la vie a choisi pour moi, de ne pas faire carrière, ni réputation de révolutionnaire dans les salons de l'ultragauche, de l'anarchisme, et de la communisation réunis

« être du monde, sans être dans le monde... » Glenn Gould

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22 avril

communisme&anarchisme : éthique ou morale ?

il est de bon ton, surtout quand on est jeune - c'était comme ça après 68 - de ne pas faire de morale au nom du communisme. Cela s'est justifié dans la lutte "idéologique" contre l'humanisme-théorique avec lequel nombre de marxistes interprétaient Marx à leur manière, anti-moraliste... On a vu côté sexe fleurir les Don Juan révolutionnaires...

aujourd'hui, je ne saurais soutenir les thèses d'un Yvon Quiniou, philosophe supposé expert en morale communiste

l'âge et les expériences diverses, au pécé comme chez les "communisateurs" m'ont refroidi le moral et réchauffé l'éthique, dont j'ai une acception toute personnelle. Tant pis pour ceux/celles qui le prendraient pour du moralisme. Il existe dans les rapports sociaux-humains des banalités de base sans lesquelles il est vain pour moi de prétendre à un quelconque communisme ou anarchisme. Cela dérive si vite, d'abord en théorie, qui n'a jamais tué personne, puis en pratiques relationnelles, qui peuvent faire des dégâts psychologiques plus ou moins graves, et bien vite, d'abord limités à ces domaines sans enjeux de classe, de masse, c'est la fin qui justifie les moyens

c'est bel et bien à quoi nous assistons dans le milieu prétendu révolutionnaire de la communisation, une sorte de crise éthique, de crise morale, qui n'est pas sans rapport avec celle du capitalisme en crise, une crise psychologique et relationnelle. La plupart s'en tirent en se planquant, ou par la dérison, l'auto-dérision, l'ironie, le nième degré qui ne veut plus rien dire ou l'on ne sait pas quoi... Il faut savoir que l'ironie et l'auto-dérision sont toujours des défaites, face à plus fort que soi, en face ou dans son camp

le résultat est incontournable, comme nous l'écrivons, André Dréan et moi : botter en touche et "circulez, ya rien à voir"

c'en est arrivé à un tel niveau que l'on ne sait plus à qui l'on peut a minima faire confiance. Si bien que pour tenir son éthique et garder le moral, on préfère être seul et se guider, vaille que vaille, avec la boussole de ce qu'on croit être juste, au double sens de justice et de justesse

je rencontre certains "camarades" et je vois bien que je leur fais peur - la vérité fait peur - mettant le doigt sur leur rapport, non à une théorie plus ou moins juste, mais leur rapport au communisme comme combat, combat de classe, combat féministe, anarchiste... combat d'émancipation en général. Pas besoin de morale pour ça, il suffit de regarder la réalité en face, à commencer par la sienne. C'est toujours là que le bât blesse, et fort peu ont envie de se confronter avec eux-mêmes en toute franchise. La plupart se défilent, devant une bière pas moins que sur Internet. Ce n'est pas de moi qu'ils ont peur, c'est d'eux-mêmes

c'est ainsi que j'écris des textes pouvant apparaître comme "surplombants" ou pas moins "théoriques", pas moins "au-dessus de la mêlée" que les autres. Je le fais parce sans ça, je sombrerais, soit dans l'insulte dont personne ne prétendra qu'elle serait imméritée - mais à quoi bon s'en ramasser le retour de flammes ? -, soit dans le plus noir pessimisme devant ce que Jean-Pierre Chabrol appelait « la folie des miens ». Je sombrerais moi-même dans la folie. L'ayant frisée, partagée, je m'en protège, et je veux croire qu'ainsi j'en protège d'autres

qu'on appelle ça éthique ou morale, peu me chaut, je ne suis pas un spécialiste, encore moins des questions à-la-con que se posent les philosophes qui n'ont que ça à foutre. En la matière un bon religieux est parfois moins pire qu'un athée humaniste

mais croyez-moi, le mal est profond, et concernant le communisme au présent, il est grave parce qu'il annonce tout sauf la meilleure des révolutions

prenez-ça pour 'donner des leçons' si ça vous arrange. Nommez-moi moraliste si cela vous chante. Le moraliste que je suis, il vous emmerde. En communiste, anar impénitent

conjoncture

sur un concept de Roland Simon 

J'ai vendu mes idées Ô logique
en amant de l'arène éperdu
insulté la belle âme critique
en consultant imbu
enfant gâteux 
de la césure sans censure
sur le gâteau

Je m'ai perdu en conjoncture
et rangé des voix dures
préféré mes écarts singuliers
aux débats réguliers
Le compte n'y est pas
mais le fil de l'appât
s'est délié

La foi se révèle un projet
dont la folie m'a protégé
Déclinée par un VRP 
la théorie a pris son parti
les désaccords ont convergé
Le tout s'arrange des parties
dans la vitrine, chez Pépé

Papa m'avait pas dit
qu'être bête et méchant
se médite
Avant d'en faire un chant
j'en mettais ma lecture à couper
salades et redites
radicalement cuites

Quand l'heure sonnera
de son horreur pratique 
en dernier instant ce sera
le moment présent du tragique
Au creux du concept un leurre
fera son lard coupant le beurre
avec l'eau de dits vains en bouteilles divines

(...)

Ici la femme passagère
me fait des tours d'oiseau
dans sa langue étrangère
je passe après, dozo*
Le local désavoue le global
et sous sa robe en général
ça finit bien

* Je vous en prie, en japonais 

3 juin 2012

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parfois, le respect, la reconnaissance, la générosité... en un mot le potlatch

parfois, on a besoin d'un peu de respect, comme on dit dans les quartiers. On n'a plus envie de se laisser emmerder par le premier inconsistant ou la première insignifiance. Passer sa vie à offrir le potlatch, pour n'en recevoir que de la merde, des coups ou rien, ça use la patience, que l'on ait bu ou pas

alors donc on n'accepte plus : le manque de sérieux et de critique pertinente, l'absence de politesse élémentaire consistant à répondre à un courrier serait-il virtuel, le pillage à des fins personnelles, la censure de fait ou la déformation comme argumentaire... Bref, la petitesse incommensurable dont sont coutûmiers de prétendus révolutionnaires

parfois on ne compte que sur la performativité de ce que l'on dit, bouteille à la mer de la pensée des autres, sans espoir de retour. C'est peut-être mieux comme ça, en attendant quelqu'un.e connaissant le sens des mots respect, générosité, potlatch... avec qui l'on puisse avoir une conversation franche et féconde

il est peu d'être humain plus fragile qu'un.e poète, plus insatisfait qu'un 'artiste', plus modeste qu'un chercheur lucide. Mais peu aussi déterminé et fort face à l'infortune ou à l'hostilité. Ils/elles ne cherchent pas tant à être connu.e.s qu'à faire connaître leur ouvrage, pour qu'il serve à d'autres ou soit prolongé au-delà, pour le plaisir ou le bien d'autrui. Celà dépasse l'égoïsme et l'égotisme de la plupart, qui ne comprennent pas que ce puisse être gratuit, ou que le bénéfice reçu en retour échappe au paradigme de l'échange. À leurs yeux, ça doit bien cacher quelque chose... Certains mesurent tout à l'aulne de leurs propres limites, et deviennent mesquins, frustrés, menteurs, envieux, jaloux, hypocrites, malhonnêtes, aigris, méchants... Poil aux dents

un autodidacte a du mal à situer la 'valeur' de ce qu'il fait, d'autant plus qu'il n'a rien à vendre, refuse la société telle qu'elle est et son critère de valeur marchande, fuit les honneurs et cotteries de toutes sortes. Quand la reconnaissance arrive sans qu'il l'ait recherchée, c'est une récompense, surtout quand ce n'est pas de supposés proches. Il arrive ainsi qu'il reçoive des témoignages qui satisfont le besoin que ses efforts soient reconnus par quelque autorité en la matière, non susceptible de complaisance. C'est une aide précieuse qui l'encourage à poursuive sa quête de vérité et son combat en liberté, y compris contre l'adversité ou le dénigrement d'où qu'ils viennent

quelques personnes témoignèrent d'un intérêt pour mon travail avec une modestie qui m'ont touché. Parmi les plus connues : Jean Ristat, poète, légataire d'Aragon, directeur des Lettres Françaises; François Hilsum, journaliste et éditeur, artiste-peintre, fils de René Hilsum premier éditeur des surréalistes; Paul Chemetov, architecte et urbaniste, gendre de Philippe Soupault; Claude Martinand, haut-fonctionnaire, qui savait apprécier ses adversaires d'en-bas; Fadia Haddad, artiste-peintre...; Alexandre Pierrepont, poète, ethnomusicologue et anthropologue de la musique; Christian Béthune, philosophe et critique de jazz; Yves Citton, philosophe et théoricien de la littérature; Valérie Jeannot, professeur de littérature, sagace lectrice de ma poésie; Francis Bailly, physicien du solide, épistémologue des sciences, d'excellent conseil; Isabelle Stengers, philosophe des sciences, pour sa capacité d'écoute; Motherlode, musicien et compositeur afro-américain, une complicité naturelle; Jerome Harris, guitariste et bassiste afro-américain, un génie effacé; Jacques Camatte, qui n'a pas d'ennemi...

et quelques centaines d'anonymes d'en-bas qui me sont plus chers, mais eux/elles ne cloueront pas le bec à ceux que je préfère tenir en respect, à distance. Il faut savoir se protéger des cons. On l'aura compris : le potlatch doit parfois se faire négatif

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l'oukaze héros, loup case zéro

tu tentes d'« expliquer » à des gens qui essayent de « comprendre » avec leur tête, ce qui ne peut être « saisi » que dans les tripes

douple méprise : cible fausse et temps perdu

nombreux se rangeront parce qu'au fond, le communisme, ils s'en foutent. Ce n'est pas qu'ils « trahissent », mais simplement qu'ils font, en dernière instance, des choix conformes à leurs intérêts de classe immédiats

il te faut parachever le changement de perspective pour être de plein pied dans l'époque, non l'illusion d'une autre propre à attirer qui, « dupes naïves d'eux-mêmes », ne sachant qui ils sont, ne savent ce qu'ils font

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Lénine aurait aujourd'hui 145 ans

il n'est pas certain que grand monde souhaite fêter son anniversaire, moi pas vraiment, mais cela donne une idée du temps, qui passe. S'il avait vécu centenaire, Lénine aurait eu cent ans quand j'en avais dix-neuf... pas si vieux, non ? Si j'avais à n'en retenir qu'une seule phrase, je choisirais celle-ci, que j'avais recopiée sur le mur de ma chambre d'étudiant. Elle a de plus le bon goût d'épargner les femmes, à moins qu'il ne s'agisse d'un oubli, ou d'une mauvaise traduction...

« Les hommes ont toujours été et seront toujours en politique les dupes naïves des autres et d'eux-mêmes, tant qu'ils n'auront pas appris, derrière les phrases, les déclarations et les promesses morales, religieuses, politiques et sociales, à discerner les intérêts de telles ou telles classes. » 

j'ai toujours eu un faible pour cette photo

journal extime Lénine, grimé et rasé lors de son retour incognito de Finlande en Russie, le 7 octobre 1917. Il a 47 ans pour faire la révolution. Il meurt en 1924, à 54 ans

journal extime de l'époque où le PCF s'exprimait comme Marine Le Pen, si l'on en croit François le second, Président des Français

journal extime de l'époque ou je ne pouvais plus voir le PCF en peinture, 'Lénine-Matisse AR' peintures 1989-1992 

'Lénine à la barre...' dans la série 'la poésie doit être faite par tous, non par un' n°5, 9 juin 1992, calligraphie, pigments, transfert typo* et photos sur toile 46 x 38 cm

Vladimir Ilitch s'est donné en 1901 le surnom de 'Lénine', qui signifie "Homme de la Lena", la Lena étant le fleuve sibérien  coulant à proximité du lieu où Vladimir fut déporté comme opposant politique entre 1897 et 1900. Son frère aîné Alexandre, avait été pendu en 1887, pour avoir comploté contre la vie du tsar. Des activistes, quoi...

allez, un petit cadeau d'anniversaire :

journal extime la grève du nettoyage s'étend

20 avril

jazzer-penser

"je" suis l'échec consterné de ma "théorie" au pied du mur des identités. Fuyant l'immédiatisme romantique, je rentre chez "moi", seul.

comme Miles Davis, avant d'entrer dans le Rock Star System, ne jouait pas "pour" le public, écris d'abord pour toi, quitte à "tourner le dos" à qui t'empêche d'avancer. Brise l'idée naïve que "penser avec les autres" t'obligerait à te farcir la première inconsistance venue

relectures (l'éthique africaine-américaine du jazz)

la création collective, les échanges, l’individualité et le groupe
la hiérarchie dans le groupe, le rôle de leader, d’arrangeur
la relation au public, le don aux auditeurs

12 avril

messages personnels 

tout est bien qui finit bien ?

je dédie mes récents textes et mon travail depuis 10 ans à Christian Charrier, de La Matérielle, évoquant le fait que Théorie Communiste, à ses débuts en 1978, aurait pu avoir, en substance, « raison contre le monde entier »

pendant quinze ans et plus, Christian Charrier a posé à TC/RS des questions pertinentes, mais sur le terrain conceptuel du corpus de Théorie Communiste. Il ne pouvait s'en passer, ce qui faisait littéralement et, je le dis comme je le pense, sadiquement jouir Roland Simon dans ses « réponses à... "un proche" ». Je n'ai pas retrouvé le passage. Voir Concept préliminaire, Échange avec Daredevil 2003,  etc. dans la rubrique réflexion théorique...

Roland Simon, Une lecture critique de La Matérielle  « § 43 – Cela n'empêche que de ce poste d'observation théorique la Matérielle assure une sorte de veille théorique sur tous les risques de dérapages « spéculatifs » inhérents à une théorie de la révolution dans la situation présente de disparition de toute positivité révolutionnaire et oblige à faire attention à ce que l'on écrit. La Matérielle est la critique interne de la théorie de la révolution dans ce cycle, critique que toute théorie de la révolution doit se faire à elle-même. Le problème réside dans le fait que, dans la Matérielle, cette critique interne s'est en quelque sorte « autonomisée » et se donne comme la totalité d'une théorie nouvelle. On retrouve là, dans cette « autonomisation » (guillemets car en même temps que « théorie nouvelle » la Matérielle se veut processus d'autocritique des théories dites « post-prolétariennes »), son incapacité essentielle à être cohérente sur sa propre légitimité à prononcer les termes de révolution et de communisme du fait que sa cohérence, en tant que théorie, est à l'extérieur d'elle-même (dans les autres théories)»

on attend toujours, de la part de(s) Théorie Communiste, « l'exposition » de « la critique interne de la théorie de la révolution dans ce cycle, critique que toute théorie de la révolution doit se faire à elle-même ». Nombreux, bien avant que je m'en mêle, lui/leur ont donné l'occasion et les moyens de faire cette auto-critique, qu'il(s) n'ont jamais saisis, droits dans leurs bottes de non-lieu... théorique

alors disons qu'au-delà de ma personne, puisque je dois tant à toussétoutes qui m'ont précédé et accompagné dans mes recherches, « la capacité essentielle » de la communisation 'troisième courant' fut, en dix ans, « d'acquérir [sa] propre légitimité à prononcer les termes de révolution et de communisme, du fait que sa cohérence », n'existe pas séparément « en tant que théorie », ni « à l'extérieur dans les autres théories ». Si, « en tant que théorie » elle est cohérente « à l'intérieur d'elle-même », c'est en raison de son rapport aux luttes réelles dans le capitalisme réel, tel quel, au présent

la dernière fois que j'ai eu, par un membre de Théorie Communiste, des nouvelles de Christian Charrier, celui-là m'a dit qu'il faisait « une dépression nerveuse ». Alors que j'évoquais un possible lien avec ses démêlés avec son « proche ami » Roland Simon, il me fut répondu : « On ne fait pas une dépression nerveuse pour des raisons de théories ». Pour des raisons, non, mais face à la déraison, voire...

mais comme dit Roland Simon, on ne fait pas de la théorie avec des sentiments...

chat échaudé craint l'eau glacée : j'annonce le pire d'une révolution communiste (?) qui ne ferait pas de sentiments

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le temps des cerises

journal extime méditation au dessus d'un cerisier en fleur

Sakura now, Hanami
Cerisier ami,
Allons marcher aux fleurs
Loin des fausses candeurs
Des rêves ennemies,
Amusons nos muses muettes
Aller, dansons musette

8 avril 2009 TADAÏMA !

Hanami, hommage à l'éphémère
Au Japon, le début du printemps est synonyme de hanami - de hana, "fleur", et mi, "regarder". Un rituel annuel et immuable qui voit les Japonais affluer dans les parcs et jardins pour contempler les fleurs de cerisiers, à la beauté fragile

dédié particulièrement à mes fidèles lecteurs et lectrices belges

Le temps des cerises Geike Arnaert 2010 suivi d'un duo avec Bobbejaan Schoepen, chant et harmonica

Quand nous chanterons le temps des cerises,
 Et gai rossignol, et merle moqueur
 Seront tous en fête !
 Les belles auront la folie en tête
 Et les amoureux du soleil au c?œur !
 Quand nous chanterons le temps des cerises
 Sifflera bien mieux le merle moqueur !

 Mais il est bien court, le temps des cerises
 Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
 Des pendants d'oreilles...
 Cerises d'amour aux robes pareilles,
 Tombant sous la feuille en gouttes de sang...
 Mais il est bien court, le temps des cerises,
 Pendants de corail qu'on cueille en rêvant !

J'aimerai toujours le temps des cerises,

 C'est de ce temps-là que je garde au cœ?ur
 Une plaie ouverte !

« Le Temps des cerises est une chanson dont les paroles furent écrites en 1866 par Jean Baptiste Clément et la musique composée par Antoine Renard en 1868. Cette chanson est fortement associée à la Commune de Paris de 1871, l'auteur étant lui-même un communard ayant combattu pendant la Semaine sanglante.» wiki

Toots Thielemans & Bert vd Brink - Tros Sesjun 1998 suivi à 3'30"de Tenor Madness de Sonny Rollins

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tout ça n'empêche pas Nicolas qu'la Commune n'est pas morte (belle iconographie sur La Commune de Paris suivie d'un documentaire...)

journal extime

Bref tout ça prouve au combattant
Qu’ Marianne a la peau brune,
Du chien dans l’ ventre et qu’il est temps
D’crier vive la Commune !
Et ça prouve à tous les Judas
Qu’si ça marche de la sorte

Ils sentiront dans peu nom de Dieu,
Qu’la Commune n’est pas morte.
Ils sentiront dans peu nom de Dieu,
Qu’la Commune n’est pas morte !

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7 avril 2015

un anniversaire, le hasard, et moi

le hasard ne fait ni bien ni mal les choses. Il serait hasardeux de dire qu'il les fait. Un ancien camarade de cellule du PCF et par ailleurs Ingénieur des Ponts et Chaussées écrivit en 1984 un livre intitulé Philosophie du hasard

Qu’est-ce qu’une probabilité ? Cette question est au cœur de la philosophie du hasard, mais aucune des tentatives pour y répondre, – qu’elles procèdent de conceptions objectivistes subjectivistes ou logicistes, – n’a su se montrer suffisamment convaincante pour s’imposer face aux autres. – En s’appuyant sur une analyse du développement moderne de la théorie des probabilités, cet ouvrage entend montrer dans un premier temps le caractère excessivement réducteur d’une philosophie dont la base se limite à la seule question de la signification du concept de probabilité. Rejoignant un courant très actuel de la philosophie marxiste dans son analyse de la dialectique de l’objectif et du subjectif, l’auteur souligne la présence dans tout phénomène aléatoire de ce qu’il appelle la catégorie (objective) du point de vue (Partie I, «Les courants de la philosophie du hasard au XXe siècle» : 1. Loi ou certitude ? Hasard ou probabilité ? Idéalisme, positivisme, matérialisme; 2. Les variantes du positivisme, et quelques thèses dissonantes : positivisme psychologique, positivisme subjectiviste en physique, analyse structurale de von Neumann-Morgenstern, positivisme objectiviste, positivisme logique et problème de l’induction). – Le propos est ensuite de préciser les caractères de la science particulière qu’est la statistique : sa mise en œuvre suppose toujours le point de vue d’une (ou d’un ensemble de) pratique(s) sociale(s) qu’il faut concevoir comme un processus objectif, régi par des règles spécifiques : pratique du jeu, de la production sociale, de la recherche scientifique ... (Partie II, «Qu’est-ce que le hasard ?» : 1. La catégorie du point de vue; 2. Théorie des probabilités et Statistique; 3. Le raisonnement statistique : l’estimation, la théorie classique des tests d’après Neymann et E.S. Pearson, la théorie statistique des décisions de Wald, l’information préalable; 4. Statistique et recherche fondamentale; 5.L’évolution des connaissances comme phénomène objectif).

il était, comme moi mais lui à jeun, un grand spécialiste des insultes en réunion publique, et je me souviens d'une à l'Ageca de la Rue de Charonne, où il avait traité les dirigeants du PCF de « putes », ce qui signifie qu'il ne tenait pas les prostituées en grande estime. Il aurait peut-être été plus discret au sein de ma « cellule de quartier » où, côte à côte avec les Juifs polonais ex-MOI dont je parlai tantôt, gouaillait en camarade une jeune femme qui vivotait, elle et son môme, du « plus vieux métier du monde ». De quoi remettre à leur place les idées reçues sur les "staliniens", pour qui n'a pas idée de ce que fut un parti communiste et populaire de masse jusqu'au milieu des années 70...

mais revenons au hasard...

journal extime

par exemple au fait que Jésus de Nazareth a été crucifié le 7 avril de l'an 30, et le Goulag créé le 7 avril 1930...

depuis Charles Fourier, 50 millions de personnes nées un 7 avril

je suis donc né un 7 et pas un 1er avril, faut au retard pris par ma mère qui attendit le 7ème jour pour ne pas se reposer (Dieu acheva au septième jour son œuvre, qu'il avait faite). Le hasard veut qu'au fil des siècles, beaucoup sont né.e.s un 7 avril, ou n'importe quel autre jour de l'année, si bien que sur une population mondiale qui est à l'heure où je vous parle de 7 291 209 577 individus, et corrigé des variations saisonnières et latitudinales, près de 20 millions sont nées un 7 avril. C'est entre autre à celà que sert le calcul des probalibilités, dont Jacques Bonitzer était un éminent spécialiste. Si l'on prend comme durée d'une génération entre 20 et 25 ans (source) et si l'on remonte à 1772, année de la naissance de Charles Fourier qui débute la série ci-dessous, cela donne de l'ordre de 50 millions de personnes nées un 7 avril

ma lectrice ne m'en voudra pas d'en sélectionner 12 soit ~ 2 pour 1 million. Pas plus qu'on ne me reprochera la superstition d'y voir un signe. Le hasard, c'est le hasard, et croillez-moi, je l'ai étudié sous tous les angles, scientifique à la manière de Bonitzer, objectif à la manière d'André Breton, et subjectif/objectif à la mienne en écrivant un roman entièrement fondé et structuré sur la loi des grands nombres, à savoir qu'un élément anodin (le choix des nombres 7 et 12) a valeur scientifique pour couvrir l'ensemble des événements du monde à partir de coupures de presse (je donne l'explication de ce phénomène quelque part dans mes notes poétiques)

12 heureux et lus de mon cœur hasardé

Charles Fourier 1772, Flora Tristan 1803, Gustav Landauer 1870, Gino Severini 1883, Gabriela Mistral 1889, Billie Holiday 1915, Ravi Shankar 1920, Mongo Santamaria 1922, Babatunde Olatunji 1927, Francis Ford Coppola 1939, Freddie Hubbard 1938, Jackie Chan 1961

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il s'agit donc d'un échantillon très certainement représentatif, allez savoir de quoi... On n'y compte certes qu'un quart de femmes, mais elle en valent tellement plus... Un tiers d'Occidentaux mais ils en valent tellement d'autres... Un tiers de Noir.e.s mais de mes préféré.e.s, un Africain, un Cubain, deux Afro-Américains... Deux tiers de non purs Blancs, c'est plus proche du vrai monde... Deux asiatiques, c'est plus loin... Un Juif allemand anarchiste de meilleur conseil qu'un autre plus célèbre... Un peintre italien, une poètesse chilienne « indienne basque »... Une chanteuse, un trompettiste, un sitariste, deux percussionnistes, de quoi constituer un bel orchestre... Un cinéaste pour parrainer tout ça sur Youtube... Un français de louche pour ne pas être soupçonné d'antipatriotisme... Un acteur drôle dont je n'ai vu aucun film mais que je choisis pour ma protection éloignée...

Charles Fourier : « En thèse générale, les progrès sociaux s'opèrent en raison du progrès des femmes vers la liberté ; et les décadences d'ordre social s'opèrent en raison du décroissement de la liberté des femmes. L'extension des privilèges des femmes est le principe général de tout progrès social

Flora Tristan : « J’ai presque le monde entier contre moi. Les hommes, parce que j’exige l’émancipation de la femme ; les propriétaires, parce que j’exige l’émancipation des salariés. »

Gustav Landauer : « Le passé n'est pas quelque chose de terminé mais qui au contraire devient. »

Gino Severini : « Notre art ne veut pas représenter une fiction de la réalité, mais veut exprimer cette réalité telle qu'elle est. »

Gabriela Mistral
« Les bateaux dont les voiles blanchissent le port
 viennent de terres où ne sont pas les miens ;
 leurs hommes aux yeux clairs ne connaissent pas mes fleuves,
 et n'apportent que des fruits pâles, qui n'ont pas la lumière de mes vergers »

Billie Holiday : « J’ai fait plus de 200 faces entre 1933 et 1944 [pour Columbia et John Hammond]. Je n’ai jamais reçu un cent de droits d’auteurs pour aucune d’elles... Avec l'argent, vous avez beaucoup d'amis, ils s'agglutinent à votre porte. Quand vous êtes fauché, ils ne viennent plus. »

Ravi Shankar : « Exister est un fait, vivre est un art. »

Mongo Santamaria : « J'aime jouer la musique, je n'aime pas en parler. Je ne suis pas un héros, j’ai juste essayé de faire plaisir à autant de monde que j’ai pu.»

Babatunde Olatunji : « Je suis le tambour...Vous êtes le tambour... Nous sommes le tambour... Jouez comme vous le sentez... Boum go do pa ta gun... Le rythme est l'âme de la vie. L'univers entier s'articule en rythme. Tout et chaque action humaine s'articule en rythme.»

Francis Ford Coppola : « La création est une victoire sur la peur. C'est notre vraie destinée. »

Freddie Hubbard : « Cherchez vraiment à l'intérieur de vous et essayez d'obtenir quelque chose de votre choix. Parce que si vous n'avez pas votre propre son, vous serez oublié. Le jazz n'est pas comme la pop, où vous pouvez vendre des millions d'enregistrements d'un coup. Votre esprit et votre âme ne sont pas importants dans la musique pop. Si les gens aiment ce que vous faites, ils s'en rappelleront et vous durerez éternellement. »

Jackie Chan : « Si chacun fait quelque chose de bon, cela participera d'un monde meilleur.»

[à suivre]

 

6 avril

un poète

Marx à propos de L'Idéologie allemande 1845 : « [avec] Friedrich Engels avec nous résolûmes de tra­vail­ler en commun à dégager l'antagonisme existant entre notre manière de voir et la conception idéologique de la philosophie allemande; en fait, de régler nos comptes avec notre conscience philosophique d'autrefois. Ce dessein fut réalisé sous la forme d'une critique de la philo­so­phie post-hégélienne. Le manuscrit, deux forts volumes in-octavo, était depuis long­temps entre les mains de l'éditeur en Westphalie lorsque nous apprîmes que des circonstances nou­velles n'en permettaient plus l'impression. Nous abandonnâmes d'autant plus volontiers le manuscrit à la critique rongeuse des souris que nous avions atteint notre but principal, voir clair en nous-mêmes. » Karl Marx Préface à la Critique de l'économie politique 1859

journal extime Octavio Paz, ¿ Águila o sol ? 1951, Aigle ou soleil ? 1958

ce texte d'Octavio Paz est tiré du recueil Liberté sur parole qu'un ami m'a offert dans les années 70 et dont les poèmes m'ont longtemps accompagné, les plus forts que j'avais jamais lus. Avec le long poème de 1957, Pierre de soleil, j'ai conçu, mais jamais réalisée, une suite musicale (musique et danse, instruments et voix chants et paroles français/espagnol), comptant alors avec mon ami colombien Mario Mora, percussionniste, guitariste et chanteur de notre trio d'alors venu du groupe Armason 

dans ce texte, Paz semble formuler le projet d'arrêter la poésie pour faire des théories, par le besoin d'une philosophie forte. Aujourd'hui, cette philosophie forte, je l'ai et je suis appelé au mouvement inverse

j'ai atteint mon but principal, voir clair en moi-même

j'ai dégagé l'antagonisme existant entre ma manière de voir et la conception idéologique de la théorie communiste française; en fait, j'ai réglé mes comptes avec ma conscience philosophique d'autrefois. Ce dessein fut réalisé sous la forme d'une appropriation critique et d'un renversement radical de la théorie de la communisation. La somme en figure sur ce site, livré à la critique en ligne des virus

ayant accompli ma tache principale dans la sphère des idées, j'ai décidé de m'en retirer, et d'arrêter le 'rôle' que les circonstances m'ont contraint d'assumer transitoirement. Le poursuivre serait en contredire le sens, et ne pourrait que brouiller ce que les événements pourraient en faire. Je n'attends rien particulièrement de qui n'en saisirait que des idées, et je n'ai rien à dire de plus qu'on ne puisse trouver par soi-même. Notre temps est passé, certains ne l'ont pas vécu. L'essentiel viendra d'ailleurs, l'espoir avec, sans besoin d'un savoir qui ne concernait que « notre histoire », dans une petite province du communisme français

alea jacta est

le temps est venu pour moi de vivre à la hauteur de ce que je suis, parmi les miens, dans mon quartier

journal extime

Je hais les indifférents, par Antonio Gramsci
 
Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que « vivre signifie être partisans ». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.

L’indifférence est le poids mort de l’histoire.  C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousiasmes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque.

L’indifférence œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. Elle est la fatalité; elle est ce sur quoi on ne peut pas compter; elle est ce qui bouleverse les programmes, ce qui renverse les plans les mieux établis; elle est la matière brute, rebelle à l’intelligence qu’elle étouffe. Ce qui se produit, le mal qui s’abat sur tous, le possible bien qu’un acte héroïque (de valeur universelle) peut faire naître, n’est pas tant dû à l’initiative de quelques uns qui œuvrent, qu’à l’indifférence, l’absentéisme de beaucoup. Ce qui se produit, ne se produit pas tant parce que quelques uns veulent que cela se produise, mais parce que la masse des hommes abdique devant sa volonté, laisse faire, laisse s’accumuler les nœuds que seule l’épée pourra trancher, laisse promulguer des lois que seule la révolte fera abroger, laisse accéder au pouvoir des hommes que seule une mutinerie pourra renverser. La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est pas autre chose justement que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent dans l’ombre, quelques mains, qu’aucun contrôle ne surveille, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Les destins d’une époque sont manipulés selon des visions étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse des hommes ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Mais les faits qui ont mûri débouchent sur quelque chose; mais la toile tissée dans l’ombre arrive à son accomplissement: et alors  il semble que ce soit la fatalité qui emporte tous et tout sur son passage, il semble que l’histoire ne soit rien d’autre qu’un énorme phénomène naturel, une éruption, un tremblement de terre dont nous tous serions les victimes, celui qui l’a voulu et celui qui ne l’a pas voulu, celui qui savait et celui qui ne le savait pas, qui avait agi et celui qui était indifférent. Et ce dernier se met en colère, il voudrait se soustraire aux conséquences, il voudrait qu’il apparaisse clairement qu’il n’a pas voulu lui, qu’il n’est pas responsable. Certains pleurnichent pitoyablement, d’autres jurent avec obscénité, mais personne ou presque ne se demande: et si j’avais fait moi aussi mon devoir, si j’avais essayé de faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il arrivé ce qui est arrivé? Mais personne ou presque ne se sent coupable de son indifférence, de son scepticisme, de ne pas avoir donné ses bras et son activité à ces groupes de citoyens qui, précisément pour éviter un tel mal, combattaient, et se proposaient de procurer un tel bien.

La plupart d’entre eux, au contraire, devant les faits accomplis, préfèrent parler d’idéaux qui s’effondrent, de programmes qui s’écroulent définitivement et autres plaisanteries du même genre. Ils recommencent ainsi à s’absenter de toute responsabilité. Non bien sûr qu’ils ne voient pas clairement les choses, et qu’ils ne soient pas quelquefois capables de présenter de très belles solutions aux problèmes les plus urgents, y compris ceux qui requièrent une vaste préparation et du temps. Mais pour être très belles, ces solutions demeurent tout aussi infécondes, et cette contribution à la vie collective n’est animée d’aucune lueur morale; il est le produit d’une curiosité intellectuelle, non d’un sens aigu d’une responsabilité historique qui veut l’activité de tous dans la vie, qui n’admet aucune forme d’agnosticisme et aucune forme d’indifférence.

Je hais les indifférents aussi parce que leurs pleurnicheries d’éternels innocents me fatiguent. Je demande à chacun d’eux de rendre compte de la façon dont il a rempli le devoir que la vie lui a donné et lui donne chaque jour, de ce qu’il a fait et spécialement de ce qu’il n’a pas fait. Et je sens que je peux être inexorable, que je n’ai pas à gaspiller ma pitié, que je n’ai pas à partager mes larmes. Je suis partisan, je vis, je sens dans les consciences viriles de mon bord battre déjà l’activité de la cité future que mon bord est en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur quelques uns, en elle chaque chose qui se produit n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens. Il n’y a en elle personne pour rester à la fenêtre à regarder alors que quelques uns se sacrifient, disparaissent dans le sacrifice; et celui qui reste à la fenêtre, à guetter, veut profiter du peu de bien que procure l’activité de peu de gens et passe sa déception en s’en prenant à celui qui s’est sacrifié, à celui qui a disparu parce qu’il n’a pas réussi ce qu’il s’était donné pour but.

Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents.

Antonio Gramsci, 11 février 1917

Traduit de l’italien par Olivier Favier.

3 avril

sur la jeunesse d'Henri Krasucki, « Juif terroriste, de l'armée du crime »

Une jeunesse parisienne en résistance... Images contemporaines vendredi 3 avril 2015

vidéo d'annonce d'un film de 90 mn dont la sortie est prévue en mai

Le pitch
Ce documentaire revient sur la MOI parisienne, son engagement dans la Résistance. Il aborde l’espoir et la volonté d’une jeunesse, souvent étrangère et issue du monde ouvrier, avide de faire vivre les valeurs humaines par-delà la xénophobie, l’antisémitisme et les risques qu’ils encouraient.

Présentation du projet
Ce documentaire est le premier à aborder la jeunesse d’Henri Krasucki et de ses camarades, depuis leur entrée dans la Résistance, leurs actions, leur arrestation et leur déportation. Ce film présente des témoignages et des archives inédits. Dans le contexte délétère actuel, revient sur le rôle de l’école publique, l’éducation et la culture dans la construction et l’intégration de chaque citoyen. (Crédit Photo Michel Phillippot)

naturellement à relativiser les commentaires sur la France, pays des Droits de l'Homme, pays de la révolution, pays démocratique... Je relaie cette info dans le contexte des polémiques sur l'antisémitisme, l'immigration, la résistance prolétarienne immigrée, alors juive, arménienne... aujourd'hui 'indigènes' et autres 'racailles' et 'islamo-gauchistes'. Je le relaie en souvenir de mon amitié pour quelques-uns de sa famille, d'amitiés juives polonaises et d'autres, de Laurent Levy avocat du MRAP et signataire de l'Appel des Indigènes de la République en 2005, et de mes camarades ex-FTP MOI du PCF en 1973-75, sans qui je n'en serais pas là...

quant à mes 25 ans à la CGT, à l'époque, je n'étais pas vraiment un fan de Krasu, c'est comme ça...

journal extime journal extime

Henri Krasucki apparaît également dans le film de Robert Guediguian de 2009 sur le groupe Manouchian, L'Armée du crime. Son rôle est tenu par Adrien Jolivet

journal extime 19 septembre 2014

sur les rapports du PCF et de la FTP-MOI qui ont déchaîné polémiques et règlements de comptes, avant une tardive reconnaissance des faits par le PCF. J'étais, le 20 mai 1989, au Père Lachaise quand Georges Marchais, au bras de Mélinée Manouchian, et entouré de la direction du parti, inaugurait le monument à la FTP MOI, qui est dans le coin dit du Mur des Fédérés, avec les héros de la Commune de Paris, Paul Lafargue et Laura Marx inhumés là en 1911 après leur suicide commun à Draveil. Mélinée est l'héroïne du poème d'Aragon Strophes pour se souvenir évoquant L'affiche rouge dont Léo Ferré a fait une chanson (vidéo avec Ferré puis Lavilliers), puisqu'en France tout se termine par...

un poème en prose de ces années-là, écrit au Père Lachaise que je connaissais comme ma poche, extrait de LIVREDEL, poème-roman, 1er avril 1988 - 1er avril 1991 / II LIVRE DE CATHERINE Chapitre 3

(six cent vingt-et-unième nuit)

Effronté ! Téméraire ! Laisse les morts en paix !
(La statue du commandeur).
Mozart. Don Giovanni

C'était hier dimanche près des Communards reposant dans Le temps des cerises. Il faisait printemps et j'étais dans le nom de Catherine depuis une heure peut-être. De temps à autre je levais le nez. Les promeneurs défilaient devant les noms gravés de Vaillant-Couturier, Cachin, Thorez, Duclos... Je me demande bien ce qu'ils voyaient dans ces noms-là... après Berlin, Prague, Sofia, Roumania, Managua, Mandela, Afrika... et s'ils avaient du monde une vision plus ou moins optimiste... Peut-être bien que la plupart s'en battaient l'œil, tout à leurs problèmes ou à l'absence de problèmes de cet ordre... Bien sûr, tout le monde n'avait pas un amour derrière le mur, à retrouver après des années. Et puis, chacun son mur, d'abord... Catherine !

J'étais depuis deux heures peut-être dans le nom de Catherine. Il faisait printemps. De temps à autre je regardais passer les gens devant les communistes morts.

De jeunes Allemandes et Allemands étaient couchés dans l'herbe derrière moi. Maintenant ils ne parlaient plus, mais j'avais entendu le mot grün quand ils avaient décidé de se poser sur le gazon. Verts ou Rouges ? Est ou Ouest ? Unis ou désunis ?... Catherine !

Catherine. J'étais maintenant dans son nom depuis près de trois heures. Il faisait printemps. Levant le nez, soudain, je vois cette très jolie femme devant Paul Eluard... Elle a jupette bien portée et ses cheveux ondulent... ses jambes... ces jambes ! Elle passait. Elle passa.

Je revins à mes mots, mais eux ne venaient plus à moi, la jupette à l'esprit (on dit bien à l'esprit ?). Elle avait de ces jambes ! D'un coup, tiré du nom de Catherine, je ramassais les feuilles mortes de mes mots. Une Allemande sursauta.

Je mis grands pas à la chercher par les allées en haut du Père Lachaise... Jardin du Souvenir... tellement sûr de la retrouver... Oscar Wilde... que venez-vous chercher ici ? Laisse les morts en paix Laisse les morts en paix Laisse... Non, pas par là inutile de couper à travers les tombes prends à droite... Elle est là ! Au bout de mes yeux. Et sa jupette vole il fait printemps elle a de ces jambes et je file ses pas... Avenue Transversale... Combattants étrangers... Porte de la Dhuyse... Rue des Rondeaux, trottoir de droite, deux mètres d'elle... - Mademoiselle, si vous marchez trop vite, comment puis-je vous suivre ?... Mademoiselle, m'entendez-vous ?... - Monsieur, de compagnie point n'ai besoin... Ses yeux... Dommage. Elle avait de ces jambes ! Mais elle m'échappait. Belle.

Je revins à Catherine, à mon coin vert et rouge... L'Allemande ouvrit de grands yeux. Je pensais à Truffaut, à L'homme qui aimait les femmes, à Charles Denner... Tiens, encore un ancien communiste...

J'avais faim. Et les merles moqueurs...

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1er avril 2015

« Chaque premier avril m'est il est vrai l'occasion de grandes décisions. Sérieuses. Comme de commencer ma vie professionnelle. Comme là de commencer un nouveau chapitre. Comme de me taire au nom des muets de Nimistaire. Comme de tuer la Comtesse. Comme de dire à Catherine - couche avec moi je serai ton ami. Enfin, son ami, on verrait... Car changer de chapitre, ça commence par changer de femme. April in Paris, New-York, 12 avril 1957.» (six cent trente-quatrième nuit) /Livredel/poèmes/I-VII LIVREDEL, poème-roman, 1er avril 1988 - 1er avril 1991/2010/II LIVRE DE CATHERINE Chapitre 4

« C'est vrai qu'on est pas tenu d'attendre le premier avril pour prendre de grandes décisions. Vrai qu'on ne peut de tout décider. Qu'on ne peut tout prévoir. Tout anticiper... l'esprit d'ordre est un esprit perturbé... un esprit qui se sent supérieur... C'est Corya qui écrit ça. Sa lettre au courrier ce matin. Ce matin de la sept cent-cinquante et unième nuit. Oui, là, c'est dans le texte. Tout n'est pas perdu, malgré la panne. D'ordinateur. Heureusement, il y a le journal. » /Livredel/poèmes/I-VII LIVREDEL, poème-roman, 1er avril 1988 - 1er avril 1991/2010/IV LIVRE DE CORYA Chapitre 1

un drôle de jour

le premier avril devrait être proclamé journée internationale de la farce

le premier avril est en effet, par excellence, la journée ou le faux revendique d'être vrai, alors que c'est plutôt le cas tous les jours de l'année, comme dit l'autre

le premier avril est une date très importante dans ma vie. Je suis né un 7 avril, comme Flora Tristan et Billie Holiday, mais je reste persuadé que ma mère était en retard d'une semaine. Je me suis rattrapé en faisant du premier avril comme un anniversaire, et l'occasion de très sérieuses décisions. Alors que j'étais plutôt et encore favorable à l'union libre, je me suis marié deux fois, mais chaque fois un premier avril : la première pour être affecté plus près l'année de service militaire, la seconde parce que ça déterminait la carte de séjour de ma compagne, qui n'entendait pas changer de nationalité : un mariage blanc, comme on dit. J'ai commencé de travailler un premier avril là où, persuadé de n'y rester qu'un an ou deux, j'ai passé 37 ans de ma vie. J'ai démissionné un premier avril, par courrier à mon directeur, d'un mandat électif à la CGT (ras-le-bol de causer "au nom de" qui ne remuait pas son cul ni n'ouvrait sa gueule). Il m'a appelé pour savoir si ce n'était pas une blague... J'ai commencé et fini un livre, des collages, des chapitres, un premier avril. J'ai changé d'amour un premier avril

je n'aime pas les jeux, parce que je ne prends pas assez le jeu au sérieux pour avoir envie de gagner, et les partenaires ou adversaires détestent ça, qui casse le jeu. Je n'aurais jamais pu être acteur de théâtre ou de cinéma, et je n'arrive pas à être, comme on le conseille, «acteur» de ma vie. Je saisis ce qui vient, j'improvise en permanence, et je vois plus tard ce qui en est sorti

je n'aime pas les jeux de société, j'ai eu beaucoup de mal avec les rôles sociaux à jouer au travail ou ailleurs. Mais dans la vie, je joue, je mets tout en jeu et en enjeu très sérieusement, sauf moi : je n'arrive pas à me prendre au sérieux, même pas par modestie, par lucidité sans doute et pas mal de cynisme, du côté de Diogène ou Cioran

être vrai et dire le vrai, son vrai, vous rend passionnant mais insupportable car cruel, et vous condamne à la solitude. Dire merde au monde du mensonge, avoir le goût de l'absolu du vrai, c'est une passion triste et joyeuse à la fois, une foi une confiance en l'autre en vérité

mais aujourd'hui, premier avril, j'ai pris la grande décision de ne pas prendre de décision : I would prefer not to...

PS : là, avec communisation 'troisième courant' , il se trouve que j'ai dû endosser un rôle, prendre «une initiative» pour enrayer l'auto-production de la mort d'un concept adéquat à notre époque par ses inventeurs mêmes, et parce que je ne voyais personne susceptible de le faire à ma place, pour que cela cesse d'être un enjeu entre seuls théoriciens et leurs égos. Je ne me prends pas davantage au sérieux pour autant, et je souhaite ce rôle aussi temporaire que possible

 

31 mars

à toutes fins utiles

Patlotch et l'antisémitisme suite

j'ai dû prendre quelques précautions quant à la possibilité de sur-interprétation malveillante de mes prises de positions certes dénuées d'ambiguïtés, sous le règne de l'idéologie française évacuant 'la question indigène' jusque dans "nos rangs" de théoriciens radicaux, pour le meilleur embarrassés par l'accusation de «négationnisme» à l'encontre de l'ultra-gauche dans les années 1990, avec éclaboussures dans le milieu, pour le pire embarqués sans trop y regarder dans cette idéologie : ne pourrait-on la nommer «préférence juive» ? (Temps critiques et la Wertkritik, voir discussions sur la communisation 26 mars, note du 30), précautions visant à m'épargner l'accusation d'antisémitisme, après celle d'islamo-gauchiste, ou imaginant une quelconque culpabilisation par ma "blanchité"

le 27 mars dernier dans à propos d'une imposture de l'idéologie française : l'antisémitisme, les Juifs, le «terrorisme», les Autres et moi, j'ai évoqué ma relation aux Juifs depuis que j'en connais, c'est-à-dire le début des années 1970, si je passe sur un camarade de lycée, donc dès 1962, qui était régulièrement la risée et le souffre-douleur des grandes gueules et plus petites. J'ai évoqué la construction idéologique de l'instrumentalisation de la Shoah au procès de Nüremberg en 1945 et avec la création d'Isaraël en 1947

un 'poète' qui ne dit pas sa vérité, ce n'est pas un poète, et pour ma part, hors même la poésie, question d'éthique personnelle, je tiens à mon intégrité

voici donc un poème de février 2005, doublement dédié à Rosa Amélia Plumelle-Uribe (pour La férocité blanche. Des non-Blancs aux non-aryens, génocides occultés de 1492 à nos jours 2001) et Roland Simon, pour les Fondements critiques d'une théorie de la Révolution de 2002, que je venais de lire avant de prendre contact avec la Revue Meeting. Le PIR, Parti des Indigènes de la République, serait créé 2 mois plus tard, le 8 mai 2005, dont l'anniversaire sera fêté le mois prochain en présence d'Angela Davis, qu'il faudra dorénavant soupçonner comme moi d'apporter «une caution intellectuelle à Houria Bouteldja»

c'est donc une allusion à Dieudonné, à cette histoire de Nüremberg que l'historienne aborde par le menu dans son livre, et à quelques concepts clés de la théorie de la communisation dans la version "anti-humaniste" de Théorie Communiste

poème en vers de 14 syllabes, ne vous y perdez pas, ça commence à être long pour qui est peu familiarisé avec le rythme poétique

HOMME DONNÉ, DIEUX VOLÉS, CLASSE PERDUE 

À Roland et Rosa Amélia 

Un valet noir sous un roi blanc a jeté son joker
Nègre bravant bradant le sort d'une boule de suif
Aux faces de colons promus de vendre au nom des Juifs
La mémoire deux fois sur le marché de Nüremberg

Nos prêtres démocrates chantent la messe de l'Homme 
Multicolore au monde fou de sa flemme olympique
Le vrai semblable est un moment du faux culte atlantique 
En tous genres lancé des vers accouchés dans la pomme 

D'Adam et Eve on a idée des choses ingénue 
Faut-il en rire ou en pleurer se donner tant de mal 
Pour ignorer ce que l'on est sous ce bon capital
Croire en ce que l'on n'est jamais qu'à s'en retrouver nu

Le conte démocratique se paiera de sa haine
Du réel et fera la guerre au prix de son mensonge
Choisir c'est renoncer sortir de classe est plus qu'un songe
Les prolétaires pour la perdre ont assez de leurs chaînes

Cachan, 22 février 2005 dans Sortie des classes

j'ai évoqué également dans ce texte mes amitiés "juives" autour du jazz, du duo, puis du trio et du quintette que j'ai formés dans la première moitié des années 80 avec Lionel Jacubowiez, puis Pierre Wekstein. J'en avais écrit un très long poème en alexandrins en 1990, dont voici un extrait. J'étais alors très influencé par les apports d'Aragon à l'écriture de l'alexandrin, ou plutôt du vers de 12 syllabes, dont le poète Jean Ristat aura repris le principe (voir Étude de la rime dans la poésie d'Aragon Geneviève Torlay, 1988)

Oui je reviens à moi ce n'était que paren-
thèse ha la famille on se croirait au cime-
tière j'y étais justement hier c'est marrant
vous voyez comme je me promène ici me

Direz-vous les mots les morts ce n'est pas pareil
ce n'est pas drôle pour tout le monde Monsieur
un peu de respect que diable et laissez les vieilles
en paix les jeunes ce n'est pas l'endroit qui sied

Pour leur courir au derrière je me répète
justement hier j'ai trouvé Gitle Lionel
ta grand-mère dont il sort toujours de ma tête
parce qu'à prononcer son nom est difficile

Enfin c'est bien la seule que j'ai mis en terre
ici te souvient-il ce triste temps de pluie
et de camps revenus il n'en restait plus guère
la peine était mouillée sur les visages juifs

LIVREDEL Livre de Catherine 1990 Chapitre 3 (six cent vingt-huitième nuit)

journal extime Lionel Jacubowiez in Patlotch "musicien"

enfin il y a des photos de mon quartier, de l'après-Charlie autour de l'Hyper-Casher porte de Vincennes, que l'on peut voir dans les gens, promenades socio-poétiques et nature, natures mortes et instablations

pour les habitués, désolé, je ressasse un peu, mais je ne lâcherai pas la partie. Il n'est pas question de créer un nouveau procès en 'négationnisme' de 'la question indigène', du moins n'est-ce pas mon objectif : Qui se sent morveux qu'il se mouche. Chacun prendra ses responsabilités en connaissance de causes et conséquences, mais l'argumentation de la Communisation, troisième courant n'a nul besoin de ce genre de bêtises pour faire la preuve de sa validité, qui se prouvera je l'espère un jour sous les yeux de façon manifeste... communiste

30 mars

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27 mars

à propos d'une imposture de l'idéologie française : l'antisémitisme, les Juifs, le «terrorisme», les Autres et moi

je place ici, dans ce journal extime, cette intervention dont le contenu prête à penser qu'elle aurait meilleure place ailleurs, dans un sujet qui ne tient pas à mon opinion personnelle. Mais je tiens à m'engager à ce titre sans ambiguité, en évoquant quelques souvenirs personnels de mes dix ans, en 1961, à ces derniers jours. Je le fais d'autant plus facilement que je n'y tiens pas le rôle d'un héros, mais d'un simple témoin

que les gens soient blancs ou noirs - ce qu'ils ne sont jamais vraiment -, bleus ou verts, à pois ou à rayures; qu'ils soient athées ou croyants de telle ou telle confession, qu'ils viennent d'ici ou d'ailleurs... pour l'essentiel je ne m'en préoccupe pas, et n'adopte pas envers eux une attitude différente au-delà d'adapter mes paroles à ce qu'ils en entendent

les seuls ou presque à propos desquels il faudrait ne pas se comporter de cette façon somme toute "naturelle" seraient les Juifs. Non pas tant vis-à-vis d'eux, dans le contact, mais quand on en parle, la plupart du temps en leur absence : « les Juifs ceci, les Juifs cela...»

au début des années 70, j'ai eu des camarades juifs au PCF, à l'accent yiddish à couper au couteau, qui avaient été résistants dans les FTP MOI (Main-d'œuvre étrangère dont relevait le groupe Manoukian, le jeune Henri Krasuki...) : des «terroristes»

dans les années 1980 à 2000, j'ai vingt ans durant fait partie d'un groupe d'amis dont la moitié étaient juifs, souvent de couples mixtes dont l'un ou l'autre était juif. Hormis les fêtes traditionnelles ou familiales, les références musicales ou culturelles, cela n'intervenait jamais dans nos échanges, sauf à propos du passé, des camps, de la résistance, et de la politique d'Israël. La plupart étaient athées, et beaucoup provenaient de l'émigration polonaise, parfois communiste, et avaient perdu grande partie de leur famille dans les camps ou la résistance aux nazis (des «terroristes» genre FTP MOI, Groupe Manoukian ou 'Orchestre rouge' de Trepper). Ils avaient de très bonnes situations, proffeseurs, chercheurs, médecins... étaient raisonnablement de gauche et insoupçonnable de racisme, tant leurs liens familiaux ou amicaux s'étendaient à tous les continents. Je ne les ai jamais entendus se plaindre d'antisémitisme. Je ne les vois plus depuis dix ans, non en raison de leur origine juive, parce que j'ai voulu rompre mes relations avec leur milieu social, qui m'ennuyait et dans lequel je ne me sentais pas à plus ma place qu'au travail avec 'la classe de l'encadrement'

j'habite depuis douze ans à trois cent mètres d'une école juive qui reçoit des enfants de plusieurs départements, que les parents déposent et viennent chercher, en présence de la police, depuis des années. Ce n'est pas sans provoquer quelques difficultés de circulation. Progressivement, des familles ont acheté des maisons alentours, afin de se rapprocher de l'école. Il y a quelques années, des murs métalliques et des caméras de surveillance ont été installés, donnant à cette école l'apparence d'un camp retranché et créant une ambiance pré-guerrière

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un projet d'immeuble d'habitation de 5 étages a été lancé à proximité sur des jardins potagers, en limite d'une zone interdite aux constructions de plus de 10 mètres de hauteur. Une pétition a circulé pour demander à la municipalité (communiste) de refuser le permis de construire, qui provenait d'habitants du quartier, à l'époque petits propriétaires d'origine modeste plutôt âgés, qui tendent à être remplacés par des «bobos» fuyant les prix parisiens de l'immobilier et peinant à caser leurs quatre-quatre haut-de-gamme (les sociologues appellent ça «gentrification», parce que bougeoisification est un mot cochon). J'ai refusé de la signer, ce que j'aurais fait si ce n'avait été un projet "juif" pour des juifs, et bien que n'appréciant guère les regroupements communautaires quand ils ne sont pas contraints socialement, comme les cités du quartier des Larris plus bas ou des Grands Pêchers plus haut, dont la population 'indigène' n'a pas le choix de vivre ailleurs. Le permis a été donné, les travaux sont en cours depuis deux ans

aujourd'hui, depuis Charlie, trois militaires sont en faction toute la journée devant l'école, et plus loin devant le temple, aux heures où il y a quelqu'un à l'intérieur, et, aux heures d'entrées et sortie des enfants et du personnel, toujours la police en plus. Je ne suis pas un spécialiste de la guérilla urbaine, mais à mon avis, ces trois militaires risquent davantage leur vie qu'ils ne protègent quoi que ce soit d'actes «terroristes». Je n'ai depuis douze ans résidant ici entendu parler d'aucune agression antisémite en provenance des cités quelques centaines de mètres plus loin, à Fontenay ou Montreuil. Pour l'heure, la fonction semble plus idéologique que militaire, pour entretenir le climat que l'on sait, à visée de politique intérieure, militaire extérieure jusqu'à nouvel ordre : « Peuple français, ton Etat te protège, nous sommes ensemble en guerre contre le «terrorisme» »

le quartier vit paisiblement, je l'ai dit, dans un mélange de populations et de commerces 'français de souche', portugais, arabes, turcs, juifs, pakistanais, maliens, sénagalais, italiens, libanais, roms... Il est vrai que les gens ne se mélangent que fort peu, ou plutôt que les 'Français de souche', sauf les plus pauvres, ne fréquentent pas ces lieux identifiables. Dans certains de ces commerces où j'aime aller parce qu'ils sont proches, ouverts tard, et disposent de produits qu'on ne trouve que là et à des prix défiant la concurrence des grandes surfaces, il est rare que je rencontre un.e autre blanc.he. Les plus communautaristes ne sont pas ceux qu'on croit, et les derniers ne sont pas les Juifs, alors même qu'ils n'y sont pas contraints par un rejet de classe, de type prolophobie racialisée

cette image quotidienne, dont j'ai donné quelques photos, c'est un peu le monde vu d'ici, la France et son rapport à l'antisémitisme, aux 'Autres', au «terrorisme» et à son «peuple citoyen»

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les premières victimes de l'antisémitisme sont par définition les Juifs. Rien de plus insupportable que la comptabilité comparative des morts, agressions et insultes à l'autre de l'autre, tant pour l'antisémitisme, tant pour l'islamophobie, tant pour le 'racisme anti-blanc'... même si elle n'est pas vide de signification. Mais les Juifs sont aussi et surtout, en masse, les victimes de la lutte contre l'antisémitisme, qui se retourne contre eux quand elle instrumentalise la mémoire du génocide nazi, avec la complicité française et le silence d'une immense majorité de français pendant l'occupation, accroissant les tensions créées par la folie capitaliste occidentale en Orient

cette instrumentalisation trouve ses sources  au procès de Nüremberg, quand les "Alliés" occidentaux, aujourd'hui la so called « communauté internationale », ont dû se contorsionner juridiquement pour la qualification de "Crime de guerre" et de "Crime contre l'humanité" du génocide nazi, tout en évitant que la définition ne puisse en être retournée contre eux comme puissances encore colonialistes dont la France, contre les USA de la ségrégation institutionnelle, contre l'Afrique du Sud de l'Apartheid

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cette instrumentalisation de l'antisémitisme remonte à la création de l'État d'Israël en 1947, non pas seulement pour accueillir la diaspora juive souhaitant s'établir sur une terre à elle, avoir un pays comme tout le monde, mais surtout pour installer dans la région, aux avants-postes des conflits par lesquels les puissances colonialistes occidentales, porteuses de la civilisation démocratique du progrès de l'humanité, et des valeurs universelles glorifiant la République française bourgeoise, entendaient s'approprier les bénéfices des richesses pétrolières et minières, posséder un avantage stratégique dans la guerre froide contre l'URSS et le nationalisme arabe ou les luttes de libérations nationales

cette instrumentalisation se poursuit depuis 70 ans, 70 ans de guerres et d'interventions occidentales, néo-coloniales et impérialistes dans la région, mettant en péril toutes les populations, au premier rang desquelles les Palestiniens, mais aussi celle d'Israël, qui vit dans la peur, et reconduit systématiquement tous les gouvernements guerriers de gauche comme de droite, dans des conditions aujourd'hui aggravées, car les États-Nations de l'Occident capitaliste sont prêts à tout pour maintenir leur suprématie, ou du moins, s'ils n'arrivent pas à enrayer la montée en puissance de la Chine et des pays émergents, le taux de profits des capitaux transnationaux appuyés sur leur puissance, leurs États nations et leurs organismes internationaux

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il serait possible, mais je préfère l'éviter, de faire appel ici aux catégories de sionisme et d'antisionisme, celle à compréhension variable d'islamophobie, ou celle plutôt claire mais impropre voire démagogique de «philosémitisme d'État», puisqu'elle met la question juive au cœur d'objectifs dont elle n'est que l'instrument. Ces notions et les interminables polémiques qu'elles entraînent ne sont pas indispensables pour comprendre la logique de cette imposture, particulièrement gratinée en France, de l'instrumentalisation de l'antisémitisme. Imposture telle qu'on ne peut pas en parler sans être soupçonné ou accusé d'antisémitisme, le but étant ailleurs, empêcher de mettre en cause les intérêts et les politiques qui ont produit cette situation et la reconduisent depuis 70 ans

il y a une responsabilité des «peuples» en tant qu'ils se considèrent et agissent comme tels, quand ils votent et choisissent ou soutiennent des Pétains, des Hitler, des Obama, des Sarkozy ou des Hollande, des Netanyahu et des Hassad... et il n'est pas étonnant que d'autres «peuples» les tiennent pour responsables de politiques qu'ils ont choisies, soutenues, ou contre lesquelles ils n'ont rien fait : pas de détail quand on raisonne «peuple» et nation en tête... Au nom de leurs dirigeants responsables ou gênants, certains se prennent des bombes qui font centaines de milliers de victimes civiles, femmes et enfants, d'autres en retour des kamikazes ou desesperado n'ayant que la vie à perdre et le ciel à gagner pour massacrer quelques dizaines d'innocents, sans toujours le souci de distinguer races et obédiences : tu appartiens à tel «peuple», peu importe ta couleur, tu crois en tel dieu qui n'est pas le mien tant pis si je me trompe. Pour que ton «peuple» ait peur, tu dois payer, tu dois crever !... Mais laissons ce point ici

il n'existe pas à proprement parler un « philosémitisme d'État », les gouvernants français s'en foutent, des Juifs, autant que des «Musulmans». Ils roulent pour le Capital, et il est des capitalistes juifs, des hommes politiques juifs, des journalistes juifs, des idéologues juifs - peu importe la proportion - qui participent à cette imposture, qui n'est pas juive, mais idéologique au service de l'argent, du pouvoir, et de la domination capitaliste occidentale, et de leurs petites gueules à tous et toutes. Il est des Juifs, qui se disent tels ou le tiennent discrets, pour se dresser contre cette imposture instrumentalisant l'antisémitisme au service de ces intérêts. Aujourd'hui, ils ne peuvent pas parler sans qu'aussitôt de supposés amis de la lutte de classe, qui d'extrême-gauche ou anarchiste, qui radicalement démocrate pour la liberté d'expression et d'information, n'évoquent une «théorie du complot» «rouge-brun», ou un «confusionnisme» les renvoyant à une "alliance objective" avec les fascistes

c'est au point où la question de l'antisémitisme envahit les préoccupations de la gauche, de l'extrême-gauche, et de certains groupes de théorie radicale supposés s'en prendre au capital, alors qu'on voit traitée marginalement la question raciale, qui aura fait considérablement plus de victimes depuis des siècles que le supposé plus grand génocide de l'histoire contemporaine. Comment veut-on que puissent l'entendre, le comprendre ou l'interpréter, et l'accepter les héritiers de ces carnages, ou ceux qui vivent aujourd'hui les conditions qui en résultent ?

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comment veut-on qu'il n'existe pas en France un Dieudonné pour le pire, un PIR pour ses vérités autant que ses ambiguités, alors que tous ceux qui avaient la responsabilité d'éclairer théoriquement et politiquement ces questions, ont porté et portent encore l'idéologie française de cette imposture, par leur silence théorique ou leur participation politique active, comme j'en ai donné nombre d'exemples chez des communistes, des libertaires, des anarchistes, des ultra-gauches, des théoriciens supposés radicaux ?

il faut encore que des vieux communistes s'y collent (Henri Simon 93 ans !), pour rappeler à la décence ceux qui dérapent; pour faire remonter à la mémoire commune ce que furent les guerres de libération du joug colonial et leur réalité en terre de France, celle officielle qui jetait en 1961 les Arabes à la Seine, une manifestation préparée chez un camarade et ami, il avait alors 20 ans, qui participait aux réseaux alors clandestins aidant en France le FLN : des «terroristes». La charge de 'plastique' posé chez lui quelques semaines plus tard par l'OAS rata sa cible, quelques verres brisés, sa mère aux cent coups... La même année un «fellagah», «terroriste» algérien fuyant la police, se réfugiait dans le poulailler de mes grands-parents au fin fond d'une bourgade d'Allier, une histoire dont le voisinage agrémentait ses soirées-belotes des années plus tard, comme s'il y était allé de leur vie

journal extime couronnes des Ambassades des États-Unis et du Japon

ce déplorable glissement de la gauche de la gauche, de communistes revendiqués libertaires, d'anarchistes et de post-ultra gauche, me crée un malaise sans nom, quand je le rapporte à leur critique du mouvement ouvrier communiste «programmatiste», auquel appartenaient les «terroristes» juifs, algériens, ou français dont j'ai parlé plus haut. Ils étaient alors favorables à la «dictature du prolétariat», et ne connaissaient vraisemblament rien de l'Ultra-gauche historique, de Socialisme ou Barbarie ou des polémiques sur les Conseils ouvriers si chers à l'IS de Debord et sa bande de petits-bourgeois situationnistes. Un malaise quand je le rapporte à la critique radicale du militantisme de la part de personnes qui n'ont pas connu plus que moi ces heures et ces engagements-là. Des personnes qui ne viennent ni d'un milieu ouvrier ni d'un milieu 'indigène', des personnes dont peu m'importe que certaines soient juives, mais dont je sais que toutes sont blanches. Un malaise quand je vois des idées similaires reprises à l'extrême-droite catholique sans la moindre contradiction, puisque tous, à un degré ou un autre, partagent l'idéologie française quand ce n'est pas son usage de l'antisémitisme, et se fout complètement de 'la question indigène' près de chez eux. Un malaise quand leurs théories sont idéologiquement compatible avec l'idéologie française : quelle importance devant la radicalité sans frontières de leur universalisme prolétarien abstrait ?

mais après tout, certains, naguère injustement accusés de «négationnisme», ne sont-ils pas partisans d'«un monde sans morale» ?

les silences quand ce ne sont pas les accusations provenant de «notre camp», mon camp, personnellement, je les tiens pour complices de cette imposture idéologique française, et même si continuer à le faire n'est pas de nature à rompre l'isolement dans lequel on me tient, je ne me taierai pas

19 mars

le monde, internet et moi

prétendre n'être point addict, ma lectrice ne me croirait pas. Et dieu sait que j'en suis le premier affligé voire vaguement honteux, d'autant que je sais fort bien m'occuper à d'autres choses, et qu'internet n'est pas pour moi le moyen de tromper l'ennui, pas plus que la télé, mais je me suis toujours refusé à l'avoir chez moi (y compris aujourd'hui via internet) : je choisis qui et ce que je veux entendre ou voir, à qui je veux parler, et ce que je veux dire. Point. Ni dieu ni maître ni valet de chambre d'écho. Point. J'écoute mais ne rompt point sur ce principe élémentaire d'hygiène et liberté, qui passe ou qui casse

oui, c'est une posture facile. À singer. Dans ce cas elle pue à l'autre bout du monde sa suffisance et son mépris. Mérite mon mépris. On l'a vu, on le reverra. C'est plus affaire de savoir écouter et d'exigence de soi-même que des autres, selon ce qu'ils exigent d'eux, comment ils savent écouter et renvoient l'ascenseur. En-deça d'un certain seuil, la conversation n'a aucun intérêt, puisqu'il n'y a pas de rencontre

seulement voilà, autant qui, autrefois, par ses obligations économiques et domestiques, ou d'autres occupations diverses de bricolage ou d'ordre "culturel", pouvait regretter ou crier haut et fort : « Je n'ai pas la télé », autant se retrouve un peu couillon ou écolo-Robinson qui prétend pouvoir aujourd'hui se passer d'internet, surtout quand il peut s'y exprimer, serait-ce en envoyant ses bouteilles à la mer ou plus prosaïquement mettre sa merde dans les tuyaux au net, et pas toujours honnêtes

j'appartiens à ces générations qui sont passées de la télé à l'internet, des livres à la maison aux textes en ligne, de l'écriture à la main à la frappe sur le clavier, etc. Quand j'étais petit, ni téléphone ni télévision chez mes parents, peu de livres, et chez mes grands-parents, un point d'eau froide et les chiottes au fond du jardin

j'ai trop vu et encore mes parents crever d'ennui et d'isolement pour n'avoir voulu se connecter quand ils pouvaient encore, souffrance aggravée par une solitude mortelle quand on ne peut plus sortir de chez soi... Alors j'essaye de me préserver d'être coupé de tout par défaut d'être a minima branché par des machines numériques qui semblent incontournables aujourd'hui

le monde, sans internet - comme on disait autrefois "sans la radio" puis "sans le téléphone" ou "sans la télé", la voiture ou l'avion, celui qui permet à ma compagne de visiter ses propres parents au Japon en un vol d'une dizaine d'heures pour 10.000 km - le monde au-delà de mon quartier et de mes sorties alentour, de la radio qui me donne des nouvelles, et voir lesquelles, seulement de France ou de «la communauté internationale», comprendre l'Occident capitaliste...

le monde, je ne le connais que grâce à internet, et une certaine faculté pour y trouver, même caché, ce qui s'y trouve, sur la base de connaissances acquises autrefois par les livres, les disques, les rencontres dont ne comptent pas pour peu celles que j'ai faites - comme communiste dans un parti "stalinien", mais de masse avec des ouvriers, des femmes, des Noirs, des Arabes et des Juifs, des jeunes et des vieux - comme amateur-musicien de jazz - ou dans un milieu d'artistes peintres

le monde, je préfère le connaître par internet que du fond d'une ZAD, en militant se pensant au centre du « local qui change le global ». L'esprit petit-paysan-artisan français, dont ils témoignent parfois, voilà un bon vaccin contre la valeur du slogan « Fermez la télé, descendez dans la rue ! ». Dans la rue, on n'y voit que ce qu'on peut et sait voir une fois qu'on connaît mieux le monde, par internet entre autres, ce dont je suppose témoignent mes photos

quant aux voyages, j'ai écrit mille fois, comme Thomas Bernhardt, que je n'étais pas un touriste, pourquoi je n'ai pas envie de connaître l'Afrique ou l'Asie en voyageur occidental. Si j'ai quelque chose à regretter, c'est de n'avoir pas été un aventurier, ni d'esprit ni de corps. Peut-être parce que j'ai connu, en poète, les limites d'un Rimbaud, et des voyages en Abyssinie... Limites d'un grand homme par son intelligence inscrite dans son temps, comme celle de Marx, et qui, s'il ne fut pas trafiquant d'esclave, écrivait à la République française pour l'informer et lui suggérer ce qu'elle devrait là-bas entreprendre, au temps des Colonies

il faut vraiment être un ado inexpérimenté ou attardé, un lecteur ou un penseur bourgeois, pour faire dire à Rimbaud plus et mieux qu'il ne pût en son temps hors de sa poésie. Quant à sa poésie, si elle dure éternellement, c'est parce que ses poèmes, comme tout vrai poème, établissent un rapport vivant entre un texte et un.e lecteur.e, d'une geste performatrice au présent de la relation (Meschonnic L'Oeuvre-sujet, Edouard Glissant, Poétique de la relation)

une geste entre soi et un autre, entre soi comme autre appelé ('je suis un autre') et l'autre pris en considération comme "je"

qui considère l'autre comme l'étranger réceptacle de son discours se voue à une fermeture, tôt ou tard implosive sur le plan individuel, explosive sur le plan social

DANS LES DENTS

Apologue

J'habite un bord de terre

C'est une dent cariée par l'océan 
 ici pas large plus qu'une rivière

En face il est un continent 
 monté sur des fadaises 
 et cette enseigne 'à l'étranger'

Mais l'on n'ira jamais 
 par les chemins tracés 
 sur les eaux à la nage 
 Qu'un fort remous emporte 
 au fond de la carie 
 Où s'enlace une morte 
 à son homme qui rit

Ils ont fait douze filles 
 avec des trous aux dents 
 et l'on glisse dedans 
 des sous pour la famille

Quand en face soudain 
 la falaise est tombée 
 la carie s'est bouchée

Les filles n'ont plus faim

Au compte il est mis fin

12 juin 2012

7 mars

journal débord 24:01

j'avais commencé l'année avec de 'bonnes résolutions', me consacrer davantage à la poésie. Bon ben c'est raté. Pas tant du fait des assassins de janvier eux-mêmes que par ce qu'en est changée la situation, et l'impossibilité d'une concentration sur l'écriture poétique qui, quoi qu'on en veuille, demande un certain retrait, car on n'écrit pas dans la langage de la poésie comme dans celui de la théorie ou du commentaire quotidien dans le langage commun partagé, qui ne souffre s'il est clair ni ambivalence ni "confusionnisme"

le fait est que je me suis engagé il y a une quinzaine d'années dans la compréhension de théories qui jusque-là me dépassaient, et donc avec la compréhension du monde. Je dois bien reconnaître que lisant quelques textes d'Althusser dans les années 70, je n'y comprenais rien (moins qu'à Lénine ou quelques extraits de Marx) sauf quant aux charges contre le PCF, que je partageais en termes de dissidence interne mais sans le background théorique. Idem avec Derrida, dont j'ai bien pu lire « Spectres de Marx » avec plaisir mais sans en retenir grand chose, hors l'idée que Derrida n'était pas hostile à Marx sans trop comprendre comment, qui revient aujourd'hui...

mon rapport à ces théories, et particulièrement à celle de la communisation, a évolué de telle sorte que je me suis retrouvé, alors que je n'en étais qu'un amateur impliqué, à commencer par les comprendre par les textes, et à y tenir, marginalement mais obstinément, un rôle qui dépassait mes scrupules de non-théoricien, ma mémoire défaillante, et l'embarras voire la frayeur dans laquelle me met toute polémique un tantinet tendue, y compris et surtout quand elle se planque derrière la forme de politesse requise par les "camarades", pourvu qu'ils évacuent le fond des problèmes posés pour la bonne incompréhension de la galerie, virtuelle ou non : 

un "Summer Meeting" communisateur n'enterre pas moins les problèmes qu'un Congrès "stalinien" sous le principe du « Centralisme démocratique » ou que « la discussion démocratique » présidant au changement de direction de la CGT. Ayant connu les deux, la différence n'est qu'entre concerner des centaines de milliers de "camarades" ou quelques dizaines, dont la plupart dans ces circonstances sont muets

les choses évoluant et prenant conscience que je ne disais pas de plus de conneries que les autres y compris en m'exprimant davantage, je fus mis au pied du mur de m'y coller plus sérieusement. C'est ainsi que je l'ai fait par intermittence avec des textes jalons de mes positions, en 2006, 2012, 2014... Je l'ai fait sans prétention à la totalité théoricienne, pour le principe autant que par réelle modestie face à l'ampleur de la tâche. Cette dernière période, 2014, fut davantage celle de recherches documentaires tous azimuts avec les commentaires que je pouvais en faire en surfant sur des résumés ou des extraits

sans entrer à vrai dire dans un travail théorique approfondi et la formulation en découlant, j'ai procédé comme à mon habitude par intuition, au feeling, ne fermant aucune porte ouverte... J'ai posé des jalons aux fortes potentialités, mais sans en exposer la teneur dans les termes habituels de la théorie des livres. Même s'il est précieux de pouvoir suivre le cheminement d'une recherche, je ne saurais exiger de mes lectrices qu'elles soient collées à mes cogitations pour en percevoir ma prétendue « cohérence ». Je conçois que me suivre soit assez vite décourageant, et que m'aborder d'emblée en bloc fait qu'« on s'y perd un peu », comme me l'a gentiment dit Jacques Camatte

quant à la différence entre produire des textes, des livres ou revues décallées présentés comme autant de jalons incontournables à la façon d'avant internet, et ma manière de publier en temps réel sur plusieurs registres, je considère qu'elle est bien plus proche de la méthode de Marx considérée après coup, c'est-à-dire au vu ensemble des livres publiés, de ses articles pour la presse américaine, de sa correspondance, de ses carnets et de ses interventions politiques dans le mouvement ouvrier. On dirait que certains ne vivent pas vraiment dans leur temps, et je ne m'étonne pas qu'ils soient aussi peu en prise sur leur temps

*

depuis Charlie, avec la découverte des études coloniales et subalternes par les livres, et non ce qu'on en dit ou fait, je suis confronté à la nécessité - à l'obligation vis-à-vis de moi-même - de m'y coller ou pas, et c'est pourquoi la teneur de mes interventions a changé, se faisant plus précise, mieux argumentée et plus incisive, et je suppose à la vue de la fréquentation des pages en cause, plus intéressante... J'ai moi-même été surpris de constater la cohérence des résultats au regard des apports divers et sans rapports apparents (qu'à Marx, in fine) que je sollicitais

du coup je me découvre plus théoricien que je ne l'aurais imaginé et souhaité, et ce n'est pas sans m'embarrasser d'une responsabilité réelle ou imaginaire. Je suppose que tout chercheur ou artiste qui ne se prend pas pour Dieu a ressenti cet état d'incertitude devant ce que produit sa propre création (comme un rêve de chacun en est une incontournable, et preuve de l'existence de l'inconscient). Certains chemins nous échappent et nous ne nous sentons que l'œuvrier de l'accouchement de quelque chose qui nous dépasse, bien que la formule « les auteurs ne sont que les accidents de la pensée » me semble frappée d'idéalisme universaliste et de refoulement des singularités individuelles : c'est quoi, la "pensée" du monde comme totalité en dehors de l'idée que s'en fait chacun.e ? Prétendre à tant de modestie, c'est encore imaginer que tel auteur pourrait à lui seul formuler cette pensée du monde existant en dehors de lui comme une objectivité "matérialiste" : une prétention de philosophe pré-marxiste

[...]

il y aurait encore ma graphomanie compulsive, mais bon, reprocher ça à quelqu'un qui s'exprime par l'écriture, ça ne pisse pas plus loin que de dire « Patlotch, quelque chose à dire sur tout, et surtout quelque chose à dire ». À qui le pense, je pisse à la raie d'élégance, car à cette aulne-là, la plupart des philosophes ou écrivains ont produit en quantité beaucoup plus que mézigue, et seraient donc bien plus gravement atteints

[...]

et puis il y a la photo, mais c'est encore un peu la même chose : on ne voit bien que si l'on pense bien, mais comme dans l'improvisation de jazz, on ne fait de bonnes photos qu'en arrêtant de penser. C'est un "métier", encore que ceux qui le possèdent techniquement n'en fassent que selon ce qu'ils pensent. C'est pourquoi en matière de photo, je n'ai aucun scrupule, aucun complexe d'infériorité, alors qu'en théorie, et quoi que j'en dise, cela ne va pas de soi vis-à-vis de théoriciens formés à l'Université (en histoire, philosophie, sociologie...) qui sont tout sauf autodidactes, ou autodidactes dans le domaine étroit du "marxisme" ou d'un "marxisme" étroit, ce qui les rend aveugle à... ce qu'ils ne voient pas

ma démarche initiatique au long cours présente les avantages de ses inconvénients, dont je crois en dernière analyse tirer partie, du fait que partant d'une formation scientifique et technique, je m'intéresse à tout, sauf à la fat' boule et autres loisirs à remplir le temps d'une perte de soi. Je préfère consacrer du temps libre à faire des progrès en cuisine, c'est-à-peu près la seule chose qu'on me renvoie positivement (je ne parlerai jamais de ma vie sexuelle sur Internet autrement qu'à travers le filtre magique et performatif de la poésie). L'esprit scientifique et technique, autant que l'esprit artiste, sont précieux en philosophie, parce que l'expérience concrète dont ils s'alimentent ramène toujours à considérer les faits plutôt que les idées. Le chercheur en sciences physiques comme l'artiste ne peuvent pas faire autrement, dans leur pratique, qu'être "matérialistes"...

le philosophe de métier, ça dépend, comme aussi le théoricien (de métier même non professionel) qui penche à la philosophie sans pratique quelle qu'elle soit en référence, se sent si menacé par ce qu'on appelait idéalisme (ou humanisme théorique), qu'il en rajoute au point d'évacuer les questions de la subjectivité. Ainsi lira-t-il Marx comme Hegel, en philosophe ou théoricien communiste, plutôt qu'en communiste théoricien

la conscience ou l'intime conviction - modestie ou immodestie mises à part - que j'ai de tenir une place singulière dans tout ce bordel, me pousse à continuer

je dirais qu'écrire de la poésie n'est qu'un devoir vis-à-vis de moi, alors que faire de la théorie m'apparaît comme un devoir vis-à-vis des autres. La photo, comme rigoler, c'est pour être (à peu près) sûr de partager quelque chose, à en rire ou pleurer, comme disait Martial Solal (cf 'vous faire rire et pleurer') *

est-ce grave, docteur ? est-ce, 'camarades', un problème de morale à éradiquer ?

* vérifiant ces pages, je vois que les photos en marge ont disparu. C'est à l'occasion d'un nettoyage drastique d'ordinateur, le genre qui rappelle que toutes mes accumulations sur le web sont extrêmement fragiles, à la merci d'un crash ici ou d'une rupture de contrat avec mes "serveurs"  - je n'ai pas de "manuscrits". Je préfèrerais que ça n'arrive pas avant que je disparaisse moi-même, de mort "naturelle" ou délibérée. J'en serais tout retourné, un peu comme l'ami François Dufrêne qui, apprenant qu'il était cardiaque, en conçut une maladie mortelle

17 février

le hic laïque : religion et athéisme au Japon... laïcité, morale et... communisme

vérité de ce côté des pires aînés, erreur au-delà...

un pur formalisme

les Japonais ne comprennent rien aux textes bouddhistes, les rites "religieux" tendent à « un pur formalisme qui n'engage pas la vérité de l'individu », alors que « dans le schéma monothéiste, c'est toujours la vérité de l'individu qui est en cause dans sa croyance. »

journal extime Ishida Hidetaka, Penseurs japonais, 2006 p.159-162

journal extime journal extime

autrement dit l'athéisme humaniste occidental peut s'avérer d'un caractère plus "religieux" que la pratique rituelle du bouddhisme pour les enterrements et autres cérémonies. Un peu comme des athées qui assistent néanmoins aux obsèques chrétiennes de leurs proches, sans parler de la messe en latin...

la laïcité opium du peuple ?

quant à la laïcité, elle peut devenir une religion anti-religieuse bien pire que des croyances religieuses somme toute socialement relativisées, la laïcité opium du peuple ?

et la morale religieuse ?

une chose m'étonne beaucoup, c'est qu'on parle peu,dans les débats actuels, de la morale que porte toute religion. En 1968, on fustigeait « la morale judéo-chrétienne » plus que les religions elles-mêmes. Celle-là était mise en cause au delà du fait que les gens soient ou non croyants, y compris chez certains se disant athées, voire communistes... Le PCF « tendait la main aux chrétiens » (Garaudy était le spécialiste et théoricien de cette démarche) sur une base de fait morale, humaniste, et électorale

le glissement vers la mise au centre du religieux est donc général, y compris chez ceux qui sont contre les religions. Le problème n'est pas qu'ils mettent en cause les religions, et particulièrement l'Islam, mais qu'ils aient abandonné une position de classe

une morale communiste ?

savoir si celle-ci est affaire de morale, c'est une autre histoire, sur laquelle je m'exprimerai une autre fois, car je pense qu'il ne le communisme, même en étant un anti-humanisme athée, ne va pas sans morale, c'est-à-dire une notion de ce qui est bien ou mal... pour le communisme. Même ceux qui fustigent toute morale ne manquent jamais de se comporter depuis une certaine conception de la morale (au-delà même d'une éthique). Cette question n'est pas à confondre avec l'idée qu'on ne change pas le monde avec de bonnes intentions

16 février

complotisme et suite de la question franco-juive : à propos d'antisémitisme, de racisme et de communisme

je le précise à toutes fins utiles, parce qu'on trouve des sites alimentant des "théories du complot" (Réseau Voltaire, AlterInfo, Les Moutons enragés...) qui ne s'appuient pas moins en partie sur des informations vérifiables. De là à juger ces infos généralement peu médiatisées, comme douteuses, il n'y a qu'un pas. Si, par exemple et entre autres, Temps critiques se donnait la peine de s'informer, avant d'écrire n'importe quoi quant aux intérêts de l'Etat français capitaliste dans l'instrumentation des attentats - notamment de données sociales dans les banlieues où les deux Jacques ne mettent jamais les pieds -, cela leur épargnerait le ridicule de voir dans la manifestation du 11 janvier une réaction pouvant recouvrir, en mémoire des valeurs de la Révolution française encore partagées dans le monde, le sens d'une tension de la communauté franco-humaine vers « la révolution à titre humain » Correspondances autour des événements de janvier 2015

il y a un moment où s'exprimer depuis la classe de l'encadrement intellectuel, cela rend peu capable de faire de la théorie à prétention humaniste universelle, sans même parler de prolétariat. De plus, à bien lire Jacques Wajnzstejn, il s'exprime souvent en juif français soucieux d'antisémitisme, peu porté à considérer d'autres racismes touchant 1000 fois plus d'êtres humains dans un monde dont il ne parle jamais sauf pour déplorer le repli ego-identitaire (tu parles, Charles, d'ego-gestion dans les bidonvilles...)

j'ai connu ces milieux issus de l'immigration polonaise y compris communistes (héritiers de l'Orchestre rouge, Trepper, Krasuki, etc.). J'y avais mes ami.e.s intimes, à vrai dire du fait de la musique, du jazz, que je faisais avec l'un d'entre eux, mon ami véritable dont je regretterai toujours la simplicité, la modestie, l'authenticité, l'intelligence humaine et la générosité. Mais agglutinant les autres à leur milieu plutôt aisé, ils ne peuvent s'empêcher de faire communauté autour du principe culturel juif (rôle des femmes-mères notamment), et priorité à la communauté, si bien qu'au bout d'un temps, on n'y a plus sa place, ne serait-ce que par son origine sociale (la mienne en l'occurence plus modeste)

c'est aussi simple que ça, quand l'un d'entre eux, sioniste patenté, devant vingt personnes agglutinées dans une cuisine parisienne réunissant enseignants et milieu artistes du cinéma et de la télévision, intermittents ou pas mais franchement pas le gratin des vedettes, te lance à la volée : "t'es encore communiste ?", d'un air de dire « hé le coco de service ce soir, notre caution archaïque prouvant notre largesse de gogauche... » et que personne ne bronche, par solidarité d'amis de trente ans en couches moyennes supérieures, qui médecin, qui professeur, qui chercheur, qui leader de 'Touche pas à mon pote'... et tous fournissant leur science aux armées françaises dans le gratin polytechnique... à retourner Einstein et Freud dans leurs tombes. C'était à quelques mois des émeutes de novembre 2005, j'ai répondu en substance : « vous ferez une autre figure quand ça vous tombera dessus ». Que faire ? Je suis parti pour ne plus jamais les revoir

c'est tombé, retombé. Re tombé. Pas de nouvelles, chacun sa route et son sens de l'amitié, sa fidélité. Et ça retombera à grand bruit sur les tombes profanées

a condition pour être mon ami.e, c'est que nous ayons des choses à nous dire en prenant acte de nos différences et désaccords. C'est ce que n'a jamais su faire Roland Simon, qui reprend contact sans un mot sur ma critique d'une année, comme si l'on pouvait avancer sans être au clair avec ça. J'insupporte les pas francs du collier et autre tortillant du cul sans chier droit. Je ne me suis franchement jamais interrogé sur l'origine juive de ce Simon là, mais je connais celle d'un de ses proches, qui a troqué son nom de Dreyfus pour limiter les ennuis de sa progéniture, et qui théorise la race comme non structurelle au capitalisme... ça mange pas de pain, même sur les hauteurs de Marseille

heureusement, le jazz a produit des mélanges autrement à l'écoute, le communisme conséquent aussi, avec des théoriciens décomplexés qui abordent la question sans masque conceptuel et sans provocation du style « nous ne sommes pas anti-racistes, nous ne sommes pas anti-sionistes...». N'ayant jamais du fait de leur posture théoricienne à se situer politiquement en toute clarté, on peut se demander à quoi ils jouent, mais quand même relayant la névrose transatlantique du soldat Coleman anti-antisémite et mondialiste sans frontière

ils me sont incroyables, les Juifs qui trouvent à s'émouvoir de l'antisémitisme tout en considérant qu'être noir ou blanc ne change rien face au capital

j'ai assisté (sic) à un Summermeeting sur la communisation, en 2007, où une soirée 'off' avinée-enfumée tourna autour de la question juive, Israël, Palestine, etc.. J'ai fait remarqué que 16 millions de personnes dans le monde ne valaient peut-être pas qu'on oublie des milliards sous le joug du capirtalisme blanc occidental, et que notre assemblée ne comptait aucun noir (un demi-arabe, c'est vrai qui avait apporté du rap, Mingus et Ellington, et des blagues antiracistes...). On m'a envoyé paître et c'est ce que j'ai fait : dormi à la belle étoile, et faute de transport aisé, pas quitté au matin ce milieu du malaise social et racial parlant de communisme comme d'autres du sexe des anges. Les camps scouts, j'avais déjà donné

c'est là hélas que le bât blesse aussi et entre autres - bien qu'eux ne soient pas tombés dans l'anti-marxisme primaire qui menace Temps Critiques -, les théoriciens de la Critique radicale de la valeur dans le sillage de Postone. Chercher chez ces gens-là la moindre considération théorique sur la racisme en rapport à l'idéologie occidentale, c'est chercher une aiguille dans un champ de canne à sucre. Qui du point de vue théorique est parano dans cette histoire ?

il est si aisé (Temps critiques, Yves Coleman...) de se coltiner les resucées kanto-marxistes d'un Denis Collin ou du gauchisme à la belle âme abstraite déchirée par Gaza. Qu'ils viennent à confronter leur théorie étriquée à un Stuart Hall, ou même à un Patlotch infréquentable on the net, c'est une autre paire de manche intellectuelle, idéologique, et pratique. Plus un rien de courage, je les attends de pieds fermes, en théorie comme en pratique des quartiers. Pas de quartier pour la petite bourgeoisie à prétentions révolutionnaires

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la question franco-juive : de tabou à photos et à vous de moi

les discours français sont complètement piégés sur le terrain de l'anti-sémitisme, du fait du soutien à l'État d'Israël comme « sentinelle de la démocratie ». Ici, je reprends la formule de Roger Cukierman, pour parler d'une politique d'État capitaliste aux avants-postes d'une guerre de l'Occident capitaliste qui se raidit sur le déclin, sans besoin de convoquer sionisme ou anti-sionisme, terrain idéologique miné plus encore qu'islamophobie ou islamo-gauchisme

de même que j'ai évoqué la fermeture d'une boucle historique concernant l'Occident et les autres, nous sommes dans celle de la création d'Israël et de ses causes impérialistes occidentales, de ses raisons économiques et stratégiques d'alors sans cesse renouvellées. Les "Juifs" d'aujourd'hui, pour ainsi dire, n'y sont pour rien, qui payent comptant contents ou pas, comme les "Musulmans", le prix de ces histoires longues ou plus courtes, qui ne sont pas les meilleures

sur ces questions, il faut faire le double effort de résister à l'injonction de se taire ou d'être suspect, et d'en parler de façon juste. Pour moi, la seule solution est de le faire en communiste conséquent, parce que cela évacue les a priori idéologiques de toutes sortes comme la facilité des silences complices

journal extime les gens

dans cette photo près de chez moi, devant un temple juif orthodoxe, je ne sais comment interpréter le regard du soldat. La photo est prise avec un fort zoom, et je n'ai prémédité la saisie de ce regard... Je suis simplement persuadé que ces protections de lieux religieux, très déséquilibrées d'un point de vue laïque, sont faites pour rassurer les populations, sans grande efficacité et d'un coût exhorbitant (un million d'euros par jour voir aussi Les pièges du plan Vigipirate pour les militaires Le Monde 20 janvier)

toujours est-il que si l'on ne pouvait plus parler de la politique d'Israël, de ses alliés et soutiens idéologiques ultramédiatisés, sans passer pour antisémite, autant dire qu'user de certains mots, ou faire certaines photos, serait d'emblée coupable : aux yeux de qui et pourquoi ? C'est ma raison de photographier alentour tous ceux et celles qui vivent là, autant que possible en photographe, c'est-à-dire soucieux de témoigner plutôt que projeter sur la réalité un regard a priori. C'est en ce sens que reprenant la photo l'été dernier, j'ai parlé d'hygiène du regard (7 octobre)

je n'imaginais pas me prendre de passion pour la photographie. Tout est relatif. De quoi s'agit-il ? Non, je ne suis pas photographe, pas plus que je n'ai été musicien, peintre, théoricien... Poète, peut-être... Très simplement (encore que...) prendre des photos me donne à marcher, et à regarder les choses telles que je ne les considèrerais pas, pour proposer un autre regard sur le quotidien
après des années d'intérêt pour la théorie, qui n'a au demeurant pas cessé et qui m'aide à photographier autrement, c'est une pratique, une pratique artistique au sens fort, autrement dit qui inclue sa théorie : l'œil et la main pensent leur faire comme dans la peinture, comme l'oreille et la main en musique, et comme il est souhaitable que le fasse toute pratique sociale, surtout prétendant faire la révolution
de la même manière que la théorie est une hygiène de la pensée comme critique de ce monde, photographier est une hygiène du regard. Elle permet, sous certaines conditions, de se laver de l'idéologie, y compris de celle qui s'empare de la théorie... et de la photographie
prendre et post-traiter une photographie, c'est pour moi comme écrire un poème. Chaque photo tient par elle-même, mais n'est complètement saisie que dans l'ensemble qui lui donne plus de sens

on pourrait tout aussi bien m'accuser d'islamophilie pour mes photos de l'été dans les parcs avoisinants de Fontenay et Montreuil. Mais c'est comme ça, Musulmanes, Africaines, Roms, Turques, Pakistanaises, Portugaises... portent des foulards et ce peuple est plus présent parce qu'il est ici chez lui et ne part pas en vacances ailleurs (le peuple en vacance)

je ne prétends pas là à l'objectivité ou à la neutralité, je cherche plus simplement à regarder les choses telles qu'elles sont telles que je les vois. Ce n'est pas à moi de dire ce que je vois*, dans mes photographies qui devraient parler d'elles-mêmes. Mais il est évident que mon regard de photographe n'est pas sans rapport à mes considérations ou questionnements théoriques

Je vous laisse à mon tour comme le danseur qui se lève une dernière fois
Ne lui reprochez pas dans ses yeux s'il trahit déjà ce qu'il porte en lui d'ombre
Je ne peux plus vous faire d'autres cadeaux que ceux de cette lumière sombre
Hommes de demain soufflez sur les charbons
                                                 À vous de dire ce que je vois
Aragon, Les Poètes, Épilogue, Gallimard 1960 p. 213

je parle, au demeurant, aussi souvent que possible avec mes "sujets", avant ou après les prises discrètes, y compris avec les soldats. Ces moments de conversation sont des plus fructueux et ne m'ont jamais posé de problème. C'est une affaire de respect je suppose, d'un rien aussi de naturel et de spontanéité, voire comme disait un grand photographe japonais, parce qu'on ne photographie bien que ceux qu'on aime (tout est relatif). Si cela relève d'un humanisme au sens commun, je n'en fais pas benoîtement un humanisme théorique

parfois je m'éloigne un peu, pour mieux considérer cette histoire franco-juive dans laquelle, c'est comme ça, il n'y a pas photo

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12 février

échos

« Quand on parle de la pensée comme quelque chose qui a un objectif à réaliser, moi je ne suis pas sur qu'il y ait un objectif ou une fin pour la pensée. Dans le discours occidental, qui a l'habitude de se cadrer toujours dans la double postulation du sujet et de l'objet, quand on parle de la pensée, on pose un objectif pour un sujet pensant, un fin pour ce sujet pensant dans sa pratique de la pensée. Mais peut-être que penser n'a pas d'objectif. Penser est un processus de vie, c'est un aspect d'un processus de vivre. Il n'y a pas de fin pour cette pratique. » Nishitani Osamu in Yann Kassile, Penseurs japonais, dialogues du commencement 2006, p 182

j'aime ces phrases qui entrent en résonance avec le début de la 1ère et la dernière des thèses sur Feuerbach de Marx : « Le principal défaut de tout matérialisme jusqu'ici est que l'objet extérieur, la réalité, le sensible ne sont saisis que sous la forme d'Objet ou d'intuition, mais non en tant qu'activité humaine sensible, en tant que pratique, de façon subjective. / Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de diverses manières mais ce qui importe, c'est de le transformer.»

c'est une façon de dire que Marx est un des moins occidentés des penseurs occidentaux, et aussi que d'autres venant d'autres cultures n'ont pas à 'déconstruire' ce qui pour 'nous' est une prison idéaliste millénaire. 'Notre' problème est de savoir l'entendre, et pour cela il faut vivre avec eux

5 février 2015

pourquoi des éléments auto-biographiques dans mes écrits de diverses natures et fonctions ?

« Muse, [...] dont l'idéalisation par le poète [... paraît si charmante], s'en tire plutôt mal dans la vie réelle. Non seulement parce qu'elle doit supporter, même si elle y trouve du plaisir, les humeurs du maître divinement inspiré, mais parce qu'elle devient, très souvent, pour l'artiste, le symbole d'une idéologie qui ne convient plus - idéologie qu'elle a peut-être aidé à créer mais qu'il doit à présent surmonter et jeter par-dessus bord. Dans ce cas, nous nous trouvons en présence de ce conflit propre à l'artiste où [il] est à la fois incapable de créer sans sa Muse et, par sa présence, se trouve empêché de créer quelque chose de nouveau. Peut-être sera-t-il porté à la laisser tomber, avec l'idéologie d'antan, mais son sentiment de culpabilité ne le permettra pas. Au demeurant, ce sentiment n'est pas seulement éthique et en rapport avec la bien-aimée, mais il est intérieur et psychique, étant donné qu'il concerne le développement de l'artiste lui-même et sa fidélité envers soi.

Non seulement l'artiste qui trouve à ce conflit une issue créatrice en laissera apparaître les traces dans son oeuvre, mais cette dernière sera souvent l'expression assez pure de ce conflit même dont la solution doit être justifiée [...]»

Otto Rank, L'art et l'artiste, 1930, Payot 1984, L'artiste aux prises avec l'art, p.292 source Patlotch 2011 Agios, ou la muse à mort

« Car cette essence même d’un homme, son âme, que l’artiste engage dans son oeuvre et que celle-ci représente, est redécouverte dans l’oeuvre par l’amateur, exactement comme le croyant découvre son âme dans la religion ou en Dieu avec qui il se sent uni. C’est de cette identité du spirituel, sous-jacente au concept de religion collective, et non d’une identification psychologique avec l’artiste, que dépend, en dernier ressort, l’effet de plaisir produit par l’oeuvre et cet effet est, en ce sens, quelque chose de libérateur. Du sentiment d’avoir renoncé à lui-même (self-renunciation), qu’il éprouve au cours de sa création, l’artiste est soulagé dès lors qu’il se retrouve lui-même dans son oeuvre achevé et ce même sentiment, qui dresse l’amateur au-dessus de ses limites individuelles, devient chez lui, en se développant, non pas identification, mais sentiment de communion (feeling of oneness) avec l’âme qui vit dans l’oeuvre d’art, entité plus grande et plus élevée.

Ainsi, chez l’artiste, la volonté de forme exprime objectivement, dans son œuvre, la tendance de l’âme à s’immortaliser tandis que, chez l’amateur, le plaisir esthétique le rend capable, grâce au sentiment de communion avec l’âme, de participer à cette objectivation de l’immortalité. Mais tous deux, avec la dissolution simultanée de leur individualité en une totalité plus vaste, jouissent, comme d’un plaisir élevé, de l’enrichissement personnel de cette individualité à travers ce sentiment de communion. Ils se sont défaits, un instant, de leur moi mortel, sans angoisse et même dans la joie, pour le retrouver ensuite plus riche au regard de ce sentiment universel.»

Otto Rank (1884-1939), théoricien-psychanalyste, L’art et l’artiste, 1930, p. 106 source Patlotch 2002 la relation au public, le don aux auditeurs

un incertain, ici, croit pouvoir ironiser ou faire mine de penser que les éléments auto-biographiques, semés ici ou là dans des textes de natures et de fonctions diverses, ne sont que mégalomanie galopante. C'est dommage. Pourquoi ? J'y réponds comme si je ne le tenais pour ignorance plus que volonté de nuire

ce qui est drôle un moment n'est plus que méprisable quand il n'y a que ça, et c'est bien le problème de polémiques d'autant plus malsaines que leurs auteurs sont assurés qu'on ne leur répondra pas sur leur terrain de jeu, où ça passe pour argument politique. Ce n'est pas tant que je sois susceptible qu'eux ne tiennent pas tellement à la vérité, ni même à assumer la leur. Qui est modeste dans cette affaire ? Mais il faut bien que des imbéciles servent à quelque chose, détruire ou dénigrer est plus facile aux médiocres que construire ou proposer

1) concernant les textes de nature théorique, je suis comme Christian Charrier l'avait déjà fait remarqué à Roland Simon, et comme Lucien Sève dit aussi ne plus supporter les textes qui ne s'expriment pas à la première personne (retrouver et en attendant « Continuer à travailler et écrire sur la biographie, entendue comme le cours des vies individuelles dans le monde historique, tel est mon projet »)

il est tout à fait compréhensible qu'un théoricien parlant de questions générales n'éprouve pas le besoin de s'exprimer à la première personne. Peut-être pense-t-il le faire par modestie. Peut-être le retient une pudeur à parler de lui, à dire d'où il parle, y compris personnellement, de quelle origines sociales, de quelle vie sociale... Il ressort de l'évidence et de l'expérience que ces aspects sont essentiels dans les positions théoriques ou politiques que l'on adopte, naturellement avec d'autres facteurs de caractères et de rapport par exemple à l'initiative collective, au groupe, aux leaders effectifs ou "objectifs", aux "meneurs" usant et abusant de leur charisme

si la question était simple, tous les individus appartenant à une même classe sociale, avec grosso-modo les mêmes parcours, les mêmes antécédents ou les mêmes "vécus" se comporteraient de la même façon dans une situation de conflit social, par exemple. Et tous les enfants des ghettos seraient des terroristes. Or il n'en est rien, et l'on ne saisit pas pourquoi, du point de vue théorique, tant qu'on ne considère pas le point de vue de Marx dans une lettre à Annenkov, en 1846, où il est dit que « l'histoire sociale des hommes n'est jamais que l'histoire de leur développement individuel »

ici l'individu n'est pas l'individu particulier du capital comme généralité sur laquelle on palabre généralement pour théoriser l'individu (voire l'intime en dehors de tout aspect concret, puisqu'il ne faut pas partir de l'individu réel concret mais de son concept). Chaque individu ne dépassera son individualité capitalisée que sur la base de ce qu'elle est singulièrement, même si cela ne peut se faire que dans un mouvement d'ensemble, une dynamique de classe ou autre, sur la base d'identités à dépasser tout en partant de ce qu'elles sont, en tant que dominées, exploitées comme particularités communes à d'autres avec qui mener un combat commun, identités de luttes tant que l'unité n'est pas possible. Cf abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus On ne peut plus poser la question du Comment une classe s'abolit... en ignorant cette hypothèse, que je considère immodestement comme une avancée théorique, et compatible tant avec le corpus de Théorie communiste qu'avec celui de Temps critiques

me concernant, l'introduction de ces éléments auto-biographiques, d'une part ne dépasse jamais les limites de l'impudeur ou de la vie intime, d'autre part est toujours reliée à quelque expérience en relation avec des considérations théoriques plus générales. Si Marx ne le fait pas dans ses livres, il ne s'en prive pas dans ses échanges avec Engels par exemple, et l'on sait quel intérêt cela prend y compris pour comprendre sa pensée telle qu'elle s'exprime dans ses œuvres ou son activité politique. Il en va de même et différemment pour tout écrivain, j'y reviens en 2 et 3

je considère qu'il y va d'une capacité à la fois d'engagement personnel et de mise à distance de sa subjectivité, en la connaissant, ce qu'on appelle aujourd'hui 'dé-construction' (le mot est à la mode chez les féministes qui se considèrent comme plus ou moins « déconstruit.e.s de patriarcat »...)

l'idée est millénaire : « La formation de l’enfant, chez les Bambaras, vise avant tout à débarrasser l’être humain de l’ignorance qui l’empêche de se connaître lui-même »

2) concernant les témoignages sur ma vie professionnelle passée, mon quartier ou les quartiers alentour, le lycée de mon fils, mes promenades pour des photos socio-poétiques, etc. je ne vois pas en quoi ils seraient un étalage de prouesses militantes sur le front aigu de la lutte de classes, tant cela relève de banalités quotidiennes, et c'est en-cela justement que ça parle. Un témoignage en vaut bien un autre, c'est le mien, et il explique aussi certaines de mes positions politiques par ailleurs. J'y suis embarqué parce que c'est ma vie, percue en communiste, et pas celle d'un autre

3) concernant les textes légers, humoristiques...

la valeur des inserts auto-biographiques doit être relativisée dans la mesure où ce que je dis de moi est utilisée à la manière de l'écriture romanesque. Des éléments de la vie sont recyclés sans nécessairement être conservés tels quels. Cela peut aller de l'auto-dérision au jeu de mots utile ici ou là. Ce n'est pas même un mentir-vrai, mais un matériau de départ utilisé comme ingrédient et trituré pour aboutir à une forme-contenu satisfaisante, un niveau d'écriture fictionnelle ou poétique utilisant de l'humour comme principe d'effectivité, de performativité par le partage du rire ou du sourire

le texte MABOUL ISIDORE, roman-feuilleton est largement écrit sur ce principe, en brouillant les pistes d'une interrogation sur un rapport au communisme qui peut être le mien comme celui de tout autre qui s'y reconnaît ici ou là, en utilisant le non-sens qui fait sens à la manière de Pierre Dac voire de Raymond Devos, etc.

4) concernant les poèmes ou autres textes poétiques

ici, cela devient plus compliqué, parce que les poèmes engagent, à divers degrés et selon les thèmes, de l'intime, et c'est particulièrement le cas pour ceux tenant à l'amour ou l'amitié et à leur contraire inséparable et inéluctable, la haine. Écrire ces choses-là de telle façon que, d'un côté, elles remplissent leur fonction cathartique, libératrice ou rédemptrice, voire de pardon à tel ou telle, et que, d'un autre, elles puissent toucher un lecteur, une lectrice, comme s'il avait, à un moment de sa vie, ressenti quelque chose du même ordre, cette écriture-là suppose tout un travail de mise en mots, en mots justes pour autant qu'on ne triche pas ni consciemment ni inconsciemment, ce qui n'est pas exclus dans l'emportement de la forme

ce n'est pas grave au-delà de soi tant que s'exprime encore une justesse qui touche. Comme disait Paul Valéry : « Il faut être singulièrement sot pour attribuer à un poète les sentiments qui paraissent dans ses vers.». Ça dépend, et il est difficile de le savoir, tant le jeu du "je" et du "tu" dans le poème peuvent renvoyer à des sujets différents dont la personne du poète n'est qu'une possibilité. Tant que le lecteur ne lit pas un poème comme un journal à sensation, pas de problème...

de lectures méphitiques

or tout se passe comme si certain.e.s (me) lisaient avec les lunettes de leur obsessions, ce qui est de fait un journal dans plusieurs sens du terme. Journal fait de chroniques sur l'actualité ou contrepoint en marge (ex. mes Coulibaly préférés), aussi bien que journal comme en écrivent des écrivains pour une publication ultérieure, pas toujours véritablement intime, ou parallèlement à un vrai journal intime (Leiris par exemple). La seule différence est que je publie aussitôt qu'écrit, ce qui rend la chose plus sensible à la réception. C'est comme ça

en un mot il convient de me lire comme j'écris, aux quatre niveaux que j'ai évoqués, séparés ou parfois mêlés. Ni plus ni moins difficile que toute écriture travaillée une vie, comme on la trouve bien plus gonflée de concepts personnels et parfois abscons chez tant de philosophes et penseurs critiques (de Lacan à Deleuze, et de Temps critiques à Théorie communiste : la philosophie passe par l'invention de concepts, ni plus ni moins que les sciences dures ou les sciences sociales. De fait, je suis beaucoup moins auto-référentiel que beaucoup, et plus simple à comprendre aussi, ce qui ne veut pas dire moins sérieux ou profond

PS : les citations d'Otto Rank en exergue : ma contradiction permanente, c'est d'être clair en théorie politique, et de brouiller les pistes en tant qu'écrivain, semer le trouble et les questions. Je n'écris pas pour qui refuse d'apprendre à lire, ou renonce à l'effort de reconstruire le cheminement de la pensée pour penser/critiquer par lui-même. Tant pis pour les gens pressés, qui n'ont pas ce temps à perdre pour comprendre que je ne suis rien d'autre que le génie de moi-même. Comme tout le monde

c'est une ruse d'Arabe des lumières

journal extime

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le présent des méprises : le ras goût des ragots 19:51

« Parmi l'énumération nombreuse des droits de l'homme que la sagesse du XIXe siècle recommence si souvent et si complaisamment, deux assez importants ont été oubliés, qui sont le droit de se contredire et le droit de s'en aller Baudelaire, Préface aux Histoires extraordinaires d'Edgar Poe

Hé Sang chaud, prends ça !  suite du 1er février 'il va falloir se les farsir'

adé s'emporte encore en don Quichotte contre les moulins à vent de mes insultes (ici). Il n'en rate jamais une, car une fois de plus, il met à côté : non ce n'est pas lui le "membre de la secte TC". pepe relaye sans modération cette contre-vérité, qu'il devrait connaître en tant que membre de TC qui « fonctionne à la confiance absolue entre ses membres » dixit RS. Comme quoi "parano" c'est çui qui dit qui y est

journal extime Hé Sancho, prends ça ! 

ayant gentiment avisé adé de sa bévue, je ne doute pas qu'il en donnera acte, lui si épris d'honnêteté intellectuelle et si prompt à dénoncer, ici la classe ouvrière embourgeoisée, là mon antisémitisme. Mais je suis habitué, et leurs lecteurs aussi, à ce qu'adé, pepe, et d'autres ne donnent jamais acte de leur erreurs sur Internet. Pris en défaut d'arguments, ils se défilent avec courage, en public comme en privé. Mes critiques portent sur le fond, eux défendent leurs amis de trente ans au mépris des évolutions et de la vérité. Voilà pourquoi, petite haine et rancune tenace, ils sautent sur la moindre bavure de ma part, comptant il est vrai sur mon peu de sagesse légendaire :

« Les passions sont les humeurs élémentaires de l’esprit : dès que ces humeurs excèdent, l’esprit devient malade ; et si le mal va jusqu’à la bouche, la réputation est fort en danger. Il faut donc se maîtriser si bien que l’on ne puisse être accusé d’emportement, ni au fort de la prospérité, ni au fort de l’adversité ; qu’au contraire on se fasse admirer comme invincible.» Gracian L'homme de cours Ne s'emporter jamais, LII page 43

à moins que les véritables motivations d'adé ne soient ailleurs, par exemple couvrir son silence et celui de ses amis du milieu relativement à l'islamophobie, qui n'est pas un moulin virtuel, comme l'est devenu l'auteur d'In Limine dans sa dérive néo-nietzschéenne. Passé le temps de son intérêt pour la communisation, pas de quoi fouetter un chat, il a disparu du champ des enjeux théoriques communistes, après de précieuses remarques sur l'individualité et la fonction révolutionnaire de l'art ou des artistes authentiques. Voir entre autres le 14 mars 2014, un max de menaces ?

L'égoïsme contre l'égo
La passion du désintéressement et son sens selon Nietzsche

journal extime l'homme scindé

bien d'autres ont déserté la communisation passée la mode, adé a demandé à pepe de virer le lien In Limine de dndf - ce fut fait -, mais soutenu mordicus Incendo qui est devenu le magazine sexualo-féminin que l'on sait. D'autres sites sont en lien qui draînent une idéologie autrement dangereuse que le philosophe de In Limine : deux poids deux mesures ?

mais non, adé n'est que le petit concierge d'un petit milieu, il fait ragoût de ses ragots. Comme à d'autres, la théorie de la communisation leur est précieuse, en ce qu'elle les absout ses adeptes de n'en rien faire, pas même de pertinents commentaires critiques ou des reformulations plus accessibles. C'est en quoi l'adepte est par excellence adéquat au corpus

adé témoignera bientôt de sa grandeur d'âme, en répondant qu'il avait raison d'avoir tort, pour s'enliser dans son anti-patlotchisme primaire. Rira bien qui rira le dernier. Encore un point pour la crédébilité du corpus intouchable permanent

oui je conchie les béni-oui-oui, parce que ça fait 40 ans que je m'emmerde à évacuer leurs nuisances et leur fonction d'idiots utiles au maintien de pouvoirs divers et avariés. Tous ces imbéciles qui regardent le doigt quand on leur montre la lune, tous ces lignards qui changent d'avis du jour au lendemain quand sort un texte tournant à 180°. C'est le même mouvement, d'un texte du Bureau politique du Pécéfeu, en passant par la classe de l'encadrement de la CGT, à la ligne de TC sur le genre, ânonnée et copiée-collée en dépit du bon sens comme d'autres lisent le Coran à l'envers*; le même mouvement et le même but : faire oublier les questions qu'ils posent en discréditant les dissidents ou la concurrence théorique. En ce sens adé est un flic de la pensée, un grand charme pour un anarchiste

*« L'appel au dépassement dialectique des contradictions ne répond plus qu'à un réflexe conditionné.» JW ouvrage cité p.96

en vérité, tout ça m'amuse. Plaçant ma confiance dans l'intelligence et le sérieux de mes lectrices et lecteurs, je ballade avec plaisir ces anarcho-disciplinés. Je ne serais pas pris plus au sérieux en singeant le grand style des textes immortels pour bibliothèques du futur. Dans le genre rigolo, je serais plutôt le "Bernard Marris" de la communisation, à qui il manque un Charlie Hebdo communisateur pour que s'envole son Canard des Chaîné.e.s : j'assure tout gratos, les textes, les images, la mise en page, les blasphèmes, les enquêtes photos, la relecture et la mise en ligne, les gags et la ligne générale... et surtout rien d'obligatoire, tout le monde ne peut rire de tout, on n'est jamais drôle tout seul. Qu'adé fasse la gueule, c'est son bon droit républicain et laïque. Son ironie, elle n'est qu'un aveu d'impuissance à débattre cartes sur table, comme à l'époque où il ne jurait que par SIC. Non content de s'en être pris un bien bonne, il y revient en roulant des mécaniques qui ne sont pas les siennes : de la servitude volontaire en milieu anar ?

cela étant, je n'ai pas de mépris pour des discussions de forum que d'autres trouvent "oiseuses", parce qu'elles sont aussi signifiantes que les textes érudits des élites. Alors j'échange à tous les niveaux, du plus ardu quand je comprends, à la cour de récré méprisée par les professeurs qui ont tiré l'échelle de la séparation intellectuelle et de la médiatisation honorable. De lapine

RS lui, s'en fout, ou fait comme si, et le membre de TC que j'ai épinglé aussi je présume, mais je ne supporte pas qu'on tire dans dans le dos y compris à ses "camarades". On s'en fout de ces gamineries d'orgueil mal placé qui n'ont qu'un effet, non seulement de censure puisque je (me) suis interdit d'intervenir sur dndf, mais surtout d'évacuation des enjeux de fond, dont adé ne parle pas. Soit il ne les saisit pas, alors il n'est jamais trop tard. Soit il n'est pas d'accord, et dans ce cas qu'il argumente son point de vue sur les questions posées, tant par RS que par moi, ou d'autres, comme je l'ai rappelé ci-dessous

en attendant, dndf fonctionne comme tous les enfoirums sectaires, le forum féministe, LO, Bellaciao et d'autres, en évacuant tout ce qui fait débat sur des enjeux sérieux. On se retrouve entre soi, on savonne la pente des mariages consanguins, ici pour la procréation d'enfants difformes et débilitant... de la communisation. Tiens Anonyme a disparu en cours d'un débat prometteur sur le taux de profit mondial... Roland Simon est entouré d'idiots inutiles. Une réussite totale

l'heure de la sanction théorique sonnera : faux sur le genre dans le capital, faux sur la race dans le capital, faux sur l'écart strictement prolétarien, faux sur l'euro-centrisme, faux sur le structuralisme dialectique néo-althussérien, faux sur la critique de l'économie politique et le taux de profit mondial... voilà qui « nous prépare d'autres surprises », comme prédit Jacques Wajnzstejn. Bref, autant de sujet qui méritent qu'on parle d'autre chose, des insultes, par exemple... On s'y habitue, depuis des décennies que TC s'en tire en bottant en touche et en "tapant sur les plus proches", qui se sont éloignés, pas masos et trouvant mieux à théoriser. Ils y viendront comme ils l'ont déjà amorcé sans le dire, ou leurs théories appartiendront définitivement au passé de leurs illusions

à part ça « Althusser tua sa femme, Patlotch insulte, insulte…» c'est flatteur de me comparer à Althusser, mais je n'ai tué personne, j'ai toute ma raison et je ne suis qu'un penseur d'en-bas

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30 janvier 2015

Scat Bass Jazz Cat : Casse & Brass

quelqu'un que j'aime a cassé ma contrebasse, que j'aimais, mais ne valait pas grand chose de plus que j'en tirais - un instrument d'étude et d'occase. Pas réparable, au prix de l'instrument. Un mauvais moment à passer. C'était mieux avant. Tant se brise alentour... Nous vivons un temps de cassures. Que faire avec les morceaux ?

journal extime Django journal extime

Charles Mingus : The Black Saint and the Sinner Lady 1963 Full Album

le temps se casse, tout va à la ramasse. Le malheur agite l'esprit de qui ne le subit pas. On se passionne pour un présent qui remonte des siècles, et les plus âgés appellent leur jeunesse à la rescousse. Jean sur la Roche perchée invite Régis Debray et Finkelkraut dans un méli-mélo inquiétant de nostalgie des peuples à culture millénaire, comme si ces deux-là posaient de bonnes questions auxquelles il faudrait apporter de bonnes réponses, françaises de préférence nationale. Novlangue ? Orthodoxa retrouvée, près de chez nous, et son bon sens. Son Big Brother Islam me donne plus envie de vomir que de rigoler

Kurdistan : me souviens d'une belle-sœur, par alliance, qui eut un enfant d'un Kurde, un camarade, qui repartait là-bas de temps à autres faire le coup de feu. Il y laissa sa peau. Je ne sais pas si la mode était arrivée des soldates. C'était bien avant qu'Öcalan n'aille en prison

Öcalan aujourd'hui : « C’est une autre ambiguïté éthique et esthétique qui entoure l’importance du PKK d’Oçalan, ou « Apo » (son surnom  que les gens utilisent le plus souvent  pour l’écrire sur les murs et le graver sur leurs armes). Son portrait est accroché au mur de presque toutes les pièces. C’est lui qui a initié le « tournant libertaire » du PKK, auquel le PYD (Parti de l’Union Démocratique) du Rojava s’est affilié (en renonçant entre autres choses  à toute structure hiérarchique). Il est intéressant de noter aussi que c’était à l’issue d’une période passée dans la région avant son arrestation en 1999, bien qu’on ait toujours prétendu qu’il y était arrivé ayant déjà ces idées en tête. Les autres images qui ornent les murs, tableaux de bord et usines sont celles des martyrs, avec leurs visages sur un fond indiquant l’organisation à laquelle ils appartenaient. Est-ce significatif qu’Oçalan soit à la fois la seule personne encore en vie à qui il soit fait cet honneur et un leader avec qui personne ne peut communiquer directement et qui est de facto sans pouvoir ? » Kurdistan : Tout commence par la contrainte

nous vivons un temps de tensions et ruptures. Mauvaise augure et bon présage. Tout semble s'assombrir quand tout devient plus clair. S'annonce un grand ménage dans la pensée, des virgules vont sauter, des points revenir à leur place. Des poings la trouver. Nous ne compterons plus sur les amis de nos amis, ni même sur nos amis. Quels amis ? Certain s'en vont, d'autres viendront. Nous avons plus d'amis inconnus à connaître que de tristesse à en perdre de faux. Le feu en vaut bien la chandelle

des choses vont s'inventer, des rapports nouveaux, remuant le local agitant le global et le bocal de l'impensé, de l'imprévu. De l'histoire pas écrite, et qui ne suivra pas les saintes-écritures de ceux qui savent déjà, qui savent avant l'après, savants des à-peu-près, éclaireurs des chemins tracés, amateurs de traçabilité du futur, et autres débilités de l'invariance. Nous n'avons ni les mots ni les idées pour ce qui vient. Les faux amis sont morts, cassés, c'est déjà ça

journal extime Arman Colère de contrebasse 1961

en relation, une petite histoire de la contrebasse dans le jazz, inter-minable, qui partait bien, pourtant : Bass'scory « L'inextenssoire de la basscogne de schwing, par le docte troglues en Bb, garde-chazz contexté in the foirum » texte de l'an 2000, Patlotch sous le pseudo de Troguble

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25 janvier

amitiés (s)électives

quartier sensible

inutile et vain, disai-je, d'écrire si ça n'apporte rien, rien d'autre non pas de mieux, mais différent de ce qu'on trouve ailleurs. De même que, appelant ici à écouter les autres, je ne vais pas aller porter la bonne parole dans les quartiers car même si j'y suis sensible, je n'en suis pas suffisamment proche, non pas tant d'être un "blanc", la belle affaire, mais si je suis avec certain.e.s en amitié, cela ne légitime pas que je puisse y agir en militant, comme s'il s'agissait d'y ré-implanter une présence communiste, qu'ils sont bien assez grands pour auto-organiser d'eux-mêmes (avec elles itou) 

Le mot « laïc », apparu au XIIIe siècle et d'usage rare jusqu'au XVIe siècle, est issu du latin laicus « commun, du peuple (Laos) », terme ecclésiastique repris au grec d'église ?a????, laikos, « commun, du peuple (Laos) », par opposition à ????????, klerikos (clerc), désignant les institutions proprement religieuses. Le terme laicus est utilisé dans le vocabulaire des églises chrétiennes dès l'Antiquité tardive pour désigner toute personne de la communauté qui n’est ni clerc, ni religieux; c'est-à-dire profane en matière de théologie. Cependant, elle appartient bien à l'Église, dans le sens qu'elle en suit le culte (l'incroyance étant alors inconcevable à l'époque); et peut même y exercer des fonctions importantes. L'abstrait désignant cette position a donné en français le terme « laïcat ». Au Moyen Âge, le mot « laïc » distingue l'homme commun, qui doit être enseigné, de l'individu instruit consacré par son état religieux.

ainsi nos laïcard s'ignorent-ils, dans leur prétention anti-religieuse, comme intégristes d'une religion de leur raison dupée par l'État. J'y reviens plus bas

Japon mon beau-pays

journal extime yûjyo l'amitié (tiré ici du code moral du judo)

il y a cette histoire d'otage exécuté, en partage, si j'ose dire, de nos émotions, de nos compassions, et plus si affinités. Affinités et souvenirs pour moi. De ma première visite d'Hiroshima où vit un morceau de famille par alliance. En janvier 1995, du tremblement de terre de Kobé où ma compagne avait des ami.e.s. La même année en décembre des essais nucléaires de Chirac en 1995 dans le Pacifique (sic & hic). En 2011 de Fukushima, naturellement (resic). Des SDF et autres journaliers d'Ôsaka. D'autres moments plus intimes...

cette histoire d'orages, qui fait trembler le Japon, me remet en mémoire un de mes premiers séjours, au moment de la découverte des cadavres de victimes de la secte Aum, en 1995 sauf erreur. Ayant vécu ce moment à domicile de ma "belle-famille", je peux témoigner de ce qu'est une des formes de la sensibilité japonaise, alors qu'on dit ce "peuple" très peu montrant ses sentiments

du Japon, je me sens "quelque part" plus proche, du fait de ma vie quotidienne avec une Japonaise, et notre fils métis. Le Japon est pour ainsi dire mon beau-pays, comme on dit sa belle-famille, pour qui n'a pas de problème avec sa belle-mère, ce qui est au demeurant mon cas. C'est le pays d'un soleil levé sur ma pensée trop française, un soleil levant l'identité dont je suis pénétré malgré moi. Non que je connaisse bien le Japon, sa culture, et que je n'y sois pas accueilli comme un étranger, peut-être un "bon gaijin" ("gaikokujin « étranger », « personne d'un pays extérieur », ou simplement gaijin, « personne de l'extérieur » sont des termes japonais utilisés pour désigner les étrangers au Japon" Wiki)

du Japon je pense avoir saisi quelque chose de profond, par la proximité que je disai, par les lectures aussi. Je voudrais en offrir deux exemples, au hasard de livres repris dernièrement

avec Yoko Tawada, née en 1960, romancière, essayiste...

journal extime

l'écrivain comme île isolée... Alors la mise en ordre du capital a commencé, les individus se sont désolidarisés, la société s'est atomisée  le gouvernement d'un côté et des individus dispersés de l'autre

le premier, je l'ai trouvé d'occasion, je crois même qu'on me l'a offert, dans la librairie anarchiste rue François Deberge. Je l'ai déjà cité : Journal des jours tremblants (Après Fukushima), précédé de trois leçons de poétique, de Yoko Tawada, 2012. Voici le passage sur lequel je suis tombé ce matin, en ouvrant ce livre au hasard à la manière de Marcel Duchamp inventant dada. Le passage est à la page 114, dans le Journal des jours tremblants proprement dit

« À propos d'île isolée dans le paysage politique du Japon, le PC japonais est le seul parti qui ait clairement manifesté son opposition au nucléaire depuis la fin de la Guerre froide. Toutefois, à l'époque où le parti communiste était tenu au devoir d'amitié envers l'URSS, il a inquiété les observateurs, en laissant entendre que « pour combattre le mal, les causes justes peuvent être amenées à posséder l'arme nucléaire.

Comme autant d'îles isolées, les écrivains peuvent aussi s'exprimer librement, sans pouvoir influencer directement la politique.  On compte peu d'organisations puissantes au Japon. Dans les années soixante-dix, il y a avait des pouvoirs intermédiaires - universités publiques, syndicats nationaux des chemins de fer, entre autres -, mais ils ont été écrasés les uns après les autres, démantelés. Alors la mise en ordre du capital a commencé, les individus se sont désolidarisés, la société s'est atomisée : telle est la description que propose le philosophe Kôjin Karatani dans le numéro d'avril de la revue Gunzô [il existe au Japon toutes sortes de revues culturelles et intellectuelles, c'est par elles que passent la 'promotion' des écrivains, beaucoup plus lente et progressive, et indépendante, que par nos prix littéraires].

En Europe, il reste encore des entités comme l'aristocratie ou l'Église, mais au Japon on ne trouve que le gouvernement d'un côté et des individus dispersés de l'autre. Nien sûr, aristocratie ou Église sont des sortes de reliques de l'histoire que les Japonais ne peuvent prendre comme modèles pour aujourd'hui, et ailleurs, même si cela était possible, ces instances intermédiaires ne sauraient représenter un idéal.

C'est pourquoi je me suis dit, en ne plaisantant qu'à moitié [j'ai moi-même hésité à couper ce passage, bien persuadé qu'il risquait d'être mal compris, l'humour des autres, comme on l'a vu...], qu'il fallait ressusciter la « conscience clanique ». que l'on puisse dire par exemple : « Dans mon clan, on n'installera pas le nucléaire. »

peut-être y a-t-il un problème de traduction, d'adéquation du mot français clan au mot japonais qu'utilise l'auteure. Comme je ne dispose pas de la version japonaise (il est aussi possible que Yoko Tawada ait écrit ce livre directement en allemand, dont il est traduit en français), je ne peux pas le faire vérifier. Toujours est-il, que j'ai pensé là, ne me demandez pas pourquoi, à l'auto-organisation

avec Hidetaka Ishida, né en 1953, philosophe, est spécialiste de littérature française et de médiologie. Il est l’un des traducteurs de Michel Foucault en japonais

journal extime

religion, laïcité... qu'est-ce qu'on pourrait faire pour lutter contre ce spiritualisme ?... anti-humanisme athée 

le second extrait est aussi tombé d'un coup à la dada. Je l'extrait d'un livre de 2006 : Penseurs japonais / dialogues du commencement Pages 159-160

question (D'Istria = Yann Kassile) : - Il me semble que les positions en faveur de l'athéisme sont devenues quasiment muettes depuis maintenant bien longtemps. Au XVIIIe siècle, en France tout au moins, s'était développé un mouvement assez anti-religieux et anti-clérical. Au XIXe, cela a gagné en ampleur. Au XXe, les influences et les pratiques religieuses ont continué de diminuer. Une étude récente montre qu'à l'échelle mondiale, le nombre de non-croyants continue de croître. Mais parallèlement des mouvements religieux semblent profiter d'un certain regain. Et rien ne semble s'opposer à cela. Très peu d'intellectuels avancent des arguments pour dire que les croyances religieuses sont historiquement des archaismes. la position commune à Nietzsche et Freud, qui peut se résumer par la formule : « Dieu n'est qu'une idée de dieu, et l'idée de dieu n'est qu'une idée humaine », cette position semble ne plus être défendue. Quel est ton point de vue là-dessus ? Et est-ce que tu ne penses pas qu'il y auraiit ka nécessité d'un renforcement des plaidoyers pour l'athéisme ?

- Ishida - Tu m'interroges sur la situation japonaise plusprécisément ?

- D'Istria - Non, en général.

- Ishida - Je crois que dans le monde entier, tout comme ici au Japon, depuis la fin des années 80, il y a toutes les apparences d'un retour du religieux, c'est un phénomène bien visible. Depuis l'effondrement du modèle socialiste, étant donné cette défaite du grand récit de l'émancipation, la seule voie d'échapper aux contradictions de la société semble la dimension spiritualiste. Alors, qu'est-ce qu'on pourrait faire pour lutter contre ce spiritualisme ? Ça, c'est assez compliqué. Ça ne peut plus être comme le socialisme qui, avec l'idéal de la laïcité, s'est constitué contre le pouvoir clérical.

Ce qui me gêne un peu dans ta question, ou disons ce qui retient mon attention, c'est en ce qui concerne la conception de l'humanité. Tu viens de parler du cerveau. Actuellement, on est en pleine période de l'essor des études sur le cerveau. Le cerveau est aussi une machine, c'est une matière pensante. Je crois que ce qui apparaît est que l'unité de l'homme n'est plus du tout assurée. Cette unité est très incertaine. C'est un peu le phénomène de la disparition de l'homme qui a été annoncée par Foucault. Ce phénomène s'est généralisé.

Alors, est-ce que l'athéisme doit avoir pour unité ou pour fondement une figure de l'homme ? Ce n'est pas sûr. Donc, si l'on milite en faveur de l'athéisme, il faut chercher d'autres formulations de l'athéisme. Il faudrait aussi se passer de catégories humaines, arriver à un anti-humanisme athée. »

voilà ce que je livre à l'appréciation, particulièrement dans la focalisation, de toutes parts aujourd'hui suffocantes, du débat français sur la laïcité, à préserver ou à promouvoir, et sur sa fonction religieuse de fait dans l'idéologie républicaine française

la laïcité, comme opium de l'anti-religion, a toujours à voir avec ce qu'elle combat, mais elle ne le sait pas et pour cause : elle est une religion d'État

je partage donc le double avis d'Ishida, il faut trouver d'autres formulations de l'athéisme, et pouvoir se passer de catégories humaines, dans un anti-humanisme qui dépasse celui d'un antropocentrisme qui n'est plus de saison écologiste au sens fort d'être pris dans un éco-système vivant, c'est-à-dire qui ne sait pas interroger les rapports de l'homme à la nature autrement qu'en essentialisant celle-ci comme son extérieur, ou, ce qui revient au même, comme la pure production sociale de l'humanité

remarques déjà faites antérieurement relativement à la fausse opposition de «révolution à titre humain» (concept vide de Temps critiques), et révolution à titre prolétarien (concept 'vidé' par Théorie communiste, quelque part à juste raison)

14 janvier

la différence et le même comme idéologie Que faire ? suite

la réflexion ci-dessous, démarrée en écrivain sous forme de bavardage en tête-à-queue pseudo-stérile et pseudo-débile, creuse la question de l'individualité en crise dans le capitalisme, sous un autre angle mais aussi profondément que la critique de l'économie politique, l'enjeu étant pour nous Comment faire classe pour la défaire ? Comment défaire les individus capitalistes pour qu'ils fassent classe des abolitions ?

ce même que j'aime. Je me disions nous donc que. Que ne sert à rien d'écrire tous à si peu près la même chose, lu par les mêmes entre eux, qui par ailleurs ne se causent pas, ou seulement pour s'entrengueuler d'avoir écrit quelque chose de très différent, qui n'apparaît qu'à leurs propres yeux et ne porte à nulle conséquence aujourd'hui. Mais nous aimons lire et relire le même, un peu comme des sutras. Recevoir notre dose quotidienne de foi, et fort précisément y chercher de quoi marquer notre différence, en pouvant la juger énorme, mais de l'espèce qui fait les dissidents de l'intérieur du même. Le différent, qui fait le différend, ne sort pas du même au point d'être différent du même

quel même ? Qu'elle m'aime !  Telle qu'elle est, la différence distingue les individus en tant qu'il se considèrent comme individus. La différence les aime en tant qu'individus. La différence m'aime, car elle me prouve que je suis même en tant qu'individu. La différence ici, c'est l'idéologie du même. L'idéologie qui produit l'individualité capitaliste et dans laquelle on aura reconnu tous les « Je suis Charlie », « Je ne suis pas Charlie », et tout ce qu'on voudra donner à x comme valeur dans l'équation de l'individu capitaliste : « Je suis x », la question n'étant pas dans le x, mais dans le 'je'

je suis mort. Pas question pour x = telle victime, un autre individu ou mille, de lire dans l'affirmation « je suis telle victime » le sens de Rimbaud « je suis un autre », c'est-à-dire entre autre « moi devient autre », car dans ce cas, autant écrire directement « je suis mort ». Or 'je', charlot Charlie, bien que fantôme errant de l'absence de vrais morts, n'est pas physiquement mort. Charlie est la misère du monde selon Charlie = ma liberté d'individu capitaliste, c'est-à-dire le rapport social que 'je', tout 'je', entretient avec cet autre qu'il ne sera jamais, ni ne voudrait être, soit un relation à l'autre vide, vide d'être, vide de vie. En ce sens, oui, les Charlie sont morts, ont manifesté leur mort, qu'ils aient marché ou non

je ne suis rien. De quoi tu parles, on comprend rien, encore moins que d'habitude. Je disais que les Charlie sont morts en ce qu'ils se sont symboliquement assimilés à des morts réels, qu'ils ne sont pas, pour n'en rien faire que le manifester à grand bruit. Autrement dit abdiquer ce qu'ils semblent exiger, leur liberté d'expression. Et la nôtre en prime. Ils ne font que se ranger à l'opinion générale, comme on dit l'opinion publique, c'est-à-dire l'idéologie. « Je (ne) suis (pas) Charlie » = je suis l'idéologie, soit je suis l'individu qui se pense seul à penser ce qu'il pense tout en se glorifiant (glorifiant son "je") que ce soit si partagé. C'est la même position qui aboutissait, il y a encore peu, à « je suis lutte de classe », un non-sens redoublé d'un vide, l'absence de la classe. C'est l'advenu insensiblement, qui a fait passer (souvent les mêmes individus ou leurs semblables sociaux) de la revendication absurde d'être la classe (qu'on en soit ou pas sociologiquement est ici peu important) à celle de n'en être plus, c'est-à-dire d'effacer l'antagonisme à l'autre classe, le capital

je ne suis pas Netanyahu etc. Bien sûr tu ne l'es pas mais ce n'est pas la question. L'absence des chefs d'Etat étrangers n'y aurait rien changé, ça c'est le génie propre des dirigeants capitalistes d'avoir saisi, de surcroît, toute la potentialité idéologique du moment, et d'en faire une réalité politique de l'ordre d'une décision stratégique historique

la question, c'est cette capacité à la fois d'abandon de soi, de son 'je' à un mort, qui ne dépasse pas le niveau compassionnel mais se veut geste politique de démarquage, alors qu'il n'est qu'un auto-désaisissement de son être de classe, l'acceptation de ne rien faire qui nuise au capital

en bref « je suis Charlie » = « je suis non 'lutte des classes' » affirmation d'une évidence, d'une tautologie, la définition même de l'individu capitaliste

la classe est ailleurs. 97% n'y étaient pas, la classe est par là-dedans en soi quelque part, surgira ou surgira pas, ici ou là, pour soi. Gage qu'on y verra aucune pancarte « je suis Charlie » et qu'il n'est pas utile qu'elle se manifeste avec « je ne suis rien », puisque c'est de ce rien qu'elle sera quelque chose, et dans ce cas mieux vaut garder les mains libres

voir en relation à propos de Charlie : être ou ne pas être, ce n'est pas la question, Roland Simon, dndf 15 janvier

dé-lire théorico-momentané

ce qui précède ne sert à rien. C'est juste un autre moyen de parvenir à ce résultat et de le formuler, sous l'angle de l'individualité : l'Union sacrée, dans les contours où je l'ai définie, c'est-à-dire bien plus que l'art d'embarquer les populations dans une guerre militaire, comme en 14, alors que les enjeux capitalistes et impérialistes sont différents, d'un autre temps de l'histoire du capital et de la lutte des classes

je le précise parce que la tendance est, surtout chez les anars me semble-t-il, à voir des invariants en histoire, ce qui donne tout leur fumet désuet aux papiers qu'en toutes circonstances ils pondent, contre les flics, l'armée, l'Etat, sans qu'on y lise grande différence quant à ce qu'est le capitalisme actuel, qui ne se réduit pas à des technologies de surveillance et de répression. Le papier du PCI que j'ai loué pour n'exprimer rien de très différent de ma pensée est en fait de la même eau, dans le registre marxiste pur et dur : yaqu'à fautqu'on puisqu'on vous l'dit, sous-entendu, qu'est-ce que t'attend bordel de classe ouvrière, pour l'ouvrir ? Une forme de prêche comme une autre, mais adressée à une classe, qui ne peut être et agir qu'en n'étant rien qu'attendent les prêcheurs. D'où elle s'exprime, c'est la fausse parole du vrai, en tant qu'elle croit s'adresser à une classe, mais ne parle qu'à des individus sans leur causer, parole 'communiste' comme idéologie d'individus capitalistes

où l'on voit que les différences importantes ne sont pas tant dans les textes politiques, de texte à texte, mais du fait que ce ne sont que des textes politiques, des ronrons, pas même efficaces comme certains romans et moins beaux que des ronds dans l'eau

au fond tout cela tient à un manque de poétique, c'est-à-dire de performativité, c'est-à-dire d'inscription dans la lutte

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14 janvier

après les jours, trembler ? ou Que faire ? Improvisation libre

« Plus grande est la richesse, plus grande est la peur. Plus une ville est développée, plus lours sont les dommages. Qui a de bons amis craint pour leur vie. Qui conçoit un descendant l'expose au danger de mort et à la souffrance. Aussi vaut-il mieux renoncer à toute relation, à tout pouvoir, à toute possession, et vivre seul en un lieu retiré : c'est à cette conclusion que l'auteur revient sans cesse tandis qu'il se remémore les catastrophes. Après chaque lecture, je sens naître en moi le désir de la vie dans la grande ville illuminée, avec beaucoup d'amis, avec les théâtres et les rues animées - et la conscience de leur caractère éphémère. » Yoko Tawada, Journal des jours tremblants, Après Fukushima, Verdier 2012 p.102 Née en 1960 à TôKyÔ, Yoko Tawada vit en Allemagne depuis 1982. Elle a publié de nombreux livres en allemand et en japonais

je vais pour une fois écrire en écrivain, bien que n'ayant guère d'attirance pour la posture. Disons qu'un écrivain, c'est quelqu'un qui écrit différemment des autres, même quand il dit au fond la même chose. Exemple, Michel Houellebecq est un écrivain. Soumission : quel meilleur mot pour caractériser ce à quoi nous avons assisté, même si ça n'a pas le même sens (encore que) que dans son livre, sorti le même jour que les balles des mitraillettes (de fabrication russes*). Comment peut-on choisir d'écrire en écrivain, alors que la guerre est là ? J'ai du mal à écrire des poèmes**, parce que je me dis que ça ne sert à rien et qu'il y a mieux à faire. Mais quoi ? Que faire ? Qu'écrire ?

* « Fusils d'assaut Kalachnikov, lance-roquette M82, grenades, explosif à usage civil, armes de poing russes Tokarev », très facile à se procurer lit-on partout, mais je ne vous dirai pas comment, je n'en sais rien

** le 6 janvier au soir, j'ai fomanté mon projet de poème catastrophique aboutissant à la destruction de tous les mots comportant des lettres à jambe, la catastrophe est arrivé au lendemain matin qui produit aussi ses effets de langage, une sorte d'interdit posé sur certains mots, avec une réduction drastique du vocabulaire, au nom de la liberté d'expression

nous sommes décousus

je vais m'adresser à mes ami.e.s, que je connais ou non, ceux et celles qui jugent bon de me lire pour des raisons qu'au fond j'ignore. Ce sera très décousu, et je ne chercherai pas à le recoudre. Nous sommes décousus

Que faire ? c'est-à-dire que faire qui soit-il utile à quelqu'un quelque chose dans un sens qui, ici, n'a pas besoin d'un dessin. Je lis nombre de textes qui, peu ou prou, contiennent les mêmes éléments que les miens. Des textes militants d'organisations ou d'individus qui comprennent les choses à eu près comme moi, décryptent les événements avec des analyses comparables. La différence, si j'ose revendiquer ma singularité, est que sous ma plume, ce sont davantage des questions que des réponses, des solutions. Du moins est-ce ainsi que j'aimerais être lu et compris, même si bien sûr j'affirme certains points de façon tranchée, les considérant acquis

ces derniers jours, j'ai donné nombre d'exemples de ces textes dans une large palette de sensibilités ou d'origines politiques dont on peut même considérer qu'elles sont peu compatibles entre elles. Cela évacue le reproche qu'on pourrait me faire de cautionner telle ou tel, qui signifierait une totale incohérence. En voici un autre, que j'emprunte à Jean-Louis Roche, du PCI : Attenta contre Charlie Hebdo : tract du PCI A bas l'Union Sacrée! A bas la République bourgeoise ! Non aux guerres de religions,  Non à la démocratie impérialiste, Oui à la guerre de classe contre le capitalisme ! Grosso modo, pas envie d'éplucher en détail, il dit les mêmes choses sur lesquelles j'ai jugé bon ces derniers jours d'insister. Mais c'est le PCI, un parti qui veut un parti

les partis, et les militants en général, ont une réponse à la question Que faire ? Moi non. Une réponse non seulement pour eux, ils font un parti, mais pour les autres, c'est à quoi sert un parti

à quoi sert un parti ?

c'est bien difficile à dire, en écrivain. Ce sont des gens convaincus, qui veulent convaincre les autres. Les partis ou plutôt les groupes ont aujourd'hui à l'extrême-gauche une extrême gaucherie, un boîtement, leur composition sociale déséquilibrée vers le haut des couches intellectuelles, avec l'absence de "gens d'en-bas" dans leurs rangs. Trotsky écrivait que c'était là « un symptôme inquétant »

Plans pour l’organisation nègre, Trostky (je laisse la coquille à ces Tropkystes) 11 avril 1939
Notre parti n'échappera pas à la dégénérescence s'il demeure un endroit pour intellectuels, demi-intellectuels, ouvriers qualifiés et ouvriers juifs qui construisent un milieu très fermé complètement isolé des masses authentiques. Dans ces conditions, notre parti ne peut pas se développer - il dégénérera. Il nous faut avoir ce grand danger devant les yeux. Maintes fois j'ai proposé que tout membre du parti, surtout les intellec­tuels et demi-intellectuels, qui, pendant une période, disons de six mois, n'aura pas pu gagner un ouvrier au parti, soit ramené au statut de sympathisant. On peut dire la même chose dans la question nègre. Les vieilles organisations, à commencer par l'A.F.L., sont les organisations de l'aristocratie ouvrière. Notre parti appartient au même milieu, pas celui des masses exploitées de la base dont les Nègres sont les plus exploités. Le fait que notre parti ne se soit pas jusqu'à maintenant tourné vers la question nègre est un symptôme très inquiétant. Si l'aristocratie ouvrière constitue la base de l'opportunisme, l'une des sources de l'adaptation à la société capitaliste, alors les plus opprimés et ceux qui subissent le plus la discrimination sont le milieu le plus dynamique de la classe ouvrière. Source
la composition des organisations, Forum des marxistes révolutionnaires, octobre 14-janvier 15

on a beaucoup critiqué la posture militante, ce fut à la mode un temps, mais ceux qui l'ont fait appartenant aux mêmes milieux sociaux que ceux qu'ils critiquaient, ils ont peu souligné à ma connaissance ce fossé social de la relation que note Trotsky, du double côté des prolétaires en général et des "Nègres" en particulier. 75 ans après, ça n'a pas changé, avec cette différence que les partis qui tenaient un discours révolutionnaire à l'époque l'ont abandonné ou n'existent plus, et que ceux qui le font aujourd'hui n'ont aucun poids, ce qui n'est pas plus mal

pour revenir à mes moutons - vous avez noté que je n'écris pas vraiment comme annoncé en écrivain, mais c'est comme ça, les improvisations - car l'objet n'est pas de critiquer ici "les camarades" qui disent peu ou prou la même chose que moi : que faire ? la langue française est ainsi mal faite que je ne peux signifier en raccourci que me dois-je de faire / qu'est-ce que je fais / à quoi ça sert

j'ai dit j'écris à mes ami.e.s. Ils sont loin d'être tous militant.e.s. Je vous écris et je ne sais pas ce que ça vous fait, ce qui m'ennuie beaucoup, parce que parfois, je préfèrerais qu'on me dise « ce que tu fais ne sert à rien ». Alors je me sentirais libéré d'avoir à le faire, et sachant que je ne le fais que pour moi, j'arrêterais. Houellebecq, au moins, vend ses livres

Houellebecq pleure, et plus Charlie que lui tu meurs

qu'est-ce qu'un écrivain ? Ce n'est pas quelqu'un qui en sait plus que les autres, qui dit des choses foncièrement originales, mais qui trouve la forme dans laquelle exprimer quelque chose dont le lecteur dira : « oui, c'est ça, c'est ce que je pense, voire c'est moi, il est vachement bon ». C'est en celà que Houellebecq est un bon écrivain, pour ceux qui pensent comme lui, du même lieu social qu'ils sont, et pour moi qui peux m'en émouvoir, mais surtout m'en instruire. Pour être un grand écrivain, rester, il lui manque d'avoir senti la France et le Monde dans toutes leurs réalités. Aujourd'hui, Houellebecq pleure, et pleurant on ne peut plus sincèrement, il donne à saisir qu'il est Charlie, authentiquement. Au-delà de ce qu'il pense de tous les charlots qui s'en revendiquent, il est un très véridique Charlie

mission insoumission. Houellebecq le dit parce qu'il le pense : il est libre, absolument aussi libre qu'on peut l'être quand on pense comme lui d'où il pense être libre. Mais dans ces limites, il est vraiment libre, absolument insoumis. Sur mon ancien site j'ai recopié un passage d'Aurélien, Le goût de l'absolu, une page des plus lues, sans doute par des potaches qui ont à rendre quelque devoir, ou quelque malheureuse en quête du bonheur

Houellebecq est aussi malheureux qu'Aragon, et certain.e.s verront là de l'ironie, moi non, parce que je suis aussi malheureux qu'eux. Peut-être que c'est ça, un écrivain, un artiste, un poète... Quelqu'un qui a le goût de l'absolu même s'il y a longtemps qu'il n'est plus en quête du bonheur. Quelqu'un qui a accepté son malheur et trouve le moyen d'en faire quelque chose

un écrivain, c'est quelqu'un qui dit quelque chose de vrai. C'est donc, quelque part, le contraire d'un politique, qui dit son vrai, donc le faux, en utilisant le réel. Houellebecq fait remarquer qu'il se fout de ce que pense Valls de son bouquin, que l'intéresse ce qu'en pensent « ses pairs ». Il ajoute « que Valls écrive d'abord deux ou trois romans, on verra... ». Il a raison. Valls est très intelligent, excellent politique, mais d'une médiocrité sans nom, celle d'un bourgeois contemporain qui comprend le monde en bourgeois pour l'orienter bourgeoisement

nombre de critiques ~~ littéraires considèrent que Houellebeq est un pervers, voire narcissique, même un cynique au sens contemporain. Pervers certainement, comme son livre, et cynique sûrement au sens de Diogène, narcissique je ne crois pas - comparez Solers -, et c'est là justement toute la différence avec nombre d'autres qui ont plus ou moins de succès dans le genre roman autobiographique, mais cantonné.e.s au registre de leurs histoires de cul, avec de moins en moins de cœur. Houellebecq est un égoïste au grand cœur. Il nous apprend toujours quelque chose sur notre temps. Un écrivain n'a pas d'échappatoire, soit il est honnête avec lui-même, soit il ne peut écrire son 'absolu' quel qu'il soit. Le vrai de Houellebec, c'est son état de santé morale et physique, justement ce dans quoi il faut absolument se refuser de tomber, quand on a le choix, tant qu'on a le choix, ce qui n'est pas tant une question de moyens économiques, que de désir de la vie

le désir de la vie. Dans le malheur existe un bonheur qui n'a rien de masochiste, ni de romantique. C'est le bonheur de faire, de créer, de lutter, le désir de la vie, dit Toko Tawada (en exergue). C'est la toute la différence, noterez-vous, entre le combat que nous menons dans l'infortune des résultats, et celui de ceux qui se battent sans la peur de mourir. Qui se bat vers le bonheur il tremble d'en mourir, mais cesse de trembler dans le combat. Je ne tremble pas dans l'écrier, pas plus que les dessinateurs de presse en prenant le risque de certains dessins, mais je pense ici à des dessins plus justes que ceux de Charlie

qu'est-ce qu'un dessin de presse ? On ne va pas nous faire croire que c'est une « œuvre d'art ». Je me souviens de dessinateurs, qui ont travaillé un temps pour l'Huma, Cardon, Ghertman... qui étaient d'authentiques artistes, très originaux, puissants et profonds dans leurs dessins, et remarquables peintres par ailleurs. Ils étaient des artistes parce que la forme portait le fond, alors que dans le genre Charlie, si la forme est adéquate au fond, elle n'est plus qu'un stéréotype. Et là aussi, un stéréotype de classe, et de race. Un rapport à l'autre selon ce qu'il est ou pas, qu'il en a ou pas. Ici, race, c'est comme on disait « race des travailleurs ». Un dessin de presse est un geste politique, donc un geste de classe, et dans Charlie Hebdo, de classe moyenne, disons des dessins petits-bourgeois

mais j'ai encore perdu mon fil. Dans une improvisation, même sur un canevas harmonique imposé, il y a ce qu'on appelle un pont, un Bridge, un ensemble de mesures qui introduisent une autre atmosphère, une histoire dans l'histoire. Je dis ça comme excuse à mes digressions

digression sur mes digressions (ça fonctionne comme ça, une improvisation) : vous avez remarqué comme je suis difficile à suivre, jusqu'au pénible, avec mes parenthèses que je ne sais pas toujours refermer. Patrick Modiano, notre compatriote pris Nobel de littérature, en interview, ne finissait jamais ses phrases. Mon père me disait, tu commences tout tu finis rien. C'est peut-être que la vie n'est qu'un éternel recommencement, et qu'on en finit pas

tenez, prenez les attentats et cætera. J'ai lu beaucoup d'interventions de jeunes, dans les forums - dommage parfois que je ne sois pas sur les forums sociaux, j'y lirais des choses qu'on ne fait pas ressortir généralement. Ça doit être très intéressant en ce moment. Une chose me frappe, dans les commentaires qui croient à telles ou telles solutions à nos malheurs, c'est la double inculture de ce qui s'est produit par le passé, d'une part le manque d'expérience, on ne va pas le reprocher à la jeunesse au vu de qualités qu'elle a que nous avons perdues, d'autre part le manque de connaissances de l'expérience des autres, du passé révolutionnaire. Alors ça donne une terrifiante fragilité sous le déluge idéologique, ou comme invention au jour le jour, de l'idéologie spontanée qui s'inscrit dans l'idéologie dominante alors qu'elle croit s'en démarquer

qui n'est pas malheureux dans le malheur qui vient ? Qui n'est pas malheureux dans le malheur qui vient est un con. Qui n'a pas peur dans le malheur qui vient est un con. Mais qu'est-ce qu'on peut faire contre le malheur qui vient ? Que faire ? Que faire en écrivain ?

c'est drôle, je viens de marquer une pause médecin, l'occasion de remarquer :
- la journée France-Info est sur le thème « Alors on fait quoi maintenant ? »

- la présence des militaires avec leurs jeeps près d'ici. Il y a une école juive, un temple et une supérette casher. Ça m'a très vaguement évoqué la guerre d'Algérie, là où j'habitais. Un cousin était capitaine de réserve et nous avait apporté un marmiton de civet de lapin, que les gars n'avaient pas apprécié, il y en a eu pour tout le voisinage qui s'est régalé. L'état de militaire doit tromper le goût d'abord. A moins que ce ne soit le bromure, ça je m'en souviens du service militaire, le jour où j'ai déserté la guerre entre blancs et rouges en me planquant derrière un arbre, à Frileuse

écrire, à quoi ça sert ? Écrire pour que toi, qui me lis, tu saches, non si tu me ressembles (que dieu nous en préserve), mais si tu ressembles à quelque chose que j'écris, des fois que ça ne te serais pas venu à l'esprit. Ne te fais aucune illusion, je l'écris d'abord pour moi, parce que sans écrire, je ne sais pas ce que je pense. Il est très très difficile d'écrire ce que l'on pense, surtout quand ça change, que les événements le changent. J'ai plus appris en une semaine qu'en un an de réflexions 'théoriques', alors, c'est mon sentiment, que la continuité est surprenante et que ce qui se passe tombe, si j'ose dire, en plein dedans. Tenez, comme Soumission. Bang ! Double bang, les 7 et 11 janvier 2015. Dans la nuit précédent l'attentat, mon projet Poème sans queue ni tête : un roman d'après. J'écrivais le lendemain, ce premier jour (l'attentat ouvre comme une année zéro), que s'ajouterait le noir au noir, ce que d'autres ont constaté ensuite. Je disais donc que j'écris pour que tu etc. mais à quoi ça sert que tu te retrouves dans ce que j'écris, que tu l'aies pensé ou non avant de le retrouver dans ma prose ?

un ami m'a écrit hier : « Te lire ces derniers jours était un réconfort certain, et ce douze janvier tu t'es surpassé ». J'en ai été surpris, non qu'il m'écrive mais que ça lui fasse ça. En quoi je me serais "surpassé" le douze janvier, ça doit tenir à ce qui lui apporte quelque chose de plus à lui, alors qu'il en ira différemment pour d'autres. Une question de contenu, de forme, d'attentes, bref de la relation un peu mystérieuse qui s'établit entre ce site et qui le lit

écrire ce serait établir un pont de ce qu'on a en commun avec d'autres. Mais aussi bien un pont des différences, voire des différends. Écrire situe, de part et d'autres de l'écrit, autant que lire de se situer. Si bien qu'on peut lire avec plaisir sinon intérêt quelque chose qu'on ne partage pas ou seulement pour partie. Écrire apprend à lire, et réciproquement. Je lis davantage et mieux quand j'écris, et sans doute j'écris mieux, en tant que mon premier lecteur, c'est une remarque assez banale d'écrivain

lire. J'ai mis un certain temps, dans ma vie, pour comprendre que j'en apprendrais davantage dans la presse adverse, qu'un certain temps je m'interdisais de lire au-delà des titres. D'être adverse et non dans l'absolu, elle était bien meilleure pour me forger un esprit critique, celui avec lequel j'ai fini en retour par lire la presse supposée plus proche de mes idées. C'est une grande erreur que de penser qu'il faut censurer ce que disent vos adversaires, comme on le voit sur tant de forums (des marxistes aux féministes, je l'ai constaté), parce que comment sinon critiquer ce qu'on ne connaît qu'en le considérant globalement négatif ? Il doit bien exister une quelconque stratégie zen ou militaire sur le sujet

Voltaire ? de l'esprit et d'un boulevard Tenez, nous parlions (nous c'est moi) de Voltaire. J'entends à France6Info Nadine Morano dire qu'elle n'a jamais lu Charlie Hebdo mais en appréciait « l'esprit voltairien ». Je lis quelques papiers sur BoulevardVoltaire, que je trouve excellents, non que je sois d'accord, mais force est de reconnaître que les nationalistes d'extrême-droite sont assez forts, et plus intelligents que la classe politique dans son ensemble. Cela tient sûrement à ce qu'étant dans l'opposition, ils n'ont pas à fournir des résultats. En attendant, c'est un boulevard qui s'ouvre à eux

mon intérêt va plus loin, parce que ces gens-là, formés par des décennies hors du pouvoir, ont aiguisé leur sens de l'observation de ce qui se passe. Non seulement ils n'ont pas à tromper sur la vérité telle qu'elle apparaît, mais ils en sont d'assez fins analystes pour savoir comment s'en servir à leurs fins. La réalité étant une, il est normal que l'on aie besoin, dans quelque camp que l'on se trouve, de la saisir au plus juste pour en tirer sa vérité, qui naturellement sera différente de l'un à l'autre. C'est pourquoi dans la situation actuelle, écrasé par un langage monolithique et amputant (qui pue), on aurait tort de se réfugier dans des certitudes quant à la suite

le Caporal et son tabac. Ce qui me frappe c'est que l'opposition d'extrême-gauche est incapable de partir du constat réaliste que la politique ne mène nulle part. Qu'il n'y a plus, en quelque sorte que le capital et la guerre, dont la politique n'est que l'enveloppe idéologique en ses variantes par les uns ou les autres. Regardez aujourd'hui le succès du genre Petit Caporal, celui du discours de Valls à l'Assemblée Nationale, la Standing Ovation hier et les échos d'aujourd'hui, la Duflot sous le charme en accord sans réticence avec le gouvernement, Mélenchon qui demande un soutien à la presse d'opinion, L'Huma, Le Diplo mais aussi Le Figaro... Mélenchon est depuis tout jeune un genre de caporal, mais à vingt ans il était beau comme Bonaparte à Arcole, tandis que Valls est à peu près aussi sympathique que Ménard. Après tout il existe un grand nombre de talents en caparolicité de faire le job si la Marine n'était pas au rendez-vous

journal extime journal extime

(à suivre)

12 janvier 2015

liberté d'expression, surdité, langage et censure de classe, y compris dans « nos rangs » Impro sans bride

nous nous sommes beaucoup plaint, ces derniers jours, de n'avoir pas voix au chapitre (de chapitrer = blâmer, gronder). Nous qui ? Nous qui dans le concert sacré de compassion appelant à la guerre aux infidèles de la république (que nous sommes aussi), tentions de faire entendre la petite voix de notre point de vue militant, anarchiste, communiste, anti-impérialiste... Mais un point de vue militant même "de classe" n'est pas l'expression de la classe dont il prétend exprimer les intérêts. Il ne peut l'être parce qu'il ne parle pas son langage, et pour l'essentiel ne le comprend pas. Le point de vue militant, le mien aussi, s'exprime en « bon français », ne fait pas, ou fort peu, de fautes d'orthographe. Ce point de vue est militant non au sein de la classe mais pour l'essentiel dans son milieu d'origine, les couches moyennes. Plus on monte dans la hiérarchie des catégories sociales, plus le mépris, le paternalisme et la condescendance sont patents pour ceux d'en-bas (voir par exemple le "Club de médiapart"). Ceux d'en-bas ne nous lisent pas et nous ne les écoutons pas

que faisons-nous ? nous qui ?

c'est au point où je m'interroge sur mes raisons et l'utilité de faire ce que je fais, avec quelque mille lecteurs/lectrices mensuelles, nul dialogue que reconstitué comme débat possible autour d'enjeux ne sortant pas de la sphère de l'intellect, et qui ne sont repris nulle part, chaque blogueur étant au fond plus préoccupé de son égo que de produire un faisceau de réflexions critiques, un chantier, et pour le mieux, quand il s'oublie de produire une propagande rebondissant d'un blog de copains à un autre dans un sectarisme sans frontières, sectarisme étant à aentendre ici au sens de secte, ou de communautarisme si l'on préfère

d'une frontière intérieure de classe, par le langage

la séparation par le langage est une frontière intérieure de classe. Je le vois et l'entends ici, entre Vincennes, Fontenay et Montreuil, et par-delà Rosny, Champigny... Mon fils me raconte combien les parlers des ghettoisés sont différents d'une ville à l'autre, d'un quartier à l'autre, et par exemple cette influence toujours, comme disait Alice Debord, de l'argot des Gitans, ceux qu'aujourd'hui on appelle Roms, nombreux dans le haut Montreuil et à Fontenay. Il dit combien leur sont ridicules ces « bouffons » blancs de Vincennes ou Paris, dans la pâle imitation qu'ils font de leur langue et de leurs accents, toujours en retard d'un train par rapport aux dernières inventions linguistiques. Partout le langage nous classe, aussi bien que l'argent

les échos médiatiques de la minute de silence dans les collèges et lycées - Jean-Louis Roche en a parlé ici - sont effarants d'arrogance de la part des profs et de l'encadrement. Comment s'étonner qu'une partie de cette jeunesse comprenne mieux Dieudonné que les bobos de Charlie, s'ils ont le sentiment que Dieudonné les comprend mieux, de même que Marine Le Pen est plus audible que tous les autres chez les prolétaires ?

je ne sais pas même où va ce que je suis en train d'écrire... peut-être à suggérer un stage des camarades en milieu populaire, un stage dans les quartiers, un stage linguistique pour s'instruire et forger leurs armes critiques, de même que l'ennemi s'entraîne au combat dans les campagnes françaises ou orientales ?

classe sans conscience n'est que ruine de classe

il ne s'agit pas de prétendre que ceux d'en bas auraient raison, qu'ils détiendraient la solution avec une "conscience de classe" innée, mais tout simplement de dire qu'ils sont la classe, une classe sans conscience et ruine de leurs âmes, et de prendre nous conscience que nos discours militants ne sont que littérature auto-satisfaite, sans prise sur les rapports de classes capitalistes

communisme, mouvement, combat, quelle stratégie en prise ?

alors si ce que nous faisons ne sert à rien qu'à nous qui nous y comprenons entre nous, en quoi sommes-nous communistes, si le communisme est le mouvement présent antagonique au capital, et que son but n'est pas état mais toujours mouvement de ce présent projeté dans un futur qui nous appelle ? Un mouvement sur lequel nous n'aurions aucune prise, comme si nous vivions sur une planète à part, celle de nos idées ? Triste ironie du sort, si le communisme n'est pas une idée, mais un mouvement produit par le cours du capitalisme, c'est-à-dire un combat au présent

comment mener aujourd'hui un combat communiste, participer au sein des luttes et des débats d'une problématique efficiente de renversement du capital ? C'est, au sens plein du terme, une question stratégique, de même, j'insiste, que ma tentative de cerner ce que font en face nos ennemis ne le situe pas seulement comme réaction conjoncturelle aux événements de la semaine dernière, mais comme adaptation à moyen terme de la stratégie capitaliste, étatique et impérialiste, à laquelle il faut bien adapter notre combat, sans quoi j'en perdrais mon latin communiste, anarchiste, et toute prétention à la puissance poétique

je ne suis pas nous parce que je ne suis pas "je"

je ne suis pas ce "nous", faux-nez faux né de la militance radicale, il me faut en prendre acte, parmi ceux mêmes qui me semblent le plus proches (quand je suis optimiste), qui ont les moyens de m'entendre et le font parfois, mais font comme si... préférant encore régler leurs comptes égotistes et sectaires pour des prétextes plus que de sérieuses raisons. Au fond, nous nous renvoyons bien la balle, eux de me censurer* moi de me singulariser. Mais jusqu'où, à quel prix, pour quel gâchis ?

* je ne trouve pas de terme plus adapté, puisque plusieurs sites "camarades" ne publient pas les rares commentaires que j'envoie sur leurs blogs, des plus égotistes aux plus impersonnels, ne renvoient jamais l'ascenseur des commentaires positifs que je fais de leurs positions. Cette attitude me désole autant qu'elle conforte la critique que je fais de leur sectarisme, de leur groupisme identitaire, de leurs auto-références au demeurant complètement contradictoires - voir le centre de gravité des liens qu'ils ajoutent à leurs blogs, dans la meilleure des confusions idéologiques. Cela  les rend inaudibles, dans quoi ils se confortent depuis qu'ils se sont inventés « notre histoire », très européo-centrée faut-il le souligner, à la croisée des héritages communistes et anarchistes hétérodoxes. Pourquoi perdure cette ignorance des marxismes "de couleurs", et de tentatives révolutionnaires pas moins importantes que La Commune ou les communes anarcho-espagnoles, qui sont pourtant si riches d'enseignements dans la situation que nous vivons aujourd'hui ?

je poursuis ce nous qui fait classe de ne plus être "je"

(faire classe, c'est faire anti-classes/genre/races/individus identitaires)

je ne suis pas "je", je ne suis aucun je, parce que de longue date je me suis inventé au-delà d'« un autre », comme "des autres" écrivais-je il y a dix ans inspiré par Edouard Glissant ou Abbey Lincoln dont je faisais entendre hier People in me. Au point de ne plus savoir vraiment qui je suis, tant d'identités me traversant, me créolisant, me faisant n'être que de tous ceux, toutes celles, qui m'ont appris et m'apprennent encore à parler et à vivre, à me battre en communiste avec la conscience de ce qui nous constitue en classe, d'un autre nous, un vrai nous sans faux-nez, un nous pas à genoux devant son statut de militant ou penseur radical construisant, par son langage même, sa statue d'impuissance de classe

11 janvier 2015

un attentat à la pudeur : subjectivisme non tempéré

malheureusement, j'ai peu de mémoire. J'aimerais, pour qu'aujourd'hui ne soit pas le pire, me souvenir d'un jour si noir, aussi noir pour l'espoir, depuis quarante-cinq ans. Je veux dire l'espoir en tant que communiste. Même quand j'y croyais en d'autres termes qu'aujourd'hui, dans les années 70, les scores électoraux de mon parti étaient toujours à la baisse, mais je me disais qu'on ferait mieux la prochaine fois... ce fut de pire en pire, la ligne du parti aussi, mais il y avait encore, même si déjà cela ne correspondait plus à grand chose puisque l'identité de classe se délitait, il y avait un sens de classe très fort chez nombre de camarades, et bien au-delà

à écouter de loin, par les reportages surtout les interviews des marcheux, c'était comme un cauchemard en continu, comme à travers une brume épaise et poisseuse : « peuple, national, république, tous unis, libertés, France, peuple, république, liberté, démocratie, tous unis, etc. » en boucle signifiant : « vous avez demandé une classe ? il n'y a pas d'abonné au numéro... ». Des foules où personne n'exploite personne, personne ne domine personne, personne n'est exploité par personne, violé par personne, trahi par personne... Des foules de gentils, de gens de bien qui n'ont « même pas peur », pas peur pour eux, ils ont peur pour les libertés, surtout celles des dessinateurs satiriques, ces soldats de notre liberté d'expression. Leur liberté à eux, ils l'ont voulu, l'ont obtenu dans ses limites : ils ont marché en la fermant. Libres ils sont, de se taire. Le parti uni de la trouille

journal extime ajout du 12 emprunté à Claude Guillon, qui l'a emprunté à Gil

et tous ces "je", « je suis Charlie», « je suis policier juif », « je suis musulman athée », « je suis comme tous ceux qui sont pas comme moi »... Aucune pancarte « je suis moins que moi », « je suis comme ceux qui prennent des risques pour moi qui n'en prend aucun », « je suis blanc et content (de pas être non-blanc, flic, musulman, juif...) », pas de pancarte « je suis de droite et de gauche », pas de pancarte « je n'ai aucune classe » et pourtant, tous ces je je je je je je je... ces "je" qui font des foules, des citoyens, ça vous fait quoi ? un peuple, pardi ! C'est exactement ça, un peuple de citoyens pour un Etat-Nation. C'est exactement ce dont le capital rêverait d'inventer s'il ne l'avait à sa disposition, heureux et fier comme un peuple envié par « le monde entier » qui n'a pas la liberté de marcher... pour rien. Moins que rien. « Vous n'auriez pas un peu plus de moins, pour mon rien ? »

des "je" ça ne peut jamais former qu'un peuple, une religion, une race... "je" de même sexe (à choisir entre deux ou direct chirurgie), "je" de même génération (on ne choisit pas, monsieur, on vieillit), de races différentes (les goûts et les couleurs...)

des "je" ça ne formera jamais une classe, un genre, une race à abolir ou dépasser. Un peuple ça s'arrête aux frontières de l'Etat-nation, ça aime bien les autres qui font de même avec « nos valeurs », qui se ressemble s'assemble avec des papiers des passeports... Des différences ? Pas grave, on fera des frontières intérieures, des "quartiers" par exemple, des restaurants du cœur, des trottoirs propres pour sdf-Charlie, et même des plans sociaux, c'est tipabeau, la République ? Et ça ira et ça ira, « tous unis, liberté, démocratie, république...»

quel est l'expression contraire de « hurler avec les loups » ?... « se taire avec les moutons » ? « avec les mâtons » ? « marcher le 11 janvier 2015 » ?

enfin, que j'me dis c'est dimanche... sûrement que je hais les dimanches... demain un autre jour

parce que le lundi c'est différent, la preuve que ya des différences, le petit chef, qu'était dans la marcheu, va se farcir une employée qui n'en fait qu'à sa tête, qu'était aussi dans la marcheu. Le gentil flic, qui protégeait les marcheux d'individus suspects ou de drame sans nom (entre parenthèses « qu'est-ce qu'ils sont bons, nos policiers ! »), va faire des contrôles d'autres individus suspects dans la rue, qu'étaient des gentils "Charlie" dans la marcheu... et puis yaura ceux qu'en ont, et puis ceux qu'en ont pas...

je m'arrête las, suis pas en verve. Reposez-vous, lectrices et lecteurs, cette nuit, si ça vous prend, n'hésitez pas : faites un attentat... à la pudeur

moi je vais rêver d'une bonne nouvelle : 95 % des Français n'ont pas marché

30 décembre 2014

« L'architecture invisible, ou la culture en tant que Miroir

Hanté par le positif, par le plein, par la transparence, l'Occident considère l'ignorance et l'incompréhension de soi comme une connaissance objective insuffisante, c'est-à-dire comme une imperfection à redresser.

L'Occident ne voit pas que l'insu, le non-savoir, le méconnu, en un mot la dimension négative structure le savoir humain, et avant tout structure la connaissance de lui-même que l'animal parlant construit. Cela vaut pour la culture, qui se construit et se reproduit en intégrant l'indicible, le négatif, en fabriquant de l'insu sur lequel elle prend appui.

Nous venons d'interroger la Mémoire dogmatique qui nous a permis d'apercevoir les coulisses de l'Occident, c'est-à-dire un autre Occident, une image bien différente de l'image proclamée, sue et revendiquée. Le vol de l'Ancêtre, c'est l'étrangeté qu'il découvre chez d'autres peuples étudiés par l'ethnologie. La généalogie occulte, c'est l'irrationnel que l'idéologie scientifique rejette. Autrement dit, l'Occident ne voit et n'accepte qu'une part de lui-même; l'autre part lui est étrangère, rebutante; elle lui échappe, et ce sont les arts, la musique, la poésie, qui prennent en charge cet indicible. » Pierre Legendre, Ce que l'Occident ne voit pas de l'Occident, Conférences au Japon, 2003, Mille et une nuits p.54

le plus précieux ? la part obscure
tout ce que je sais ne m'est utile qu'à inventer d'autres erreurs
qu'une question demeure et rien ne meurt
une part de mon bonheur, de ma soif de vivre, est dans ce que j'ignore du monde, des autres, de moi
il suffit d'un sourire, d'une fleur, d'un oiseau... et tout revit, mourir ne fait plus peur
dormir, rêver, tenir la preuve de l'inconnu. Le monde ne dort pas assez, il méconnaît ses rêves