réflexions sur et par la photographie

 

Recherche

Table des matières

Index  

Ancien site LIVREDEL  Sommaire

    1. POÉTIQUE
réflexions sur et par la photographie 

(texte de fond en-dessous 17 octobre)

2-3 novembre 2014

un tournant de mes travaux avec photos

panneaux et paravents ou pas

je tente progressivement une synthèse depuis mes faux débuts en photographie avec la vie en rose, quartier août 2014, en recoupant thèmes de prédilection de mes travaux antérieurs (musique, collages, poésie), techniques de post-traitement photo, et poursuivant diverses traditions, inspirées ici ou là des paravents japonais (ou tissus de kimonos en soie), des tryptiques occidentaux médiévaux ou contemporains...

nous savons qu'en arts, la forme devient contenu, pour autant que leur distinction, comme celle du signifiant et du signifié, y soit valide. Après quatre mois d'apprentissages et tâtonnements, j'en suis à ce tournant de mes travaux avec photos, où la première devient aussi importante que le second. Il s'agit de les articuler dans un langage visuel cohérent, quel que soit le prétendu ou sacro-saint « sujet », de la photographie, de la peinture, ou de la poésie, œuvres-sujets performatives, ou pas...

31 octobre

à Jorris Martinez dit Batman463, un grand photographe

réflexions sur et par la photographie Fever, dans un café

18 octobre

sociologie, critique, et photographie aller-retour

la photographie est un outil pour la sociologie ou la critique sociale. À l'inverse mais dans une moindre mesure elle peut être l'objet de la sociologie et de la critique, comme dans l'ouvrage de Bourdieu signalé ci-dessous, Un art moyen,  cosigné en 1965, excusez du peu, par Robert Castel, Luc Boltansky et Jean-Claude Chamboredon, voir fiche de lecture par Sidonie Naulin agrégation de sciences économiques et sociales, préparations ENS 2006-2007

quant à considérer Bourdieu/Festas comme datés, j'en conviens, surtout par le décalage de leurs références et exemples, mais est-ce bien la question, ou celle de la permanence de cette idée : « la pratique de la photographie est largement déterminée par l’appartenance sociale ». Je ne vois pas que ce rapport aurait aujourd'hui disparu. Même si ses conditions et contenus sont différents, cette relation s'établit sans peine et toujours en considérant l'esthétisation quand ce n'est pas l'effacement du monde réel (cf la vidéo Baudrillard plus bas). On dit « daté » comme si tout ce qui a trente ans d'âge ou un siècle n'avait plus d'intérêt, merci pour Marx, Max Weber, Georg Simmel...

quelques liens dont certains plus récents

- Gisèle Freund, Photographie et société, 1974

réflexions sur et par la photographie

- PRÉCIS DE PHOTOGRAPHIE À L’USAGE DES SOCIOLOGUES Sylvain Maresca et Michaël Meyer 2013

entre deux

- LEWIS HINE, LA PHOTOGRAPHIE COMME LA SOCIOLOGIE EST UN SPORT DE COMBAT Michel Poivert 2011

- video Jean Baudrillard Philosophie Sociologie Photographie : « la photographie est tout simplement l'outil idéal pour faire disparaître le monde » Jean Baudrillard

- Cecile Cuny sociologue et photographe

- QUE FAIRE DE LA PHOTOGRAPHIE ? OU HOWARD BECKER ENTRE SOCIOLOGIE ET PHOTOGRAPHIE L'art du terrain, l'Harmattan 2004

sociologie de la photographie

- L'appareil et le hasard. Sociologie du dispositif photographique Carlo Grassi 2012

- la critique photographique dépassée avant d'exister Bernard Perrine, photographe, journaliste, correspondant de l’Académie des Beaux-Arts 2011 

plus théorique, concernant l'esthétique, la poétique en relation au 'politique'

- Imaginaires du présent. Photographie, politique et poétique de l'actualité Lavoie Vincent, Université du Québec Montréal 2012

- Pour une poétique du document. Esthétique et politique de la photographie

Envisager une poétique des documents amène à rencontrer les mêmes difficultés que celles qui auront mené Gaston Bachelard et Roland Barthes, à construire une phénoménologie subjective, l’un pour aborder les éléments naturels, l’autre la photographie. Engager la recherche pour une poétique du document, c’est se donner à la fois un programme d’étude et un but, c’est amener la recherche vers un engagement. Accoler les deux notions montre le paradoxe : ce que le document cherche à évacuer, c’est sa fonction poétique. Le poétique est la contrariété du document

- La critique postmoderne et le modèle photographique Johanne Lamoureux 1995

deux photographes signalés par un commentateur, Martin Parr de Magnum, et Nan Goldin comme « pertinents pour donner à voir au monde le monde », ce dont je laisse apprécier la pertinence. Il est dit aussi « vous n'en êtes pas capable », comme si c'était mon objectif et la question posée, comme si pointer les faiblesses de mes photos prouvait quoi que ce soit quant au reste. Qui part toujours d'un point de vue individuel et le projette sur les autres, jamais ne s'élève au niveau général de la critique, tout se ramène à une confrontation d'égos, à l'intérêt de (faire) parler de soi... comme si c'était le but ultime de mes textes ou travaux : table des matières. Dans la mesure où je souhaite les faire connaître, assurant ma diffusion sans intermédiaire, quoi de plus normal que poser quelques liens ici ou là ? Je n'en abuse pas et renvoie toujours l'ascenseur même sans réciprocité

inutile et vain de réagir à certaines critiques, qui ne font, en croyant leur répondre, qu'apporter de l'eau au moulin de mes considérations. Comme on dit outre-Atlantique : « vous avez le droit de garder le silence mais tout ce que vous direz pourra être et sera utilisé contre vous ». Vous avez dit auto-théorisant ?

limites, autocritique

elles sont les miennes propres, d'amateur touche-à tout - qui trop embrasse mal étreint - mais aussi inhérentes aux conditions de toute démarche critique embarquée avec son objet, avec le poids de références à connaître pour se faire son idée sans parler d'auto-référence à mon corpus, et donc d'incompréhensions voire de méprise complète quant à mes intentions

je reconnais une certaine confusion de ma part, qu'on me renvoie à juste titre implicitement, entre critique d'une photo et critique photographique plus générale, mais l'absence de lieu pour aborder celle-ci le rend malaisé, d'autant qu'on ne peut la faire, disai-je, qu'en partant des photographies mêmes et des commentaires qu'elles suscitent : les forums de photographes sont donc un terrain rêvé, et en choisissant celui très fréquenté de Chasseurs d'images, je me suis refusé d'aborder la question en des lieux plus élitistes (cf forums critique photo). Ce n'est pas donc pas désintérêt pour « la dimension positive de la pratique photographique amateur sa dimension sociale et bon enfant, à l'ère de la démocratisation des outils », mais cela n'interdit pas d'en chercher les sens, l'inscription sociale et la relation à la création à laquelle elle prétend

autre difficulté, mêler enquête avec un minimum de respect des faits, et prise de parti, sans être dans la posture objectiviste de la prétendue neutralité universitaire. C'est encore la difficulté et le risque de faire de la critique embarquée à chaud, avec ses intuitions et approximations, en des lieux qui ne s'y prêtent pas. Mais j'ai toujours beaucoup appris de cette démarche en franc-tireur, en jazz, en haute-fidélité, en théorie critique... appris aussi en connaissance de ces milieux spécifiques dans lesquels je me suis plongé avec plus ou moins de distanciation et en retour, de témoignages d'un intérêt pour mon regard dedans-dehors

c'est seulement après de telles expériences que je parviens à construire et proposer une analyse plus sérieuse, plus rigoureuse bien qu'engagée et donc prêtant à discussions. Malheureusement, même absence de lieu pour en parler sans pollutions diverses, ni les cénacles ni la cour de récré des forums ne permettent de dépasser cette fracture (sociale ?) entre ceux d'en-haut et ceux d'en-bas. C'est donc par choix dans la contrainte que je lance depuis ce tonneau mes bouteilles à la mer

.

17 octobre

les classes moyennes et la photographie entre hier et aujourd'hui

La photographie, un objet d’étude pour la sociologie Jean-François Festas 2003, analyse d'un ouvrage de Bourdieu de 1965 Un art moyen, essai sur les usages sociaux de la photographie

je ne suis pas fan de Bourdieu, mais je ne répugne pas de découvrir dans cette présentation les éléments que je souligne dans l'extrait ci-dessous, et ceux du sociologue en 1965 que je n'avais pas lus, ni d'y retrouver ceux que j'ai fait miens dans les polémiques de forums, agrémentées du refoulement systématique chez les gardiens du temple de se voir tels qu'ils sont à travers leurs photos et leurs commentaires(voir PS)

« L’attitude des classes moyennes est à l’origine du titre de l’ouvrage. Les membres des photos-clubs se recrutent surtout dans cette population, occupant une position intermédiaire dans l’échelle sociale. Pratiquants assidus, ces « dévots » de la photo ont une conception très esthétisante de ce qui relève pour eux d’un art. En réalité, « la signification que les petits-bourgeois confèrent à la pratique photographique traduit ou trahit la relation que les classes moyennes entretiennent avec la culture, c’est-à-dire avec les classes supérieures qui détiennent le privilège des pratiques culturelles les plus nobles, et avec les classes populaires dont elles entendent à tout prix se distinguer en manifestant, dans les pratiques qui leurs sont accessibles, leur bonne volonté culturelle ». Préfigurant les analyses de La distinction (1979), Bourdieu ajoute que « les cadres subalternes (…) peuvent trouver dans la dévotion photographique, (…), comme dans toutes les pratiques culturelles de second ordre, qu’il s’agisse de la lecture de revues de vulgarisation, (…) ou de l’érudition cinématographique, un moyen à leur portée de s’affirmer comme différents ». Enfin, la pratique photographique des membres des classes supérieures est ambiguë. « Ils n’accordent pas vraiment à la photographie la valeur qu’ils lui prêtent dans leurs propos ». Et Bourdieu de s’interroger : « Faut-il en conclure que les jugements par lesquels ils accordent à la photographie la valeur d’un art n’expriment qu’une complaisance polie que contredirait la condamnation trahie par les conduites ? ». L’activité photographique, entachée de vulgarité par le fait de sa diffusion, ne peut-être qu’un art mineur, « un art qui imite l’art ».

Un art moyen est sans doute un livre clef pour comprendre le parcours sociologique de Bourdieu. En révélant que la pratique de la photographie est largement déterminée par l’appartenance sociale, Bourdieu confirme son intention d’entrer dans le métier de sociologue, alors qu’il était destiné à philosopher. Certes, on peut regretter l’obsolescence de certaines données statistiques mais les soubassements méthodologiques (enquêtes par questionnaires, monographies et entretiens) donnent une grande force à cette œuvre, plus de trente cinq ans après sa publication

le passage de l'argentique au numérique, la "démocratisation" encore plus poussée des appareils de qualité, la possibilité de montrer ses photos sur Internet via les réseaux sociaux, les sites hébergeurs (FlickR...) ou les forums spécialisés tels que celui de Chasseurs d'images, tout cela sur fond de retrait idéologique des positions de classe et de la critique sociale radicale, voilà qui n'a fait que rendre encore plus pertinente et sans appel l'idée que l'idéologie fait sa photographie, et réciproquement

réflexions sur et par la photographie

PS : mes remarques furent taxées de « références creuses, erreurs de jugement, ennuyeuses car hors de propos [certes et pour cause]... », je n'aurais « rien touché du tout...» étant « juste un gros blaireau improductif », un «pédant », un Trissotin, et has been comme critique autant que créateur... bref, le bal des tartuffes ou la conjuration des imbéciles, comme on préférera. Polémique à lire dans le sujet Promenade socio-poétique* du forum Chasseurs d'images. Autres interventions complémentaires

* cette polémique n'est plus à lire, le fil ayant disparu pour une raison que j'ignore (...), il était parvenu à 2500 lectures, et bien que mes remarques n'aient « pas touché grand monde » (sic), l'ensemble faisait tache sans doute, et même les meilleures "réponses" qu'on m'a faites. Ça m'est pour moi égal, mais dommage pour les curieu.ses.x de tout...

ci-dessous après décantation, un texte de fond en construction, avec mes remerciements à ceux et celles, du forum Lumix (mon pseudo 'Le Paul'), puis Chasseurs d'images ('un passant'), qui m'ont permis de le produire avec un tel plaisir que je l'espère réciproque

16-17 octobre (texte toujours en cours 23:02)

art vs artisanat : quand mon second impose à mon premier une esthétique en vogue déterminée par la technique et la loi de l'offre et de la demande, sur le marché des loisirs et désirs égo-gérés

et autres aspects de l'idéologie en photographie

réflexions sur et par la photographie

dans mes critiques à l'occasion de mes immersions dans les forums de photographie, une chose que je ne pas su dire. La photographie est parfois considérée comme le 8ème art, et elle possède de fait chez les grands photographes la puissance d'expression des 'beaux-arts'. Mais comme en peinture, une confusion est courante entre artisanat d'art et langage artistique. La qualité de fabrication prend le pas sur la poétique qui distingue les arts. Ainsi parle-t-on de « photo d'art » concernant le métier de prise de vue/développement/retouche/tirage dans l'argentique prolongé par le post-traitement en photo numérique. La photo d'art a ses catégories, mêlant type de photo ou sujets : mariages, portraits, voyages, reportages, architecture, graphisme, effets spéciaux, noir et blanc ou couleur, etc.

tel de ces experts renvoie à son site commercial [il a souhaité que j'en supprime la référence, je lui en rends acte en le faisant, 17 octobre 22:03]. Il ne vient certes  « pas ici pour vendre », même s'il n'oublie pas de proposer à l'occasion ses devis gratuits aux intervenants, comme d'autres y viennent pour rabattre les visiteurs vers leurs sites professionnels, ou 'artistiques' (c'est mon cas, rien à redire). Sur ce forum, il prodigue depuis 4 ans ses conseils, avec plus de 20.000 messages (12 par jour en moyenne). On ne dira pas qu'ils sont mauvais ou que son regard manque de pertinence, loin de là, mais ça va toujours dans le même sens, l'idée qu'il se fait de ce que doit être une bonne photographie, un bon "traitement". Pour lui ou d'autres, logique, mes images, c'était « poubelle ». Au demeurant, après une semaine, j'étais capable, tant ils sont répétitifs, prévisibles et limités, de deviner les formules et réactions de certains pour qui importe d'avoir sur tout un avis, et surtout un avis

la démocratisation de la photo numérique et le fait qu'un non professionnel puisse intervenir bien plus qu'autrefois de la prise de vue au développement/traitement pour la publication, du moins sur internet, fait mélanger et confondre ce qui relève de plusieurs stades et métiers autrefois séparés dans la chaîne de production d'une photographie (sauf chez les amateurs équipés d'un laboratoire, ou qui s'estompait dans un tandem artiste-labo). Bien entendu comme dans tous les domaines, notre temps pousse à faire prévaloir la technique et ses possibilités : le piqué, la définition, la netteté et la précision censés être réalistes, ou au contraire sur le plan esthétique le flou ou le bokeh, etc. indépendamment de l'esthétique dans laquelle ils s'inscrivent et de leur sens variable selon chaque photo : c'est ainsi que se forgent des « tendances » dans l'air du temps. On ne se doute pas d'être adéquat à d'autres exigences dictées par l'époque, d'en exprimer et d'en promouvoir le reflet...

« c'est beau et bien fait »... « bien géré » (sic de vocabulaire managérial qu'on utilise aussi pour bien égo-gérer sa vie d'individus du capital)

cette confusion est la limite d'intérêt des critiques telles que celles qu'on trouve dans les forums. C'est le photographe de métier (d'art), ou le cador auto-proclamé - figure imposée de tout forum amateur - qui prodigue ses avis et conseils au photographe-artiste (créateur de l'œuvre censé en détenir le sens et les clefs de fabrication). La relation technique/esthétique est inversée, et se rétablit en posant que le photographe a son point de vue propre, ses « goûts » à respecter. Pourtant ces conseils ne le font pas toujours; nonobstant les précautions de langage et autres smileys débilitants, celui qui sait, cad maîtrise la technique et quelques principes esthétiques convenus, propose souvent tout autre chose que la photographie de départ, en termes de cadrage, composition, post-traitement. Il se soucie surtout fort peu de prendre en compte les intentions du photographes - une véritable « entraide»  devrait servir à ça : aider l'apprenti à parvenir à ses fins, elle le fait rarement -, mais pose ses critères comme quasi absolus, où relevant du goût...

à l'aspirant artiste-photographe, on ne saurait trop conseiller d'apprendre les bases techniques et de suivre son propre chemin sans se préoccuper des avis de forums ou de professeurs aussi comptéents soient-ils : même dans les écoles des beaux-arts depuis qu'il en existe (en peinture, en architecture, en jazz...), les meilleur.e.s prennent la tangente quand ils étouffent

la boucle est ainsi bouclée d'une indigence critique, que recouvre-t-elle ?

c'est à travers ces ingrédients que se construit à l'insu de ses pourvoyeurs (comme on dit d'une drogue), une idéologie photographique, une idéologie du regard, points aveugles dans ces échanges et malentendu sous-jacent dès le départ, entérinés par les règles fixant les limites de la critique à des photos considérées une par une, avec la menace d'être hors sujet dès qu'on tente d'y échapper (« respecte la charte du forum, tu nous fais suer,  bla-bla sans intérêt... »). Car pour moi il n'y a pas de critique générale possible en apesanteur, sans partir des photographies concrètes comme l'on part des faits et événements réels pour construire une sociologie critique ou une critique théorique radicale, prenant les choses à la racine

la dialectique complexe entre analyse de l'image comme telle et rapport au sujet est jugée d'après un savoir-faire répondant le plus souvent au marché de la photographie plutôt qu'aux choix esthétiques du photographe

pour revenir à la relation entre art et artisanat, celui-ci s'imposant à celui-là, c'est un peu comme si un artiste (peintre, plasticien, sculpteur, musicien...) se pliait aux injonctions du « métier d'art » dont il a besoin pour donner vie à des œuvres qui nécessitent une technique particulière et donc des intermédiaires (graveur, tapissier, céramiste ou verrier, mouleur, ingénieur du son ou producteur de disques...)

les petits ruisseaux font les fausses rivières

à titre d'exemple, un effet obtenu tel que le filet sur les eaux dormantes ou courantes est devenu un must. On juge de sa réussite technique, de l'apaisement qu'il procure, indépendamment de sa pertinence dans telle photographie de rivière, cascade, étang, mer... L'eau même dans ses apparences les plus vivantes est comme figée artificiellement en dépit de tout réalité même transcendée (comme dans le réalisme de Picasso par exemple). Pour que l'effet soit à son optimum, le reste doit être net, ou flou, selon la distance ou ce qu'on veut faire ressortir pour mettre en valeur ce "filétage" artificiel

pour illustrer mon propos, non pour mettre en cause l'auteur de ce « ruisseau de montagne », qu'il n'en prenne pas ombrage...

réflexions sur et par la photographie

la discussion à propos de cette photo extraits

- C'est très bien fait, mais... Ce genre de prises de vues a été très tendance à une époque récente, maintenant ça fatigue...

- Tu peux dire ça de tous les styles de photos... Ils ont tous été tendance un jour et ont tous fini par saouler...

- Bien sur, c'est valable aussi pour le HDR, les désaturations partielles etc.... L'important (sauf exception, mais c'est rare) c'est d'abandonner le "style" avant qu'il ne soit trop ringard...

la critique ne porte pas sur le pourquoi et le comment cette esthétique, produit d'une possibilité technique nouvelle en un temps, s'est imposée comme « tendance », et laisse entendre qu'on peut suivre la mode... tant qu'elle est à la mode. Or à quoi répond un tel suivisme sinon à la volonté de plaire au plus grand nombre, et accessoirement de vendre selon l'offre et la demande, qui est précisément la raison d'être en tant que tels des « photographes d'art », ce « métier d'art » tel qu'enseigné aux photographes-techniciens de métier, qui se destinent ou non à faire œuvre d'artiste, et qui auront tendance à confondre ces deux niveaux

nous voilà donc à l'opposé de l'éthique de l'artiste qui suit son propre chemin sans se soucier de plaire, déplaire, et de la mode

un autre met le doigt sur le problème avec une raison proche de la mienne, la pertinence du traitement relativement au sujet, mais en fait une question de goût, pas de choix esthétique. En dernière analyse le goût tranchera sans que le débat esthétique ait été engagé, quand il n'est pas évacué, et c'est un comble, considéré hors sujet de cette critique d'images

- je ne goûte que modérément ces filés laiteux pour les ruisseaux. La même au 60ème ou trentième serait plus dynamique, plus vivante... Question de goût !

cacher ce présent que je ne saurais trouver agréable

il faut que la photo soit agréable (le joli étant confondu avec le beau comme vrai, juste...) et si possible, quand il s'agit de paysage ou de nature, « intemporelle », « poétique »... Ce qualificatif, agréable, est un des plus fréquents dans les commentaires, tant pour la composition que pour le traitement. Ce qui ne l'est pas autour du « sujet »* doit l'être rendu, ou éliminé. Alors on conseillera de supprimer toute marque du présent dans un cliché, voiture dans un paysage de montagne, fils électriques, trace d'avion à réaction... sauf s'ils constituent tout ou partie du sujet *

* à cet égard, et comme dans la critique d'art en peinture, je considère que le sujet d'une photo est la photo entière dans ses différents aspects, car ils la constituent comme œuvre-sujet, comme dit Meschonnic du poème

on trouvera disgracieux tout élément perturbant rappelant la société de consommation (sic chez des vendeurs/consommateurs de ce loisir), ou parfois même de situer la photo dans le temps et l'espace : il faut « rêver, s'évader, partir ailleurs », de préférence sur « une île déserte », vers un lointain dans la brume, ou vers la « liberté » que symbolise la mer (Liberté ! et les commentaires de l'anar de service) etc., une conception toute individualiste et irréaliste de la liberté, pour laquelle il n'est pas question de se battre, même à travers ses photographies. Il faut « tamponner »* ce qui fait l'inscription d'une photo au présent, qui ne la priverait pourtant pas de sa puissance au présent dans les décennies ou siècles à venir

exemple sur un vélo : « faire oublier l'antivol assez présent » mais « le guidon, l'étiquette de la marque ou les pignons, bien mis en valeur par le traitement ça peut donner quelque chose de sympa » The Bycicle... ou encore, car les exemples abondent, le Monoprix au Pont de Genevilliers suscitant ce commentaire : « Le Monoprix me gêne cependant », une voiture à la campagne (4220), les marques de la DDE sur la route dans Enfer ou paradis : « Je suis moins fan des retouches faites sur la route par les services techniques qui viennent un peu casser la ligne blanche (mais peut-être est-ce volontaire de les avoir intégrées ? », où l'on note que la question est posée un peu comme si l'auteur de la photo les avaient rajoutées, et non prises telles quelles; comme s'il fallait, les moyens techniques existant, nettoyer toute photographie de ce qui en fait un objet du monde réellement existant, démarche qui caractérise en art l'esthétisme...

le problème n'est pas que ces éléments figurent dans la photo proposée à la critique, mais que les jugements se rejoignent pour les considérer nuisibles, et que le plus souvent l'auteur s'y range (pas pour le Monoprix de Genevilliers, mais pour le vélo et 4220)

* tamponner : supprimer en superposant un cache de la partie neutre autour

c'est le monde vu par le magazine Géo, l'esthétisation de la « nature », et quand il y a des humains, de préférence qu'ils soient en costumes « culturels » et loin de chez nous, avec ce qu'il faut de pauvreté pour alimenter la compassion. Je ne pouvais tomber plus mal avec mon quartier poétique, mon peuple en vacance, ma vie en rose, mes promenades socio-poétiques

encore et toujours l'académisme

c'est l'habituelle confusion entre moderne et contemporain (de Baudelaire à Meschonnic en passant par Rimbaud). Ce qui se fait le plus communément tient lieu de référence suprême : c'est un nouvel académismeC'est la démarche inverse de la mienne dans l'essence de l'interdit ou autres séries : témoigner, susciter des affects, un regard différents sur des choses banales, faire resssortir ce qui dans le quotidien nous échappe, et non le poétiser par quelque insondable signification mystérieuse égo-psychologique et complaisante. Ainsi se multiplie des images ne signifiant proprement rien que pour leur auteur.e, et quelques autres pressé.e.s de montrer qu'elles leur parlent, sans  besoin de préciser ce qu'elles leurs disent, émotion indicible et symbolique surgie des profondeurs, prestige supposé de l'art

la grande absence des êtres humains réels : droit ou devoir d'images ?

inutile de préciser que ces caractéristiques sont bien utiles pour justifier le peu de présence humaine dans la majorité des photographies, hormis les reportages si possible éloignés, les portraits intimistes, etc. On lui préfèrera ses traces désincarnées, de préférence au passé (usines désaffectées ou en démolition, friches industrielles, vieilles machines et leur nostalgie d'un temps dont on ne souhaite pas aux auteur.e.s d'avoir connu les conditions de vie et de travail)

de la photographie de la misère...

on nous montrera tout de même, entre des séries de murs symboliques d'on ne sait quoi tous plus beaux les uns que les autres, quelques Naufragés (Declerck 2003) ces clochards de Paris dont les photographies nocturnes (disparition, gisant) nous invitent à la compassion : « je pense que rendre leur condition visible [ne le serait-elle pas ?]  ne peux pas leur nuire, mais susciter de l'empathie, des réactions et peut-être une prise de conscience collective...». Encore une conception toute idéaliste de ce qui change la donne sociale, typique du regard de qui n'en vit pas de telles conditions. En attendant, ça leur fait une belle jambe

... à la misère de la photographie

il est vrai que la difficulté de prendre des photos sur le vif des gens dans la rue, dans les transports ou au travail, au-delà même de la loi liberticide dur le droit à l'image supposée protéger les personnes (des caméras de surveillance institutionnelles et commerciales ?) , cette difficulté semble pousser certain.e.s, leur talent n'est pas en cause, à faire dans le symbolique, le graphisme, le minimalisme... : ils sont passés par là, en voici la trace... dans des lieux vides (Territoires, Tapis roulant, la salle des colonnes...). Au-delà de l'intérêt plastique de ces photos, cela me paraît être un refuge dans l'esthétisation de la banalité, un voile pudique sur les sens du quotidien plutôt qu'un effort pour en faire ressortir ce qu'il cache

sans conclure : l'idéologie, émois, et moi.e.s, et moi

au total on aura reconnu l'idéologie propre, dans tous les sens du terme, autrefois à la petite-bourgeoisie, aujourd'hui aux couches moyennes et autres cadres, ceux que Debord nommait les ploucs (Thèses sur l'Internationale situationniste et son temps, 1972). J'entends ici que cette idéologie concerne tant la vision et les aspirations de ces couches sociales, dans la société telle qu'elle est que sa conception et le cas échéant de sa pratique d'une activité qu'elle suppose artistique

imagine-t-on l'idée que l'on aurait de notre temps présent en regardant, dans trente ans ou deux siècles, des photographies telles que celles proposées à la critique du forum Chasseurs d'Images ? Certes ce n'est pas leur prétention, mais tout de même à avoir quelque chose d'artistique... ce qui renvoie à la sanction de Bourdieu il y a 50 ans : « L’activité photographique [...] ne peut-être qu’un art mineur, « un art qui imite l’art » »

de Lascaux à Magritte en passant par la statuaire gréco-latine ou les estampes japonaises, la modernité d'une œuvre d'art authentique n'est pas soumise aux aléas des siècles, Marx le notait déjà et s'interrogeait à ce propos

ce qui fait la force des œuvres d'hier, c'est de parler du passé, d'un présent d'autrefois, à nos sensibilités d'aujourd'hui dans ce monde présent. Elles ne sont pas en celà « intemporelles », comme certains voudraient que soient leurs photos pour accéder au rang d'œuvre tenant dans la durée, mais au contraire inscrites dans l'histoire, dans leur temps. Ironie du sort, les photos du journal ou celles des familles en diront plus long aux historiens futurs que celles de ces photographes qui pensent pourtant se tenir au-dessus du lot de leur époque en « tamponnant » le désagréable (et en s'en tamponnant), parce que cela les inscrit dans une esthétique qui elle, dit notre époque dans le regard d'une certaine catégorie sociale. On ne peut certes pas leur contester de planer en essayant, tels Icare, de voler au dessus de leur moyens... moyens. Plus dure sera la chute ?

PS : naturellement, dans tout ça, « je ne suis pas photographe... » : d'une part je ne possède pas le métier ni ses compétences avancées, d'autre part ce n'est pas pour moi le plus important, mes critères esthétiques étant inséparables de ma conception du monde, dont rend compte ma critique sociale ou mes ouvrages 'artistiques', jusqu'à la démarche photographique de mes promenades socio-poétiques. Mon problème est effectivement de dépasser mon manque de techniques ou de m'approprier les miennes, afin de les mettre au service de mes intentions, de ne plus en être dépendant, de les oublier-savoir (Meschonnic)

réflexions sur et par la photographie

14-15 octobre

tel quel : les couches moyennes françaises et la photographie forum Chasseurs d'images, critique d'images sociologie de terrain auto-théorisante

Chasseurs d'images est une revue consumériste et offre (ou plutôt vend) à ses lecteurs une conception de la photographie comme loisir * : les loisirs ont leur industrie et la photographie ses appareils, accessoires, logiciels de post-traitement d'images nécessitant des ordinateurs avec cartes graphiques et écrans de qualité pour rendre compte de celle des appareils photo numériques. Il est donc normal que le forum propose des rubriques présentant ces matériels et périphériques indispensables par marques et catégories, mais aussi la possibilité d'une critique d'images dite d'entraide que caractérise la focalisation sur les aspects techniques, l'esthétisme (romantisme, formalisme, jugement selon le goût, évincement du présent social...) et l'indigence de la critique et de son lexique. Il n'est pas rare que 10.000 personnes soient en ligne sur ce forum, aux heures de pointe, et seulement un peu moins aux heures de bureaux (sic)... C'est aux heures des repas et la nuit - heures françaises - qu'il y a moins de monde

* le forum le dit bien qui possède une rubrique Vos autres loisirs...

compte tenu de ce nombre important de passants, la majorité muets mais tout de même beaucoup d'intervenant.e.s, l'observation a valeur statistique relativement à la population concernée. Ce qui exclut celle qui ne peut pas s'offrir le matériel et celle qui l'utilise avec un autre objectif, dont je suis un bien modeste photographe, du moins en termes techniques

j'y ai fait une immersion de moins d'une semaine, à la fois pour y tester la réaction à mes photos, observer les comportements, les sujets et l'esthétique de prédilection des photos présentées, le type de conseils donnés par les plus avancés (ou pensant l'être). J'écrirai à l'occasion la synthèse de ce qu'il en ressort, mais cela ne presse pas, car il fut assez éprouvant de supporter le choc idéologique, les certitudes, interrogations et centre d'intérêts photographiques, la suffisance et la complaisance de ce ventre mou de la société. Les plus curieu(ses)x peuvent en trouver de premiers éléments dans les sujets où je suis intervenu sous le pseudonyme de un passant, ou se faire une opinion par elleux-mêmes, ce n'est pas difficile

le rapport qu'on peut établir au social par la photographie et les commentaires, à partir de ce milieu particulier d'amateur.e.s et de passionnné.e.s, est d'autant significatif que les opinions politiques et religieuses ne doivent pas s'y exprimer, ce qui laisse percer le reste, beaucoup plus intéressant, et dépasse la photographie

7 octobre

sur la photographie, hygiène du regard

je n'imaginais pas me prendre de passion pour la photographie. Tout est relatif. De quoi s'agit-il ? Non, je ne suis pas photographe, pas plus que je n'ai été musicien, peintre, théoricien... Poète, peut-être... Très simplement (encore que...) prendre des photos me donne à marcher, et à regarder les choses telles que je ne les considèrerais pas, pour proposer un autre regard sur le quotidien

après des années d'intérêt pour la théorie, qui n'a au demeurant pas cessé et qui m'aide à photographier autrement, c'est une pratique, une pratique artistique au sens fort, autrement dit qui inclue sa théorie : l'œil et la main pensent leur faire comme dans la peinture, comme l'oreille et la main en musique, et comme il est souhaitable que le fasse toute pratique sociale, surtout prétendant faire la révolution

de la même manière que la théorie est une hygiène de la pensée comme critique de ce monde, photographier est une hygiène du regard. Elle permet, sous certaines conditions, de se laver de l'idéologie, y compris de celle qui s'empare de la théorie... et de la photographie

prendre et post-traiter une photographie, c'est pour moi comme écrire un poème. Chaque photo tient par elle-même, mais n'est complètement saisie que dans l'ensemble qui lui donne plus de sens

en relation Patlotch en deça au-delà de son temps

la véritable manif pour tous, ou l'envie en rose

réflexions sur et par la photographie

derrière la vitre, la Société Générale...

réflexions sur et par la photographie 

VOYAGE À L'OEIL 

Derrière la vitre, au frais
climatisé de la princesse,
le bruit du monde s’interdit

Tout file le tournis

Sous les nuages
des tours Aillaud
se meurt le jour, pas un oiseau

Un laveur de carreaux
suspendu au ménage,
saltimbanque muet,
tourne un film, assourdi
des voitures en file
sur l’autoroute

au pied des murs,

la société est générale.

J’essuie sa banqueroute

18 février 2010 source