le monde et le capital, l'Occident et les autres

 

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le monde et le capital, l'Occident et les autres 

ouvert le 28 décembre 2014

en relation critique du capital : des classes du genre et de la race, marxisme et intersectionnalité..., la 'race' de Marx aux 'marxistes' et 'communistes' etc.

« If we are to take the conversation between Marxism and postcolonial theory in more productive directions in future, I ask, are we not better off abandoning such universalisms as the resisting subject and searching for ways in which Marxist theories of culture can be melded with postcolonial theories of capitalism ? » Marxism, Postcolonial Theory, and the Specter of Universalism Uday Chandra

cette rubrique prolonge les dossiers constitués pour 'abolir le racialisme' et porte la problématique à un niveau que je souhaite plus pertinamment théorique : l'articulation classes, genre, races, ethnicité... dans la lutte contre le capital du point de vue de la communisation

dans ce travail, il importe de considérer que l'intérêt pour les théoriciens du passé, comme Marx, Gramsci, Althusser, Stuart Hall... ou pour les marxistes actuels de la critique subalterne ou post-coloniale ne valent pas approbation de leurs positions politiques. Nous avons vu cette distinction établie pour Silvia Federici et son livre Caliban et la sorcière, entre d'une part son travail d'historienne et de théoricienne, et d'autre part son activité politique ou ses lectures dans la mouvance idéologique des "commons"

présentation de la rubrique en bas de page : la tradition marxiste et l'impensé de l'Occident / l'exploitation perdue de vue par les approches intersectionnelles ou dé-coloniales ? / les limites de la critique du racisme, de l'intersectionnalité classes/genre/race comme particularités / le couple identité/altérité enjeu d'un changement historique dans le capitalisme et pour les combats communistes / un rapport structurel Occident/Capitalisme ?

9 mai

nouvelles questions théoriques décolonialisme et communisation

27 avril

Capitalisme : immanence toujours actuelle d’un colonialisme exterminateur Camille Loty Malebranche 22 avril

Camille Loty Malebranche est enseignant, philosophe, écrivain et poète. Il vit au Canada. Il est l’auteur de nombreux articles publiés dans plusieurs périodiques haïtiens et sur le web. Il a écrit également deux ouvrages : L’Exécution du Prométhée (1999), et un recueil de poèmes, Yeux du Sang, Vigie d’Âme (2010)

le monde et le capital, l'Occident et les autres

un texte humaniste qui met en cause l'Occident capitaliste, dans une critique un tantinet vieillie du nord contre les suds (l'ex "Tiers-monde), du "centre" contre la "périphérie", oubliant ce qu'on appelait le "Quart-monde", à savoir la misère dans les poubelles sociales des "centres", en un mot le tout d'un monde "capitalisé" où partout, mieux vaut être riche et bien portant que paubvre et malade.

au total, une analyse un peu superficielle du capitalisme globalisé et mondial, laissant de côté la concurrence transnationale des capitaux comme la géopolitique des États/Unions pour la préservation du ou des taux de profit moyen. Parler du monde actuel sans un mot sur la Chine et les "pays émergents" semble un peu sous-réaliste

le texte commence par « la seule morale des puissance occidentales », en appelle aux « peuples » plus qu'aux « prolétaires »... rien de très surprenant sous la définition du blog : « Le blog de intellection.over-blog.com, pour interroger la crise du sens dans la civilisation... L’homme est une somme de Violence Vitale et de Révolte Vivifiante contre la létalité des néants envahissants du monde. Rêve et Réalise ta construction de toi-même selon l’Esprit, investis-toi spirituellement dans l'Être, et l'avoir ne sera plus contre toi ni bourreau ni consomption ! Penser c’est se Repenser. Se Repenser, se juger pour se construire l'Humanité et cesser d’être le patient des cécités conscientielles attisées par le conditionnement social

ça sonne un peu comme du Vaneigem révisé par Cousin (Francis), priant « la vitalité de l'Être » de « se Repenser ».... l'homme serait une contradiction entre le bien et le mal, mais ici, jamais entre le mâle et la femme. Où d'autres voient trop, ou pas assez mais seulement, des « contradictions », l'auteur n'en pointe aucune susceptible d'être dépassée dans un mouvement de lutte antagonique auto-transfransformateur. Pourtant, dans un accès de lucidité, une phrase émerge (en gras) : « seule une révolution de l’intérieur enrayant le capitalisme et emportant sa sinistre logique, peut offrir une chance aux peuples de tout l’écoumène* »

* wiki : « L'écoumène est une notion géographique pour désigner l'ensemble des terres anthropisées (habitées ou exploitées par l'Homme). L'acception moderne du mot concerne généralement l'humanité entière »

reste, pour le meilleur, quelques constats incontournables concernant le capitalisme/colonialisme occidental, dont on souhaiterait qu'ils soient mieux pris en compte dans les analyses plus consistantes de la critique marxiste et "communisatrice". Pour ceux qui aiment ça, un style d'écrivain/poète et quelques belles formulations, malheureusement de celles que l'on convoque quand on ne sait pas dire les choses plus rigoureusement : Marx y avait recours, on ne leur en veut pas

La seule morale des puissances occidentales, est leur prépondérance, et au nom de celle-ci tout, même l’argument du divin et de l’humanisme humanitaire, est évoqué pour autoriser les guerres, les bombardements et les crises humanitaires dues aux pires détresses humaines.

Pour qui observe la politique contemporaine de l’Occident, il est essentiel de remarquer que depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les puissances occidentales, comme par modus vivandi, ne se battent plus entre elles, leur hégémonie de rivalité a cédé le pas à une prépondérance collective sur le reste des États. Leur guerre féroce se mène en bloc contre le sud et contre les idéologies alternatives et les nationalismes empêchant la planétarisation de l’idéologie de l’Occident. Hier sacralisée car confiée à l’Église catholique, puissante alliée des monarchies européennes, catholique dont le sens sémantique avant toutes les théologies et liturgies, signifie - faut-il le rappeler, universel - la pensée unique, universalisée caractéristique majeure de l’Occident hégémonique idéologiquement standardisant, s’est sécularisée à travers les institutions économiques, la puissance des chaînes de médias et la mainmise idéologique occidentale sur l’Onu. Hégémonique par essence vu ses origines impériales gréco-romaines, l’Occident crée les conditions de multiples détresses dont il n’assume point sa sinistre responsabilité.

La volonté occidentale de tout standardiser, selon une idéologie économique dont seules les oligarchies financières occidentales ont le contrôle, est aujourd’hui la principale cause des conflits internationaux où l’Occident porte aux suds son hégémonie par l’inféodation douce si possible, mais aussi et surtout quand il y a résistance, par la guerre, le chaos planifié, la paupérisation et l’égrugeage structurel des États des différents suds, soit pour établir, soit pour maintenir une prépondérance sans partage et imposer son capitalisme exterminateur.

Que ce soit la guerre au Yémen où les Usa utilisent l’Arabie saoudite pour faire la lugubre besogne de freiner l’ennemi idéologique commun qu’est l’Iran, puissance alternative régionale à l’occidentalisme, ou les incursions étasuniennes provocatrices de la crise ukrainienne sans oublier la grande ironie « révolutionnaire » du printemps arabe après la pulvérisation de l’Afghanistan et de l’Irak, qui aura permis la destruction littérale de la Libye par l’Otan, avec, en dommages collatéraux, les misères humaines à la base des fuites massives en mer et des naufrages de paupérisés et réfugiés de guerre, l’occident mène une guerre multiforme sans merci, tantôt ouverte tantôt larvée, contre les suds. Nous ne saurions non plus oublier les mini guerres et les déstructurations étatiques entretenues par des compagnies occidentales sur les territoires de pays mal famés mais géologiquement riches afin de faciliter leur déprédation des richesses minières… Partout la main occidentale orchestre directement ou indirectement la pulvérisation du reste du monde pour en profiter, pour maintenir le règne des oligarchies occidentales mondialisées.

Voilà pourquoi, nous croyons que seule une révolution de l’intérieur enrayant le capitalisme et emportant sa sinistre logique, peut offrir une chance aux peuples de tout l’écoumène. Malgré le sourire amical et parfois sincère de certains dirigeants occidentaux tendant leur main personnelle aux suds, la logique macabre, monstrueuse du système dressera toujours son mur aveugle devant les effusions humaines individuelles. L’ordre capitaliste demeurera toujours un butoir à l’amitié vraie c'est-à-dire bénigne sans agression masquée du nord envers les suds. La haine du nord contre les sud ne cessera sa redondance meurtrière qu’avec l’effondrement des frénésies hégémoniques immanentes au capitalisme dont s’abreuve le nord économique qu’est l’occident. Aucun chef d’État du nord, fût-il un saint, ne peut rien transformer de fondamental à la barbarie de son pays dans les relations avec le sud tant que durera le contexte de prédation capitaliste où les suds sont la proie naturelle du nord.

Pour l’heure, quand je vois les terreurs des naufragés de la méditerranée, je ne peux ne pas me dire que chaque noyade de migrants en guenilles fuyant leur pays mis en lambeaux par la haine capitaliste et civilisationnelle des massacreurs occidentaux de la Libye - ces mêmes égrugeurs colonialistes des peuples des suds écrasés sous les mains contemporaines de sinistres exécutants des plans oligarchiques, tels Sarkozy soi disant démocrate contre le dictateur Kadhafi, mais de fait au service des intérêts sionistes et industriels - chaque hydrocution d’hommes, de femmes, chaque noyade d’enfant constitue en soi un naufrage du peu d’humanité qui pouvait encore rester à cette monstrueuse, tératogène civilisation occidentale, définitivement s’assumant nord exterminateur des suds, centre idéologique d’horreurs et d’inhumanités dévorant l’humanité périphérique, les peuples des suds avec la rage, le racisme et la vénalité du colonialisme ancien renouvelé sous d’autres formes.

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24 avril

Le néo-colonialisme intellectuel de la gauche européenne, par Emir Sader Venezuela Infos 6 avril

ce n'est pas ici la teneur politique spécifiquement latino-américaine de ce texte qui est intéressante, mais la critique, une de plus, de l'eurocentrisme du marxisme euroépen en général, toutes tendances confondues. Critique rejoignant tant celle de Césaire dans sa lettre de démission du PCF en 1956, celle des Indigènes de la République, et de façon sous-jacente des marxistes d'ailleurs, aux USA, en Angleterre, en Amérique latine, en Afrique, en Inde...

relevons que ce texte y ajoute la critique des théories coupées du réel, de la posture des professeurs, celle du communisme comme idée aucunement préoccupé d'un lien organique avec les masses en luttes... N'en jetons plus, la cour est pleine

extraits

Ce sont des attitudes encore mues par le paternalisme de l’eurocentrisme et qui se tournent vers l’Amérique Latine non pour apprendre mais avec une posture de professeurs, comme s’ils étaient porteurs de l’ensemble de la connaissance et des expériences victorieuses, à partir desquelles ils donneraient un cours magistral sur nos processus. Ils représentent, en fait, malgré les apparences, les formes de la vieille gauche, qui n’a pas fait l’autocritique de ses erreurs, échecs et reculs. Qui ne sont pas disposées à apprendre des nouvelles expériences latinoaméricaines.

L’aura universitaire ne réussit pas à cacher les difficultés qu’ils ont pour s’engager dans des processus concrets et, à partir de ceux-ci, pour partager la construction des alternatives.

Les analyses qui ne débouchent pas sur des propositions concrètes de transformation de la réalité, présentent de moins en moins d’intérêt. Les postures critiques restent sur le plan de théories qui ne se projettent pas dans le champ du réel, sans aucune capacité à s’approprier la réalité concrète, moins encore de la transformer. Pour reprendre le vieil adage marxiste toujours actuel : leurs idées ne se transforment jamais en force matérielle parce qu’elles ne pénètrent jamais dans les masses.

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4 mars

critique du capital contemporain, études subalternes, post-coloniales et théorie de la communisation : idéologie globale et spécificités

dans le cadre élargi du nouvel intérêt des théoriciens de la communisation pour la figure du zombie*, et plus sérieusement de celui de croiser études post-coloniales et marxisme du XXIème siècle pour une compréhension adéquate des processus idéologiques dans leur globalité et leurs spécificités

* intérêt dont témoignent deux textes : L’organizzazombie Il Lato Cattivo et Eloge du zombie (World War Z)DDT21

en avançant, l'idée se précise que ce n'est pas avec le marxisme post-programmatique ou l'altermondialisme démocratique que les études subalternes et post-coloniales peuvent être fécondes, mais bel et bien avec les théories de la communisation, concernant les formes globales et spécifiques de la lutte de classes à travers l'émergence d'identités de luttes liées à la disparition de l'identité ouvrière et à sa 'récupération' nationaliste et identitaire

enjeu multiple encore, contre l'enlisement démocratique de l'anti-capitalisme et contre l'eurocentrisme des classiques de la communisation, sortir du théoricisme et donner de la chair réellement mondiale à la critique du capitalisme contemporain

aux "communisateurs" qui se pinceraient le nez avant d'y regarder de plus près, rappelons que le premier théoricien du communisme comme programmatisme ouvrier est Karl Marx lui-même...

Zombies et frontières à l’ère néolibérale Jean & John Comaroff Comaroff Sylvie Ayimpam Cahiers d'études africaines

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En cherchant à décrire les causes et les mécanismes de la violence de la transition néolibérale dans l'Afrique du Sud contemporaine, les Comaroff développent une anthropologie historique de la " culture du capitalisme ". Culture, en effet, plutôt que dogme ou idéologie économique : le néolibéralisme, depuis la fin de l'apartheid, n'inspire pas seulement les économistes ou les dirigeants, il imprègne l'univers symbolique des jeunes sans emploi, des botanistes, des membres des ONG ou des chercheurs en sciences sociales. Les zombies, qui prolifèrent aujourd'hui dans le nord du pays, ne sont à cet égard pas les signes d'un retour aux " traditions " ou, pire, les restes d'une supposée " irrationalité " sud-africaine. Ils incarnent, au sens propre autant que figuré, l'une des réponses régionales aux évidences tacites du néolibéralisme, et notamment à ces idées très répandues selon lesquelles on peut consommer sans produire, s'enrichir sans effort, travailler sans s'inscrire dans un lieu et vendre son corps organe par organe. Les zombies sont les plus flexibles et les moins protestataires des ouvriers ; leur disponibilité représente le comble de la main-d'oeuvre en régime néolibéral. Inscrits dans un imaginaire mondialisé nourri de l'esthétique des films de Romero et des clips de Michael Jackson, ils exemplifient cette promesse d'accumulation presque magique de la richesse qui séduit toujours plus d'habitants de la planète. En ce sens, le cas sud-africain est un révélateur inédit des économies de transition et, de façon plus décisive encore, le miroir grossissant d'une " culture du capitalisme " qui prospère dans le monde entier, avec son lot d'inconséquences et de superstitions. Qu'est-ce que le zombie, sinon la contrepartie clandestine et ténébreuse de l'euromillion ? Et les sociétés du Sud, sinon les laboratoires privilégiés d'analyse de ce que sont déjà, ou en passe de devenir, les pays du Nord ? 

le monde et le capital, l'Occident et les autres

Pour Jean et John Comaroff, le capitalisme contemporain a trois principaux visages : il s’agit premièrement d’une propension à faire miroiter des manières inédites de produire des richesses ; deuxièmement de présenter un rapport ambivalent et contradictoire à l’État-nation ; et troisièmement de jouer avec une société civile à la présence ambivalente

Cet ouvrage reprend en langue française une partie des récents travaux de Jean et John Comaroff, ce couple d’anthropologues originaires de l’Afrique du Sud, et enseignants à l’Université de Chicago. Jérôme David1 a eu l’excellente idée de traduire puis de rassembler dans un ouvrage pour le public francophone trois des essais de ces deux chercheurs dont l’œuvre, selon ses propres termes, « aura durablement marqué le domaine anglophone de l’anthropologie sociale ». Jean et John Comaroff développent dans leurs travaux de ces quinze dernières années une remarquable anthropologie historique de la « culture du capitalisme ». C’est en tentant de rendre compte de la violence de la transition néolibérale en Afrique du Sud après la fin de l’Apartheid, qu’ils en sont progressivement venus à développer une telle anthropologie. Alors que cette violence a des manifestations multiples, les auteurs en analysent particulièrement deux groupes ici : la « prolifération » des zombies et de ce qu’ils appellent les « économies occultes », et les problèmes liés à la gestion des États-nations et de leurs « frontières ». Ces analyses sont complétées par une réflexion méthodologique sur la pertinence de l’ethnographie et de son échelle pour appréhender les phénomènes liés au capitalisme néolibéral au niveau mondial.[...]

en contrepoint : 'Temps critiques' : trempée dans la philosophie occidentale, une théorie oxidée jusqu'à la rouille

comme dit ailleurs « non seulement pour partager avec nos lecteurs notre hilarité, mais aussi pour monter quel excellent exemple de décomposition touche le courant qui l’a produit » : Critique du « dépassement » – Partie IV – raison, totalité et universalité Jacques Wajnzstejn

parler de totalité et d'universalité avec des références telles que Hegel, Lukacs, Bloch, Adorno, Marcuse, Debord... c'est dire de quel point de vue l'on prétend en parler, et quelle idée l'on se fait autant de la dialectique concrète que des réalités mêmes du monde. Bref, une somme d'ignorance et de mépris occidentaliste pour penser, de façon de plus en plus fumeuse et abstraite, la « révolution à titre humain »

en relation concernant Adorno et la philosophie en général : Christian Béthune, Le Jazz et l’Occident. Culture afro-américaine et philosophie  « Pourquoi la philosophie s'est-elle si souvent satisfaite au mieux de méconnaître le jazz et, au pire, de le mésentendre ('Adorno et le jazz, analyse d'un déni esthétique') ? L'une des réponses serait que l'irruption du jazz, au début du XXe siècle, réimporte des valeurs - oralité, imitation, priorité du corps sur le signe, unité du sens et de la voix - que l'Occident s'est efforcé de congédier dès l'origine de la philosophie occidentale. Deux mille cinq cents ans plus tard, après une lente maturation au sein de la communauté afro-américaine, le jazz consacre des thèmes esthétiques et ontologiques auxquels les nouvelles techniques de communication et de diffusion assurent un retentissement planétaire »

ce déni, cette suffisance et cette ignorance sont complétées par celles du soldat Coleman de mondialisme.org, qui, dans sa chasse au « confusionnisme » croit pouvoir s'appuyer sur Vivek Chiber pour dénier tout intérêt aux études subalternes et post-coloniales (ici). On saisit comment les vieux débris ultra- ou extrême-gauchistes finissent par devenir eux aussi des rejetons réactionnaires de l'universalisme occidental des Lumières

marxisme et Subaltern Studies (SS)

alors que Vivek Chibber peut être superficiellement utilisé par le marxisme orthodoxe pour évacuer l'intérêt des études subalternes et post-coloniales du point de vue de la construction des idéologies contre-révolutionnaires dans le capitalisme contemporain, l'enjeu est posé pour les théories de la communisation d'approfondir avec elles la question des identités sous lesquelles se présente la lutte de classes : les identités ne sont pas des états figés portant une positivité ou une négativité intrinsèques, mais des rapports sociaux, des contradictions en mouvement dans l'implication réciproque capital/prolétariat, c'est-à-dire dans le communisme comme mouvement historique et dialectique des luttes de classes

Uday Chandra à propos de Vivek Chibber.9 mai 2013

On the question of Capital's progress in the colonial versus the European world, I think Chibber and all of us would be better served reading some of Dave Washbrook's seminal papers from the 1980s. He engaged extensively with Wallerstein's world systems theory, peasant studies scholarship, early modern historiography, and SS to come up with certain excellent points about colonial political economy in South Asia and beyond. The thesis that the colonial state, represented by a bunch of white men and their Indian collaborators, "traditionalized" and sedentarized Indian society in the domains of kinship, land, labor, and capital remains as important as ever. Parallel to the work of Mahmood Mamdani, Fred Cooper, Sally Falk Moore, the Comaroffs and others, we now understand that capitalism in the colonial world was married to cultural forms and social relations of production (customary laws over land and religion, for example) that are structurally different from their analogues in North America or Western Europe. These are not "cultural" differences, but differences in the way modes of production and social relations of production interact with each other. The colonial world can still be profitably compared to Eastern Europe and Russia, of course, but the contrast with the North Atlantic world remains intact.[...]

As Partha noted at the end, it is not only (as in his earlier work) a matter of showing that subalterns resisted capital in the margins of the capitalist world economy, but also that contemporary Indian and Chinese capitalisms, for example, continue to be shaped by cultural-economic forms that are different from European trajectories. I see the Comaroffs making much the same claims with respect to zombies and millennial capitalism in southern Africa. Chibber doesn't read people like the Comaroffs* or Washbrook, but if he did, he'd realize how bad his strawmanning tactics are.

* voir ci-dessus Zombies et frontières à l’ère néolibérale

In sun, these are complex matters that cannot be approached in the crude sledgehammer style that Chibber uses throughout the book. I am with Jean Comaroff, who, in a recent interview, speaks of the dialectic between the cultural and the material as the most salient theme in her own work. The Comaroffs have never shied away from bold claims, and they've never bought into the post-Writing Culture turn in US anthro. Capitalism is central to their narratives and theorizing, but never at the expense of a deep understanding of what colonialism, Christianity, neoliberalism, etc meant to ordinary Africans in existential terms. Alas, neither SS nor Chibber are capable of doing the same in the South Asian context. This is why we need different post-subalternist narratives, Marxist or not, that will avoid the mindless warfare we are witnessing now between two left factions in the Western academy. I am not saying we shouldn't fight the SS orthodoxy that reigns today - frankly, Partha himself is all too keen to move beyond SS, especially its (and his) earlier claims. But we must do it in ways that understand clearly what SS tried to do and failed. Whether that resuscitates Marxism or not globally is a different question that I'll let the fighting vanguards decide.

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féminisme, marxisme et post-colonialisme, suite avec Tani E. Barlow, Jing Wang... : du féminisme en Asie

je poursuis ma quête initiatique d'approches critiques convoquant le marxisme dans le féminisme des "autres". J'ai découvert Tani E. Barlow par hasard, consuisant un entretien avec Gayatri Chakravorty Spivak dans le petit livre signalé le 28 février, Nationalisme et Imagination

Tani E. Barlow s'est consacrée à l'histoire du féminisme en Asie

The Modern Girl Around the World (Duke University Press, 2008); The Modern Girl, Colonial Modernity, and East Asia (Iwanami Shoten, in press [in Japanese]); The Question of Women in Chinese Feminism (Duke University Press, 2004), New Asian Marxisms (Duke University Press, 2002); Cinema and Desire: The Cultural Politics of Feminist Marxist Dai Jinhua (Verso, 2002); Formations of Colonial Modernity in East Asia (Duke University Press, 1997); Gender Politics in Modern China: Writing and Feminism (Duke University Press, 1994); and I Myself Am a Woman: Selected Writings of Ding Ling (Beacon, 1999). She is currently writing two books, In the Event of Women and The Intellectual Foundations of Social Science in China.  Professor Barlow is also the founding senior editor of positions: east asia cultures critique.

New Asian Marxisms collectif, 2002 :

""New""Asian Marxisms" brilliantly dramatizes how contemporary scholars have remembered Marxism in Asia of an earlier time and how this 'afterlife' today calls into question the amnesia of Western Marxism and its own complicity with exclusions identified with the culturalist claims of a 'unified' West. While the essays in this volume are all concerned with a particular place and time, they also remind us of what so often is forgotten--that Marxism is at home only in the world."--Harry Harootunian, New York University

Displaying the particular vitality of the global traditions of Marxism and neomarxism at the beginning of the twenty-first century, New AsianMarxisms collects essays by a diverse group of scholars—historians, political scientists, literary scholars, and sociologists—who offer a range of studies of the Marxist heritage focusing on Korea, Japan, India, and China.

While some of these essays take up key thinkers in Marxist history or draw attention to outstanding problematics, others focus on national literature and discourse in North and South Korea, the "Mao Zedong Fever" of the 1990s, the implications of Li Dazhao's poetry, and the Indian Naxalite movement.  Illustrating the importance of central analytical categories like exploitation, alienation, and violence to studies on the politics of knowledge, contributors confront prevailing global consumerist fantasies with accounts of political struggle, cultural displacement, and theoretical strategies.

contributions : Tani E. Barlow, Dai Jinhua, Michael Dutton, D. R. Howland, Marshall Johnson, Liu Kang, You-me Park, William Pietz, Claudia Pozzana, Alessandro Russo, Sanjay Seth, Gi-Wook Shin, Sugiyama Mitsunobu, Jing Wang

le monde et le capital, l'Occident et les autres 1994  Introduction le monde et le capital, l'Occident et les autres 2002 Feminist Marxism and Cultural Politics in the Work of Dai Jinhua

“In these luminously powerful essays on Chinese cinema, women’s literature, and contemporary popular culture, Dai Jinhua achieves a new historiography. She shows us how to rethink the great themes of nationalism, colonialism, consumerist capitalism, and modernity itself. Moving, inspiring, and absorbing from beginning to end, Cinema and Desire is a landmark work by a major cultural critic”—Meaghan Morris, Lingen University, Hong Kong

“The most lucid, complex and brilliant analysis of Fifth Generation film (indeed of the entire ‘generations’ phenomenon in the People’s Republic of China) that I have ever seen. Dai Jinhua manages at the same time to connect with international currents in psychoanalytic feminist film criticism and to forward a grounded,‘new Marxist’ Chinese school of thinking.”—Ella Shohat, City University of New York

le monde et le capital, l'Occident et les autres 2004

The Question of Women in Chinese Feminism is a history of thinking about the subject of women in twentieth-century China. Tani E. Barlow illustrates the theories and conceptual categories that Enlightenment Chinese intellectuals have developed to describe the collectivity of women. Demonstrating how generations of these theorists have engaged with international debates over eugenics, gender, sexuality, and the psyche, Barlow argues that as an Enlightenment project, feminist debate in China is at once Chinese and international. She reads social theory, psychoanalytic thought, literary criticism, ethics, and revolutionary political ideologies to illustrate the range and scope of Chinese feminist theory’s preoccupation with the problem of gender inequality. She reveals how, throughout the cataclysms of colonial modernity, revolutionary modernization, and market socialism, prominent Chinese feminists have gathered up the remainders of the past and formed them into social and ethical arguments, categories, and political positions, ceaselessly reshaping progressive Enlightenment sexual liberation theory.

en relation

le monde et le capital, l'Occident et les autres

« It would not be inappropriate to view The Birth of Chinese Feminism as occupying a unique space between Amy Dooling’s and Kristina M. Torgeson’s Writing Women in Modern China (1998) and Tani E. Barlow’s The Question of Women in Chinese Feminism (2004) in its dual status as an edited volume of translations with a theoretical rigor rare for such works. By focusing on a late Qing feminist contemporaneous to the more well-studied Qiu Jin, the present volume greatly contributes to Dooling and Torgeson’s anthology where He-Yin was mentioned only very briefly. In keeping a sharp theoretical focus, editors of this volume share Barlow’s goal of situating the construction of Chinese women in a global context; He-Yin’s analysis of the question of women in light of global capitalist relations and the editors’ decision to translate nüxing as “women” or the “character of women,” instead of Barlow’s choice of “female sex” (16), will certainly generate further discussions on the significance of the self-fashioning of the Chinese language for transnational feminist theory.

If ultimately Liu, Karl, and Ko are suggesting that Chinese feminism is born from the differences between Liang and Jin’s liberal, nationalistic politics and He-Yin’s anarchist politics and materialist views of history, it is because juxtapositions and contradictions mark all emancipatory movements worthy of the name. This legacy resides in He-Yin Zhen’s writings, as the editors themselves comment: “there is a politics to her reading, a very radical politics that we can register only by noting the asymmetry between her theory and her history, as well as by paying attention to her mode of argumentation » source

le monde et le capital, l'Occident et les autres décembre 2014 source

Rapid reforms in China have resulted in increasing inequalities and disjunctures. While Shanghai is transforming into a global mega-city, like many other big cities in Asia, its dwellers are often confronted with a way of life enabled and disabled by precarity. This precarity is generally perceived to be along the lines of labour and class, characterised in Guy Standing’s term “Precariat,” or those with short labour contracts and poor working conditions.

In Precariously Yours, Fei Contemporary Art Center extends the notion of precarity towards the domain of gender, love and sexuality. In particular single women serve as a prism to explore the complexities surrounding precarity, urbanity and class. For instance, the derogative term shengnü – “leftover women” – gestures towards a group of women whose singlehood at their late 20s seems to be enough to evoke intense stigmatization and reiteration of societal demands regarding love and family life. Precariously Yours wonders: How do single women negotiate the multiple expectations and demands that society imposes upon them? What are their tactics of resistance against normative gender roles and expectations? How to imagine the city as a more intimate and fragile space? What is to be lost and gained in remaining a single woman?

Precariously Yours explores these questions through an art exhibition, lectures and public debates. The workshop will particularly zoom in on how tropes like shengnü can be read as imaginations of a “new” Asian femininity, how different modes of loving and desiring are being explored in diverse creative and sexual cultures in Asian cities and how art and activism attempt to intervene in hegemonic understandings of love, gender and sexuality. Precariously Yours engages not only with Shanghai, but also with other Asian cities as to foster a comparative approach and allow reflections upon the lives and hopes of single women in a rapidly changing Asia.

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The right to equality regardless of gender and caste is a fundamental right in India. However, the Indian government has acknowledged that institutional forces arraigned against this right are powerful and shape people’s mindsets to accept pervasive gender and caste inequality. This is no more apparent than when one visits Dalit women living in their caste-segregated localities. Vulnerably positioned at the bottom of India’s gender, caste and class hierarchies, Dalit women experience the outcome of severely imbalanced social, economic and political power equations in terms of endemic caste-class-gender discrimination and violence.

This study presents an analytical overview of the complexities of systemic violence that Dalit women face through an analysis of 500 Dalit women’s narratives across four states. Excerpts of these narratives are utilised to illustrate the wider trends and patterns of different manifestations of violence against Dalit women.

 

28 février

retour à la réflexion théorique : études subalternes et marxisme

« Le terme 'subalternes' renvoie dans ce contexte au travail du marxiste Antonio Gramsci. Littéralement, il désigne une personne ou un groupe de rang inférieur, qu'il s'agisse de race, de classe sociale, genre, orientation sexuelle, ethnie ou religion.»

souhaitant tenir ce qui est pour moi essentiel, à savoir mon point de vue critique constructiviste d'un Troisième courant de la communisation, je reprends le fil des échanges avec les théories post-coloniales, ici dans la variante des études subalternes. Un premier objectif est de clarifier leur rapport au marxisme, et de balayer la critique superficielle selon laquelle elles ne feraient que reprendre la French Theory des philosophes post-modernes (Foucault, Deleuze, Derrida, etc.)

parallèlement à Stuart Hall concernant l'ancrage marxien des Cultural Studies, je pars de ici d'une pionnière des Subaltern Studies : Gayatri Chakravorty Spivak, et d'une présentation synthétique de son texte de 1988 Can the Subaltern Speak ? traduit en français en 2006

le monde et le capital, l'Occident et les autres

"Les Subalternes peuvent-elles parler ?" (un compte rendu)

« En suivant un parcours nécessairement sinueux, cet essai partira d’une critique des efforts déployés actuellement en Occident [notamment par Gilles Deleuze et Michel Foucault] visant à problématiser le sujet, pour aboutir à la question de la représentation du sujet du Tiers-Monde dans le discours occidental. Chemin faisant, l’occasion me sera donnée de suggérer qu’il y a en fait implicitement chez Marx et Derrida un décentrement du sujet plus radical encore. J’aurai de plus recours à l’argument, qui surprendra peut-être, selon lequel la production intellectuelle occidentale est, de maintes façons, complice des intérêts économiques internationaux de l’Occident. Pour finir, je proposerai une analyse alternative des rapports entre les discours de l’Occident et la possibilité pour la femme subalterne de parler (ou la possibilité de parler en son nom). Je tirerai mes exemples spécifiques du cas indien, à travers la discussion approfondie du statut extraordinairement paradoxal de l’abolition par les Britanniques du sacrifice des veuves. » (Gayatri Chakravorty Spivak)

Jérome Vidal entreprend ici de retraduire l’un des textes les plus commentés des subalternes studies. Les études subalternes désignent à l’origine un courant de l’historiographie indienne influencé par le marxisme et qui décida de centrer son étude de l’histoire sur les subalternes. Ce courant a eu une influence et des prolongements entre autres sur les postcolonial studies. La notion de subalterne est reprise de Gramsci à qui elle sert à désigner des opprimés en contournant la censure durant son emprisonnement. L’usage ici de subalterne renvoie à l’idée que la notion de prolétariat serait inadéquate pour rendre l’oppression des ex-colonisés, qui n’est pas seulement une question d’exploitation économique, mais possède également d’autres dimensions spécifiques.

“Les subalternes peuvent-elles parler ?” de Gayatri est un texte qu’elle proposa à l’origine pour un ouvrage collectif à l’issue d’une série de séminaires qui a réunit un certain nombre de marxistes et de post-marxistes au cours de l’été 1983. Ce texte a par la suite connu une série de publications dans des versions légèrement modifiées. Une première traduction en français en avait été faîte en 1999 [...]

L’argumentaire

L’auteure part dans son raisonnement des positions de Foucault et de Deleuze pour en faire la critique. “Les masses n’ont pas besoin d’eux pour savoir; elles savent parfaitement clairement beaucoup mieux qu’eux [les intellectuels]; et elles le disent fort bien” (Michel Foucault, “Les intellectuels et le pouvoir”, in Dits et écrits, t.II, Paris, Gallimard, 1994).

Alors que ces auteurs prétendent déconstruire le sujet, ils réintroduisent dans ce type d’assertion l’idée d’un sujet émancipé. “Ainsi la critique du Sujet souverain à laquelle on fait tant de publicité intronise en réalité un Sujet”. Pour sa part, Gayatri prétend revenir à Marx, qui irait en réalité plus loin dans la déconstruction du sujet: “ Marx est obligé de construire des modèles de sujet divisé et disloqué”. Ainsi repart-elle pour sa part de cette citation de Marx dans le Dix huit Brumaire : “les petits propriétaires paysans “ ne peuvent se représenter eux-mêmes, ils doivent être représentés. Leurs représentants doivent en même temps leur apparaître [...] comme une puissance gouvernementale absolue, qui les protèges contre les autres classes”

Ce qui se trouve ainsi posé, par Gayatri, est la question du rapport entre la construction de représentations du monde par les intellectuels et de la représentation politique des opprimés : “ ces théories [...] doivent prendre acte de la façon dont la mise en représentation du monde [...] dissimule le choix et le besoin de “héros”, de mandataires paternels, d’agents du pouvoir” 

Ce que l’auteure critique donc à travers cette prétention à affirmer que les subalternes peuvent parler, c’est celle de ces intellectuels à être des portes paroles transparents lorsqu’ils énoncent que les subalternes peuvent parler : “ la “transparence” ainsi produite marque la place de l”’intérêt”; elle est entretenue par une dénégation véhémente: “Or cette position d’arbitre, de juge, de témoin universel, est un rôle auquel je me refuse absolument”

La seconde critique provient du fait qu’il ne s’agit pas tant pour l’intellectuel critique d’affirmer que les subalternes peuvent parler et donc ainsi de réintroduire un sujet souverain, mais au contraire d’expliquer et d’analyser pourquoi elles ne peuvent pas parler et de le dénoncer : “Faire quelque chose, travailler pour la subalterne, cela signifie l’amener dans le discours. La troisième chose est la pire de toutes; on ne donne pas de voix à la subalterne: on travaille pour cette foutue subalterne” (p.107).

En définitive, selon Gayatri, c’est Derrida qui permet le mieux de penser cette question en mettant en avant la dimension de la différence: “Derrida marque dans la critique radicale le danger de s’approprier l’autre par assimilation” (p.103). Car l’identité des subalternes se caractérise par sa différence irréductible avec l’intellectuel et c’est pourquoi il ne peut en être le porte-parole transparent.

ces quelques points renvoient à son ignorance la critique marxiste vulgaire, que ce soit dans le rapport à Marx ou aux philosophes post-modernes. Indépendamment de question centrale de l'articulation prolétariat/subalternes, dans le prolongement marxiste de Gramsci, est posé le rapport théorie/théoricien et prolétariat/subalternes, un thème classique concernant l'apport extérieur de la théorie au prolétariat, que j'ai longuement abordé dans ma critique du Courant communisateur et environs, concernant le théorisme des professeurs de révolution, la séparation entérinée

d'emblée l'intérêt est donc multiple : pour la théorie, pour la pratique théorique, et pour la définition d'un sujet face au capital complexifiant le concept de prolétariat. Pour l'apport aux théories féministes ou critique du genre par une expérience "de terrain" avec des populations asiatiques ou africaines

en guise de mise en bouche et pour le plaisir, trois extraits du seul livre trouvé à la bibliothèque municipale. Paru en 2011, traduit d'interventions et entretiens de 2003, 2004 et 2006 :

le monde et le capital, l'Occident et les autres

« Qu'est-ce que le nationalisme ? En quoi est-il une remémoration ? Jusqu'où descend-il dans la sphère privée ? Quel est l'impact de l'imagination littéraire sur lui ? Dans la conférence et les deux entretiens qui composent cet ouvrage, Spivak revient, pour les expliciter, sur certains des concepts qui ont fait sa renommée : subalterne, essentialisme stratégique, traduction culturelle, critique postcoloniale. Elle explique également pourquoi le "geste comparatiste" est d'une importance cruciale dans notre monde globalisé. Elle interroge enfin la place réelle des intellectuels dans le travail de terrain, notamment en matière de droits de l'homme et d'éducation des enfants défavorisés.»

premier extrait sur l'utilisation de la théorie postcoloniale et de la théorie en général, renvoyant à une remarque d'Althusser en 1962 dans « Contradiction et surdétermination »

le monde et le capital, l'Occident et les autres le monde et le capital, l'Occident et les autres

deuxième extrait sur la validité des concepts marxistes d'"échange inégal" et de "plus-value", et sur le rapport genre-classe-capital

le monde et le capital, l'Occident et les autres le monde et le capital, l'Occident et les autres

troisième extrait sur une prise de distance avec les « mouvements sociaux » (développées ailleurs dans ce livre) et la question de la subjectivité relativement au communisme

le monde et le capital, l'Occident et les autres le monde et le capital, l'Occident et les autres

 

ajout 8 mars 2015

à propos de Stuart Hall, un bon résumé extrait de Difficultés dans la théorisation marxiste de la race E. San Juan Jr. Période, texte de 1989

Une étude précise des conjonctures historiques plurielles est nécessaire pour savoir comment la reproduction des rapports sociaux opère dans le prisme de la race dans la mesure où, par exemple, le capitalisme fait s’exprimer les classes de diverses manières et à chaque niveau (économique, politique, idéologique) de la formation sociale. En effet, la manière dont la race attribue des valeurs, alloue des ressources et légitime la position/le statut social de populations racialement définies (en bref, le racisme), joue sur la constitution de fractions de travailleurs noirs, asiatiques ou hispaniques en tant que classe.  Autrement dit, les rapports de classe qui attribuent par la race une position sociale/politique/économique du sujet, fonctionnent comme des rapports de race. Hall déclare :

« la race est donc également une modalité par laquelle est « vécue » la classe, le moyen par lequel les relations de classe sont expérimentées, la forme par laquelle il est possible de lutter contre la reproduction des classes par le Capital, y compris contre la globalité de ses contradictions internes – structurées par la race. (1980, 341).»

À partir du postulat althussérien remodelé qui envisage la société en tant qu’entité complexe, la conception de la race de Hall en tant que principe idéologique mobilise la notion gramscienne d’hégémonie pour s’intéresser à son effectivité politique : la race comme terrain de la lutte des classes.

Les considérations politiques autour de la race peuvent définir le contenu et la forme de la lutte des classes, sous certaines conditions – si l’on entend sous l’expression « lutte des classes » la lutte pour l’hégémonie. Le concept d’hégémonie désigne ici le leadership participatif moral-intellectuel, et non le consensus mécanique réifié qui légitime l’autorité bourgeoise. En conséquence, au lieu d’être simplement assimilée à des idées ou des croyances liées à l’appareil d’État  (répressif ou idéologique), la race devient un élément à part entière de la stratégie hégémonique. Elle fait ainsi partie d’un principe opérant à travers la bourgeoisie en articulant un ensemble de discours et de pratiques constituant des sujets (ou des positions du sujet) dont les actions reproduisent les rapports capitalistes (Mouffe 1981). Ainsi, la race devrait être vue comme un aspect incarnant des pratiques sociales autonomes, des modalités historiques concrètes dans la configuration de l’expérience quotidienne de groupes ou d’individus. C’est ce que Blauner et d’autres ont montré en décrivant la culture politique des Noirs ou des Chicanos.

Ce que Hall et d’autres nous ont rappelé, c’est que la race en tant que pratique sociale ne saurait être comprise que dans une conjoncture historique spécifique. La race n’a pas d’essence transhistorique. Cette réflexion fait suite à l’axiome de Marx selon lequel « le concret résulte de déterminations multiples » (Marx et Engels 1968). Circonscrite par une totalité différenciée ou décentrée et surdéterminée dans sa formation par des tendances hétérogènes (résiduelle, émergente, dominante), la race  ne peut être abstraitement confondue avec les sphères idéologiques ou politiques, et encore moins avec la sphère économique. À l’ère du capitalisme tardif et de l’État « intégral » ou « élargi », la racialisation, faisant partie intégrante de la stratégie hégémonique bourgeoise, façonne non seulement les politiques publiques, mais également les institutions et les activités de la société civile, et par là supprime le potentiel pour une démocratie étendue en renforçant la hiérarchie raciste et l’autoritarisme étatique fondés sur le national-chauvinisme.

20 février 2015

retour à Suart Hall 5

lire Stuart Hall : un marxisme «sans garantie» Contretemps 16 février 2015

Stuart Hall mérite d'être lu. Trop longtemps appréhendé avec soupçon par les marxistes plus traditionnels, toujours suspect d'avoir trop concédé au « postmodernisme » et de s'être éloigné du marxisme, Satnam Virdee propose ici de lire l'œuvre de Hall comme une contribution matérialiste cruciale pour comprendre le racisme. Le grand mérite de Hall est d'avoir, selon Virdee, rapproché deux points de vue antithétiques sur la conscience de classe et l'idéologie : Althusser et E.P. Thompson...

Le racisme de la classe ouvrière comme expérience vécue / L'antiracisme et le sujet noir racialisé / Les limites du cadre théorique de Hall

Toutefois, l'analyse de Hall de la race et de la classe comporte également ses limites. Hall s’est, par exemple, montré profondément sceptique quant à la possibilité d'un processus de formation de la classe ouvrière à même de se développer dans les sociétés capitalistes tardives. Selon moi, ce pessimisme découle, en partie, de son étude intensive de l'idéologie qui l'a amené à croire que ces identités – noires et blancs, hommes et femmes, etc. – étaient si profondément imbriquées dans la culture quotidienne, y compris au sein de la classe ouvrière, qu'il ne serait pas possible de les dépasser

ces "limites" sont au contraire intéressantes du point de vue théorique de la communisation, dans la mesure où le problème n'est pas celui de « développer un processus de formation de la classe ouvrière »... « ces identités – noires et blancs, hommes et femmes, etc. – si profondément imbriquées dans la culture quotidienne, y compris au sein de la classe ouvrière »

Virdee cite Hall, 1980 :

« ces systèmes de significations, concepts, catégories et représentations qui donnent un sens au monde, et via lesquels chaque homme arrive à « vivre » de manière imaginaire, son rapport au réel, aux conditions matérielles de son existence  [...] « les rapports de classe auxquels on les attribue fonctionnent comme des rapports de race. La race est donc également la modalité par laquelle la classe est « vécue », le médium par lequel on fait l'expérience des rapports de classe, la forme par laquelle elle est appropriée et « combattue »

mais il le fait fonctionner dans un cadre programmatiste (« développer un processus de formation de la classe ouvrière »). Et il le fait à l'envers de ce qu'il présuppose et de ce que traduit à mon sens le mouvement historique actuel, la race (etc.) comme identité portant (le cas échéant) une structure de classe susceptible d'un affrontement direct au capital, dont la race participe historiquement, économiquement, idéologiquement, à la structure

Conclusion : Pendant trop longtemps, Stuart Hall fut vu de manière assez suspicieuse par des marxistes aveugles à la race (color-blind) qui l'accusaient du pêché de « théoricisme » et d' « idéologisme » et en firent assez rapidement une sorte de dangereux post-structuraliste. Selon moi, il ne fait aucun doute que cette impression fut consolidée par la mauvaise appropriation qui fut faite de Hall par la seconde vague des universitaires des études culturelles (cultural studies) qui l'utilisèrent comme point de référence pour détourner l'attention de la médiocrité de leur programme de recherche, tout comme de sa nature incroyablement a-politique

Contrairement à cette impression, je pense que Stuart Hall fut l'un des intellectuels socialistes les plus importants de la Grande-Bretagne post-Seconde Guerre mondiale. Hall fut sensiblement un intellectuel organique, quelqu'un qui savait que la « théorie était un détour sur la route vers quelque chose de plus important », contrairement à nombre de marxistes occidentaux qui tendirent à produire une forme de théorie largement séparée de la pratique politique. Il est donc essentiel de nous réapproprier Hall pour le marxisme, pour un « marxisme sans garanties ».

Satnam Virdee est professeur de sociologie à l'université de Glasgow. Il est notamment l'auteur de Racism, Class and the Racialized Outsider (2014)

le monde et le capital, l'Occident et les autres

Racism, Class and the Racialized Outsider offers an original perspective on the significance of both racism and anti-racism in the making of the English working class. While racism became a powerful structuring force within this social class from as early as the mid-Victorian period, this book also traces the episodic emergence of currents of working class anti-racism. Through an insistence that race is central to the way class works, this insightful text demonstrates not only that the English working class was a multi-ethnic formation from the moment of its inception but that racialized outsiders - Irish Catholics, Jews, Asians and the African diaspora - often played a catalytic role in the collective action that helped fashion a more inclusive and democratic society

18 février

retour à Suart Hall 4

sur la conjoncture, « la classe communisatrice » et le dépassement des identités... avec Stuart Hall et Gramsci

15 février

retour à Stuart Hall 3 : du rapport races-classes dans le capitalisme sud-africain au concept d'articulation dans la structure à dominante de classe 13:39

texte en anglais PDF Race, Articulation and Societies structured in Dominance recherche

« In the essay, Hall charts a methodology that will create an historically grounded framework for the analysis of race and social domination based on three principles of investigation, which he derives from a heterodox reading of Marx : First, “that the analysis of political and ideological structures must be grounded in their material conditions of existence (the materialist premise) and second, that the specific forms of these relations... must be made historically specific” by supplying those elements that can explain their differences. This latter is what Hall calls the historical premise. Finally, the third principle is that what we might today call relations of power, or in his words, ‘structures in dominance’ is followed through any given social relationship at hand. These principles are a starting point for doing work that connects questions of capitalism and capitalist formations with those of race, domination, and cultural hegemony.» Learning from Stuart Hall: the Limit as Method Alex Golub décembre 2014

poursuivant ma lecture de Identités et cultures 2. Politiques des différences, j'aborde le texte le plus long (65 pages) de cette compilation Race, articulation et sociétés structurées 'à dominante'. Contretemps en donne quelques extraits, mais pour mon propos, ce ne sont pas les plus significatifs

deux passages sont particulièrement intéressants :

- p. 119 à 148, l'étude du cas de l'Afrique du Sud et des différentes analyses du rapport classe/race (John Rex, Eugene Genovese, André Gunter Frank, Ernesto Laclau, Harold Wolpe, Claude Meillassoux, Pierre-Philipe Rey...), particulièrement dans les relectures croisées de Marx et Weber, avec des avancées théoriques et un aller-retour aux textes de Marx, par exemple :

« La forme économique spéciale sous laquelle le surtravail non payé est extorqué au producteur immédiat détermine le rapport de souveraineté et de dépendance, qui a sa source immédiate dans la production et qui à son tour réagit sur elle. Sur ce rapport se base toute la structure économique de la ommunauté, résultant des conditions mêmes de la production, et par cela même sa structure politique. [...] Ce qui n'empêche que la même base économique, du moins dans ses lignes essentielles, ne puisse présenter dans la réalité des variations allant à l'infini, dues à des circonstances empiriques innombrables, aux conditions naturelles, rapports de races, influences historiques, etc. variations qui ne peuvent être comprises que par l'analyse de ces circonstances empiriques. » Le Capital, Livre troisième, 6e section, La genèse de la rente foncière capitaliste

- p. 148-166 la partie la plus théorique avec le concept d'articulation et la structure à dominante de classe, à partir des textes d'Althusser et Etienne Balibar dans Pour Marx et Lire le Capital. Une note des traducteurs p.139 résume ce que recouvre « structurée à dominante » :

L'expression est empruntée à Althusser dans Pour Marx (1965). Il utilise le concept de « tout complexe structuré à dominante » afin de remplacer le concept hégelien de « totalité expressive ». Voici la définition fort éclairante qu'en donne Guillaume Silbertin-Blanc : « un tout complexe, c'est-à-dire réellement différencié en instances irréductibles à une simplicité principielle et dont les contradictions chaque fois spécifiues ne sont pas intériorisables dans une unité originaire ou finale; un tout structuré, c'est-à-dire articulé en un ensemble de rapports entre ces instances dont l'autonomie et l'efficacité respectives dépendent de la complexité particulière du tout; un tout à dominante, c'est-à-dire marqué par de la complexité particulière du tout; un tout à dominante, c'est-à-dire marqué par une inégalité interne d'efficaceentre ces différentes instances. » Silbertin-Blanc « Althusser et Sartre 1 : tout, totalité, totalisation »

très denses sont difficiles à résumer : « Même s'il est impossible de rendre compte de l'ensemble de l'intervention althussérienne en faisant référence au seul concept d'articulation, j'espère avoir tout du moins pu montrer que ce concept est omniprésent dans le travail des marxistes structuralistes. » p.152. Stuart Hall poursuit avec l'influence sur Althusser de Gramsci (le concept d'hégémonie), qu'il cite p.161 :

« Comment dans ce cas tout le système des superstructures pourra-t-il se concevoir comme des distinctions de la politique et comment justifiera-t-on alors l'introduction du concept de distinction dans une philosophie de la praxis ? mais peut-on parler de dialectique des distincts et comment peut-on entendre le concept de cercle entre les degrés de la superstructure ? Concept de «bloc historique», c'est-à-dire unité entre la nature et l'esprit (structure et superstrcture), unité des contraires et des distincts. Le critère de distinction peut-il être introduit également dans la structure ? » Antonio Gramsci Analyses des situations. rapports de forces in Notes sur Machiavel 1931-1933

Hall revient alors, p.165, avec Ernesto Laclau (Politics and Ideology in Marxist Theory) :

« Dans son essai sur le «populisme» et le «fascisme», il affirme  que, pris individuellement, les éléments de ces idéologies (par exemple le nationalisme, le racisme ou encore «le peuple») n'ont pas en eux-mêmes d'appartenance de classe ou de «connotation de classe». Nous ne pouvons pas présupposer a priori que ces éléments «appartiennent» à une classe spécifique, pas plus, d'ailleurs, que nous ne pouvons présupposer qu'une classe posséderait, comme une entité homogène, une «vision du monde» unie et non contradictoire, une vision du mondequ'elle emporterait, pour paraphraser Poulantzas, partout avec elle à travers l'histoire comme si elle avait une plaque d'immatriculation dans le dos (Nicos Poulantzas, Pouvoir politique et classes sociales de l'État capitaliste

il conclut ainsi, p. 166, ce tour d'horizon théorique sur le concept d'articulation :

« Certaines formulations de Laclau sont problématiques : par exemple comment imaginer des «pratiques de classe», supposément elles-mêmes dénuées d'éléments idéologiques qui leur soient propres, et pourtant à même de transformer des idéologies ? Malgré ces difficultés, ces théoriciens nous fournissent des pistes grâce auxquelles nous pouvons essayer de construire une théorie non réductionniste des aspects superstructuraux et extra-économiques des formations sociales - le tout, à nouveau grâce à l'usage du concept d'articulation. »

la suite du texte est l'extrait de Contretemps, p. 166-178

on mesure comment la notion d'articulation, dans l'approche intersectionnelle classe/genre/race, s'est depuis vidée de toute considération de structure à dominante, pour alimenter l'idéologie d'un tout indifférencié considérant le capitalisme (pour autant qu'il soit encore considéré comme le tout) comme une somme de dominations

nous retrouvons ici le débat et les désaccords irréductibles entre théories de la communisation et démocratisme radical, mais aussi ceux qui ont conduit à la sortie de la revue SIC des revues Théorie communiste et Endnotes

se confirme mon intuition que Stuart Hall, dans les années 60-90, représente «le chaînon manquant» dans les théories émergeant avec la restructuration du capital et tournant la page du programmatisme communiste prolétarien. Naturellement, cela suppose de le lire, comme d'autres théoricien.ne.s (ex. Silvia Federici) sans réduire ses apports théoriques à ses engagements politiques d'alors. À cette aulne, il nous faudrait brûler Marx, Lénine, Gramsci, Görter, Pannekoek... et Roland Simon

il nous appartient donc de reprendre le travail théorique là où l'a laisser Stuart Hall en héritier de Marx et d'autres dialecticiens n'ayant pas jeter par dessus bord la structure de classe du capital, avec ceux qui, marginalement, ont poursuivi ce travail intellectuel de tissage du marxisme et des 'Cultural Studies' en théoricien communiste et d'une manière politique

(je donnerai prochainement des extraits photo de ces pages)

en relation Idéologie, racisme, intersectionnalité. Une invitation à lire Stuart Hall Kolja Lindner décembre 2012

Cette théorisation d’une articulation entre race et classe dans une structure à dominante nous semble importante en ce qu’elle met en évidence que les « structures raciales ne peuvent être comprises de manière adéquate en dehors du cadre d’ensemble tout à fait spécifique des relations économiques », et évite ainsi le risque d’une « théorie générale de préjugés fondés dans la nature humaine.»

l’intersectionnalité qu’analyse Hall est loin de la négligence qu’a pu connaître la catégorie de classe dans une large frange de la discussion sur les rapports de sexe et de race et qui semble se reproduire dans son importation en France. Il soutient que la race est « la modalité dans laquelle la classe est “vécue”, le moyen par lequel les relations de classe sont expérimentées, la forme dans laquelle elle est appropriée et “à travers laquelle la lutte des classes est menée”.

Il est fort temps de lire, en France, l’auteur qui peut tant nous inspirer.

ces considérations recoupent essentiellement ce que j'ai généralisé, sans connaître ces thèses de Hall, sous le concept d'identités de luttes et le mouvement dialectique de dépassement des identités, dans abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus, 18 juin 2014 : la communisation comme dépassement produit d'identités dans le capitalisme / trois moments pour produire le dépassement des identités construites par le capital sans connaître ces thèses de Hall, 12 février

retour à Stuart Hall 2 et la structure à dominante de classe

« Je ne cherche pas à obtenir le statut de théoricien. A quoi bon être théoricien ? Je recours à la théorie pour comprendre et déverrouiller les conjonctures dans lesquelles je me trouve, de façon à agir politiquement en leur sein », confiait Stuart Hall dans un entretien avec Mark Alizart (Stuart Hall, Ed. Amsterdam, 2007). Dans Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme (Amsterdam, 208 p., 13,90 €), il examine le mélange de coercition idéologique et de "consentement populaire actif" qui distingue l'actuelle "lame de fond populiste" en Grande-Bretagne : « Son succès et son efficacité ne reposent pas sur sa capacité à duper des gens naïfs, mais sur le fait qu'il s'attaque à de vrais problèmes, à des expériences vécues et bien réelles (...) tout en étant capable de les représenter dans une logique discursive qui les inscrit systématiquement dans les politiques et les stratégies de classe de la droite ». Le "populisme autoritaire" selon Stuart Hall Le Monde 31 janvier 2008

'Anciennes et nouvelles identités, anciennes et nouvelles ethnicités' 1991

le plus important, avec Stuart Hall, c'est que toute sa pensée de la 'culture' (comme concept historique), des Cultural Studies, se présente dans une « structure à dominante » de classe. Et cela balaye ce qu'on a pu en faire par la suite, y compris dans la fameuse intersectionnalité de class, genre, race. Dans un texte tardif (à retrouver), il dit en substance que les Cultural Studies n'étaient pas pour lui destinées à ce retournement idéologique

l'ancrage marxiste est net : « J’ai essayé, dans cet article [Race, articulation et sociétés structurées 'à dominante'], de rendre compte de l’émergence d’un nouveau paradigme théorique qui, tout en prenant pour orientation fondamentale la problématique marxiste, cherche par le biais de divers moyens théoriques à surmonter plusieurs limitations rencontrées par certaines des appropriations les plus traditionnelles du marxisme – l’économisme, le réductionnisme, l’« apriorisme », l’absence de spécificité historique, etc. –, des limitations qui continuent à miner la portée de certaines réflexions par ailleurs très puissantes, qui ont rendu le marxisme vulnérable en lui faisant prêter le flanc à des critiques justifiées de la part des diverses variantes du monisme économique et du pluralisme sociologique.»

c'est pourquoi nous sommes avec Hall au cœur de la question du comment les luttes sociales peuvent constituer un sujet de classe. Peu importe ici sa position politique, mais ses apports théoriques concrets sur cette question. Je vais extraire une quinzaine de pages de ce texte lumineux, qu'il serait préférable de lire en entier dans son développement et sa richesse

le monde et le capital, l'Occident et les autres

le monde et le capital, l'Occident et les autres

le monde et le capital, l'Occident et les autres

le monde et le capital, l'Occident et les autres

le monde et le capital, l'Occident et les autres

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le monde et le capital, l'Occident et les autres

le monde et le capital, l'Occident et les autres

11 février

avec Stuart Hall 1 tourner la page des marxismes euro-centrés pour comprendre les enjeux actuels

« L'érosion des États-nations, des économies nationales et des identités culturelles nationales correspond à un moment à la fois très complexe et extrêmement dangereux de l'histoire. Les entités de pouvoir sont dangereuses quand elles se développent et quand elles sont sur le déclin [...]. Quand elles se développent, elles engloutissent tout le monde, et quand elles déclinent, elles entraînent tout le monde dans leur chute. Si bien que, quand je parle du déclin ou de l'érosion de l'Etat-nation, je n'entends pas du tout par là qu'il tire sa révérence et quitte poliment la scène de l'histoire. « Je suis désolé, je suis resté bien trop longtemps. je vous présente mes excuses pour tout ce que je vous ai fait - le nationalisme, le chauvinisme, la guerre, le racisme. Vraiment, je m'excuse. je peux y aller maintenant ? » Non, l'Etat-nation ne va pas partir comme ça. Il va bien plutôt s'enfoncer de plus en plus profondément dans un exclusivisme protecteur. »

Ce qu'il est bien important de noter, ici, c'est que, quand les États-nations commencent à décliner sous les coups de boutoir de la mondialisation, ils régressent et donnent naissance à des formes d'identité nationale très défensives et extrêmement dangereuses, dont le moteur est une forme particulièrement virulente de racisme. »

Stuart Hall Le Local et le Global : Globalisation et ethnicité 1991

il y a un an, le 10 février 2014, disparaissait . Je l'avais présenté alors comme pouvant être le maillon manquant d'une approche théorique héritée de Marx, et correspondant à la remontée comme à l'actualité de problèmes que nous ne pouvions saisir dans leurs contradictions sans nous défaire de présupposés marxistes qu'une lecture historisée d'un Marx dans les marges aurait pu épargnée

il est tant d'y revenir à la lumière de l'actualité post-Charlie comme tournant dans la stratégie du capitalisme occidental, et pour intégrer pleinement les dimensions non euro-centrées du marxisme au corpus théorique en chantier

Certains de ses articles les plus importants, parmi lesquels Nouvelles ethnicités, Les Cultural Studies et leurs fondements théoriques ou La redécouverte de l'idéologie, ont été traduits en français et publiés en 2007 dans un ouvrage intitulé Identités et cultures. Politiques des Cultural Studies. Les travaux de Hall croisent la sociologie des médias, la critique marxiste, les cultural studies ou les études postcoloniales et se penchent notamment sur les rapports entre culture, pouvoir et identité culturelle.
Les travaux de Stuart Hall portent sur le conflit dans la domination ainsi que sur la question de l’hégémonie dans les Cultural Studies.
Dans les années 1970, Stuart Hall succède à Richard Hoggart comme directeur du Centre for Contemporary Cultural Studies. Son origine jamaïcaine, son ralliement au marxisme et son rejet du magistrat intellectuel et de l’élitisme en font un universitaire au parcours atypique.

ayant engagé ces jours la lecture de Identités et cultures 2. Politiques des différences, édition établie par Maxime Cervulle, Éditions Amsterdam, 2013, j'ai été surpris d'y trouver des analyses des années 1970-2000 qui permettent de mieux comprendre le tournant historique que connaît le monde aujourd'hui, particulièrement dans le moment actuel où surgissent les contradictions auquelles est confronté le monde capitaliste occidental, et les questions d'identités et d'ethnicités, les particularités à travers lesquelles s'expriment les contradiction de la lutte de classe réelle

le monde et le capital, l'Occident et les autres le monde et le capital, l'Occident et les autres

un extrait Race, articulation et sociétés structurées 'à dominante' Contretemps

« J’ai essayé, dans cet article, de rendre compte de l’émergence d’un nouveau paradigme théorique qui, tout en prenant pour orientation fondamentale la problématique marxiste, cherche par le biais de divers moyens théoriques à surmonter plusieurs limitations rencontrées par certaines des appropriations les plus traditionnelles du marxisme – l’économisme, le réductionnisme, l’« apriorisme », l’absence de spécificité historique, etc. –, des limitations qui continuent à miner la portée de certaines réflexions par ailleurs très puissantes, qui ont rendu le marxisme vulnérable en lui faisant prêter le flanc à des critiques justifiées de la part des diverses variantes du monisme économique et du pluralisme sociologique.
[...]
Dans ce champ d’étude, la « théorie sociologique » doit encore trouver sa voie, et, en un difficile effort de clarification théorique, elle doit parvenir à naviguer entre la Scylla d’un réductionnisme qui s’empresse de nier la quasi-totalité du réel pour expliquer la moindre chose et la Charybde d’un pluralisme tellement fasciné par « tout » qu’il en devient incapable d’expliquer quoi que ce soit. Pour ceux qui en ont le désir, tout reste à accomplir.» Sociological Theories: Race and Colonialism
, Paris, Unesco, 1980

Stuart Hall percevait l’identité comme un processus, non comme une donnée fixe entretien avec Maxime Cervulle, L'Obs 14 février 2014

Il y a eu de fortes résistances en France pour sortir de l’analyse marxiste orthodoxe et du sacro-saint modèle d’explication économique. Cela est en train de changer, les Cultural Studies se diffusent et se développent de plus en plus en France, mais cela explique peut-être pourquoi il a fallu attendre des décennies avant que les textes majeurs de Hall ne soient traduits./ Il a joué un rôle important dans la diffusion en Angleterre du structuralisme et du poststructuralisme (Althusser, Lévi-Strauss, Foucault, etc.)./ Le débat public français se trouve aujourd’hui très loin de ce type de réflexion. On assiste plutôt au déploiement continu de puissantes logiques de racialisation, par exemple à l’encontre des musulmans ou des Roms, et à un déni inouï des inégalités qu’elles produisent.

Stuart Hall, un adieu vers l'avenir, Benjamin Opratko, Site des Indigènes de la République, 7 avril 2014

Une pensée de la diaspora au cœur de l’Empire / Cultural Studies : la compréhension culturelle et quotidienne / Théorie critique du racisme / Hégémonie du néolibéralisme / « Whithout Guarantees » : devenir ce que nous voulons être

Hall ne critiquait pas seulement la domination du Capital, mais également les institutions du mouvement des travailleurs – en particulier là où, par exemple, elles décident de réguler la bureaucratie du Labour Party et l’entrée dans des syndicats, les frontières de ses débats internes, les endroits et les ressources, aux positions de pouvoir. Une politique, même de gauche, qui se base sur une immunisation plutôt que sur la conviction ne mérite pas son nom. À cela s’ajoute un rapport critique, donc réfléchissant et interrogeant ses propres bases théoriques et analytiques. Ainsi, le renouvellement du marxisme doit, selon Hall, également prendre en compte la « relative autonomie » des divers rapports de domination et la logique interne de la lutte pour la reconnaissance de celles-ci, afin de comprendre comment elles participent, à divers niveaux, à la (re)production du capitalisme. Car le capitalisme ne produit pas que des classes « économiques ». Les rapports de classes, la division en une grande majorité d’exploités et une petite élite d’exploiteurs, existe toujours dans sa combinaison avec les rapports de genre, avec les divisions racistes et sexistes.

le concept d'ethnicité et ses deux versants contradictoires

en guise de mise en bouche, extrait de The Local and the Global : Globalization and Ethnicity, 1991

le monde et le capital, l'Occident et les autres le monde et le capital, l'Occident et les autres

on comprend mieux ici comment Temps critiques, par exemple, par méconnaissance des processus à l'œuvre dans les luttes de décolonisation ou des mouvements noirs aux USA, dans la Négritude comme dans le Nationalisme noir, n'a pas saisi dialectiquement  le moment de la reconnaissance d'une identité donné par le maître comme condition de son dépassement (question déjà évoqué avec Achille Mbembé et d'autres). C'est le même aveuglement qui consiste à bouder la naissance en France de résistances 'indigènes', par l'incapacité d'en comprendre le mouvement contradictoire et sa nécessité comme moment d'auto-organisation des luttes, et comme annonçant une montée en puissance de cet aspect de la lutte de classe que nous avons sous les yeux

Stuart Hall se lit sans difficulté majeure, mais sa clarté et sa finesse dialectique recouvrent de profondes novations théoriques élargissant l'analyse des contradictions du capitalisme, et prenant en compte, déjà, d'un point de vue marxiste, celles de genre et d'ethnicité, un concept qu'il a fondé d'une manière qui a peu à voiravec ce qu'on en a fait depuis dans les "Études multiculturelles", un peu à la manière dont celui de genre s'est vidé de sa puissance critique

Stuart Hall avec Marx dans l'appréhension des particularités comme contradictions, contre « le concept d'une logique unitaire et singulière du capital »

le monde et le capital, l'Occident et les autres le monde et le capital, l'Occident et les autres

si mes lectrices n'y voient pas d'inconvénient, je communiquerai d'autres extraits sous cette forme de mauvaises photos. À l'heure de la reproduction massive, gratuite et immédiate, de la théorie révolutionnaire, et du livre numérique, qu'elles veuillent bien m'excuser ce retard générationnel

« Il [le capital] contient et désamorce les institutions de représentation des classes, en les neutralisant, c’est-à-dire en les confinant à des stratégies et à des luttes axées sur la race et en les rendant incapables de surmonter les barrières raciales. Le racisme rend le capital capable de briser toute tentative de construire des moyens alternatifs de représentation qui pourraient être capables de représenter plus adéquatement la classe en tant que tout – contre le capitalisme, et contre le racisme. Les luttes sectorielles articulées par la race continuent au contraire d’apparaître comme les seules luttes défensives   possibles [ce n'est pas mon avis] pour une classe divisée en elle-même, dans son face-à-face avec le capital. Ces luttes sont donc également le terrain à partir duquel se déploie l’hégémonie du capital. Je précise qu’il ne s’agit absolument pas de dire que le racisme serait simplement le produit d’un tour de passe-passe idéologique.» Stuart Hall, Race, articulation et sociétés structurées 'à dominante' 1980

tout ceci est bien sûr à intégrer sans prendre ses désirs pour des réalités, comme si nous avions trouvé un nouveau « sujet révolutionnaire », comme d'autres ont cru pouvoir le faire avec les migrants en eux-mêmes, les émeutes en elles-mêmes, j'en passe et des meilleurs. Stuart Hall y invite expressement à la fin du texte cité de 1991 :

« Attention, je ne suis pas en train de dire que tout va bien, que la révolution palpite dans le cœur des marges, qu'elle est vivante, et que nous n'avons qu'à attendre tranquillement que le local explose et perturbe la marche du global. La mondialisation [Globalization] n'est pas un processus pacifique et pacifié. La mondialisation n'est pas un processus marquant la fin de l'histoire. Elle travaille sur le terrain de la culture postmoderne en tant que formation mondiale, et ce terrain est un espace extrêmement contradictoire. Et en son sein, nous pouvons découvrir la même vieille lutte, même si elle a revêtu de nouvelles formes que nous commençons tout juste à comprendre. Nous sommes face aux sempiternelles contradictions qui accompagnent les choses qui essayent de contrôler d'autres choses, qui, elles cherchent de leur côté à échapper à cet empire. Cette vieille dialectique n'est pas arrivée à sa fin, et la mondialisation n'en marque pas l'achèvement. » P. 52

bref, creuse vieille taupe !

dans ce travail, il importe de s'adresser (à soi) le bon dieu plutôt que ses saints. Il en va d'un nécessaire retour à Stuart Hall édulcoré par ses lectures multi-culturalistes ou post-coloniales sans effectivité théorique révolutionnaire, un retour historisé et non figé dans son époque, comme on a montré savoir le faire avec Marx

 

10 février

le moment présent du capitalisme

De l’impérialisme à l’impérialisme Michel Husson Nouveaux cahiers du socialisme n°13, 2015

avec le même objectif que l'import du texte de Jean Batou (Accumulation par dépossession et luttes anticapitalistes : une perspective historique longue), de façon plus théorique, une interrogation sur « le nouvel impérialisme » actuel

Les théories classiques de l’impérialisme / Les théories de la dépendance / Le grand basculement du monde / Une nouvelle configuration de l’économie mondiale / États et capitaux / Une configuration instable / Hypothèses de travail en guise de conclusion

La mondialisation remet-elle en cause les approches classiques de l’impérialisme ? Telle est la question qui sert de fil directeur à cet article, qui comprend donc deux grandes parties. La première présente une brève revue de ces théories, et la seconde cherche à pointer les caractéristiques de la mondialisation qui rendent nécessaire une actualisation théorique et conceptuelle. Il s’agit de réflexions provisoires qui visent avant tout à esquisser les axes d’une telle actualisation.[...]

Afrique : Redéploiement de l’impérialisme français et sidération humanitaire de la gauche Jean Batou 28 avril 2014

un texte décapant, très argumenté et particulièrement actuel

lire également dans critique de l'économie politique : Accumulation par dépossession et luttes anticapitalistes : une perspective historique longue Jean Batou Contretemps 9 février

11 janvier

la manif' pour tous, une pathologie capitaliste occidentale : une tentative de rafistoler l'impérialisme occidental

si l'on veut trouver un sens à la manifestation d'aujourd'hui, il faut abandonner les rigolades autour de Charlie/pas Charlie et les explications traditionnelles des militants d'extrême-gauche comme anarcho-communistes qui, sans être fausses, ne voient pas ce qu'il y a de nouveau : le capitalisme continue son histoire, et la tragédie coloniale ne se répète pas en  farce à l'ancienne

il n'est pas possible de l'interpréter comme réduite à promouvoir l'unité nationale, l'union sacrée façon 1914 (drôle de guerre pour un anniversaire), en raison de l'invitation et de la participation des chefs d'Etats étrangers

ce n'est pas une manifestation nationaliste

sans quoi inutile d'évacuer le FN, qui a d'autres bonnes raisons de vouloir y participer, et il le fait ailleurs qu'à Paris

ce n'est pas comparable avec la manif anti-Le Pen/pro-Chirac de 2002

ce n'est pas la réplique de cette manifestation, destinée à obetenir le ralliement des voies de gauche à Chirac, contre le danger nationaliste intérieur

ce n'est pas une manifestation mondiale, mais occidentale

c'est une manifestation occidentale par sa composition : si l'on observe la liste des participants (cf casting), hors les partis, syndicats, associations et personnalités françaises, c'est celle de chefs d'Etats étrangers qui est intéressante, ceux qui en font partie ou non. À l'exception de quelques Africains dans la ligne, il n'y aura aucun Asiatique et aucun Sud-Américain

il y aura d'autres manifestions dans les grandes villes européennes, états-uniennes et canadiennes, mais Les Échos n'en titrent pas moins : Charlie Hebdo : des manifestations aussi dans le monde entier

cette manifestion occidentale mêlant populations et chefs d'Etats tente de rallier les populations à la peur du Capital

mettons en parallèle un événement de 2014, sans doute plus symbolique que vérifiable selon les chiffres retenus : la Chine devient la première puissance économique mondiale (infos), elle passe devant les États-Unis

l'idée vient à l'esprit que l'Occident a peur et sert les coudes, ou plutôt que les Etats capitalistes occidentaux veulent entraîner leurs 'peuples' à avoir peur avec eux

peur de quoi ? pour les puissants de perdre leur suprématie, pour les 'peuples' de ne plus en recevoir les miettes

la guerre économique mondiale pour le maintien du taux de profit

dans quel contexte cela arrive-t-il ? celui de la crise économique, crise du capitalisme, en d'autres termes de la possibilité de maintenir le taux de profit, et donc une lutte à mort entre capitalistes pour éliminer les plus faibles, dont 2008 nous a déjà donné un aperçu

les enjeux de présence dans le monde n'ont pas seulement des aspects économiques paisibles mais s'accompagnent de la nécessité de dominer telle ou telle partie du monde, en premier lieu les territoires disposant de ressources minières importantes, pétrole, métaux, agriculture... C'est donc là qu'interviennent les enjeux géo-stratégiques et militaires

la peur de l'Occident capitaliste prépare la guerre sur tous les terrains

la manifestation prépare donc bien les esprits à une guerre multiforme, économique, militaire, sociale et idéologique. C'est ici que les attentats terroristes jouent leur rôle par contre-coup, dans une sorte de complicité objective* vers le « conflit de civilisation » pour sauver nos « valeurs » de « civiliser », « sauver les indigènes » (les bons), comme à la belle époque des conquêtes coloniales au 19ème siècle (cf le texte parlant des attentats en relation avec La « civilisation occidentale » et le lourd héritage du colonialisme)

* on peut m'opposer que cela ressemble aux théories du complot telles que diffusées par Messyan et autres spécialistes russes, italiens... des services secrets, mais dans ce cas il faut trouver une autre explication à cette manifestation historique, qui ne relève elle d'aucun complot. Les informations sur lesquelles je m'appuie sont dans tous les médias, c'est transparent

embarquer les "indigènes"* que sont les Arabes, Musulmans, Noirs vivant en France, de toutes confessions ou convictions dans cette affaire, insister sur leur identité de « citoyens français » comme l'a refait Valls hier, ce n'est pas répondre à leurs besoins sociaux de populations plus que d'autres (« de souche ») touchées par le chômage et la pauvreté, parce que le gouvernement sait que ce n'est plus possible. Il faut donc leur proposer le même contrat qu'aux populations des anciens territoires de l'empire colonial français, en Afrique du Nord et en Afrique noire : bosser pour nous et taisez-vous

* parenthèse impertinente (pas le temps de faire un dessin) : Jeannette Bougrab, ex ministre de Sarkozy et ex. compagne prétendue de Charb, directeur de Charlie Hebdo, protégé par Guéant après l'attentat de 2011, est « née d'un père ouvrier métallurgiste et harki, décoré de la Légion d'honneur à titre militaire ». Elle serait donc la digne héritière de son père en s'en prenant aux Indigènes de la République (cf Non à l’« union nationale » derrière les impérialistes ! Oui à l’« union politique » antiraciste et anti-impérialiste !). Quoi qu'on puisse reprocher au PIR, on mesure dans ces circonstances la différence entre cette tentative d'auto-organisation des "racisé.e.s" de France, et celles des associations intégrationnistes religieuses ou laïques et citoyennes. Le prolétariat ne trouvera jamais son unité sans accepter ce moment comme nécessaire avant de pouvoir le dépasser, et les communistes qui condamnent cette initiative née en 2005 après les émeutes de banlieue se mettent le doigt dans l'œil. C'est le même enjeu qu'aux Etats-Unis sous des formes spécifiques à la France

c'est à la signature de ce contrat de dupes que l'on a assisté dans un enrôlement plus appuyé des représentants religieux de toutes confessions (voir la liste des participants à la manifestation, la présence des boudhistes n'était pas indispensable pour calmer les Chinois de France...), de sorte que les Musulmans soient mieux encadrés, et que les catholiques mettent de l'eau dans leur vin de messe

hypothèse : la question palestinienne, vers un tournant ?

la présence de Netanyahu à Paris, en même temps qu'Obama et les chefs d'Etats Européens, serait-elle le prémisse à un effet d'annonce autour du conflit de Palestine ? Notons que la condamnation par le Hamas de l'attentat et des prises d'otages en France va dans ce sens...

ce serait une partie du contrat pour endiguer les réactions qui ne manqueront pas à la messe occidentaliste de dimanche. Faire un pas, peut-être illusoire, dans un règlement apparent d'un conflit qui dure depuis la fin de la seconde guerre mondiale serait un signe que nous sommes à un tournant historique de l'histoire du capitalisme, et de l'Occident

en attendant...

cette essai de compréhension vaut ce qu'il vaut, il me paraît prendre en compte des éléments objectifs de la situation, tout en s'inscrivant de façon cohérente dans l'approche 'théorique' que j'ai formulée depuis quelques mois. Je note que j'ai sous-estimé, dans mon approche de la 'race' et de la critique de l'Occidentalisme, la question des religions, et que ces événements me la font raccrocher sans changer le fond de mes considérations, mais en leur donnant plus de chair empirique

bonne Manif' pour tous aux Occidentaux !

le monde et le capital, l'Occident et les autres

10 janvier 2015

La « civilisation occidentale » et le lourd héritage du colonialisme Pierre Beaudet 9 janvier extraits

La tuerie du 7 janvier à Paris restera dans la mémoire comme un acte criminel contre la liberté d’expression. Charb, Cabu et les autres animateurs de Charlie-Hebdo nous avaient pendant des années fait réfléchir avec leur humour décapant. Aujourd’hui que la droite et l’extrême-droite les sanctifient comme des victimes des ennemis de la « civilisation », ils doivent rire jaune quelque part dans les nuages du firmament, eux qui avaient dénoncé le colonialisme tellement prisés par les nostalgiques du colonialisme.

Ces mêmes victimes se retourneraient également dans leur tombe en lisant Christian Rioux (Le Devoir, 9 janvier) qui lance un appel, au nom de Molière, à la défense de la « civilisation » française, pour ne pas dire « occidentale », menacée selon lui par l’islam radical. Il faut être vraiment malhonnête pour présenter la France comme le « royaume des libertés ». La France « moderne » est la fille de plusieurs centaines d’années de prédations coloniales, qui ont commencé avec le « triangle de la mort » imposé à l’Afrique et aux Amériques, dès le 17e siècle. Les régimes français y compris ceux qui sont apparus après la révolution de 1789 ont mis en esclavage des millions d’Africains. Ils ont perpétré des génocides oubliés dans les Amériques. Le capitalisme « moderne » a pris forme dans ces horribles plantations qui ont fait la fortune des marchands français. Par la suite au 19e siècle, la France s’est lancée dans d’autres épouvantables aventures coloniales, en Afrique du Nord notamment et au Vietnam, où des centaines de milliers de personnes ont été tuées, dépouillées, transformées en semi-esclaves. Dans ces pays, on se souvient encore de l’armée française qui prenait en otage les populations dans les zones dites rebelles pour les enfumer à mort. Rappelons aussi que l’État français pratiquait ces prédations au nom de la « civilisation » et du « progrès », pour sauver les colonisés de la « barbarie. Jusque dans les années 1960, la France coloniale a fait la pluie et le beau temps en dépit de l’opposition en France même, de la part de résistants dont Charlie-Hebdo ont été les héritiers.

[...]

Depuis quelques temps, la France, de Sarkozy à Hollande, a décidé de s’aligner totalement sur la guerre sans fin orchestrée par les États-Unis au nom de la lutte contre le « terrorisme ». La France « civilisée » semble préférer défendre « ses » investissements dans son pré-carré post colonial, en Afrique notamment, tout en participant au soutien aux dictatures en Irak, en Afghanistan, en Arabie saoudite. Pour les « socialistes » français, on ajoute que tout cela se fait encore une fois au nom de la « civilisation », pour « sauver les indigènes ». En réalité, les exactions de l’État islamique ou d’Al-Qaida sont encore « pâles » à comparer à ce que font les avions américains et leurs supplétifs locaux sur le terrain qui tuent, violent et torturent des milliers d’Irakiens, de Syriens, de Palestiniens, de Yéménites, d’Afghans…

Est-ce que cela « excuse » les partisans de l’Etat Islamique ? Certainement pas. En plus de violer les droits par des pratiques sectaires et meurtrières, ces mouvements en fin de compte font le jeu des puissances, puisqu’ils leur permettent de prétendre agir « pour sauver les Afghanes », pour reprendre un exemple bien connu. Or des organisations populaires dans cette région du monde luttent et résistent. Elles se battent dans des conditions d’une incroyable adversité à la fois contre des régimes pourris appuyés par les États-Unis et ses alliés-subalternes comme la France et le Canada, et contre des organisations terroristes qui se réclament de l’islam politique. On ne les entend pas, on ne les appuie pas. Pourquoi ?

Aujourd’hui pour être loyal à la tradition de Charlie-Hebdo, il faut empêcher une dérive autoritaire et anti-immigrante au nom de la « civilisation ». Il faut isoler des éléments terroristes tout en faisant échec aux politiques de la guerre sans fin mises en place par les puissances, et qui sont à la base de notre monde à la dérive. Il faut mener la bataille des idées contre l’islamophobie reproduite à longueur de journée par des médias complaisants pour accentuer le tournant vers la droite. Cela ne sera pas simple …

en relation Je suis Charlie-Gaza-Palestine, Fuck Obama et Netanyahu 

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je ne suis pas Voltaire : sur le racisme inconscient ou non d'une certaine défense de la liberté

beaucoup de références à Voltaire au nom de la liberté d'expression et de la critique des religions, concentrées dans cette phrase

« Nous refusons de voir l'impertinence, l'humour et la liberté d'expression réduites au silence dans le pays de Molière et de Voltaire.» Une marche républicaine dimanche, La Dépêche 10 janvier

on la trouve aussi bien dans le Réseau Voltaire du complotiste Meyssian, que de Boulevard Voltaire, site identitaire qu'ici ou là qu'on voudrait naïve, jusque chez les anarchistes de la CNT-AIT hier : « Pourtant, toutes les religions sont porteuses d’actes fanatiques et criminels, Voltaire l’écrivait déjà : "Ceux qui font croire des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités."» source Mondialisme.org

on la trouve naturellement souvent référencée par ceux qui soutiennent sans réserve l'esprit Charlie Hebdo

Voltaire fondateur du racisme idéologique au service de l'Occident blanc capitaliste

parmi tous ceux-ci, et d'autres, on pourrait se demander qui sait vraiment que Voltaire est, à l'époque des Lumières et de la montée de la classe bourgeoisie capitaliste, un des premiers et plus virulents inventeurs des races, celle des autres de l'Occident. Pour s'en faire une idée, j'invite à parcourir cette page sur le thème récurrent du racisme dans l'œuvre de Voltaire : la critique de la religion est inséparable chez Voltaire de son racisme fondateur de l'idéologie occidentale qui accompagne l'esclavage et le colonialisme, ce qu'on montré tous ceux qui se sont penchés sur la question. Qu'au 21ème siècle, une bonne part de ceux qui pensent se battre pour la liberté l'émancipation humaine y soient aveugles est sidérant, et nos frères et sœurs "indigènes" n'ont pas de leçons à recevoir de leur ignorance immaculée

le monde et le capital, l'Occident et les autres

quant à la critique radicale de la religion, j'invite à réfléchir sur la manière de la conduire. Des rationnalistes purs et durs de la Libre Pensée aux obsessions de Charlie Hebdo, en passant par les bouffe-curés en tous genres, on est assez loin du double sens de la célèbre formule de Marx, « La religion est l'opium du peuple »

«  La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclut. Elle est l’opium du peuple.
 L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce à une situation illusoire, c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions.
 La critique de la religion est donc dans son germe, la critique de la vallée des larmes, dont l’auréole est la religion. La critique de la religion détruit les illusions de l’homme pour qu’il pense, agisse et façonne sa réalité comme un homme sans illusions parvenu à l’âge de raison, pour qu’il gravite autour de lui-même, c’est à dire autour de son soleil réel. La religion n’est que le soleil illusoire qui gravite autour de l’homme tant que l’homme ne gravite pas autour de lui-même »
Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel 1843 une analyse : « La pensée marxiste s’inscrit en effet d’emblée dans un athéisme critique qui définit la croyance religieuse comme une fiction et une aliénation. La religion exprime bien une attente humaine, révèle une détresse qu’elle permet finalement de calmer. Elle est au fond une sorte de consolation. »

les bouffe-curés ne sont pas toujours ennemis du fanatisme et du capital

le rationnalisme exacerbé de l'athéisme militant, d'une part, n'a jamais convaincu personne d'abandonner sa croyance en un dieu, et d'autre part a pu s'accommode aussi bien à la pensée anarchiste révolutionnaire qu'à des théories de la droite bourgeoise, dans laquelle on ne trouve pas que des culs-bénis

je ne reproche pas à Charlie Hebdo son combat pour la liberté contre les fanatismes religieux, mais sa manière indiscernable de le faire. Certains dessins ne me posent pas de problèmes, quand ils pointent sans ambiguïté les intégristes de tous bords, mais je désapprouve ceux qui assimilent toute croyance religieuse à ce fanatisme, parce que c'est complètement contre-productif

quand je lis la Une d'un journal, j'ai systématiquement une double approche : ce que j'en pense à titre personnel, ce que cela me fait - rigoler, approuver, désapprouver... -, et ce que cela va produire en fonction des objectifs de mon combat. En tant que critique militant pour une cause, il est bon d'avoir un minimum de sens politique plutôt qu'une approche narcissique de jeune ou vieil adolescent

sans être convaincu par le résultat, on peut quand même reconnaître que la "théologie de la libération" en Amérique du sud a su accompagner ou motiver, en mariant marxisme et catholicisme, les luttes prolétariennes, et l'on a pu vérifier depuis plus d'un siècle vérifier que des prolétaires ou des colonisés croyants ont pris toute leur place dans la lutte de classe et contre le colonialisme

se faire plaisir ou poursuivre un objectif sans faire de concession ?

quand on mène un combat, une chose est de se faire plaisir et d'amuser ceux qui sont a priori convaincus - pour autant qu'ils apprécient un humour gras et sexiste très français, nonobstant son mépris des beaufs -, une autre est de s'interroger de façon responsable sur ce que cela produit. C'est une critique que j'ai toujours faite à mes camarades y compris quand j'en changeais, de ceux du PCF aux communisateurs, parce qu'on est toujours comptable des effets qu'on produit, et plus encore quand ils vont en sens contraire de ce que l'on voulait

Charlie Hebdo raciste ?

une chose est la critique de la religion, une autre l'image véhiculée par les dessins de Charlie Hebdo des Arabes, 'Noirs' et Juifs. Moi je constate qu'ils portent les mêmes caractères caricaturaux rencontrés dans l'iconographie raciste française depuis deux siècles, y compris sous Pétain. A ceux que cette affirmation dérangerait, je suggère simplement de s'interroger sincèrement avant d'y voir un piteux amalgame

en passant : « Charlie Hebdo », la liberté d’expression et l’islamophobie 20 septembre 2012, par Alain Gresh

au cœur de l'Union sacrée inter-classiste, un impensé occidental

j'ai déjà abordé cette question abondamment dans mes dossiers sur la critique du racialisme, l'invention de la race... et c'est donc dans la continuité de la nécessaire articulation entre classe, genre, et races, dans l'articulation entre pensée occidentale et le capitalisme que j'analyse ce qui se passe actuellement du point de vue des enjeux idéologiques. Cette question est au cœur profond de la construction de l'Union sacrée inter-classiste, cette instrumentalisation de la compassion humaniste aveugle aux intérêts sous-jacents au capital, à son besoin d'un "conflit de civilisation" dans lequel le fanatisme religieux et l'oubli du prolétariat sont les deux faces d'une même monnaie

 

9 janvier 2015

la grande intox : attentats terroristes dans le monde en 2014 source

359 dont 8 en Occident (+ Israël) soit 2,2% / 132 en pays à populations musulmanes soit 37% /

4024 morts dont 19 en Occident (+ Israël) soit 0,5% / 8 à 9 morts par jour / 1015 morts en pays à populations musulmanes / 1013 au Nigéria...

janvier 37-543 morts / février 44-587 / mars 24-510 / avril 14-208 / mai 19-339 / juin 42-348 / juillet 1->100 / août 1-31 / septembre 3-85 / octobre 8-82 / novembre 30-613 / décembre 33-468

le supposé « conflit de civilisation » fait 50 fois plus de victimes en pays à populations musulmanes. Comment celles-ci pourraient-elles en être responsables, et soutenir les terroristes islamistes dont elles sont les premières victimes ?

je n'ai pas décompter les victimes musulmanes notamment civiles des interventions militaires euro-américaines

en relation, pourquoi "je suis Charlie" provoquera l'inverse de ce qu'il prétend, et beaucoup fabriquent, à leur insu, le "conflit de civilisation" qu'ils redoutent :

Dire "je suis Charlie", c'est jeter de l'huile sur le feu

Ces morts que nous n’allons pas pleurer Mathias Delori, Chercheur CNRS

l'auteur s'appuie sur les analyses de Judith Butler après le 11 septembre 2001, il conclut :

ces cérémonies de commémoration ne sont pas triviales. Derrière leur paravent de neutralité positive, elles sont des actes symboliques performatifs. Ces cérémonies nous enseignent quelles vies il convient de pleurer mais aussi et surtout quelles vies demeureront exclues de cette économie moderne et humaniste de la compassion.

Appliquée à l’actualité française, l’étude de J. Butler apporte un éclairage  sur la réaction officielle et dominante - c’est-à-dire « humaniste » et « compatissante » - au drame de la rédaction de Charlie Hebdo. Cette analyse invite à se décentrer et à s’interroger sur les effets de ces discours et gestes de compassion. Or il n’est pas certain que les effets mis en avant par les partisans de ce discours soient les plus importants. On nous explique que ces discours de sympathie et ces gestes de compassion peuvent aider les familles de ce drame à accomplir leur deuil. Mais ces familles (et les lecteurs de Charlie Hebdo qui ont noué des liens d’attachement à ces victimes) ne préféreront ils pas faire ce travail dans l’intimité ? On nous dit ensuite que ces discours et ces gestes sont une manière de réitérer le principe de la liberté d’expression. Mais qui pense réellement que ce droit fondamental soit aujourd’hui menacé en France, notamment quand celui-ci consiste à caricaturer la population musulmane, laquelle est - et restera vraisemblablement dans les moments à venir - fréquemment moquée, caricaturée et stigmatisée ?

Le travail de J. Butler nous enseigne que ces discours et ces gestes produisent plus certainement des effets belligènes.

Pourquoi cet unanimisme, dans la presse de ce matin, au sujet de la nécessité de ne pas baisser les pouces dans le cadre de la guerre (militaire et non métaphorique) au terrorisme islamiste ?

Cette économie sélective de la compassion produit un deuxième type d’effet en ce qui concerne la perception de la violence d’État occidental. Les discours communautaristes ou racistes ont ceci de particulier qu’ils mettent bruyamment en scène la violence qu’ils déploient. À l’inverse, le discours moderne et humaniste est aveugle par rapport à sa propre violence. Qui a une idée, même approximative, du nombre de morts générés par la guerre américaine en Afghanistan en 2001, par celle des États-Unis et du Royaume-Uni en Irak en 2003 ou encore par l’intervention de la France au Mali en 2013 ? L’une ou l’autre de ces guerres était peut-être légitime. Mais le fait que personne ne soit capable de donner une estimation du nombre de morts qu’elles ont généré doit nous interroger. Dans ces moments où nous sommes submergés par les émotions, il peut être intéressant de penser à tous ces précédents et à ces morts, à venir, que nous n’allons pas pleurer.

le monde et le capital, l'Occident et les autres pour de bonnes ou mauvaises raisons...

Je ne suis pas Charlie. Et croyez-moi, je suis aussi triste que vous

Personne ne veut voir que la plus grosse fabrique à soldats d'Al Qaeda sur notre territoire, c'est la PRISON. Personne n'a compris que la France n'a pas basculé en 2015, mais il y a dix ans déjà, lors des émeutes. Personne ne veut voir que nous vivons encore les conséquences lointaines de l'immense humiliation coloniale et post-coloniale, et que vos leçons de "civilisation" et de "liberté d'expression" sont de ce fait inaudibles pour certains de ceux qui l'ont subie et la subissent ENCORE.

Et on continue à se raconter des histoires, après la fiction des Bleus de 1998, après le mythe du "Front républicain" de 2002, en agitant cette fois-ci comme un hochet la liberté d'expression, dernier rempart d'une collectivité qui n'est plus capable de se donner comme raison d'être que le droit fondamental de se foutre de la gueule des "autres", comme un deus ex machina qui allait miraculeusement réifier cette "unité nationale" réduite en lambeaux.

Vous n'arriverez pas à reconstruire la "communauté nationale" sur ce seul principe, fût-il essentiel. Je vous le dis, vous n'y arriverez pas. Car ce n'est pas CA notre problème. Notre problème, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait plus personne en France qui n'ait tellement plus rien à espérer et à attendre de son propre pays natal au point d'en être réduit à n'avoir pour seule raison de vivre que de tuer des gens en masse, chez nous ou ailleurs.

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4 janvier 2015

Genre et colonialité – définitions Joëlle Palmieri 3 janvier

Au final, on peut définir la colonialité ainsi : ensemble de relations sociales produites par la reproduction patriarcale de la mondialisation, du capitalisme et de l’occidentalisation, et antérieurement du colonialisme, et produisant un déracinement épistémique, c’est-à-dire hiérarchisé des savoirs faisant ignorance.

Femmes francophones et paradoxes de la crise économique mondiale : le pouvoir des détournements Joëlle Palmieri 4 décembre 2014

Les femmes, en tant que gardiennes du foyer, assument un rôle qui entretient une ambivalence entre responsabilité et exclusion des modes de prise de décision. Cette ambivalence révèle l’étroitesse de l’intersection entre la sphère privée et la sphère publique. Autrement dit, au Nord comme au Sud, tant que les responsabilités, y compris celles liées à la prise en charge de la survie des populations et du pays, se situent dans le privé – éducation, santé, nutrition… –, et les solutions d’organisation collective de ces responsabilités – caisse d’épargne, mutuelle de santé, services de proximité… – demeurent à une échelle familiale, dite « d’usage », la reconnaissance des savoirs et des acquis liés à ce rôle est négligée. Dès qu’elle forme masse, cette prise de responsabilités est soustraite par les représentants mâles au pouvoir, à savoir les chefs religieux ou l’État. Les rapports de pouvoir au sein des relations sociales jouent alors amplement leur rôle de maintien des hommes aux postes de prise de décision, là où le savoir est sacralisé, et des femmes au foyer, quitte à accentuer leurs difficultés à fréquenter les écoles ou les lieux sociaux, espaces d’apprentissage des savoirs dominants et reconnus.

Parallèlement, en n’étant pas publics, les détournements économiques des femmes de la « base » créent contrepouvoir, et ce pouvoir alimente une informalité, produit et productrice à son tour de paradoxes, en contexte mondialisé. Cette informalité interroge les dérégulations des systèmes macro-économiques en œuvre et les rapports de pouvoir qui les structurent. On peut dire qu’elle interroge la crise économique mondiale.

Quand le genre ne rime pas avec l’héritage colonial français 24 novembre

Une fois de plus, il s’agit d’égalité de droits au mieux, très loin du questionnement des identités de genre ou encore des rapports sociaux alloués de genre : les hommes à la sphère publique, les femmes toujours et encore à la sphère privée, pourvoyeuses des usages nécessaires à la survie du système global. Bref, rien de nouveau sous le soleil de l’institutionnalisation du genre. [...] J’en suis à me demander si l’héritage colonial – disons-le, français – de cette organisation leste à un point tel les rapports de domination dans les relations sociales, notamment entre hommes et femmes, qu’il ne lui est pas possible de se détacher de son histoire paternaliste monarchique. Ça me fait froid dans le dos. Et je n’aborde même pas les divisions de classe et de race… Vous avez dit retard ? Moi je dis ambition rétrograde.

À propos de Joëlle Palmieri

un jalon important dans l'intérêt tardif en France pour le post-colonialisme, les subalterns studies, et le dé-colonialisme

Qui a peur du postcolonial ? Dénis et controverses Mouvements n° 51, mars 2007 Texte intégral Textes html et PDF

le monde et le capital, l'Occident et les autres

Editorial : le tournant postcolonial à la française

I / France : la difficile mue postcoloniale
Vers un mouvement français des droits civiques ? par François Durpaire
Chemins de traverse. Vers une reconnaissacne de la postnationalité en France, par Alec Hargreaves
La quête pathétique des postcolonial studies ou la révolution manquée, par Christine Chivallon
La fracture coloniale : retour sur une réaction, par Nicolas Bancel et Pascal Blanchard
Savoirs et pouvoirs. Les enjeux du débat postcolonial en France aujourd'hui. Table ronde avec Romain Bertrand, Jean-Luc Bonniol et Nacira Guénif-Souilamas
Contrepoint : L'histoire coloniale en débat : examen d'une Belgique en repentir, par Florence Gillet

II / Perspectives coloniales d'ici et d'ailleurs
Document : Notes sur le postcolonial (1992), par Ella Shohat
De l'Atlantique noir à la mélancolie postcoloniale, entretien avec Paul Gilroy
Approches postcoloniales de l'esclavage et de la colonisation, par Françoise Vergès
« Race » et colonialité, par Anibal Quijano
Critique postcoloniale et pratiques politiques du féminisme antiraciste, par Ochy Curiel
Les enjeux de la figuration de Lumumba. Débat postcolonial et discours en contrepoint chez Césaire et Sartre, par Buata Malela
Décoloniser les structures psychiques du pouvoir. Entretien avec Achille Mbembe

III / Lire le postcolonial
Où vont les études postcoloniales ? - Clemens Zobel et Maria-Benedita Basto
Stuart Hall : une grande pensée critique enfin traduite - Anaïs Kien
La bibliothèque postcoloniale en pleine expansion - Jim Cohen

un petit historique de l'introduction en France Quelles possibilités pour les études postcoloniales en France ?  par Jim Cohen et Maria-Benedita Basto Africultures n°72 2008

2 janvier 2015

quelques textes explicatifs ou alimentant les débats

Où vont les postcolonial studies ? Jacques Pouchepadass 2007

La portée contestataire des études postcoloniales Entretien avec Jacques Pouchepadass PDF septembre 2011

C.L.R. James : vers un matérialisme postcolonial Matthieu Renault Revue Période

Provincialiser l'Europe, La pensée postcoloniale et la différence historique Dipesh Chakrabarty

le monde et le capital, l'Occident et les autres

Marxism, postcolonial studies, and the tasks of radical theory Vivek Chibber interview International Socialist Review

Postcolonial Theory and the Specter of Capital Vivek Chibber

le monde et le capital, l'Occident et les autres la conclusion de "Postcolonial Theory and the Specter of Capital" (2013) Contretemps

L’universalisme, une arme pour la gauche (contre l'obsession des particularismes culturels) Vivek Chibber, Monde Diplomatique mai 2014

Combien d’histoires du travail ? Vers une théorie du capitalisme postcolonial Sandro Mezzadra Revue Période

autres textes de Sandro Mezzadra sur Cairn Info, des textes très intéressants sur la place des migrants dans la lutte contre le capital aujourd'hui, les apports de WEB Dubois, les notions de frontières intérieures, d'inclusion différentielle, les rapports avec le concept de Multitude de Negri/Hardt... et la multiplicité des fronts mettant en cause l'essence du capitalisme

« Les frontières se dématérialisent au point de traverser nos vies mêmes » Sandro Mezzadra Mediapart juin 2014

L’homme de la frontière Entretien avec Sandro Mezzadra Vacarme 21 octobre 2014

En 2013 se produit une rupture. Certains (dont Toni Negri et moi) étaient de moins en moins satisfaits du langage conceptuel porté par les mouvements sociaux italiens, notamment ceux qui venaient de l’autonomie des années 1970. Confrontés à la crise financière de 2007-2008 qui révélait la nouvelle nature du capitalisme, observant les limites des luttes et des pratiques, nous avons jugé que beaucoup de nos outils théoriques n’étaient plus efficaces, notamment l’idée du noyau luttes ouvrières/crise/développement, centrale depuis la publication en 1966 de Operai e Capitale de Mario Tronti. Il nous semblait nécessaire d’expérimenter et d’interroger le travail théorique mené depuis le début des années 1990, e.g. les concepts de post-fordisme et de capitalisme cognitif, et d’entamer le dialogue avec de nouveaux courants de pensée critique, du post-colonialisme au féminisme radical.

De la postcolonie et des femmes : apports théoriques du postcolonialisme anglophone aux études féministes Danielle Haase-Dubosc and Maneesha Lal NQF 2006

le monde et le capital, l'Occident et les autres 2008 extraits Google Book

Table des matières :
Berger, Anne E. : Pour commencer, le(s) lieu(x) et le(s) moment(s)
Varikas, Eleni : Genre et postcolonialismes : des questions d'actualité brûlante

Première partie : Préhistoires du "postcolonial" et régimes de sexualité.
Frader, Laura L. : La production des savoirs sur "l'Orient" : la préhistoire du postocolonial ?
Carby, Hazel V. : "À l'aube de l'ère féminine" : lynchage, empire et sexualité dans la théorie féministe noire
Cottias, Myriam : Un genre colonial ? Mariage et citoyenneté dans les Antilles françaises (XVIIe-XXe siècles)

Deuxième partie : Le(s) genre(s) de la nation postcoloniale :
Bouyahla, Makk : L'identité algérienne ou les ambiguïtés de la nation postcoloniale
Ali Benali, Zineb : Insurgées silencieuses. Éléments pour des études de genres en Algérie
Butalia, Urvashi : Mona's story

Troisième partie : Écriture, féminité, postcolonialité :
Gendreau-Massaloux, Michèle : Ambiguïtés de la représentation du féminin chez Jacques Roumain
Melas, Natalie : Témoignage de la femme somnambule : l'ironie du postcolonial au féminin
Setti, Nadia : Mondialités au féminin : écritures migrantes entre ici et ailleurs

Quatrième partie : Limites du discours postcolonial :
Coursil, Jacques : Le paradoxe francophone et le discours postcolonial
Dubreuil, Laurent : L'impossible généalogie du métissage
Thompson, Ashley : Théories post-cosmopolitiques : différence sexuelle, vernacularisation et fabrique du Cambodge
Stoler, Ann Laura : Beyond sex. Bodily exposures of the colonial and postcolonial present
Cheah, Pheng : Female subjects of globalization
Ivekovic, Rada : Traduire les frontières. Traduction et subjectivation

31 décembre 2014

la tradition marxiste et l'impensé de l'Occident

depuis un an, poser la question de la race a permis de renouveller ma perception du capitalisme héritée du marxisme traditionnel, y compris dans les approches critiques de la restructuration prenant en compte la disparition de l'identité ouvrière et du communisme programmatique *, prises qu'elles sont dans leur impensé de l'Occident, de sa domination idéologique déterminant jusque-là l'histoire du capitalisme

* sont particulièrement concernés la Critique radicale de la valeur, le Courant communisateur, Temps Critiques... Quant aux marxistes plus officiels, à la mouvance trotskiste, s'ils y sont plus sensibles (ex le site Contretemps), on ne voit rien sortir d'autres, en termes stratégiques et politiques, que l'alternative démocratique et l'idéologie des Communs, autrement dit envisageant une transition, une phase historique de pouvoir prolétarien ou populaire étatique ou auto-gestionnaire

l'exploitation perdue de vue par les approches intersectionnelles ou dé-coloniales ?

ce travail a été engagé depuis des décennies, à la faveur des luttes contre le colonialisme et le néo-colonialisme et son héritage, par les théories partant du marxisme sous le nom d'études multiculturelles, intersectionnelles ou dé-coloniales. Pour ce que nous en connaissons, ces approches ne dépassent pas non plus la perspective d'une alternative démocratique anti-capitaliste

la trilogie devenue classique classes/genre/race est constamment menacée de perdre de vue la totalité du capital comme contradiction capital/prolétariat, pour verser dans une critique des dominations mises sur un même plan et abandonnant le cœur du système, l'exploitation

les limites de la critique du racisme, de l'intersectionnalité classes/genre/race comme particularités

pourtant, l'approche par la race, la critique du racisme, plus historique, phénoménologique et empirique que structurelle, trouve sa limite en ce qu'elle porte sur un niveau de particularités, mais n'est satisfaisante ni au niveau général, ni au niveau singulier (les individus). Sur le plan général, elle ne parvient pas à poser essentiellement le rapport entre la structure du capital global et la domination de l'Occident. S'il est exclus de poser comme central une "lutte des races" dans laquelle seraient embarqués tous ceux qui diffèrent par la couleur de la peau, l'origine ethnique ou les croyances religieuses, il n'empêche que si le racisme est structurel, systémique, c'est toujours quelqu'un qui est ou non raciste, face à quelqu'autre qu'il considère d'une autre couleur (race, ethnie, religion, nationalité...), avec la spécificité de la 'race blanche' dans le contexte de la domination occidentale

le couple identité/altérité enjeu d'un changement historique dans le capitalisme et pour les combats communistes

tant le niveau général (l'Occident et les autres) que celui des individus conduisent à interroger la relation identité/altérités 

pour le projet communiste, le dépassement de l'individualisme du capital en individualité de la communauté humaine suppose d'en saisir la perspective par les deux bouts : celui du tout et celui des individus, ce que j'ai esquissé dans abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individusindividualités et singularités communistes, où est le problème ? et à divers endroits concernant le racisme par exemple (un problème rencontré de façon récurrente est d'où parle-t-on du tout ? en sachant que d'autres en ont une autre perception sur laquelle ils peuvent construire d'autres approches théoriques, auxquelles il est nécessaire de confronter la sienne, avec lesquelles il importe de dialoguer avant de les invalider a priori

du point de vue méthodologique, ces trois niveaux (général, particularismes, individualités) invitent à questionner la représentation que nous en avons selon le point de vue qui est le nôtre, et rejoint par conséquent la question de l'identité/altérité. Par exemple, le fait d'être comme moi un homme blanc de couche moyenne, d'un certain âge...

mon intuition est que ce qui se passe autour de l'identité/altérité ("repli identitaire", "communautarismes"...) doit s'analyser de façon dialectique comme une contradiction en mouvement liée à la question du rapport entre Occident et Capitalisme, et dans ce rapport aux mutations en cours dans la composition du prolétariat, ses luttes, non seulement dans le rapport de production (l'exploitation directe), mais à travers les phénomènes migratoires massifs (provoquant segmentations et nouveaux enjeux des luttes y compris dans les "centres" occidentaux), et le rapport à la terre comme ressource. Contradiction dialectique à entendre aussi comme négativité/positivité au présent, et non comme devant aboutir à une communisation table rase sur laquelle reconstruire une positivité en partant de zéro

* qu'en est-il d'une possible montée en puissance d'un capitalisme à base chinoise voire indienne, compte tenu notamment de leur démographie ? cf restructuration du capital mondial : et la Chine ?

un rapport structurel Occident/Capitalisme ?

le capitalisme, s'il n'est pas qu'une production occidentale, est-il soluble dans un nouvel ensemble dont les fondements culturels échapperaient à l'occidentalisation inachevée du monde, alors même que la domination réelle de la société par le capitalisme, si elle est totale, n'est pas absolue * ? Autrement dit, quel est le rapport entre invariants de l'Occident et invariants du Capital, et comment évolue ce rapport aujourd'hui ?

nous avons par conséquent besoin d'un angle d'analyse différent, d'approfondir la structure d'ensemble sur laquelle repose le capitalisme en tant qu'il trouve son origine et ses concepts dans l'histoire longue de ce qu'on nomme l'Occident.  Il nous faut observer ce que produisent les luttes de ce point de vue, rapporté jusqu'ici de façon réductrice à la trilogie intersectionnelle classes/genre/race, pour tenter d'en percevoir la portée relativement à la structure globalisée du capitalisme dans son rapport à la domination occidentale jusqu'ici

rappel

29 mars 2014

Idéologie, racisme, intersectionnalité. Une invitation à lire Stuart Hall Kolja Lindner

« L’important et long texte de Hall sur le racisme qui propose, comme le présent article, une analyse intersectionnelle des rapports de classe et de race, reste pour l’instant inédit en français. L’ensemble qu’il forme avec les analyses des identités ethniques, du multiculturalisme et de la postcolonialité présente la troisième préoccupation de l’œuvre de Hall »

à la croisée du marxisme, des Cultural Studies, des cultures populaires et de la critique de la 'race', Stuart Hall est mort le 10 février dernier. Concernant l'idéologie, il est considéré comme un héritier d'Althusser. « Son origine jamaïcaine, son ralliement au marxisme et son rejet du magistrat intellectuel et de l’élitisme en font un universitaire au parcours atypique.»

le monde et le capital, l'Occident et les autres

tenons-nous, avec Stuart hall, le chaînon théorique manquant concernant la structuration du capitalisme par le racisme ?

Stuart Hall "Race, articulation et sociétés structurées 'à dominante' "(extrait) Contretemps 2014

Race, articulation and societies structured in dominance Texte complet en anglais

« J’ai essayé, dans cet article, de rendre compte de l’émergence d’un nouveau paradigme théorique qui, tout en prenant pour orientation fondamentale la problématique marxiste, cherche par le biais de divers moyens théoriques à surmonter plusieurs limitations rencontrées par certaines des appropriations les plus traditionnelles du marxisme – l’économisme, le réductionnisme, l’« apriorisme », l’absence de spécificité historique, etc. –, des limitations qui continuent à miner la portée de certaines réflexions par ailleurs très puissantes, qui ont rendu le marxisme vulnérable en lui faisant prêter le flanc à des critiques justifiées de la part des diverses variantes du monisme économique et du pluralisme sociologique.» [...]

le monde et le capital, l'Occident et les autres Le capital reproduit la classe comme un tout, y compris ses contradictions internes – comme un tout structuré par la race

« Il [le capital] contient et désamorce les institutions de représentation des classes, en les neutralisant, c’est-à-dire en les confinant à des stratégies et à des luttes axées sur la race et en les rendant incapables de surmonter les barrières raciales. Le?racisme rend le capital capable de briser toute tentative de construire des moyens alternatifs de représentation qui pourraient être capables de représenter plus adéquatement la classe en tant que tout – contre le capitalisme, et contre le racisme. Les?luttes sectorielles articulées par la race continuent au contraire d’apparaître comme les seules luttes défensives possibles pour une classe divisée en elle-même, dans son face-à-face avec le capital. Ces luttes sont donc également le terrain à partir duquel se déploie l’hégémonie du capital. Je précise qu’il ne s’agit absolument pas de dire que le racisme serait simplement le produit d’un tour de passe-passe idéologique.» [suite]