problèmes dialectiques, problèmes de dialectique et de méthode

 

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problèmes dialectiques, problèmes de dialectique et de méthode 

j'appelle à un approfondissement des problèmes liés à la communisation, à la refondation et à la reformulation de ses approches théoriques, faute de quoi le concept sera confronté à sa dégénérescence comme toute progéniture de mariages consanguins

peut-on et comment répondre à la question

problèmes dialectiques, problèmes de dialectique et de méthode 1973 Détournement d'un film de kung-fu, « Crush » réalisé en 1972 par le chinois Kuang-Chi Tu le film de René Vienet

6 mars 2015

nouveaux regards sur la dialectique de Hegel et Marx et « l’intersectionnalité entre races, classes et luttes contre le capital », avec Kevin B. Anderson et Raya Dunayevskaya

Kevin B. Anderson, dans l'édition française de Marx in the Margin (Marx aux antipodes. Nations, ethnicité et sociétés non occidentales), consacre la moitié de la préface écrite à cette occasion  à préciser sa démarche théorique. Il est intéressant de noter ici que c'est par un autre biais que Suart Hall, via Gramsci et Althusser, que Dunayevskaya et donc Anderson en viennent à considérer les apports de Marx relativement et pour faire simple aux articulations entre classes, races et genre dans le capitalisme. On retrouve sous-jacente la question des identités sous lesquelles s'expriment les luttes de libération

je relève aussi que parmi les relecteurs du manuscrit qu'Anderson remercie figure Bertell Ollman dont je tiens pour très précieuses les considérations sur la dialectique complexe de Marx (voir en bas de cette page)

nous ne sommes pas au bout de découvertes théoriques, y compris remontant du passé, et il est heureux qu'elles puissent ouvrir et enrichir les théories de la communisation sans en menacer les acquis essentiels, naturellement sous réserve de quelques précautions. Le plus encourageant est que des apports de théoriciens du "passé" divers et parfois opposés puissent à nouveau participer à ces recherches d'une compréhension du capitalisme actuel et à l'élaboration de voiex révolutionnaires inédites

découvertes théoriques et relance du concept de communisation

nous ne sommes pas au bout de découvertes théoriques, y compris remontant du passé, et il est heureux qu'elles puissent ouvrir et enrichir les théories de la communisation sans en menacer les acquis essentiels, naturellement sous réserve de quelques précautions. Le plus encourageant est que des apports de théoriciens du "passé" divers et parfois opposés puissent à nouveau participer à ces recherches d'une compréhension du capitalisme actuel et à l'élaboration de voiex révolutionnaires inédites

pour ma part, je considère que le concept de communisation est dorénavant relancé sur des bases plus larges et plus fécondes que ne semblait l'enfermer la vision maintenant classique de sa construction venue d'ultra-gauche, avec ses apories et il faut bien le dire son étroitesse d'esprit et son sectarisme quasi militant. Comme je m'y attendais, c'est précisément sur des questions fondamentales de théorie, de méthode, et particulièrement de construction dialectique que le bouchon a sauté d'une construction structuraliste abstraite, pour ne pas dire mécaniciste et frayant avec l'idéalisme. Voilà qui est de bonne augure pour étendre l'intérêt au-delà des milieux habituels et en finir avec des critiques parfois servies sur un plateau

autrement dit la lecture de ce livre (avec nombre de textes de Marx inédits) s'annonce d'emblée au cœur de mes sujets et ceci d'abord du point de vue théorique même, et c'est pourquoi je propose ces extraits de la préface dans cette page sur la dialectique

J’aimerais également dire quelques mots sur mon ancrage théorique général qui sous-tend ce livre. Si, pendant de nombreuses années, j’ai été fortement influencé par l’École de Francfort, par Georg Lukács et par Lénine en ce qui concerne la dialectique, pour ce livre, ma source d’inspiration principale est légèrement différente, il s’agit de la philosophe marxiste humaniste russo-américaine, Raya Dunayevskaya. De même, si j’ai été fortement influencé par les écrits de Frantz Fanon, W. E. B. Du Bois et C. L. R. James sur la race, le colonialisme et la révolution, mes analyses s’inspirent ici principalement des travaux de Dunayevskaya. M’étant, pendant la plus grande partie de ma vie de chercheur, inscrit dans la tradition de la forme d’humanisme marxiste qu’elle a développée, je pense qu’il serait utile d’en dire un peu plus long sur le travail de Dunayevskaya dans la mesure où il se rapporte à Marx aux antipodes.

Je ferai donc quelques brefs commentaires sur 1° la contribution de Dunayevskaya à notre compréhension de Hegel, de Marx et de la dialectique et 2° son travail sur ce que l’on appelle aujourd’hui l’intersectionnalité entre races, classes et luttes contre le capital.

Dès les années 1940, Dunayevskaya s’intéresse à la redécouverte de la dialectique hégélienne en tant que telle par les générations plus tardives de marxistes. Au moment où elle commence ce travail, dans un premier temps avec le marxiste afro-caribéen et théoricien de la culture C.L.R. James, la notion d’un marxisme hégélien est, au mieux, la position d’une petite minorité. Depuis la gauche universitaire (nous sommes avant le maccarthysme) jusqu’aux organisations trotskistes où elle milite à l’époque, la dialectique n’est essentiellement qu’un slogan et il règne une sorte de positivisme darwinien. Les idées philosophiques sont un reflet, dit-on, de la réalité matérielle et toute forme d’idéalisme fait courir le risque de nous faire régresser vers un obscurantisme religieux ou pire vers le fascisme.

Mais avec la fin de la Seconde Guerre mondiale et les révélations concernant les camps de la mort nazis ainsi que les camps de travaux forcés staliniens, de même que le carnage provoqué à Hiroshima et Nagasaki par les armes nucléaires étatsuniennes, de nouveaux types de pensées radicales prennent le dessus. Parallèlement à l’intérêt que la gauche porte, de longue date, à la lutte des classes et au développement économique, on se préoccupe plus de la dignité de la personne humaine ou, comme le jeune Marx l’a exprimé, de l’individu social. Les existentialistes français – bien que de façon subjectiviste unilatérale – prônent un humanisme radical et remettent en question le déterminisme orthodoxe. L’École de Francfort avance des interprétations anti-technocratiques du marxisme, mais sous une forme qui a peu à dire sur la classe ouvrière et d’autres groupes opprimés. Pour sa part, Dunayevskaya, en tant que marxiste humaniste émergente, développe une forme de marxisme hégélien qui contredit le capitalisme d’État technocratique, à l’Est comme à l’Ouest, et qui cherche également à toucher les travailleurs de Détroit, autant les Noirs que les Blancs.

Tout au long des quatre décennies qui ont suivi, Dunayevskaya développe une conception bien à elle de ce qu’est la dialectique. Elle commence par traduire en anglais, pour la première fois, les carnets de Lénine de 1914-1915 sur Hegel. Au départ, elle fait cela pour un petit cercle à l’intérieur du trotskisme étatsunien, dont font partie C. L. R. James et Grace Lee Boggs. (J’examine ceci en détail dans Anderson, 1995.) Et, bien que la gauche universitaire en bloque la parution aux États-Unis, elle utilise l’interprétation révolutionnaire que fait Lénine de Hegel comme un tremplin vers l’étude de La science de la logique et de La phénoménologie de l’esprit. Dès 1953, elle a déjà écrit ses « Letters on Hegel’s Absolutes » [Lettres sur les Absolus de Hegel] pour lesquelles elle fait aussi appel à La philosophie de l’esprit, ouvrage peu commenté de Hegel (encore à ce jour). Ces lettres de 1953 remettent en question des interprétations précédentes – à commencer par celle d’Engels – de l’Absolu d’Hegel en tant que totalité fermée ayant des implications conservatrices. (Ces lettres sont rééditées dans Dunayevskaya [2002], qui comprend une introduction à son oeuvre par Peter Hudis et moi-même). En fait, elle rompt totalement avec la distinction faite par Engels entre système et méthode dans la pensée de Hegel, avançant l’argument selon lequel Marx s’est approprié la dialectique hégélienne de manière critique, comme un tout. Elle conclut ces lettres par sa propre appropriation critique – ici directement contre Engels – des derniers paragraphes de La philosophie de l’esprit, qui constitue aussi l’aboutissement de son système tel qu’il l’élabore dans son Encyclopédie des sciences philosophiques en trois volumes. Hegel clôt son système sur trois syllogismes concernant la Logique, la Nature et l’Esprit, qui font intervenir des catégories telles que l’idée qui se pense elle-même et la raison qui se connaît elle-même, dans le chapitre sur l’esprit absolu. Pour Dunayevskaya, ce type de concepts hégéliens résonne dans la nouvelle conscience sociale qui émerge au cours de la seconde moitié du vingtième siècle : les travailleurs de base, les Noirs et les autres minorités ethniques, les jeunes et les femmes refusent désormais de laisser les autres décider à leur place du chemin qui les mènera à la libération.

Parallèlement, d’autres aspects des Absolus de Hegel résonnent aussi ailleurs, à savoir la transformation « absolue » du capitalisme au 20e siècle en ce qu’elle considère être une forme de capitalisme d’État totalitaire, chargé de la puanteur de la mort et apportant la destruction partout où il passe. Ceci reprend une idée contenue dans le concept marxien de l’absolu dans Le Capital, où, dans le cadre d’une analyse sur la « loi générale, absolue, de l’accumulation capitaliste » (Marx, 1985b : 111), Marx mentionne la polarisation de classes dans un contexte d’exploitation brutale. Mais, les Absolus de Hegel (comme Dunayevskaya le souligne dans sa lecture de La science de la logique) laissent apparaître les plus profondes contradictions plutôt qu’une résolution de la question. Tout ceci l’amène à écrire dans l’introduction de son premier livre, Marxisme et liberté que « nous vivons à une époque d’absolus, à la veille de la fin de toute tyrannie, à la veille de la libération absolue » ([1958] 1971). Ceci renvoie non seulement aux mouvements de résistance antifasciste, mais aussi à la nouvelle conscience sociale qui a émergé aux États-Unis et ailleurs dès les années 1940.

Clairement, en tant que marxiste, Dunayevskaya rejette les textes hégéliens conservateurs tels que La philosophie du droit, mais elle voit dans les textes les plus abstraits de Hegel la source de toute dialectique dans le sens de dialectique révolutionnaire. Au départ, elle développe ses idées dans le cadre d’un dialogue avec Herbert Marcuse (Anderson et Rockwell, 2012). Ainsi qu’elle l’écrit dans Philosophy and Revolution (1973) en parlant d’ouvrages de Hegel tels que La science de la logique, La phénoménologie de l’esprit et La philosophie de l’esprit : « C’est précisément là où Hegel se montre le plus abstrait, qu’il semble fermer à double tour la porte à tout mouvement de l’histoire, qu’il l’ouvre en grand à l’âme de la dialectique (la négativité absolue). Il est vrai que Hegel écrit comme si la résolution de forces vives antagonistes pouvait être vaincue par la simple transcendance de la pensée. Mais en menant les oppositions jusqu’à leur logique la plus extrême, il ouvre de nouvelles voies, il crée une nouvelle relation entre la théorie et la pratique, relation que Marx comprend comme une relation totalement nouvelle entre la philosophie et la révolution. C’est à leur péril que les révolutionnaires actuels tournent le dos à ce principe » (Dunayevskaya [1973], 1989 : 31-32).

Ceci, j’en suis convaincu, demeure un héritage pour nous aujourd’hui, à une époque où tant de penseurs radicaux différents – de Negri à Habermas et de Foucault à Saïd, sans parler des courants althussériens plus anciens ou même d’autres, encore plus anciens, matérialistes mécaniques ou positivistes – s’accordent tous à nous enjoindre à éviter à tout prix la dialectique révolutionnaire de Hegel.

Un autre aspect de la conception de la dialectique développée par Dunayevskaya fournit une passerelle directe vers les thèmes abordés dans Marx aux antipodes. Contrairement à ce que l’on trouve dans certaines versions de la totalité ou de l’universalité dans le cadre du marxisme hégélien, Dunayevskaya insiste sur le fait que l’universel doit se particulariser afin de devenir un universel véritablement émancipateur plutôt qu’un universel abstrait : « Le mouvement de l’abstrait au concret par le biais de la particularisation nécessite une double négation. Hegel ne laisse aucune place à l’oubli de cette créativité absolue, la force motrice qu’elle représente pour le développement dans son ensemble, pour sa puissance créatrice » (Dunayevskaya [1973], 1989 : 25). Important ce type de dialectique dans la sphère de la politique et de la sociologie marxistes, elle affirme que les questions contemporaines de la race, du colonialisme ou du genre, bien qu’apparentées au cadre général du capitalisme, ne peuvent être subsumées sous la lutte des classes, mais possèdent une spécificité et une dynamique qui leur est propre.

Une fois de plus, dès les années 1940 et, au départ, de conserve avec C. L. R. James, Dunayevskaya explore le système de classes spécifiquement étatsunien, dont le fonctionnement a toujours inclus le paramètre racial. Dans son ouvrage intitulé American Civilization on Trial : Black Masses as Vanguard [Procès de la civilisation américaine : les masses noires à l’avant-garde] (Dunayevskaya [1963], 2003) et dans d’autres textes, elle montre comment le racisme sape, de manière répétée dans l’histoire des États-Unis, les mouvements de classe progressistes, depuis les populistes de gauche d’il y a un siècle jusqu’à leurs homologues contemporains de l’American Federation of Labor (AFL) [Fédération américaine du travail]. Parallèlement et, dans ce cas, contrairement aux Whiteness Studies [qui étudient la construction de la « blanchitude »] et à d’autres courants universitaires comparables, elle attire également l’attention sur des moments cruciaux durant lesquels les travailleurs blancs commencent à vaincre leur propre racisme sous l’influence de la lutte des Noirs, qu’il s’agisse de certaines phases du mouvement populiste ou, plus tard, du Congress of Industrial Organizations (CIO) [Congrès des organisations industrielles] qui apparaît au cours des années 1930 en contrepoids à l’AFL, dominée par les travailleurs qualifiés.

À chaque étape de sa vie, depuis son adolescence dans les années 1920, où elle travaille pour l’hebdomadaire du Parti communiste à Chicago, le Negro Champion, jusqu’à l’année qui précède sa mort en 1986, où elle rédige une nouvelle introduction à une brochure marxiste humaniste sur Frantz Fanon, elle insiste sur le fait que, dans l’histoire des États-Unis, en ce qui concerne le progrès social, on trouve une constante : « Les masses noires comme avant-garde du combat ». Ceci l’amène à se pencher sur des mouvements qui ne sont pas toujours perçus comme relevant du socialisme et du marxisme, tels que les abolitionnistes du 19e siècle ou le nationalisme noir de Marcus Garvey dans les années 1920. Elle s’intéresse toujours, toutefois, à la possibilité d’une convergence entre les travailleurs blancs et noirs, aussi bien dans le contexte industriel qu’agricole mais, pour ce faire, elle ne met jamais de côté la lutte contre le racisme pour fabriquer de toutes pièces une forme d’unité de classe superficielle et fausse.

Cet aspect de la pensée de Dunayevskaya se retrouve aussi dans son interprétation de Marx, Lénine, Trotsky, Fanon et d’autres penseurs de la tradition marxienne. Elle insiste inlassablement sur l’importance capitale des écrits de Marx consacrés à la Guerre civile aux États-Unis, dans lesquels il apporte un soutien critique au Nord, fustige ceux qui ne voient aucune différence entre le Nord et le Sud, tout en critiquant Lincoln qui ne mène pas la guerre comme une lutte révolutionnaire contre l’esclavage .

Dunayevskaya ne se contente pas de cela. Elle décrit aussi la manière dont la Guerre civile aux États-Unis a influencé la structure du Livre 1 du Capital, amenant Marx à ajouter un chapitre sur la journée de travail, dans lequel il souligne que : « Le travail sous peau blanche ne peut s’émanciper là où le travail sous peau noire est stigmatisé et flétri » (cité dans Dunayevskaya [1958], 1971)

Puis, à la fin de sa vie, Dunayevskaya se plonge dans les Ethnological Notebooks [Carnets ethnologiques] de Marx, ces analyses menées tardivement sur le genre, le colonialisme et les formes sociales claniques ou tribales et leur remplacement par des structures de classe. Ces carnets, publiés pour la première fois par l’immense spécialiste de Marx, Lawrence Krader, en 1972, constituent une partie importante des notes de Marx de 1879-1882 sur les sociétés non occidentales et précapitalistes. Dunayevskaya place ces écrits tardifs de Marx au centre de son ouvrage, Rosa Luxemburg, Women’s Liberation, and Marxist Philosophy of Revolution (Dunayevskaya [1982], 1991), non pas pour générer une division de type althussérien entre le Marx de la dernière période et le jeune Marx, mais afin d’insister sur le fait que, tout au long de sa vie, il se préoccupe du genre et de l’influence du capitalisme sur les pays non capitalistes ainsi que sur les formes subséquentes de résistance au capital et au colonialisme. Elle se fonde pour cela sur les notes de Marx sur Morgan qui constituent une part importante de ce qui est aujourd’hui connu comme les Ethnological Notebooks. Ce faisant, Dunayevskaya développe la première critique féministe de L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État de Engels en se basant sur les différences qui apparaissent dans la lecture que font Marx et Engels de Morgan. Ainsi que l’exprime Dunayevskaya dans son ouvrage Rosa Luxemburg, « l’hostilité de Marx à l’égard du colonialisme mené par le capitalisme va croissant. La question est de savoir à quel point la destruction de la société existante doit être totale et la relation de la théorie à la pratique doit être nouvelle. Ces analyses permettent à Marx (à Marx et pas à Engels) de percevoir la possibilité de nouvelles relations humaines qui ne soient pas le résultat d’une simple « mise à jour » de l’égalité entre les sexes qui caractérise le communisme primitif (comme chez les Iroquois), mais qui, comme Marx le pressent, jailliraient d’un nouveau type de révolution » (Dunayevskaya [1982], 1991 : 190). Ces écrits tardifs de Dunayevskaya sur le Marx de la dernière période ont été particulièrement importants pour le chapitre 6 de Marx aux antipodes.

Ainsi, l’oeuvre de Dunayevskaya a influencé le présent ouvrage de deux façons : d’un point de vue général pour ce qui est de la dialectique que je mets en oeuvre et, de manière plus spécifique, en ce qui concerne son traitement direct de certaines des questions abordées ici.

En dernière analyse, je considère Marx aux antipodes comme une contribution aux débats de notre époque autour de Marx et de son héritage. À une époque où nombreux sont ceux qui rejettent Marx comme désespérément eurocentriste, comme tenant d’une forme de dialectique inspirée de Hegel qui élimine des spécificités comme la race, le genre et le colonialisme au profit de grands récits homogénéisants de la mondialisation, du capital et de la classe, j’essaie ici de défendre l’argument selon lequel Marx est un penseur de notre temps. Sa critique du capital, nuancée et dialectique et enracinée dans des analyses socioculturelles particulières des circonstances réelles auxquelles diverses sociétés se trouvent confrontées de par le monde, s’applique autant à notre époque qu’à la sienne.

11 octobre 2014

Alain Badiou : beaucoup de mots pour rien

« Réinventer le communisme pour le siècle qui commence » La Marseillaise 7 octobre

florilège

« Que des ouvriers revendiquent la propriété du capital productif est la vraie tradition populaire anticapitaliste, celle qui réclame une organisation de l’économie libérée de l’emprise des intérêts privés, organisation que Marx nommait celle de la « libre association »

L’idée forte dont l’affaiblissement public est la source de notre misère politique, s’appelle depuis deux siècles le communisme, et sauf à se résigner au désastre de la privatisation de toutes choses (même de la police, même de l’armée…), la tâche primordiale, dans la pensée comme dans l’action, est de réinventer le communisme pour le siècle qui commence.

Au point où nous en sommes, quand tout doit être repris dès le début, les tâches sont de trois ordres : régénérer, transformer et répandre partout, et à échelle immédiatement mondiale, la conviction communiste ; organiser sur cette base les fractions les plus larges possibles des masses populaires ; participer pour ce faire aux affrontements, inventions, rassemblements et réunions qui agitent la situation politique selon les différents lieux, usines, universités, bureaux, magasins, cités, foyers, campagnes, dans une vision des choses qui surplombe la cuisine politique nationale.

Le mot « résistance » ne me séduit du reste pas beaucoup. L’action politique ne peut jamais avoir un point de départ purement négatif, c’est la faiblesse des mots comme « révolte », « rébellion », « résistance », qui sont les mots dominants d’une certaine levée anarchisante, d’une sorte de sympathique romantisme, finalement tout à fait compatible avec le déploiement du capitalisme mondialisé.

C’est du côté de l’émancipation que doit se trouver la vision d’un ordre acceptable pour que l’humanité libère en elle toutes les énergies dont elle est capable. C’est pourquoi il faut partir de la positivité de la vision communiste, et non de la négativité du refus de ce qu’il y a. Le processus d’émancipation est une construction, une invention, et la négation, le conflit, ne sont que des étapes imposées par l’adversaire. Nous devons créer une situation où il soit clair que c’est l’oligarchie acculée qui résiste et non pas nous. »

le paradoxe de Badiou, c'est qu'il reproche à d'autres, à juste titre, un romantisme qui est le fond de son communisme. Lui qui se réfère beaucoup à Marx, il a tout simplement oublié un des fondements de sa critique et de sa conception du communisme : « Le communisme n'est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes.» L'idéologie allemande

je partage, dans les deux derniers paragraphes extraits, l'idée de « partir de la positivité de la vision communiste », mais pas celle de lui opposer « la négativité du refus de ce qu’il y a ». Je n'y vois aucune dialectique de contradictions entre classes antogonisme, entre un mode de production suivant son cours dans le « mouvement réel » et des luttes pour l'abolir. La négativité, au demeurant, ne relève pas d'une refus, mais d'un processus contradictoire inhérent à l'exploitation comme fondement de l'économie, le capital comme lutte entre classes

Badiou fait comme si le communisme était l'affaire d'un choix fondé sur une conviction à promouvoir. Bref, de la propagande, de l'organisation, comme disait Karl Liebknecht. Pour jouer sur le sens des mots, Badiou est un idéaliste (sens philosophique), mais le communisme n'est pas un idéal (sens commun). Bien sûr qu'il faut faire tout ce qu'il dit, « participer pour ce faire aux affrontements, inventions, rassemblements et réunions qui agitent la situation politique selon les différents lieux, usines, universités, bureaux, magasins, cités, foyers, campagnes... », mais on ne peut le faire que dans les circonstances présentes mêmes qui en conditionnent l'efficience, c'est-à-dire dans l'implication réciproque de l'économie et des luttes

« Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. » Marx, Le 18 brumaire de L. Bonaparte, 1851

Badiou est un homme de théâtre, mais la vie n'est pas un théâtre, avec des acteurs libres de leurs textes et de leurs actes

en quelque sorte, Badiou commet l'erreur symétrique à celle du courant communisateur dans sa tendance également paradoxale - car la contradiction est là bien prise en compte - à ne considérer que le côté négatif de la dialectique communisme vs capitalisme, et à renvoyer toute positivité du mouvement des luttes à un humanisme externe au capital comme contradiction en procès

les idées, c'est comme les cigarettes, ça part en fumée et n'en reste que les filtres... idéologiques et non durables

problèmes dialectiques, problèmes de dialectique et de méthode

30 juillet

et la dialectique ?

Thierry Crouzet : « Une vision intégrale est tout simplement impossible »

de l’idéalisme à la complexité, 2008 / Les crapauds fous, d’Arthur Koestler à Ken Wilber, 2009

« Le crapaud fou, c’est ce batracien déboussolé qui ne suit pas ses congénères lors de la migration reproductive. Il s’en va se perdre, souvent ne revient jamais à sa mare d’origine, ne trouve pas de conjoint, meurt… Mais quand tous ses congénères, dans leur migration stéréotypée, se heurtent à un obstacle et succombent, la survie de l’espèce ne tient qu’à quelques crapauds fous qui réussissent à trouver de nouveaux chemins vers de nouvelles mares.»

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8 juillet

« Patlotch, tu critiques beaucoup, mais en quoi ta méthode serait-elle de meilleure dialectique...

... et en quoi relèverait-elle davantage de Marx ou de sa méthode selon Ollman ? »

il me faut d'abord dire que je ne me suis jamais considéré comme théoricien, partie par complexe d'infériorié, partie considérant qu'il n'était plus possible d'élaborer un corpus d'ensemble d'une « théorie de la révolution ». De même j'ai longtemps refusé de me nommer poète, encore moins peintre ou musicien, jusqu'à prendre acte qu'un poète est quelqu'un qui écrit des poèmes avec une certaine obstination dans la durée

je m'intéresse à la théorisation communiste depuis plus de 40 ans, avec des hauts et des bas, et j'ai longtemps été un simple consommateur, et même un utilisateur quelque peu fermé quand, découvrant les fondements du « matérialisme historique et dialectique », je ne voulais voir qu'erreurs, idéalisme, révisionnisme ou que sais-je encore. Mon engouement comme jeune communiste s'est répété quand j'ai découvert Théorie Communiste, en devenant adepte peu critique, et ne prenant pas assez de distance y compris sur la base des questions qu'elle me posaient, dans lesquelles je me refusais à voir des désaccords importants. Cela m'est revenu dans le nez...

j'ai dû alors réinvestir toute la palette de mes connaissances et expériences dans des domaines divers, mais que je n'ai jamais manqué d'articuler réciproquement avec mes convictions communistes (le militantisme, le jazz, la poétique, la 'question féminine'...)

j'ai changé de point de vue sur mes propres capacités en prenant acte que mes considérations, pour ne pas relever d'une façon habituelle de théoriser, n'en avaient pas moins une certaine valeur théorique, notamment quand elles ne manquaient pas d'intéresser les théoriciens mêmes que j'avais placés sur un piedestal (sans jeu de mot)

quant à la méthode que j'utilise, je n'ai jamais songé à l'expliciter, parce qu'elle se construit d'elle-même au fur et à mesure de mon cheminement, de mes 'études', et des questions qu'elles me suggèrent chemin faisant, de la même façon qu'écrire des poèmes construit une poétique de façon immanente et remise en cause en permanence, plus qu'une théorie poétique; que peindre produit des concepts et dans le temps des approches conférant à sa manière une unité, ou qu'improviser sur une grille harmonique de jazz procure une certaine connaissance pratique de la question. Bref, autant de chemins initiatiques...

il me semble que la façon dont j'ai construit et alimenté mon site traduit mieux que tout cette méthode, par le plan abordant doublement le moment présent du capital et recherche de voies révolutionnaires, autant que par les commentaires au fil de l'actualité dans un vaste champ d'observation du présent comme du passé (par exemple dans le CANARD des CHAÎNÉ·E·S anti-journal 1988-2014)

d'une certaine façon, ces éléments d'actualités ont tant valeur de matière alimentant l'élaboration théoricienne que d'exemples la mettant en évidence. C'est une chose que j'ai apprise de Roland Simon, quand il dit théoriser à la manière de Marx dans Le Capital, entre chapitres empiriques et descriptions concrètes et chapitres plus théoriques aux développements abstraits. Le plan de mon site doit parfois être modifié, car le chantier permanent interroge non seulement le contenu théorique mais aussi la méthode. Toute sa structure a évolué tant sur la base des approches de la communisation -  la restructuration, les luttes, les migrants, le nationalisme... - que du fait de l'évolution de mes « acquis théoriques » - la race, le 'commun', 'la terre'...

enfin, la lecture et la participation aux forums, même à distance, ne manquent pas de faire marcher ma tête, particulièrement sur la façon dont mes idées peuvent être comprises et reçues, ce qui rend nécessaire d'expliciter voire parfois d'infléchir mes positions (je l'ai fait ici sur « luttes théorisantes » vs « luttes théoriciennes » tant pour répondre à Robin que parce que je n'en avais pas vu tous les aspects ou tiré tous les enseignements au moment d'en parler dans son forum)

sans le dire et sans les compter parce que mon but n'est pas de décrire ma méthode, j'utilise tant des fondements de la dialectique marxienne selon des théoriciens divers qui en ont rendu compte (Henri Lefebvre... Lucien Sève, Karel Kosik... Roland Simon, Isabelle Garo...) que les niveaux de généralités décrits par Ollman, et d'autres approches telles que la mise en rotation dialectique des rapports entre catégories que j'ai retenue de Meschonnic (exemple pour classe-genre-race)

parvenu au point d'avoir à présenter plus clairement et synthétiquement ma pensée, objet de le monde à l'envers, esquisses théoriques, il me faut parallèlement interroger ma méthode, et c'est un des objets de cette rubrique sur la dialectique

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dialectique matérialiste selon Marx ou philosophie post-hégelienne ? Théorie Communiste à la croisée des chemins

le livre d'Ollman sur la dialectique chez Marx, signalé ci-dessous, est très intéressant. Il montre que Marx était au fond peu hégelien, et que si sa dialectique tenait d'Hegel, il ne s'est pas contenté de cette méthode de penser,  ni même de la « renverser ». La dialectique de Hegel est infiniment plus étroite (d'Esprit...) que celle de Marx, et beaucoup plus mécaniste. Ollman distingue par exemple chez Marx sept niveaux de généralités dans la hiérarchie des abstractions, et relève d'autres approches méthologiques quant au processus de représentation, à rapprocher de la lecture d'Isabelle Garo dans « Marx, une critique de la philosophie »*

* Quatrième de couverture : « Marx est-il un philosophe ? La question longtemps classique, mais elle ne cesse pas, pour autant, de demeurer féconde. L’œuvre marxienne développe en effet un nouveau mode de pensé, nommé critique est aussi bien une critique de la philosophie, qui se présente comme une nouvelle conception du rapport de la théorie à la pratique.

Ce livre s’attache à montrer que l’œuvre de Marx se structure selon des moments distincts, fortement articulés et ponctués par la constitution de concepts nouveaux. Ces concepts se démarquent des notions classiques de l’histoire de la pensée : idéologie, dialectique, luttes de classes, révolution, communisme, mais aussi monnaie, marchandise, travail sont donc autant de concepts originaux qui s’éclairent également par leur fonction polémique à l’égard de théorie antérieures ou concurrentes.»  

la pensée de Marx est d'une souplesse, d'une complexité et d'une fluidité que traduit à chaque ligne la richesse de son langage. Et l'on constate que ce sont précisément les qualités qui manquent à Roland Simon dans ses textes, qui en ceci et non en ce qu'ils ne seraient 'anti-philosophiques', se rapprochent plus de la forme philosophique-idéaliste des exposés de Hegel que de ceux de Marx, avec le primat des concepts et de la structure, le pas pris par l'abstration sur la pensée du concret dans sa totalité complexe - la période de basses eaux théoriques accompagnant la fin du programmatisme n'y est pas pour rien, mais n'explique pas tout. Ce style rapproche Roland Simon de Louis Althusser, même si celui-ci n'est pas son inspiration première et si leurs rapports à Hegel et Marx sont différents

« En fin de compte, c’est l’incapacité du marxisme, en tant que procédure sans fin de rectification critique, à orienter l’histoire communiste qui est affirmée et qui se trouve finalement retournée par Althusser contre Marx lui-même. Dorénavant, le communisme ne sera rien d’autre que l’échec de la philosophie, échec s’élargissant aux dimensions d’une gigantesque déroute historique.» Isabelle Garo, « L’infâme dialectique » : le rejet de la dialectique dans la philosophie française de la seconde moitié du 20e siècle : Foucault, Deleuze, Althusser... 

la dialectique matérialiste impossible de Théorie Communiste

d'une certaine façon, l'échec de Théorie Communiste,  car je le considère comme tel dans la mesure où il porte tant sur la méthode que sur le contenu, cet échec tient à ce qui reste dans son corpus beaucoup plus philosophique que chez Marx, toutes choses égales par ailleurs quant au programmatisme du penseur de la Première Internationale dépassé par les théories de la communisation

la question aujourd'hui est que le corpus de TC, qui structurait l'approche de la communisation comme son canal théorique central(iste) et le plus diffusé, ce corpus n'a plus de base concrète dans le cours du capital pour tenir tous les résultats qu'il considérait comme acquis. La difficulté d'en sortir tient au modèle d'élaboration successive qui accumule depuis près de quarante ans des fondements qui ne peuvent pas évoluer sans remettre en cause une bonne partie des résultats, et bien sûr la méthode elle-même

un concept philosophique ne connaît pas la quantité

on l'a vu dans la besogneuse articulation des contradictions de genre et de classe, le monstre dialectique construit avec un même mécanisme rendu encore plus compliqué par l'entrée de cette seconde contradiction. Quant à en prendre en compte d'autres, telle la race, sur ce modèle dialectique, c'est impossible pour Théorie Communiste car son articulation dialectique est fondamentalement structuraliste, et évacue à son corps défendant les considérations empiriques et historiques, autant que les considérations quantitatives. Une dialectique aussi étroitement conceptuelle ne peut penser les seuils, l'émergence du passage du quantitatif au qualitatif et réciproquement : un concept philosophique ne connaît pas la quantité

une fuite en avant idéaliste ?

c'est ici la source profonde de la fuite en avant de Théorie Communiste avec Meeting et Sic. Quand Roland Simon affirme « Il arrive que le cœur prenne le pas sur la cervelle », il ne voit pas, ou ne veut pas voir ou pas dire, le problème  à la base dans l'étroitesse du champ d'observation des concepts d'anglemort et d'écarts (dont on peut interroger la vacuité liée au besoin de combler un manque de réel par la théorie, que TropLoin a relevé comme moi). Cette étroitesse a pris le pas, franchi le pas, non du cœur sur la cervelle, mais de l'idéalisme philosophique. Cette étroitesse de champ, j'en ai fait la remarque dès 2005 dans les commentaires de Meeting. Elle caractérise l'objectivisme de TC emporté à trouver dans le concret la vérification de résultats abstraits (entre les années 1995 et 2005, en gros)

une 'cohérence' mise à mal : TC en crise de restructuration ?

voilà ce dont Théorie Communiste doit sortir maintenant, ce qui ne met pas en cause la possibilité qu'elle fasse des observations théoriques pertinentes. C'est toujours le cas, la question étant que celles-ci peinent à s'intégrer dans le corpus général, comme on l'observe avec les derniers textes, riches en reformulations théoriciennes d'études sociologiques, mais sans retrouver la cohérence d'ensemble qui était une forte caractéristique du corpus técéien. C'est de ceci qu'on peut déduire que TC ne manque pas de se poser elle-même la question, et nous verrons comment elle y répond

PS : je n'aborde pas ici le corpus de Temps Critiques, qui se caractérise par un abandon pur et simple de la dialectique (tombant sous la critique du « rejet de la dialectique » par Isabelle Garo) avec des catégories de pensée aussi générales que  « tension individu/communauté » dont on voit la difficulté à produire autre chose que des remarques au demeurant souvent pertinentes bien que tournant certes en rond, car quoi qu'il en soit ne débouchant sur aucune considération quant à une perspective révolutionnaire ancrée dans les luttes actuelles. Il semble d'ailleurs que nombre de théoriciens, parvenus à un certain âge, et peut-être parce qu'ils ne se sentent plus concernés, s'enlisent dans des bavardages entre professeurs (cf le blog de Temps Critiques) qui n'ont plus rien à voir avec un quelconque combat révolutionnaire (je pense à Anselm Jappe entre autres, qui n'est pas, avec ses amis de la Wertkritik, un défenseur acharné de la dialectique des contradictions au sein du capital, du moins concernant son ennemi principal, la classe prolétarienne, humaine ou multitude, peu importe ici comment l'on nomme un nécessaire sujet révolutionnaire)

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7 juillet

vous avez dit 'dialectique' ? devoir de vacances

'Raison dialectique, raisons de la dialectique' Lucien Sève Marx au 21ème siècle, l'Esprit et la Lettre

« la dialectique matérialiste peut reconquérir une vraie et salutaire audience, pourvu que nous la prenions nous-mêmes au sérieux autant qu’elle le mérite » Lucien Sève

ce texte d'une lecture abordable fournit quelques pistes pour repenser les modèles anciens fondant les approches marxiennes sur la dialectique hégelienne même « renversée »

« L’infâme dialectique » : le rejet de la dialectique dans la philosophie française de la seconde moitié du 20e siècle : Foucault, Deleuze, Althusser... Isabelle Garo Marx au 21ème siècle, l'Esprit et la Lettre

des ouvrages souvent évoqués dans mes textes depuis une dizaine d'années, de Sève et de Bertell Ollman

problèmes dialectiques, problèmes de dialectique et de méthode ne concerne pas les sciences sociales, mais...

émergence, complexité et dialectique

problèmes dialectiques, problèmes de dialectique et de méthode

la dialectique mise en oeuvre
Le processus d’abstraction dans la méthode de Marx
par Bertell Ollman, le livre en pdf

Quatrième de couverture : Souvent mal comprise et réduite à un simple jeu formel et spéculatif sur de triviales triades (thèse I antithèse 1 synthèse), la dialectique est pourtant au cœur de l'essence révolutionnaire de la pensée de Marx. La dialectique n'est pas plus une doctrine mystérieuse qu'une " théologie sécularisée". C'est un précieux instrument critique, une "sorte de lumière qui éclaire, de l'intérieur, les contradictions du processus historique". C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on ne compte plus, comme l'écrit Michael Löwy dans sa préface, les tentatives d'apprivoiser et de rendre moins dangereux le serpent du marxisme en le privant de son poison dialectique. Avec ce livre, Bertell Ollman nous propose à la fois une introduction à la dialectique et un approfondissement original de sa portée. Il présente en effet, avec un talent pédagogique peu commun, une explication simple, directe et souvent amusante de la dialectique, qu'il rend accessible à des non-spécialistes de la philosophie. Au fil de la lecture, l'auteur nous emmène au cœur du laboratoire théorique de Marx en décortiquant le processus d'abstraction que l'auteur du Capital a mis en œuvre dans ses travaux de maturité. Au bout de ce parcours, le lecteur n'aura pas ainsi simplement été confronté à des catégories abstraites, mais à une expérience de pensée originale dont la dialectique fournit le principe de compréhension et la lumière interne. Le monde qui nous entoure et la réalité sociale y prennent un relief particulier.

Table des matières - extrait

Introduction à la dialectique
1. Qu’est-ce que la dialectique ? 
  
La dialectique avancée
2. La dialectique mise en œuvre : le processus d’abstraction dans la méthode de
    Marx
 I. Le problème : comment penser de façon adéquate le changement et
    l’interaction ?
  II. La solution est dans le processus d’abstraction
  III. En quoi les abstractions de Marx sont différentes
 IV. La philosophie des relations internes
V. Les trois modes d’abstraction : l’extension
 VI. Les niveaux de généralité
VII. Le point de vue
VIII. Le rôle des abstractions dans les débats sur le marxisme
 
3. L’étude de l’histoire à rebours : un aspect négligé de la conception  matérialiste de 
     l’histoire de Marx

le site de Bertell Ollman Dialectical Marxism

Dance of the Dialectic: Steps in Marx's Method by Bertell Ollman Univ. of Illinois Press, 2003, le livre en anglais