notes poétiques 2003-2015

 

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    1. POÉTIQUE
notes poétiques 2003-2015 

on l'aura remarqué, ce site brasse en permanence activités artistiques (jazz, poésie, peinture...) et visée révolutionnaire. Néanmoins, je rouvre un champ spécifique pour regrouper des textes articulant plus particulièrement ces deux champs, et pour d'éventuelles suites à Notes / poétique de 2003 à 2012

note du 9 juin 2014 : je place ces 'réflexions poétiques' dans la rubrique art et non poèmes parce que je n'en parle pas qu'au sens étroit de 'théorie de la poésie' (littéraire). Cela pourrait se rapprocher de l'esthétique, philosophie des arts, mais j'attribue à la poétique le sens plus large, au-delà du seul champ artistique, d'une poétique de la vie. C'est pourquoi je peux user de ce concept de façon ouverte, et nom réservée à l'art et aux artistes, aux poètes. Si l'expression n'était pas galvaudée, cette poétique pourrait tendre à un art de vivre. L'enjeu est, on l'aura compris, une théorie de la révolution comme relation poétique entre sujets. Naturellement, cela confère à la poétique une fonction aussi forte et entière que celle traditionnelle de la philosophie. Celle-ci étant fondée sur les concepts, cette poétique serait une philosophie des affects. Il me semble en ceci prolonger une ambition d'Edouard Glissant et Henri Meschonnic, dans une approche plus modeste, accessible et pratique (-> praxis)

25 juin 2015

Patlotch : un cadavre !

la mise à mort de l'artiste par lui même discussion dans le forum communisation et décolonialité


ceci n'est pas un texte, mais l'engagement d'une réflexion pour aller plus loi, encore que le point où je suis arrivé le plus récemment, dans mes œuvres comme dans ma réflexion "poétique", cad dans mon sens : théorie de la relation art et révolution

je partirai de ce qui fut explicité dans une discussion sur Médiapart, et que j'ai repris dans mon billet là-bas Médiapart Communisation et décolonialité avant que ma connexion ne soit coupée (réponse à Yvan Najiels et BF)

l'important était donc pour moi, dès 2006, le double dépassement de la posture artiste de Debord et des situationnistes, et de l'impensé de l'art par la théorie de la communisation

mais ce n'est pas le seul "résultat" de mon passage éclair chez Médiapart. Des personnes m'ont dit aimer ma peinture, ou ma poésie, de toutes obédiences ou absence d'opinions politiques marquées.  Certains : " vous exposez où ? " vous devriez exposer à tel endroit, tel musée vous accueillerait sûrement" etc.

alors que répondre ? D'abord que cela fait plaisir, merci... Puis que je n'expose nulle part, que je l'ai fait un peu, quand on me l'a demandé, que cela ne m'intéresse pas, et même que je me l'interdis, non par quelque masochisme, et encore moins timidité... Il va falloir se mettre dans la tête, une bonne fois pour toute, et tant que je serai vivant que :

Patlotch n'est pas un peintre

Patlotch n'est pas un musicien

Patlotch n'est pas un poète

Patlotch n'est pas un artiste. Point

Patlotch n'est pas un théoricien communiste. Point

Patlotch n'existe pas
 

Patlotch ? Un cadavre !



si nous devons abolir la posture artiste en faisant la révolution, condition même pour saisir son caractère d'auto-subjectivation des individus pour leur émancipation dans leurs rapports avec les autres (immédiateté sociale, etc), si nous saisissons (ce que n'a pas fait TC ni aucun théoricien communisateur, mais un peu Debord sur le papier, alors commencer, nous-même, par nous auto-glorifier en artiste, ou à nous mettre en quête de notoriété comme artiste, tout cela ne peut que nuire et détruire le message révolutionnaire qui traverse aussi bien notre peinture, notre poésie, que notre théorie de la révolution


ceci ne concerne évidemment pas que le p'tit gars Patlotch, ni les seuls artistes, mais 7 milliards d'individus pris sous le capital et invités à faire la révolution


que pourrai-t-on penser d'un Patlotch affirmant haut et fort : « Je est des autres », et qui courrait à droite à gauche pour exiger qu'on le salue bien bas « c'est lui, c'est Patlotch, vous savez, l'artiste... Ah bon, vous ne le connaissez pas, c'est dommage, c'est un grand poète, vous savez, trop méconnu...», et moi (le p'tit gars Patlotch qui est en moi), intérieurement glorifié bombant le torse de son âme artiste « Je suis moi, je suis moi, elle m'a reconnu, je deviens reconnu, je vais être connu, je suis immortel... », autrement dit, « Je suis un charlot ! » plutôt crever ! Patlotch, renvoie-leur ton cadavre, c'est toujours mieux de tuer deux fois

Patlotch ? Un cadavre !
Karl Marx a écrit:
: « Dans une société communiste, il n’y aura plus de peintres, mais tout au plus des gens qui, entre autres choses, feront de la peinture ». Marx, théoricien de l’art ? Isabelle Garo

23 avril

poétique et retour à la poésie : quelques repères pour ma lectrice 19:06

poétique, késako ?

Il y a quelques années, mes « notes poétiques » portaient davantage sur l'écriture de poésie, de musique ou d'autres créations telle la peinture… Le mot poétique y était plus proche de ce qui serait, si cela avait une pertinence, une (ma) 'théorie' de la fabrique de poèmes ou d'art en général, une pensée sur et à partir de ma démarche de création et l'alimentant en retour, à partir de problèmes de divers ordres qu'elle me posait, des plus techniques au plus « philosophiques », des plus concrets aux plus abstraits

ma fabrique à poèmes à problèmes

quoi qu'il en soit, c'est le poème, l'œuvre en fabrication, qui détermine sa poétique, plus que l'inverse, bien que cela puisse dépendre des modalités choisies au départ de chaque œuvre : le jeu est toujours ouvert aux possibles qu'il révèle. C'est une résolution de problèmes plus qu'un programme à suivre ou un démonstration. C'est une dé-construction/re-construction produite

il y a pour moi diverses façons d'engager un poème ou autre. Ça peut aller de poser un titre d'abord à se laisser porter par les mots sans fin, en passant par une démarche plutôt portée sur la forme ou sur le contenu, à marier toujours par le faire... partir d'un souvenir, d'un rêve, d'une image, d'un paysage ou d'un événement, d'un rythme sonore ou d'une structure classique à suivre ou qui s'élabore en chemin…

les quatre sonnets de cette nuit

les quatre sonnets de cette nuit, trois en vers de 6 (hexasyllabe), un en vers de 8 (octosyllabe), de forme plus ou moins classique pour les deux quatrains et les deux tercets, sont tous partis d'un premier vers jeté comme ça, qui devient en quelque sorte une « énigme à résoudre », comme dit mon amie peintre Fadia Haddad concernant ses tableaux. La suite est relativement improvisée, plus ou moins rapidement ou corrigée ensuite. Chacun de ces sonnets fut écrit en 10 minutes, ce qui est inhabituellement court pour moi. Les mots et rimes sont il est vrai des plus convenus, mais ici ça ne me gêne pas, j'ai dit vouloir faire simple cette année, un petit côté ritournelle ou chanson populaire

il y a plusieurs moments où le poème peut être considéré comme achevé, l'énigme résolue. Plusieurs étapes où il peut se tenir tel quel, et seule une insatisfaction conduit à le peaufiner, voire à le modifier ultérieurement, comme tel peintre fauve retournant au Louvre retoucher ses tableaux des années plus tard

la différence avec un tableau, et plus encore une sculpture, c'est qu'on peut toujours revenir en arrière, pour des repentirs. Sur Internet, je ne peux plus le faire pour mes poèmes en ligne sur l'ancien site Livredel, ce qui est un peu frustrant quand je tombe ici ou là sur quelque maladresse…

pour le reste, dans ces sonnets, s'il est question d'amour, d'une blonde, d'une brune, d'une femme aimée qui vous délaisse pour un autre… elles sont de pure imagination, je n'ai rien vécu de tel récemment

il est question de ce qui se passe dans le milieu de la théorie révolutionnaire, mais nul n'est obligé de l'entendre ainsi…

poème et signification : entre soi et les autres, œuvre-sujet fondée sur des affects/percepts plus que sur des concepts

pour moi, le poème est le plus haut niveau de densité/danse de l'écriture. La forme la plus courte peut être la plus dense et la plus cadansée, comme dans l'adaptation en français de la structure du haïku japonais, 5/7/5. Le sonnet, avec ses 14 vers très 'versatiles', est aussi un exercice de densité particulièrement équilibré, entre forme courte et possibilité d'y mettre beaucoup de choses 

le poème étant œuvre-sujet, relation poétique, il n'a pas de vérité intrinsèque ou définitive, qui serait celle du poète, lui-même ne sachant pas toujours le tout des possibles lectures

la 'magie' des mots ? l'analyse d'un poème ?

c'est pourquoi l'analyse d'un poème ne doit pas chercher sa signification, à comprendre comme un contenu dans une forme esthétique, mais des affects, à saisir par tous les sens, réglés ou déréglés (Rimbaud) par les sons et les rythmes, comme dans les musiques traditionnelles d'Afrique. Quelque chose tient donc, qu'on le veuille ou non, de la magie, magie des mots n'étant pas ici qu'une métaphore

on pourrait la comparer avec l'analyse de la cure (psy), particulièrement « la voie royale du rêve », sauf que chez Freud, c'est l'analyste qui sait, alors que pour des psychanalystes moins bornés (Karen Horney par exemple), c'est l'analysant qui exprime ce que son rêve, création propre de son inconscient, lui suggère. A mon expérience, c'est la situation la plus féconde d'une analyse, pour comprendre son propre fonctionnement psychologique et la manière dont ainsi, il peut être déconstruit par ce travail sur soi, la « guérison » venant « de surcroît », comme on dit…

le poème ne signifie rien d'absolu immuable dont le poète aurait détenu le secret : intime/extime

chercher par un poème à savoir ce que le poète a « voulu dire » est assez vain et pas toujours très sain : vouloir ainsi entrer dans l'intimité du poète évite d'avoir à confronter la sienne au poème en se posant la question « qu'est-ce qu'il me fait ? ». Autrement dit, c'est la découverte subjective possible de son extimité, à savoir le rapport social intime. S'il ne te fait rien, c'est que pour toi, ce n'est pas même un poème, c'est un ratage

ce qui est bon à l'oreille de l'un.e peut être nul à celle de l'autre, et vouloir établir une valeur d'un poème ou hiérarchiser la valeur des œuvres poétiques est le meilleur moyen de passer à côté de trésors. Les plus connus ne sont pas toujours les meilleurs. Un inconnu, a priori, la plupart attendent qu'il se fasse un nom avant de lui porter quelque considération. Les braves gens sont moutonniers, et la loi de la valeur n'arrange rien, pas plus que les coteries généralisées de la culture et des 'artistes'

mes "goûts" et dégoûts

j'aime Meschonnic comme penseur et poéticien, moins comme poète, et moins encore comme coupeur de tête d'autres poètes sur ses critères d'écriture. J'ai lu nombre d'ouvrage de rhétoriques, de mémoires de poètes, des essais de Valéry, Reverdy et d'autres ayant expliqué leur rapport à la poésie, qui sont au demeurant le plus souvent à trouver en lisant leur poésie (ex. Tsvetaïeva, Leiris, Aragon...)

je déteste l'essentiel de la poésie philosophique française de la seconde moitié du XXe siècle, qui me laisse froid, et dont je pense qu'elle est davantage une esthétisation à prétention poétique de la philosophie, notamment post-heidegerienne. Je me situe aux antipodes de cette démarche, dont les procédés me semblent pauvres au niveau du rythme, du son, de la prosodie en général. Un manque de dialectique tournante entre niveaux de langage, sens et sons, rythme et coupures, etc. De la poésie cérébrale pour « intellos », dans le mauvais sens du terme d'absence de corps

pour les mêmes raisons, sans me considérer transparent ni populaire/populiste, je n'aime pas les poèmes à références savantes, mythologique gréco-latines, sans doute parce que je n'ai aucune formation de base dans ce domaine, et que je fuis l'écriture qui les exige comme les dissertations de khâgneux « révolutionnaires »

j'aime par contre les philosophes poètes inventeurs de langage, dont le sens n'est pas toujours transparent : Nietzsche, Édouard Glissant… les poètes de la Négritude pour le rythme. Mon tiercet serait, concernant leurs poèmes : Léon-Gontran Damas, Senghor, Césaire… Rien donc d'un choix politique

je n'aime pas trop les "réalistes", sauf Francis Ponge, et très peu Jacques Réda, néoclassique assez casse-couille malgré son amour du jazz... classique

j'aime certains poèmes traduits, par exemple d'Octavio Paz par Benjamin Perret ou Claude Esteban, mais à les comparer aux originaux en espagnol, bien que le comprenant peu, je vois que ce sont des re-créations, et que la qualité du poème en français doit beaucoup aux poètes-traducteurs

franchement, je ne vois pas comment l'on pourrait traduire mes poèmes, sauf peut-être ceux que j'ai le moins travaillé du point de vue rythmique et sonore

la poésie selon les gauchistes

je me suis débarrassé de l'idée qu'un poète 'révolutionnaire' serait un révolutionnaire poète, une idée qui ne sait pas lire, un gauchisme esthétique ne valant guère mieux que le stalinisme du 'réalisme socialiste'. Un poème n'est pas un tract. Point barre. La haine d'Aragon chez la plupart des gauchistes, et les inepties qu'ils ânonnent en référence à Houra l'Oural ou La Diane Française, quand ce n'est pas à son parcours "stalinien" au PCF, ne démontrent qu'une chose : ils ne l'ont pas lu, ou seulement avec leurs œillères et présupposés théorico-révolutionnaires, fort semblables à ceux des staliniens, les vrais. Astarian m'avait fait une remarque en ce sens, et quand on lit son texte sur l'art et le communisme, on comprend mieux ses limites. À faire retourner Marx dans son tombe...

c'est à se demander s'ils savent ce qu'est un poème, un poète, ce qu'est l'art en relation à la révolution. Quand on lit Gilles Dauvé conseillant de lire Rimbaud mais pas Verlaine, Maïakovski mais pas Aragon, ma lectrice avisée sait qu'elle a affaire à un fat ignorant, à un infirme poétique doublé d'un vieux con théorique sur le déclin, enculturé à la bourgeois de souche qui croit encore à l'art prolétarien, et in fine à un flic de la pensée digne fils de son père

mon apprentissage et mes influences, des grand rhétoriqueurs aux grandfs déconstructeurs, en passant par les classiques, les modernes, et par quelques ailleurs

je revendique l'influence de Racine, Victor Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Apollinaire, Desnos, Aragon (et la mystique surdouée) Marie Noël pour la maîtrise de l'alexandrin français en particulier

pour le vers non mesuré rimé ou non, La Fontaine, Reverdy... (je goûte fort peu René Char)

d'une façon plus générale, mon apprentissage autodidacte est passé par les grands rhétoriqueurs inventeurs de formes au Moyen-âge et à la Renaissance, par François Villon, par tous constructeurs de sonnets depuis qu'il s'en écrit, y compris ceux de Shakespeare. Mais je n'aime pas les sonnets du mathématicien oulipiste Jacques Roubaud. J'en ai écrit près de 200 à ce jour... et cela a formé chez moi une capacité de jongler avec les mots, leurs sens et leurs sons, que je retrouve à ce niveau chez très peu de mes pairs, si j'ose dire, hormis dans la virtuosité d'Aragon, la rhétorique extrême de François Dufrêne ou les calembours de Bobby Lapointe

au niveau de la fluidité que je recherche, Verlaine, et encore Aragon comme un des plus grands inventeurs de formes poétiques au XXe siècle (je parle de son « style »), que je préfère à l'Oulipo, à l'exception de Queneau et Perec, la plupart des autres étant pour moi des faiseurs

une de mes fortes influences, plus sentimentale que formelle parce que ma démarche s'est posée d'elle-même des problèmes similaires de rhétorique poétique, est François Dufrêne, lettriste et post-lettriste, poète sonore, peintre affichiste, et rhétoriqueur hors pair (Tombeau de Pierre Larousse, Cantate des mots camés…). C'était un collègue de travail, anti-stalinien encarté à la CGT, qui écrivait à ses heures "perdues" : il en perdait le plus possible, comme je le ferai plus tard, dans mon placard…

concernant la prose poétique, aucun influence, sinon celle que m'a apporté l'écriture en vers, la meilleure des écoles pour jongler avec la syntaxe, dont la trace est lisible dans mes textes de quelque nature que ce soit

ma poésie a des influences fortes de quelques-uns pas toujours considérés comme poètes : Raymond Devos, Bobby Lapointe, Serge Gainsbourg, Claude Nougaro...

quant aux rappeurs, c'est le hasard de l'écriture et du travail sur les assonances qui fait que certains de mes poèmes peuvent être apparentés à l'écriture de rap, et récités sur des musiques de type jazz-blues-soul ou percussions africaines. Certains rappeurs français écrivent vraiment bien, mais à mon oreille, très peu ont le sens du rythme, ils ne swinguent pas autant que les rappeurs américains ou afro-cubains

j'en ai sûrement oublié en chemin...

nombre de mes poèmes n'exigent aucune référence culturelle, certains peuvent être lus par des enfants, d'autres sont effectivement plus exigents ou plus en référence à des événements partagés par quelques-un.e.s qui me lisent, ou pas : s'ils sont inconnus de ma lectrice, elle peut peut-être y trouver autre chose, mais qu'elle ne m'en fasse pas alors porter la responsabilité ;-). Ecrire des poèmes est un moyen de faire le point avec moi-même, une forme d'auto-analyse

une dernière chose : j'ai la mémoire très mauvaise. Je peux certes écrire dans ma tête un sonnet entier avant de le retranscrire sur le papier., Par contre, non seulement je suis incapable de réciter plus de deux vers des poètes que j'ai cités, c'est pareil pour les miens. Par contre, je peux être assez bon lecteur/récitant/improvisateur

21 avril

Ne lisez pas / Lisez Dauvé ?

la fin d'un oukaze héros (ne lisez pas zéro) de la théorie révolutionnaire

sur son blog DDT21, Dauvé semble douter de plus en plus et tenir un essentiel de peu. Je ne peux que comprendre le plaisir qu'il y a, pour un grand lecteur, à avoir ses préférences, mais se laisser aller à des comparaisons pour un jeu de massacre, quelle déchéance intellectuelle !

en littérature, choisir n'est pas renoncer

je ne peux que partager les choix de Rimbaud, Ducasse, Philip K. Dick, Arthur Cravan, Kollontaï, Emma Goldmann, Oscar Wilde, Anthonin Arthaud, Shakespeare, Robert Paxton, Tanizaki, Giono, Jim Thompson, Patricia Highsmith... quelques autres et surtout l'admirable Jean Meckert à qui j'envoie mille baisers au paradis des écrivains du prolétariat. Mais quelle nécessité de les comparer ? De comparer ce qui n'est pas comparable parce que pas écrit pour ça sauf sur les points ou c'est explicite, en théorie politique notamment ? Si je vois bien la pertinence de certains choix, d'autres me semblent aussi creux que dénués d'intérêt et même de sensibilité ou d'intelligence tout court

de la liste, que je connais, je déteste Proudhon, Céline (y compris comme écrivain, pour autant qu'on puisse discerner), André Breton (y compris comme "poète"), Duras (sauf rares textes, comme La douleur...), Sollers, Ellroy, Bernard Werber, Christine Angot, Eric Hazan, Maurice G. Dantec, Sylvain Tesson, Michel Onfray, Le Comité invisible... alors qu'on ne les lise pas ne me paraît pas une grosse perte. Mais Balzac, Molière, Hugo, Zola, Tolstoï, Jack London, André Gide, Mishima, Borges, Becket, Asimov, Hugo Pratt (en noir et blanc, évidemment)... et même le Vaneigem du Traité... Dauvé est-il malade ou, simplement devenu un vieux con ?

un non-sens poétique

quel intérêt et quel sens poétique d'opposer Rimbaud à Verlaine, Arthaud à Brecht, Maïakowski à Aragon... ou même en théorie Marx à Federici (concernant les femmes ?), Astarian à Endnotes (en dehors de la valeur...) ? J'ai besoin de Gramsci autant que de Bordiga, de Negri autant que de Balestrina... Cela dépend de ce qu'on jette et de ce qu'on retient : de comment on lit : comme on lit, on se couche. Tout cela est tellement vain et petit, d'esprit potache de compétition... à 68 ans ! et prétendant au communisme ? Sans blague ! Imagine-t-on Marx, cet amoureux de la littérature et de la poésie, établir ce genre de comparaison aussi stérile que les choix "j'aime - j'aime pas" selon le critère du "goût"

une blancheur pas dérangée

quant aux goûts de Dauvé, remarquons pour sauver la blancheur immaculée de sa culture, la présence de Tanizaki et celle de Jamaïca Kincaid : on a l'idéologie culturelle qu'on peut, de préférence celle qui domine le monde. Et surtout pas d'Arabes, hein, papa Dauvé les jetait à la Seine comme les Juifs dans les gaz qui n'existaient pas pour les copains du fiston, qui les jette à l'oubli de la littérature comme de la lutte de classes. Comme je disais : un négationnisme peut en cacher un autre... Et tu prétends parler au nom de la révolution communiste mondiale, bouffi !?

Internet, une banalité

quant à Internet, pour moi, cela ne définit qu'un support et pas ce qu'on y trouve, et bien que j'aime les livres, ou parfois les journaux, je vis avec mon temps... On peut lire sur Bellacio un texte de Lukas Stella, Trouble dans le net, qui émet quelques banalités de base, et même s'il a globalement raison quant à la communication, l'opposition virtuel-présentiel est souvent bien artificielle

Internet, tout  dépend de la façon de s'en servir, et de s'y exprimer. Je ne sache pas que Dauvé soit une flèche en matière d'échange, et la plupart des gens de ce milieu sont en la matière des calamités relationnelles, privées autant d'imagination que de capacité à discuter, que ce soit sur le net ou « autour d'une bière »... Tout dépend de la place que l'on donne aux autres, et de l'échange, même virtuel, que l'on construit avec eux. Tout dépend finalement de la générosité avec laquelle on se bat pour un monde d'inter-subjectivités différent de celui qu'on critique, mais que l'on reproduit si facilement à l'identique, un monde de fermeture aux autres

une cohérence de goûts et d'un révolutionnarisme de papier

vrai qu'ici Dauvé se mouille, il prend des risques (mesurés). C'est un anti-autoritaire : il dit ce qu'il ne faut pas lire, ce qu'il faut lire. En pratique de classe, l'auriez-vous lu trouver quelque mérite à quelque lutte ? C'est la pratique conséquente de sa théorie révolutionnaire (en théorie), qui se contente de ne pas indiquer ce qu'il serait bien de faire et de critiquer ce que font ceux qui luttent : « nous ne sommes pas là pour juger, ni pour perdre la tête.» En d'autres temps, pareille attitude suffisait pour qu'on vous la coupe sans vous demander votre avis

l'inutilité communiste advenue

au final, si l'on relie ce non-texte à l'impasse et au vide dans lesquels Dauvé, en tant que théoricien, aura poussé le concept de communisation pendant des décennies, après une jeunesse de fulgurante pertinence, on y trouve une certaine cohérence, un symptôme de plus du déclin de l'étroitesse d'esprit et du sectarisme, qui se prend pour du radicalisme... Un destin assez typique des fils de la bourgeoisie d'Etat (ici policière, antisémite, raciste et fasciste*) ayant eu 20 ans dans les sixties.  Sûrement pas de quoi faire apprécier ni la littérature, ni même la théorie de la communisation, à d'autres que du même genre, tout en intellect, en opinions tranchées et tranchantes, croyant savoir mais n'osant affronter la critique, construits en pans entiers ignorant la vie, surtout celle d'en-bas, celles des autres que ceux qui, finalement, lui ressemblent

* un négationnisme peut en cacher un autre 2 (le 1 est, à propos de la Guadeloupe, c'est au présent que nous luttons contre la classe du racisme)

il faudra bien, à défaut de dénoncer à tord et à travers, s'expliquer pourquoi et comment, après la fuite des résistances anti-nazis et anti-fascistes dans la "seconde guerre mondiale", après les casseroles négationnistes de la Vieille Taupe et de l'ultragauchisme dans les années 90, est possible aujourd'hui un discours promouvant la communisation sur Radio-Nostalgie, chez les catholiques intégristes d'extrême-droite - voir la nébuleuse anti-système dans la crise politique du capital en France. Il faudra bien s'expliquer pourquoi et comment l'on a , dans ce milieu radical issu de 68, certains qui nient la race mais font si grand cas de l'antisémitisme  - tout aujourd'hui sauf un racisme de classe - et ceux à l'opposé qui nient la race alors qu'ils sont issus de la bourgeoisie française blanche, raciste et fasciste du pétainisme et des guerres coloniales. S'ils se haïssent si cordialement, c'est aussi sur le terrain de ce qu'ils partagent, une idéologie des élites intellectuelles bien de « chez nous ». Et puis il y a ceux, entre les deux, qui se taisent, courageusement, comme d'hab', en attendant la fin

les jeunes gauchistes font les vieux cons

ma lectrice avisée sait que dresser des listes de bonnes et mauvaises lectures, ce n'est bon que pour les jeunes et vieux gauchistes, infantiles et séniles réunis. Je n'envie pas les derniers et souhaite aux premiers d'en sortir, de se forger le goût des arts et des lettres, un goût poétique au sens fort, autant qu'un esprit critique dégagé des maîtres à non-penser et des coupeurs de tête

je ne sais pas si Dauvé lit Patlotch, mais comme il ne passe pas mes commentaires, sans commentaire : une déception de plus

alors oui, moi qui n'eu pas la chance de naître dans un milieu "cultivé", ni de faire des études littéraires et qui ne m'ouvris que fort tard à certaines lectures, « Je ne regrette pas mon passé, mais seulement le temps perdu avec les mauvaises personnes »

et donc lisez Dauvé, c'est le meilleur moyen de s'en débarrasser pour passer à autre chose

11 avril

l'art bobo de Patlotch, ivrogne de souche

petit rappel de mes œuvres celles d'« un vrai français de souche, tel Patlotch plutôt bobo dans son mode de vie, comme dans ses œuvres.[...] Les Gaulois, ancêtres dudit Patlotch (sait-on jamais ?), ne prenaient, dit-on aucune résolution sans s’être au préalable soigneusement enivrés. Une fois la décision prise, ils attendaient, très sagement, d’avoir dessaoulé afin de la mettre en pratique ou d’y renoncer, et donc de recommencer un round de beuveries, etc…» adé dndf 9 avril

on a les indigènes qu'on peut

passons sur la description par cet adé des 'Indigènes' : assez digne des généralisations du Front - je laisse deviner lequel -, gageons qu'elle est de nature à lui valoir un bon accueil, tel que je le supposais dans ma « logorrhée paranoaïque » selon son compère pepe, les deux faisant la paire pour des commentaires d'un « niveau théorique » de plus en plus apprécié par le lectorat de dndf. Version 2 : « c’est peut-être, pour changer, un mec droit dans ses bottes de communisation qui se ferait cogner par une racaille : difficile de préviser, hein ? »

notons que des prolétaires racialisé.e.s de France, il n'est toujours pas question de parler comme tels, dans tout le "milieu" théorique de la communisation théorique, ni encore du « camarade Woland » de Sic au sommet de l'État grec, ni plus du Cousin communisateur de Radio Nostalgie et de ses copiés-collés de Théorie Communiste, grand pourfendeur des immigrés en Europe qui empêchent les prolétaires de souche de faire la révolution : amalgame, oui, mais reste à le démêler

art bobo, art bourgeois, une vision stalinienne

quant à la notion d' « œuvres bobos », notons d'abord qu'elle sert d'insulte à géométrie sociale variable, comme le qualificatif de « bobo » (à l'origine contraction de bourgeois bohême), qui atteste d'une grande profondeur théorique. Si elle prétend évoquer un art bourgeois, bohême ou pas, tout le monde sait, ou peut étudier, à quoi elle renvoie : la conception stalinienne de l'art, ou l'art comme marchandise du capital, dès lors que les œuvres sont vendues, non en tant qu'œuvres, mais comme produits d'un travail susceptible d'un bénéfice, voire de profits. Étant donné que je n'ai rien à vendre...

recherche : art bobo, art bourgeois

« Dans un premier temps, la Révolution entraîne de nombreux artistes dits d'avant-garde, comme Kasimir Malevitch, Sergei Eisenstein ou Dziga Vertov. Le mouvement d'avant-garde russe est indissociable de l'entreprise révolutionnaire. Maïakovski notamment initie le mouvement en subordonnant la création artistique aux exigences politiques, prônant la création d'un "art prolétarien", en réaction à l'esthétisme de l'"art bourgeois".»

jugé à cet aulne, on peut voir ce qu'a donné l'art prolétarien en version « réalisme socialiste » et dans ses avatars de tous les « gauchismes esthétiques ». S'il m'avait fallu rejeté tous les bourgeois d'origine qui furent d'immenses artistes en tous temps, dans tous les domaines, je n'aurais pas appris grand chose, tant il est vrai que pour être artiste et célèbre quand on est prolo, c'est pas gagné, et quand ça gagne, on n'est plus prolo, ni même bobo

mon rapport à la création

j'ai arrêté de jouer en groupe de jazz ma propre musique parce que nous ne pouvions le faire que dans des lieux, pas forcément antipathiques ni argenté, mais où le public était précisément largement composé de « bobos », et rêvant à la première bossa-nova des plages ensoleillées du Brésil, même quand le thème évoquait plutôt les bidonvilles : à quoi bon ?

si j'étais jeune, je ferais du rap avec des jeunes, et je n'ai pas renoncé à jouer de la guitare ou des congas dans la rue ou sur un banc public, dans un parc, comme il m'est arrivé autrefois

adé s'était déjà distingué en relevant que j'aurais des guitares de luxe. Ce sont effectivement des guitares de luthiers, mais moins chères que les modèles équivalents de série, américains, japonais ou coréens. Je connais nombre de musiciens, y compris professionnels, qui ont moins d'argent et des instruments plus coûteux, tout simplement parce qu'un instrument de musique est aussi pour eux un instrument de travail, et que la qualité exige le prix. À l'époque et pendant 30 ans, je n'avais pas de voiture, ni de télévision, n'allais jamais au cinéma, ni dans les bars ni aucun lieux à bobos, ni nulle part où ne rien faire que perdre mon temps, étant donné la difficulté de créer en plus d'un temps de travail-transports de 60 heures par semaine

ce n'est donc pas pour qu'on juge si elles sont « bobos » ou pas que je rappelle que mes « œuvres » sont visibles (malheureusement pas audible, je n'ai que des cassettes et pas le moyen de les transférer en numérique). La question de la création artistique est pour grande part celle d'un rapport à l'œuvre en chantier, d'une posture d'écoute dans laquelle on n'est qu'œuvrier, et ceci d'autant plus qu'on improvise en temps réel, que ce soit en musique, en peinture, en poésie, etc. Être ou ne pas être un grand artiste, ou considéré comme un « artiste », je m'en fous. La plupart ne s'intéressent aux œuvres qu'à partir du moment où elles sont réputées bonnes, alors qu'ils sont passés devant des années sans s'y arrêter. Au demeurant même les plus géniaux se font déglingués par des imbéciles. Patlotch étant un inconnu, pas de souci pour le « critique d'art » adé

ce qui m'importe, c'est de faire : praxis. Une fois que c'est fait, ça ne m'intéresse plus, et ce qu'on en pense, fort peu. Ce qui m'intéresse et ma passionne, c'est de recommencer encore et encore, avec la peur au ventre de n'avoir plus envie, parce que l'inspiration ne vient qu'en s'y collant, comme disait Jacques Brel

franchir le pas de montrer mes "œuvres"

le temps passant les choses s'accumulant, étant poussé par mes proches de les montrer, je l'ai fait, jusqu'à 30 ans après la création. C'est un pas qui fut difficile à franchir et pas seulement pour des raisons techniques. Voir Ma non-'vie d'artiste', la peinture, la poésie, la vie, la forme comme contenu...

je n'en suis ni vraiment satisfait, ni honteux, plutôt fier d'avoir tenu mon exigence sans jamais céder à aucune pression de vendre ou de paraître

mais je suis plutôt content, c'est vrai, de pouvoir offrir ce que j'ai fait aux regards, de le faire gratuitement et sans intermédiaires polluant le rapport entre l'œuvre et qui la regarde ou la lit. Je suis certes privé de retours, mais ils sont généralement très décevants : comme en théorie, il est rare d'obtenir de bonnes critiques, qui font progresser ou voir les choses autrement...

hors la musique dans le genre "jazz et autres", qui « se consomme sur place comme les bananes » (Sartre) et autant que possible dans une communion collective entre auditoire et musiciens (voir le jazz de la Nouvelle-Orléans et la mentalité africaine, 2002), je crois effectivement que le rapport à l'œuvre-sujet (et non à «l'artiste»), est une affaire individuelle, personnelle, pour ne pas dire intime, ou extime...

une unité entre créations artistiques et considérations théoriques et politiques

je me suis efforcé, et je continue, de montrer une unité dans ce que j'entreprends tous azimuts. Il y a certes la cohérence pour moi, le besoin psychologique d'une unité de mon individualité, au-delà du fait qu'elle se construit par les autres, socialement comme sur le plan artistique ou théorique. Je pense que c'est utile à la compréhension du tout et/ou de chaque partie qui se répondent et s'entrecroisent et ne sont pas véritablement elle sans le tout. Selon les personnes, certaines sont plus sensibles et réceptives à telle ou telle approche, et partant de là, peuvent découvrir autre chose, comme j'imagine le font nombre de ceux qui viennent régulièrement consulter ce blog

il était donc nécessaire que je montre et que je croise ces choses sur ce blog, qui fut conçu dès l'ouverture en 2004 comme ça et pour ça (je n'avais pas d'ordinateur avant, Livredel)

les photographies et montages unissent comme en elles-mêmes ces parties apparaissant plus séparées entre poésie et théorie, sauf pour moi...

alors voilà, cadeau, et si possible potlatch :

 5.1. plan du musée 
 2. POÈMES 1975-2015  

PS : au lieu de méchantes insultes, qui se veulent vexantes, avec ce procédé si honnête intellectuellement de sortir une phrase de son contexte pour en dévier l'interprétation (qui plus est sans lien à l'original), dommage que adé, qui battait sa coulpe à mon égard il y a peu (le 3 avril) n'ait pas préféré continuer sur sa lancée, ouvrir les débats qu'il semblait souhaiter : des « positions d’un très grand intérêt, notamment sur la question des races. / Je me sens proche de cette optique / la question de race est une question de première importance puisque liée à l’extension des rapports produits par ce mode de production. / De même, le rapport avec la nature me semble être une question sous-estimée par le corpus des théoricien-nes. / Idem au sujet généralement des activités pratiques-organisationnelles, et in fine de l’attitude résumée par le sous-titre de ce blog »

il n'était pas question d'en faire les positions du missionnaire que je serais, mais de causer. Mais chez dndf, on ne discute pas, comme disait ma mère, pas de ça tout du moins pour mon pepe préféré : « il ne faut pas qu’on fasse passer par dndf une éventuelle discussion sur la loghorrhée paranoïaque et pourtant passionnante au niveau théorique, de Patloch

je sais, je ne devrais pas répondre à tant de bêtise confinant à la haine petite, et je suis désolé que adé ou d'autres ne ratent pas une occasion de se ridiculiser, puisque tout se retourne inévitablement contre eux. J'essaye comme toujours de rebondir, non pour me justifier, mais rétablir ma vérité et mon intégrité particulièrement dans ce domaine de la création qui m'est sensible, et qui sait, donner à lire quelque chose qui n'ennuiera pas ma lectrice

5 avril 2015

arts et communisation

réflexions, poétique et praxis révolutionnantes, de Marx à Spauding

il n'y a pas à séparer l'idée d'un faire : pour l'art comme activité, la théorie n'existe pas

le communisme et l'art sont, depuis les lendemains de 1968, mes plus longues fidélités. Rien de surprenant à ce qu'elles se soient mariées. Par le Jazz et comme Michel Leiris dans les années 1930, j'ai appris l'Afrique, la Négritude, les Autres... Par le Jazz j'ai appris l'improvisation collective et sa puissance... Par les 'arts plastiques' et l'écriture poétique, j'ai apprisque c'est le chantier qui apprend à l'« œuvrier » (Bernard Lubat) où il le conduit

Jazz et Communisme, Poétique/éthique/politique pour la Multitude / Esquisses nouvelles Patlotch 2003

Improvisation et communisme Patlotch 2014

pratiques pratiques, la communisation sans partition, l'improvisation comme oublier-savoir : du jazz au communisme, encore Patlotch mai 2014

créations individuelles ou collectives, l'irréductibilité du travail artistique à toute valeur d'échange ouvre la possibilité d'un parallèle, d'une métaphore, entre activités artistiques et révolutionnaires. Rien donc de 'révolutionnaire' en soi dans l'œuvre d'art, pente sur laquelle ne manquent jamais de glisser les « gauchismes esthétiques » (Éric Plaisance dans La Nouvelle Critique à propos de Free-Jazz, Black Power de Carles et Comolli 1971, qui ne sort pas vraiment du Réalisme socialiste cher aux staliniens)). Rien non plus chez moi d'une « prétention à poétiser la révolution » selon la critique avortée de Jacques Guigou, qui ferait mieux de poétiser sa poésie et de réviser sa « révolution à titre humain »

puissance performatrice encore de la relation entre individualité et communauté dans la participation à une création collective en temps réel, telle que le théâtre improvisé, la danse improvisée, et naturellement le jazz (voir éthique africaine-américaine du jazz : la création collective, les échanges, l’individualité et le groupe dans Jazz et problèmes des hommes, Patlotch 2002)

tout à voir et revoir de ce que l'art disait à Marx et ce qu'il en disait, dans le rapport qu'il entretenait avec les œuvres du passé comme avec les poètes de son temps (Heinrick Heine...), et dans la perception claire qu'il avait que « Dans une société communiste, il n’y aura plus de peintres, mais tout au plus des gens qui, entre autres choses, feront de la peinture » (voir Marx, théoricien de l’art ? Isabelle Garo 3 février 2014 et autres textes dans notes poétiques 2003-2015)

notes poétiques 2003-2015  je dois dire que je trouve ça plutôt naïf, moche, "militant" à souhait et que cela relève pour moi du « gauchisme esthétique »

deux textes de Daniel Spaulding réveillent ces rapports au sein des luttes du mouvement Occupy, en relation avec le concept de communisation

Interview with Daniel Spaulding on communization, Occupy, and the specter of aesthetics The Charnel-House From Bauhaus to Beinhaus octobre 2012

Value-Form and Avant-Garde Daniel Spaulding MetaMute 27 March 2014

dans quelle mesure le caractère « gauchiste esthétique » des « œuvres d'art » présentées comme participant au mouvement 'Occupy' n'en révèlent-elles pas les limites, celles d'un gauchisme militant, au demeurant majoritairement blanc ?

2 avril

lecture à l'indienne dans l'Amérique des Roosevelt

de l'excellent roman de Bruce Holbert, Les animaux solitaires, dont le titre est inspiré par Steinbeck...

notes poétiques 2003-2015

j'ai retenu ce passage (p. 55-56). Cela se passe en 1932, après la crise de 29, au pied des Okanogan Mountains, dans l'État de Washington, entre réserves indiennes et petites villes, entre western et roman noir, à la manière des romans de Cormac McCarthy. L'auteur est lui-même originaire de cette région, ou son arrière-grand-père était un éclaireur indien de l'armée des États-Unis 

la ville dont il est question ici est dans une réserve, au bord d'une rivière où les Indiens se procurent, en dehors de la chasse et de la cueillette, de l'élevage et d'un peu d'agriculture, de quoi se nourrir. Un projet de barrage menace cette survie indigène parquée, et Franklin Roosevelt en est un chaud partisan, alors qu'il deviendra Président des États-Unis l'année suivante. La citation est de son oncle Theodore Roosevelt, Président à deux reprises jusqu'en 1919

notes poétiques 2003-2015 notes poétiques 2003-2015 

sans trop de peine, on fera le lien avec la capacité dont les dirigeants américains, « sans un soupçon d'ironie ou de cinysme », peuvent froidement envisager aujourd'hui de se débarrasser d'une population dérangeants leurs projets ou à leurs intérêts. Franklin Roosevelt, mort le 21 avril 1945, n'a pu décider de la date à laquelle seraient larguées sur Hiroshima (le 6 août) et Nagasaki (ville de forte population catholique, le 9 août), deux bombes atomiques, mais c'est bien son projet que mit en œuvre son successeur, Harry Truman. C'est  sous la présidence de celui-ci que fut engagée la « Chasse aux sorcières » - Which Hunt ou Red Scare, « Peur rouge » : le maccarthysme - sous la direction du sénateur McCarthy (rien à voir avec l'écrivain)

il s'agissait alors de lutter contre une « conspiration », un supposé complot visant les États-Unis, et de traquer d'éventuels agents, militants ou sympathisants communistes

rouges de peau et autres indigènes ou rouges dans la peau, nous voilà prévenus 

..

27 mars 2015

bye bye poète

Tomas Tranströmer est mort / Nils dans Le Monde

il faisait peu de bruit maintenant le silence

« Le pin bas des marais tient haut sa couronne : un chiffon noir. Mais ce qu’on voit n’est rien à côté des racines, du système de racines disjointes, furtivement reptiles. Immortelles ou demi-mortelles. Je tu il elle se ramifient aussi. Au-delà de ce qu’ils veulent. Au-delà de Métropolis. Du ciel laiteux de l’été, il tombe de la pluie. C’est comme si mes cinq sens étaient branchés à un autre être se déplaçant avec autant d’obstination que ces coureurs vêtus de clair dans un stade où ruisselle la nuit »

lire allusions musicales dans l'œuvre de Tomas Tranströmer  Musique, bruit et silence ResMusica mars 2012

22 février 2015

sexe, classe, littérature et confusion des genres

« son chef-d'œuvre sera sa vie » Aragon à propos de Banier

Bettencourt : la peine maximale et trois ans de prison pour François-Marie Banier Les Échos 20 février

pour celui qui écrivit à vingt ans Les Résidences secondaires, ou la vie distraite, ça ne s'invente pas

Quand François-Marie Banier séduisait le vieil Aragon L'Obs Rue89 2010

« Si je vous parle de ce livre, c’est parce que, au fil de la lecture, mon œil bute sur un nom : François-Marie Banier. Oui, le même Banier qui défraie actuellement la chronique, le photographe chouchou de Liliane Bettencourt, accusé de la détrousser. Que vient faire Banier, alors âgé d’une vingtaine d’années, dans cette histoire ?

Là où cette épisode a un point commun avec l’affaire Bettencourt, c’est qu’un possible héritier, le petit cousin Alain Toucas, finit par réagir. Il voit Aragon se faire petit à petit dépouiller de ses livres rares, de ses propres manuscrits, de lithographies ‘que des petits malins remplacent tout bêtement par des photocopies (la vue d’Aragon baisse)’. Et cela ne lui plaît pas..»

notes poétiques 2003-2015 Le dernier Aragon, Patrice Lestrohan 2010

« François-Marie Banier a beaucoup lu Stendhal. Il a bien fait. » André Billy, dans Le Figaro du 13 octobre 1969, concluait ainsi son éloge du premier roman, Les Résidences secondaires, ou la vie distraite »

on dit encore que Banier, en garde-à-vue, lisait Stendahl, auquel Aragon comparait cet « être le plus fou, le plus généreux, le plus drôle que l'on puisse rencontrer »

notes poétiques 2003-2015 notes poétiques 2003-2015 tout sauf mauvais photographe

certains bourgeois sont, passez-moi l'expression, au-dessus de l'argent. Arrivés à un certain âge, ils s'en foutent, et tous n'ont pas ce privilège d'être entourés de jeunes gens qui les font rire. En ceci, Banier est moins antipathique que nombre de nouveaux riches qui n'ont pas eu le talent de séduire des Paul Morand, François Mauriac, Aragon... et quels grands écrivains ne sont pas bourgeois ?

« Je ne crois pas à la possibilité actuelle d'existence d'une littérature ou d'un art exprimant les aspirations de la classe ouvrière. Si je me refuse à y croire, c'est qu'en période pré-révolutionnaire l'écrivain ou l'artiste, de formation nécessairement bourgeoise est par définition inapte à les traduire. » André Breton, Monde n°14, 8 septembre 1928, Littérature prolétariennes, Premières réponses à notre enquête. In Le Surréalisme dans la presse de gauche (1924-1939) p.176

« Dans l'Etat actuel des choses, je pense que la littérature prolétarienne ne peut pas exister. Le prolétariat qui seul peut la créer a présentement autre chose à faire que d'«écrire». Le souci de se libération le domine. » Benjamin Péret, 17 novembre  1928, id. p.178

notes poétiques 2003-2015 2012

« J'aurai passé une bonne part de ma vie plongé dans votre œuvre avec une opiniâtreté dont mes amis s'étonnent, n'aurais-je pu avec le temps changer de sujet ou d'auteur ? Je connais par cœur beaucoup de vos vers, de vos phrases, il n'y a pas de mois dans votre biographie où je ne vous suive à la trace – vous en avez tant laissé sur votre passage ! Vous remuez les passions les plus contradictoires, les uns vous saluent toujours avec enthousiasme, d'autres par des huées. Je sais toutes les objections que votre nom soulève, j'ai relaté et annoté les charges qui pèsent sur vous, sans partager la sévérité de vos juges dans ces procès qu'on vous intente... Je me dis qu'attirer tant d'amour et de haine à la fois semble plutôt bon signe, et que vous êtes vivant dans cette pièce où je vous lis, où je vous écris.» Daniel Bougnoux source

21 février 2015

pause littéraire avec... Karl Marx !

« Le communisme est une tendance objective déjà inscrite dans notre société. La collectivisation accrue de la production capitaliste, les formes d’organisation et de lutte du mouvement ouvrier, les initiatives des masses populaires, et pourquoi pas certaines audaces d’artistes, d’écrivains, de chercheurs, ce sont dès aujourd’hui des esquisses et traces du communisme. » Louis Althusser Conférence sur la dictature du prolétariat à Barcelone 1976

puisqu'il s'agit toujours et encore de relier, relier, relier... il n'échappera pas aux plus attentives de mes lecteurs l'attention que Louis Althusser portaient aux productions artistiques et littéraires, ce qui ne saurait me déplaire. J'ai déjà attiré l'attention sur un Marx soucieux de la poésie et sur l'importance de son tandem avec Heine (voir 12 février 2014 : affect, percept, concept : Deleuze, Heine-Marx, et Roland Simon), ou des diggressions sur l'art de la philosophe Isabelle Garo (plus bas 30 avril 2014)

un autre texte de la tête chercheuse de Période permet d'y revenir :

Tendance Karl. Autour d’une tentative romanesque de Marx Gabriele Pedullà   

notes poétiques 2003-2015

Karl Marx a tenté, dans sa jeunesse, d’écrire un roman, intitulé Scorpion et Félix. Il est notoire que les tentatives littéraires de Marx étaient plutôt médiocres, mais ce morceau de roman est révélateur d’une tendance rarement évoquée chez l’auteur du Capital. De sa jeunesse à sa maturité, Marx a été fasciné par la référentialité littéraire, dont il a abreuvé ses œuvres théoriques. Proche du poète et chroniqueur de la gauche hégélienne Heinrich Heine, et bien qu’admirateur de Balzac, Marx est à mille lieues de cette passion exclusive pour le « réalisme » romanesque qu’on a voulu lui prêter. Dans cette introduction à Scorpion et Félix (inédit jusqu’en 1929), Gabriele Pedullà nous fait découvrir un Marx « qui – disons-le clairement – parmi les communistes [des années 1930] n’aurait pu plaire qu’à André Breton et aux surréalistes. »

Tout en étant liée au témoignage partial d’Eleanor, la haute opinion dans laquelle Heine tenait Marx (ne serait ce qu’en tant que lecteur connaissant parfaitement les mystères de l’écriture poétique) ne doit pas être prise à la légère quand on lit les poésies pour Jenny. Les enjeux en sont beaucoup plus importants qu’on ne l’aurait cru. Même en faisant abstraction de la valeur (sans aucun doute pas exceptionnelle) de ces compositions, à la lumière du poids décisif que les jugements esthétiques de Marx ont eu dans la théorie et la pratique littéraires du XXe siècle, elles méritent la plus grande attention, car elles nous font entrer dans son laboratoire littéraire et nous offrent une perspective inédite sur ses goûts

... et Aragon

dans un esprit encore plus littéraire, le dernier roman de Gérard Guégan Qui dira la souffrance d'Aragon ? dont il est à craindre qu'il ne soit sur le plan romanesque guère plus "exceptionnel" que le roman de Marx

notes poétiques 2003-2015

pour qui penserait y trouverait le tout de cette « souffrance », qu'elle soit amoureuse ou politique, meiux vaut s'adresser au romancier et poète lui-même, à partir des années 60 (Le roman inachevé, Les Poètes... Blanche ou l'oubli, La mise à mort, Théâtre Roman...)

plus qu'à tout autre critique, je place ma confiance dans celle que consacre à ce livre un grand aragonien :

Aragon personnage de roman ? Daniel Bougnoux, La Croix 20 janvier

Si l’on assimile « Aragon » à son étourdissante capacité de parole, ce roman qui prétend le montrer souffre d’un déficit majeur d’incarnation, ou de style. Il sous-estime nécessairement son héros dans ce qui faisait sa singularité éclatante, cette permanente création de soi, cette propension qu’avait l’original à vivre dans l’excès, au bord de la destruction carnavalesque d’un personnage toujours recommencé… Et surtout, Guégan laisse en suspens la question que son titre pose non sans pertinence, « Qui dira la souffrance d’Aragon ? » : pas lui, pas ce livre ! Car cette souffrance qui fut bien réelle, très étendue (si l’on en croit le témoignage tardif et émouvant de Soupault), ne s’est aucunement limitée, comme ce livre l’affirme, à la dissimulation tenace d’une tendance sexuelle.

Guégan cite à peine La Mise à mort, pièce pourtant capitale à verser au dossier des tourments de l’auteur, torturé par la jalousie, tordu et contraint au silence politique par l’incapacité où il se plaça de dire en clair ses griefs, contre les pratiques staliniennes du PCUS autant que de son propre parti. Confronté à l’imposture et au désastre où s’engagèrent les siens, Aragon ne sut que murmurer, quitte à s’enfoncer dans la honte, et à endurer les reproches d’Elsa – et bien sûr des adversaires qui eurent beau jeu de l’en accabler, et qui furent légion. Cette souffrance (de la honte) n’était pas d’hier mais, pourrait-on dire, de naissance, et l’œuvre ou la vie d’Aragon montrent à cet égard une bizarre stratégie de répétition, qui l’enfonce autant qu’elle le sauve : car son art, jamais analysé ni même évoqué par Guégan, lui a ouvert une porte de sortie ou une catharsis qui nous permet peut-être, quels qu’aient été les méandres de cette histoire et du personnage, d’imaginer in fine et au bout du compte un Aragon souverain, étrangement heureux.

L’histoire imaginée par Guégan a du nerf, et elle sonne souvent juste – mais elle semble tellement lacunaire, et inférieure à son « sujet » ! Romanciers, encore un effort si vous devez vous attaquer à de pareils personnages, qui vous ont précédés d’assez loin dans l’étalage et la mise en scène – mais aussi, dirais-je, dans l’analyse qui manque fâcheusement ici – de leurs propres tourments.

dans les années où je lisais intensément Aragon pour y apprendre aussi à forger ma poésie, j'ai pu confronter à celle du poète ma propre souffrance face à la « folie des miens » (Jean-Pierre Chabrol). Dans ce collage de 1990, j'avais voulu condenser ce que dit en substance Bougnoux, et que ne saurait dire Guéguan, sans doute parce qu'il n'a pas été assez "stalinien"*... À considérer ce qui lui reste de ses années d'ultra-gauche ou de son compagnonnage avec Lebovici sinon Debord (voir Guy Debord par les nuls Raphael Sorin Libération 16 avril 2013), on a bien compris qu'il a soigné sa carrière littéraire plus que son souci de la théorie révolutionnaire

* je ne comprendrai jamais comment j'ai pu resté scotché au PCF si longtemps, mais il faut croire qu'avec Théorie communiste j'ai fait preuve « à cet égard [d']une bizarre stratégie de répétition, qui [m]’enfonce autant qu’elle [me] sauve...». Côté du premier, Althusser me rassure car c'est certainement du côté d'une politique des masses «anti-théoriciste» qu'il faut chercher cet attachement; côté de la communisation, il faut bien reconnaître qu'après la parenthèse SIC du "courant communisateur", c'est encore avec TC que les choses n'en restent pas où elles s'étaient enlisées. Enfin, de tous les côtés du communisme et de l'art, c'est devenu une seconde nature, on n'avance certes avec les autres, mais en assumant une solitude qui seule permet d'avancer dans une fidélité à ce qu'on devient

notes poétiques 2003-2015 collages... avec des poètes, écrivains...

18 janvier 2015

de mon stylé style et du poil

personnellement, j'ai mes "styles", des styles différents selon mon humeur, mais surtout selon le type d'écrit : une chronique, un texte sérieux, une explication simple de quelque chose de complexe, un texte qui se veut humoristique, un poème, etc. Poil aux ingrats

ce qu'apprend d'écrire des poèmes

au total il est possible que j'ai mon style, assez reconnaissable par ce qui le caractérise quand je le soigne : un incessant aller-retour du 'signifiant' au 'signifié', une précision parfois maniaque, une recherche de sonorités et de rythme, un calembour généralisé allant du plus fin au plus grossier... Poil au fessier

tout ça vient de la poésie, de l'écriture de poèmes, parce que c'est une école extraordinaire de la syntaxe, par la nécessité de pouvoir exprimer une même chose de cent façon différente, y compris avec les mêmes mots, nécessité qu'impose la métrique (nombre de syllabes dans un vers) et la rime ou les assonances. Cette habitude me revient automatiquement dans la prose, sauf quand je vais trop vite. Mes textes ont assez souvent une dizaine d'étapes que je corrige avant ou après mise en ligne. Poil à la ligne

je n'en parle pas en linguiste, en grammairien ou en poéticien, mes connaissances dans ces domaines sont superficielles. Je parle là encore des niveaux de langage en tant que la poésie oblige à les utiliser, du moins la vraie poésie, par les vers de mirlitons ou les images mêmes belles qu'on enfiles comme des perles les une à la suite des autres : un poème court est comme un tableau : on doit pouvoir relier des éléments épars de toute la toile. J'utilise cette approche pour mes photos, et particulièrement leur (re)cadrage, de façon très maniaque. Poil orgiaque

la poésie, par les niveaux de langage qu'elle sollicite, en tout cas dans mes poèmes, est très dense. Je ne parle pas de séparer un vers ou deux pour lanalyser, parce qu'ils peuvent renvoyer à d'autres sons, d'autre sens plus loin, plus haut, pus bas, quand ce n'est pas dansu autre poème, mais là cela renvoie, sans être auto-référentiel, à l'unité d'une période voire de toute une œuvre. Je n'ai jamais analysé ce fait dans ma poésie de plusieurs décennies, mais il, est certain par exemple que la fréquence de certains mots dirait quelque chose, à commencer par les limites de mon vocabulaire. Poil vermiculaire

mon vocabulaire est assez limité, et bien que je lise beaucoup, j'ai fort peu de mémoire. La raison principale est dans mes d'origine sociale, le langage populaire correct mais limité au quotidien, qu'on parlait dans ma famille, sans références culturelles, sans richesse ni précisions, inutiles pour la vie qu'on menait. Mon père confond encore entendre et écouter, par exemple : il écoute le téléfon qui son, l'eau qui bout, quelqu'un qui frappe à la porte, il écoute un bruit, ... Ce ne sont pas dans l'absolu des fautes de français, mais plutôt une qualité de musicien... ou de poète. Je n'aurais jamais songé que je tenais ça de lui. Barbe à papa

internet est pratique pour chercher des synonymes. Si je n'utilise jamais de dictionnaires de rimes, par contre je cherche des mots comportant certains sons et disant soit ce que je voulais signifier, soit qui m'inspirent un autre chemin. Poil dans la main

mon orthographe est plutôt bonne, mais je dois en permanence la vérifier pour certains mots. Mes fautes sont généralement d'inattention ou de frappe. Comme je suis mon propre correcteur, c'est une autre lecture, je dois revenir sur des textes en ligne. Sur mon ancien site Livredel, des fautes traînent ici ou là que je ne peux pas corriger, n'ayant plus la main, le logiciel détruit. L'orthographe des autres peut me choquer mais c'est un autre sujet. Poil sans objet

l'écriture administrative

je ne parle pas de décennies à écrire pour des ministres des notes ou des lettres à leur signature, exercice imposé dans lequel je n'ai jamais utilisé les règles qu'on enseigne dans les formations à l'écriture administrative ou aux notes de synthèse, que j'ai organisé pour les autres mais jamais suivi de toute ma carrière. Étant non-titulaire je n'ai pas eu à préparer des concours donc à apprendre ces techniques. Poil hygiénique

d'un côté j'ai eu tort, j'aurais gagné en compréhension de certains textes. D'un autre, j'aurais perdu la possibilité d'improviser, qui est la seule manière d'écrire comme on pense, aussi vite qu'on pense, en digressant, ouvrant des parenthèses, et de préserver la logique initiale d'un raisonnement. Je ne suis pas fana des textes léchés, des textes de professeurs, où le raisonnement est reconstruit pour expliquer/démontrer, parce que contrairement à ce qu'on pense, le fil constructeur est perdu pour le lecteur. Il est alors convié à comprendre certes, mais pas à penser par lui-même. Je préfère les choses plus spontanées, donc infiniment plus riches de sens si on les lit à tous les niveaux de leur langage. Poil engage

l'écriture militante

j'ai rédigé pas mal de tracts, politiques ou syndicaux, quand j'étais militant, mais là encore je ne suivais pas les règles en la matière. Je trouvais toujours un ton et des mots différents pour dire finalement la même chose, mais cela n'avait pas l'efficacité que l'on cherche - la plupart du temps aujourd'hui sans la trouver -, pour convaincre de suivre ce qui est écrit. Un pure routine, des habitudes... « contre-révolutionnaires » disait Lénine. Poil épine

ce qui fait, notamment pour les tracts du PCF dans les années 80, que mes propositions étaient toujours démolies par les chefs qu'on envoyait du comité central (oui !) pour remettre notre cellule dans la ligne, et les tracts que je rédigeais ré-écrits par des types qui n'appartenaient même pas à notre "entreprise" (on disait cellule d'entreprise vs cellule de quartier, sic). C'était bien sûr à une époque où la ligne consistait à favoriser l'expression du parti d'en-bas au plus près des travailleurs. Poil ailleurs

mon style n'est pas gouverne-mental

les défauts que je me reproche sont un manque de sobriété et, pour ce que j'écris sur ce blog, mon absence de sens journalistique, qui rejoint mon refus de faire des plans pour ordonner ma pensée et guider le lecture, c'est-à-dire gouverner la pensée. Poil sensé

le défaut que je vous reproche c'est de trouver que c'est trop long. Poil au colon et vive nos armées laïques. Poil angélique

à vous chères et autres, à poil ou pas, une nuit au poil

6 janvier

poème sans queue ni tête, un roman d'après

ce sera une forme longue ou une suite de courtes. Avec un projet, une contrainte, des lettres sans jambage. En sont exclues les lettres jambabe (inférieur) : g, j, p, q, g, y, sans queue; et celles sans jambage supérieur, ou hampe, sans tête : b,d,f,h, k, l, t. L'écriture se fera soit les 14 lettres a, c, e, i, m, n, o, r, s, u, v, w, x, z. J'imagine qu'il en résultera un effet visuel autant qu'une harmonie sonore susceptible de répondre esthétiquement parlant à un principe d'unité

une catastrophe, une révolution ?

le roman sera celui du monde suivant un événement inédit dans l'histoire humaine, dont il n'est dit s'il est une catastrophe "naturelle", produite par malheur ou bonheur par l'activité humaine, une catastrophe industrielle ou bio-technologique, ou une révolution...

le langage englouti ?

le lien entre le poème/roman s'établit par cette mutation du langage provoquée par la disparition de la moitié des lettres de l'alphabet, dont découle celle des mots qui les utilisent correspondant à ce qui a disparu : les choses, les êtres, les idées, notions... dont les êtres humains parlent entre eux avec des mots

le poème n'utilisera par conséquent que les mots composés des 14 lettres a, c, e, i, m, n, o, r, s, u, v, w, x, z. Pour se faire une idée de cette dévastation, des mots, et donc des choses qui restent dans ce monde d'après, on peut faire le tour des objets que l'on utilise dans sa vie quotidienne, des phrases que l'on échange, etc.

notes poétiques 2003-2015

avantages et inconvénients entre concepts et réalités

d'un côté on peut se réjouir de ce tri drastique; les révolutionnaires y verront abolis le capital, la valeur, le travail, l'argent, les ouvriers et les patrons, l'Etat, la politique et la démocratie comme la dictature ou l'autogestion... le genre avec hommes et femmes...

d'un autre la situation de pénurie est telle que pour survivre ensemble, pas d'autre solution que de faire avec ce qui reste et sans ce qui a disparu, que ce soient les choses ou les mots. Plus de nourriture ? De viande, de légumes, de fruits... Plus de chats ni de chiens ? De couteau ni fourchette, de casseroles et de machines à tout faire ?

bref, "faire avec" sera donc créer, inventer le neuf avec ce qu'il reste du vieux, en terme de choses pour vivre et de mots pour le dire

un grave manque linguistique oblige à l'imagination

d'emblée, on s'aperçoit d'abord qu'il manque des éléments essentiels à la structuration du langage et à la syntaxe en usage avant : les articles et pronoms définis, le la, du, des... des prépositions, de, et, chez, pour, entre, dans... la possibilité de conjuguer les verbes aux personnes et temps souhaités. D'une façon générale, on ne peut rien dire de ce qu'on souhaite a priori

le problème se pose au poète dans les mêmes termes, certes moins dramatiques, qu'aux humains ayant à réinventer dans cette situation un langage pour communiquer, sinon une langue entièrement nouvelle (pensons au siècles d'élaboration des langues créoles pour les esclaves coupés de leurs racines et rassemblés entre ethnies différentes...)

la difficulté est telle que j'aurai recours à quelques petites tricheries, consistant à remplacer les éléments essentiels de liaison faisant sens par des ersatz simples, tels que : « de » = 's anglais : le nom de la rose = rose's nom / « et » = é : mémoire et avenir : mémoire é avenir  / « dans » = dans la misère = 'in' misère / etc.

un nouveau dictionnaire de poésie

pour le reste j'ai commencé par faire l'inventaire des mots qu'il reste dans le Petit Robert des noms communs (édition 1985), ajouté quelques autres, de façon à me constituer un vocabulaire de base

quant à l'écriture, je retiendrai comme souvent le principe de Michel Leiris, « langage tangage, où ce que les mots me disent ». J'espère bien vous et m'amuser, sans m'amuïr (rendre muet) ni amusie (perte du sens musical)

poésie en chantier

je livrerai prochainement de petites formes d'abord (mon vers s'énerve...), avant de construire dans la durée le roman de façon plus ample comme un vrai roman, un roman d'après. Il constituera le LIVRE XII de mon œuvre au long cours rassemblant tous mes poèmes : LIVREDEL

ia pu ca...

 

3 janvier

le poème creux : le sens d'un non-sens 17:44

à propos du poème « La rime en prime, empire en mire »

« Pour quelle raison mystérieuse et inconnue tout ce qui ne veut rien dire s'obstine-t-il à le dire opiniâtrement et mordicusement ? » Pierre Dac

j'appelle poème creux un poème qui plus que tout autre ne veut rien dire. Non sens et contradictions, absurdité et paradoxes, calembours et boutades ne le font pas sortir d'un jeu formel de rhétoriqueur. Il tourne sur lui-même sans référence au monde extérieur et intérieur

c'est un jeu de mots rimés séduisant par sa performance, dont le but n'est peut-être pour le poète que d'occuper le temps, comme d'autres se livrant à des jeux solitaires, mots croisés, morpion… ou à des « jeux de société » logiques, échecs, dames… Relativement au langage, on peut penser à certains sketches de Raymond Devos, de pure logique verbale, produisant néanmoins leur poésie par leur rapport certain au langage commun, appelant le rire complice et intelligent du public

on ne peut pas même prétendre qu'un tel 'texte' serait auto-référentiel, puisque rien n'y renvoie à quelque chose inconnu du lecteure, que rien d'intime ne s'y cache, ce qui présente au moins l'avantage de ne pas chercher à comprendre mais plutôt à saisir/sentir en se laissant porter et pénétrer par les effets, ce qui devrait être le propre de la lecture d'un poème, quand il réussit à émouvoir, faire rire, penser ou s'emporter...

un sens peut néanmoins se dégager d'un tel poème, en creux. Dans celui de ce jour, affirmer que la vie n'a aucun sens donné a priori, que celui qu'on lui donne par son activité, ici d'une absence de sens faire poème. Il m'est arrivé d'en écrire mais peu d'entièrement  fondés sur une telle apparente vacuité, raccrochés à rien d'extérieur, de social ou de personnel. Généralement, mon but était d'interroger l'écriture poétique, de façon auto-critique, comme fuite de la  supposée « vraie vie », qui serait du côté d'un vécu social, dans les rapports avec les autres. Pour dire aussi que je n'en suis pas dupe : la poésie ne sert à rien, pas plus que d'autres divertissements, solitaires ou collectifs, et même quand elle parle du monde de façon "engagée", elle ne peut le changer. Et pourtant, dans la mesure où il est lu, le poème produit de la relation, en participant justement de ce qu'Édouard Glissant appelle « Poétique de la relation »

ce genre a toujours existé, ici ou là, comme interrogation par certains poètes de leur écriture, bien que la plupart répugnent à passer pour ne rien dire, préférant qu'on les prennent vraiment au sérieux : dans la seconde moitié du XXème siècle, le poète français doit apparaître comme quelqu'un de grave autant que le philosophe… Un poète qui rit ou fait rire ou sourire serait-il hors jeu ? Il est assez frappant que l'on reconnaisse comme grands des poètes ayant adopté cette posture, un esprit de sérieux qui s'accompagne le plus souvent d'une perte du rythme et de toute oralité (à l'opposé de la tradition poétique, comme du slam ou de la poésie africaine ou caraïbe par exemple), comme l'a fait ressortir Henri Meschonnic. C'est la mainmise d'une élite intellectuelle et universitaire, bourgeoise osons le dire, sur la poésie, dans une époque où la bourgeoisie n'a d'autre distance à elle-même que dans le cynisme. Une fracture sociale dans la poésie telle qu'elle n'existe pas, par exemple, au Japon

à notre époque de « montée de l'insignifiance » (Castoriadis), dans ce monde où l'ennui accompagne l'angoisse de vivre déshumanisé (Houellebeck), un poème creux tendrait à faire basculer la poésie dans le champ oiseux des loisirs. Pourtant n'interroge-t-il pas le comble d'une vacuité dévoilant de notre époque un sens quasi historique ? Ainsi, paradoxalement, ce genre poétique serait adéquat à ce que malgré tout il veut dire : « Pour quelle raison mystérieuse et inconnue tout ce qui ne veut rien dire s'obstine-t-il à le dire opiniâtrement et mordicusement ? » Pierre Dac

31 décembre 2014

art, quête de sa vérité en rapport au réel

« L'art n 'a pas d'autre vocation que de porter le vrai à la contemplation sensible, tel qu 'il est dans l'esprit réconcilié en sa totalité avec l'objectivité et le sensible »  Hegel Cours d'esthétique t. 2 cité par Gérad Bras Vérité de l'art, vérité en œuvre dans l'œuvre d'art 2002

j'ai compilé des citations sur l'art et la vérité dans jazz, l'art et la vérité

la vérité, ou plutôt la réalité, peut s'approcher en art par le mensonge. C'est ce que dit Aragon avec le « mentir-vrai » du roman, aussi bien que Picasso dans la formule « L'art est un mensonge qui nous permet de dévoiler la vérité. » On ne trouve pas la réalité en trichant avec sa vérité, par souci de faire beau

en ce qui me concerne, je n'ai jamais cherché à "fabriquer des mondes imaginaires" mais toujours essayé de rendre compte de ma vérité sur la réalité, de mon regard sur le monde réel ou du monde tel que je le sens en moi. Écartons la confusion entre imagination et imaginaire. Il ne s'agit pas tant d'inventer que de traduire ce que l'on sent. Cela peut aboutir à des résultats aussi surprenants que des œuvres recherchant l'invention, la fiction "pure", mais la démarche est différente, voire opposée, et la lecture de l'un et de l'autre ne doit pas être confondue. Cela n'empêche pas qu'une œuvre surréaliste ou fantastique puisse dire quelque chose du réel, mais je ne suis pas de ceux qui considèrent que le récepteur (le public) peut y voir tout et son contraire, dans un subjectivisme sans frontières

quant au rapport avec la parole communiste, son discours théorique, tant qu'on n'est pas capable de voir, et de dire, la vérité sur sa propre quête, il ne faut pas s'attendre à autre chose que fabriquer des adeptes. La première question que devrait se poser un chercheur en théorie communiste, c'est de savoir d'une part quel est son objectif relativement certes au communisme, mais surtout à la réalité, parce qu'il n'y a pas d'émancipation possible dans le mensonge ou dans l'erreur; d'autre part jusqu'où il est capable de connaître et accepter sa vérité, entre quête d'influence (de pouvoir intellectuel de convaincre, au risque de convertir), et reconnaissance (publique) de ses limites et de ses erreurs. Le reste est orgueil mal placé et vulgaire propagande, et ne vaut guère mieux qu'en art ceux qui recherchent plutôt le succès que la vérité

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30 décembre

 poèmes 2014-2015

j'aurai écrit en 2014 une cinquantaine de poèmes, mais aucun en 2013. Je veux 2015 plus productif, une urgente nécessité  ressortant d'un déséquilibre dans mon rapport aux autres et au monde, qui mutile ma pensée critique, d'apparence plus claire et transparente par ailleurs. Je voudrais autant que possible des poèmes plus accessibles, moins intellectalisés, moins auto-référentiels peut-être, moins réservés à qui a l'habitude de la lecture de poèmes, œuvres-sujets qui exigent quoi qu'il en soit une recréation de la part de chacun.e, dans toutes les dimensions des sens mêlés de la forme et du contenu, du rythme et du son... La lecture d'un poème est plus proche du regard porté sur un tableau, ou de l'oreille tendue à une musique, que de l'écriture communicant des informations ou une pensée rationnelle, philosophique ou scientifique. Le poème se fait, il n'est pas écriture, mais geste, autant que possible visant la performativité

le poème est par excellence la forme trinaire qui, d'un sujet à l'autre par le langage, permet la traversée du miroir entre identité et altérités

25 novembre 2014

créer c'est résister ? mon œil !

notes poétiques 2003-2015 Fontenay, avenue de la République

la formule est je pense de Gilles Deleuze bien qu'il n'ait pas inventé l'idée (voir R comme Résistance / L’Abécédaire de Gilles Deleuze et Claire Parnet). Depuis elle a fait florès dans la mouvance altermondialiste, reprise inversée par Miguel Benasayag et Florence Aubenas (Résister c'est créer La Découverte 2003) jusqu'à Stéphane Hessel qui réunit les deux en 2010 dans le best-seller Indignez-vous : “Créer, c’est résister. Résister, c’est créer”

sans doute à une époque l'ai-je adoptée sans trop y regarder (la tentation alternative, 2002-2004), mais l'idée qu'on puisse la revendiquer comme slogan révolutionnaire m'a toujours étonné et je ne la partage pas : la résistance est pas définition un combat défensif, et par conséquent ne va jamais plus loin que le rétablissement de la situation antérieure, ou pire, quoi qu'en disent les références anachroniques au Programme du Comité National de la Résistance (1944)

Deleuze explique : « L’artiste c’est celui qui libère une vie, une vie puissante, une vie plus que personnelle. Ce n’est pas sa vie. Libérer la vie, libérer la vie des prisons que l’homme... et c’est ça résister. C’est ça résister . . c’est, on le voit bien avec ce que les artistes font. Je veux dire, il n’y a pas d’art qui ne soit une libération d’une puissance de vie. Il n’y a pas d’art de la mort d’abord. »

je partage ce qu'il dit de l'art, mais il se trompe en le réduisant à une résistance. Sans doute cela vient-il du contexte de cet entretien, et certes la création confronte toujours à quelque adversité, ne serait-ce que la flemme ou le découragement, mais la "puissance de libération", l'énergie à dégager n'ont rien d'un combat défensif, c'est une initiative totale et nouvelle en elle-même, et elle ne vise jamais à retrouver un état antérieur en résistant à un mauvais changement

au final « créer c'est résister » peut s'entendre comme plus conservateur que révolutionnaire. Il est somme toute logique que la formule ait pu devenir un slogan adéquat à l'idéologie altermondialiste

et l'art se contrefout de résister

en attendant, arrêtez de vous plaindre !

notes poétiques 2003-2015 Fontenay, avenue Victor Hugo

24 novembre

Mort de Bernard Heidsieck, poète sonore et essentiel Rue89 24 novembre

silence dans la poésie sonore

un poète qui meurt fait encore
moins de bruit qu'un son mort

mais d'un mot dit silence
un poète s'honore

notes poétiques 2003-2015

Les journaux n’en feront pas les grands titres, parce que la poésie, tout le monde s’en fout. Pourtant, l’homme qui est mort samedi 22 novembre, à l’âge de 86 ans, était l’un des plus grands poètes français du XXème siècle, et son influence s’est faite sentir très au-delà de nos frontières.

Bernard Heidsieck a fait franchir une étape à la poésie : il l’a fait sortir des livres. Ce qu’il appelait « poésie sonore » c’est une poésie dite, proclamée, rendue spectaculaire par la voix du poète, bien sûr, mais aussi par son corps et ses mouvements. (vidéo où il explique sa démarche)

UbuWeb

Bernard Heidsieck - lecture in Paris @ les voutes

notes poétiques 2003-2015 Maquette de l’affiche n° 42

16 novembre

un art de vivre au présent

l'avantage incommensurable de faire ce que je fais comme je le fais, c'est que cela résoud tous les problèmes liés à une quelconque valeur marchande de mon œuvre, et même toute question de durée dans le temps, d'héritage ou autre... Mes tableaux photographiques, à la différence de mes collages et peintures, n'existent que virtuellement, et qui plus est sur des sites internet dont je n'ai aucune garantie qu'ils subsisteront au-delà du peu de maîtrise que j'en ai. C'est au demeurant le cas aussi de mes poèmes, puisque je n'ai conservé aucun manuscrit, ni document imprimé sur ordinateur, hormis sur mon site local, lui aussi voué à la désintégration des bits et autres pixels

cela fonctionne, davantage que les objets traditionnels de la peinture, de la photographie, ou que les textes imprimés, comme des performances que l'on réaliserait dans l'espace public, qui y demeurent un temps variable mais généralement pas comme dans un musée. Le mien est virtuel et totalement indépendant de tout intermédiaire même bien intentionné

quand on prétend jouer le jeu du "gratuit" au-delà même de no-copyright, il faut le faire absolument, et non se raconter des histoires sur une prétendue nouvelle économie de l'échange *

* c'est ici que s'effondre la prétention de voir dans l'économie du partage une quelconque potentialité révolutionnaire. C'est seulement une transformation interne au capital, dans laquelle les individus deviennent leurs propres exploiteurs égo-auto-gérés, quelque chose qui interroge, au demeurant, la formule supposée communiste de l'immédiateté sociale entre individus : qu'est-ce qu'un individu dans un monde libéré des échanges de valeurs (y compris d'usage), s'il ne dépasse les limites de l'individualité capitaliste ? Dès que l'on pose l'individu au centre des rapports "sociaux", on s'interdit de penser le communisme comme dépassement de l'individu sur la base des individus, on s'interdit de libérer les individus de leur individualisme. J'irai jusqu'à penser, contre certaine théorie de la communisation, que le communisme comporte bel et bien une dimension sociale, de société, car sans cela il ne serait qu'une utopie de l'individu capitaliste affanchi de toute obligation collective dans la communauté humaine même (voir abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus)

je n'irai pas jusqu'à prétendre que ça irait sans quelque frustration, mais je l'accepte comme nécessaire et conséquente quant à ce que je pense de l'art et des so called artistes. Au moins y gagne-t-on, dans un certain détachement, une liberté qui n'a pas de prix

ma seule ambition serait donc que cela apporte quelque chose à quelqu'un.e au présent, serait-il un peu différé, mais sûrement pas destiné à rester

pour le reste le faire m'est devenu un art de vivre sans lequel, en ayant perdu le sens donc le désir, je n'en verrais pas bien la raison

14 novembre

qu'est-ce que je fais ?  suite du 9 novembre (voir plus bas)

je me livre, on le voit, à une véritable glorification des choses simples nonobstant leur complexité, de leur beauté et de leur puissance, de celles qui sont perceptibles, sensibles et transformables par le plus grand nombre. Cela vaut pour ce qui peut devenir "art" comme advenir "révolution". C'est un élitisme à portée de tous, pour reprendre le mot d'ordre de Vilar ou Vitez pour le théâtre "populaire". C'est le parti pris des choses du poète Francis Ponge célébrant La fabrique du pré ou le savon

c'est au fond, je le souhaite, pas très compliqué, bien qu'exigeant un savoir, un regard et des actes de destruction et de création, bien plus qu'une philosophie fondée sur des concepts perdant le sens des choses de la vie

alors que d'autres ont prétendu absorber dans leur infirme théorie la totalité du monde y compris celle d'autres critiques radicales - où Guy Debord détournait, Roland Simon pille sans nommer, moi je cite in situ -, "Patlotch" est un potlatch, une éponge du monde vu de sa grotte et de son quartier : plus on l'essore mieux on s'en sert

9 novembre

qu'est-ce que je fais ?

comme tous les 'artistes', je cherche à exprimer des vérités par une beauté qui (me) touche, fondées dans ma perception du réel. C'est pourquoi mes travaux représentent presque toujours des contradictions, à travers les couleurs, les symboles ou métaphores, et les formes qui en désignent les structures ou le tangible. Cela se présente en matière visuelle numérique de la même manière qu'en poésie avec les mots, les sons, les rythmes. Les formes rhétoriques sont au poème ce que sont les formes spécifiques constituant le tableau, actuellement les paravents réalisés à partir de mes photographies

c'est seulement à partir du moment où je dispose d'un langage formel suffisamment élaboré, aussi limitantes soient ses contraintes, que je peux parvenir à une certaine cohésion de la forme et du contenu, et j'en suis là avec mes paravents, comme auparavant avec mes collages ou transferts de peinture

à un niveau plus général, j'exprime une dialectique du positif et du négatif, du bien et du mal pour le dire simplement (à l'américaine), qui recoupe une dialectique du passé et du présent, et leurs chocs au présent. Je ne me résouds pas à choisir ni même opposer ces différents moments, je les prends tels quels pour les mettre en travail dans mon œuvre comme je les perçois dans la réalité

autrement dit, pour autant que j'évite d'appliquer à mes créations les présupposés de mes convictions théoriques, je ne peux les concevoir séparément, parce qu'elles se nourrissent réciproquement tout en s'exprimant chacunes dans leurs langages propres

 

3 novembre

un tournant de mes travaux avec photos

panneaux et paravents ou pas

je tente progressivement une synthèse depuis mes faux débuts en photographie avec la vie en rose, quartier août 2014, en recoupant thèmes de prédilection de mes travaux antérieurs (musique, collages, poésie), techniques de post-traitement photo, et poursuivant diverses traditions, inspirées ici ou là des paravents japonais (ou tissus de kimonos en soie), des tryptiques occidentaux médiévaux ou contemporains...

nous savons qu'en arts, la forme devient contenu, pour autant que leur distinction, comme celle du signifiant et du signifié, y soit valide. Après quatre mois d'apprentissages et tâtonnements, j'en suis à ce tournant de mes travaux avec photos, où la première devient aussi importante que le second. Il s'agit de les articuler dans un langage visuel cohérent, quel que soit le prétendu ou sacro-saint « sujet », de la photographie, de la peinture, ou de la poésie, œuvres-sujets performatives, ou pas...

 

3 octobre

et un poète de parti...

« La poésie permet d'aiguiser les angles, elle est faite pour percer le réel, forer, trouer, voir ce qu'il y a au-delà du mur des apparences » Charles Dobzinsky

Charles Dobzynski : « La langue que je parle n’est pas morte / Sa source est l’alphabet de l’univers » L'Humanité 1er octobre

ceux qui ne sont pas "anti" (anti-fascistes, anti-racistes...) sont généralement, généreusement, anti-staliniens, quand même ! Et par conséquent ne lisent pas les poètes qui le furent, selon leurs critères. Ni Aragon, ni Eluard, ni Neruda... ni Dobzinsky. Ils ne les lisent pas, mais ils savent qu'ils sont, ne peuvent être, que mauvais poètes. Autant en emporte le vent...

ajout octobre : j'apprends que Charles Dobzinsky a été inhumé à l'ancien cimetière de Vincennes, à Fontenay-sous-Bois, près de chez moi...

la poésie est un travail propos vidéo

25 août

sur la photographie, les "photographes", les discours... et le marché

repris d'un forum de photographie sous le pseudonyme de Le Paul : « digression : je vois le mépris de certains, du haut de leur expertise, pour les "photos de vacances" ou "de famille"... Comme s'il n'y avait rien entre la photo supposée de "beauf" et l'univers des "vrais photographes". J'ai appris par expérience que les véritables connaisseurs et praticiens de tous domaines se taisent et la ramènent rarement dans les forums, des lieux où l'on étale plus qu'on prouve.

J'en parle à mon aise puisque « je ne suis pas photographe...». C'est le titre du n°100 de la collection Photo Poche (Actes Sud 2008), sous-titré 'Créateurs et intellectuels à la chambre noire'. Nombre de peintres, écrivains... Leurs photos d'amateurs au sens fort du terme, avec plus ou moins de lumières techniques, n'ont rien à envier à bien des clichés de photographes de métier,  sans parler des monomaniaques de la technique, qui s'intéressent davantage au matos qu'à la photographie... pour compenser une faiblesse ou en parfaits gogos du marché ? (c'est la même chose pour les guitares, les amplis, le home studio et tout ce qu'on veut, c'est-à-dire tout ce qui se vend, avant, rarement, de produire de l'art)

Photographier, c'est avoir une double paire d'yeux, comme Nietzsche disait des oreilles pour la musique..

d'un échange avec une amie que je remercie de m'avoir donné l'occasion de formuler ce qui me semble fonder ma démarche : « Accessoirement et de façon sous-jacente, j'y vois une critique du fait qu'il faudrait avoir des sujets extraordinaires, exotiques, voyager loin... pour faire des photos sortant de l'ordinaire. Or l'extra-ordinaire n'est-il pas de voir les choses telles qu'elles sont, au quotidien sous nos yeux. Non pas comme "merveilleux" à la manière surréaliste. Je me méfie donc du "quotidien insolite", comme de ce qui serait criant d'injustice (les "excès" du capitalisme "sale"). La réalité est à dévoiler sous l'apparence trompeuse des choses, disait Marx dans une formule douteuse opposant existence et essence, et certains considèrent l'idéologie comme "fausse idée".

Photographier des "pauvres" est tout sauf misérabiliste, il faut aimer les gens pour faire une belle photo. La violence du capital, ce n'est pas 'que' sa police, c'est la misère matérielle d'abord et les souffrances physiques et psychologiques qui l'accompagnent et la dévoile à qui sait voir sans besoin d'ostentation ni de l'esthétiser. C'est un équilibre difficile à trouver, parce qu'il n'est pas toujours facile de photographier les gens en restant discret, respectueux, et dans un moment permettant de créer une image riche d'affects et de sens sans discours ajouté.»

à propos des nouvelles séries de photographies

j'ai redécouvert le plaisir de la photographie en juillet (au-delà du pont), et j'ai poursuivi des ballades dans mon quartier (Fontenay-Montreuil), avec quelques escapades à Paris. J'ai récemment changé d'appareil photo (toujours un bridge Panasonic Lumix, un FZ1000 remplaçant un FZ45, avec un objectif unique permettant des macros et des zoom assez longs)

anciennement familiarisé avec le réflex sans automatismes, je ne connaissais pas les subtilités de la photographie numérique, que je découvre pas à pas, ainsi que le traitement d'image sur ordinateur, pour l'heure avec un logiciel gratuit. Progressivement j'apprends à retoucher les photos sorties du boîtier (en jpeg de qualité), et à bidouiller les couleurs ou autres paramètres, la technique des calques...

hors le passage obligé par ces aspects techniques rébarbatifs, je cherche un équivalent photographique de ma poésie ou de mes collages, une approche poétique et critique, au sens fort, du réel, donc du social et du vivant. C'est pourquoi y trouvera, comme dans ma poésie, des chats, des oiseaux, et un fond social permanent plus ou moins explicite... Je poursuis au fond un travail d'images tel que dans mes collages et travaux de peinture.

notes poétiques 2003-2015

concernant la forme, ou plutôt la structure, en termes de proportions et de règles de compositions, toujours une combinatoire de 7 et 12, et, passage obligé, le carré

écologie socialiste

notes poétiques 2003-2015

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3 août

à propos de poésie photosophique

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le poème photosophique nous permet de comprendre en retour que la poésie n'est pas à comprendre comme un langage de mots, mais à saisir directement dans sa forme-contenu, dépassant l'opposition structuraliste signifiant-signifié, et mettant en cause l'universalité de la théorie du langage de la philosophie comme de la psychanalyse, ces conceptions occidentales. Ainsi donne-t-il raison à leur approche critique par Henri Meschonnic, et renforce-t-il l'idée que le réel peut se saisir sans théorie, et donc aussi sa transformation révolutionnaire. Est en jeu une saisie poétique, c'est-à-dire par le faire plus que par le parler. De plus, hormis des connotations particulières (exemple, en France les flics sont aussi des poulets), le langage des images (peinture, photo...) se passe de traductions en des langues parlées spécifiques

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notes poétiques 2003-2015notes poétiques 2003-2015 
source policière

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7 juillet

vous avez dit 'poétique' ?

« poète, traducteur, linguiste théoricien du langage, Henri Meschonnic aime à filer une subtile dialectique, selon ses propres termes, entre la pensée du poème (la poétique) et le poème de la pensée (le poétique) » Le rythme c'est selon : Henri Meschonnic, Patrice Beray, Médiapart février 2009

Pour une poétique du rythme, une synthèse des idées d'Henri Meschonnic

langage, Saussure, théorie critique de l'Ecole de Francfort, historicité du sujet et historicisme, discours et poétique...

« Le continu de la pratique à la théorie
Selon Meschonnic, « la poétique est critique parce que le poème est critique », ce qui veut dire qu'il y a un continu entre poésie et poétique, entre pratique et théorie. Cela se fait très bien ressentir dans les liens qui unissent ses divers travaux : la poésie, la traduction et la poétique. Ce n'est pas pour rien qu'il affirme « qu'on ne sait pas lire un poème [(théorie)], si on ne sait pas ce que c'est qu'écrire un poème [(pratique)]
» 

 Manifeste pour un parti du rythme, Henri Meschonnic, août/novembre 1999 

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4 juillet

« Intermittents, vous n’avez rien compris » 4 juillet Paris-Luttes.Infos  site coopératif signalé par dndf

extraits « Nous ne voulons pas défendre une culture à laquelle nous n’avons pas accès.  
Nous refusons le travail dans les conditions actuelles. Dans une société capitaliste, notre travail n’est pas “un beau métier”, nous ne l’avons que rarement choisi, nous n’avons pas d’amour pour lui,  nous voulons qu’une vie pleine et entière en dehors du travail soit possible et c’est pour cela que nous luttons !

est ce NOUS dont on voudrait bien peut-être faire partie ?

Notre participation déjà fragile du fait de ces difficultés se retrouve vite balayée par quelques phrases et attitudes excluantes. 
Ces difficultés s’ajoutent aux oppressions déjà en jeu dans les différentes luttes : racisme, sexisme, mépris de classe.
Nous ne voulons pas être des outils pour sauver l’intermittence, nous voulons la fin d’une société de classes, la fin du travail que nous subissons, la fin de la misère à laquelle on nous condamne.
»

suite aux remarques du 16 mai, sous l'angle réciproque de la critique sociale d'une lutte entérinant le caractère d'«exception» de la culture pour privilégiés, dans la défense d'une partie seulement des salariés, précaires et chômeurs concernés, comme le montre ce texte. C'est un aspect de la segmentation du prolétariat, et de tensions entre prolos du spectacle et couches moyennes « artistes » déclassées mais aspirant à leur conservation

dans le capitalisme contemporain, les « arts du spectacle » le sont réellement devenus au sens de la critique par Debord de la Société du Spectacle de la marchandise artistique, spectacle de l'invidu-artiste séparé mais qui trouve en famille de quoi glorifier sa petite exception. Faut pas confondre l'air et la chanson : défendre son bout de gras est légitime, avec les limites propres à toute lutte revendicative, le prétendre anti-capitaliste voire révolutionnaire est une supercherie spectaculaire

sûrement pas avec une pareille éthique artiste que l'art deviendra l'affaire de femmes et d'hommes sans qualités répondant au vœu de Marx « Dans une société communiste, il n'y aura plus de peintres, mais tout au plus des gens qui, entre autres choses, feront de la peinture.» (voir plus bas 30 avril Création artistique et capitalisme, Isabelle Garo 29 octobre 2013 Université de Lausanne, vidéo 48/3)

notes poétiques 2003-2015 qui évoque fichtrement les "affichistes" des années 60, Villeglé, Dufrêne...

 

30 juin

l'artiste et le névropathe

« On était ainsi conduit à analyser la production littéraire et artistique en général. On reconnut que le royaume de l'imagination était une "réserve", organisée lors du passage douloureusement ressenti du principe de plaisir au principe de réalité, afin de permettre un substitut à la satisfaction instinctive à laquelle il fallait renoncer dans la vie réelle. L'artiste, comme le névropathe, s'était retiré loin de la réalité insatisfaisante dans ce monde imaginaire, mais à l'inverse du névropathe il s'entendait à trouver le chemin du retour et à reprendre pied dans la réalité. Ses créations, les œuvres d'art, étaient les satisfactions imaginaires de désirs inconscients, tout comme les rêves, avec lesquels elles avaient d'ailleurs en commun le caractère d'être un compromis, car elles aussi devaient éviter le conflit à découvert avec les puissances de refoulement. Mais à l'inverse des productions asociales narcissiques du rêve, elles pouvaient compter sur la sympathie des autres hommes, étant capables d'éveiller et de satisfaire chez eux les mêmes inconscientes aspirations du désir. De plus elles se servaient, comme "prime de séduction", du plaisir attaché à la perception de la beauté de la forme. » Freud, Ma vie et la Psychanalyse, 1925, éd. Gallimard, "Idées", pp. 80-81 repris d'adolessences 1988

ce point de vue de Freud, partagé par Otto Rank (L'art et l'artiste, 1932), est juste et faux. Juste dans son mouvement général et dans la différence entre l'artiste et le névropathe, qui n'a pas d'issue de secours sociale. Faux dans la caractérisation des œuvres d'art uniquement comme « satisfactions imaginaires de désirs inconscients »

pour nombre d'artistes, les désirs qu'ils expriment dans leurs œuvres sont la plupart conscients, et c'est d'ailleurs pourquoi ils se passent de psychanalyse, l'activité créatrice étant elle-même auto-analytique (cf Michel Leiris dans L'âge d'homme et la suite de ses écrits auto-biographiques). Cela ne signifie pas que l'artiste maîtrise tout ce qu'il met dans son œuvre, mais que le chantier de l'œuvre, l'activité de création en elle-même suppose un échange entre conscient et inconscient. L'écrivain par exemple est son premier lecteur, et par ce qu'il écrit se découvre à lui-même... c'est un processus infini d'aller-retour

en ce qui me concerne, le communisme est certes un désir conscient, mais il ne relève pas d'un « monde imaginaire ». Mes œuvres ne sont qu'en partie « satisfactions imaginaires de désirs inconscients » dans la mesure où elles portent un désir social, et même un désir d'échapper à l'égotisme par lequel elles s'expriment nécessairement, comme toute création singulière

quant à savoir si elles peuvent «  compter sur la sympathie des autres hommes, étant capables d'éveiller et de satisfaire chez eux les mêmes inconscientes aspirations du désir », j'espère aussi qu'elles peuvent satisfaire des aspirations conscientes. Relève de ma responsabilité, ou de mon éthique artiste, de produire un « plaisir attaché à la perception de la beauté de la forme » en tant qu'elle est inséparable d'un contenu

 

Debord reviens ils sont devenus doux

la société du spectacle vivant

notes poétiques 2003-2015notes poétiques 2003-2015

je leur souhaite de gagner cette lutte syndicale et leur vie, mais qu'ils ne (se/nous) racontent pas d'histoires
« la culture n'est pas une marchandise » est aussi vrai que « tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »

notes poétiques 2003-2015 ah bon ? alors pourquoi la vendre ?

- ils revendiquent comme tous salariés le produit de leur travail comme marchandise, et leur travail comme marchandise à payer d'un salaire

- l'art dans le capitalisme actuel est une arme de collaboration massive

- aucun contenu révolutionnaire dans cette lutte, une utopie capitaliste de la culture comme exception

- est au mieux "révolutionnaire" dans l'art ce qui n'est pas à vendre : l'acte de le produire et l'œuvre comme sujet

. vendu c'est un spectacle marchand
. aidé par l'État c'est un spectacle étatiste
en dépit de son contenu
. soutenu par un parti c'est un spectacle militant, « une commande du parti » (Tsvetaeva)

.

22 juin

'Amis poètes, au boulot s’il vous plaît' 

« Nous n'avons plus de nom nous sommes les sans
Noms nous n'avons plus de dieux nous sommes les
Sans horizon sans illusions...»
La peau traverse les langages
Patlotch 18 octobre 2003

Potlatch : Vacarme fait écho

Come ti chiami ?  par Zoé Carle, Laurence Duchêne, Thibault Henneton, Sophie Wahnich & Pierre Zaoui Vacarme 22 juin 2014

« Comment t’appelles-tu ? Mon nom est Personne et il n’y a pas de quoi se réjouir...

notes poétiques 2003-2015 Illustrations d’Antoine Perrot

extraits

 « Nommer, ce n’est jamais représenter, c’est créer pour, dans un même geste, se séparer d’avec certains et en rassembler d’autres.

force et faiblesse des noms

Ne plus avoir de noms, ne plus avoir de papiers d’identité, devenir plus encore qu’anonymes : innommables. C’est en un sens le rêve tantôt avouable, tantôt inavouable, de toutes les minorités. Parce que celles-ci savent combien les noms sont d’abord des opérations de pouvoir, permettant non seulement d’égrener mots d’ordre et mensonges, mais plus encore d’élever les uns, d’abaisser les autres, d’épingler les uns et les autres, fracturant le continuum naturel des multiplicités sociales en castes, classes ou races.

du vrai nom

Pour finir, arrêtons de tourner autour du pot. Il faut bien apporter notre pierre, comme on peut : pouvoir des mots, pouvoir des clodos. Alors voilà, le nom que l’on voudrait dirait ceci. Il dirait et le commun et la séparation, la force de ceux qui savent où ils vont et la faiblesse des perdus qui ont besoin de savoir encore comment ils s’appellent quand ils ne savent plus où ils vont. Il dirait toute la justice et toute l’injustice assumée, affirmée, qu’il y a à se nommer, c’est-à-dire aussi bien à nommer l’autre, les autres, toutes choses, puisqu’aucun nom ne signifie rien en-dehors des autres noms. Il ne dirait donc ni la vérité de ce qu’on est (manquerait plus que ça), ni la vérité de notre devenir (il ne faut pas trop rêver), mais quelque chose entre les deux, une sorte de constat performatif ou de fiction vraie, l’élan du réel, de l’impossible, vers un peu de mieux, un peu de possible. Ce serait un nom qu’on pourrait crier dans la rue et murmurer au creux du lit. Un nom qui nous gonflerait de fierté tout en nous rappelant combien nous ne sommes rien, sinon comme être collectif rassemblé sous ce nom. Un nom qui convoquerait des colloques savants et s’entendrait dans le quotidien des cafés. Un nom en somme assez bien, assez nécessaire, quelque chose en tout cas d’un peu mieux que coco, nanard ou lapin.

Amis poètes, au boulot s’il vous plaît. »

La peau traverse les langages

18 octobre 2003

L'une 
Et l'autre 
Anonymes 
Corps multitude 
Unanimement 
Songent où l’étranger                            
Habite leurs solitudes  

notes poétiques 2003-2015 Paul Gauguin, D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? 1897

Peuplé de couleurs je suis 
Nous la peau la traversée 
Des siècles des peurs aux joies 
D’être si même à mémoire 
Cicatrice transpercée 
De haines aux noms de gloires 
Aux dieux tors vaines fois

Aux yeux violés des regards 
Vides de l'avide d’avoir 
Toujours plus de rien qui ne soit vivre 
Tessons dardés d’un empire barbare 
Bambins sans larmes à têtes de vieillards 
Ou babouins mimant la grande personne ivre 
Du leurre qui la possède avec l’argent du leurre

Où la raison s’endort en croyant s’éveiller 
Aux Lumières que leurs ombres font vaciller 
Continent entartré dans sa blancheur de plomb 
Salivant seul à seul d’un ridicule aplomb 
Sans dénouer son goût désuet d’unité 
De part en part gonflé par tant de vanités 
Cause qui cause en se mettant le doigt dans l’œil

Et ce pays non plus le mien j’arrive 
Trop tard et je le trouve si petit 
Si dérisoire d’oublier le temps 
Passé à trier son passé ses Vive 
La Républiqu’
désarmant l’appétit 
D'un peuple souverain déjà vaincu 
Dès qu'il entre à l’Eglise de l’Etat

Toutes voiles dehors le voile hors 
L’école aux enchères des marchands 
Du temple de l’égalité mord 
La poussière épuisée de ses chants 
Au miroir fétiche de ses ors 
Chaire sévère de l’irréel 
Quand le savoir n’est plus alléchant

Pas de quartier just the ghetto 
French Colored People en cage 
D’escaliers pour tout bateau 
De plaisance où le caïd nage 
D’aisance et frime sur le dos 
De gosses interdits de rage 
Et bons pour la fosse commune

Pourtant qu’elle fut d’autant belle que n’étant plus depuis longtemps 
À faire Trop bonne à la mise en scène d’un théâtre sans rêves 
La révolution en attente la tentation de tant et tant 
De croire au printemps de l’histoire Oh mais quelle histoire irait sans trêves 
De saison à saisons de raisons à raison et de militants 
À gogos vers les urnes ou même dans la rue pour que se lèvent 
Le grand matin les désirs de seuls pour tous se sortir du pétrin

Nous n'avons plus de nom nous sommes les sans 
Noms nous n'avons plus de dieux nous sommes les 
Sans horizon sans illusions
et laissant 
Les murs désolants les maisons isolées 
Aux facteurs de ruines maculées de sang 
Nos mains déduisent des lieux la parole et 
Vont se fondre en chairs et autres en dansant

Je marche tu marches elle danse nous danse 
Quand je nous décentre il vous la valse en transe 
La flamme prend le dernier métro 
Les papiers au feu et le maître au 
Charbon à la mine ravie 
Et si c'était ça la vie 
Pour en avoir envie

Sur la branche il neige 
Mon beau sapin endormi 
À pas de loup de fougère 
Tam-tam un ami 
Blanche oublie l'eau du café 
Un silence allège 
Le merle en perd ses cerises

Comment fais-tu l'amour toi 
Qui n'a pas de nom pour 
Dormir sous mon toit 
Plantant le jour 
Un jardin 
Sous la 
Lune

 


19 juin

asphixie intermittente ou la petite société du spectacle infos

« La pensée culturelle a pour tous les domaines position de spectatrice, non d'actrice; elle ne considère au lieu de forces, que des formes; au lieu de mouvements, que des objets; au lieu de démarches et trajectoires, que des résidences. Éprise de comparer toutes choses et pour cela les mesurer, éprise capitalement de donner des valeurs et classer ces valeurs, elle ne peut opérer que sur des objets concrets et tangibles, de mesures stables. Le vent ne lui offre pas de prise; elle n'a pas de balances pour peser le vent, elle peut simplement peser le sable qu'il apporte. De l'art la culture n'a guère de connaissance, sinon par le truchement des œuvres d'art, qui sont bien autre chose, qui portent l'affaire sur un terrain qui n'est plus celui de l'art, justement comme le sable par rapport au vent. Par quoi elle vient à fausser la création d'art elle-même, laquelle en effet vient à se dénaturer, à contrefaire sa fonction naturelle de vent pour adopter celle d'apporteuse de sable. Les artistes, pour s'aligner sur la culture, ont changé leur activité, de souffleurs de vent, en amonceleurs de sable. D'aucuns affirment qu'abolie la culture il n'y aura plus d'art. C'est gravement erroné. L'art, il est vrai, n'aura plus de nom; c'est la notion d'art qui sera révolue, et non pas l'art, lequel de n'être plus nommé, reprendra vie saine. Cessera alors la réfraction dont il est l'objet au moment qu'il paraît aux regards de la culture; cessera le mécanisme de dénaturation qui s'en trouve provoqué par le fait qu'il est impossible d'empêcher que la production d'art s'aligne sur cette réfraction, opère à sa destination, se constitue son pourvoyeur et contrefasse par là dès sa source même sa vraie spontanée impulsion.» Jean Dubuffet, Asphixiante culture, 1968

notes poétiques 2003-2015notes poétiques 2003-2015 1968 PDF lecture conseillée

Intermittents : la CGT-Spectacle dénonce les "mesurettes" de Valls Le Point 19 juin

Intermittents : inventons un contre-modèle Le Monde 18 juin

« Un « nouveau modèle » : À la conception réactionnaire de la culture, les intermittents en lutte ont donc opposé une critique sociale du néolibéralisme. Ils ont déplacé le terrain du conflit actuel : de la culture comme secteur d'activité que l'on voudrait séparer – la culture comme exception – vers une autre « culture », néolibérale, qui imprègne les esprits et les réformes. Ils ont tracé un chemin possible pour en sortir, un chemin à parcourir aujourd'hui avec les artistes, les postiers, les cheminots, les universitaires et toutes les autres catégories sociales.»

pauvre Dubuffettoi dont les mots faisaient écho à ceux de marx et Engels dans l'Idéologie allemande* repose en paix, nous ne voyons d'artistes que ces amonceleurs de sable, promoteurs de « la culture comme exception » (sic), incapables de souffler le vent de l'art qui, pour reprendre la vie saine, n'aura plus de nom

* « l'individu ne sera plus enfermé dans les limites d'un art déterminé, limites qui font qu'il y a des peintres, des sculpteurs, etc., qui ne sont que cela, et le nom à lui seul exprime suffisamment la limitation des possibilités d'activité de cet individu et sa dépendance par rapport à la division du travail. Dans une société communiste, il n'y aura plus de peintres, mais tout au plus des gens qui, entre autres choses, feront de la peinture.»

.

12 juin

peinture, poésie, jazz... et critique révolutionnaire

la sortie-des-soutes de ma peinture, vingt ans dérobée au public, (me) permet de faire le lien concret, par la poétique, entre elle, ma poésie, et ma réflexion critique du capital, le tout dans une approche communiste qui a nécessairement évolué avec l'idée que je m'en faisais au présent de ce passé

c'est aussi un moyen de dire d'où je parle*, aussi limitée soit mon expérience, et de ne pas prêter à confusion quant à une supposée 'pratique armée de théorie' : je ne sais pas les séparer

notes poétiques 2003-2015 1989 'Lénine-Matisse AR'

concernant le rapport de l'art au communisme, je conseille la réflexion d'Isabelle Garo à partir et au-delà de Marx, « Marx et l'art » 26 janvier 2013 vidéo 1h18:55  et le texte Marx, théoricien de l’art ?

elle établit le rapport essentiel entre art, capitalisme et communisme. Il correspond grosso-modo à ce que j'en pense, tant par ma longue fréquentation du jazz (depuis les années 60), de la peinture - son histoire et un peu son actualité (des débuts 70' aux débuts 90')-, et la pratique d'amateur que j'ai eu de ces arts, comme en témoignent donc mon musée, mes considérations techniques sur le jazz et son écoute, mes compositions, et quelques enregistrements que je produirai peut-être

9 juin

rythmes en révolution : philosophies, jazz et poésie, les tambours et le monde

le concept de rythme est central en musique, en poésie... Pour paraphraser un théoricien de la conjoncture, je pourrais dire que
le concept de rythme est indispensable à la théorie de la révolution

la notion de rythme est peut-être celle qui traverse le plus profondément l'ensemble de mes considérations et activités, jazz, poésie, sur la révolution, jusqu'à la conception de ce site entre temps et espaces. Le rythme est tellement partout qu'on ne le voit ni ne l'entend comme élément essentiel du changement dans la vie et donc concept indispensable à la révolution. Quelques-uns, non des moindres, y ont pourtant pensé

Édouard Glissant et les partis pris du rythme Jean-luc Tamby

« Dans la thèse que j’ai consacrée aux prolongements musicaux de la pensée et de l’œuvre d’Édouard Glissant, la question du rythme a occupé une place centrale. Édouard Glissant propose en effet de rapprocher par le rythme « le style de jazz » de Miles Davis et son propre style. Les praticiens du rythme, poètes, comédiens, musiciens ou danseurs, utilisent les métaphores du rythme comme un vecteur de communication qui réunit les différents arts et surtout comme une source d’inspiration qui les pousse à dépasser les limites inhérentes à leur propre discipline. À l’inverse, certains théoriciens et critiques, musicologues, poéticiens, se méfient des métaphores du rythme qui contredisent l’exigence scientifique de leurs travaux. À la fois producteur et critique, Édouard Glissant nous engage dans une écoute presque métaphysique des rythmes, en même temps qu’il se défie des imprécisions et des idées reçues qui entourent cette notion. C’est donc à la fois l’ampleur du rythme glissantien et son ancrage dans une histoire déterminée et un « lieu incontournable » que cet article propose d’évoquer.»

il y est question de Paul Valéry, de Meschonnic et Démocrite, Deleuze et Aristote... mais aussi de tambours, du rythme comme résistance

notes poétiques 2003-2015 tambour bèlè

Boris Reine Adelaide vidéo

« Édouard Glissant nous invite à penser le rythme dans son « évanescence » et dans sa « précision », dans sa démesure et sa mesure. La totalité et la démesure de la philosophie du rythme d’Édouard Glissant répondent à la négation existentielle et donc rythmique imposée par la traite : alternance cosmique des jours et des nuits remplacée par la nuit sans fin de la cale, balancements de la marche et de la danse entravées par les chaines, danses, chants et paroles dispersés, interdits et condamnés à l’oubli. Face à l’esclavage vécu comme une catalepsie, le rythme devient la possibilité d’une résistance. Le rythme devient la condition de l’existence et la métaphore de l’existence même. Paradoxalement, l’ampleur de cette poétique du rythme s’enracine dans la matérialité première des premiers tambours réinventés, dans des premiers pas de danse qui défièrent les fers et posèrent l’amorce de nouvelles communautés.»

Les rythmes différents du processus révolutionnaire dans les Caraïbes Yves Benot par Jean-Claude Halpern 2005

notes poétiques 2003-2015 notes poétiques 2003-2015 an Analysis of the Communist Use of Music 1966

en relation Manifeste pour un parti du rythme Henri Meschonnic août/novembre 1999

notes poétiques 2003-2015 1998 notes poétiques 2003-2015 1996

avec Henri Lefebvre vient aussi l'idée que le rythme devrait intégrer pleinement l'héritage marxiste de la dialectique du changement, dans la mesure où il peut rendre compte de la dynamique temporelle des contradictions, et de leur complexité polyrhytmique dans une conjoncture

« Rythmanalyse fut pour partie un travail de collaboration, le développement de deux textes co-écrits avec sa femme, Catherine Régulier, bien que l’ouvrage ne porte que le nom de Lefebvre sur la page de titre ; il fut édité et introduit par René Lourau. Tout à la fin de sa vie, Lefebvre revient à plusieurs de ses thèmes plus anciens – la vie quotidienne, le rural et l’urbain – et les repense à travers la notion de rythme. Les rythmes sont « historiques mais aussi quotidiens, “au plus près du vécu” ». Le point sur lequel il insiste est que le projet rythmanalytique souligne l’importance de concevoir l’espace et le temps ensemble, en dépit de l’habitude de les tenir pour complètement séparés. « Pas de rythme sans répétition dans le temps et dans l’espace, sans reprises, sans retours, en bref, sans mesure ». Le travail sur la rythmanalyse, qui examine le changement à travers le temps et l’espace, est à la fois le point culminant du travail sur la vie quotidienne et un retour à l’analyse des paysages urbains. Philosophiquement fondé et politiquement orienté, ce fut une fin appropriée à l’ensemble de son œuvre.» Stuart Elden, Certains naissent de façon posthume, la survie d'Henri Lefebvre, Marx au XXIe siècle

sur mon ancien site Tambours / sur le rythme dans le jazz le jazz 'pour les nuls', d'un savoir écouter

LIVRE DE L'AUTRE octobre 1990

C'EST L'EMBARGO SUR LES OREILLES À FOND 
LA CAISSE MAIS NON C'EST UNE ERREUR UN COUP
BAS DE LA SORCIÈRE LE MOUVEMENT CON
TINUE MAIS LE CŒUR NE BAT NE BAT PLUS COMME
AVANT C'était le plus Monk des batteurs TÉ
MOINS LES MAINS AU FOND DU CERCUEIL CONTINUENT
L'ART BAT CHEZ ART C'EST BATH ART BLAKEY BLACK OUT

(ART BLAKEY n'EST pas MORT)

solo 1965 vidéo

 

8 juin maj 10 juin

poésie, poétique et révolution

on peut s'étonner de trouver les réflexions ci-dessous (nature humaine) dans une rubrique poétique. C'est que je veux creuser avec sérieux depuis la poésie sa dimension 'philosophique' et sociale, tout en rejetant la tendance des poètes de la fin du 20ème siècle à produire une poésie philosophique, une 'poésophie' qui pèche assez souvent par sa faiblesse esthétique, et par une utilisation des mots à valeur conceptuelle plus que poétique - je rejoins en ceci la critique d'Henri Meschonnic. La poésie se fait souvent plus cérébrale que totale par les affects et la perception sensorielle. Pour le dire comme je le pense, elle perd de vue la beauté indispensable à l'art, à ne pas confondre avec le formalisme esthétique ou la beauté conceptuelle. C'est en art la beauté formelle dans son rapport à la vérité (la justesse de perception du réel, voir ici) qui fait sa puissance subjective de transformation intérieure, qui fait de l'œuvre d'art, du tableau, du poème, d'un chorus de jazz... un sujet

interroger poétiquement les rapports sociaux

il s'agit d'un tournant dans l'évolution de mon site, celui d'une interrogation des mêmes réalités de tous ordres par la démarche poétique plutôt que par la critique sociale en elle-même. Je m'y contrains tout en sachant que les habitué·e· seront moins intéressés, et avec la conviction que si c'est plus difficile, ce n'est pas sans importance en dernière instance. Mais pour le saisir, certain·e·s devront se déshabituer de ce qu'on entend communément par poésie ou poétique, et en comprendre la nécessité sociale, autant comme forme de résistance individuelle que de subjectivation révolutionnaire collective : une société se juge aussi à la place qu'y tient la poésie, et particulièrement dans les classes populaires

un poème n'est pas un tract, comme l'on entend généralement dans les « poèmes engagés », dont la plupart sont de mauvais poèmes, même sous les meilleures plumes. On crée des sentiments, de l'enthousiasme ou de la compassion avec un thème qui les produit de lui-même, avec quoi on fait des rimes, une forme 'poétique' au sens banal du terme. Un poème qui n'est pas engagé, ça n'existe pas en tant que poème, mais ça ne s'engage pas comme à l'armée, serait-elle du peuple

la poésie n'est pas à la révolution ce que sont aux armées les musiques militaires, ou les chants révolutionnaires aux combats de classe

notes poétiques 2003-2015 notes poétiques 2003-2015

l'important c'est le poème, pas la poétique

j'ai dit mon intention de me consacrer davantage à l'écriture poétique, mais pouvoir le faire ne vient pas spontanément comme une envie de pisser en vers. Il faut se replonger dans l'univers d'écoute et de pensée du monde avec les armes du métier, qui ne sont pas celles de la critique sociale. Il faut atteindre un certain niveau de concentration et de disponibilité. Bref, c'est une activité pleine et entière, pas un passe-temps d'amateur de mots croisés. Se mettre dans cette disposition explique peut-être pourquoi il y a si peu de (bon·ne·s) poètes*, parce que comme disait Jacques Brel, « cela tient plus de la transpiration que de l'inspiration, c'est du labeur, il n'y a pas de loi... » (film  interview)

* à cet égard, je conseille le film coréen Poetry, que j'ai vu récemment en vidéo. J'ai été impressionné par la sensibilité, la subtilité et la connaissance de ce qu'est écrire un poème. C'est au sens fort du terme un film de poète, même si son outil est la caméra, pas le crayon. C'était une gageure de faire un film sur la poésie sans tomber dans l'esthétisme ni craindre d'aborder un problème social bille en tête (une tournante et ce qui s'en suit). Le long entretien avec le réalisateur commentant les images rend compte d'une intelligence d'artiste peu commune et d'un rapport à l'art dans sa complexité propre que je partage sans réticence

notes poétiques 2003-2015 bande annonce

je ne suis pas plus en 'poétique' qu'en 'communisme' un théoricien au sens où l'on attend de lui qu'il produise un corpus abouti. Mais en matière de poésie, j'ai une pratique à partir de laquelle je peux penser, et d'une certaine manière théoriser non une poétique à fabriquer des poèmes, mais un usage social de la poésie qui dépasse son champ intrinsèque

l'important c'est le poème, pas la rose

s'il est clair que je ne pourrais écrire des poèmes indépendamment de mon engagement communiste, ce n'est pas celui-ci qui les détermine, et quand c'est parfois le cas, la poésie pourrait a priori en faire les frais : difficile d'en juger poétiquement sans glisser à la critique idéologique... Je ne renie pourtant pas certains poèmes qui sont l'équivalent de chants ou raps révolutionnaires, car je considère qu'ils peuvent atteindre à une certaine beauté subjectivante. Certains vers n'y sont pas moins beaux qu'en d'autres poèmes sans rapport immédiat et transparent à ce thème

il ne s'agit pas de mettre des fleurs aux fusils ou du cœur à l'insurrection. Certes une Révolution des œillets (Portugal, 1974), une Révolution du jasmin (Tunisie, 2011), des roses (Géorgie, 2003), des tulipes (Kirghizistan,2005) ou du cèdre (Liban, 2005), ça vous a un certain parfum, mais les fleurs n'y sont pas plus poétiques qu'en poésie d'une façon générale, malgré Ronsard et Shakespeare

notes poétiques 2003-2015 Portugal 1974 notes poétiques 2003-2015 Syrie 2011 notes poétiques 2003-2015 Tunisie 2011

si la poésie n'est pas dans les choses (Reverdy) elle n'est pas plus dans une fleur que dans une locomotive. Mais la révolution n'est pas, le capital non plus, une chose. C'est un rapport social. Pas de social sans subjectivité. Pas de révolution sans dynamique de subjectivation révolutionnaire. Et c'est ici qu'entre en jeu la dimension poétique en tant que puissance d'auto-transformation des sujets par des actes qui sont aussi de langage. Le langage révolutionnaire n'est pas de l'ordre de la théorie, mais d'une éthique sociale tenant sa politique et sa poétique de ceux d'en-bas au combat, qu'on peut tout aussi bien ici nommer peuple, prolétariat ou multitude. Ce n'est pas un langage de savant serait-il révolutionnaire, mais un langage courant armé d'un sens nouveau, comme en poésie...

la poésie révolutionnaire n'existe pas

on trouve la difficulté de ce rapport du poétique au social tout au long de mes notes poétiques, et aussi comme thème de certains poèmes. Je l'ai résolue avec plus ou moins de bonheur, mais on ne saurait dire que je sois tombé dans le piège du « gauchisme esthétique », ni comme prétend le démontrer (Poétiques révolutionnaires et poésie) le poète-philosophe Jacques Guigou avec sa « critique de Patlotch », dans une « prétention à vouloir « poétiser la révolution ». Il s'y cassera les dents car il devra interroger d'abord son propre sens poétique, tel qu'il transparaît dans ses poèmes, et manifestement, il n'a aucune expérience pratique, en poète, du rapport poésie-révolution. Il en a une vision de théoricien, de philosophe de la révolution peut-être, mais pas de poéticien. Ce n'est pas quelque chose que l'on traite par-dessus la jambe en intellectuel. C'est l'affaire d'une vie

ma poétique n'est pas plus 'révolutionnaire' que ne prétend l'être ma poésie, mais que la poésie n'ait rien à faire de la révolution ni la réciproque, cela serait à démontrer. Le problème c'est bien justement qu'il ne s'agit pas de « poétiser la révolution », en quoi je partage le point de vue de Guigou, mais de faire sortir la poésie de son enfermement a-social, de son élitisme intellectuel comme de son esthétisme formaliste, et la révolution de toute conception a-poétique

il ne faut pas confondre le fait qu'un poème puisse prendre pour thème la révolution parce qu'elle est là au temps présent (Tsvetaeva « Le thème de la Révolution est une commande du temps / Le poète sert le temps / Le présent ? mais existe-t-il ? » 1932), le fait qu'il révolutionne l'art de la poésie, et la dimension poétique que peut produire une révolution - Rimbaud par exemple est intervenu sur ces trois fronts. Rimbaud n'a pas 'poétisé' la Commune de Paris. Si de la Commune n'avait pas émané une poétique générale, et généreuse, on l'aurait su dans les chaumières. Une poétique générale parce qu'une grève générale du vieux monde

la révolution produit d'elle-même sa poétique

personne ne poétise la révolution. Il ne s'agit donc pas d'une relation directe, d'une influence que les poètes ou la poésie pourrait avoir sur ou dans la révolution, mais de la nécessité pour la révolution d'inventer sa propre dimension poétique, qui n'est pas celle des poètes, ne ressort pas de leur spécialité, et n'est pas leur exclusivité ni leur propriété. Cela relève plus de la geste (l'improvisation collective et le bonheur de changer le monde) que d'une théorisation du rapport

notes poétiques 2003-2015

la révolution sera poétique ou sera vaincue

mon petit doigt me dit qu'une révolution réussit à transformer l'histoire quand les masses produisent et sentent leur puissance non seulement sociale et politique mais aussi poétique. Alors que la poésie relève plutôt d'une relation individuelle avec le poème œuvre-sujet, un contexte révolutionnaire peut porter le poétique au niveau collectif, et cela ne signifie pas que tout le monde devient poète, mais que le rapport à la vie se poétise comme jamais il ne peut le faire dans le monde aliéné par la valeur

le poétique est évidemment en relation étroite avec le 'gratuit', et par là avec le 'commun'

de fait, refuser à la révolution sa dimension poétique et à la poésie sa puissance de subjectivation sociale, c'est avoir des deux une conception mutilée-mutilante, et pour le dire avec Meschonnic et Glissant, le comprendre relève d'une éthique, d'une politique et d'une poétique de la relation au monde. Tel qu'il est. À changer

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nature humaine : la nature est humaine plus que l'humain nature

les vents vont seuls poussés par les nuages
tissés de réactions par les avions

notes poétiques 2003-2015
notes poétiques 2003-2015
notes poétiques 2003-2015

photos du 7 juin suite poème 6 juin L'homme, le poète, et le moineau

depuis que l'humanité envoie ses objets dans le ciel - les ballons, montgolfières, avions, fusées et satellites de la modernité - nul ne peut plus regarder l'univers, la nature, comme séparée du monde des humains. Le rapport à la nature du poète, du philosophe ou de quiconque, ne peut plus relever du romantisme du peintre ou de son objet comme dans Le Voyageur contemplant une mer de nuages de Caspar David Friedrich (voir 6 juin)

les mers de nuages, on les observe depuis le hublot des avions autant que du sommet des montagnes, alors que les pollutions lumineuse, gazeuse et poussiéreuse, nous privent sauf en des lieux privilégiés d'une vision claire du cosmos nocturne

ainsi, considérer la nature comme un rapport social, ou du moins le rapport de l'humanité à la nature comme social, et la nature même comme n'existant pas séparément de l'ordre humain nous est plus facile qu'à nos anciens. Nous pouvons suivre l'idée que « Décoloniser la nature signifie qu’il faut renoncer au partage entre un ordre de la culture, de la société et de l’histoire et un ordre de la nature, de l’environnement, de l’écologie. Autrement dit, une écologie politique doit faire le deuil de toute politique de préservation de la nature.» Décoloniser la nature, Paul Guilibert Revue Période

« La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas »
La terre est bleue,
Paul Eluard, L’amour la poésie, 1929 

l'inversion que j'ai faite, dans ces vers, de l'idée commune que les vents poussent les nuages et non l'inverse, n'est pas plus une vue de l'esprit que dans ceux d'Éluard, écrits en 1929 alors qu'existait certes l'orange pourrie pas de photo satellite. Elle est aussi en phase avec ce que nous dit la science d'une dialectique entre vents et nuages

« Dans l'atmosphère, vents et nuages sont indissociables. Pour qu'un nuage apparaisse, le vent doit soulever de grandes quantités d'air humide jusqu'à des altitudes où la vapeur d'eau se condense [...] L'énergie mise en jeu dans les nuages est considérable. [...] Les nuages et leur activité modifient notablement l'équilibre atmosphérique et contribuent à l'apparition de coups de vents parfois violents, telles les tempêtes qui accompagnent les cyclones tropicaux et les tornades dévastatrices qui sont parfois associées aux orages.» Vents et nuages : des clefs du climat Pour la science

je ne suis pas à tout prix contre une poésie fantastique ou de science-fiction, mais la mienne, je la veux matérialiste

« Matérialisme, il y a dans cette matière-là assez d'infini pour supplanter toutes les religions »
André du Boucher

il me semble que le respect du réel, du moins dans l'intention, est la condition même de ma poésie, dans la mesure où je la conçois comme un art réaliste - au sens large et non de la figuration (une peinture dite abstraite peut relever d'un réalisme), y compris quand elle utilise des figures de rhétorique telles que métaphores, métonymies... De ce point de vue, même si parfois le procédé et le résultat peuvent sembler tenir du surréalisme (poèmes dans le journal), le sens en est totalement opposé, l'intention réaliste, et ma démarche plutôt hostile à tout surnaturel

notes poétiques 2003-2015notes poétiques 2003-2015
notes poétiques 2003-2015 FoSoBo 9 juin 01:15

 

reste sauf erreur que si le vent est ami et ennemi des avions, ceux-ci ne les influencent pas... encore. Autrement dit, la nature conserve une puissance que l'humain n'atteint pas

de la nature déshumanisée à l'humain dénaturalisé ?

à méditer concernant ce qu'on dit et fait du sexe et du genre, entre nature et culture. La sexualité est naturellement un produit social mais dans des conditions déterminées par ses caractères biologiques. Quant à dire que ceux-ci seraient immuables, 'naturels', que le social ne déterminerait pas le biologique, c'est fini, et cela pose par conséquent la question de ce qu'on en fait. Comparer les caractéristiques des cerveaux féminins et masculins d'aujourd'hui ne prouve pas qu'elles sont indépendantes de l'évolution sociale et historique, des rapports de genre. Avis donc aux apprenti·e·s sorcier·e·s de la science comme de la philosophie. Dans quelque camp qu'on se pense, compense, ou entre en transe sexuelle ou mystique, les faiseurs d'anges ne sont pas les payeurs

notes poétiques 2003-2015

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7 juin

antinomies affinitaires : marché, poésie, anarchie, communisme, etc.

notes poétiques 2003-2015 Marché de la poésie ? Malsain supplice !

« Cher Patlotch, n'ayez donc point l'outrecuidance de confondre marché de la poésie et poésie de marché [...] » La poésie est une marchandise

« Le Marché de la poésie est une manifestation créée par l'éditeur Jean-Michel Place qui se tient chaque année à Paris sur la Place Saint-Sulpice en fin de printemps depuis 1983 où des éditeurs de poésie exposent et vendent leurs ouvrages... Plus de 200 éditeurs indépendants... »

« Un éditeur qui entre dans son bureau préfère y trouver un cambrioleur qu'un poète » Jean Cocteau

notes poétiques 2003-2015notes poétiques 2003-2015

« Les écrivains font des châteaux en Espagne, les lecteurs y vivent, et les éditeurs touchent les loyers » Maxime Gorki

 transcroissance de la revendication notes poétiques 2003-2015

Historical Materialism, un espace de recherche marxiste – entretien avec Sebastian Budgen Période  « Nous sommes également au courant du caractère de plus en plus désuet de la lecture d’une revue-papier reçue physiquement dans une boîte aux lettres – plutôt que de sauter d’un article à l’autre sur internet – et du fait que beaucoup de jeunes camarades considèrent comme un droit humain inaliénable l’accès gratuit et immédiat à toute production intellectuelle (rejetant ainsi, dans une société pré-communiste, tous les professionnels comme les éditeurs, les maquettistes, les relecteurs et les traducteurs dans les rangs de l’armée industrielle de réserve…) Mais je préfère ignorer tout cela ingénument pour garder l’illusion que si je suis intéressé par tous les thèmes et disciplines dans une perspective marxiste et si je reste attaché au format papier, à des numéros physiques pour les revues, à les lire de la première à la dernière page, alors tout le monde devrait penser de même, n’est-ce pas ?

Quelle est l’économie de Historical Materialism (HM) ?

« D’une certaine manière, on pourrait décrire « l’économie de HM » à travers la vision naïve de la « phase supérieure du communisme » : une société sans institution et sans argent, basée sur l’égalité totale, l’absence de hiérarchie formelle et un dépassement de la division du travail ! (Nous avons même une fois, de manière certes un peu pompeuse, essayé de théoriser le « mode de production communiste d’une revue théorique »). Pourtant, comme vous pouvez l’imaginer, la situation est loin d’être idyllique.

notes poétiques 2003-2015 matérialisme historique notes poétiques 2003-2015

HM demande une quantité de travail gigantesque : pour la revue seulement il nous faut dix réunions longues, très longues, par an ; 100 000 mots à lire tous les mois ; contacter les auteurs et les rapporteurs ; faire des rétro-plannings ; traiter des centaines de mails sur la liste éditeurs tous les mois ; gérer les questions « commerciales ». Tout cela en dehors de l’organisation de la conférence et la collection d’ouvrages qui continue de grandir. Et ce travail est réalisé sans revenu régulier, stable (en dehors d’une très faible somme forfaitaire pour chaque numéro, versée à l’éditeur professionnel – une mesure relativement récente), pas de rémunération, pas de bureau (même pas de placard !), pas de statuts, pas d’éditeurs en externe rémunérés (même si nous aimerions aller dans cette direction), rien que du travail militant. Voilà la situation telle qu’elle est depuis le début, sans apport en capital initial pour la revue. Vous pouvez imaginer la masse de dettes accumulées quand nous étions en auto-édition.»

« beaucoup de jeunes camarades considèrent comme un droit humain inaliénable l’accès gratuit et immédiat à toute production intellectuelle (rejetant ainsi, dans une société pré-communiste, tous les professionnels comme les éditeurs, les maquettistes, les relecteurs et les traducteurs dans les rangs de l’armée industrielle de réserve…) »

ah les salauds qui sabotent le travail ! Quand je pense que je dispose sans réserve de mon armée individuelle de production, j'en suis rouge de honte

détour par les sabots

notes poétiques 2003-2015 marché aux sabots Guingamp 1913

« La Création fut le premier acte de sabotage » Emil Cioran

Éloge du sabotage

Sabotons sabotons ça
Bottons sabotons ça beau 
Tout sabotons sabotons

Faisandons des couac couac quoi 
Qu'en face en disent les couards
Faisant sous couette du lard 
Donc sabotons ça beaucoup

(...) FoSoBo 24 avril 2005 01:06 CHANTIRE : CHANTIER DU CHANT DE TIR ENTIER

notes poétiques 2003-2015 luddites 1812notes poétiques 2003-2015 notes poétiques 2003-2015 Sabotage and the IWW video

notes poétiques 2003-2015 Ohé saboteur, attention à ton fardeau, dynamite ! 

retour sur les marchés

notes poétiques 2003-2015 notes poétiques 2003-2015 une Anglaise débarque en Hollande !

notes poétiques 2003-2015 Marchais aux fleurs

le marché aux pleurs

pour les Myriam et Mohammed, pour Toulouse et Gaza...

Reviendras-tu de tout, jamais de cette mort
en léger différé, et qui vient par coups trop ?
Offre à ton cœur petit, et qui s'en serre encore,
des larmes à crédit, vendues à prix de gros

Sur le marché aux pleurs, c'est l'embarras du choix
pour les deuils de bon ton. Il n'est possible accueil,
hein, à toutes les douleurs du monde... Arme-toi,
pour trier, ordonner tes chagrins, de conseils.

Quels tueurs à quels yeux sont-ils bons, aux dépens
des victimes, dont le mérite est relatif,
parfois d'être décédées même ? Ça dépend,
qui préside, ou à quoi, de ce qu'on est natif...

Tu vois ce triste exemple. Un enfant c'est pas comme
un militaire, un Français comme un Sarrasin,
déplorer une, ou de nombreuses pertes... en somme,
bien d'chez nous vaut souvent plus que mille voisins.

Ainsi donc, la valeur est créée par l'usage,
l'échange un contre mille semble équilibré
si cet un est ton frère, et si mille, un mirage.
De loin, peut pas savoir. La presse a vu de près.

Elle a le cœur gros comme la République et
nos armées réunies. On peut compter sur elles.
Tous ensemble, pleurons ! La France est attaquée !
Notre si beau pays... Sa démocratie belle...

Nos divisions président mal de l'avenir.
Notre peuple est en pleurs
. Il a peur de son om
bre il sait qu'
ils viennent jusque dans nos bras punir
nos fils, nos compagnes
. Nom d'un petit bonhomme !

Patlotch 22 mars 2012 Temps basculés

 Appel à contribution : constatant combien de grands poètes se sont fourvoyés dans le communisme, je cherche désespérément un éloge du capitalisme par la poésie

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6 juin

poésie vs bavardages 'théoriques' ?

s'il est une raison pour laquelle j'aimerais me consacrer davantage à la poésie qu'à l'écriture quotidienne de cet anti-journal LE CANARD DES CHAÎNÉ·E·S, c'est parce que de tout ce que j'ai produit, je tiens ma poésie comme de plus grande valeur que mes contributions aux débats communistes. Non que je trouve celles-ci sans intérêt* mais parce que de façon quasi consubstancielle, ma poésie est de plus grande justesse et que je suis plus à l'aise dans son langage - le langage poétique en général et celui propre dont je me suis doté avec le temps

* dans la mesure où c'est un besoin pour moi d'abord de clarté, et que je me suis défait des théories fermées pour aboutir à une compréhension personnelle des choses qui me convient sans dépendre du prochain texte magico-théoriste; étant donné aussi que chacun·e peut se nourrir longtemps des textes accumulés, les miens ou d'autres; je pourrais avantageusement alléger mon journal et sans contrition franchir le pas de la poésie

pour qui lit les deux sans les séparer ou en hiérarchiser l'importance, je crois que ma poésie a plus d'impact, de performativité, même s'il ne le reconnaît pas dans l'immédiat - cela doit dépendre des sensibilités. Quoi qu'il en soit, je la considère plus puissante et durable que le reste : elle dépend davantage du moment mais moins d'un survol du présent, en cela elle est plus concrète. Je ne le dis pas dans le sens où la poésie et l'art en général échapperaient à l'histoire, mais comme le relevait déjà Marx à propos de la statuaire grecque ou romaine (voir avec Isabelle Garo)

que les petits malins s'inquiètent qui penseraient gagner du temps en ne lisant que les poèmes, plus courts et moins bavards que le journal, car en saisir la densité et la complexité de niveaux croisés est autrement plus long et difficile, pour l'inhabitué·e, que se laisser porter linéairement par des textes qui disent (presque) tout; d'autant que ces derniers temps, j'aime à tailler ma poésie dans le faux simple, à la manière des fables qu'on croit 'pour les enfants'

notes poétiques 2003-2015

naturellement, je dis 'ma poésie' de façon globale et pas tel poème pris à part, ni telle forme, puisqu'on y trouve comme en tout des réussites et des échecs, sur le critère être ou ne pas être de la poésie, de l'art. Moins que personne je serais dupe de la forme, connaissant mes intentions au moment de l'écriture, et qu'elles furent variées à l'extrême, y compris tenant de l'amusement rimé, de la performance stylistique, portées par « ce que les mots me disent », comme Michel Leiris dans Langage-Tangage, procédé dont j'ai fait maints usages dans mon premier Livredel et qui demeure une de mes fortes inspirations : chaque mot posé, que ce soit pour l'un de ses sens, pour sa sonorité ou son apport rythmique, rouvre les possibles de la suite du poème et à la ré-interprétation voire la retouche de ce qui précède

chaque choix d'un mot dans un poème en chantier - comme d'une touche de couleur dans un tableau, d'un coup de burin dans le marbre d'une sculpture ou d'une note de tel instrument dans un arrangement orchestral -, peut le faire basculer pour le pire ou le meilleur, ce qui ne menace pas autant toute autre forme d'écriture, peut-être plus linéaire, y compris la plus rigoureuse, en science, en philosophie, en théorie... La rigueur n'est pas moins décisive pour la valeur du poème mais elle n'y est pas du même ordre et fonctionne différemment

j'ai donc tendance à laisser flotter le vocabulaire théorique* à la manière poétique, ce qui peut générer plus d'incompréhension qu'une ouverture aux sens décrochée des mots, que je recherche pour traverser les langages des corpus théoriques singuliers. Alors que l'équivoque et la polysémie sont souhaitables en poésie, elle peuvent être rédhibitoires en théorie, du moins telle qu'on a coutûme de l'écrire et de la lire

* on remarquera toutefois que certains 'marxistes' et autres amateurs de révolution communiste n'ont pas mes scrupules concernant les mots-concepts de capital, prolétariat, classe ouvrière et classes moyennes, genre...

notes poétiques 2003-2015 Le Voyageur contemplant une mer de nuages Caspar David Friedrich 1818

cela paraîtra paradoxal pour qui tient la poésie comme relevant de l'idéalisme voire du romantisme en essence, mais elle peut sans peine être plus matérialiste que n'importe quelle théorie reposant sur des présupposés, particulièrement quand elle fait de la prospective, le propre d'une théorie de la révolution au-delà de sa critique du capital. Et donc je dis aussi justesse en ce sens-là, de matérialisme. La bonne poésie est adéquate au réel quand elle tend à devenir aussi vraie qu'un chant d'oiseau (voir l'homme, le poète, et le moineau)

ainsi en va-t-il de tous les arts, de leurs langages spécifiques irréductibles au langage parlé et au rapport séparé signifiant/signifié, forme/contenu etc. de la même manière que la vie humaine d'un individu ne se sépare pas entre corps, affects et intellect comme rapports sociaux et à la nature

mais cela n'apparaîtra pas à qui à son insu considère les mots plus que les choses, une faculté très masculine - un reproche que je ne saurais faire au 'féminisme marxiste' de Silvia Federici, une théoricienne des plus terre à terre qui s'occupe des popotes mais fait moins que tout autre « bouillir les marmites de l'avenir »

le bonheur de créer l'emporte sur l'insatisfaction d'un devoir accompli

alors que je suis généralement insatisfait voire irrité du temps passé à rédiger, corriger-codifier, illustrer, transférer... ma page quotidienne pour mon anti-journal, écrire un poème, avoir été capable de l'engager et de le 'résoudre' en le considérant achevé, cela suffit à me combler de bonheur. Oh, pas longtemps... Je me l'explique par la satisfaction d'avoir accompli non un devoir, mais quelque chose dont la nécessité pour moi est plus profonde. Je crois même que, passant plus de temps à ce journal qu'à l'écriture poétique, ce n'est pas tant que je crois à son importance, mais parce que je cède triplement à l'habitude addictive, à ma paresse, et à une supposée demande de mon lectorat inconnu et peut-être malgré moi trop ciblé

que cependant l'on attende pas un référundum. Autant lecteurs et lectrices pourraient dire quelque chose d'intéressant quant à mes divagations théorico-journaliénistes - je m'en vois privé n'ayant pas accroché à mon 'blog' un espace de commentaires -, autant quant à la poésie je n'attends rien, et mon genre n'est pas aux fumeuses lectures-signatures des poètes sur le marché de leur égo-identité

en résumé, et me concernant c'est un comble, au nom du communisme, je deviens à mes yeux traître à la poésie

j'ai de plus la prétention de penser qu'il est davantage de personnes capables de théoriser le communisme que d'écrire des bons poèmes, et quant à être poète et communiste, comme l'a relevé Badiou concernant des poètes classés 'staliniens', oh la la, n'y songez pas, autant aujourd'hui chercher un Patlotch dans une botte de foin (le plus dur sera de trouver la botte)

notes poétiques 2003-2015 Van Gogh La sieste (La méridienne)

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28 mai

'travailler fatigue'

Révolte

Le mort est crispé contre terre et ses yeux ne voient pas les étoiles :
ses cheveux sont collés au pavé. La nuit est plus froide.
Les vivants rentrent à la maison et en tremblent encore.
On ne peut pas les suivre ; ils se dispersent tous :
l’un monte un escalier, l’autre va à la cave.
Certains marchent jusqu’à l’aube et se jettent dans un pré,
en plein soleil. Demain en travaillant, il y en a
qui auront un rictus de désespoir. Puis ça aussi passera.
Quand ils dorment, ils sont pareils aux morts : s’il y a une femme,
les odeurs sont plus lourdes mais on dirait des morts.
Chaque corps se cramponne, crispé, à son lit
comme au rouge pavé : la longue peine
qui dure depuis l’aube vaut bien une brève agonie.
Sur chaque corps s’englue une obscurité sale.
Seul de tous, le mort est étendu aux étoiles.
Il a aussi l’air mort cet amas de haillons
appuyé au muret, que brûle le soleil.
C’est faire confiance au monde que dormir dans la rue.
Entre les haillons pointe une barbe que parcourent
des mouches affairées ; les passants vont et viennent dans la rue,
comme des mouches ; le clochard est un fragment de rue.
La misère, comme une herbe, recouvre de barbe
les rictus et donne un air tranquille. Ce vieux-là
qui aurait pu mourir crispé dans son sang
a l’air au contraire d’une chose et il vit.
Ainsi, à part le sang, chaque chose est un fragment de rue.
Et pourtant, les étoiles ont vu du sang dans la rue.

1934 Cesare Pavese (Santo Stefano Belbo, Cuneo, 9 septembre 1908 – Turin, 27 août 1950), Révolte, Bois vert, in le recueil Travailler fatigue

notes poétiques 2003-2015

ce n'est qu'un emprunt à Pavese et je ne suis pas suicidaire. J'aimerais me consacrer davantage à la poésie et je n'ai pas le temps, ou pas celui de la concentration indispensable. Écrire en poète me manque, je ne prends pas de notes, ni de mes rêves ni de ce qui vient dans mes pérégrinations. Tout fout le camp, je ne suis pas sérieux. Choisir me hante comme à vingt ans, entre communisme, jazz, amour...  et "vie normale"

je me lasse parfois d'écrire dans un certain désert, sans écho. Non de mon site ou pour ma réputation, mais des problèmes que je pose. J'aimerais que les 'camarades' s'emparent de ces questions, sortent de leur enfermement produit. Je leur en veux. Si j'étais resté aussi collé à ma jeunesse au PCF qu'eux à la leur anarchiste, féministe, écolo ou je ne sais quoi, je serais un vieux con. Voilà qui me rassure, je suis peut-être un vieux con, mais pas pour cette raison

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27 mai 2014

ma politique, tout un poème

« Quant aux amateurs de poésie, eux aussi seront déçus car les fleurs du désert sont bien éteintes. » Tristan Leoni

notes poétiques 2003-2015  attribué à Senghor, enseigné à l'école, source mystérieuse...? 

qui trop embrase mal éteint ? moi qui voulais prendre le temps d'être poète, l'évènement ne me laisse pas celui de contempler, dans le désert humain de ma terrasse, les fleurs de mes navets, tomates et autres fenouils, ni d'être fasciné par l'activité de mes vers, producteurs de terre - qui n'en est pas, disent Bouvard&Pécuchet - pensez-donc, de la terre hors-sol ! À qui se fier, en matière de vérité ?

vrai que « la poésie n'est pas dans les choses » ni dans les vers (Reverdy s'interroge sans le nommer sur Appolinaire, ses trains et locomotives...)

faute d'être poète à l'appel de mon temps (Tsvetaeva), comme mes vers recyclent, je recycle mes vers

ceux qui suivent sont pervers, en matière de pieds vs syllabes, rimes et enjambements... J'avais alors un usage classique des majuscules en entrée, maintenant je ne les supporte plus ni la ponctuation, sauf exception. À quoi mène le systématisme formel, que ce soit les points de suspension de Céline, l'absence de ponctuation de Saramengo, le refus de la rime ou du vers (ou de la prose) comme s'ils étaient la marque d'une poésie dépassée : par quoi, par qui ? Réponse : à la confusion de la forme comme contenu avec l'idée qu'une forme en soi en porterait un, ainsi de définir notre temps comme « l'ère des émeutes ». La plupart des études sur les émeutes (une remarquée d'Allemagne) ne discernent pas leur pourquoi (leur contenu), et pas davantage l'expert Bertho... tout au quantitatif, pour ces anthropo-sociolo es-qualité de mes deux universités. Misère du formalisme « révolutionnaire », en poésie comme en communisme

(six cent soixante-neuvième nuit)

«... cette forme ridicule et mutilante du sonnet...»
Pierre Reverdy, Circonstances de la Poésie

Comment le poète en herbe se fait sortir du cimetière des mots 

Par les nuées d'un ciel incertain
Au son coulé de l'eau du goulot
Vol de colombes fui dans l'étain
Lourd je m'étais endormi là-haut

À l'ombre molle cerveau éteint
Sourd d'habitudes sûres des cho...
Les yeux clos d'un jour blanc sans matin
Sans café sans faim sans fin de mots

Les pensées mutilées aux pas com-
Ptés par neuf un flic vient et me dit
Pelouzezégazonzinterdits

Merci z-à vous frère censeur
Mais mes Maîtres qu'on con-
Sidère à leur mètre chanteur

Je ne sais zouzaller j'ai com' 
                  Mis l'impair en mes pas per- 
          Dus j'ai combat perdu com- 
                           Pas perdu Au secours Monsieur Reverdy

écrit du père Lachaise, d'entre les morts entrent les mots LIVREDEL II.6 1990

notes poétiques 2003-2015 mais prenez garde, jeunes gardes, en vos pavés, de ne pas bouillir dans vos marmites l'avenir de nos chattes

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18 mai

Poésie, la seule qui dise la vérité Carlo Bordini 2002

je crierai à tous ma tristesse c’est ma dignité connards
je dois transformer mon angoisse en faire un titre de mérite
Que ce soit bien clair : ce n’est pas le moment de souffrir

(Carlo Bordini,
Danger/Pericolo)

notes poétiques 2003-2015

extraits

J’aime la poésie parce que lorsque j’écris je sais toujours d’où je pars, et je ne sais jamais où j’arrive. J’arrive toujours en territoires inconnus, et j’en sais plus après qu’avant. J’écris ce que je sais, mais je le sais pendant que je l’écris, et pour moi la poésie est toujours la source de continuelles révélations. C’est comme si, durant l’écriture, il y avait en moi de brusques ruptures de l’inconscient. En ce sens je suis assez convaincu que le mot précède la pensée, qu’il est un véhicule de la pensée. On n’écrit pas ce que l’on sait, mais on le sait après l’avoir écrit.

Parfois j’écris des choses dont je ne sais absolument pas ce qu’elles signifient; je le comprends après, ou parfois, ce sont les autres qui viennent me l’expliquer. Je suis d’accord, en ce sens, avec ce qu’écrit Perniola: « Le poète n’est pas le meilleur artisan, mais le meilleur outil. » Je ne crée pas, je suis créé. Je n’écris pas, mais je suis écrit. Quelquefois, je pense que la principale qualité que devrait avoir un poète serait celle de ne pas trahir ce qui lui est dicté par des considérations banales (avec ce qu’il imagine être, ou qu’il croit devoir être, par exemple). Je pense en ce sens qu’il est très difficile d’être spontané : la spontanéité est cachée sous une série de couches de rigidités intellectuelles, de pseudo-connaissances idéologiques, de velléités banales; la poésie brise tout cela, va au cœur des problèmes. Atteindre la spontanéité est un geste qui requiert d’infinies médiations techniques, et surtout d’autres relevant de la sensibilité, de l’honnêteté intellectuelle.
[...]

Apparemment l’art ne sert à rien, parce qu’il n’a pas de connexions immédiates (utilitaires) avec la réalité. En réalité tous les artistes, des poètes aux fabricants de cravates, aux dessinateurs de bandes-dessinées, contribuent d’une manière ou d’une autre à créer une autoreprésentation et une idée de soi de l’humanité. Ce sont souvent les seuls à dire la vérité, et l’humanité ne s’en aperçoit que trop tard : les poètes ne peuvent pas sauver le monde, parce que le monde s’en apercevra seulement après.

Ajout fait longtemps après :
Les artistes sont ceux qui vont le plus au fond des choses : je crois que toutes les formes d’art représentent, chacune à sa manière, en comparaison aux vérités de la politique, de l’idéologie et du sens commun, quelque chose de différent, une sorte d’hypervérité parfois difficile à comprendre, mais qui dépasse les schémas déterminés auxquels l’humanité s’abandonne quelquefois, non sans paresse. Elle peut ouvrir la vie à de nouveaux horizons. Chaque artiste modifie, fût-ce imperceptiblement, la manière avec laquelle l’humanité se regarde elle-même dans sa propre existence.

Article publié sur L’Unità le 1er mai 2002, repris en postface à Sasso, Scheiwiller, Milan, 2008. Traduit par Olivier Favier

sur la poésie Dormira Jamais

17 mai

Langston Hughes : poète jazz, poète blues Introduction par l'auteur, Frédéric Sylvanise 2009

« La musique et la poésie ont des racines communes, et ce depuis toujours. Le vrai problème pour le chercheur est de comprendre les liens réciproques entre les deux arts, notamment l’influence des structures musicales dans l’acte de composition poétique et la résonance que la musique impose au poème dans sa facture définitive. C’est ce que tente, avec beaucoup d’intelligence et de rigueur, Frédéric Sylvanise dans son dernier ouvrage sur Langston Hughes, le poète de la Harlem Renaissance, si influencé par le jazz et la musique noire américaine.» Michel Barrucand, Société de stylistique anglaise

notes poétiques 2003-2015 

on retrouve dans cette introduction des thèmes désormais familiers, relativement à la forme/contenu, au son/sens, et d'une façon générale concernant le travail d'écriture dans son rapport à la musique - ici le jazz, l'improvisation, l'enracinement populaire - qui balayent les approximations quant à l'univoque du rapport pour chercher l'articulation au niveau des structures musicales et poétiques 

on saisit les limites d'une approche strictement esthétique et formelle, tant dans la poésie, un certain rapport social au jazz, et en retour à cette musique en ce qu'elle n'est pas que musique

extraits

L'une des difficultés majeures qui se présente au critique littéraire est donc de trouver un discours cohérent sur la musique qu'il puisse utiliser dans une perspective littéraire. Autrement dit, pour trouver des correspondances, des « ponts » entre musique et littérature, pour vérifier si la musique remplit le rôle de « schème compositionnel », il faut déjà aborder la musique d'un point de vue technique et non pas seulement métaphorique, de manière à échapper au vague des propositions. Il ne suffit pas de dire que telle musique est triste ou gaie pour en comprendre le fonctionnement. Ce sont les parentés, les cousinages de structures qui sont opérants pour le critique. Il faut aller vers l'essence de la musique pour en tirer des éléments de comparaison avec le discours poétique.

Or ce travail nécessite d'emblée une distinction majeure entre les deux langages. Si le discours poétique fonctionne sur l'articulation entre un signifiant et un signifié, la musique ne « signifie » rien à proprement parler : « Le sens musical, quand il est traduit par des mots, est abusivement converti en significations trop précises et littérales. Il n'y a pas d'équivalent verbal de la forme musicale. Autrement dit, les mots dénotent leur propre signifié, mais celui-ci ne peut que connoter la forme musicale »(Françoise Escal). On ne peut mieux dire la différence de degré de référentialité qui existe entre langage verbal et langage musical. Le critique littéraire soucieux d'analogies entre poésie et musique est donc prévenu : il ne pourra se passer de technique musicale quand il s'attachera à évoquer précisément des structures, mais ne pourra parler de musique que de manière connotée dès lors qu'il s'agira du sens.

Il découle de cette différence de nature entre les deux arts que la poésie « fait » davantage que la musique. La seconde produit des sons quand la première produit des sons et du sens. Autrement dit, et c'est là tout l'enjeu de notre étude, le poète est aussi, à sa manière, une sorte de musicien : « Le poète, comme le musicien, doit penser par séries associatives sonores, mais il doit conjointement penser par séries associatives sémantiques : rapprocher le son et le sens » (ibid). Il nous faudra donc envisager comment Hughes a réussi à créer ce qu'on pourrait appeler une poétique  « jazz » ou une poétique « blues », non seulement en reprenant des éléments chantés de ces musiques dans ses textes mais en s'inspirant aussi directement de leurs rythmes purement instrumentaux...

Les rapports que le jazz et bientôt la poésie jazz de Hughes entretiennent avec leurs cousines européennes ne sont donc pas du domaine de la négation pure, loin s'en faut, mais du geste « contre ». On pourrait même affirmer que Hughes a écrit « contre » pendant toute sa vie : contre l'esthétique européenne et contre les oppressions, ce qui, on y reviendra, est une seule et même chose...

Dans un premier temps, nous envisagerons l'influence des musiques populaires américaines sur la poésie de Hughes dans les années de la Renaissance de Harlem, en montrant que le poète produit alors des formes métissées ouvertes à la fois sur le folklore et sur la musique la plus contemporaine, très axées sur l'oralité. En puisant dans la culture populaire noire pour trouver sa propre forme et inventer un langage vivifiant, il s'est propulsé dans une sorte d'avant-garde pour tous, en s'ouvrant le chemin de la postérité et en faisant figure de seul véritable moderne dans le mouvement.

Dans un deuxième temps, nous verrons que Hughes, au sortir de sa période dite « militante » qui s'étend approximativement du début des années 1930 au début des années 1950 et qui le voit s'éloigner de ses premières expérimentations musicales pour se tourner vers des formes plus directement issues du militantisme politique (telles que le tract, le manifeste, ou la lettre ouverte)...

Hughes, lui aussi, s'en prend à un certain confort de lecture. Comme les musiciens de free jazz, sa résistance à un art policé implique une idéologie et une culture, sans véritable comparaison possible avec celle de ses contemporains, pourtant eux aussi parfois fascinés par les rythmes du jazz. Le Hughes des années 1960 continue de déranger et pousse le mariage incandescent de la musique et de la poésie à un paroxysme de complexité structurelle, puisque se mêlent dans l'édition originale le texte lui-même, des indications portant sur la musique censée l'accompagner, ainsi qu'un jeu sur les couleurs visant à faire contraster les titres des parties avec leur contenu.

On voit ainsi se dessiner, tout au long d'une carrière riche en événements, une courbe poétique qui suit le cours de l'Histoire, et d'abord l'histoire du peuple africain-américain, mais aussi l'histoire des arts, à laquelle Hughes n'a cessé de faire référence dans son œuvre, hissant sa recherche poétique à un degré d'intellectualité que peu de critiques lui reconnaissaient en début de parcours.

notes poétiques 2003-2015 Tribute

« The Weary Blues » récité par l'auteur avec un Jazz Band

Poèmes de Langston Hughes

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13 mai  14 mai 10:15

un jazzman en langage français

si Nougaro avait été poète...

notes poétiques 2003-2015 Le Jazz et la Java

poète, Nougaro l'a été, n'a pas cessé c'est sûr, et pas poète de papier

« Je voulais être un poète [...], ça voulait dre pour moi que j'étais lié, d'une façon quasi physiologique, avec le langage. Et désirant arracher la poésie à son support typographique, j'ai cherché un véhicule suffisamment puissant. De là mon besoin effréné d'accoupler ma poésie avec le génie noir de la musique. »

citation extraite de Jazz Magazine qui rend ce mois hommage - il s'est tu il y a dix ans - à «L'homme qui chantait le jazz». François-René Simon, auteur de l'article, ajoute aux mots du poète : « ce qui, avec le jazz, donnera "schploutch", une écriture qui fait du bruit, qui se mêle à la musique. Et mieux qu'un opéra, mieux qu'un poème chanté («défense de déposer de la musique le long de mes vers», avait menacé Victor Hugo), rien comme la chanson pour marier musique et poésie.»

question mariage, ça dépend des couples, et Nougaro précise :

« J'écris pour chanter. Rien que pour chanter. Je n'aurais probablement rien écrit si je n'avais pas été chanteur. [...] Les mots circulent avec mon souffle, avec ma vie physqiue. »

me voilà donc à l'aise pour dire, de celui qui est mon chanteur de français préféré, que ses textes ne tiennent pas poétiquement sur le papier, et saisir l'occasion de souligner cette différence, que Brassens connaissait bien aussi, qui se considérait comme piètre poète, et Gainsbourg sans doute, considérant la chanson comme «un art mineur», Nougaro lui répondant par une chanson au titre éponyme, qui, rappelle F-R Simon, «s'achève par cette auto-définition : "artiste mineur... de fond" ». Mais Simon ne dit pas, d'importance, qu'il s'agit d'un sonnet, svp en heptasyllabes (vers de sept syllabes... Verlaine, Art poétique : « De la Musique avant toute chose / Et pour cela préférer l'impair /.../ Et tout le reste est littérature » mais Verlaine ne préfère pas n'importe quel impair, car 9 = 3x3, soit la valse ternaire... le jazz et la java ! ce qui donne aussi, dérythmé par Léo Ferré). Retour au sonnet de Nougaro poète sur le papier :

Art Mineur (Claude Nougaro)

Je pratique l'art mineur
Qu'a illustré le beau Serge
Puisse-t-il sur l'autre berge
S'enivrer d'alcools meilleurs

Est-ce bien sérieux d'ailleurs
Passé les soixante berges
De pratiquer l'art mineur
Qu'a illustré le beau Serge ?

Pourquoi suis-je et à quoi sers-je
Dans la mine où je m'immerge
Charbon rouge de mon cœur

Un projecteur sur le front
Comme au casque du mineur
Artiste mineur de fond

ce n'est pas de la part de ces maîtres chanteurs fausse modestie, mais de savoir qu'écrire pour être lu - à voix haute ou intérieure, voir ci-dessous 4 mai - et écrire pour être chanté, même quand il y a une charge poétique, ce n'est pas la même chose

les textes de Nougaro, sur le papier, ne sonnent pas et ses jeux de mots et de sons sont parfois lourds

j'écris pour être lu, surtout relu comme disait Borges, et tant pis si je suis relou

cela n'empêche mes texte d'être dansant, plus peut-être que chantant, pour qui, sans en respecter le rythme - aucun n'est imposé -, en ré-invente le sien, comme Nougaro avec ses propres chansons, à la manière des chanteurs de jazz - d'Armstrong et Billie Holiday à Cecile McLorin Salvant

autant et mieux, que des mots et du texte, Nougaro est un poète du rythme et du son : un jazzman en langage français

François-René Simon : « même s'il commence sa carrière en récitant des poèmes dans les cabarets, Chez Roberta, près des Champs Elysées, et au Lapin Agile, cabaret bohème montmatrois rendu célèbre par Aristide Bruant, c'est sa double confrontation avec la langue et avec la musique - le jazz en premier lieu - qui fera toute la spécificité de Nougaro. Et il parviendra parfois à un accord quais parfait. L'affaire n'était pas évidente : on dénigrait alors à la langue française sa capacité à swinguer. Nougaro démontrera le contraire :

Vive l'alexandrin

Moi, ma langue, c´est ma vraie Patrie
Et ma langue, c´est la Française,
Quand on dit qu´elle manque de batterie
C´est des mensonges, des foutaises.
Ceux qui veulent lui casser les reins
Je leur braque mes alexandrins

Vive l´alexandrin!
La bête aux douze pieds qui marche sur la tête
Vive l´alexandrin!
Le ring du poids des mots, la boxe des poètes
L´alexandrin, l´alexandrin!

Moi, ma langue, je l´ai retournée
Plus de sept fois dans ma bouche
J´admets qu´elle est très dure à cracher
Flèche de miel ou cartouche.
L´intello lui zigouille les ailes,
Moi, je suis un intellectruelle.

Vive l´alexandrin!
Les cordes de Nerval, les orgues de Racine
Vive l´alexandrin!
Le grisou du génie dans un crayon à mine
Vive l´alexandrin!
Le grand marteau-piqueur adapté tout-terrain
L´alexandrin, l´alexandrin!

Lamartine, Baudelaire, Hugo
Audiberti, allez hue! Go!

Vive l´alexandrin!
L´Homme est un Dieu tombé qui se souvient des cieux,
Vive l´alexandrin!
Et son histoire redouble en grinçant des essieux,
L´alexandrin, l´alexandrin!

Vive l´alexandrin!
Sois sage, ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille.
Vive l´alexandrin!
Fais couler de mes yeux quelques larmes fertiles.
L´alexandrin, l´alexandrin,

Vive l´alexandrin!
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?
Vive l´alexandrin!
La bête aux douze pieds qui marche sur la tête.

vidéo live

je partage avec Nougaro la conviction que la langue française n'est pas hostile au swing, qu'on prétend «naturel» en anglais. Je l'entends dans quelques-uns de mes vers, et j'aurais aimé l'entendre en chanter, parce que sa diction d'une clarté matériellement exceptionnelle, pas un banal accent du midi, est de celles capables d'entendre ce que j'écris

je ne lui ai rendu hommage explicite qu'en un seul poème, de forme sonnet un peu bousculée, où je joue certes de sonorités qu'il aimait, mais aussi de ce qu'il faut tout de même appeler son machisme impénitent

l'herbe et le gazon

à Claude NOUGARO, avec mes excuses, car j'aime entendre mes mots par sa voix

En garçon à cédille et las de la béquille,
un gazon fait la cour à une herbe rieuse

La pelouse en vil court la nubile herbe gueuse
où l'oisillon dégoise un jazz de gazouillis,
décibel sans label. Ne bêle l'abbé Brel
à l'air bête où l'herbe elle erre belle et rebelle.

Mais la verte en brindille au plus court est venue,
cheville délacée, la voilà déjà nue
de si grasse vertu, que le gars là s'est tu
des salades lassé dont son parler laid tue.

Car pour être gazon il abusa d'azote,
et du poison imbu l'impubère zozote...

Ce vert brin un brin confus rougit, lâche un gaz...
On dit qu'herbe flattée l'a monté en Pégase

5 mars 2010 The Days Before

ajout 14 mai : je découvre aujourd'hui que Nougaro récitait en 1955, au Lapin Agile, un poème intitulé «Pégase» : « Certes Paris est le cheval Pégase / Si Pégase est une vache enragée / Pour s'envoler avec lui vers l'extase / Comme une gaze, il faut être léger...»

6 mai

'et si Rimbaud et Baudelaire avaient fréquenté les soirées slam...'

pour prolonger la causerie du 4 mai sur ma poésie orale et sa possible utilisation en slam, la démarche en quelque sorte inverse du slammeur sénégalo-bordelais, « un virtuose des mots et des phrases »

« son album " l'hiver peul" contient de véritables perles poétiques, avec des musiques de toutes horizons (musiques traditionnelles , jazz , balade)»

notes poétiques 2003-2015 muse amoureuse

Souleymane Diamanka au Festival Mondial des Arts Nègres 2010, Dakar vidéo

 

notes poétiques 2003-2015 débat vidéo 5 juillet 2013 28:17 

entretien de Carole Dieterich avec Souleymane Diamanka et Julien Barret Africultures

Né de la collaboration du slameur Souleymane Diamanka et du stylicien Julien Barret, l'ouvrage Écrire à voix haute : Rencontre entre un poète et un linguiste, prend le pari de sortir le slam et le rap des approches sociologiques pour en célébrer ses aspects littéraires. Une démarche qui permet de considérer les rappeurs comme des artistes à part entière, plutôt que comme des représentants de la banlieue.

Comment est née cette collaboration ?

Souleymane Diamanka : J'avais lu un article de Julien [Barret] dans lequel il analysait des textes de rap français, notamment des passages de "Nuit amoureuse" et de "Papillon en papier" extraits de mon premier album, L'hiver peul. Le regard qu'il a posé sur mon écriture m'a permis de mettre des mots sur les techniques que j'utilisais.

Julien Barret : L'essai que j'avais réalisé sur les textes de Souleymane [Diamanka] provient d'un colloque de linguistique. J'avais choisi ses textes car il représentait ce qu'il y a de mieux dans le rap et le slam français en termes de rimes riches, de rimes équivoquées ou encore de métaphores.

Plus tard, je lui ai proposé une chronique pour une chaîne étudiante mais il était davantage intéressé par l'analyse stylistique. Finalement, il m'a suggéré ce concept de livre : rencontre entre un poète et un linguiste.

Pourquoi avoir choisi de travailler sur la langue en tant que telle ?

Souleymane Diamanka : La base de la poésie, c'est la langue. Il ne faut pas oublier le travail d'écriture et l'aspect poétique des textes de rap ou de slam. Alors que je résumais mon travail à des punchline, Julien a posé des mots sur les techniques que j'utilisais. Ce livre m'a instruit et il en instruira beaucoup d'autres. Ce regard scientifique sur une pratique dite "urbaine" permet d'en souligner le côté artistique. Au-delà d'avoir été écrit de l'autre côté du périph, la puissance du slam peut être la même que celle d'un Baudelaire ou qu'un Rimbaud. Nous faisons le même travail et utilisons la même langue.

Julien Barret : La langue est ce qui nous lie avec Souleymane. Trop souvent, le rap est analysé d'un point de vue sociologique, vaguement journalistique ou historique. La description qui est faite des rappeurs est réductrice. Ils ne sont pas considérés comme des artistes singuliers mais plutôt comme des représentants de la banlieue. Nous ne prétendons pas représenter des catégories sociales, nous avons un dialogue fondé sur la langue en tant que moyen d'expression, moyen poétique de libération.

Néanmoins, le travail que les rappeurs font sur la langue n'est pas tout à fait le même que celui d'un Baudelaire ou d'un Rimbaud et se rapproche davantage de celui des poètes du Moyen Âge qui utilisaient beaucoup de structures métriques rimées [c'est le cas aussi de la poésie sonore et notamment des poèmes de François Dufrêne, héritant des Grands Rhétoriqueurs]

Votre volonté de sortir du contexte d'écriture ne présente-t-elle pas le risque inverse de s'enfermer dans des techniques d'écriture ?

Souleymane Diamanka : Je pense que l'idée n'est pas de s'enfermer dans des techniques d'écriture mais de savoir qu'elles existent pour s'en servir et s'en libérer. Il ne suffit pas de raconter sa vie de façon mélancolique pour être un poète moderne. Pour atteindre la virtuosité et le génie, Mozart avait lui aussi besoin de la technique. Ce qui le rend unique, c'est sa touche personnelle, ajoutée à un savoir-faire. Des hommes comme Solar, Gainsbourg, Ferré, et même Martin Luther King, utilisent des techniques de rhétorique. Il est important de savoir manier les mots et de savoir comment s'en servir comme d'une arme, disait Fela pour la musique, mais aussi d'un bouclier.

Julien Barret : Notre livre serait comme un guide. Quelqu'un qui veut slamer ou rapper pourra puiser dans des techniques pour libérer son flot existentiel ou poétique.

Écrivez-vous, Souleymane, en sachant réellement quelle technique vous utilisez ?

Souleymane Diamanka : J'ai conscience de certaines techniques que j'utilise. Sur les rimes par exemple : "Le pays des songes est derrière une grande colline/Pour écrire je me sers de la réalité comme d'un trampoline". Au moment où j'écris, je recherche la musicalité même si je dis mon texte a capella. Cette technique permet également de dépasser la barrière de la langue. J'ai travaillé avec un poète italien et grâce à la musicalité, je pouvais apprécier son travail sans le comprendre et même l'apprendre par cœur. La poésie passe par la technique mais aussi beaucoup par le son.

Julien Barret : Dans les traditions orales, la rime permet de mémoriser, elle est un moyen mnémotechnique.

Vous avez fait partie de la vague médiatisée des slameurs avec Grand Corps malade. Quels regards posez-vous sur cette période ?

Souleymane Diamanka : Je pense que cet engouement n'était pas forcément lié aux artistes eux-mêmes mais davantage à la nature du mouvement. Des gens d'horizons très différents, comme Julien [Barret] par exemple, se réunissaient autour de la langue française. Dans les soirées slam, chacun a droit à un temps de parole et il peut en faire ce qu'il veut. Je me rappelle d'un homme qui vivait dans la rue. Il venait toujours dire quelque chose en échange d'un verre. Personne ne le comprenait jamais jusqu'au jour où quelqu'un à récupérer le bout de papier qu'il griffonnait et sur lequel on pouvait lire : "Et je reviendrai et je ne dirai rien". Je trouve cette phrase belle. Cet homme qui vivait dehors était parmi nous, il y avait aussi des chefs d'entreprise, des CRS, etc. Si Rimbaud et Baudelaire étaient encore en vie, ils auraient été dans ces soirées slam. Ce mouvement a fait du bien à la France, mais comme tous les mouvements qui connaissent le succès, ils peuvent devenir une caricature.

Julien Barret : Le succès du slam vient aussi du fait qu'il s'agit d'une forme de rap adouci qui peut être appréhendée par tous. La société accueille le slam beaucoup plus favorablement que le rap dont elle se défie. Par exemple, Booba est toujours considéré au premier degré parce qu'il a une énonciation un peu rocailleuse et violente, que ses punchline sont provocantes et comptent des insultes. Mais par-dessus, il y a de la poésie.

Le slam est également une forme artistique qui se veut sans artifice. Le slam avec ses paroles nues, implique une technique vocale qui est un retour à la poésie, à de la métrique, à des vers, à des alexandrins parce qu'il n'y a pas de musique ou de battements de mesure pour structurer la parole.

Comment avez-vous par exemple écrit votre album qui doit sortir cette année, LittORAL ?

Souleymane Diamanka : J'ai beaucoup travaillé sur la musicalité à partir de cassettes audio de chants de village, de chants de baptême que j'ai échantillonnés pour en faire des musiques actuelles. Je fais revivre des mélodies qui étaient vieilles de 4 000 ou 5 000 ans et qui étaient jusqu'alors transmises oralement. Avec la magie des sampleurs, tout cela peut revivre. Cet album sortira probablement à la rentrée prochaine

(personnellement, je trouve que Souleymane a une lecture trop plate de ses propres poèmes, dont il ne tire pas tout le potentiel oral - une faiblesse fréquente dans le rap en français, au niveau des rythmes et du travail de la voix... un paradoxe relativement à ce qu'il dit de son approche)

4 mai 2014

ma poésie orale, rapport d'intimités

la poésie m'a appris à écrire et, par le vers, la prose. Ma poésie est toujours orale, qu'on la lise ou pas à haute voix. Le vocal peut être muet comme une carpe et têtu comme un mulet. Un musicien lecteur peut écouter sur partition une symphonie dans sa tête, avec les sons des instruments, dans le silence. J'écris rarement sans entendre ce que j'écris, quoi que ce soit. Il y a des années que j'écris plus que je parle, et l'écriture me tient lieu de parole(s)

quand j'entre en lecture d'un texte, je sens très vite comment il a été écrit, de ce point de vue. Ainsi je sais comment le lire, vocalement ou pas. Lire oralement étant plus lent, pas de temps à perdre avec des textes écrit sans entendre les mots. Mais cela dépend plus de l'auteur que du genre de texte. Certains journalistes écrivent comme des poètes et certains poètes comme des sourds. N'ayant aucun sens des sons, de la matière des mots, ils perdent la troisième dimension pour moi indispensable à la poésie, vers ou pas, rime ou pas, ce n'est pas la question

les écrivains qui sont aussi poètes sont généralement très soucieux, en prose, du son et du rythme - autant dire que le rythme sans son, je ne sais pas ce que c'est. Ceux-là, je les lis plus lentement que d'autres, parce qu'il me faut les entendre autant qu'ils se sont écouter écrire (le cas des livres traduits est différent, sauf traducteur poète sensible à cette dimension, mais alors ce n'est plus l'auteur qu'on écoute)

quant au rythme en tant que flux, je serais plutôt porté à la fluidité, tel un saxophone, qu'au heurté, au staccato d'un pianiste. C'est pourquoi mes vers s'enchaînent généralement pour former de longues "phrases", le vers ponctuant le sens plus que le son par les rimes, puisqu'elles sont souvent intérieures, brisant l'entité du vers pour créer d'autres longueurs, comme dans la musique ou les phrases se décalent relativement à la carrure (Monk...). Même entre vers construits sur la syntaxe, je cherche cette fluidité

je n'aime pas, en général, les poètes-philosophes pour qui le sens des mots est d'abord intellectuel et référencé culturellement pour 'lettrés'. Je ne critique pas les 'intellos' - je suis un intellectuel à ma manière - mais la cérébralité sans chair. Les poètes-philosophes sont généralement insensibles au son, et souvent au rythme, ou bien c'est moi qui le suis à leur façon. Quelque chose de très cérébral, voire d'un esprit de sérieux, avec des poteaux indicateurs : ceci est profond. Je leur préfère les philosophes poètes, comme Nietzsche, Lacan, parfois Deleuze. Derida non. Je vois/j'entends souvent plus de poésie où elle n'est pas a priori du point de vue du genre ou de la forme, que dans certains textes étiquetés 'poésie'

je n'aime ni les poètes ni les penseurs ni les militants dépourvus d'humour, cette quatrième dimension de l'intelligence

si je n'oppose pas fabrique - donc travail - et spontanéité, j'évite la fabrication, le calcul (genre Oulipo sauf exception Queneau, Perec), pour préférer le senti du son-sens, au feeling. La première étape, la première pierre, est de préférence improvisée, un lâché, que je mets après coup en chantier, pas interdit au public d'entrer faire son chahut. Comme un motif mélodique pour composer. L'impro revient toujours par je ne sais quelle nécessité, trouvaille en cours, éclair... La dernière main revient sur tout, le son, le sens, le rythme, dans les détails. Mais quoi qu'il en soit il faut que ça sonne bien

je retouche parfois un poème des années après, quand me saute à l'œil ou à l'oreille un truc qui ne va pas. Dans la mesure où je publie aussitôt en ligne, je ne m'accorde pas de laisser reposer les choses. Avantages et inconvénients, mais c'est comme ça, je suis poète au net plus qu'écrivain de papier

tout cela ne signifie pas - est-ce un paradoxe ? - que ma poésie doive, voire puisse, être lue à voix haute sans la voir même si on connaît le texte par cœur. Compte tenu de ce qui précède, concernant le rythme, les vers... il est impossible de faire sentir le tout à la seule lecture orale. L'oralité pour moi n'est pas celle du slam, même si certains textes pourraient, ainsi lus, en relever. Quoi qu'il en soit, je pense qu'ils y perdraient quelque chose que j'y ai mis, d'important, et qui suppose une lecture visuelle autant qu'orale. Pas parce que j'introduis ces blancs qui ont envahi les poèmes et les pages pendant des décennies. Pour ça, je préfère laisser à chacun le soin de les introduire par son rythme propre. C'est un travail que lire un poème, un travail pour soi comme de l'écrire

ce n'est pas une poésie pour la scène, le récital, des tréteaux pour un public. C'est un rapport entre intimes : intime du poème - intime qui le lit. Au fond, dans ce rapport, je m'efface, ma personne, ma vie, mon intimité n'ont plus rien à y voir. Ni entendre

je n'aimerais pas que mes poèmes soient lus par des acteurs à la voix fabriquée par le métier. Ils demandent certes d'être bien lus, mais par tout un chacun·e avec sa voix, pas celle d'un autre, encore moins celle d'un 'artiste'. Ma poésie fuit le spectacle, en tous sens du terme, la séparation

en résumé, ma poésie se construit et se lit comme un théâtre de poche, à voix intérieure, avec plusieurs niveaux possibles d'écoute et d'entendement

autant de lectures, autant d'oralités, autant d'intimités

3 mai

Art et valeur

l'art n'a pas de valeur

l'art n'a pas de valeur au sens du capital, et c'est pourquoi Marx affirmait « la production capitaliste est hostile à certains secteurs de production intellectuelle, comme l'art et la poésie ». De l'eau a coulé depuis sous les ponts, et si l'art est devenu une marchandise, si les salariés sont convoqués à devenir des 'artistes', acteurs d'eux-mêmes pour l'entreprise, cela provient de ce que le mot 'art' s'est vidé de ce qui fait la spécificité de l'art. Celle-ci existe d'une manière relativement trans-historique, quelle que soit sa fonction sociale ou religieuse - il fut d'ailleurs des temps et lieux où l'art n'était pas considéré comme œuvre, et séparé de la vie sociale, d'où l'intérêt du jazz héritant, via l'esclavage, de sa dimension africaine. 

mais ce détournement et de renversement capitaliste du sens de l'"art" n'y change rien : l'art en tant qu'œuvre, dans sa spécificité relativement à toute autre production humaine, n'est toujours pas, essentiellement, une marchandise.

de fait, est quasi définitoire de l'art dans sa spécificité ne n'être pas valeur, mais don, potlatch potentiel en essence. Du moins nous reste-t-il ça de la geste situationniste, et je constate bien tristement que renvoyer l'ascenseur, chez les camarades de tous poils, est passé sous le règne du chacun pour soi dans le petit milieu : ces gens-là sont coincés comme autant de curés, entre moines copistes et moines-soldats : internet, loin de les libérer, les ligote dans une conception du dialogue sans commerce, sur le modèle de la secte et des copains d'abord

l'artiste post-moderne qui exige une contrepartie, en vendant ses œuvres, en recevant une subvention d'Etat ou en relevant d'un mécénat privé, ne fait pas commerce de son œuvre comme valeur, mais comme support (de l'œuvre) à s'approprier en tant que produit marchand. Si l'œuvre est reproductible, elle ne perd pas plus sa valeur artistique d'être vendue ou cédée gratuitement (le principe généralisé par Negri/Hardt sous le label capital cognitif et par les moulier-boutangistes à propos de la gratuité du net), n'en déplaise aux Ecoliers de Francfort : ce qui s'est avéré général n'est pas fatal

revendiquer un soutien public, d'Etat ou de collectivités locales, relève d'un idéal capitaliste du statut d'artiste, un être pas comme les autres car il produit de la poésie, de la peinture..., au même titre que certains militants considèrent comme normal d'obtenir un logement en échange de leurs services désintéressés 'bénévoles' pour le 'bien de tous'. Au demeurant la « subvention culturelle » relève d'un budget alimenté par l'impôt, prélevé sur les salaires donc sur la valeur produite socialement au sens marchand-capitaliste du terme. La revendication des intermittents du spectacle (sic) considère l'art comme une marchandise à payer publiquement. Cette revendication n'est pas plus "anti-capitaliste" que celle des ouvriers sur le salaire, et pas plus glorieuse que celles des salariés de l'armement défendant leur emploi, d'autant que l'art est devenu une arme idéologique et biopolitique

ce qui dans l'art n'est pas une marchandise est invendable, et ce n'est pas ce que vend l'artiste. En un certain sens, au-delà de créer en anticipant une demande sur le marché de l'art, il vend son âme supposée artiste au système marchand, par un acte qui relève de la prostitution généralisée par le contrat salarial prolétaire-capitaliste

Isabelle Garo : « Marx dénonce dans l’Idéologie allemande « la concentration exclusive du talent artistique chez quelques individualités, et corrélativement son étouffement dans la grande masse des gens ». Deux thèmes en relative tension réciproque se superposent alors. Le travail artistique est, comme tout autre, dépendant de l’organisation d’ensemble de la production. À ce titre, il ne jouit d’aucun privilège.

Mais dans le même temps, Marx fait bien de l’artiste une exception : il est l’un des rares hommes à développer son pouvoir créatif, et la critique porte alors seulement sur le caractère spécialisé et par suite étroit de ce talent, qui ne concerne qu’une partie des facultés humaines et, surtout, qu’une fraction de l’humanité.

Pourtant les deux arguments ne sont nullement du même ordre : d’un côté, le peintre est un travailleur comme un autre, de l’autre, il est au moins l’esquisse de l’individu complet, dont la figure apparaît dès cette œuvre : « Dans une société communiste, il n’y aura plus de peintres, mais tout au plus des gens qui, entre autres choses, feront de la peinture ».»

l'art comme valeur communiste

dans le contexte communiste, qui produira de l'art sera en quelque sorte son propre mécène, et rien de l'ordre d'une dépendance ne viendra troubler sa liberté de création

ayant, à quelques rares exceptions pour répondre à des demandes obstinées, je n'ai jamais vendu mes 'œuvres', je ne les ai jamais produites pour satisfaire une commande. J'ai gagné ma vie par d'autres moyens, et je continue à bénéficier de cette séparation radicale par le remboursement de mes cotisations de retraite qui me garantit un total temps libre, entre autre pour créer. Autrement dit, quelle que soit la 'valeur artistique' que l'on attribue à celles-ci, je suis dans un rapport à l'art indépendant de toute valeur d'échange, et la valeur d'usage n'est, pour qui s'y confronte, que d'en tirer quelque chose pour soi, en tant que sujet non consommateur, quelle que chose que j'y ai mis ou pas, quelque chose qu'il y trouve pour lui

si l'on peut parler de valeur dans un contexte communiste, cela peut s'apparenter à ce qu'on appelle « valeur humaine », loin de la mesure prise en compte sous l'appellation si délicate de « ressources humaines » dont on fait « l'exploitation » comme de la terre (une « exploitation agricole ») ou d'une mine de matières fossiles (4 février 2014 : « Le BRGM remet officiellement les plans d'exploitation des mines du bassin houiller lorrain au Conseil Général de la Moselle »)

confondre ce sens et celui en vigueur pris positivement (valeur en bourse) ou négativement (abolition de la valeur), et lui refuser cette validité, c'est vouloir abolir le mot, et sous le mot la chose, le fait que dans un contexte communiste s'attache une valeur à ce qui y contribue, le sens que l'on donne encore à avoir des valeurs, non être propriétaire de biens. On peut inventer une autre terminologie, conscient des limites d'une novlangue... limites qui pour n'être pas franchies exigent la police, etc.

il en va de même pour la notion de production. Si le communisme n'est pas un mode de production, il n'en repose pas moins sur la nécessité de produire pour vivre, et de ce point de vue sur un travail, même rebaptisé activités

dans le communisme, pour autant qu'on puisse en parler comme état, on produira des biens, et parmi ces biens, des œuvres d'art. Ces biens seront utilisés pour la bonne vie selon leur valeur communiste , non pour leur valeur marchande

si l'on veut parler de valeur d'usage dans un contexte communiste, il faut l'entendre avec une double révolution du sens de la valeur et de l'usage

le passage complet de l'Idéologie Allemande citée par Garo :

« La concentration exclusive du talent artistique chez quelques individualités, et corrélativement son étouffement dans la grande masse des gens, est une conséquence de la division du travail. À supposer même que dans certaines conditions sociales chaque individu soit un excellent peintre, cela n'exclurait en aucune façon que chacun fût un peintre original, si bien que, là aussi, la distinction entre travail « humain » et travail « unique » aboutisse à un pur non-sens. Dans une organisation communiste de la société ce qui sera supprimé en tout état de cause, ce sont les barrières locales et nationales, produits de la division du travail, dans lesquelles l'artiste est enfermé, tandis que l'individu ne sera plus enfermé dans les limites d'un art déterminé, limites qui font qu'il y a des peintres, des sculpteurs, etc., qui ne sont que cela, et le nom à lui seul exprime suffisamment la limitation des possibilités d'activité de cet individu et sa dépendance par rapport à la division du travail. Dans une société communiste, il n'y aura plus de peintres, mais tout au plus des gens qui, entre autres choses, feront de la peinture.»

corollaire : la révolution abolit l'artiste en tant qu'être social, au même titre que le prolétaire ou le capitaliste, mais elle n'abolit pas l'art ni sa valeur en tant que tels

on comprend que certains 'artistes' (ce nom seul exprime suffisamment la limitation de leurs possibilités d'activités individuelles...) craignent pour leur statut social à plus-value psychologique quand ce n'est pas économique, autant que d'autres catégories sociales de la division du travail, les théoriciens du communiste par exemple

dans Réflexions poétiques, art et révolution sociale...

2 mai 2014

l'improvisation comme oublier-savoir : du jazz au communisme, encore

Gary Peacock, les confessions d’un dieu du jazz Le Ben Franklin Post 30 avril

notes poétiques 2003-2015 vidéos

le 10 avril (voir plus bas), à propos du texte Improvisation and Communisation, je faisais une mise au point sur le rapport improvisation et communisme dans le prolongement de mes considérations sur le rapport jazz et communisme (2003). Cette question se retrouve dans la relation établie par alain Badiou entre Poésie et communisme, et le rapport plus large étudié par Isabelle Garo entre Marx, l'art, et le capitalisme (voir Réflexions poétiques, art et révolution sociale... avril)

dans Jazzitude, en 2002, j'avais fait le parallèle entre l'improvisation de jazz et la praxis révolutionnaire, mais aussi l'attitude zen dans les arts martiaux ou la calligraphie, évoquant le concept d'oublier-savoir d'Henri Meschonnic pour l'écriture poétique

dans cette interview de Gary Peacock, contrebassiste connu notamment pour sa longue collaboration en trio avec Keith Jarrett et Jack Dejohnette, le musicien explicite clairement ce concept tel qu'il ressort de la pratique de l'improvisation sur la base d'une connaissance et d'une maîtrise instrumentale qu'il s'agit d'oublier

notes poétiques 2003-2015 

lisant les extraits ci-dessous, on pourra faire jouer le parallèle des rapports entre connaissance/technique et jeu en situation d'une part, théorie et praxis révolutionnaire

extraits

« le trio marche toujours [il existe depuis 1977] parce que nous nous mettons de côté et laissons la musique nous jouer. Il s’agit de s’abandonner à la musique, de mourir dans la musique. Donc il faut laisser la musique jouer plutôt que de jouer la musique. Il faut s’oublier, se rendre disponible. »

s’il y a un morceau que Keith veut jouer et que je n’ai jamais entendu avant, je dois travailler pour apprendre le morceau. [...] . Et puis tout oublier. Un autre aspect profond dans la musique que nous jouons est la confiance: et on ne se préoccupe pas de comment un morceau va sortir. On se fait confiance les uns les autres en ce qui concerne notre capacité à jouer. [...]. Donc il y a un dynamisme vers lequel il faut toujours tendre. On ne peut pas le produire.»

- Vous m’avez expliqué que l’un des secrets de votre trio avec Keith Jarrett et Jack DeJohnette c’est faire table rase de vos connaissances de façon à être complètement ouvert à n’importe quelle possibilité musicale. Mais pour en arriver à ce niveau, il faut avoir une excellente technique, n’est-ce pas ?

Le niveau de technique suffisant est celui au-delà duquel on ne peut aller.

- Comment avez-vous appris à jouer ?

Jusqu’aux années 60, la tradition du jazz était orale. Il n’y avait pas de livres, il n’y avait pas d’écoles où on apprend à jouer du jazz. T’as un album et tu commences à l’écouter. Et tu dois essayer de tout comprendre par toi-même. Donc un moyen de faire ça c’est les transcriptions. Mais ça prenait beaucoup de temps. Donc pendant le processus, il faut se confronter à soi-même. Il faut se demander : quelle importance ça a dans ma vie ? Et puis je jouais le morceau, et ça ne sonnait pas bien. Ce n’était pas de la bonne musique ! Donc j’ai eu du mal avec ça pendant quelques années.

apprendre avec les autres en jouant 'sur le tas'

j'ajoute que cet apprentissage du jazz se faisait largement sur le tas et collectivement, on apprenait en jouant avec les autres (comme dans les ensembles de percussions africaines). Autrement dit c'est le jeu qui produisait sa propre théorisation pénétrant les connaissances musicales et la maîtrise instrumentale. Théorie et pratique n'étant pas séparables, ni même concevables séparément

J’essayais aussi de transcrire différentes personnes : Miles, Sonny Rollins… Et j’ai transcrit un solo que Red Mitchell jouait. Et il jouait une phrase et j’ai essayé de la copier et de la transcrire. Comment a-t-il sorti ça ? Du coup je l’ai appelé. Il a dit “amène ça”. Il a essayé de jouer le passage pendant un petit moment. Et puis au bout du compte il m’a regardé et il a dit : “J’ai aucune idée de comment j’ai fait ça.” En d’autres termes, il n’était pas dans un monde d’idées. C’est quelque chose qui va au-delà. Etudier et apprendre et aborder la musique d’un point de vue intellectuel est nécessaire. Jusqu’à ce qu’on atteigne un point où on se rend compte que tout ce qu’on a appris devient une barrière. Ca bloque. A ce moment-là, tout ce qu’on a appris, il faut le laisser de côté.»

autrement dit, s'il y a bien spontanéité, c'est sur la base d'acquis préalables par l'étude et l'activité ensemble, à dépasser

de l'improvisation comme nécessité éthique, poétique et politique

il y a donc la nécessité, pour paraphraser Meschonnic (éthique, poétique et politique), d'une éthique au sens fort articulée avec une poétique et une praxis

c'est cette articulation qui fait défaut au rapport entre théories et activités quand elles demeurent le fait d'individus ou groupes différents, séparés. Leur collage est voué à l'échec parce qui'il est intrinsèquement pervers, comme l'ont démontré abondamment les rencontres opportunistes entre purs théoriciens et activistes dans les revues pour la communisation Meeting et SIC

être ou ne pas être auto

la raison fondamentale en est qu'il n'y a pas d'auto-praxis, d'auto-émancipation, d'auto-libération possibles sans activités fondant ses propres raisons et façons d'agir

autrement dit, pas de sujet révolutionnaire sans auto-subjectivation, c'est-à-dire aussi inter-subjectivation d'activités différenciées, mais s'inscrivant dans une visée commune, dans la forme d'un en-commun pour une révolution du/des commun/s

1er mai

à propos de mes photo-montages récents

une maîtrise sommaire d'outils rudimentaires ne peut produire qu'une naïve approche du montage photo, et je n'ai pas pour l'heure la patience de m'approprier les techniques adéquates à plus de subtilité. Je cours après la réalisation numérique de principes retenus dans mes collages et tressages, et prends faute de moyens techniques le risque de n'aboutir qu'à une laborieuse fabrication esthétique. Je m'y colle néanmoins, on verra...

si je reviens à la proportion 7-12 qui structure tant bonne part de ma poésie que de mes travaux visuels, cela peut donner

suraccumulation 4

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mais ici, je choisirais le premier (ci-dessus), seul à proposer un équilibre dynamique satisfaisant à la fois mon œil, ma sensibilité et le sens recherché par le rythme, l'argent encadrant et la pollution industrielle et la destruction humaine (ici un détail de Guernica de Picasso symbolisant un charnier humain). L'étirement de l'image des pièces de monnaie et leur reflet doré donnent l'impression d'une bougie : l'argent se consume... Le matériau "réaliste" de départ est sollicité dans sa multiple signification (détournée ou pas), sa forme elle-même signifiante, et sa confrontation aux autres éléments en forme et contenu plaçant l'un et l'autre sur un même plan. Dans la première 'solution', la cheminée passe derrière, l'argent en colonne donne sa stabilité à l'ensemble

cela dit, ces considérations n'ont pas présidé à la réalisation qui s'est faite spontanément, au feeling. Elles peuvent venir après, comme le dit Oscar Wilde : « la définition devrait suivre l'œuvre; l'œuvre n'a pas à s'adapter à la définition » ou le poème à la poétique (Victor Hugo). Cependant, l'analyse d'image, le décryptage proposé ici casse l'ambiance, comme un calembour expliqué perd sa valeur humoristique... Je l'ai fait pour mettre en évidence le fait que la fabrique de l'œuvre suit ses propres lois, qui ne sont pas celle d'un sens présupposé. C'est ce que s'attachent à dire tant Badiou que Garo concernant la relation art/poésie et communisme (voir ci-dessous 30 avril)

l'écriture poétique fait appel aux mêmes relations de formes et contenus dans un rythme qui évoque le temps musical. Dans ce cas, les mots, leurs sens et leurs sonorités tiennent lieu de l'image, de ses textures et couleurs dans le collage, un principe bien connu des surréalistes (cf Aragon, Les collages, recueil de textes de 1923 à 1965). Au fond, le travail du tableau et du poème sont de même nature, dans la mesure où ce sont des objets statiques : c'est la 'lecture' qui crée une dynamique pour le sujet 'regardeur' des œuvres-sujets dans une relation propre à chacun·e, invité·e par l'art à autre chose que sa consommation passive, un aspect qui va à l'encontre de l'art comme marchandise capitaliste, surtout quant l'œuvre est reproductible gratuitement. Une différence avec la musique, la danse, la création graphique vidéo... tient à leur mobilité propre, un rapport intrinsèquement déroulé dans le temps

dans mes tressages de peintures toutefois, je disposais de dimensions formelles supplémentaires : transparences, plans différents, entre-croisements plus complexes que de simples juxtapositions... Voilà ce qu'un logiciel plus perfectionné et sa maîtrise me permettraient

« L'art ne souffre pas de se tenir à l'écart des questions sociales du jour; au contraire, ce faisant, il réalise plus complètement nos désirs.» Oscar Wilde, Conférence aux étudiants des Beaux-Arts de la Royal Academy, 30 juin 1883, dans Oscar Wilde, La critique créatrice, Jacques de Langlade, Complexe 1989, p. 48

30 avril

« Car nous qui sommes les artisans de l'art ne pouvons accepter aucune théorie de la beauté à la place de la beauté elle-même et, loin de chercher à l'isoler en une formule teintée d'intellectualité, nous au contraire, voulons la matérialiser en une forme qui procure de la joie à l'âme au moyen des sens. Nous voulons la créer, non la définir. la définition devrait suivre l'œuvre; l'œuvre n'a pas à s'adapter à la définition. » Oscar Wilde, Conférence aux étudiants des Beaux-Arts de la Royal Academy, 30 juin 1883, dans Oscar Wilde, La critique créatrice, Jacques de Langlade, Complexe 1989, p. 119-120

Création artistique et capitalisme, Isabelle Garo 29 octobre 2013 Université de Lausanne, vidéo 48/3

un point extrêmement clair de la toujours stimulante Isabelle Garo

contrairement aux apparences, ces considérations ont des implications non seulement concernant l'art lui-même, mais l'individu, le travail, la valeur... dans le capital comme leur transformation communiste. Isabelle Garo décrypte à partir de Marx des éléments souvent inaperçus ou sous-estimés qui bouleversent bien des idées reçues sur l'activité de création artistique et les limites de la subsomption réelle du capital quant à la libération des individus

ces idées fonctionnent dans les deux sens : de l'art vers le communisme et réciproquement

on y trouve également une critique des positions de Toni Negri (et Moulier-Boutang) sur le capital cognitif et une hypothétique puissance des créateurs intellectuels, fondamentale en un sens mais à mon avis réductrice des thèses de Negri infléchies dans CommonWealth

notes poétiques 2003-2015

À l’appui d’une relecture très documentée de l’histoire de l’art, Isabelle Garo montre comment la création artistique peut s’intégrer et échapper à la logique économique capitaliste.

L’or des images, d’Isabelle Garo. Éditions La Ville brûle, 2013, ?320 pages, 25 euros.  Isabelle Garo propose dans son dernier livre une approche marxiste de l’activité artistique, question à la fois difficile et centrale pour qui se réclame de cette tradition. Difficile, car on connaît la résistance de cet objet aux analyses de type matérialiste. Centrale, car déjà chez Marx, et malgré l’absence de théorie esthétique explicite, la référence à l’art est constante et sert de contrepoint à la critique de l’économie politique.

L’ouvrage entend d’emblée dépasser les deux dangers d’une lecture marxiste de l’art. Le premier consiste à expliquer les œuvres à partir de l’infrastructure économique, procédé vidant ces œuvres de leur substance. Le second réside dans la subordination de l’activité artistique à des injonctions politiques extérieures (le «?réalisme socialiste?»).

Si l’art intéresse le marxisme, au-delà de ces deux impasses, c’est pour son potentiel critique. L’art est fondamentalement critique, non pas en vertu de son contenu, mais en tant qu’activité sociale dont une part fondamentale demeurera toujours extérieure à l’expansion capitaliste. L’art, comme activité, ne peut pas entièrement être assimilé par le capital. C’est la raison pour laquelle Marx ne cesse de faire référence au travail de l’artiste pour donner à voir ce que pourrait être le travail non aliéné, le travail dans une société communiste. L’artiste n’est pas une survivance contemporaine de la production artisanale, mais l’anticipation vivante d’une abolition de l’aliénation. L’art comme pratique libre laisse néanmoins en suspens, c’est là sa limite, la question de la construction sociale et politique d’une société émancipée et celle, corrélative, de l’affrontement entre les classes sociales.

L’auteure ne s’en tient pas à cette première analyse?; il serait paradoxal en effet de s’interroger sur l’art sans jamais poser la question des œuvres. Contre une histoire idéaliste des formes, séparant le monde de l’art du reste du monde social, le livre tente d’aborder les œuvres dans leur relation à l’économie et parvient à déceler une parenté, variable, entre art et critique de l’économie politique. Ce rapprochement est suggéré par les artistes eux-mêmes lorsqu’ils interrogent la nature de leur propre activité sociale?; interrogation qui les conduit souvent à prendre pour thème, quoique de façon non théorique, la formation historique tout entière. Isabelle Garo multiplie les analyses d’œuvres picturales et cinématographiques pour mettre en lumière cette autoréflexion de l’art sur lui-même. C’est en tant qu’activité qui s’intègre et échappe à la fois à la logique capitaliste que l’art occupe une place privilégiée pour penser les contradictions du monde social et leur possible dépassement.

Un livre dense qu’il est difficile de résumer en peu de mots et qui exhibe de façon convaincante la pertinence d’un marxisme renouvelé.

en relation Portrait de l’artiste en travailleur Métamorphoses du capitalisme Pierre-Michel Menger La République des Idées, Seuil, janvier 2003

29 avril

« Poésie et communisme, un lien essentiel » Alain Badiou La Sorbonne, 5 avril 2014 vidéo

chercher les mots pour dire un moment... une liberté inconnue... il y a une preuve du communisme par le poème

notes poétiques 2003-2015

en relation, un point de vue moins subjectif, mais qui éclaire le précédent

« Marx et l'art » Isabelle Garo 26 janvier 2013 vidéo 1h18:55  et déjà signalé, un texte, Marx, théoricien de l’art ?

voir aussi cette synthèse des rapports entre esthétique et marxisme, tant du point de vue philosophico-théorique qu'artistique, le titre étant plus limité que le contenu : art, musique et politique

selon moi, les points de vue de Badiou et Garo se complètent pour éclairer ce que j'ai voulu dire par la formule « la révolution sera poétique ou ne sera pas », et mon approche de l'articulation entre poésie (art) et communisme, dans laquelle Jacques Guigou (Temps Critiques) a cru voir une «prétention à poétiser la révolution », ce qui est un non-sens, la poésie et l'art étant intrinsèquement liés au communisme, et non extérieurement à la manière d'un gauchisme esthétique (forme de réalisme socialiste), auxquels n'échappent pas toujours, il est vrai, la poésie ou l'art engagés y compris chez les meilleurs. Je considère ne pas toujours y échapper moi-même, sans bien pouvoir situer à partir d'où dans tel poème. J'ai longuement abordé cette difficulté de ne pas basculer de l'art dans le discours social au fil de mes notes poétiques, en relation avec mes propres créations

17 mars

P comme Poétique

reprendre mon langage at Point Zero, viser la poésie totale en sa mémoire alliée à l'histoire misée dans un présent sans muse, revisiter les vers des autres, dans la langue amusée des hôtes de la profondeur artistique, théorique, sociale véridique, humheuristique en musique sans tic

que taire ? rien, car le vacarme assure en son bruit blanc

que faire ? simple, pour être lu par ma grand'mère de toute éternité