1968 année libre

 

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1968 année libre 

20 décembre 2014

années soixante, pas toujours libres...

du point de vue du "jazz" et environs de la musique d'origine afro-amériacine, les années 60 ne se définissent pas entièrement sous un style les caractérisant. Même si l'on écarte les genres musicaux apparus avant dont les initiateurs sont encore actifs, ces courants évoluent eux-mêmes, y compris sous le nom de jazz, vers des formes qui ont peu ou rien à voir ou devoir avec ce qu'on a nommé "free-jazz". Ce sont les musiques dont j'ai traité dans 1968 année moderne et au-delà

free-jazz, une définition ?

définir le "free-jazz" est d'autant difficile que la catégorie n'a pas été forgée par les musiciens qu'on y a rangé, dont un bon nombre ont joué des musiques, jazz ou autres, qui n'en ressortaient pas selon les canons de la critique. Des dizaines d'instrumentatistes que nous avons croisés en compagnie de musiciens de jazz "classique" ou "moderne" participent eux-mêmes occasionnellement à des sessions d'enregistrements ou à des concerts labellisés "free-jazz"

des novations musicales réelles

pour autant, il y a aussi des musiciens qui se sont considéré engagés par ce courant musical, notamment ceux qui avaient vraiment inventé quelque chose de nouveau : une New Thing. Ils sont irréductiblement liés, aujourd'hui encore, au free-jazz de cette période, y compris quand leur chemin les a portés ailleurs, assez souvent des courants underground qui perdurent et font la force du "jazz" autant et plus que les programmes des radios spécialisées dans la musique pour bouchons automobiles

le "free-jazz", pour le meilleur n'a été libre que de se libérer des formes anciennes sur tous les plans qui constituent le jazz précédent, en termes d'harmonie, de rythme, de mélodie, de structure... ceci à divers degrés, et c'est pourquoi il a donné lieu alors à des polémiques sans fin entre "- c'est du n'importe quoi" et "- je (ou tu) n'y comprends rien". Mais aucun musicien nul n'y faisait long feu, et le degré de connaissances ou de techniques ne permet pas de discerner le "free-jazz" du reste, d'autant qu'une nouvelle virtuosité s'invente dans cette libération, qui suppose comme tout art une appropriation, une imagination et une invention individuelle ou collective

un faux nom pour une absence d'unité esthétique

on pouvait déjà le dire du jazz "classique" et du jazz" moderne", mais du fait même que le (dé)nominateur serait de s'en libérer, cela peut aboutir à des formes musicales sans autre rapport entre les unes et les autres que ce point de départ : passer à autre chose tout en partant chacun de quelque chose déjà différent. La diversité est donc aussi grande dans le so called free-jazz qu'aux périodes antérieures. La tendance du jazz à l'entropie continue au sein (?) du free-jazz, on peut même parler d'une bio-diversité dans celle plus large du jazz, comme en atteste les participations de musiciens dont le nom est attaché à tel courant (exemple, le trompettiste Joe Newman ou le ténor Seldon Powell avec Albert Ayler, qui viennent de l'orchestre de Count Basie et qu'on retrouve dans les sections d'autres Big Bands durant la même période)

une rupture dans la continuité

le fait est que le free-jazz n'est pas né de rien, et qu'il prolonge les innovations harmoniques ou rythmiques ou structurelles, jusqu'à l'improvisation libre sans support préalable, qui ont vu le jour une dizaine d'année plus tôt...  Il est aussi du point de vue musical même un rejet des formes édulcorées par le commerce (le hard bop, le funky...), et comme toujours un retour aux sources du blues (Ornette Coleman, Archie Shepp...), voire à celles de la Nouvelle-Orléans (Albert Ayler, Lester Bowie... les trompettistes aiment les fanfares, également pour des raisons musicales, quant aux harmoniques des cuivres en relation avec celles des percussions)

les innovations musicales du "free-jazz" en font d'une façon générale une musique plus exigeante, plus difficile d'écoute, surtout quand on manque de curiosité. Il en va en musique comme en peinture, et l'on a toujours peur de se faire avoir par ce qui se présente comme nouveau, puisqu'on ouvre une porte sur l'inconnu. De ce fait, et indépendamment de la violence sonore qu'on y trouve parfois, on ne l'écoute pas pour y trouver un plaisir immédiat, sauf si l'on est attiré ou convaincu d'avance. Dans ce cas, il y va aussi d'une part d'idéologie, de prise de partie ambigue, avec la supposition que cette musique est systématiquement liée à des engagements politiques, sociaux-raciaux, ou religieux... considération qui prend l'esthétique à l'envers, en dehors de la chose : les œuvres en leur langage même

en savoir plus et surtout écouter pour savoir

tout cela a été dit et redit, plus ou moins bien Cf pour une présentation correcte l'article Free-Jazz de Wikipedia (in English, car éviter pour le jazz en général Wikipédia France, qui est vide, truffé d'approximations*...). Concernant le fond, j'en ai traité dans mon livre Jazz et problèmes des hommes, en 2002. Concernant l'écoute de la musique, j'ai tenté de chasser quelques idées reçues par l'écoute, 'Free-Jazz', idées reçues ? avec une sélection de disques qui montre la diversité des musiques considérées comme appartenant à ce courant, et deux autres plus spécifiques : Free-Jazz en France 1960-1975 et Free Jazz Women

* parmi les âneries à l'article free-jazz de Wikipédia France, cette affirmation : « Habituellement, cette musique est jouée par de petits groupes de musiciens.», alors que Sun Ra est référencé trois lignes plus haut, mais pas Michael Mantler ni les formations conséquentes d'Ayler, Mangelsdorff, Brötzman... ni le grand orchestre de Jef Gilson (qui refusait certes le label...). Si la personne qui a écrit ce texte avait lu les livres qu'elle donne en référence, elle aurait évité cette bêtise, et d'autres... J'ai tenté vainement de faire corriger plusieurs articles de Wikipédia sur le jazz, sans succès que me heurter à leurs hayato/llahs/lettes

1968 année free ?

pour revenir à 1968, nous sommes en plein dans l'histoire propre du free-jazz au présent sous ce nom, entre 1960 et ~ 1975. Je ne dirai pas toutes les raisons pour lesquelles on en trouve plus difficilement des traces sur Internet. Une évidence : ce qui était difficile à entendre ou diffuser alors n'est pas devenu plus facile aujourd'hui, au contraire. Cela complique donc "le travail de mémoire" comme on dit pour tout ce qu'on a préféré oublier voire effacer

cela étant posé, voici une première sélection d'enregistrements de l'année 1968, d'autres suivront en fonction de mes trouvailles

Cecil Taylor

1968 année libre

Recorded June 1968 Communications #11 1 of 2 15:36  Communications #11 2 of 2 18:11
Composed and conducted by Michael Mantler, Cecil Taylor, piano. Andrew Cyrille, drums.
Al Gibbons, Steve Marcus, soprano sax; Bob Donovan, Jimmy Lyons, alto sax; Lew Tabackin, Gato Barbieri, tenor sax; Charles Davis, baritone sax; Lloyd Michaels, Stephen Furtado, flugelhorns; Bob Northern, Julius Watkins, french horns; Jimmy Knepper, trombone; Jack Jeffers, bass trombone; Howard Johnson, tuba; Bob Cunningham, Charlie Haden, Reggie Johnson, Alan Silva, Reggie Workman, basses

entretien et musique  44:48 à Paris, Les grandes répétitions

piano solo 18:59 Recorded live in Italy, July 4/4 les autres à côté

Michael Mantler Big Band Pharoah Sanders - Preview 3:29

1968 année libre

John Coltrane & Alice Coltrane et Pharoah Sanders Cosmic Music Full Album 34:15

Pharoah Sanders Antibes Full Concert 51:50

Sanders ne sort pas de disque en 1968, mais on le trouve avec Coltrane puis sa compagne après le décès du saxophoniste en 1967, ou avec Michael Mantler et Cecil Taylor

Pharoah Sanders Ensemble w/Albert Ayler January 21, 1968 in New York City Venus/Upper / Lower Egypt 23:08
Personnel:  Pharoah Sanders (tenor saxophone) Chris Capers (trumpet) Unknown (poss. Noah Howard) (alto saxophone) Albert Ayler (tenor saxophone) Unknown (tenor saxophone) Dave Burrell (piano) Sirone (bass) Roger Blank (drums)

1968 année libre

Albert Mangelsdorff, tb. Lee Konitz,as. Attila Zoller, g. Barre Phillips, b. Stu Martin, dr. Zores Mores 6:25 Live
un Allemand, un Amerloque, un Hongrois et deux Anglais pour une musique entre deux. Un très beau solo de Konitz sur une ponctuation d'accord d'un guitariste à (re)découvrir, et une rythmique à couper le souffle. Mangelsdorff in fine le plus sage

Yusef Lateef with Strings - Like It I 7:34 Yusef Lateef - tenor saxophone, flute, pneumatic flute, shannie, koto, tambura, scraper, vocals Blue Mitchell - trumpet Sonny Red - alto saxophone Buddy Lucas - harmonica Hugh Lawson - piano Kenny Burrell - guitar Cecil McBee - bass Bob Cranshaw - electric bass Roy Brooks - drums

classer Yusef Lateef dans le free-jazz est plus que discutable. Pourtant, quel musicien est-il plus libre que lui ? Si l'on tient le critère de la rupture, il en a assumé plus d'une avant les années 60, ce qui ne l'a pas empêché de toujours jouer le blues. On pourrait encore voir en lui un précurseur du World'Jazz, dans la mesure où il emprunte à l'Afrique et à l'Asie non seulement des instruments, mais aussi des principes musicaux traditionnels, avant d'inventer les siens propres. Là encore, tout le jazz est "World" depuis ses origines puisqu'il est justement né de mélanges...

Rahsaan Roland Kirk

1968 année libre

Volunteered Slavery 5:45 Autres sur Youtube, ontrouve des versions de 1968 et 1969...

Roland Kirk: tenor saxophone, manzello, stritch, clarinet, flute, nose flute, whistle, voice, Stylophone
Charles McGhee: trumpet Dick Griffin: trombone Ron Burton: piano Vernon Martin: bass Charles Crosby: drums Sonny Brown: drums Jimmy Hopps: drums Joe Habad Texidor: tambourine The Roland Kirk Spirit Choir
 
Marion Brown

Marion Brown était à l'époque un de mes saxophonistes préférés, pour la beauté de sa sonorité, son invention mélodique et rythmique, la tension de sa musique et l'absence absolue de gratuité qu'il mettait dans les moments les plus violents, qu'il amenait comme naturellement nécessaires

1968 année libre 1968 année libre

Marion Brown as, Maarten van Regteben Altena  bass, Han Bennink dms, Porto Novo 11:47 Improvisation 5 :51 Qbic 6:34 an then they dance 16:16 avec le trompettiste Leo Smith

chaque morceau est passé sur un fond d'images différents, courts métrages ou morceaux de films tous plus décalés les uns que les autres, c'est pas mal...

1968 année libre

Alan Shorter, tp. Gato Barbieri, ts. Charlie Haden, b. Muhammad Ali, dr. Orgasm 11:31

Albert Ayler

1968 année libre

New Grass 5 et 6 septembre Albert Ayler (ts) Call Cobbs (piano) Bill Folwell (contrebasse électrique) Pretty Purdie (batterie) Burt Collins (trompette) Joe Newman (trompette) Seldon Powell (Tenor, flûte) Buddy Lucas (sax baryton) Garnett Brown (trombone)

New Grass 5:31 Grass Generation 5:01

Untitled Blues 6:10 New York area, circa late August, Albert Ayler (alto sax) Call Cobbs (piano) Bill Folwell (electric bass) Bernard Purdie (drums)

Universal Indians 9:48

1968 année libre

The Peter Brötzmann Octet Machine Gun Full Album 1h19'

ce disque qui réunit le gratin de 'l'avant-garde' européenne : Peter Brötzmann (tenor and baritone saxophones) Evan Parker (saxophone) Willem Breuker (reeds) Peter Kowald (bass) Buschi Niebergall (bass) Sven-Åke Johansson (drums) Han Bennink (drums) Fred Van Hove (piano)

Han Bennink, documentary Part 1/4 9:21 pour réviser votre hollandais et découvrir un des meilleurs batteurs européens de l'époque (avec le suisse Daniel Humair, l'anglais Tony Oxley, le norvégien Jon Christensen...)

Jimmy Owens Jazz Workshop, Lee Konitz, Phil Woods, Gato Barbieri, Slide Hampto , Ach Van Rooyen, Barry Altschul, Joachim Kühn, Volker Kriegel, Günter Lenz  Present and future Hamburg  6:35

on retrouve le trompettiste Jimmy Owens dans les disques référencés de Kenny Burrell, Dizzy Gillespie, Hubert Laws...

1968 année libre

Elvin Jones Trio Joe Farrel ts ss fl Jimmy Garrison b

Concerts live  Village Dreams 10:09 For Heaven's Sake 6:15 Gingerbread Boy 4:38 Sweet little Maïa 8:29 For Evens Sake 6:15

on peut discuter le classement "free" de Farrell et même du John Coltrane dont il s'inspire ici aux côtés des compagnons de quartet du saxophoniste récemment disparu. Si tels sont les critères, il y a ici des tempos, des structures harmoniques, beaucoup de passages calmes... Le recul du temps fait aussi que l'on s'est habitué à bien des choses apportés par la période "free", et si bien intégrées aujourd'hui qu'on a oublié d'où elles viennent

Abdullah IbrahimDollard Brand

c'est justement en 1968 que le pianiste, compositeur et chef d'orchestre Dollar Brand adopte le nom d'Abdullah Ibrahim

1968 année libre autres pochettes

avec Gato Barbieri sax. ténor Ibrahim piano et tambourin et Hamba Khale 2:18 81st Street 8:39

avec John Tchicai et Gato Barbieri (reeds) Barre Phillips (b) Makaya Ntshoko (d) Jabolani 7:49 Hamba Khale 2:40 Hambourg 3 août 68

1968 année libre

Charles Lloyd Prague Live,Lloyd (flûte) Keith Jarreth p percu Jack DeJohnette  dms Ron McClure basse Tagore 4:41

ce disque n'a rien de free dans l'ensemble, mais certains passages...

Wolfgang Dauner - Fred van Hove Full Album 30:47

Recorded live at the Berlin Jazz Festival in the Kirche am Südstern, November 10th, 1968

ce LP réunit deux ensembles différents

1968 année libre le Requiem seul 17:12 1968 année libre le psaume au début sur 13:07, le requiem à la suite

Fred Van Hove Requiem For Che Guevara, Martin Luther King, John F. And Robert Kennedy, Malcolm X / Bass – Peter Kowald, Drums – Han Bennink, Organ – Fred Van Hove, Saxophone – Cel Overberghe, Kris Wanders, Willem Breuker, Trombone – Ed Kröger

la révolution est généralement plus facile à faire en musique par des musiciens que dans le monde par des révolutionnaires. Cette pochette peut prêter à sourire aujourd'hui mais le disque est enregistré un an après la mort du Che et six mois après l'assassinat de Luther King. Qu'il soit ici associé à Malcolm X (1965) ne surprendra personne, quant à Kennedy (1963) ça pourrait passer pour un gag, mais ça donne une idée aussi de l'esprit 68...

Wolfgang Dauner Psalmus Spei / Bass – Jürgen Karg, Cello – Eberhard Weber, Conductor – Klaus Martin Ziegler, Drums – Fred Braceful, Organ, Melodica [Hohner-electra] – Wolfgang Dauner, Tenor Saxophone – Gerd Dudek, Trumpet – Manfred Schoof

François Tusques

Le viol du vampire, film de Jean Rollin sur une improvisation de François Tusques Abstract Procession 1:22

1968 année libre ce disque est enregistré le 11 janvier 1969 à Paris, extrait 5:03

Sunny Murray drums solo 10:23

Sunny Murray: drums; Francois Tusques: piano; Beb Guerin: bass; Alan Silva: cello and violin; Bernard Vitet: trumpet; Ronnie Beer: alto saxophone; Kenneth Terroade: tenor saxophone; Becky Friend: flute; Hart LeRoy Bibbs: recitation

ce disque présente l'intérêt de regrouper une partie de la scène "free-jazz" alors à Paris, des musiciens américains installés en France, des Français en pointe dans cette "avant-garde", et d'autres Européens

ils n'étaient pas assez indésirables pour ne pas être accueillis à la Maison de l'ORTF de tous les péchés gaullistes, comme en témoigne le concert ci-dessous, dont il me faut retrouver la date

1. Angels and Devils, 2. Hilarious Paris, 3. Flower Train, 4. Elephant's Dream 37:58
Sunny Murray, dr. comp. Michel Portal, bcl. taragot, Kenneth Terroade, ts. Bernard Vitet, tp. Ambrose Jackson, tp. François Tusques, p. Beb Guerin, b. Hart Leroy Bibbs, voc.

et maintenant, faites du bruit !

Sunny Murray & Art Blakey et Elvin Jones live 3:08 dans l'ordre, puis les trois ensemble

un film à voir pour se faire une idée de la fabrique de la musique appelée "free-jazz"

le jazz en 1968 1/5 2/5 3/5 4/5 5/5 avec François Tusques, un Atelier "Le jazz en mai 1968" au Conservatoire National de Paris, François Nicolas, dan le cadre d'un colloque de mai 2008 sur la musique en mai 68

(à suivre)