abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus

 

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abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus 

14 mai 2015

ces questions seront désormais abordées dans le forum COMMUNISATION et DÉCOLONIALITÉ dont les rubriques reprennent ces articulations, en les approfondissant

2 avril

un Marx inattendu 

un article de Michael Löwy selon qui La principale question sociale discutéeen rapport avec le suicide – c’est l’oppression des femmes dans les sociétés modernes

signalé par Jean-Louis Roche (Le Prolétariat Universel dans Le suicide vu d'avion 1er avril) et retrouvé sur le blog Espace et Ciment, tiré de Actuel Marx n°34 de 2003

Un Marx inattendu

L’article sur le suicide – « Peuchet : vom Selbstmord » – paru en janvier 1846 dans la revue Gesellschaftspiegel, « Le Miroir Social » (Zweiter Band, Heft VII, Elberfeld) , est un document inhabituel dans l’œuvre de Marx. Il se distingue à plusieurs égards du reste de sa production :

1) Ce n’est pas une pièce écrite par Marx lui-même, mais composée, en grande partie, d’extraits, traduits en allemand, d’un autre auteur. Marx avait l’habitude de remplir des cahiers de notes avec des extraits de ce genre, mais il ne les a jamais publiés, et encore moins sous sa propre signature.
2) L’auteur choisi, Jacques Peuchet, n’était ni un économiste, ni un historien, ni un philosophe, ni même un socialiste, mais l’ancien directeur des Archives de la Police sous la Restauration !
3) Le texte dont sont tirés les extraits n’était pas une œuvre scientifique, mais une collection informelle d’incidents et anecdotes, suivis de quelques commentaires.
4) Le thème de l’article ne concerne pas ce que l’on considère habituellement comme les sphères économiques et politiques, mais la vie privée : le suicide.
5) La principale question sociale discutée – en rapport avec le suicide – c’est l’oppression des femmes dans les sociétés modernes.

Chacun de ces traits est rare dans la bibliographie de Marx mais leur convergence dans ce texte est unique.

28 février 2015

individus & identités / capital & communisme 20:32

« celui qui sait attendre aura la plus belle visitation » disait Roger Vaillant à propos de tout autre chose, dans une formule qui vaut son poids d'or sous la plume de ce bouffe-curé impénitent défroqué du PCF

adé : « Les appartenances de genre, classes et tout les autres sous-ensembles qui en découlent (races, cultures, communautés religieuses, et autres communautés intermédiaires ) sont dépassées sur la base de ce qu’ils sont actuellement, et ce qu’ils sont actuellement c’est la crise de la reproduction du rapport d’appartenance aux classes et aux genres, et à toutes les communautés intermédiaires.

La crise, comme crise de la reproduction, se manifeste comme crise des identités (moment critique des appartenances identitaires), la reproduction des classes, des genres, et de toutes les appartenances intermédiaires apparaît comme crise de l’identité d’appartenance au prolétariat (fin de l’identité ouvrière/prolétarienne), crise de l’assignation basée sur le genre, crise des identités intermédiaires, culturelles, nationales, religieuses.

C’est parce que la crise actuelle est moment critique des appartenances que la question des identités individuelles se pose comme recherche/rénovation de nouvelles identités. C’est à partir du dépassement de cette situation qu’il est possible de poser la société humaine comme dépassement des médiations par la production directe de l’humanité comme communauté humaine:la communauté produit sans médiation les individus adéquats à elle: telle communauté, tels individus.

Tout cela a, je pense, d’énormes implications : rapport direct à la « Nature », production de celle-ci, rapport entre individus comme rapport historiquement produit, production historique dans son rapport avec la nature limitée de l’histoire individuelle, donc rapport avec la production des croyances religieuses, rapport à soi comme rapport à la société/communauté, et inversement, rapport ce cette société immédiatement comme rapport à soi…» Telle communauté, tel individu dndf 28 février

à quelque chose près (car les races, cultures, religions... découlant des appartenances de genre et de classe~, je ne comprends pas), je trouve là les idées que j'ai formulées dans abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus il y a un an

RS avait ouvert les vannes ici : « Comme je l’écrivais dans le texte ci-dessus (A propos de Charlie – suite -), la classe n’apparait pas toujours en clair et même rarement (« il n’est pas dans la nature de la révolution de faire sonner l’heure de la dernière instance ») : c’est dans une multiplicité de pratiques et de contradictions avec le capital et internes, de confrontations avec toutes sortes d’identités, d’actions à partir d’elles et de dépassement de celles-ci, qu’elle s’autotransforme en classe communisatrice et s’abolit

le débat est donc ouvert et c'est heureux. Quelques remarques :

je n'ai pas réfléchi à la formule « crise des identités », ni à l'idée qu'elle serait manifestation de la crise de reproduction, mais on peut concernant le processus de communisation dire que tout est dans tout et multiplier les formules à l'envie. Encore faut-il qu'elles aient un sens précis, à construire chaque fois théoriquement

de même quant à la « recherche de nouvelles identités », qui pourrait être contradictoire à l'idée du dépassement vers un type d'individualités radicalement nouvelles, c'est-à-dire intégrant en elles-mêmes le rapport à la communauté. Pour le dire simplement, et sans rêver à l'Homme nouveau, un souci du commun dépassant l'égoïsme individualiste des individus du capital. Dans la mesure où l'individu individuel est une construction tardive et d'abord occidentale, il n'est pas difficile de trouver dans le passé des rapports sociaux où l'individu n'existait pas, c'est-à-dire ne se pensait pas comme tel, y compris parce que le lien était médié par la religion...

la formule définissant la communauté du communisme « rapports immédiats entre individus » est trompeuse, parce qu'elle nécessite des individus autres qui ne soient plus produits dans des rapports entre individualisés auxquelles nous a habitués le capitalisme. Ce qui en découle, par exemple sur le plan sexuel, c'est un autre contenu des désirs mêmes, du rapport à l'autre sexe, et c'est évidemment là que la question des rapports de genres et de sexes sont bouleversants et bouleversés dans le processus

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dernier point, et bien que ce ne soit pas le propos d'adé, je ne crois pas à l'abandon de toutes croyances, religieuses ou pas, mais au contraire que le processus de la communisation repose aussi sur une subjectivation qui engage une éthique, peut-être athée, et si elle relève d'un humanisme, celui-ci aussi serait de contenu différent, ne serait-ce que dans le rapport à la nature

sans réserve donc pour ce genre de débat, mais quand même une tâche première de la théorie sur cette question : comment, au présent, se présente la relation du l'appartenance de classe et de genre dans son rapports aux identités à dépasser. Question chaude et particulièrement actuelle (« je » suis Charlie, communautarismes, et tout le tremblement idéologique condamnant la moindre expression identitaire d'un désaccord avec la ligne générale de l'Etat français la-race-n'existe-pas-de -souche, nous sommes tous égaux, libres, frères et laïcs...

Bien le bonjour à mes sœurs qui disent merde à la République franco-hollandaise

 

25 février

races et classes : un problème de militants "antiracistes" ?

« antiracisme de classe » ou lutte de classes des racialisés ? identitaires ou identifiés ?

décidément, Yves Coleman est bien pratique, avec ses gros sabots : Acquérir une vision claire des différentes formes de racisme et de leurs rôles. Et réfléchir à ce que pourrait être un antiracisme de classe

bien pratique pour des considérations dépassant sa personne et son militantisme spécialisé dans la dénonciation, non de l'Etat et du capital, mais des militants d'extrême-gauche

tout l'article est construit avec l'idée que le racisme est... une idée. Il s'agirait de s'en faire la bonne pour élaborer le bon «antiracisme», de préférence de gauche ou d'extrême gauche, en prenant en compte des « analyses de sociologues, historiens et spécialistes de sciences sociales, universitaires, économistes... ». Notons au passage que pour Yves Coleman, F. Fanon, Malcolm X, Stockely Carmichael, Huey Newton, Angela Davis sont des « identitaires », un qualificatif qui trouverait grâce à lui une valeur rétro-active pour tous ceux qui ont mené depuis des siècles leurs luttes contre leur esclavage, leur colonisation ou leur ségrégation institutionnelle en France... Le Noir sur-exploité qui se bat le fait parce qu'il est exploité, pas parce qu'il est noir, mais s'il est plus sur-exploitable, c'est parce qu'il est noir 

abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus

il ne vient pas à l'idée d'Yves Coleman que les premiers concernés par le racisme sont les "victimes" du racisme, et qu'eux ne se définissent pas comme « antiracistes ». L'antiracisme vient d'une extériorité compassionnelle au problème de classe et de race. À l'inverse, c'est toujours partant de leur situation concrète, de leur situation sociale, économique ou de leur confrontation à la répression policière, que ces populations racialisées entrent en luttes, des luttes qui ne se caractérisent pas par des revendications «identitaires», mais plutôt à visée dés-identitaires. Au fond, ils ne demandent pas un soutien « antiraciste de classe » à leur luttes. Une telle posture finalement morale n'est bonne qu'à soulager la conscience militante blanche... ou assimilée [...]

penser l'histoire et le présent des identités dans leurs rapport aux classes sociales et à leurs antagonismes

vouloir définir un « antiracisme de classe », c'est vouloir donner des leçons de classe aux racialisés. C'est oublier que le racisme réel est un rapport social, et comme tout rapport social dans le capitalisme, une rapport de classe en lui-même de par son intérêt pour le capital, non par une quelconque prise de conscience apportée par une posture militante qui ne mange pas de pain... noir. D'autant quand on passe son temps, comme Yves Coleman, à flinguer tous ceux qui justement sont pris dans la tourmente et les tourments d'être, non pas «identitaires», mais identifiés par leurs couleurs de peau 

« antiracisme de classe » ou lutte de classes des racialisés ? identitaires ou identifiés ?

décidément, Yves Coleman est bien pratique, avec ses gros sabots : Acquérir une vision claire des différentes formes de racisme et de leurs rôles. Et réfléchir à ce que pourrait être un antiracisme de classe

tout l'article est construit avec l'idée que le racisme est... une idée. Il s'agirait de s'en faire la bonne pour élaborer le bon «antiracisme», de préférence de gauche ou d'extrême gauche, en prenant en compte des « analyses de sociologues, historiens et spécialistes de sciences sociales, universitaires, économistes... ». Notons au passage que pour Yves Coleman, F. Fanon, Malcolm X, Stockely Carmichael, Huey Newton, Angela Davis sont des « identitaires », un qualificatif qui trouve grâce à lui une valeur rétro-active pour tous ceux qui ont mener depuis des siècles leurs luttes contre leur esclavage, leur ségrégation, leur colonisation ou leur ségrégation institutionnelle en France... Le Noir sur-exploité qui se bat le fait parce qu'il est exploité, pas parce qu'il est noir, mais s'il est plus sur-exploitable, c'est parce qu'il est noir 

assimiler toute lutte sur la base d'une oppression propre à une revendication identitaire, confondre luttes de libérations et nationalisme noir (ou autre), il faut le faire. Vrai aussi que pour certains le féminisme ne fait que diviser le prolétariat... Comme s'il n'y avait pas nécessité de "moments" dans une lutte pour se débarrasser de ce à quoi on est assigné comme moyen de sa sur-exploitation, pour le dépasser, une problématique omniprésente dans les écrits de tous ceux que cite Coleman, et dans leurs luttes historiques. Comment peut-on être à ce point blanchi idéologiquement à en devenir réac, c'est un mystère de la négritude pâle de Coleman. Dommage qu'il n'ait pu bénéficié de l'attention du docteur Fanon, son attitude étant typique du refoulement et de l'agressivité, d'une manière d'en rajouter pour se faire accepter, qu'il décrit dans Peau noire, masques blancs quant à des colonisés s'en prenant à leurs frères plutôt qu'à leurs maîtres

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le chien qui mord qui le bat est-il identitaire ? Qui donne un coup de pied à un chien en qui il voit le chien-qui-mord se fait mordre par le chien en tant que chien ayant une mâchoire de chien. Le chien qui se fait battre préfèrerait être un animal comme les autres, un concept d'animal ou un mouton, qui ne recoivent pas de coups de pieds : le concept de chien ne mord pas (source)

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il ne vient pas à l'idée d'Yves Coleman que les premiers concernés par le racisme sont les "victimes" du racisme, et qu'eux ne se définissent pas comme « antiracistes ». L'antiracisme vient d'une extériorité compassionnelle au problème de classe et de race. À l'inverse, c'est toujours partant de leur situation concrète, de leur situation sociale, économique ou de leur confrontation à la répression policière, que ces populations racialisées entrent en luttes, des luttes qui ne se caractérisent pas par des revendications «identitaires», mais plutôt à visée dés-identitaires. Au fond, ils ne demandent pas un soutien « antiraciste de classe » à leur luttes. Une telle posture finalement morale n'est bonne qu'à soulager la conscience militante blanche... ou assimilée

avec ce label «identitaire» dont on connaît le poids péjoratif sous sa plume, Yves Coleman et d'autres voudraient bien être «antiracistes de classe», mais tout en déniant à ceux que leur couleur de peau rend plus exploitables ou rejetables que d'autres de se battre pour cette raison supplémentaire, qui n'est qu'une lutte pour sauver leur peau, tout en s'en débarrassant en tant qu'elle n'est pas neutre comme pour un homme blanc vs une femme noire, doublement assignée à ces identités. La littérature et les théories critiques de la race par les racialisés sont pleines de ces considérations depuis WEB Dubois jusqu'à Mbembe, mais ça n'a pas effleuré le métis Coleman afro-américain de souche

penser l'histoire et le présent des identités dans leurs rapport aux classes sociales et à leurs antagonismes

au fond, Coleman, pas plus qu'il n'a cerné le concept de classe, n'a pensé l'identité, les identités sociales que construit le capitalisme, celle de races comme celle de femme vs homme. Le même problème se pose aux Jacques de Temps critiques quand ils se bloquent sur la question des identités multiples sous lesquelles s'est défaite l'identité de classe, la «conscience de classe», mais sous lesquelles s'expriment néanmoins un rapport de classe au capital dans les luttes des «racialisé.e.s». Il ne reste plus alors, ayant perdu la classe, qu'à trouver le chemin de la communauté humaine, et Temps critiques l'a vu dans la manifestation du 11 janvier (L'être humain est la véritable communauté des Hommes)*

* comme au demeurant le trostko-marxiste de Militant, Vincent Présumey dans Charlie c'était quoi ? Médiapart 12 janvier : « La réalité est donc que l’extrême-droite a reculé en France ces derniers jours [...] ce qui s’est produit est bien une forme inédite de ce à quoi aspirent bien des militants, des syndicalistes, des citoyens qui veulent une issue politique à la crise totale que nous connaissons : un processus constituant, où le peuple commence à se dresser comme tel. Ce jaillissement ne durera pas des semaines, mais ce qui a jailli va maintenant remplir mille et uns canaux. D’une façon ou d’une autre, cela va se préciser bientôt, une nouvelle période commence » On a vu la période qui commence et comment l'extrême-droite recule...

vouloir définir un « antiracisme de classe », c'est vouloir donner des leçons de classe aux racialisés. C'est oublier que le racisme réel est un rapport social, et comme tout rapport social dans le capitalisme, une rapport de classe en lui-même de par son intérêt pour le capital, non par une quelconque prise de conscience apportée par une posture militante qui ne mange pas de pain... noir. D'autant quand on passe son temps, comme Yves Coleman, à flinguer tous ceux qui justement sont pris dans la tourmente et les tourments d'être, non pas «identitaires», mais identifiés par leurs couleurs de peau 

6 février

genre, sexe, nature et capital

mea culpa mea minima culpa 15:01

je dois faire mon auto-critique a minima. Je viens de terminer une première lecture du livre de Jacques Wajnsztejn Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme qui m'a conduit à un premier réajustement un excès de genre : mise au point quant à mon lien aux Théories de la communisation

abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus

mieux vaut tard que jamais

je dois dire que cette lecture, que j'avais remise faute de m'être procurer le livre, m'a fortement intéressé et surpris. Je ne m'attendais pas à ce contenu au vu de la quatrième de couverture. J'ai beaucoup appris, et je dois reconnaître que pour l'essentiel je suis en accord avec les partis pris par Jacques Wajnsztejn. Je mets un bémol, mais là n'est pas pour moi le plus important dans ce livre, sur la conception de « la révolution à titre humain », de Temps critiques, certes en tout cohérente dans l'ouvrage. Nombre d'éléments sont pour moi des connaissances nouvelles, de celle d'un corpus théorique que je connaissais trop mal, et concernant l'histoire du féminisme en France et l'évolution vers les positions actuelles du féminisme radical, glissant de l'ennemi principal comme patriarcat à l'hétérosexualité comme produisant systématiquement la domination masculine

j'avais senti cette dérive dans ma plongée sur le forum féministe en janvier 2014, puis dans les échanges sur dndf (une photo : « Tout homme qui assume sa part dans la domination des femmes, même la plus minime, est un ennemi mortel de la révolution à venir »). Je ne voyais pas trop ni pourquoi ni comment insister sur la nécessité de croiser critique du capital et critique du "genre", ou souligner la position de Silvia Federici sur l'abolition du genre mais pas de toutes différences entre hommes et femmes, j'aurais assumer ma part dans la domination des femmes, mais je fus confronté à une agressivité sans borne. La complaisance pour moi incompréhensible de la part des modérateurs de ce forum liés aux thèses de Théorie communiste a débouché sur mon retrait définitif des discussions rendues impossibles sur ce blog. Je ne m'expliquais cette attitude, et l'attrait tardif pour Beauvoir plutôt que le Black Feminism, que par une volonté de "draguer" des féministes radicales, un peu de la même façon que dix ans plus tôt des activistes "immédiatistes" dans la ligne générale de la revue Meeting. La nouvelle ligne de TC était l'abolition simultanée du genre et des classes - une cause de la scission dans SIC - avec une insistance particulière sur une quasi indistinction entre genre et sexe, qui est précisément un objet central du livre de J.W.

certes j'avais formulé mes propres distances avec cette vision, en affirmant trouver plus de 'nuances' chez Silvia Federici quant à l'abolition du genre comme "destruction des femmes et deshommes", c'est-à-dire la fin de toute différentiation sur une base sexuelle générique, autrement dit la négation d'un rapport social de nature (externe et interne), pour le dire dans les termes de Temps critiques

un livre courageux et à contre-courant de l'injection à choisir entre pro-genre et anti-genre

ce livre est complètement à contre-courant de l'injonction à choisir son camp entre pro-genre et anti-genre, telle qu'on l'a connue à l'occasion de « l'enseignement de la théorie du genre à l'école ». Manifestant la moindre distance, notamment avec cette idéologie portée par l'ensemble de la gauche ou de l'intelligentsia radicale libertaire (ou par exemple la revue Multitudes), on se trouvait peu ou prou considéré comme un sale macho réactionnaire. C'est malheureusement ainsi que je l'ai ressenti dans les discussions de dndf, non seulement à mon encontre, mais aussi envers d'autres qui exprimaient des désaccords "humanistes" avec la thèse de Théorie communiste

Une présentation : C’est un long processus qui commence avec la crise du sujet bourgeois au cours des vingt premières années du XXe siècle et continue avec la libération des subjectivités dans le mouvement de subversion du monde qui s’étend des années 1960 aux années 1970. Les désirs se libèrent mais le mouvement de désinhibition reste contre-dépendant de l’ancienne répression sexuelle et se fixe sur le sexe en s’autonomisant des autres formes d’affects. Avec la défaite du cycle de lutte précédent et le développement d’une nouvelle dynamique capitaliste qui pénètre tous les aspects de la vie quotidienne se produit une nouvelle autonomisation quand le sexe physique n’est plus perçu que sous sa forme sociale construite du genre et non plus dans ses déterminations à la fois naturelles et sociales. L’individu démocratique égogéré peut prononcer son credo : « c’est mon choix » et jongler avec les genres puisqu’ils ne correspondent qu’à des rôles normés, qu’ils n’ont pas de substance ou que celle-ci est transformable grâce aux nouvelles technologies.

Ce nomadisme des identités multiples et changeantes accompagne un nomadisme plus général, celui du capital et de ses marchandises. La perspective révolutionnaire semble bouchée alors que l’horizon technologique apparaît sans limite !

On comprend mieux désormais pourquoi les théories du genre sont partie prenante de la capitalisation en cours de toutes les activités humaines, pourquoi leur simplification à outrance peut parfois se faire idéologie d’État, pourquoi elles reçoivent l’appui des médias et enfin pourquoi elles cherchent à se présenter comme parole scientifique (et non comme théorie) à travers le doux euphémisme des « études de genre ».

tous ensemble vers le meilleur du monde pour le capital et ses individus libres et consentants

dans le brouillage idéologique qui n'épargne pas les débats théoriques, rendus pratiquement inaudibles tant « l'abolition des classes et des genres ne répond plus qu'à un réflexe conditionné » (p.96), ce livre est une prise de position courageuse qui témoigne d'un combat contre-idéologique qui me semble s'imposer, qu'on le mène au nom de son idéal communisme ou de son humanité. Sont critiquées de façon très précises les thèses de Christine Delphy et Judith Butler. Sont interrogées les résistances qui malheureusement s'expriment au nom de valeurs humaines auxquelles ne pas toucher, mais d'un point de vue réactionnaire : manif pour tous, anti-maraige gay, anti manipulation bio-génétiques, etc.

je me souviens encore d'une discussion tendue lors d'un Summer Meeting du 'courant communisateur', en 2007, où les défenseurs des théories Queer et autres LGBT n'hésitaient pas à envisager la révolution avec l'appui des sciences de manipulation des corps, particulièrement des femmes. Il me semble que le site Incendo Genre&Classe est encore dans cette perspective, avec une disparition quasi complète de la contradiction de classe, ou du moins aucune prise de distance avec des textes qui sont tout sauf des critiques du capitalisme

d'autres aspects de ce livre entrent également en résonance avec mes considérations sur les possibilités d'une société néo-esclavagiste, exprimée sur un ton tragi-comique (dans faut rigoler... 17 janvier) :

« une société néo-féodale militarisée et mondiale, finalement lisible dans le monde actuel s'il trouve la porte de sortie de crise, avec ou sans révolution mais celle-ci vaincue, vers un état équilibré et homogène ayant aboli toutes les contradictions actuelles en les supprimant dans une sorte d'Haufhebung à la soviétique, négation des négations pour n'en conserver qu'une : l'exploitation du travail comme mode de production sans reproduction humaine de la population

une sorte de Meilleur des mondes avec des classes sociales reproduites bio-technologiquement. Une sorte d'Empire Romain ou de goulag généralisé, sans problème de racisme ou de sexisme, nul n'étant inquiété pour sa couleur ou son genre, tous et toutes pouvant appartenir à l'une ou l'autre des classes antagonistes, comme aux couches intermédiaires de gestionnaires, animateurs et militaires, un monde où, devenus inutiles, l'argent et le salaire mêmes auraient disparu ainsi que les échanges commerciaux, l'amour et le désir, la sexualité n'ayant plus fonction de reproduction, pas de rapports vraiment sociaux, pas une société, une machine à exister plus qu'à vivre : un monde sans contradictions, sauf erreur ou grain de sable dans les rouages, comme dans le roman d'Huxley »

il me faudra du coup reprendre cette lecture de façon plus approfondie et mettre à jour sinon le fond de mes considérations sur l'articulation dans le capital des questions d'émancipation des femmes (et des hommes) et de l'abolition du racialisme

J. Wajnsztejn fait référence, dans une note p.95, à ma position singulière au sein des partisans de la communisation, à propos des apories de TC sur la race : « Comme les théories du genre s'inscrivent dans un mouvement déconstructiviste, on peut dire que le chantier communisateur est encore en cours et nous prépare d'autres surprises ». C'est le moins qu'on pouvait annoncer il y a un an, quand la rédaction de ce livre fut achevée, et depuis... de l'eau a coulé sous les ponts de la communisation théorique, qui n'est pas un long fleuve tranquille...

un point théorique partagé autour de 'la situation particulière et non essentialisée' du Black Feminism

un point est toutefois très intéressant, et qui semble être un point d'accord entre les deux TC et moi, la singularité du Black Feminism : « Le Black Feminism participe lui aussi de la déconstruction du féminisme et même de sa franche lesbienne. En effet, il s'est opposé au séparatisme lesbien parce qu'il définissait prioritairement les femmes à partir de la catégorie de genre avec le risque d'un enfermement identitaire, conduisant, en dernier ressort à une stratgéie d'empilement des identités à la place de leur abolition. En cela il retrouve l'élément clé que défendaient de Lesseps et Fauquet : un particularisme radical doit rejeter non seulement ce qui nie son identité, mais son identité elle-même. » p.95-96

l'intérêt théorique de Théorie communiste est à lire dans les Notes de lectures sur le Black Feminism dans TC n°24, décembre 2012, dont (re)voici la conclusion : « Le Black Feminism appelle une attention théorique pointue car il ne s'agit pas, pour les femmes noires encore plus « victimes » que les autres (la « victimisation » est justement une grande critique adressée au « féminisme blanc »), ni de rattacher le Black Feminism « anecdotiquement » à l'histoire des États-Unis. Ce sont des questions théoriques générales et fondamentales que pointe le Black Feminism à partir d'une situation particulière qui n'est pas, la plupart du temps, essentialisée. Ces notes évoquent quelques pistes ouvertes par le Black feminism en privilégiant ce qui semble le plus général et porteur/interrogateur théoriquement. » p. 135

reste à savoir comme Théorie communiste se débrouille pour relier cette appréciation et sa propre conception du genre dans le capital, en shuntant la question raciale, et c'est la question que lui posent tant J. Wajnsztejn que moi

quoi qu'il en soit, c'est déjà beaucoup et je n'aurais pas travaillé en vain, ces points de vue recoupent le sens que j'ai donné à mes références appuyées au Black Feminism et d'autres non "blanches" et plus généralement à la question dans laquelle je classe cette intervention : abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus

en relation : un excès de genre : mise au point quant à mon lien aux Théories de la communisation

ajout du 25 février : il me semble toutefois avoir relevé dans ce livre le peu de cas fait pas son auteur de la domination masculine...

22 décembre 2014

"L'expérience minoritaire" Appel à contribution Tracé n°30 Fabula

Publié en 2008, La condition noire. Essai sur une minorité française a contribué à mettre la question minoritaire au cœur du débat intellectuel français. S’emparant de la catégorie de « minorité » contre d’autres façons d’envisager l’histoire des populations noires françaises – à partir des notions d’identité ou de communauté, ou de la figure de l’immigré-e – Pap N’Diaye fait le choix scientifique de coupler celle-ci avec la catégorie de « condition ». Celle-ci « désigne une situation sociale qui n’est ni celle d’une classe, d’un État, d’une caste ou d’une communauté, mais d’une minorité, c’est-à-dire d’un groupe de personnes ayant en partage, nolens volens, l’expérience sociale d’être généralement considérées comme noires. La condition noire est donc la description dans la durée de cette expérience sociale minoritaire » (N’Diaye, 2008, p. 29). Ainsi, à la suite de nombreux travaux sur la dimension incorporée de la colonisation chez les colonisé-e-s (Memmi, 1957, Fanon, 1971), Pap N’Diaye montre, à propos de l’histoire et de la situation présente des populations noires françaises, la nécessité de compléter la conception politico-juridique de la minorité d’une conception expérientielle.
[...]
D’autres questions se posent dès lors : si les expériences minoritaires peuvent susciter des formes spécifiques d’expression et d’action politiques, impliquent-elles aussi une mise en question et une redéfinition de l’ordre du politique lui-même, c’est-à-dire des critères distinguant le politique de ce qu’il n’est pas ? À partir de là, quelles perspectives politiques ouvrent la prise en charge effective des expériences minoritaires dans leur caractère transformateur ? On peut penser par exemple à la manière dont la politisation et la théorisation des expériences minoritaires impliquées par la hiérarchisation raciale et sexuelle des sociétés occidentales permet de qualifier les groupes majoritaires et leurs pratiques en terme de privilège blanc ou hétérosexuel (McIntosh, 1989; Kebabza, 2006; Rich, 2010). Ou encore à la façon dont Judith Butler (2005) analyse la façon dont le sujet majoritaire américain et sa politique se fondent sur le déni nationaliste de la vulnérabilité comme de l’interdépendance des êtres humains, si bien qu’une politique d’opposition ne peut, quant à elle, que se fonder sur l’expérience minoritaire de la vulnérabilité et de la souffrance individuelle et collective, dans le cadre d’une « démocratie sensible ». Suivant ces réflexions, on posera alors les questions suivantes : quelles sont les politiques minoritaires contemporaines ? Sur quelles expériences minoritaires se fondent-elles ? Comment permettent-elles de penser le champ politique et les organisations sociales contemporaines ?

ce thème et ces questions sont en relation avec le concept que j'ai proposé d'identité de lutte

en relation

Briser le tabou du « privilège » pour lutter contre le racisme et le sexisme, Ségolène Roy Médiapart janvier 2014

L’autre versant du racisme : le privilège blanc, Ségolène Roy Médiapart mars 2014

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12 janvier 2015

« salubrité de classe chez ces jeunes lycéens ou écoliers qui ont refusé la minute de silence gouvernemental »

commentaire à une note de Jean-Louis Roche

Bilan de la manifestation bourgeoise "Charlie" Le prolétariat universel 12 janvier

je n'en  restitue que la note 10, qui recoupe mon appréciation, sur la base de ce que m'a rapporté mon fils du lycée de Val de Fontenay près du quartier des Larris

Je défie quiconque de me démontrer que, chez tous et chacun, sous le règne du consumérisme et de l'individualisme bourgeois, exister n'est pas : "je t'emmerde" et en plus "je t'ignore" parce que toi tu veux m'ignorer... Lorsque je vais dans un pays étranger, moi qui suit bien nourri, à l'abri du besoin et du mépris, je fais tout pour ne pas me faire remarquer, je me conforme aux habitudes des lieux. Je n'irai pas jusqu'à porter la kippa en Israël, ni le djellaba en Algérie, mais je me fais discret. Je respecte les coutumes sans les partager. C'est ce qu'ont fait des générations d'immigrants, se faire discret qui ne veut pas dire se soumettre. Or, de nos jours ce ne sont pas les arrivants, ni même cet hydre de Lerne des "entraînés en Syrie qui nous reviennent", mais des "nés en France", "de souche nationale avec séjour dans le cadre de la morale scolaire républicaine, qui – de l'intérieur de la fabulation de l'égalité républicaine – "résistent" avec leurs pauvres moyens; notamment la jeunesse, dite issue de l'immigration, s'insurge contre le fait de n'être rien dans un monde cynique d'héritiers arrogants du colonialisme capitaliste, et qui – du fait qu'on nie les classes – a tendance généralement à mettre dans le même sac la population prolétaire blanche (ou pas, noirs et juifs sont aussi prolétaires en proportion respective) sauf leur copain du quartier défavorisé.

J'ai vu beaucoup d'espoir et de salubrité de classe chez ces jeunes lycéens ou écoliers qui ont refusé la minute de silence gouvernemental, même si des racontars ont voulu impliquer des consignes parentales. Seule une poignée, attardée et larguée, a pu se représenter les tueurs comme des héros (n'oublions pas qu'il y a une insensibilité à la mort depuis le plus jeune âge, générée par les jeux vidéos inventés par les militaires américains), le refus d'obéir des autres n'est pas soutien au terrorisme mais refus de se laisser embrigader par une propagande gouvernementale pas seulement ambiguë mais pourrie. La jeunesse aime la vérité dans sa naïveté, et c'est pourquoi elle reste la première force révolutionnaire lorsque sont posées les questions les plus graves. Elle peut être aussi très facilement embrigadée derrière des idéaux trafriqués (le jeu de mot, néologisme intéressant, était involontaire) de générosité, dès qu'on la flatte et que le jeunisme ou le "charlisme" ont pignon sur rue. Heureusement que le prolétariat n'est pas composé que de jeunes !

recoupement avec la trajectoire de Coulibaly

« Il n'a pas la haine du juif, du chrétien, il a la haine de l'État français »

à méditer avec discernement, car n'avons-nous pas, communiste et anarchistes, Indigènes de la République, une « haine de l'Etat français », alors que nous sommes menacés, disais-je, d'être considérés par l'Etat et tous ses charlots démocrates comme des « extrémistes », à ligoter par de nouvelles mesures liberticides ? Qui osera l'amalgame, on le verra bien assez tôt

de Amad, un cousin du criminel Coulibaly

« "En prison, il perd son père", et l'Administration pénitentiaire "refuse qu'il aille à la cérémonie" funéraire... Je pense que c'est de là qu'il (s'est radicalisé)... a dû être embrigadé en prison. Il a juste côtoyé une bande d'abrutis, et lui aussi est devenu abruti. Il a récolté ce qu'il a semé. Je lui avais dit de lire le Coran dans le bon sens".

Pour autant, il assure n'avoir pas "senti de radicalisation" chez son cousin. "Il portait la djellaba, rien de plus". Mais Amedy Coulibaly avait "la haine de l'État français. Il n'a pas la haine du juif, du chrétien, il a la haine de l'État.". "Comme beaucoup d'autres français", avertit Amad. "Mon cousin ne sera pas l'unique, il y en aura d'autres".¯»

si Coulibaly n'a pas la haine du juif, c'est néanmoins dans un super-marché casher qu'il prend des otages et tue quatre Juifs. Pourtant, le témoignage de son cousin est corroboré par des rescapés de la porte de Vincennes :

« On ne peut pas dire qu’il nous surveillait de près. En fait, on était presque relax. J’ai essayé de sympathiser avec lui : je lui ai dit qu’on était du même milieu, qu’on avait grandi dans la même banlieue, etc. Je n’ai pas l’impression qu’il se méfiait de nous : on pouvait se déplacer dans le magasin. À un moment, il s’est servi dans les rayons pour se faire un petit sandwich. Il nous a dit : "Allez-y les gars, faites comme chez vous." J’ai répondu : "Tu es gentil mon pote, mais tu m’as un peu coupé l’appétit, là.» L'un des otages du supermarché casher de la porte de Vincennes raconte les circonstances de l'attaque, de la mort des quatre victimes et de l'assaut final de la police Libération 11 janvier

décryptage "théorique"

la construction capitaliste de « l'Islam radical » à la française

qu'en déduire, si l'on rapproche cette haine de l'Etat français et ce comportement tout sauf raciste primaire ? Qu'il est tout sauf idiot, pas seulement une machine à tuer, et que son geste, aussi « fou » soit-il en apparence, est politique et conscient. Avec quel contenu ? C'est ici que l'on voit bien le glissement du refus "de classe" de la minute de silence dont parle Jean-Louis Roche et témoigne mon fils, à un geste criminel piloté par une islamisation radicale contre l'Occident

la face noire de l'opium du peuple

c'est dans ce glissement, dont ce qui précède n'est qu'un exemple sous mes yeux, que se trouve la preuve que l'Occident capitaliste fabrique, par sa politique sociale d'exclusion, le terrorisme comme réponse à son terrorisme d'Etat dans les pays musulmans. On peut dire que la religion ne fait qu'habiller et dévoyer un sentiment de classe, au point qu'il devienne tout sauf « salubre », ce qui renvoie bien sûr au fait que les antiracistes et anticapitalistes français, multiculturalistes et laïcs durs ou modérés, n'ont rien fait d'autre que parfaire le tableau de la société dans laquelle nous errons maintenant. C'est ce que savent aussi l'immense majorité des musulmans prolétaires de France, mais que la réponse charliste leur interdit d'exprimer

 

non à quoi ? tu parles, Charles... des charlots, des Charlie et des pas Charlie ?

les bonnes réponses ne sont jamais à des questions mal posées et au mauvais moment. « je suis ou ne suis pas Charlie », c'est fini, c'est trop tard, il fallait y penser avant. Evidemment, comme dit Mélenchon, ceux qui ont marché (en vérité marchandé) ne sont pas décervelés, ils sauront déjouer « le piège de l'Unité nationale et de l'Union sacrée ». Mais pas le piège dans lequel ils continuent de s'agiter après y être tombés, certes pas de très haut. Des voix se sont élevées et continuent de le poser comme ça. Ça nous fera une belle jambe, qu'ils aient cru marcher non dupes -, mais pour quoi faire ? Que font-ils et que feront-ils d'autres que recerveler leur peuple politiquement, démocratiquement, citoyennement, internationalement, trans-occidentalement, trans-classiquement ?

vous pouvez causer entre vous, gens de bonne intentions politiques, ça ne changera pas une virgule à l'histoire que vous écrivez coude à coude avec nos ennemis, parce que vous parlez et agissez du même lieu idéologique, sur le même terreau, et pour tout dire, dans le même camp

Charlie Hebdo peut-il cesser d'être objectivement raciste et sexiste, sur le terrain de classe du capital ?

je suis là beaucoup plus catégorique qu'Yves Coleman quand il interroge à la légère l'antiracisme de Charlie Hebdo (ici). Je souhaite que quelques Charlitistes (ne râvons pas) de la première heure, les vrais, de ceux qui feront le journal mercredi, aient la bonne idée de « blasphémer » quelques milliers qui se sont récemment abonnés « pour sauver Charlie », - dont Scharzenegger, cet ex-Rambo contre les infidèles, est le meilleur symbole - plutôt que de rajouter une couche de dessins dans la veine des plus contre-productifs

des dessins, je le dis comme je le pense, des plus réellement racistes à leur insu, car le racisme n'est pas une propriété de tel individu, mais de la relation aux autres, aux identités qu'on se donne, et qu'on leur attribue pour les propager telles qu'elles ont été socialement, historiquement, racialement construites, par l'Occident. Le racisme est un rapport social idéologique. Tous les authentiques combats d'abolition du racialisme, produits par ceux qu'ils visent et non par l'universalisme antiraciste, nous l'ont enseigné. Ceux qui n'ont rien appris, infoutu de comprendre ce qu'ils produisent chez les autres au nom de la liberté d'expression de leur nombril, de foutus égoïstes promouvant un communautariste blanc autant que la fabrication de communautaristes qui n'étaient jusque-là que fantasmes

les apprentis-sorciers qui proposent de multiplier les dessins blasphémant l'Islam, tel l'imbécile petit-bourgeois mondain Plantu, fournissent des armes à nos ennemis de classes, courageusement protégés qu'ils sont par la police et l'armée françaises : dorénavant, oui, parce que c'est la nouveauté dans notre guerre sociale, je les tiendrai pour comptables des morts innocentes qui viendront

tirer la leçon de ce carnage supposerait naturellement renoncer à quelques soutiens phinanciers, et par conséquent accepter, comme nous, de n'avoir pas voix au chapitre de l'argent, toujours sale. Dis-moi qui te finance, je te dirai qui tu es : de quoi déjouer quelques complots qui n'ont rien de secrets. On dira que ceux des anciens qui partiront manqueront de courage, de fidélité, qu'ils sont abattus malgré les soutiens, qu'ils ont peur... ils auraient raison d'avoir peur - qui n'a pas peur quand il se bat au lieu de se coucher ? - mais ne manqueront pas d'un courage, celui de dire et dessiner que pour eux c'est fini, fini d'apporter une caution aux criminels d'en face, dont Schwarzenegger, lce Rambo raciste ex gouverneur de la Californie est le symbole, lui qui s'est abboné à Charlie Hebdo...

je prédis ou du moins je souhaite un nouvelle scission dans Charlie Hebdo, comme j'en ai souhaité d'autres, qui se font jour d'ailleurs, et qu'éclaire cette tragi-farce spectaculaire, du côté des infidèles de la république, du côté d'heureux croisements indigènes et communistes contre la nouvelle croisade. Sur le terrain de la médiatisation idéologique, c'est un espoir

remarques théoriques adjacentes : « pas de contradiction de genre ou de classe sans le clivage raciste »

dans Théorie Communiste n°24, les notes de lecture sur le Black Feminism, livre coordonné par Elsa Dorlin, soulignent que le Black Feminism pose « des questions théoriques générales et fondamentales à partir d'une situation particulière qui n'est pas, la plupart du temps, essentialisée » et contre la synthèse additive, basiquement "intersectionnalle" genre/classes/races dont je critique l'incapacité à s'en prendre au tout du capital. Ces notes soulèvent l'excellent problème [retrouver la remarque] de savoir dans quelle mesure la situation, la "condition" d'où partent les féministes noires américaines, en concernent d'autres. Je pense ici à la condition de non-blanches en France, comme « existence réelle (concrète, actuelle) des contradictions constituant le tout parce que c'est la contradiction dans son sens essentiel qui lui assigne ce rôle, non comme un pur phénomène à côté d'elle... »

pour une nouvelle théorie critique de la religion, une critique de classe et de genre

le Black Feminism n'est pas un modèle à importer, comme le montrent les luttes et la théorie qui en découlent en Amérique du Sud ou en Afriquemais laissons venir, sachons écouter et soutenir l'émergence en France d'un combat féministe de classe et décolonial*, au sens de la déconstruction pratique de l'idéologie qui, précisément, est au cœur des événements français, dans leur particularité autour de la question religieuse. La religion n'est pas un clivage comparable à la racisation, et vient en compliquer la donne sous-jacente, dans la mesure où la race aujourd'hui, comme le souligne Achille MBembé et contrairement à ce qu'affirme Houellebecq [retrouver interview polémique], n'est pas qu'une question de couleur de peau. J'ai dit regretter ce ratage dans ma critique de la race, sans doute trop influencée qu'elle est chez moi justement par le Black Feminism et les penseurs antillais, et pas assez partant de la situation française métropolitaine

* décolonial est une notion que j'accepte, bien que je ne trouve pas le terme immédiatement compréhensible et qu'il soit porteur de contre-sens. Je le prends au sens de déconstruction théorique et pratique non seulement des résidus du colonialisme, mais de son héritage bien vivant aujourd'hui, et de son impensé par l'anti-capitalisme majoritaire

il me semble que c'est aussi d'une nouvelle théorie critique de la religion que nous avons besoin, une critique de classe et de genre à même de déconstruire l'idéologie inhérente aux discours bien-pensants qui émergent, et contre laquelle ma rage plus haut ne porte que l'intuition avec la nécessité 1) de cesser les compromissions d'où qu'elles se prétendent antiracistes 2) de les considérer pour ce qu'elle sont, un discours de classe, un discours sexiste, un discours raciste, soit ensemble une variante perverse de l'idéologie présente de l'impérialisme occidental

encore un effort, Charlie et pas Charlie, pour ne plus être les charlots de la farce

pour revenir au titre de cette intervention, car il faut toujours mettre le doigt où le bât blesse au présentCharlie est mort et au-delà des victimes humaines, tant mieux !

je critique ceux qui entendent le faire revivre sur sa base moribonde, même quand ils dénoncent une "récupération", une Union sacrée, car ils y contribuent, n'en cernant pas les nouveaux contours idéologiques, n'y voyant qu'une trahison politique, une politique dont ils sont partie prenante sur le terrain de l'adversaire de classe

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17 décembre 2014

comment peut-on être communiste ? vs anarchiste ?

cette question me vient d'une part parce que j'imagine que le seul mot de communisme en page d'accueil de mon site suffit à en éloigner nombre de passant.e.s peu curieux d'aller y voir de plus près. D'autre part, je vois que Claude Guillon annonce sur son nouveau « blogue généraliste, Lignes de force » la sortie en 2015 de « Comment peut-on être anarchiste ? »

pourquoi je fais dans mes interventions davantage référence au communisme qu'à l'anarchisme ou à l'anarchie ? Il est vrai que je tape souvent sur les anars même "de gauche", dans le sens où le principal défaut des anarchistes, avec d'heureuses exceptions, c'est de s'en prendre davantage à l'État, à son ordre et à sa police, qu'au Capital qui les justifie. mais je ne m'en prends pas moins aux marxistes et communistes pour qui l'État, ou le parti, sont en quelques sorte des médiations possibles d'une transition au communisme, sous le nom de socialisme ou autre

à vrai dire, pour moi, une fois dépassés les conceptions anciennes du communisme ou de l'anarchisme, les deux questions Comment peut-on être anarchiste ? et Comment peut-on être communiste ? n'en sont qu'une seule et même

si je m'interroge sur le pourquoi de la différence que j'établis de fait en privilégiant communisme plutôt qu'anarchie, je n'en trouve les raisons que dans mon parcours politique puis critique, davantage passé par des compagnonnages avec des organisations ou groupes se disant communistes plutôt qu'anarchistes

* Je constate par exemple que le courant communisateur, s'il se réfère plutôt au communisme en ce qu'il pose d'abord le Capital puis l'Etat comme lui étant nécessaire, a cherché à se faire connaître plutôt par le milieu "anarchiste de gauche" (les activistes autonomes se considèreent plus héritiers des anarchistes que des communistes en général, ce dont témoignent leurs attaques privilégiées contre la police et le grand cas qu'ils font des émeutes en général, sans trop regarder ce qu'elles mettent en cause, pourvu que ce soit la police). On le comprend aisément dans la mesure où des organisations qui se nomment encore communistes, bien au-delà du PCF dans la mouvance démocratique radicale, et sans parler des syndicats, ne sont pas sans être souvent du côté de la police dans le cas d'affrontements violents : dans la période récente, on l'a vérifié en Grèce, en France, en Afrique du Sud...

on me dira qu'il existe depuis longtemps des anarcho-communistes ou des communistes libertaires *, alors pourquoi pas simplement m'inscrire dans ces courants ? Ma réponse tient à ce qu'ils sont aujourd'hui; les groupes qui s'en réclament s'inscrivent dans une continuité historique remontant à Kropotkine et Malatesta, avec les restes d'idéologie programmatiste et partisane qui les animent. Du point de vue théorique comme politique, du point de vue de l'activité, cela rend impossible que je m'y reconnaisse

* « Le « communisme libertaire » est proclamé pour la première fois à la Fédération italienne de l'AIT (anti-autoritaire de St-Imier créée en 1872) au congrès de Florence de 1876 par Costa, Errico Malatesta, Carlo Cafiero et Covelli4. Ce positionnement est pris en opposition au collectivisme qui est la position officielle de l'AIT anti-autoritaire (avec l'influence de Bakounine) de cette époque.» Wikipédia anarcho-communisme

« Toute société qui aura rompu avec la propriété privée sera forcée, selon nous, de s'organiser en communisme anarchiste. L'anarchie mène au communisme, et le communisme à l'anarchie, l'un et l’autre n'étant que l'expression de la tendance prédominante des sociétés modernes, la recherche de l'égalité.» Kropotkine, La Conquête du Pain (1892)

abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus 1903 texte intégral

« Je déteste le communisme, parce qu'il est la négation de la liberté et que je ne puis concevoir rien d'humain sans liberté.» Michel Bakounine

un argument pour préférer communisme à anarchisme et surtout à libertaire, c'est qu'à part les dynosaures en quête d'un parti de masse et d'avant-garde, communiste est moins qu'anarchiste ou libertaire sujet à la tendance qu'ont ces deux-là à recouvrir n'importe quoi de droite à gauche et du milieu, puisqu'être contre l'autorité vous vaut toujours une belle considération. L'autorité renvoie à des dominations, plus qu'à l'exploitation capitaliste, et combien vous diront : je suis anarchiste plus que communiste parce que ce terme ne renvoie pour eux qu'à une privation de liberté, mais surtout parce que l'antagonisme de classes, ils s'en moquent comme de leur première chemise (blanche à col ouvert). Gilles Dauvé le dit bien concernant l'autonomie dans le paragraphe horizontalité du texte Le militant au XXIème siècle

cela étant j'ai mis beaucoup d'anarchisme dans mon communisme, et d'autres l'inverse, et franchement je ne vois pas pourquoi opposer ces rapprochements ni comment faire autrement. Quand au nom, il n'importe que pour qui les mots sont plus importants que les choses, les idées que les actes, et je ne peux rien pour ceux qui sont incapables de dépasser ce stade. Je constate simplement que les deux mots, communisme et anarchisme, sont toujours bons à créer des identités militantes et sectaires, ces poisons dans l'eau du bain de l'émancipation humaine

 

9 décembre 2014

du rififi dans l'antiracisme : un clash salutaire suite

la conférence de presse du collectif anti-Exhibit B vidéo 1h30 9 décembre

quelques notes

« si on fait une exposition pour dénoncer le racisme, on montre le racisme, on montre pas "les Noirs" »... Claude Ribe, écrivain, philosophe et metteur en scène

« ce spectacle nous met dans un clivage Blancs-Noirs... » Marcel Zang, écrivain et metteur en scène

« on sollicite l'Etat... pour imposer le débat dans la société civile... Exhibit B n'est qu'un prétexte... ce qu'il faut retenir, c'est le divorce, la rupture avec les organisations antiracistes institutionnelles... on va s'organiser à partir de la rue, à partir des racisé.e.s... on peut travailler avec des gens non racisés, les communautés racisé.e.s, mais qui ne font pas sans nous, sans quoi nous considèrerons qu'il font contre nous... » Franco, Brigade anti-négrophobie

« aujourd'hui, [~ dans la mesure où les organisations "antiracistes" ne font pas leur boulot mais retournent leurs fusil contre nous], le collectif anti-Exhibit B représente non pas quelques personnes, mais [~ les Autres] 4 millions d'Afro-descendants en France qui ne se reconnaissent pas dans ces organisations... Le plus grand pourvoyeur de racisme, c'est l'État... le racisme en France est institutionnel » Medley, Franco et Claude Ribe

« aujourd'hui, par la voie de la manifestation, pour la première fois dans l'histoire française noire contemporaine, un segment de cette communauté s'est levé - pas contre Guerlain, pas contre L-Magazine -, contre l'institution française, contre l'État français... ce précédent fera que demain, quand on manipulera de nouveau l'image noire, les gens réfléchiront à deux fois... » Bam's

la France secrète ses Ferguson

une vidéo pour le moins décapante quant à l'image pré-supposée par les médias ou les critiques de "communautarisme"... Quant aux limites (de "classe", de "genre"...), elles sont évidentes, mais la dynamique aussi... Mais quand on parle d'une chose, il ne suffit pas de parler d'une autre, soit dit à mes "amis" et "camarades" anarcho-marxistes qui font de la résistance "théorique" sur le même terrain d'universalisme eurocentré, et qui ces jours sur leurs blogs promeuvent les protestations aux crimes racistes américains dans les mêmes termes que les médias dominants, « contre le racisme et les violences policières »... comme s'ils avaient oublié leurs propres repères de classe

sur le plan "théorique", nous sommes confrontés, certes à petite échelle, à ce que j'ai appelé une lutte théorisante, une lutte idéologique contre le capital sur la base de la race... On peut dire que le capitalisme est un système fondé sur l'exploitation de classe qui ne fonctionne qu'en dominant les femmes et les "racisés", et que ceux qui le combattent partent de ce qu'ils ou elles sont, non de ce qu'on voudrait qu'ils soient ou qu'ils deviennent pour répondre à une structure conceptuelle supposée descendre un jour dans la rue dans l'unité pour faire la révolution. C'est comme ça. C'est déjà ça...

du rififi dans l'antiracisme : un clash salutaire suite

la conférence de presse du collectif anti-Exhibit B vidéo 1h30 9 décembre (pas encore visionnée, commentaires à venir)

« si on fait une exposition pour dénoncer le racisme, on montre le racisme, on montre pas "les Noirs" »... Claude Ribe

« on sollicite l'Etat... pour imposer le débat dans la société civile... Exhibit B n'est qu'un prétexte... ce qu'il faut retenir, c'est le divorce, la rupture avec les organisations antiracistes institutionnelles... on va s'organiser à partir de la rue, à partir des racisé.e.s... on peut travailler avec des gens non racisés mais qui ne font pas sans nous, sans quoi nous considèrerons qu'il font contre nous... » Franco, Brigade anti-négrophobie

« Exhibit B est une œuvre pornographique »

Lettre à un ami, à propos d’Exhibit B Marcel Zang L'Humanité 9 décembre

du verbe, du rythme, du souffle et au-delà d'une démarche juridico-démocratique pour une censure démocratique de l'État racialiste français

« l'humanisme des dominants, son mépris, son racisme intrinsèque »

Exhibit B et les dividendes de l'Histoire Laurent Cauwet Mediapart 9 décembre

Extraits « Nous sommes en guerre sociale – non pas que cela soit nouveau, cette guerre sociale a toujours existé, il est simplement plus difficile aujourd’hui qu’hier de se voiler la face. Et dans ce contexte de guerre sociale, cette œuvre, loin de réunir les gens dans un dialogue critique, travaille à la séparation. À l’affirmation qu’il s’agit là d’une œuvre faite par un blanc pour les blancs, je préciserai que nous sommes face à une œuvre produite par un serviteur du pouvoir dominant pour les dominants. Elle consolide une autorité en participant à une esthétique de la domination, fabrique le processus mental de digestion de l’horreur via une culpabilité bien chrétienne et, pour cela, travaille à la mise à l’écart des gens de la plèbe, avec comme présupposé que leur statut de victimes fait qu’ils ne peuvent penser leur état, qu’ils sont hors du débat.

Alors que dans les quartiers les habitants se réunissent en collectifs afin de prendre en main leur présent, imposer leur dignité, et lutter ensemble contre les discriminations et les violences qu’ils ne cessent de vivre – au grand dam d’ une certaine militance blanche et humaniste, composante du pouvoir colonialiste, qui a toujours préféré des victimes dociles à des affranchis en devenir -, cette œuvre ramène ces habitants à cela même qu’ils refusent avec force : la passivité. Ici l’art reste sourd à la rue, les intentions de l’artiste ne font pas débat mais font loi. À la police armée qui protège le théâtre et ses visiteurs, semble répondre une police de la pensée, en charge de diffuser l’éthiquement juste et le politiquement correct, dans un évitement de toute critique politique et de tout contact avec ceux-là même qui sont sensés être les premiers concernés de cette œuvre – elle est l'illustration parfaite de l'humanisme des dominants, de son mépris, et donc de son racisme intrinsèque

une convocation à traverser le miroir et dépasser les mirages de l'antiracisme

oui, même à cette échelle et déclenché par une simple pièce de théâtre adressée par un Blanc à des Blancs (sinon ce serait pire...), c'est un séisme salutaire dans l'antiracisme français, parce que donnant à penser la race, c'est-à-dire le racisme et l'antiracisme, comme un rapport social historiquement produit, les deux faces d'un racialisme, et la nécessité toujours, dans quelle lutte d'émancipation que ce soit, de se placer du point de vue de ceux qui luttent pour s'émanciper

la phrase écrite par Marx pour la Première Internationale, « L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes » trouve son écho dans celle de Mandela « Ce qui est fait pour nous, sans nous est contre nous », c'est aussi simple que cela

l'organisation comme guide de la classe, les leçons d'hommes voulant libérer les femmes, le paternalisme blanc à l'égard des 'racisé.e.s'... c'est fini, ou du moins c'est le début de la fin. Espérons que cet épisode sera l'occasion pour beaucoup de se dire qu'avec un certain antiracisme, ils se sont fait piéger sur le terrain de l'adversaire, comme on dit...

abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus

8 décembre

du rififi dans l'antiracisme : un clash nécessaire 22:39

« Ce qui est fait pour nous, sans nous est contre nous » Nelson Mandela

la « performance » Exhibit B, du Sud-Africain Brett Bailey, provoque un schisme dans l'antiracisme en France

Exhibit B est une installation-performance en douze tableaux vivants qui dénonce des actes commis, d’une part, en Afrique, pendant la période coloniale, et, d’autre part, aujourd’hui, en Europe, envers certains immigrés africains. Un pan occulté de notre Histoire, dont les constructions idéologiques racistes perdurent jusqu’à nos jours.

aujourd'hui : Rassemblement contre "Exhibit B" à Paris Le Point 7 décembre 18:46, et pendant ce temps-là Lutte contre le racisme et l'antisémitisme : "cause nationale" (à Fontenay-sous-Bois, la police protège l'école privée juive et mène la chasse au faciès dans les cités au pied du collège public)

abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus où verrait-on qu'ils se taisent, s'ils ne sont bayonnés, par des racistes ou des antiracistes ?

paroles de manifestant.e.s :  « On ne se laissera pas intimider par vos histoires de liberté d'expression et de démocratie, car au nom de ces principes vous avez organisé les pires crimes contre l'humanité noire / On nous montre toujours en position de victime : où sont les images qui nous représentent debout ? On encage des Noirs pour dénoncer le racisme mais où est le colon avec son fouet ? / « Il s'agit encore de 'poverty pornography'", une esthétique malsaine de la souffrance qui depuis trente ans montre des corps noirs victimes : la famine en Somalie, les charniers du Rwanda et maintenant les malades d'Ebola. Cela déshumanise les Noirs. Avec des conséquences comme à Ferguson, aux Etats-Unis [...] Je ne comprends pas la naïveté de Brett Bailey, qui ne voit pas le problème ». Lauren Ekué

une pétition Déprogrammez le zoo humain circule depuis deux mois, qui a recueilli plus de 20.000 signatures, et ses initiateurs ont organisé un boycott de la représentation au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis le 30 novembre, générant l'intervention de la police (vidéo)

Exhibit B au 104, une exposition raciste ? Créer un zoo humain, ce n'est pas de l'art John Mullen L'Obs 13 octobre

je ne reviens pas sur les arguments largement développés des deux parties

contre Exhibit B et au-delà

le collectif pétitionnaire avec les signatures de Maryse Condé, Christine Delphy, Françoise Vergès, Myriam Cottias (présidente du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage), Dieudonné Gnammankou, Maboula Soumahoro, Amandine Gay, la chanteuse Bams... d'autres ont soutenu la démarche mais réservé sur les termes de la pétition ne l'ont pas signée. Le PIR (Parti des Indigènes de la République) et la brigade anti-négrophobie participent à l'organisation des rassemblements

sur le site du PIR, deux textes :

Exhiber les corps noirs et faire taire les vivants Laurent Sorel PIR 2 décembre / Exhibit B : les mésaventures de l’antiracisme blanc Norman Ajari 1er décembre

dans le même sens en plus ou moins soft :

De « Exhibit B » à « Exhibit White »... La position du CRAN (Conseil représentatif des associations noires) 24 novembre / Et si Exhibit B était finalement autre chose qu’une œuvre d’art ? Claude Ribbe Mediapart 2 décembre / Exhibit B: représentation du racisme et sous-représentation des minorités raciales Eric Fassin Médiapart 29 novembre / "Exhibit B": l'exposition de Brett Bailey fait polémique Rue89 Marc Cheb Sun Marie Vanaret Huffington Post 25 novembre /  un des meilleurs textes : Exhibit B nous sort-il de l'impensé de la race et de l'antiracisme naïf ? TipTop Mediapart 2 décembre Claude Ribbe vidéo 30 novembre (précision, Dieudonné Gnammankou n'est pas Dieudonné M'Bala M'Bala)

pour Exhibit B et en deça

« Vous avez aimé la lutte des classes, vous allez adorer la lutte des races ! » Jean-Loup Amselle

Communiqué de la LDH, de la Licra et du Mrap : Exhibit B : un spectacle qui ne doit pas être interdit ou annulé ! 21 novembre / Exhibit B et l’anti-racisme Politis 30 novembre Exhibit B :« Censurer, c’est donner raison à toute censure » L'Humanité 1er décembre / Exhibit B : ne pas se tromper d’adversaires Marina Da Silva 2 décembre Blog Monde Diplo NPA Seine Saint-Denis 1er décembre / La CGT Spectacle dénonce l'interruption de la performance "Exhibit B" ! 28 novembre / le SNES / la Cimade...

on peut y ajouter le Parti Socialiste "Exhibit B" ne doit pas être censurée), le Parti de gauche Oui à la critique, non à la censure ! Bellaciao qui a censuré la pétition (comme en janvier mon texte Abolir le racialisme) et relaie les soutiens, et ceux de Lilian Thuram, Fleur Pellerin, Anne Hidalgo...

l'historien médiatique officiel Pascal Blanchard « Exhibit B force à voir le racisme les yeux dans les yeux » pour la revue ex-communiste Regards / Jean-Loup Anselle Anthropologue Exhibit B : l’interdit racial de la représentation Libération 23 novembre et "Exhibit B" : l’impossible rédemption de l’homme blanc  L'Obs 29 novembre

PS : doit-on vraiment s'étonner d'aucune expression, sauf erreur, du syndicat des Intermittents du spectacle CIP-IDF sur le sujet ? Son mot d'ordre « Pour une culture sans exception » en serait-il dérangé ? 

difficile de me situer sur la base de ces oppositions, car pour moi la chose est claire, tant qu'on ne pose pas la question raciale dans la question sociale, on aboutit à des imbroglios de ce genre. Toutefois, je ne peux ici que prendre parti, non pour l'interdiction de la pièce (à vrai dire, sur ce terrain on ne peut que se perdre *), mais pour l'argumentation qui la demande

* que la pétition s'adresse aux pouvoirs publics en référence à la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen et à la tradition républicaine est quand même une sérieuse limite autant qu'une sacrée contradiction, ni plus ni moins que les bonnes âmes démocratiques s'opposant de façon pathétique à la censure d'une « œuvre d'art »

choisir c'est renoncer. Bien qu'il ne soit pas question de me situer sur  la seule base de ce spectacle, il m'est impossible de renvoyer dos à dos les positions qu'il suscite. J'ai donc signé cette pétition. Je maintiens aussi mes distances avec ceux du courant communisateur qui n'ont rien à dire sur la question au sens large, et qui dans leur grande pureté théorique, n'étant ni antiracistes, ni antifascistes, ni anticapitalistes..., ne veulent se salir ni les mains ni l'esprit dans ce merdier des contradictions telles quelles

trois choses (me) sautent aux yeux :

1) les "contre", pétitionnaires sans qui le problème ne serait pas posé, même mal, comportent les associations jugées par leurs critiques "identitaires" ou "communautaristes", mais aussi un belle brochette d'intellectuel.le.s ou activistes qui en parlent de l'intérieur, comme Afropéens, Antillais... ou des "Blancs", historiens, sociologues... qui connaissent le mieux ce dont ils parlent (Fassin, Cottias...)

2) les "pour" (la pièce...) relèvent grosso-modo de la sphère politique, associative et médiatique qui a constitué le démocratisme radical, le citoyennisme altermondialiste. Ce sont des organisations à majorité blanche, dont l'antiracisme compassionnel se pose comme universel, dans l'extériorité de la tradition progressiste eurocentriste, qui ratisse de l'extrême-centre-droit à l'extrême-gauche

3) l'extrême-droite nationaliste et explicitement raciste compte les points cf. http://www.fdesouche.com/ ou Jeune NationExhibit B : Quand du NAC antiraciste mécontente les colons 1er décembre

mes interventions se situent explicitement dans la première posture, aussi bien du point de vue de l'art que des luttes, dans la continuité de mon approche du jazz comme musique liée aux combats de la communauté afro-américaine, avec une exigence première que traduit "l'homme blanc" doit écouter ses AutrEs - avec Amiri Baraka-LeRoi Jones et Maya Angelou, et qui aboutit à la construction de abolir le racialisme 2014 

une fracture nécessaire

néanmoins le clash auquel on assiste était inévitable et nécessaire. On peut disserter sans fin sur ses conditions d'apparition, il s'avère(ra) salutaire pour décoincer l'antiracisme en France, y compris ses critiques de classes

une chose est également aveuglante : à ces débats et manifestations ne participent pas les premier.e.s concerné.e.s par la racisation sociale structurelle et institutionnelle en France. Les jeunes des quartiers à Saint-Denis n'ont pas participé à cette protestation, pas plus que je ne les imagine les faire à Fontenay-sous-Bois. Ils ont d'autres problèmes à régler, et c'est pourquoi nonobstant cette mise au point, il ne faut pas sur-évaluer l'agitation autour d'Exhibit B, qui reste confinée à la sphère spectaculaire de la représentation politico-médiatique

quant à la pièce elle-même, ayant pris connaissance et comprenant bien ce qu'elle peut remuer chez les spectateurs, j'en ressens un malaise qui n'a rien à voir avec l'interpellation et ce résultat désirés par l'auteur, mais bien plutôt par ce qu'en disent ses détracteurs dont je ne peux que partager la colère

abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus 

Human zoo exhibition featuring black people in chains is closed down after protests The Telegraph 24 septembre 2014

Exhibit B protest in London — A message to the white man, Brett Bailey video Londres septembre 2014

qui ne voit pas le rapport entre ces deux slogans, d'Exhibit B en Europe à Ferguson etc. aux USA ?

abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus

j'ai quand même trouvé « un communiste » pour dire sans détour ni contorsion théorique que ça concerne le communisme... anti Exhibit B - un communiste - vidéo

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1er décembre 2014

ouvriers morts : entre mourir du travail ou à Ferguson, exister dans les urnes ? 17:35

de la perte de l'identité ouvrière, mort sociale, et de la perte nécessaire de l'identité de race pour une transfiguration humaine dans l'auto-abolition du prolétariat ou plus généralement de la nécessité de dépasser ses identités particulières pour se constituer en classe des abolitions

Rendre invisible les ouvriers, réflexions au sujet d'une disparition sémantique cnt-ait 18 octobre 2014

une bonne observation dont je partage le constat à défaut de certains points de l'analyse. Quand il affirme que « l'identité ouvrière fait peur au capitalisme », je pense que l'article se trompe d'époque, et projette son désir qu'elle se reconstitue à la manière du programmatisme ouvrier, avant précisément que ne disparaissent les luttes, organisations syndicales et politique qui portaient et constituaient « l'identité ouvrière » comme « conscience de classe »

ce constat recoupe celui que je fais de temps à autres, en tapant "ouvrier" dans le moteur Google Actualités, la réponse correspondant invariablement pour près de 50 % à des accidents du travail

abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus source : La mort sans bruit de 552 accidentés du travail  Michael Hajdenberg 2012

« le vote ouvrier »

pas étonnant que le mot revienne aussi dans la politique, avec « le vote ouvrier » : « Pierre Mauroy au candidat Jospin, un mois avant le 21 avril 2002 : « Nous devons parler plus fort aux travailleurs, Lionel, il faut que tu adresses un message à la France qui travaille. Le mot ouvrier n’est pas un gros mot. » Mais, dans la bouche du principal candidat de la droite parlementaire, ils rappellent plutôt que l’électorat ouvrier, longtemps considéré comme acquis à la gauche, fait aujourd’hui figure d’électorat à conquérir. » Les mutations du vote ouvrier sous la Ve république Cairn Info 2007. Le signataire de l'article se doute-t-il que le conseil de Mauroy à Jospin a bel et bien un sens de propagande électorale, qu'elle soit de droite ou de gauche

à défaut d'être mort ou invisible, l'ouvrier doit encore être utile à quelque chose, au-delà même de produire de la plus-value : être un bon citoyen, c'est-à-dire voter pour soutenir l'Etat, toujours celui du capital. Au moins l'utilisation du mot dans les analyses électorales témoigne-t-elle que les ouvriers existent comme une catégorie sociale suffisamment réelle pour retenir l'attention, pied de nez à ceux qui parlent de disparition, au-delà de l'identité, de la classe ouvrière

du point de vue "sémantique" (sic), le bon ouvrier c'est l'ouvrier mort, ou qui vote : il peut alors retrouver son identité

ouvrier ou non, aux USA « un Noir » est d'abord « un Noir », de même en France pour « un immigré » (parallèlement une femme, à la différence d'un homme, est toujours d'abord considérée comme « une femme » quel que soit son statut social et même ses attirances sexuelles. Quant à nommer une femme noire ouvrière, c'est un tiercé toujours perdant)

à cet égard, je fais le rapprochement de cet effacement sémantique avec le passage « Mort sociale » du texte Ferguson : l'incendie impossible à éteindre : « En affirmant le fait d’« être noir » on affirme en même temps la mort comme son propre avenir.» Cette idée fait écho à l'impossibilité d'affirmer son être d'ouvrier, de prolétaire *

« La classe ouvrière est on ne peut plus présente et la lutte des classes l'axe autour duquel tourne l'histoire, mais elle n'est plus confirmée dans la reproduction du capital » Théorie Communiste

même si la classe ouvrière va au paradis, ses morts ne feront pas la révolution

l'injonction de jeunes activistes noirs évoquée dans le texte, « ne venez pas à Ferguson si vous n’êtes pas prêt à mourir », peut-elle être rapprochée des « luttes suicidaires » ou désespérées théorisées par Théorie Communiste pour considérer les émeutes de Ferguson comme porteuses d'un « écart » ? Voire, car aucune mort physique ne peut franchir le pas de la mort sociale à la métamorphose de prolétaire en individus de la communauté humaine communiste, qui concernera les (sur-)vivants : le CAPITAL contre le vivant, le COMMUNISME pour la VIE

pour l'heure la mort n'est pas dans le bon camp. Gardons-nous, par conséquent, d'un objectivisme jouant sur les mots de la théorie avec ceux des luttes. En attendant sa fin, le capitalisme n'a pas perdu la main quant aux traditions de ses origines. Aujourd'hui comme hier il se débarrasse des improductifs, qu'ils soient « noirs », « blancs» ou autres, mais le fait est qu'en Occident ils sont plus nombreux en proportion chez les « personnes de couleurs » ou autres « Nègres » de l'Europe des pauvres

abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus Esclaves malades et affaiblis jetés à la mer; gravure du 18è siècle

une perte nécessaire d'identités particulières dans la constitution en classe des abolitions

toujours est-il que cette question de la perte nécessaire des identités particulières (de race, de genre, de nationalité...), pour la production d'une conscience de soi comme appartenance à la classe des prolétaires, est au cœur de la problématique révolutionnaire. C'est ce que j'ai tenté de formuler dans abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus. Le texte de R.L. sur Ferguson montre une possiblité de conjoncture dans laquelle cette perte devient possible, et ce ne sera le cas qu'au sein de luttes traversées de contradictions et oppositions à forte composante identitaire

quant à la catégorie "militant", il est clair que la constitution subjectivée en classe ("pour soi") ne signifie pas la constitution en parti, pas plus que ce serait, comme le prétendent des nostalgiques de la représentation par une avant-garde, « la leçon à tirer de Ferguson » *

* « Ce sont les faits qui démontreront aussi la nécessité de l'organisation ce classe et du parti révolutionnaire pour organiser et diriger la lutte pour changer le système. Lorsque les prolétaires en seront convaincus, alors ce ne sera plus l'heure des émeutes, des révoltes isolées, mais celle de la révolution qui sonnera. Nous n'en sommes pas encore là, mais c'est cette perspective qu'indique Ferguson. » Ferguson, USA : Un épisode de la guerre entre les classes Parti Communiste International 20 Octobre 2014

pour revenir à l'ouvrier mort, je renvoie une nouvelle fois à Edouard Pignon et ses études et tableaux sur ce thème

abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus Edouard Pignon 1936 Centre Pompidou

Des personnages sont rassemblés autour du cadavre d’un ouvrier tué lors d’un accident. Témoin de la scène, Edouard Pignon est alors âgé de sept ans. Peint dans un style post-cubiste ce tableau montre des êtres hagards, retenus dans un espace sombre, fermé. Seul l’éclat des couleurs atténue en partie la violence de la scène et son traitement. L’ambition de l’artiste est aussi d’inscrire sa toile dans un rapport à l’histoire de l’art classique ; il réalise ici en effet l’équivalent d’une déposition de croix.

 

14 novembre 2014

Federici e ben mal capito : une lecture "marxiste" sous influence

À propos du livre de Silvia Federici : "Caliban et la Sorcière" Antoine Artous Contretemps

lecture serrée et intéressante, mais pour moi pas au premier degré, plutôt quant à ce qu'en pense le « marxiste critique » qu'est Antoine Artous dans la mouvance théorique de la LCR et du NPA. À mon sens, Artous passe complètement à côté de l'articulation entre critique féministe (ou du genre) et critique de l'économie politique qu'initie Silvia Federici parallèlement aux tentatives des théoriciens de la communisation, tel que Roland Simon avec Théorie Communiste

Tout d’abord, l’auteure décrit un procès historique très linéaire d’enfermement des femmes dans la production de la force de travail, qui commencerait au XVIè siècle et, sans scansion ni rupture, déboucherait à la fin du XIXè siècle. Or, historiquement, la famille moderne ( « capitaliste ») ne commence à émerger qu’au XVIIIè siècle pour se construire seulement à la fin du siècle suivant dans la classe ouvrière. Ensuite, l’auteure gomme la dimension contradictoire du procès historique. Si la « privatisation » de la famille introduite par le capitalisme se traduit parfois par un recul de leur statut social, la famille moderne permet aussi une individualisation des relations homme/femme. Et si le salariat moderne est le cadre à travers lequel fonctionne l’exploitation capitaliste, ses contradictions dessinent une problématique d’émancipation possible qui, pour la première fois dans l’histoire, fait référence à l’égalité homme/femme sans hiérarchisation en fonction de statuts différenciés.

Artous peut alors bien pointer ici ou là les erreurs historiques de Federici, ou lui reprocher de « [projeter] directement les problèmes actuels sur le passé » - ce que Roland Simon a relevé à propos des Commons dans Au sujet de « Caliban et la sorcière » -, la faiblesse de sa critique tient à ce qu'il ne dispose d'aucune construction du genre articulée à celle du capital, et  retombe inévitablement dans un point de vue 'marxiste' néo-classique, post-programmatiste et radicalement démocratique (l'égalité hommes-femmes, etc.)

de ce point de vue cette critique de Federici s'inscrit dans la continuité des autres ouvrages d'Artous concernant le travail, la valeur... (Travail et émancipation sociale, Éditions Syllepse, 2003), et alimentant en théorie les rapprochements de la LCR avec la posture individualisante anarcho-trotzkiste (Nouveaux défis pour la gauche radicale, Émancipation et individualisation, avec Olivier Besancenot et Philippe Corcuff, Le Bord de l'Eau, 2004), pour sombrer in fine dans l'idéologie alternative (Citoyenneté, démocratie, émancipation. Marx, Lefort, Balibar, Rancière, Rosanvallon…, Éditions Syllepse, février 2010)

au total, la portée du livre est minimisée, et réduit son intérêt à un débat interne à l'idéologie alternative sous couvert de marxisme

10 novembre

Gender, Temporality, and the Reproduction of Labour Power, Women Migrant Workers in South China, Hannah Schling signalé par Nao Libcom, 9 novembre 2014 Libcom

2 août

« Communauté, Identité, Stabilité... »

j'ai placé à la fin de mon hyper-sonnet photosophique l'incipit (la première phrase) de Le Meilleur des mondes, écrit par Aldous Huxley en 1931

« Un bâtiment gris et trapu de trente-quatre étages seulement. Au-dessus de l'entrée principale, les mots : Centre d'Incubation et de Conditionnement de Londres, et dans un écusson, la devise de l'État mondial : Communauté, Identité, Stabilité...»

dans cet ouvrage aussi célèbre que mal connu aujourd'hui, Huxley utilise identité au sens de ce qui est identique, constituant une communauté dans une stabilité obtenue par la hiérarchisation des identités sociales structurant exploitation et dominations... Il m'a sauté aux yeux que les concepts d'identité et de communauté (humaine) prenaient alors d'autres couleurs, interrogeant le dépassement des identités que je vois nécessaire à la constitution de relations communistes. Ainsi se pose néanmoins une double question : faudrait-il abolir toute identité individuelle ou collective et prendre le risque d'un monde sans différences entre les individus, ou mieux dit sans auto-reconnaissance de ceux-ci à travers des traits communs particuliers ? Cette question concerne évidemment les rapports sexués/sociaux, et la fonction de reproduction de l'espèce, qui sont d'ailleurs au centre du roman d'Huxley, comme de ce poème

j'y reviendrai, la clef me semblant résider dans la distinction à établir entre identité - individualiste ou communautariste - et individualité (communiste) : le communisme n'est pas un communautarisme platement égalitaire

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9 juillet

dépasser les identités pour abolir les classes

textes importés à titre documentaire

Marxism and identity politics Sharon Smith 2008

Dépasser la «construction des identités» ? Identification, image sociale, appartenance Martina Avanza et Gilles Laferté 2005

L’essentialisme et le problème des politiques d’identité Lawrence Jarach 2004

Beyond the limits of "identity politics" How Marxism speaks to me as an Asian American activist Emily Woo Yamasaki 2001

What’s Wrong With Identity Politics (and Intersectionality Theory)? A Response to Mark Fisher’s “Exiting the Vampire Castle” (And Its Critics) Michael Rectenwald 2013

Indianisme et marxisme Álvaro García Linera 2005 Présentation Franck Gaudichaud  contretemps 2005

The Challenge of Identity Politics Prakash Karat The Marxist 2011

Class Structure and Identity Politics Marxist-Leninist-Maoist reflections 2011

Identity politics vs class politics - 9: A nuanced class analysis Bryce Edward

Political Identity: Thinking Through Marx Robert Meister

abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus 1992 ?

This book is an attempt to apply Marxist thinking to today's political, social and economic conditions. It also sets out to subject recent works on political and economic theory to the kind of critique that Marx performed on his contemporaries, especially the followers of Hegel. The two main areas that the book is concerned with are the question of political participation within existing group structures and the relevance of Marx's views on political economy.

Auto-émancipation et identités à l’heure de la mondialisation Peter Drucker NPA 2010

Autonomie des Indigènes / Pouvoir noir / Queer / Créer une alternative
Un ensemble de phénomènes qui pose problème chez les marxistes de nos jours est la forte présence de courants fondés sur les identités nationales, ethniques, communautaires, confessionnelles, sexuelles ou d’autres identités extraclassistes. [...] Cet article vise à démontrer que la tâche de la réinvention des concepts et des outils de l’auto-émancipation se déroulera forcément, dans une certaine mesure, en interaction avec les courants identitaires.

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« S'agissant de ceux qui fuient la misère, ce déplacement [des migrants] nous dit quelque chose de fondamental de la structure actuelle du capitalisme : il y a toute une humanité subalterne dont le capitalisme n'a pas besoin Achille Mbembe, Critique de la raison nègre

forum.communisation Petit-Moulin 08 Juil 2014 15:34

« Je pense moi aussi qu'il est juste de partir de ce que l'on est dans le capital.

Mais justement, s'il y a un nombre toujours plus grand d'individus qui ne trouvent plus à se vendre, n'est-ce pas qu'ils ne sont rien dans le capital ? C'est donc à partir de ce point-là que je veux envisager l'alternative, car comment pourrait-il être question, par exemple, de produire dans ce cas précis une appartenance de classe comme contrainte extérieure ? De quelle appartenance s'agirait-il, au moment où il apparaît de plus en plus clairement qu'ils sont des surnuméraires, des hommes et des femmes "en trop"? »

les « individus qui ne trouvent plus à se vendre » ne sont pas rien dans le capital, mais rien pour le capital, comme prolétaires « de réserve » susceptibles d'être exploités. Mais c'est le capital qui en a fait des riens. On peut épiloguer longtemps pour savoir s'ils sont encore prolétaires ou le redeviendront à l'occasion. Ce n'est pas pour ce qui nous concerne affaire d'individus pris à part

on trouve cette interrogation chez Saskia Sassen (Expulsion), on la trouve chez d'autres auteurs dont Achille Mmembe :

« Vous parlez d'un "devenir nègre" du monde, pensez-vous aux migrants d'origines diverses, Syrie, Somalie, qui affluent sur ses rivages ?

Mbembe : Oui, car ils font l'expérience d'un arrachement à leur lieu natal et d'une plongée dans l'inconnu, hier l'Atlantique, aujourd'hui la Méditerranée, en prenant un risque mortel. Le voyage est aléatoire, la destination pas du tout garantie. Mais la différence avec le nègre du premier capitalisme (du XVe au XIXe siècle), c'est qu'hier les nègres, objets de vente, étaient achetés pour une aventure qui se soldait souvent par le désastre, l'Atlantique devenant un énorme cimetière au temps de la traite de l'esclavage. Alors qu'aujourd'hui ces migrants payent des passeurs. S'agissant de ceux qui fuient la misère, ce déplacement nous dit quelque chose de fondamental de la structure actuelle du capitalisme : il y a toute une humanité subalterne dont le capitalisme n'a pas besoin. Le drame d'aujourd'hui, c'est de ne même plus pouvoir être exploité, alors qu'hier le drame était d'être exploité. Là réside le basculement que mon livre s'efforce de pointer.

« Est nègre une large catégorie de l’humanité qu’on pourrait qualifier de subalterne... Une humanité pour laquelle la grande tragédie, c’est de ne même plus pouvoir être exploitée  Entretien à Libération 1er novembre 2013

de même, on peut disserter sans fin sur la question de savoir s'ils produisent ou produiront par leurs luttes leur « appartenance de classe comme contrainte extérieure », le capital l'a fait pour eux, mais dans un processus où il est gagnant, avec ou sans luttes face à lui... La réponse dépend, si on les voit comme "rien dans le capital" ou "rien pour le capital", et renvoie à la définition du prolétariat tel qu'il est aujourd'hui, non à l'époque de Marx ou d'un point de vue conceptuel général enfermé dans des définitions caduques

ce que cela pose, c'est de savoir à quel titre et comment ils seraient amenés à inscrire leurs luttes dans une révolution abolissant le capitalisme

Petit-Moulin : « Cette non-appartenance, si elle ne s'accomplit pas dans la dépression individuelle, appelle immanquablement une réaction: s'appartenir et appartenir à nouveau, peu importe à quoi. »

cette non-appartenance reconnue comme de classe - fin de l'identité ouvrière... - aboutit effectivement à la production d'identités multiples et parfois croisées, de « sans », de « ceux d'en bas », de pauvres, de femmes, de races, de religions, de nationalités... d'artistes défendant la culture... et même de militants anarcho-autonomes ou de communistes en théorie

c'est donc ici qu'intervient ce que j'ai schématiquement décrit dans abolir les identités de classe, 'genre', 'race'... de militants et d'individus, un processus dans lequel il n'y a pas, formellement et concrètement, un retour à la case départ de l'existence comme prolétaires trouvant leur unité pour s'abolir, ou seulement pour la beauté de l'exposé théoricien dont la révolution se bat les ...

ce qui doit nous préoccuper c'est le « comment une classe...» peut se produire en pratiques plus qu'en termes conceptuels, que ce soit exposé comme « révolution à titre humain » ou « révolution à titre prolétarien » parce que cette dichotomie autour de l'humanisme-théorique ne nous fait plus avancer d'un iota, et d'ailleurs Temps Critiques et Théorie Communiste n'avancent plus. Dans une certaine mesure on trouve cette question plus concrètement abordée par Bruno Astarian de Hic Salta, et je pense dans mes propositions

quoi qu'il en soit, il faut cesser de partir des individus, même en grand nombre. Certes c'est une question de somme de situations individuelles pour aboutir à une certaine masse, un poids quantitatif, mais c'est alors fondamentalement un problème d'émergence et de seuil à dépasser pour que cette quantité en soi s'habille d'une qualité collective pour soi, advenant alors au statut de classe ou multitude, agissant parce que subjectivement consciente de ce qu'elle fait, la révolution : abolir le capital en abolissant sa propre identité dans le capital, y compris celle d'« être de trop pour le capital » 

quand il n'y aura plus de capital, personne ne sera en trop, et chaque individu comptera pour un, dépassant l'individualisme égo-centré et compétitif du capitalisme

note : dans Où en sommes-nous dans la crise ?, Roland Simon écrit, page 3, la reconstruction idéologique des conflits de classe

« Au premier abord, cette idéologie [de la citoyenneté nationale] est critique, mais seulement dans la mesure où elle est le langage de la revendication  dans le miroir que lui tend la logique de la distribution et de la nécessité de l’État. Les pratiques qui opèrent sous cette idéologie sont efficaces parce qu’elles renvoient aux individus une image vraisemblable et une explication crédible de ce qu’ils sont et de ce qu’ils vivent et sont constitutives de la réalité de leurs luttes. La question de la distribution, celle du travail et de l’assistanat, de la déshérence des territoires dans «  l’unité nationale  », des valeurs, de la famille, structurent adéquatement la relation des individus aux enjeux actuels des luttes de classes dans cette séquence de la crise.
Il s’agit d’affirmer comment c’est un processus objectif des rapports de production qui se reconstruit à partir de lui-même comme pratiques idéologiques significatives d’une séquence particulière.»

oui il y a idéologie mais pas seulement au sens négatif d'un obstacle. On ne sait pas encore s'il sera dépassé en sortant de ce qui serait de ce point de vue une « séquence particulière ». Quand RS liste ce qui « structure adéquatement la relation des individus aux enjeux actuels des luttes de classes dans cette séquence de la crise », n'est-ce pas la même chose que moi et d'autres faisant référence à des identités à dépasser (Mbembe, Negri - la politique identitaire au purgatoire dans Commonwealth/6. Révolution p. 460 -, Temps Critiques...) ? La structuration subjective (~ idéologique) d'un individu, qu'est-ce d'autre que l'identité première où les identités multiples sous lesquelles il se reconnaît et agit ?

fondamentalement, RS ne (se) pose-t-il pas la même question que moi, celle d'un dépassement à produire des pratiques idéologiques, ou pratiques identitaires, dans la constitution d'une subjectivité de classe, que j'appelle subjectivation révolutionnaire, ce qui m'évite l'anachronisme de ce qui pour TC n'existe plus et n'existera que dans le processus de communisation ?

ma réponse est le dépassement produit des identités de luttes, « idéologiques jusqu'au bout » (TC), sur la base de ces identités en tant qu'elles portent un combat de classe à reconnaître en conscience dans l'auto-production d'un en-commun révolutionnaire

deux "modélisations théoriques" différentes de la révolution et des implications quant à considérer ou non la nécessité de combats communistes immédiats comme non immédiatistes

la différence semble mince entre considérer ce « processus idéologique » comme propre à cette « séquence particulière », ou durable jusqu'à la fin, le supposé « début de la communisation ». Elle aboutit cependant à deux "modélisations" différentes de la révolution, et à d'autres implications quant à considérer ou non la nécessité de combats communistes immédiats et donc non immédiatistes, à mener au présent en tant que tels, dans lesquels j'inscris mes interventions, mon 'activisme théorique' comme combat d'idées

que ces idées deviennent une « détermination objective » des luttes ne relève pas de mon influence ou de celles de camarades les diffusant, mais du fait qu'elles sont produites pour moi ou d'autres par le cours quotidien du capital et des luttes de classes, et sont donc propres aux luttes tel quel, à la formulation près

alors on peut encore dire avec Marx (Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel 1843) que « la théorie se change elle aussi en force matérielle dès qu'elle s'empare des masses » à condition de considérer qu'elle ne leur vient pas de l'extérieur, de théoriciens, d'un parti d'avant-garde ou d'une section de communisateurs éclairés, mais de leur propre expérience de luttes, alors auto-théorisantes

18 juin 2014

texte du forum.communisation

Le titre complet serait 'dépasser les identités de classe, genre, race, nations, religions... d'individus du capital et les identités militantes'

Robin a écrit: - Voudrais tu bien y expliciter ce que tu entend par :
- subjectivation révolutionnaire; comme par exemple dans la phrase : [...] ces identités qui toutes peuvent faire obstacle, sectarisme aidant, à la création d'une subjectivation révolutionnaire commune sur une base d'intérêts communs contre le capital.


Dans cette 'réponse' j'insiste davantage sur la 'race', la question du dépassement de l'identité de classe étant définitoire de la communisation, ainsi que, pour beaucoup s'y reconnaissant, l'assignation de genre hommes/femmes...

J'élargis le dépassement des identités construites par le capitalisme et la lutte de classes à celle de l'individu, l'individualisme dans le capitalisme, et à l'identité militante que construisent l'appartenance à un parti, une organisation, un groupe d'intervention théorique...

Il s'agit de promouvoir une individualité révolutionnaire sur la base d'une subjectivation dépassant ces entraves identitaires au combat communiste comme à la réalisation d'un monde post-capitaliste sans médiations inter-individuelles. La finalité est ni plus ni moins que l'émancipation humaine dont parlait Marx, l'ère de la liberté...

Ces combats ne sont pas à reporter à plus tard dans une conjoncture communisatrice, ils sont engagés au présent.

la communisation comme dépassement produit d'identités dans le capitalisme

Nous considérons que le prolétariat s'auto-abolit sur la base de son existence dans le capital, qui n'est plus confirmée dans le capitalisme actuel (ce que TC nomme "ce cycle de luttes"). "L'identité ouvrière", avec l'effondrement du programmatisme (la perspective communisme comme pouvoir ouvrier) ne se constitue plus en classe (pour soi, consciente d'elle-même se battant comme telle).

À cette contradiction essentielle s'ajoute celle de genre, en tant que domination masculine structurellement liée au capitalisme (Federici, TC, etc). L'identité de genre est donc à dépasser sur la base d'une reconnaissance de son existence, en relation avec la contradiction de classe.

Jusque-là je suis en phase avec Théorie Communiste (TC)

(à partir de là, je diverge de TC)
D'autres identités 'délétères' participent de la segmentation du prolétariat qui l'empêchent de trouver son unité, comme autrefois, et il ne la retrouvera plus en tant qu'"identité ouvrière", prolétarienne sur une seule base de classe.

Trois moments pour produire le dépassement des identités construites par le capital

Le mouvement de « dépassement produit » de la classe, du genre et d'autres identités construites dans le capitalisme, est dans son principe comparable, en trois temps historiques, ou trois phases de luttes (ce n'est que schématique, pas nécessairement chronologique, mais sur des rythmes temporels croisés)) :

- se reconnaître comme victime (esclave, prolo, femme, 'noir' 'juif', 'arabe', 'racisé.e', etc.)
- se battre sur la base de cette identité pour acquérir un pouvoir contre les maîtres dominants, comme ouvrier exploité (programmatisme), comme femme (féminisme égalitaire), comme 'noir' (Harlem Renaissance années 20, Négritude années 30-50, Nationalisme noir et décolonisation années 60, Black Panter etc.). Cela continue, exemple le PIR en France organisant en parti les 'Indigènes de la République'
- dépasser la lutte sur cette base identitaire pour se reconnaître un intérêt commun, disons de classe, comme particularités dans le prolétariat (prolétariat exploité/racisé/assigné au genre, à la nation...)

Ces trois moments existent et sont nécessaires, inévitables. Mon avis est qu'il faut les prendre en compte pour ce qu'ils sont, des contradictions. Avec un côté négatif, la segmentation, les luttes internes au prolétariat. Avec un côté positif, c'est sur cette base 'identitaire', parfois communautaire, qu'ils affrontent le capital parce que leurs identités sont construites par le capital. C'est se qui nécessite un moment transitoire d'auto-organisation, d'organisation autonome sur cette base, aussi bien pour les femmes que pour les 'non-blancs' en France par exemple, comme cela s'est produit aux Etats-Unis, en Amérique latine...

De toutes façons, dans la vie ya pas photo, une femme ouvrière ou employée, domestique ou chômeuse, ou un Arabe avec ou sans papiers, français ou immigré, n'ont pas besoin en France qu'on leur fasse un dessin théorique.

la race, le racisme

Robin a écrit : - ce que tu entend dans une autre intervention par peut etre "contradiction de race", ou tout du moins "la race", comme aspect non pris en compte par le paradigme TC


Contrairement à TC, je ne pense pas que le racisme vienne « en prime dans ce clivage » ('où en sommes-nous... texte mis en ligne par Robin, page 5). Le racisme est historiquement, étatiquement, institutionnellement, structurel au capitalisme en France particulièrement. En ceci je partage une partie des analyses de Houria Bouteldja, mais ni la nécessité d'un parti citoyen des Indigènes, ni l'analyse sur le « sionisme », la definition d'un « champ politique blanc » etc. Je reconnais qu'il y a là une tentative d'auto-organisation sur une base raciale, je la prends comme telle, une nécessité transitoire...

La question de la race est singulière, car on ne peut à proprement parler de contradiction (« les races n'existent pas »). Elle est néanmoins constitutive du capitalisme à son origine (traite esclavage commerce triangulaire), et n'a cessé depuis d'y participer, historiquement, empiriquement, même s'il est difficile de construire en théorie un lien structurel à la classe. Avec le genre c'est plus facile (Black Feminism, Angela Davis Femmes Races Classes 1983, etc.). Silvia Federici l'évoque dans ses livres et textes, même si ce n'est pas le thème central de son approche 'féministe marxiste'.
Les dossiers que j'ai constitué sur cette question sont dans
« abolir le racialisme »

le capital, structure et histoire quelle approche 'marxiste' ?

On définissait autrefois le marxisme comme matérialisme historique et dialectique. Je crois que la formule est plutôt d'Engels après la mort de Marx, avant de sombrer dans le diamat stalinien. Il me semble qu'avec une approche structuraliste de la dialectique, on tend à négliger l'histoire concrète et ses déterminations essentielles, parce que le lien à la structure du capital est extrêmement difficile à élaborer en théorie. Là encore seule l'histoire et le présent des luttes nous informent, pour la race, telle que Feredrici l'a montré pour le genre (Caliban et la sorcière).

antiracisme et combat des racisé·e·s

On peut observer une différence entre les combats antiracistes, qui peuvent être le fait de toutes sortes d'organisations, groupes ou personnes, et celui des 'racisé·e·s', dans la mesure où ils ne se battent jamais de façon abstraite contre le racisme, mais toujours à partir de situations particulières dans lesquelles ils sont exploités, dominés, stygmatiser... avec cette caractéristique aggravante d'avoir une couleur de peau différente, le plus souvent non blanche, considérée comme la couleur neutre à partir de laquelle les autres sont définis comme "Colored People" (pas seulement par Benetton).

Qui se dit 'antiraciste' parce qu'il "aime les noir·e·s" ne comprend pas qu'il les distingue sur la base de leur couleur de peau, et en ceci ne rencontrera pas nécessairement leur sympathie plus qu'un homme affirmant «j'aime les femmes », parce qu'il est surtout un bon macho. L'amoureux des noir·e·s pourra même être considéré par eux/elles comme 'raciste', car les assignant assignés à leur 'race' comme les femmes à un genre naturel : « On ne naît pas noir, on le devient »

Les luttes des 'racisé·e·s sont bien souvent des luttes de classes et des luttes féministes mêlées, du fait qu'ils sont une partie majoritaire des populations exploitées et dominées dans le monde sur ces critères mis en avant, et masquant leur caractère de classe. Pour autant ce n'est pas une raison pour ne pas les voir aussi comme lutte où la particularité raciale joue un rôle déterminant, comme médiation de l'existence de classe (c'est typique dans le mouvement de libération afro-américain qui n'est pas le seul "modèle", cf Amérique latine, Pays arabes, France...)

multiculturalisme et "communautarismes"

C'est pourquoi les discours multiculturalistes de gauche, et autres condamnation des communautarismes construit par le capitalisme, les Etats-nations, les continentalismes étatiques (européen pour ce qui nous concerne), ne sont qu'une manière de cacher (littéralement de voiler) la classe derrière la race. Dans ce petit jeu à la con, le pire (sic) est quand la riposte se construit sur la même distinction communautaire, de race, d'ethnie, de religion, sans porter expressément un caractère de classe (islamophobie de gauche voire d'extrême-gauche avec l'affaire du voile enfermant la communauté arabe dans son existence particulière).

Il nous appartient donc de décrypter en quoi des "communautarismes" relèvent de la lutte de classe, pour le pire et le meilleur.

la race comme base d'un combat identitaire à dépasser

En résumé, sur la race, je pense que les marxistes d'une façon générale doivent cesser de penser le racisme comme seulement un handicap à la 'conscience de classe', mais comme une identité particulière, comme d'être femme ou assigné à tel genre. La question posée est comment cela peut se tisser, se construire – c'est le sens de 'subjectivation révolutionnaire' – en relation avec l'appartenance de classe, qui seule permettra de produire le dépassement final, les abolitions de ces identités dans le processus de communisation.

Nombre de penseurs marxistes, notamment anglo-saxons, africains, sud-américains, indiens... se sont confrontés à cette question depuis plus de vingt ans, que ce soit sous la dénomination 'Cultural Studies' ou 'Intersectionnalité classe genre race'. En France il y a une résistance et un retard, mais ne désespérons pas, ça vient...

Cette question est l'objet de « critique du capital : des classes du genre et de la race, intersectionnalité, communs...  »

Identité communiste

J'interroge par ailleurs, depuis les années 90 "l'identité communiste". Je l'ai fait sur la base de mes désaccords avec le pcf, mais cela s'est reproduit quand j'ai cotoyé d'autres partis, organisation ou groupes, y compris communistes libertaires, anarchistes, communisateurs.

À partir du moment où l'on remet en cause la nécessité d'un parti ou d'une organisation, cela pose la question de ce qu'est "être communiste", relativement à l'existence sociale de prolétaire, à la perspective de son unité le temps de s'abolir, c'est à dire d 'auto-détruire son identité de prolétaire.

Quelle est cette nouvelle race d"hommes nouveaux", les "communisateurs" ? Cette identité est problématique, elle l'est déjà aujourd'hui autant que toute subjectivité militante.

l'identité de 'camarade' est aussi problématique que l'identité de parti

Je le résume en disant que je n'ai pas de solidarité particulière avec "des camarades" mais avec le prolétariat social, ce que j'appelle un "nous", un en-commun qui n'est pas militant, mais de masse, à viser

c'est le sens de ce 'nous' mon mini-manifeste le CAPITAL contre le vivant, le COMMUNISME pour la VIE

Identité d'individu

de même la communisation défait l'individu du capital sur la base de son existence dans, pour et contre le capital (sans quoi peronne ne se battrait, il n'y aurait pas plus de communisateurs que de révolutionnaires nulle part)

l'individu individualiste, égo-centré (égo-géré comme l'écrit Jacques Wajnsztejn) est appelé à se dépasser pour produire son individualité libérée dans la communauté post-capitaliste, ce qu'on met sous l'expression "relations immédiates entre individus"

cela relève du même processus d'ensemble de subjectivation révolutionnaire, dés-objectivation et dé-subjectivation, de son être dans le capital, en relation avec la défaisance des identités évoquées plus haut

Mots clés
GUILLON Claude