le monde à l'envers, esquisses théoriques

 

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le monde à l'envers, esquisses théoriques 

peinture en marge 'le déjeuner sans l'herbe', d'après Manet, 1991

derniers avancements :

Marx aux antipodes et la théorie de la communisation
l'intérêt pour les théories de la communisation des études subalternes et post-coloniales
communisation : du nouveau autour d'Althusser pour penser au présent les 'articulations' et la conjoncture révolutionnaire

1975 rupture dans la théorie de la révolution2015 rupture dans la théorie de la communisation

note du 24 mars 2015 : comme le livre éponyme de 1975 évacuait il y a quarante ans les théorisations concurrentes et celles des 'Autres' non occidentales qu'ils ignoraient ensemble, toutes les variantes actuelles de la théorie de la communisation font mine d'ignorer celles qui mettent en cause leur stérilité théorique et leur ethno-centrisme franchouillard servant ses leçons de communisme au monde entier : après dix années de compagnonnage en dissidence et tentatives infractueuses, il a fallu prendre acte d'une surdité aggravée par l'âge, pour aller plus loin et retrouver le sens du combat communiste sur le terrain des idées

rubrique ouverte le 24 juin

pour formuler de façon plus synthétique, et plus théorique, l'état de mes élaborations qui prennent de ce fait la forme esquissée d'un corpus d'ensemble

un ensemble de critiques et de considérations pré-théoriques, marinant depuis 2013 ou avant, me permettent d'éclairer maintenant où j'allais à tâtons, dans une relative cohérence, intégrant les limites d'autres corpus théoriques et leurs impasses. C'est devenu possible en articulant la nécessaire abolition du racialisme comme inhérent au capitalisme, et la double conceptualisation d' « identités de luttes » et de « luttes théorisantes » conférant une place plus modeste à la théorie telle que je la formule ci-dessous

j'entends en effet que les problèmes concrets et actuels posés aux luttes ne se résoudront pas par une mise en œuvre de ce qui ne serait que « solutions théoriques », c'est-à-dire construction abstraite conséquente d'une possibilité d'abolition du capitalisme, ou une sorte de programmatisme communisateur que laisse entendre la formule « prendre des mesures communisatrices ». Se posent néanmoins concrètement la production au présent d'une "subjectivition révolutionnaire", la question de pouvoir parler au présent de communisation par une activité théorico-politique et d'en préciser certains points concernant l'articulation classes et identités de luttes, formation d'une subjectivation révolutionnaire, etc.

note du 5 mars 2015 : début 2015, et dans l'accélération donnée à voir par les attentats parisiens, la crise ukrainienne, Syrisa au pouvoir en Grèce et les échos mondiaux recoupant la montée du national-populisme autoritaire y compris au sein des partis politiques traditionnels, la lecture des théoriciens fondateurs des études post-coloniales et subalternes m'a donné à recoller les morceaux de pans entiers d'un marxisme méconnu dans le milieu théoricien de la communisation (Gramsci, Althusser, Stuart Hall, Gayatri Spivak...). J'ai pu ainsi à mon sens effectuer la percée théorique que j'espérais en partant de la critique du courant communisateur dans son état stoppé par l'échec de la Revue SIC, et que j'avais engagée maladroitement en me collant à l'articulation 'races'/classes. Un ensemble de problématiques peuvent donc trouver une nouvelle cohérence que je m'efforcerai dorénavant de préciser dans ma démarche qui se veut, à défaut d'échanges directs, un chantier collectif et ouvert

 

25 mars 2015

Communisation 'troisième courant' 2015 esquisse de définition et de problématique

24 mars

la véridique histoire de la rupture dans la théorie de la communisation

rien de tel pour juger d'une théorie qu'en suivre les méandres dans sa production, dans ses concepts et dans son langage même, ce que ne saurait faire aucun texte fini. Nous voyons au fil de ces derniers jours se tisser la cohérence d'un troisième courant de la théorie de la communisation dont le contenu, la forme et la méthode sont ancrées dans des pratiques communistes, théoriques, poétiques bien antérieures à la connaissance du mot communisation comme concept de ce qu'elles annonçaient depuis 25 ans, et qui permet aujourd'hui de renouveller en profondeur la théorie de la communisation menacée de sclérose théorique

17 mars

la théorie de la communisation et 'la question indigène'

j'utilise l'expression 'la question indigène' comme traduisant de façon simple la problématique des identités de luttes de classe, un concept théorique que j'ai formalisé comme un appel le 18 juin 2014, dans abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus

la ligne de classe vs la ligne de couleur ou les limites de l'anti-racisme indigène du PIR / la question indigène comme problème actuel de la communisation pour théoriser les identités de luttes de classe / une prétendue « sclérose théorique »

12 mars

à ma lectrice : sur ma méthode en théorie

« Parmi l'énumération nombreuse des droits de l'homme que la sagesse du XIXe siècle recommence si souvent et si complaisamment, deux assez importants ont été oubliés, qui sont le droit de se contredire et le droit de s'en aller » Charles Baudelaire

pour penser par soi-même, penser avec les autres dans leur logique et dans la sienne : c'est l'inter-subjectivité en matière de théorie

pas de marxistes pour inspirer Marx / renverser, il en restera toujours quelque chose / des thématiques au long cours, la question de l'inter-subjectivité : du 'Je' et de 'l'Autre' ensemble / vous avez dit « un chantier permanent » ? / le débat malgré tout / la théorie comme enquête dans le genre 'Noir', le théoricien et sa lectrice en détective public / infusion diffuse ou diffusion profuse ?

pas de marxistes pour inspirer Marx

une des raisons pour lesquelles je ne supporte pas plus la prétendue neutralité universitaire que le rejet de la « crétinerie universitaire » selon Francis Cousin, qui ne se prive pourtant pas de sources chez les moines du passé ou la Bible, c'est que Marx puisait à toutes ces sources, qu'elles soient de théories économiques (Smith, Ricardo...), de philosophes (des pré-socratique à Kant, Hegel et Feuerbach), d'anthropologues, d'historiens ou de littérateurs dans le théâtre et la poésie (Shalespeare, Goethe, Schiller... Heine). On se demande d'ailleurs comment il aurait pu devenir "marxien" en ne se référant qu'à des penseurs marxistes qui n'existaient pas par définition en son temps, même s'il polémique avec les penseurs utopistes du communisme (Owen, Fourier, St-Simon), les "anarchistes" Stirner, Proudhon et Bakounine et les leaders du mouvement ouvrier naissant (Lassale, Blanqui, etc). Même avec Engels il avait parfois de forts désaccords (sur la Guerre civile américaine, par exemple)

ce que Cousin ne dit pas, c'est qu'il renverse le "programmatisme de Marx", son idée d'aller au communisme par étapes et transitions, comme s'il avait tout dit de la communisation. On ne peut le faire qu'en le sollicitant à outrance et en évacuant tous les textes qui disent le contraire

renverser, il en restera toujours quelque chose

autrement dit c'est en critiquant et renversant des théoriciens proches ou éloignés qu'il avançait dans sa propre recherche. Chez les théoriciens communisateurs on n'a guère que le renversement de théoriciens marxistes, qu'ils soient d'ultra-gauche pour rompre avec leur trajectoire ou pour retenir leurs apports comme critiques de l'économie, que leurs thèses relèvent encore du programmatisme ou de l'altermondialisme démocratique (Bihr etc.). C'est aussi le cas avec des sociologues (Beaud et Pialoux, Castel, Saskia Sassen...)

j'utilise cette appropriation critique de penseurs contemporains dans une amplitude qui dépasse largement les seuls "marxistes", d'une part des français (Glissant, Meschonnic, Pierre Legendre...), des penseurs japonais par intérêt personnel et connaissant un peu le Japon de l'intérieur, et d'autres pour me nourrir d'autres approches culturelles. À chaque fois j'y trouve mon compte, mais toujours à condition d'en faire des lectures attentives à la fois pour comprendre leur propre logique, et pour l'intégrer dans la mienne sur la base de critères hérités de Marx ou sur la base des concepts de la communisation. À ma manière je les renverse

pour penser librement, il ne faut pas plus avoir peur de se salir l'esprit, que pour agir de se salir les mains dans des luttes dont on ignore pas les limites, syndicales et revendicatives par exemple. On ne comprend les limites de tout qu'en s'y confrontant

des thématiques au long cours, la question de l'inter-subjectivité : du 'Je' et de 'l'Autre' ensemble

dès mes élucubrations dans ce que j'ai appelé après-coup la tentation alternative, 2002-2004, je formulais dans Politique du sujet des thèmes tels que : autocréation et 'créolisation' de soi  / la personnalité dans le groupe / (se) connaître par les sens  / au-delà de l'athéisme : l'imaginaire libéré, le poétique !  / penser par soi-même, concevoir avec d'autres   / philosophie politique ou praxis ?  / désoccidentaliser la pensée / la politique comme subjectivation et relation 

ils ne devaient rien ni à l'ultra-gauche historique ni à la théorie de la communisation que je ne connaissais pas même de nom. J'ai dû les laisser de côté le temps de m'approprier celle-ci, et elle m'a permis de faire leur auto-critique sans en abandonner le fond que je considérais valide. En quelque sorte j'ai renversé mes "thèses" antérieures, et chemin faisant, j'ai pu les ré-intégrer remises sur leur pied communisateur

c'est la même démarche que j'ai suivi particulièrement avec Théorie communiste et quelques autres, et mes critiques les plus sévères ne m'ont jamais empêché de retenir ce qui me semblait valable, particulièrement le concept même de communisation

vous avez dit « un chantier permanent » ?

dans la mesure où je ne cherche pas à produire un corpus achevé, qui est toujours lourd à traîner pour le mettre à jour (cf TC avec le genre), ma cohérence ne tient pas à viser une impossible totalité de représentation du monde, mais à tenir ensemble plusieurs lignes de façon inter-dépendante, dont la structure de mon site témoigne y compris par son évolution. On peut toujours trouver chez moi des contradictions, incompréhensibles si l'on ne situe pas dans le temps ce que j'écris. Le fait d'en suivre la chronologie et les changements permet de comprendre ce qui les a rendu nécessaires

on connaît le long cheminement de Marx pour aboutir à choisir le plan du Capital... mais aussi les évolutions de sa pensée, si bien qu'il est toujours possible de lui faire dire une chose et son contraire. D'autres ont une élaboration qui ne relève pas d'un corpus complet, mais d'une accumulation de carnets, réflexions diverses... (on a vu avec Stuart Hall que l'intérêt théorique de Gramsci réside dans le niveau concret de ses analyses du particulier et de la construction de ses concepts)

le débat malgré tout

que les autres ne jouent pas le jeu, voire la joue plus 'égo', ça ne me gêne qu'à moitié, et tant pis pour eux s'ils sont davantage dans la concurrence sur le marché aux idées que dans le « combat dans la théorie » qu'ils prétendent ainsi gagner, ou la « bonne polémique » qu'ils prétendent souhaiter. Ça ne m'empêche nullement de faire travailler leurs pensées dans la mienne, si bien que le débat existe par-delà les avantages et inconvénients d'une absence d'échanges directs

même si je trouve ici ou là certains échos qui ne s'embarrassent pas de me citer (la théorie est "impersonnelle", mon œil...), ce qui me manque le plus, ce sont les remarques critiques, parce que j'ai beau les anticiper ou les imaginer, rien ne vaut de savoir ce qu'en pensent les autres

la théorie comme enquête dans le genre 'Noir', le théoricien et sa lectrice en détective public

« Je n'ai jamais écrit mes romans, je les ai lus. Tout ce qu'on en dit, en a dit, en dirait, sans cette connaissance préalable du fait, ne peut être que vue à priori, jugement mécanique, ignorance de l'essentiel. Comprenez-moi bien : je n'ai jamais su qui était l'assassin. » Louis Aragon Je n'ai jamais appris à écrire ou les incipit 1969

il y a aussi que travailler à la théorie, comme activité d'écriture, tient de l'enquête policière. Qu'on livre l'assassin à la dernière page ou qu'on le connaisse dès la première, le passionnant, c'est de suivre l'intrigue, et de se retrouver comme lectrice dans la position du détective (couché ou pas, désolé pour Manchette et ma lectrice), ce héros. Aragon admirait Hammet et considérait le roman en quelque sorte comme toujours policier. Alors, pour s'attacher la lectrice et son intérêt, il faut rendre les pages haletantes par le suspens de la découverte qui va faire prendre à l'enquête théorique son tournant décisif : qui est le coupable et pourquoi et comment ? C'est ainsi que j'ai pu mettre à nu mon Cousin, au prix d'un moins grand plaisir érotique, à mon goût

le monde à l'envers, esquisses théoriques La liseuse ou Marie-Madeleine lisant (Jean-Jacques Henner) source

infusion diffuse ou diffusion profuse ?

et puis, il faut bien avouer que j'aimerais être mieux diffusé sur Internet, mon site est fort mal indexé pour cause qu'il n'est par personne référencé. J'ai le scrupule de solliciter les milieux susceptibles de s'intéresser à mes écrits. C'est en théorie comme en poésie, le plus probable est que ça disparaisse pour des raisons techniques dans le ventre toujours fécond du virtuel immonde. À vrai dire ça m'ennuie plus pour la poésie que pour la théorie, parce qu'elle est à mon sens infiniment plus durable et inaltérable. La théorie, on le sait, ne fait qu'anticiper sur ce que tout le monde est censé un jour faire, et quand il le fera, la théorie courra derrière. Il n'empêche que si on lit encore Marx avec profit, c'est que la réalité tarde à lui répondre... sans profit

alors un ch'tit appel à mes lectrices et autres zinzinconditionnels : si ça vous tente de protéger quelques traces qui vous paraissent le mériter, merci

9 mars

la communisation bien mal comprise... par ses célibataires-mêmes

saisissant un commentaire de adé  dans dndf, je fais quelques rappels de base sur les classes, le prolétariat, la communisation comme concept général et la conception que j'en propose, entre la perspective théorique de la communisation et le fait de pouvoir en parler au présent :

la définition d'une classe / le programmatisme et son effondrement / le prolétariat fait la révolution... /  il peut y avoir emparement sans appropriation / classes et identités / le problème de la définition du prolétariat dans le processus de la communisation / cheminements différenciés et multilinéaires de la subjectivation révolutionnaire et du processus communisateur... de classe :  une exploration DES voies 'multilinéaires' de la révolution / la modélisation dialectique / la communisation n'est pas un modèle futur dont il faudrait trouver les traces au présent : parler au présent de la communisation, c'est considérer le présent tel quel  / la classe communisatrice n'est pas, ou pas seulement, le prolétariat ouvrier... / une partie du prolétariat peut aussi se constituer en classe contre-révolutionnaire / le genre comme facteur d'une possible constitution en classe non révolutionnaire du prolétariat

6 mars

découvertes théoriques et relance du concept de communisation

nous ne sommes pas au bout de découvertes théoriques, y compris remontant du passé, et il est heureux qu'elles puissent ouvrir et enrichir les théories de la communisation sans en menacer les acquis essentiels, naturellement sous réserve de quelques précautions. Le plus encourageant est que des apports de théoriciens du "passé" divers et parfois opposés puissent à nouveau participer à ces recherches d'une compréhension du capitalisme actuel et à l'élaboration de voiex révolutionnaires inédites

pour ma part, je considère que le concept de communisation est dorénavant relancé sur des bases plus larges et plus fécondes que ne semblait l'enfermer la vision maintenant classique de sa construction venue d'ultra-gauche, avec ses apories et il faut bien le dire son étroitesse d'esprit et son sectarisme quasi militant. Comme je m'y attendais, c'est précisément sur des questions fondamentales de théorie, de méthode, et particulièrement de construction dialectique que le bouchon a sauté d'une construction structuraliste abstraite, pour ne pas dire mécaniciste et frayant avec l'idéalisme, le risque étant de fabriquer un nouveau dogme révolutionnaire et son programme, ou sa vaine évanescence théoriciste, sans troisième voie pour la communisation. Voilà qui est de bonne augure pour étendre l'intérêt au-delà des milieux habituels et en finir avec des critiques parfois servies sur un plateau *

les blocages de la théorie de la communisation entre vraies et fausses raisons

les raisons de fond sont inhérentes aux formulations de la théorie par TC, ses apories, ses méthodes et sa pratique théorique - choses abordées en détail dans > critique du courant communisateur. Dès lors qu'elle se faisait connaître, elle se heurtait de surcroît, en plus de ces aspects la plupart du temps inaperçus du moins non critiqués sur le fond, à ses propres errements : cibles de diffusion privilégiées, attitudes sectaires, mépris, refus de dialogue, silence sur les critiques dérangeantes, etc.

quant aux fausses raisons, je pense particulièrement aux critiques qui se sont exprimées de façon certes légère sous les plumes des Jacques de Temps Critiques, d'André Dréan, de Claude Guillon, et surtout aux ravages de la compréhension des thèses proposées dans les milieux anarchistes ou activistes par les textes de Léon de Mattis, tout ça pour une méprise magistrale aboutissant à un flop

je pense aussi à leur ignorance ou rejet systématique, in fine provoqués, chez certains marxistes, alternativistes en politique mais parfois inspirés en matière de critique de l'économie politique (les théoriciens post-trotkistes sont plutôt actifs, en France comme aux Etats-Unis, alors évidemment, on y trouve à boire et à manger... Dunayevskaya fut secrétaire de Trosky en 1937...)

je pense au regrettable rejet par Théorie communiste de questionnements de Endnotes, et plus précisément au texte de Chris Chen The Limit Point of Capitalist Equality, Notes toward an abolitionist antiracism, qui référençait déjà Stuart Hall dont je n'ai pas saisi alors les potentialités en m'engageant dans abolir le racialisme 2014 (personne dans ce petit monde franco-bilingue n'a accepté, à ma demande, de le traduire en français : les veaux et dévots franco-communisateurs sont bien immunisés)

la critique de "dérive universitaire" aurait été recevable si TC avait montré autre chose qu'une incapacité à s'exprimer sans jargonner de façon auto-référentielle, et à se faire comprendre hors de sphères justement formatées par l'université... française, alors que dans le même temps TC draguait les milieux anarchistes de gauches, puis féministes radicaux pour se refaire une santé avec le genre. Faire le contraire en pratique de ce qu'ils prétendent en théorie était devenu leur spécialité

je pense encore à la réception du concept dans les pays anglo-saxons (UK USA), qui a été filtrée par les positions de Théorie communiste, et celles faisant consensus dans SIC au-delà de la question du genre, alors focalisées sur une relation à l'activisme dont on a vu l'impasse théorique et pratique

il était devenu évident que ni ces bases (TC et SIC) ni leurs critiques ne permettaient une relance de la théorie révolutionnaire, et telle est la position que j'ai soutenue dans leforum communisation, aujourd'hui moribond. Mais comment être entendu dans un milieu où sont privilégiés les échanges consanguins, avec petits arrangements et traductions sélectives entre amis ? Critiquer tous les "proches" pour les discrétiter n'aboutit qu'à une solitude stérilisante et méritée, au lieu que relire tout le champ du marxisme passé et contemporain permet de saisir la substantifique moëlle communisatrice à produire en commun

c'est pourquoi aussi le livre de Gilles Dauvé, From Crisis to Communisation, tombera à point, publié en anglais en août prochain, pour remettre outre-Manche et outre-Atlantique les choses de la communisation sur leur pied de départ à défaut sauf surprise de problématiques vivantes (cf dans Et maintenant ? les raisons données par TropLoin pour arrêter sa publication). Mais, autant le dire sans fausse modestie, et pour ce que je perçois des positions de Dauvé et donc du contenu de son livre sauf changement de cap théorique, que cette base n'est pas susceptible de produire autant d'effets que les éléments que j'ai proposés ces derniers mois comme autant de problématiques ouvertes d'un chantier véritablement permanent en prise sur les réalités de ce Tout monde, précisément parce que les voies théoriques que j'ai suivies sont ignorées ici et mieux connues là-bas, mais pas encore reliées à leurs potentialités relatives à la théorie de la communisation

5 mars 2015

Communisation troisième courant, point d'étape théorico-politique

je m'orienterai progressivement vers une courte synthèse de ce que je considère comme des avancées dans la formulation des questions posées aujourd'hui à la perspective communisatrice. En l'absence d'échos d'accords et désaccords, et même si je perçois quelques frémissements, il m'est impossible de le considérer comme des acquis communs à tous ceux qui partagent cette vision du communisme, dont la présentation du livre de Gilles Dauvé, ci-dessous, constitue un socle minimum

parmi les points importants, je reviendrai sur l'idée que le communisme est un combat dans la lutte de classes, et que parler de communisation au présent signifie une activité en ce sens, une activité insécablement théorique et politique

quelques notes pour attendre

par politique, je n'entends ni un militantisme immédiatiste qui supposerait l'engagement du processus même de communisation, ni une participation à la politique (partis, élections...) comme moyen de hâter la venue de ce moment par la démocratie sous quelque forme que ce soit

pour reprendre la formulation de Dauvé, « la théorie radicale a du sens si elle répond à cette question : comment la résistance prolétarienne à l'exploitation et à la dépossession aboutit » à dépasser la crise. La théorie communiste n'est pas séparable de l'activité du prolétariat qui, dans les contradictions qui travaillent le capitalisme en crise, les fait évoluer vers leur résolution. La théorie est immanente aux luttes, sans quoi la possibilité de la formuler comme telle n'existerait pas, et les théoriciens ne serait qu'un genre particulier de philosophes se contentant d'interpréter le monde au lieu de le transformer, comme dit le Marx de la 11ème thèse sur Feuerbach

quand j'écris « avancées dans la formulation des questions posées aujourd'hui à la perspective communisatrice », c'est au sens des questions dont traitera le livre de Dauvé, « quoi, comment et par qui », et parce que je pense que nous avons progressé quant au « comment », depuis la formulation de Théorie communiste : « Comment le prolétariat agissant strictement en tant que classe peut-il abolir les classes ? »

sept points cardinaux d'une nouvelle cohérence critique

la progression s'est faite sur plusieurs lignes dans un même mouvement théorique cohérent (ces points se conditionnent réciproquement comme avancées théoriques interdépendantes) :

1) la nécessaire abolition concomitante de la domination masculine (je préfère cette formulation à celle d'abolition du genre, et je vois que Dauvé la retient aussi)

2) le nécessaire dépassement d'identités construites par et dans l'histoire du capitalisme comme contradiction entre classes antagonistes, identités qui sont autant de rapports contradictoires articulés à la contradiction de classes : c'est ici l'apport considérable des luttes de populations racialisées, particulièrement des femmes, qui nous a permis cette avancée théorique, particulièrement dans leur formulation théorique du Black Feminism, des études post-coloniales et subalternes dès lors qu'elles retiennent une structure à dominante* et non une simple intersectionnalité de questions de classes, genre, races **... Dès lors aussi qu'on les expurge de leurs prolongements post-programmatiques ou d'alternatives démocratiques

* Althusser et le concept d'articulation revisités par Stuart Hall 21 février ** questions abordées dans le monde et le capital, l'Occident et les autres

3) la subjectivation révolutionnaire : la constitution de la subjectivité révolutionnaire (communisatrice) est un processus qui passe par les luttes engageant des identités qui ne se présentent plus comme identité prolétarienne ouvrière. On peut parler de « lutte idéologique » dans la mesure où un enjeu communiste est de faire surgir des identités en lutte la perspective de leur dépassement en tant que contraintes extérieures

- corollaire 1 à ces trois points : le caractère politique actuel du combat communiste ressort du point précédent parce que les identités de 'race' ou d'ethnicité, de nations, de religions sont au cœur des conflits contemporains partout, et partout traversées par la situation des femmes dans ces conflits

4) la prise en compte d'une géopolitique transnationale du capital : la considération du capitalisme global dans l'évolution double de la vie (et de la mort) des capitaux transnationaux et de la fonction d'État global des États-nations et des États-régions (plus ou moins continentaux). C'est une « avancée » théorique toute relative, mais qui permet néanmoins d'une part ne pas se leurrer sur l'utilisation abstraite du capitalisme comme totalité indifférenciée, d'autre part de ne pas prendre le déclin du capitalisme occidental comme annonçant la crise terminale du capitalisme mondial, mais des phénomènes de concurrence dont l'issue est imprévisible, mais n'exclue pas une restructuration d'un caractère nouveau prolongeant le mode de production capitaliste

- corollaire 2 aux quatre points précédents : on ne peut plus affirmer la communisation comme un processus mondial simultané sans abandonner une conception eurocentriste de l'histoire du capitalisme et du communisme qui en découle, et porter toute l'attention nécessaire aux diverses formes que prend dans le monde « la résistance prolétarienne à l'exploitation et à la dépossession* », et à la désoccidentalisation du monde qui porte sur les deux pôles de la contradiction : le capital et le prolétariat, qui n'est plus celui des théoriciens du communisme programmatique à transition socialiste

- corollaire 3 : la problématique de la conjoncture révolutionnaire se pose comme mondiale, dans la globalité de l'antagonisme mondial et de ses spécificités locales, et d'une multiplicité de formes qui se préciseront au fur et à mesure de la crise, sous réserve d'une possible restructuration du capitalisme

* j'avais retenu comme d'un grand intérêt théorique le texte de Jean Batou Accumulation par dépossession et luttes anticapitalistes : une perspective historique longue Contretemps 9 février

5) la question du dépassement des individus produits par le capital débouche sur d'intéressantes reformulations du « rapport immédiat des individus à la communauté humaine », qui suppose de creuser le changement qualitatif de l'individu humain en tant que ses « rapports sociaux », c'est-à-dire en tant que sujet humain intégrant la communauté de façon positive

* questions abordées dans abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus et individualités et singularités communistes, où est le problème ?

6) d'autres points ont été relevés chemin faisant notamment la problématique du « commun », c'est-à-dire de la propriété, qui est propre au communisme comme réalisation de la communauté humaine, celle de la non-appropriation privée ou publique de « biens communs », mais ne saurait être comprise comme le début et la fin du processus communisateur, ni être confondue avec les évolutions du capitalisme informationnel (Negri/Hardt pour le pire de leurs thèses)

* questions abordées dans commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

cette problématique du commun est aussi celle des rapports de l'humanité à la nature comme rapport social et source de vie. C'est un aspect de la fin de l'humanisme théorique, quel que soit son habillage (y compris prolétarien), qui se ramène toujours à un anthropocentrisme posant la nature comme extériorité (ici l'intérêt de conceptions du monde différentes de la vision occidentale, la nature comme extériorité, le corps et l'esprit séparé, etc.) *

* questions abordées dans le plancher de terre : écologie radicale, luttes paysannes, environnement, ZAD...

7) la définition du communisme comme mouvement s'est précisée en évacuant radicalement celle d'un état sociétal à atteindre. Si ce point ne semble pas urgent en pratique, il a pour corollaire la fin de l'idéalisme en théorie communiste. Ce qui en découle au-delà d'en finir avec l'immédiatisme activiste, c'est l'abandon de tout programmatisme y compris communisateur, un nouvel enjeu idéologique

conclusion sur la politique : organisation, stratégie... critique du militantisme

c'est dans la possibilité réelle de parler de communisation au présent que réside le caractère politico-théorique du communisme comme combat actuel. Cette possibilité se précise sous forme de questions plus concrètes qui renouvellent celle de l'organisation comme organisation des tâches, et de la stratégie comme activité des communistes pour la subjectivation révolutionnaire

au titre de l'activité théorico-politique, je retiens encore deux remarques concluant le texte L’Espagne et la Théorie de la communisation : Passé et Présent, l'expérience conjoncturelle située et les réflexions générales en tant qu'elles en émanent

« jusqu’à ce que la confrontation de classe ne débouche positivement dans la communisation, c’est-à-dire, dans l’appropriation des moyens de subsistance, de communication et de transport afin d’attaquer simultanément le capital et d’abolir le prolétariat, l’auto-organisation et les luttes défensives continueront à être la seule forme d’action possible

« Notons pour terminer que l’analyse théorique du « mouvement réel qui abolit les conditions existantes » ne permet pas forcément de l’anticiper, et la diffusion d’une idée, aussi géniale soit-elle, ne pourra jamais produire une révolution, ni même accélérer sa venue. La théorie n’est qu’un moment nécessaire du caractère auto-critique des luttes réellement existantes, et pour cela même elle participe de la nature contradictoire de celles-ci. Assumer l’incomplétude de la théorie de la communisation, loin de l’invalider permet d’être en adéquation avec ce qui est décrit. Pour autant, diffuser le concept de communisation n’a rien à voir avec révéler « au mouvement réel » ce qu’il est « réellement », et encore moins avec la donquichottesque entreprise d’élever « le niveau de conscience ». Ceci ne signifie pas, cependant, que la possibilité de production du communisme soit étrangère à un resserrement des liens entre des luttes toujours plus auto-critiques et l’enracinement d’une théorie révolutionnaire

ce « resserrement entre luttes auto-critiques et théorie révolutionnaire », je ne le vois pas dans un enracinement qui ne serait auto-appropriation, auto-subjectivation, mais c'est précisément à la condition d'une activité politique des communistes porteurs de la perspective communisatrice

sans quoi l'on n'en finira jamais de ressasser la question du Que faire ? d'une manière distanciée et quelque peu suffisante telle que le formule Il Lato Cattivo dans L’organizzazombie : « A partir de ces considérations, l’organisation, la politique, le militantisme, le moralisme, les martyrs, les sigles, font parties du vieux monde. Notre propre empreinte, « Il Lato Cattivo », présente dans ces pages, ne manquera pas de se dissoudre quand ce sera le moment

j'ignore peut-être ce que ce groupe italien a apporté au développement de la théorie de la communisation, mais je m'étonne qu'il puisse se prévaloir de son « empreinte » avec un texte qui ne fait que réagir ironiquement à un point de vue caduque. OK, on les remercie d'avoir fait « partager [leur] hilarité », on rejette tout ça, mais encore ? on approuve quoi, on apporte quoi au-delà de dire ce qu'il ne faut pas faire ? « L'empreinte présente dans ces pages », entièrement faite d'adversité à ce qui est mort,  appartient aussi au passé d'une pratique théorique préjudiciable car repoussante

la question de l'organisation des tâches, par exemple, est part entière de la pratique théorico-politique, et le rejet du « militantisme » ne fait plus que se payer de mots aussitôt contredits par ce que font précisément les partisans de la communisation chaque fois qu'ils publient un texte : s'ils avaient raison, ce serait alors entériner encore la séparation de la théorie... Je vois cela comme une traîne des habitudes prises dans les décennies creuses d'avant la crise, des réactions générationnelles ou mimétiques de plus jeunes

si je partage la critique du militantisme telle que reformulée par Gilles Dauvé dans Le militant au 21e siècle, affirmer que « l’auto-organisation et les luttes défensives continueront à être la seule forme d’action possible », cela signifie que les communistes y participent autant qu'il leur est possible, et dès lors qu'il faut cesser d'alimenter une schizophrénie qui n'est plus de saison, ni de raison. Tout cela ne doit qu'à une chose, le peu de monde sur le pont de la communisation, mais il n'est pas écrit que ce soit appelé à durer, sauf à se défiler : à partir du moment où il y a activité et intervention proprement communistes, est-il inutile de se demander si l'on intervient bien où il faut comme il faut quand il faut ?

remarques sur la méthode, le rapport aux théoriciens communistes du passé, la pratique théorique, « les niveaux d'abstraction différents auxquels peuvent opérer les concepts »

partant de la nécessité de sortir radicalement du théoricisme, ou de ce qu'est j'ai appelé le théorisme, je retiens la démarche pragmatique des fondateurs des études post-culturelles et subalternes en ce qu'elles s'enracinent dans l'héritage de Marx chez Gramsci et Althusser, tout en intégrant des éléments de la critique post-moderne, notamment chez Derrida. C'est le cas on l'a vu de Stuart Hall mais aussi de Gayatri Chakravorty Spivak et d'autres

si Gilles Dauvé a raison d'affirmer que  « La communisation n'est pas l'alpha et l'oméga qui résout tout et démontre la fausseté de tout le passé de la théorie critique (Communisation is not the be-all and end-all that solves everything and proves wrong all past critical theory) », cela signifie en pratique théorique qu'il convient d'avoir avec les théoriciens du communisme de la période programmatique le même rapport qu'avec Marx, dont la théorie communisation évacue précisément le caractère programmatique (ce que Dauvé appelle « “transition period” in the Marxist sense », la période de transition au sens marxiste - ou marxien)

c'est le rapport théorique fécond que Roland Simon a entretenu avec Althusser, mais il faut dépasser le fait que le concept de communisation, et la théorie communiste qui en relève, n'est qu'un héritage linéaire de "l'ultra-gauche" (Görter, Bordiga, Pannekoek... Debord), sans quoi d'une part l'on s'enferme dans les apories du marxisme occidental, d'autre part l'on "programme" un dogmatisme théorique de la théorie de la communisation

sans me situer à ce niveau d'élaboration théoricienne, ce n'est pas par modestie que je retiens cette affirmation de Suart Hall : « Je ne cherche pas à obtenir le statut de théoricien. A quoi bon être théoricien ? Je recours à la théorie pour comprendre et déverrouiller les conjonctures dans lesquelles je me trouve, de façon à agir politiquement en leur sein », comme sa lecture de Gramsci chez qui il souligne que « si les concepts [...] opéraient à un niveau aussi concret » ce n'est pas faute de temps ou d'envie pour « les élever à un niveau supérieur » (il vise Althusser et Poulantzas qui ont « entrepris une théorisation des textes de Gramsci »), mais que « ces concepts peuvent opérer à des niveaux d'abstraction très différents, et qu'ils ont été consciemment conçus ainsi. »

ces éléments constituent, du point de vue de la forme de la pratique théorique, autant que les points esquissés plus haut, le ciment de la cohérence nouvelle que je propose pour la théorie de la communisation. Ils sont pour l'heure ma propre réponse à mon appel à un approfondissement des problèmes liés à la communisation, à la refondation et à la reformulation de ses approches théoriques (juillet 2014)

4 mars

note d'avancement

en avançant, l'idée se précise que ce n'est pas avec le marxisme post-programmatique ou l'altermondialisme démocratique que les études subalternes et post-coloniales peuvent être fécondes, mais bel et bien avec les théories de la communisation, concernant les formes globales et spécifiques de la lutte de classes à travers l'émergence d'identités de luttes liées à la dispartion de l'identité ouvrière et à sa 'récupération' nationaliste et identitaire

enjeu multiple encore, contre l'enlisement démocratique de l'anti-capitalisme et contre l'eurocentrisme des classiques de la communisation, sortir du théoricisme et donner de la chair réellement mondiale à la critique du capitalisme contemporain

aux "communisateurs" qui se pinceraient le nez avant d'y regarder de plus près, rappelons que le premier théoricien du communisme comme programmatisme ouvrier est Karl Marx lui-même...

voir critique du capital contemporain, études subalternes, post-coloniales et théorie de la communisation : idéologie globale et spécificités

21 février

un débouché théorique à formaliser en cohérence dans le cadre de 'la communisation, troisième courant'

nous pouvons désormais considérer que la théorie de la communisation (troisième courant en attendant mieux), se retrouve engagée de plein pied dans les débats marxistes contemporains, ce qui mériterait sans doute une petite synthèse dans sa propre cohérence théorique... Plus facile à dire qu'à faire

le point de jonction essentiel permettant cette mise à jour théorique (avec ses conséquences stratégiques et politiques) est d'avoir bouclé la boucle des références théoriques communiquées ces derniers jours à partir de Stuart Hall avec Gramsci*, Althusser, Laclau... J'ai pour ainsi dire rattaché les morceaux ou regroupé les wagons... pour un chantier ouvert des/aux théories de la communisation

* je ne connaissais Gramsci qu'à travers les textes d'André Tosel à l'occasion de ses controverses avec Lucien Sève dans Praxis. Vers une refondation en philosophie marxiste, Paris, Éditions Sociales, Messidor, 1984

pour l'heure ces éléments sont disparates dans le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques..., le monde et le capital, l'Occident et les autres, et les communismes comme combats : une exploration des voies de la révolution

grosso-modo, tout le travail engagé depuis fin 2013 sur l'articulation classe / genre / race a consisté à séparer le bon grain de l'ivresse théorique, en tenant ferme la structure à dominante de classe du capitalisme et la sortie de l'eurocentrisme marxisme par le meilleur, de ce point de vue, des études post-coloniales

remarque : je regrette seulement d'avoir eu à le faire seul entouré du silence assourdissant que je ne saurais reprocher à ceux qui ne connaissent pas ou ne comprennent pas de quoi il retourne

10 février

de la méthode

de l'inertie idéologique des théories révolutionnaires

À chaque étape de la lutte, la réalisation partielle de la critique engendre un nouveau point d’équilibre propre avec la société dominante. La théorie échappant à ses formulateurs, elle tend, à travers son inertie idéologique autonome, à se formuler dans toutes les permutations et combinaisons possibles; mais principalement celles qui reflètent les développements et les illusions nouvelles du moment. Pris dans la transition de la première à la deuxième phase, les pro-situationnistes du “reflux de l’après-mai” personnifiaient l’inertie d’une théorie confirmée.

Cette inertie idéologique — à travers laquelle les partisans de la théorie situationniste ont affronté d’une manière défaillante les développements nouveaux dans leur propre pratique, dans celle du prolétariat et dans celle de la société dans son ensemble — a mesuré la faiblesse du mouvement situationniste; alors que la rapidité, sans précédent dans l’histoire, avec laquelle s’engendrait sa propre négation interne — il s’est effectivement saboté lui-même afin de soutenir une explosion qui lui avait déjà échappé et faire place nette pour une nouvelle phase — confirme sa vérité fondamentale. La société du situationnisme 8 Ken Knabb 1976

la citation en exergue ne vaut que prétexte, bien que je ne l'ai trouvée qu'en cherchant des traces de cette idée préalable d'inertie idéologique. Je laisse à son auteur la responsabilité de sa chute, mais c'est écrit en 1976, ça lui donne une excuse concernant le situationnisme. Il me semble que la première phrase en gras est applicable aux thèses en vigueur dans la radicalité communiste, et plus encore anarchiste (je pense au demeurant que tout le monde identifié comme anarcho-libertaire est devenu hyper-sclérosé et que ça ne s'arrange pas avec l'accélération actuelle de l'événement mondial)

e n'en parle ici qu'à propos de théorie révolutionnaire, non d'idéologie sociale, dominante ou pas. Je n'en parle pas non plus concernant les partis ou groupes, dans lesquelles elle s'explique largement par la nécessaire cohésion, acceptant plus ou moins de dissidences, de contradictions ou d'oppositions internes, et leur expression publique

j'en parle concernant l'expression d'individus supposés d'autant plus libres d'attaches qu'ils s'expriment le plus souvent dans la tradition anarchiste ou communiste libertaire. J'ai souvent évoqué le sectarisme des groupes, particulièrement de ceux auxquels je me suis intéressé, dans le milieu communisateur et alentour, mais plus profondément apparaît un blocage individuel. À quoi tient-il ?

blocage idéologique

difficile de généraliser, mais le blocage idéologique apparaît souvent comme une sclérose de la pensée liée d'abord à la génération à laquelle on appartient, soit les plus âgées par une difficulté à abandonner ce qui a structuré sa jeunesse - origines, expériences, rencontres...- soit les plus jeunes souvent persuadés d'avoir trouver leur voie, sans trop s'interroger sur son étroithèse

il y a ensuite les habitudes prises à fréquenter les mêmes milieux, les mêmes lieux et personnes, aussi bien en chair et en os que par ses lectures et centres d'intérêt. Le plus sûr moyen de se retrouver un jour complètement débordé par ce qui surgit d'ailleurs plus en prise sur les réalités sociales

le sectarisme et l'absence de curiosité, la conviction de certitudes, selon les caractères et le besoin de se rassurer avec d'autres, souvent les mêmes par l'illusion d'une fidélité (à qui, à quoi ?), tout cela fait le reste : l'inertie de pensée

impasses 'camarades'

d'une façon générale, les discussions avec ce genre de personnes ne mènent nulle part, qu'à de mauvaises polémiques et une perte de temps, sauf rarissime exception. Les plus intéressés ne sont pas les plus bavards, et même les bavards préfèrent être discrets, dans la mesure où afficher des accords avec ce qui sort de la ligne partagée n'est pas bon pour la paix des ménages. Tout ça est bien petit, question d'église plus que de foi

par définition, la théorie est toujours en retard

on se persuade ainsi assez vite que oui, la pensée est toujours en retard sur la vie, les mots sur les choses et la théorie révolutionnaire sur la pratique sociale prise dans sa généralité comme rapport social de classe et autres catégories structurant le cours du capitalisme

pour en sortir, point nécessaire de faire la table rase, d'abandonner tous fondements considérés comme résultats acquis, mais en définir les contours ne fait que repousser et reposer le problème de l'inertie et de l'attention au nouveau

d'une méthode

une bonne méthode à mon sens est de penser avec des approches qui ne portent pas, ou ne semble pas porter sur l'objet central -la théorie révolutionnaire - mais portent sur le monde un regard global de philosophe, d'historien, de sociologue, psychologue, d'anthropologue, etc. ou d'artiste, écrivain, poète, peintre, cinéaste... et de recouper ce qu'elle nous apprennent avec le cœur d'une analyse communiste du capital

je n'aime pas le terme d'approche pluri-disciplinaire, ou transdisciplinaire parce qu'il ne s'agit pas de croiser ou synthétiser des disciplines séparées, telles qu'elles se présentent dans l'université ou la recherche en sciences sociales. En lisant Marx, je n'ai jamais le sentiment de lire un mélange des genres, mais pas non plus celui de lire un marxiste, comme la plupart de ses héritiers l'ont été. Peu y échappe, sinon par exemple du côté de Benjamin et de l'École de Francfort, mais pour abandonner de fait l'hypothèse communiste

l'idée est de lire ce qui relève de tel domaine avec les lunettes d'un autre, ou plutôt de tous les autres dont on a fait son beurre. Alors seulement on parvient à une pensée globale du tout en elle-même plurielle

il est nécessaire de quitter l'idée qu'une théorie sociale serait à construire uniquement sur la base de théories sociales ou d'observations en sciences sociales. On mesure la pertinence globale d'une philosophie à ce qu'elle embrasse de plus divers dans tous les domaines de la connaissance et de l'expérience

concrètement et de façon appliquée, ça ne m'intéresse plus de considérer les théories comme des systèmes clos suffisants en eux-mêmes, ni de les opposer en tant que tels, que ce soit des théories à visée révolutionnaire ou non. Pour moi, toutes sont fausses en tant que prétendant tout expliquer, alors qu'elles sont pleines d'apories et de défauts de conceptions, de construction. Certaines n'ont pas cette prétention et sont plus ouvertes à l'utilisation dans un ensemble constructiviste (je pense ici à Edouard Glissant, Jacques Camatte ou Pierre Legendre, et dans une certaine mesure au Morin Edgar  le moins politique, dans La méthode, aux penseurs non occidentaux...)

c'est du moins la "méthode" que je me suis construite, avec le temps sans trop y réfléchir, par goût, par curiosité, et parce que tout le reste échoue en inertie idéologique. Je n'ai pas envie de vieillir plus que mes artères

tant pis pour les sourds

concernant les théories révolutionnaires proprement dites, plus rien d'intéressant à prendre dans leur prétention totalisante les approches de Négri/Hardt, Théorie Communiste ou Temps Critiques, même si leurs concepts ne se comprennent qu'en leur sein, dans leur cohérence pour eux (ils en sont finalement les plus mauvais utilisateurs, les plus liés sans possibilité d'en sortir ... sans en sortir)

leur côté le plus fécond n'est pas l'élaboration d'une théorie communiste au sens de pistes révolutionaires, jmais dans le noyau idéologique, mais dans leurs analyses du présent, à condition de les faire jouer ensemble en les sortant de leur carcan qui est précisément la cause de  leur inertie comme de leurs oppositions réciproques, tout ce qu'adorent les imbéciles en mal d'une science révolutionnaire et d'un discours précuit

voilà le véritable chantier, qui exige en premier lieu de sortir de soi-même et de penser par soi-même avec les autres plutôt que vouloir construire son œuvre et sa statue

« D'abord, arrêter de penser. Arrêtez de penser, alors une pensée vous viendra. Et ce sera un bon chemin. Sinon, si tu cherches quelque chose, tu te perds. Et puis, il faut savoir aussi que si tu cherches une pensée, ou une façon de penser, c'est, pour toi, un risque, c'est un piège. La pensée n'existe pas pour servir d'appui. Une pensée n'est pas une religion, n'est pas une croyance, la pensée ne sauve personne. Si tu veux penser, si tu veux chercher une vérité, alors tu dois savoir te risquer. C'est-à-dire que la vérité n'est pas quelques chose qui te sauve. la vérité, c'est un risque. Si l'on cherche la vérité, il faut accepter de se perdre. Donc, la pensée ne te sauve pas. Si tu veux te sauver ou si tu veux attraper quelque chose pour t'appuyer, il ne faut pas penser. (En dehors de mon travail, en dehors de mon métier, en dehors de mon activité sociale, mon idéal, c'est de ne pas penser) » Nishitami Osamu, Penseurs japonais, 2006 p

5 février

un excès de genre : mise au point quant à mon lien aux Théories de la communisation 16:09

à propos de J. Wajnsztejn in Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme

le monde à l'envers, esquisses théoriques

ce livre est en cours de lecture, je reviendrai ultérieurement * sur mes accords essentiels avec certains aspects de cette réaction à contre-courant du mélange des genres et des sexes. Deux remarques puisque je suis cité en note à l'appui de cette remarque  de l'auteur : « Comme les théories du genre s'inscrivent dans un mouvement déconstructiviste, on peut dire que le chantier comunisateur est encore en cours et nous prépare d'autres surprises » p.95

* voir 6 février genre, sexe, nature et capital

sur la race en rapport au capital

note : Comme celle interne au cercle descommunisateurs dans laquelle "Patlotch", dans la communisation comme abolition du racialisme (janvier 2014) reproche à Théorie commuiniste de parler de genre à propos des immigrées-femmes et de ne pas parler du rapport derace, ce qui serait logique d'après lui. Mais Théorie communiste tranche en disant que « la racialisation n'appartient pas au concept de capital », ce qui est vrai historiquement puisque valeur et capital se développent bien avant la traite esclavagiste. Il n'empêche que Théorie comuniste s'enferme dans des apories en disant que les luttes politiques entre hommes et femmes sont révolutionnaires alors que les luttes entre prolétaires de différentes races sont contre-révolutionnaires; en disant aussi (B.Lion) que gnreset classes sont liés dans une contradiction (=interne au capital) cequi n'est pas le cas de classes et races (= externe au capital) et ne peut donner lieu qu'à un antagonisme. On est à nouveau en plein dans Althusser »

mon texte "abolition du racialisme" a maintenant plus d'un an, et je suis revenu abondamment sur la question, puisque ma critique du courant communisateur en est comme partie, en même temps que de désaccords avec Théorie communiste sur son montage classe-genre, en des termes sans doute moins théorisés mais recoupant la critique de Wajnsztejn. Le passage évoqué par JW est ici

sur l'argument de JW « « la racialisation n'appartient pas au concept de capital », (ce qui) est vrai historiquement puisque valeur et capital se développent bien avant la traite esclavagiste. », j'ai longuement argumenté sur la distinction entre structure (conceptuelle) et histoire (concrète) du capital, avec de nombreuses sources (de Moulier Boutang à silvia Federici et nombres d'auteurs notamment anglo-saxons), concernant l'accumulation primitive par le commerce triangulaire, le long passage de la bourgeoise marchande et manufactutière au stade de bourgeois capitalistes producteurs et échangeurs de valeur dans le cadre du capitalisme advenu mode de production en domination formelle au 19ème siècle

pour le dire en termes anciens et discutables : un manque de "marxisme" comme "matérialisme dialectique et historique", et qui pointe le structuralisme dialectico-althussérien de Théorie communiste dont la permanence se vérifie par le manque d'appui de ses thèses sur des événements concrets, au passé comme au présent, et la tendance lourde à projeter les concepts sur le réel. JW le souligne concernant la construction classe-genre de TC, qui affirme péremptoirement des résultats ne reposant sur aucunes données statistiques actuelles, mais un modèle abstrait de la famille traditionnelle et du « travail domestique », un bricolage Delphio-técéiste prétendant remettre le patriarcat sur ses pieds capitalistes

sur le genre en rapport au capital et à son abolition dans la communisation

comme je l'ai dit, je ne vois rien de plus dans les "études" ou "théories du genre" que leur intérêt pour la critique et les luttes contre la domination masculine, et contre l'assignation sociale bisexuée, d'une part comme problème de qui cela concerne en pratiques sexuelles, d'autre part comme question théorique pour  interroger la domination masculine dans son lien au capitalisme et son abolition communiste. Si « abolition du genre » signifie en finir avec ces dominations et leur usage capitaliste, j'en suis comme Federici

quant à abolir la distinction de nature biologique du rapport des sexes génétiques féminins et masculins, et prendre pour cible principale la sexualité hétérosexuelle comme moyen de la domination masculine, c'est un pas que je ne franchirai pas. C'est avec ce point de vue que mes précédentes rubriques convoquant l'articulation classe-genre (-race) doivent être comprises. Il se peut que ce soit une faiblesse de ma part sur le terrain d'un usage sans modération de la catégorie de genre. J'aurai céder à la mode...

je suis bien conscient de cette ambiguïté terminologique, et encore plus du problème de me situer malgré tout dans le cadre des théories de la communisation, dont l'homogénéité n'existe pas, et se défera au fur et à mesure que son noyau dur idéologique, sur l'immédiateté de la révolution à base prolétarienne, sera mis en cause par le cours des luttes mondiales et la diversité de leurs formes et contenus face au capital

à cet égard je partage donc l'affirmation de JW « on peut dire que le chantier communisateur est encore en cours et nous prépare d'autres surprises », et ajouter que ce chantier a perdu toute unité, qu'il n'est en rien un chantier collectif, et que cela questionne jusqu'au mot de communisation sous lequel la chose prétend se faire en évacuant tout ce qui ne porte pas son nom

contre l'anthropocentrisme et l'euro-centrisme des deux TC

il ne faut donc pas de ma part s'étonner d'un mouvement alternatif de balancier de mes critiques acerbes à Théorie Communiste et Temps critiques, qui sont le revers communiste d'analyses critiques du capitalisme parmi les plus intéressantes concernant la sphère géo-idéologique et socio-économique du monde européen et occidental

l'enjeu théorique d'un dépassement révolutionnaire du capitalisme n'est pas posé sous le seul nom de communisation, et quoi qu'il en soit ne se pose pas d'abord comme enjeu politique, mais comme celui de luttes concrètes dans le cours du capital, et donc aussi comme intervention politique, stratégique : il n'y a pas de rupture de continuité entre théories et luttes, et c'est en quoi j'insupporte le neutralisme de tout discours théorique à prétention révolutionnaire

il ne s'agit pas de dénoncer le théoricisme mais d'en finir avec les effets, déplorables mais logiquement produit, d'une démoralisation voire d'une condamnation par avance (de la part des plus cons, des sarcasmes en même temps que les amitiés les plus ambiguës), de tout ce qui est supposé faire fausse route vers une révolution sociale, après la clause de style « Nous ne sommes pas là pour les "juger" », et avant « Nous vous l'avions bien dit. », d'autres pensant de façon schizophrène qu'« il bien en passer par-là » « en attendant la fin »

pour moi, et depuis Communisation Troisième courant, non sans hésitations et ambivalences de parcours, « Révolution à titre prolétarien » (Théorie communiste) et « Révolution à titre humain » (Temps critiques) sont porteuses d'apories symétriques que je situe dans leur anthropocentrisme commun. Le premier groupe théorique ne dépasse pas cet anthropocentrisme dans sa critique de l'humanisme du second (ou de TropLoin et d'Astarian, au demeurant)

c'est en ceci que je critique les deux TC comme projetant sur leurs analyses du présent - au demeurant intéressantes comme critique du capital - une vision d'un processus révolutionnaire fondé exclusivement sur une élaboration conceptuelle abstraite d'un futur largement imaginé et relevant en ceci d'un déterminisme historique*, des deux côtés excessivement euro-centrée (le livre de JW concerne principalement des phénomènes relatifs aux pays capitalistes avancés)

* dont tend à se défaire Temps critiques au prix d'un abandon de tout processus dialectique de dépassement. Cf discussion sur son blog. Cela pose inévitablement, dans les conditions actuelles, la question de la teneur en foi de l'idée théorique du communisme, un pari pascalien qu'assume plutôt bien Alain Badiou**, qui du coup a un peu de mal à considérer la contradiction Capital-Travail, ou à prendre en compte une critique de l'économie politique qui n'est pas sa spécialité

** symptomatique que pepe/dndf, n'en pouvant plus sans doute de ne rien pouvoir dire de politique depuis sa Théorie communiste, le délègue à Badiou : « Même si ce qu’écrit Alain Badiou n’a qu’un lointain rapport avec le courant théorique qui s’écoule dans ce site, il est toujours intéressant de le lire. Son dernier article sur le drame Charlie » ICI 29 janvier à propos de Le rouge et le tricolore. Je veux y voir la preuve d'un manque et d'un besoin d'engagement politique de la théorie, et tout à la fois la reconnaissance de son interdit par la posture théoricienne de TC. Une frustration à la fois schizophrène et paranoïaque, en substance « depuis mon lointain rapport -comprendre désaccord de fond -, j'ai envie de dire ce qu'il dit ». Chercher l'erreur

ces gens-là n'existent en communistes qu'en supposant évidentes une fois pour toutes des convictions et un combat qu'ils n'expriment nulle part, et qu'ils tiennent d'un héritage plus large que celui qu'ils revendiquent à l'ultra-gauche : les luttes de classes réelles du mouvement ouvrier. Ils pensent impunément pouvoir n'extérioriser que leurs critiques aux luttes "pas comme il faut". C'est une conviction de vieux, un truc de la génération 68. Personne n'est fondé, sur la base de ce qu'ils disent aujourd'hui, leur donner le bon dieu communiste sans confession, pas plus qu'un brevet de non-racisme, jusqu'à preuve du contraire. Entre « ne pas être "Anti" » et fermer sa gueule, il y a de la marge. Il existe autant de présomption pour croire que du communisme comme mouvement au présent, ils se foutent comme moi de ma première chemise

théoriser en communiste

l'engagement théoricien est nécessairement, non en avance sur, mais en avant de ce qu'il prétend annoncer, ou préparer à quelque titre que ce soit, la fin des classes ou l'avénement de la communauté humaine (notons que ces formulations sont de part et d'autre d'une même révolution nécessaire). Être théoricien ne signifie pas transiger sur son engagement communiste pour se poser en observateur non déterministe

pour se battre contre le capital, nul besoin de savoir où ça va, sans quoi l'on reste chez soi. C'est bien de là que l'on part dans les luttes, et il n'y  a pas de mystère à savoir que la théorie n'est ni plus ni moins avancée, ni plus ni moins dans l'illusion, le risque de se tromper d'analyse ou de pronostic que d'autres quant à l'issue de leurs luttes. On l'a vu avec l'activisme, on le reverra avec l'auto-organisation à l'européenne, la drague pseudo théorique du féminisme radical et des anars de gauche... bref tous ces avant-sujets et non-sujets tombés de la dernière pluie sur le milieu radical asséché

ce qui est insupportable, c'est faire mine qu'on en sait pas plus mais quand même « sans perdre la tête », car quoi qu'il en soit dénié, c'est comme ça qu'apparaît la théorie séparée : désengagée, non embarquée

pourquoi une poétique révolutionnaire de la relation ?

au total on a l'impression de tomber d'un idéalisme dans un autre, par défaut d'un matérialisme prenant en charge le besoin de transcendance, de "sacré", ou pour l'emprunter à Edouard Glissant, d'une poétique de la relation au monde, et (j'y reviendrai) d'une créolisation sans connotation raciale (concept philosophique large qui s'oppose au concept étroit de créolité, avec son pesant de communautarisme identitaire. Voir par exemple Créolisation et créolité à la Martinique : essai de périodisation)

2 février 2015

trois moments actuels, un seul moment de théorie communiste ou la communisation troisième courant continu 13:30

France, Grèce, Kurdistan : même combat ? et Charlie dans tout ça ?

les moments Charlie-français, Syrisa-grec et Rojava-kurde sont producteurs de théorie en eux-mêmes dans leur spécificité, et ensemble dans leur concomitance et leur rapport au moment capitaliste global

des textes circulent analysant ces événements, qui posent la question : où en est-on dans la lutte de classe. dndf les a relayés, je les ai évoqués à diverses occasions ces derniers jours. Il convient de les lire ensemble et de cerner en quoi ils présentent des différences d'analyse, sous-tendues par des divergences théoriques, et la capacité ou non à poser des questions actuelles dans le rapport entre citoyenneté-État-nation-identité et capital local/global-économie politique-lutte de classe

Kurdistan ? DDT21 Kurdistan : Tout commence par la contrainte traduit de Becky, A Revolution in Daily Life / Du citoyen Charlie à la « dernière instance » Roland Simon (RS)

ces trois textes devraient être lus ensemble, en portant l'attention sur ce qu'ils sont de commun et de différent, car bien qu'apparaissant, à la différence des normes révolutionnaires analyses ou communistes à l'ancienne, comme plus attentifs aux caractères actuels de ces événements, ils prennent plus ou moins de distance avec un modèle théorique de l'avénement d'une situation révolutionnaire

je soulignais l'importance des manques d'un texte pour en saisir la nature idéologique - on ne s'étonnera pas de lire en filigrane le différent bien connu entre Théorie Communiste et TropLoin quant à leur modélisation de la communisation comme révolution communiste. Le plus intéressant réside dans les questions nouvelles que posent ces événements, et la capacité de les saisir comme renouvelant ou précisant la problématique du « comment ?», ce que formule ce passage de RS déjà relevé :

« Dans l’appréhension ordinaire, convenue, allant de soi de la lutte de classe, tout se passe comme si on avait d’un côté les classes dans leur situation, leur contradiction, ce qu’elles doivent être et faire conformément à leur être. Comme disait Marx dans La Sainte famille : « Il ne s’agit pas de savoir quel but tel ou tel prolétaire, ou même le prolétariat tout entier, se représente momentanément. Il s’agit de savoir ce que le prolétariat est et ce qu’il sera obligé de faire, conformément à cet être. » (Marx, op. cit., éd. Soc., p. 48. ) ; et de l’autre, des circonstances, des dires, des façons d’être immédiates, des idéologies, en un mot des accidents. Et, entre les deux, rien. Comme si cet autre coté ne venait que comme une gêne ou une entrave momentanées, extérieures à l’être et à son devenir nécessaire. En bref, quelque chose dont on ne saurait pas trop quoi faire, sinon qu’il faut « faire avec ». Pour reprendre les questions abordées dans le texte A propos de Charlie c’est comme si l’on disait que l’ « ordre républicain », la citoyenneté nationale, la définition de « l’Autre » etc., ne faisaient que perturber désagréablement la structure des relations et des contradictions de classes qui ne sauraient manquer d’affirmer leurs prérogatives. C’est vrai, mais comment ? » Roland Simon Du citoyen Charlie à la « dernière instance »

dans ce extrait, RS formalise ce que j'ai pointé sur les identités à dépasser sur leur base (dépasser les identités de classe, genre, race... d'individus forum communisation 18 juin2014), en tant qu'identités de luttes portant un clivage de classe, mais jusqu'au bout, la classe n'apparaîtra jamais comme se battant en tant que telle dansune unité de type conscience de classe + parti etc. C'est un différence significative entre les analyses de TC et celle de Dauvé pour DDT21 dans "Kurdistan ?"

pour moi, une question importante est la manière dont se présente sans son nom et ses caractéristiques anciennes (ouvrières) la lutte de classe, et de vérifier si l'idée que j'ai proposer d'identités de luttes se confirme ou non dans l'issue à moyen terme de ces conflits. Tout en partageant la critique de l'enthousiame "révolutionnaire" des soutiens aux kurdes auto-oragnisés du Rojava, je trouve les réponses de DDT21 beaucoup trop fermées à la production réelle de conditions nouvelles, et anticipant sans preuve sur ce qui pourrait sortir de ces luttes (il en va de même concernant un certain mépris pour les ZAD, la question écologique, les luttes des femmes...)

une révolution dans la vie quotidienne ?

quant au texte de Becky écrit pour SIC avant son auto-destruction, je ne partage pas l'appréciation de Solidario : « Tiens un texte compréhensible de SIC! En plus il est franchement excellent. Félicitations.». Je ne comprends d'ailleurs pas que le titre français n'ait pas repris celui de l'original, Une révolution dans la vie quotidienne, en lui ajoutant un point d'interrogation et quelques mots critiques à cet égard dans le sens que l'on trouve justement dans l'extrait cité du texte de RS Du citoyen Charlie à la « dernière instance »

le titre adopté Kurdistan : tout commence par la contrainte, contredit ce qui est dit en conclusion sous la question Et le communisme dans tout ça ? et noie le poisson des considérations sur le moment actuel comme affrontant la répression d'État. Qu'est-ce qui commence par la contrainte ? Au final, on ne sait pas trop. Toujours est-il qu'à réduire la critique communiste à une seule dimension spatio-temporelle (ici l'Etat du capital), sans l'articuler au moment de l'économie politique locale/globale (ici la Grèce nous informe), on donneà focaliser dans le même sens que les anarchistes, et dans celui des erreurs d'analyses théoriques qui ont conduit aux pratiques théoriques catastrophiques de la revue SIC

l'émergence d'un non-sujet électoral

il serait intéressant de connaître le point de vue des auteurs de Blaumachen, revue des communisateurs grecs participant à SIC, armauteurs grecs de « le temps des émeutes a commencé » et de « l'émergence du non-sujet » prétendue annoncer l'auto-abolition du prolétariat

Grèce : ce que j'ai vu dans la victoire de Syrisa, c'est aussi l'émergence d'un non-sujet électoral : abstention historique de 37 % dans un pays qui a aimé la démocratie contre la dictature. Où sont passés les émeutiers des années précédentes et les théoriciens qui en faisaient si grand cas ?

France : je rapproche ce chiffre d'un autre tiré d'un récent sondage : La fierté d'être Français gagne du terrain depuis les attentats et la marche L'Express 1er février « trois Français sur dix se sentent davantage fiers d'être Français qu'auparavant...70% des personnes interrogées ne sont "ni plus ni moins fiers qu'auparavant" et 2% se sentent moins fiers / seuls 26% disent avoir confiance dans les hommes et les femmes politiques »

hier dans le Doubs, on s'est beaucoup abstenu avec un taux d'abstention de 60,44 %, une participation de 39,56 %, ce qui donne 13% au FN et 11,5% au PS

Kurdistan : ?

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28 janvier

la 'communisation" est morte, vive la 'communisation' !

on connaît la formule consacrée à la cour de la monarchie française à celle d'Arabie saoudite : « le roi est mort, vive le roi ! » (cf wiki) : « La nuit dernière, le roi Abdallah d’Arabie Saoudite est décédé, signale donc, en «dernière minute », Le Parisien. Le prince Salmane a été nommé pour lui succéder » (ici, autres)

le "courant communisateur" est mort

Théorie Communiste TC, octobre 2013, Fin de parti-e : « Ce texte (Fin de Mee­ting TC 23, 2010),  écrit en 2009 allait vite en besogne. Le cours de la crise s’est révélé beau­coup plus com­plexe, met­tant en mou­ve­ment des classes, des seg­ments de classe et des for­ma­tions sociales hété­ro­gènes que nous avions négli­gés, non pas dans une ana­lyse géné­rale du capi­tal mais dans les rai­sons d’être de cette revue. Il arrive que le cœur prenne le pas sur la cervelle. TC, avril 2014 : « Nous sommes actuellement loin de la visibilité croissante et immédiate des contradictions de classes et de genre et de leur liaison avec la révolution et le communisme, le devenir idéologie parmi d’autres de la «  théorie de la communisation », tant comme slogan que comme passeport académique plane sur nos têtes fragiles.» 'mon' histoire

Karl Nesic aussi en écrivant, à propos du texte de TropLoin : « La publication en 2011 de Communisation a peut-être achevé un cycle. » Et maintenant ? 2012

'mon' histoire

de la caducité d'une théorie ayant produit ses effets comme échec provisoire, j'ai pris acte progressivement, plus nettement l'an dernier. Mon histoire n'est pas, telle que présentée comme "notre histoire", celle de l'ultra-gauche refabriquée après coup pour y inscrire la communisation comme rupture dans la théorie, avec ce rien de suffisance d'hériter du meilleur, qui n'aura pourtant rien fait que parler, sans causer d'effets, alors même que des "staliniens" montaient au front de la lutte de classes au péril de leur vie, ce dont ces donneurs de leçons se gardaient bien, préférant se mettre, déjà, à l'abri, ou publier Marx dans La Pléiade, ce grand cimetière bourgeois de la littérature sur papier bible

quelle rupture dans la théorisation communiste ?

exit Exhibit G, la petite bougeoisie "ultra-gauche" d'origine contrôlée

chose annoncée, chose promise, chose due, je renvoie l'ascenseur à la censure des lâches*. Dire ce qu'on fait, faire ce qu'on dit

* lâches non en tant qu'individus, ça ne me regarde pas, mais en tant que théoriciens ayant une expression publique au nom du communisme, et par conséquent une responsabilité

pour moi, est à prendre en compte la rupture avec l'ensemble du programmatisme ouvrier, staliniens, trotskistes, anarchistes, conseils ouvriers, situationnistes, autonimistes, auto-gestionnaires, coco-eurocentristes... Manifestement, d'autres ont des amitiés anarcho-ultra-gauche durables qui n'ont plus aucun sens, voir jettent un trouble malaise quant à d'étranges "camaraderies", alors qu'ils m'ostracisent pour avoir dit de simples évidences : ce sont des idiots utiles à toutes les confusions, le genre à pepe-dndf qui préfère Beauvoir à Angela Davis, et les concepts de la bourgeoisie blanche à ceux du féminisme noir prolétarien : un lâche. Ces imbus d'eux-mêmes n'ont aucun sens pratique de l'autocritique : prendre et donner acte pour passer à autre chose

autre chose encore que le genre à Bruno Astarian, petit-bourgeois de famille à la posture suffisante, qui n'attendait de moi qu'un soutien à sa statue de théoricien immortel de la communisation : un lâche. Le genre à Dauvé, qui me censure, en digne fils d'un commissaire des RG : un lâche. Le genre à Jacques Guigou, universitaire verbeux et 'poète' falo, qui a cru pouvoir astiquer ma poétique en son lien à la révolution, sans suite : digne héritier d'une notabilité locale investie dans la vigne : un lâche. Des petits-bourgeois au sens sociologique du terme, petit-bourgeois idéologiques dans leurs prétentions révolutionnaires "plus radical que moi tu meurs" : nous nous passerons de leurs histoires d'aspirants communistes aux mains blanches (ni rouges, ni noires). Qui pourrait être communiste en servant la soupe à des lâches, d'autant plus lâches qu'ils sont intelligents ?

toute cette lâche engeance née dans la soie qui parlait pour le prolétariat, c'est fini : les masques sont tombés. Dieu merci

un cycle théorique est achevé, il a produit tout ce qu'il pouvait en trente ans, jusqu'à épuiser ses potentialités et être confronté à son échec : SIC 2013. Ces dernières années, mes désaccords s'étaient approfondis avec le 'courant communisateur', réveillant les réticences exprimées dès mon rapprochement avec Meeting, en 2005, et mises de côté dans mes années de compagnonnage (2005-2010). Cf Communisation Troisième courant 2006, pour en finir avec mon communisme-théorique juin 2012, critique du 'courant communisateur'

je laisse de côté les expressions marginales de Hic Salta et TropLoin ou autres, qui ne parlent pas du moment présent du capital, mais font une théorie du futur sans autre intérêt actuel que dire en substance : il va falloir attendre

en même temps que je prenais mes distances dans la clarté, jusqu'à renoncer transitoirement au mot 'communisation' dans mes formulations de la perspective communiste, la reconnaissant possible dans d'autres théorisations, j'écrivais le 6 juillet 2014 : « j'appelle à un approfondissement des problèmes liés à la communisation, à la refondation et à la reformulation de ses approches théoriques, faute de quoi le concept sera confronté à sa dégénérescence comme toute progéniture de mariages consanguins »

la 'communisation' est morte comme théorie séparée

nous y sommes, et finalement, peu importe qui en sera ou pas, de ceux qui composaient l'ancien courant communisateur. Un clic sur la douzaine de blogs des groupes constituant SIC, revue internationale de la communisation, ou gravitant autour en produisant sa norme idéologique, ne laisse aucun doute sur cette évidence : Blaumachen (Grèce) en français, Endnotes (UK), forum communisation, il lato cattivo, Pratele Komunizace (tchèque), Restructuration sans fin, Revue SICRiffRaff (Suède). Entre sites fermés, à l'abandon, mise à jour en 2012, il reste la publication de quelques textes, pour l'essentiel la traduction de plus anciens

on trouve de belles brochures, en allemand, qui entérinent la fin de ce cycle, en rééditant les principaux textes constituant le corpus commun du "courant communisateur". Toute proportions gardées, comme Debord réédité chez Gallimard. Ce gens-là ont toujours euun souci sous-jacent à leur activité, laisser leur trace dans l'histoire, de sorte que les générations futures soient édifiées sur le fait qu'ils ont fait leur temps. Je le disais déjà à l'époque de SIC, pourquoi ne pas publier en deux mois les textes écrits, sous une forme modeste, plutôt qu'attendre un an voire deux pour une revue sinon luxueuse, qui pète au-dessus de son cul ? Ça, qui crève les yeux, concernant l'origine sociale de ceux qui parlent au nom du prolétariat

avec la sortie de Théorie Communiste de SIC, les groupes qui constituaient SIC ou ceux qui se sont proposé de le continuer ne sont pas en mesure de produire de la théorie communiste, dépendant qu'ils étaient de TC, en mouches du coche se démarquant à peine, à la question du genre près, tout sauf un détail, et de l'exploitation au cœur du capital, de quoi rester ou non communiste. On mesure ce qu'on peut en attendre à leur incapacité, depuis deux ans, à formuler (à l'exception de Endnotes) la moindre reconnaissance de leurs erreurs, la moindre analyse de ce qui s'est passé, les moindres bases d'une possible refondation théorique. Sans parler de leur modestie et du mépris que le silence de leurs blogs manifeste pour ceux et celles qui les lisaient : des lâches

cela ne signifie pas nécessairement la mort théorique de tous ces individus, mais ce qu'ils produiront dorénavant est leur problème. On verra

vive la 'communisation', comme théorie politique

le problème de la théorie, des théoricien.ne.s n'est pas "combien de divisions ?", mais de tenir comme jusque-là la théorie communiste sur le feu, et aujourd'hui faire en sorte qu'elle devienne une théorie politique

avec les événements en France, en Grèce, aux Etats-Unis notamment, la période actuelle se prête à ce que la théorie de la communisation devienne une théorie politique, parce que ce qui change sous nos yeux se présente comme enjeu massif, et non comme traces (écarts, temps des émeutes, fantasmes insurrectionnels transclassistes...), portées par des luttes marginales (en proportion), de ce qui serait annonciateur de formes/contenus à venir d'une communisation engagée dans un futur plus ou moins lointain et prévisible

la conjoncture négative et sa négation à produire comme dépassement de ses limites

dit autrement - je ne suis pas assuré que la formulation soit juste mais je la propose au cocogito - nous sommes dans une conjoncture négative, mais toujours [j'inverse la formulation de TC] dans une « conjonc­ture auto­créa­tion de la lutte des classes / comme "unité de rupture" » TC Où en sommes nous dans la crise ? version II octobre 2013, « unité de rupture » étant à entendre ici comme rupture avec un passé produisant la lutte de classes sur un base qui change, au sens dialectique de travail du négatif, donc de possibilité de dépassement des limites de cette conjoncture négative (Charlie, Syrisa), en production-émergence d'une nouvelle dynamique, de nouvelles limites, toujours écarts mais déplacés ou élargis : négation de la négation de la conjoncture négative, à ne pas confondre avec l'haufhebung, car toujours dépassement produit par les luttes aux limites, autocréation de la lutte de classes

un nouveau cycle théorique ouvert à la communisation : est évacué d'emblée massivement, sinon le risque d'activisme, son faux enjeu, comme agitation théoricienne, production de textes apportant la théorie à des activistes de terrain, risque propre à la communisation comme 'théorie séparée' : pas d'activistes le 11 janvier, pas d'activistes à Davos, mais aucune théorie disant ce qu'il aurait fallu activer ces jour-là, adéquation en creux à la fin d'un cycle théorico-activiste, entérinant la fin du cycle 'communisateur' précédent, comme absence des pratiques théoriques et des pratiques activistes qui le caractérisaient. L'activisme pourra exister, mais seulement comme vrai gauchisme, idéologie et maladie infantile de la communisation

communisme comme combat d'idées : questions actuelles de théorie politique

corollaire, sont posées à nouveaux frais les questions de la stratégie du projet communistel'organisation des communistes (dans le sens le plus général du terme, non d'auto-organisation d'un sujet), de la subjectivation d'un sujet révolutionnaire, de la nature de ce que sont les communistes relativement à ce sujet, prolétariat, classe ou multitude, peu importe ici. Je les avais évoquées de façon théoriques, elles se posent aujourd'hui de façon politique

je dis « à nouveaux frais », parce que si ces questions se posent, c'est de plus en mieux telles que nous pouvons les résoudre («l'humanité ne se pose jamais que les questions qu'elle peut résoudre » Marx). Nous n'avons pas de réponse à Que faire ? mais plus clair est 'qui nous sommes' et 'ce que nous faisons'. C'est au fond pas très loin de ce que Marx disait des communistes dans le Manifeste

PS : on s'étonnera peut-être que faisant ainsi le ménage théorique parmi "nos amis" et "nos camarades", je puisse prétendre ne dénoncer personne. C'est qu'aux segmentations du prolétariat, dans la tradition "diviser pour régner" sans cesse remise à jour de ses besoins par le capital, répond une segmentation dans la théorie faite au nom de l'émancipation du prolétariat. Avant de concerner des individus, la critique ad hominem est une nécessité de la critique théorique, sans laquelle on ne ferait sans cesse qu'un pas en avant, deux pas en arrière

aujourd'hui, un aspect déterminant de la segmentation du prolétariat est la racialisation. Il est donc normal que lui réponde une clarification dans la théorie, entre ceux qui sont 'avec nous', et ceux qui se sont révélés ou endormis 'contre nous'. Ce qui précède est un complément à ma critique d'Yves Coleman, dont la dérive imbécile n'est qu'un symptome parmi d'autres du pourrissement avancé d'un "milieu" ayant des décennies d'habitudes, de fausses amitiés et de lieux communs (sic), réels ou virtuels. Les habitudes, disait Lénine, sont contre-révolutionnaires. Le vrai courage est de rompre

« La théorie se change [...] en force matérielle dès qu'elle saisit les masses. La théorie est capable de saisir les masses, dès qu'elle argumente ad hominem, et elle argumente ad hominem dès qu'elle devient radicale. Être radical, c'est saisir les choses à la racine...» Marx, Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel

sans prétention à saisir les masses, l'enjeu est dans l'immédiat la transformation de la théorie séparée en théorie politique

24 janvier

à propos d'une discussion sur le communisme dndf

« l’appellation même de « communisme » comme état social est problématique » R.S.

Rataxes 23 janvier : « Question à Roland Simon : d’où, de quelle certitude, voire de quelle boule de cristal tires-tu l’affirmation suivante : « Le communisme sera l’interaction d’individus singuliers que ne subsume aucune communauté, en cela l’appellation même de « communisme » comme état social est problématique » ? » discussion ICI

cette affirmation ne sort pas d'une boule de cristal, elle est le résultat d'échanges depuis quelques années, dans le milieu de la communisation, dont je suis entre autres à l'origine [mon texte de 2009 "communisme comme mouvement vs communisme comme état" étant détruit, une trace ici en 2012 communisme état vs communisme chemin], en questionnant l'incompatibilité de poser à la fois le communisme comme mouvement et comme état, finalité "sociétale". Cette ambiguïté était entretenue dans certaine formulation du courant communisateur et au-delà. TropLoin avait référencé mes remarques en notes de son texte communisation 2011 : Le pas non suspendu du communisme. Communisme, communauté vs. mouvement 2009 dans Communisation Ressources classées (pages détruites en juil 2011)

l'étape intermédiaire est un texte de TC n°24, pp 163.165 « sur l'ambivalence supposée du concept de communisme »

« Même si comme "but" c'est toujours du mouvement dont on parle, comme but, le communisme est amené à se différencier du mouvement, à apparaître, pour lui même, comme but. Le communisme comme but est toujours présent dans la théorie révolutionnaire. parler du communisme au présent, c'est parler de la perspective communisatrice qui, parce qu'annoncée au présent acquiert une existence d'anticipation. C'est cette anticipation constitutive de la théorie qui pose problème. Ce problème réside dans le fait que si le mouvement est bien la seule existence du but, ce dernier contient la tendance à s'autonomiser comme idéologie. » TC 24 p. 165

une fois n'est pas coutume, je partage sans réticence cette affirmation de Roland Simon, et de plus l'ambiguïté de la notion d'«individus singuliers», étant donné que la possibilité et la condition de dépassement du capitalisme en «communauté humaine» (décidément aucun de nos mots et concepts ne sont adéquats...) suppose l'auto- transformation des individus du capitalisme dans une métamorphose psycho-politique, les Uns intégrant un Nous, des Nous selon les besoins émergents dans les luttes et la vie quotidienne

le résultat du mouvement n'est pas un état, mais le mouvement du communisme plus loin

2 janvier 2015

la théorie de la communisation, en 2005, m'a permis de remettre en cause les processus démocratiques comme voies au communisme sans moment révolutionnaire, qui étaient une conclusion un peu paradoxale de la tentation alternative, 2002-2004. Mais sa critique en bloc de la vaste notion de démocratisme radical, comme aujourd'hui celle sans distinction de l'« inepte idéologie des Commons », ne permettent pas de saisir le moment contradictoire des luttes sur lesquelles s'appuient ces idéologies, ni comment s'est produit le passage de l'une à l'autre. J'ai en quelque sorte appauvri ma démarche entre 2005 et 2012

de même l'absence de toute prise en compte par ce courant théorique de la critique post-coloniale à base marxiste contribuait à l'enfermer dans sa vision eurocentrée rapportant tout au capital comme structure, et l'aveuglait quant aux luttes actuelles, pensées par sa théorie de l'écart dans les strictes luttes de la classe ouvrière. Engagé par la problématique entre races, classes et genre, d'une façon constructiviste accumulant la documentation, je peux aborder de façon plus approfondie les enjeux sous-jacents aux débats entre critique post-coloniale et marxisme, c'est-à-dire en termes révolutionnaires la question de la subjectivation et de ses multiplicités de formes dans les luttes affrontant le capital aujourd'hui

cf critique post-coloniale, marxisme et genre en débats

le 28 décembre 2014

la tradition marxiste et l'impensé de l'Occident

depuis un an, poser la question de la race a permis de renouveller la perception du capitalisme héritée du marxisme traditionnel, y compris dans les approches critiques de la restructuration prenant en compte la disparition de l'identité ouvrière et du communisme programmatique *, prises qu'elles sont dans leur impensé de l'Occident, de sa domination idéologique déterminant jusque-là l'histoire du capitalisme

* sont particulièrement concernés la Critique radicale de la valeur, le Courant communisateur, Temps Critiques... Quant aux marxistes plus officiels, à la mouvance trotskiste, s'ils y sont plus sensibles (ex le site Contretemps), on ne voit rien sortir d'autres, en termes stratégiques et politiques, que l'alternative démocratique et l'idéologie des Communs, autrement dit envisageant une transition, une phase historique de pouvoir prolétarien ou populaire étatique ou auto-gestionnaire

l'exploitation perdue de vue par les approches intersectionnelles ou dé-coloniales ? ça dépend...

ce travail a été engagé depuis des décennies, à la faveur des luttes contre le colonialisme et le néo-colonialisme et son héritage, par les théories partant du marxisme sous le nom d'études multiculturelles, intersectionnelles ou dé-coloniales. Pour ce que nous en connaissons, ces approches ne dépassent pas non plus la perspective d'une alternative démocratique anti-capitaliste

la trilogie devenue classique classes/genre/race est contamment menacée de perdre de vue la totalité du capital comme contradiction capital/prolétariat, pour verser dans une critique des dominations mises sur un même plan et abandonnant le cœur du système, l'exploitation

les limites de la critique du racisme, de l'intersectionnalité classes/genre/race comme particularités

pourtant, l'approche par la race, la critique du racisme, plus historique, phénoménologique et empirique que structurelle, trouve sa limite en ce qu'elle porte sur un niveau de particularités, mais n'est satisfaisante ni au niveau général, ni au niveau singulier (les individus). Sur le plan général, elle ne parvient pas à poser essentiellement le rapport entre la structure du capital global et la domination de l'Occident. S'il est exclus de poser comme central une "lutte des races" dans laquelle seraient embarqués tous ceux qui diffèrent par la couleur de la peau, l'origine ethnique ou les croyances religieuses, il n'empêche que si le racisme est structurel, systémique, c'est toujours quelqu'un qui est ou non raciste, face à quelqu'autre qu'il considère d'une autre couleur (race, ethnie, religion, nationalité...), avec la spécificité de la 'race blanche' dans le contexte de la domination occidentale

le couple identité/altérité enjeu d'un changement historique dans le capitalisme et pour les combats communistes

tant le niveau général (l'Occident et les autres) que celui des individus conduisent à interroger la relation identité/altérités 

pour le projet communiste, le dépassement de l'individualisme du capital en individualité de la communauté humaine suppose d'en saisir la perspective par les deux bouts : celui du tout et celui des individus, ce que j'ai esquissé dans abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individusindividualités et singularités communistes, où est le problème ? et à divers endroits concernant le racisme par exemple (un problème rencontré de façon récurrente est d'où parle-t-on du tout ? en sachant que d'autres en ont une autre perception sur laquelle ils peuvent construire d'autres approches théoriques, auxquelles il est nécessaire de confronter la sienne, avec lesquelles il importe de dialoguer avant de les invalider a priori

du point de vue méthodologique, ces trois niveaux (général, particularismes, individualités) invitent à questionner la représentation que nous en avons selon le point de vue qui est le nôtre, et rejoint par conséquent la question de l'identité/altérité. Par exemple, le fait d'être comme moi un homme blanc de couche moyenne, d'un certain âge...

mon intuition est que ce qui se passe autour de l'identité/altérité ("repli identitaire", "communautarismes"...) doit s'analyser de façon dialectique comme une contradiction en mouvement liée à la question du rapport entre Occident et Capitalisme, et dans ce rapport aux mutations en cours dans la composition du prolétariat, ses luttes, non seulement dans le rapport de production (l'exploitation directe), mais à travers les phénomènes migratoires massifs (provoquant segmentations et nouveaux enjeux des luttes y compris dans les "centres" occidentaux), et le rapport à la terre comme ressource. Contradiction dialectique à entendre aussi comme négativité/positivité au présent, et non comme devant aboutir à une communisation table rase sur laquelle reconstruire une positivité en partant de zéro

* qu'en est-il d'une possible montée en puissance d'un capitalisme à base chinoise voire indienne, compte tenu notamment de leur démographie ? cf restructuration du capital mondial : et la Chine ?

un rapport structurel Occident/Capitalisme ?

le capitalisme, s'il n'est pas qu'une production occidentale, est-il soluble dans un nouvel ensemble dont les fondements culturels échapperaient à l'occidentalisation inachevée du monde, alors même que la domination réelle de la société par le capitalisme, si elle est totale, n'est pas absolue * ? Autrement dit, quel est le rapport entre invariants de l'Occident et invariants du Capital, et comment évolue ce rapport aujourd'hui ?

nous avons par conséquent besoin d'un angle d'analyse différent, d'approfondir la structure d'ensemble sur laquelle repose le capitalisme en tant qu'il trouve son origine et ses concepts dans l'histoire longue de ce qu'on nomme l'Occident.  Il nous faut observer ce que produisent les luttes de ce point de vue, rapporté jusqu'ici de façon réductrice à la trilogie intersectionnelle classes/genre/race, pour tenter d'en percevoir la portée relativement à la structure globalisée du capitalisme dans son rapport à la domination occidentale jusqu'ici

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13/14/28 décembre 2014

communisme, luttes et théories, petit debriefing d'étape

de tout ce qui précède, d'années de considérations aléatoires, nous pouvons tirer quelques résultats généraux, et préciser un peu ce que considérer le communisme comme mouvement au présent signifie ou non, en termes d'articulation des luttes de classes, de genre, de 'races', de rapport à la nature nourricière (la "terre-mère") et de théories diverses prenant en compte ces rapports ensemble ou séparément

- le capitalisme produit, sur la base de son essentialité d'exploitation marchande des humains et de la nature, ses contradictions intrinsèques en même temps que les résistances et volontés de l'abolir

- le communisme est le mouvement tant de cette négation que de l'affirmation d'une possible 'communauté humaine' au-delà du capitalisme aboli

- aucune théorie, expression politique, organisation ne peut anticiper aujourd'hui le devenir commun des luttes que génèrent exploitation et dominations dans et par le capital, que ce soit au nom du marxisme, d'une improbable "théorie unitaire", d'une intersectionalité ou d'un universalisme abstrait promouvant de façon militante une unité de dépassement du capital : ces théories ne sont pas nécessairement fausses mais relativement vaines, surtout quand elles prétendent comprendre et surplomber des actions en les considérant comme plus nécessaires les unes que les autres

- comme disait Marx à la fin de sa vie, il n'y a que la lutte, les luttes, telles qu'elles sont sans vouloir leur faire dire autre chose que ce qu'elles font, sans vouloir les conduire plus vite vers ce qu'elles sont supposées produire in fine :

- ajout 14/28 décembre concernant les concepts d'écart et de conjoncture de Théorie Communiste 

les questions de genre et de 'races' ne se posent pas en extériorité à la contradiction de classe, mais c'est aussi de l'intérieur de celles-là que se manifeste et surgira l'appartenance de classe comme contrainte extérieure. Autrement dit, les écarts (TC), limites et dynamiques sont à chercher non seulement dans les luttes explicites du rapport d'exploitation (SIC 1, luttes désespérées de la classe ouvrière), mais aussi dans les luttes d'opprimé.e.s/dominé.e.s au nom du genre ou de la race. On ne peut le faire en projetant sur le présent la conjoncture produisant l'unité du prolétariat dans le moment futur de la communisation

c'est pourquoi les camarades qui veulent anticiper cette unité, le plus souvent de l'extérieur en militants activistes, en associant dans leurs slogans genre et classe ou hypothétiquement classe et 'races', voire les trois (d'hypothétiques luttes intersectionnelles référées à une théorie unitaire), ne feraient que reproduire le fantasme d'une convergence des dominations telle qu'on la trouve dans le démocratisme radical et l'altermondialisme, vouloir l'unité du prolétariat ici et maintenant. En dehors d'un surgissement, dans telle conjoncture, de liens effectifs entre les pôles de ces contradictions au capital, leur activité ne peut être aujourd'hui saisie que pour ce qu'elle fait : donner des leçons

du point de vue théorique, nous n'avons pas à chercher ou promouvoir ce type de luttes idéales* et proprement utopiques, pas plus qu'à créer des réseaux pour des actions sur cette base. De la même façon qu'il n'y a pas à attendre un dépassement du capital d'une contradiction externe au rapport de classe, les combats communistes, que ce soit sur le plan des idées ou dans l'action, sont intérieurs aux luttes telles qu'elles sont y compris quand elles apparaissent sous telle identité de lutte

par contre, nous ne pouvons manquer de voir dans quelles luttes ces questions apparaissent d'emblée entrelacées *

* par exemple en voir les prémisses dans l'intersectionnalité de fait et revendiquée comme telle des luttes des femmes afro-américaines, du fait qu'elles sont massivement menées par des prolétaires

- le rejet féministe du mansplaining*, de l'antiracisme universaliste blanc par les 'racisé.e.s' qui y voient du whitesplaining, la tradition de l'autonomie des luttes ouvrières par rapport aux partis politiques... montrent clairement que toute organisation ou théorie prétendant les rassembler ou les faire converger est vouée à son échec sur ce point, aussi "juste" serait-elle dans ses intentions : on ne peut pas aller plus vite que la musique, encore moins dans une improvisation collective à l'échelle sociale du monde

* Le terme mansplaining est ce qu’on appelle un mot-valise, formé des mots anglais man (homme) et explainer (qui explique). Le mansplaining ne désigne bien sûr pas seulement un homme qui explique; de nombreux hommes parviennent tous les jours à expliquer des choses sans insulter en quoi que ce soit qui les écoutent. Le mansplaining, c’est quand un mec vous dit à vous, une femme, comment faire quelque chose que vous savez déjà faire, ou pourquoi vous avez tort tort à propos de quelque chose qu'il connaîtrait mieux de l'extérieur que vous de l'intérieur

chaque fois qu'une théorisation - des généralités abstraites, des concepts et de l'universalisme - peut s'emparer d'un combat légitime et y infilter son militantisme, il faut se dire qu'un ver est dans le fruit, on le constate ni plus ni moins chez les féministes matérialistes contre le patriarcat, chez les indigènes décoloniaux contre "les Blancs", chez les écolos radicaux sans classe et autres communisateurs sans classe. Ils en donnent la preuve par leurs polémiques stériles autant que par leurs sectarismes identitaires et partisans, leur unique commun

ce que je fais ici en est en permanence menacé, si ce n'est dans mes intentions, dans l'interprétation. Tout au plus puis-je participer d'une compréhension générale ou alimenter une réflexion sur telle ou telle dimension de ces luttes, au mieux la compréhension au sein de chacune de ses limites et enjeux de dépassement vers plus de réalisme dans la prise en compte de sa propre idéologie, serait-elle labellisée communiste. De fait, ce que je fais est sûrement plus utile à qui veut le saisir de l'extérieur qu'à qui participe à ces luttes

ici le communisme est en questions, pas en réponses

le monde à l'envers, esquisses théoriques

en relation, communisme : un schéma théorique en action... revendicative dans les communismes comme combats : une exploration des voies de la révolution

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10 décembre 2014

fragment théorique

« Il faut porter jusqu'à la fin toutes les idées qu'on soulève.» André Gide Paludes 1895

nul doute que le peu qui tombent sur mon site et le visitent avec quelque patience ont un peu de mal à s'y retrouver. Je ne manque certes pas une occasion de reformuler les choses pour intégrer dans le "corpus" les derniers questionnements, mais il n'empêche qu'il est difficile de comprendre l'essentiel sans avoir une idée du tout. Le tout ce n'est pas moi comme individu, mais mon rapport au monde, car ce qui importe c'est la saisie du monde par sa transformation, en paroles et en actes. Le sachant, le peu que l'on peut faire en ce sens apprend à ne pas se prendre au sérieux

critique du capital et communisme

en tenant mon fil rouge de la problématique communiste comme dépassement du capital, j'ai affirmé l'enjeu de la question des identités, de leur reconnaissance et de leur dépassement, comme un aspect, un angle sous lequel saisir le moment de constitution en classe des sujets susceptibles d'abolir le capitalisme comme mode de production/reproduction des classes, de la domination masculine de la racialisation et in fine de destruction du vivant

j'ai référencé nombre de textes et d'actions où l'on voit s'articuler explicitement classes, genre et "race", rapport à la nature. Les limites d'une constitution en classe (ou multitude constituante) s'inscrivent au présent dans la perspective révolutionnaire d'une unité transitoire d'auto-abolition de ces identités. Pour autant nous ne pouvons voir aujourd'hui que des éléments épars où cela se construit terme à terme (classe/genre, classe/race, race/genre...), soit de façon positive et intersectionnée dans la lutte, soit de façon négative parce que source de fragmentation

la question de l'auto-dépassement des identités doit être comprise comme un des processus concrets par lequels « une classe peut abolir le capital, les dominations et abolir toutes les classes »

interclassisme et luttes contre les dominations de genre et de race

certaines luttes se caractérisent par leur a-classisme ou leur interclassisme, et c'est comme cela qu'apparaissent aux marxistes les luttes antiracistes sur une base communautariste. Le clivage dans l'antiracisme français provoqué par l'installation Exhibit B en est un bon exemple, puisqu'il est aisé de constater que les protagonistes appartiennent à des couches moyennes, au monde des arts ou de son spectacle médiatisé, et que les racisé.e.s d'en-bas ne s'y intéressent pas plus qu'à l'antiracisme institutionnel que villipendent les premiers. Concernant le "genre", la forte proportion de femmes dans ce combat indique que sa prise en charge chemine tant bien que mal, mais concernant la classe, la limite est vite atteinte, en simples termes sociologiques

au fond il en va pour ce collectif comme pour le PIR, Parti des Indigènes, ils se constituent par défaut de luttes explicites de ceux dont ils prétendent porter les intérêts, et ne sont pas différents en nature des partis, organisations ou associations politiques qu'ils mettent en cause

du devenir de classe des luttes contre les dominations

les rapports profonds essentiels de classes, genre, 'races'... se redoublent par conséquent de leur représentation idéologique dans un nœud dialectique complexe qui pose la question de la constitution et de l'auto-organisation des luttes, qui ne résoudra qu'au fur et à mesure où chaque question, d'exploitation des prolétaires (plus-value) et de la nature (rente), de genre et de race (dominations), s'emparera des autres. Mais les luttes ne le feront pas sur la base d'une compréhension intellectuelle dont seraient porteuses les thèses universitaires ou politiques sur l'intersectionnalité, ni d'une « théorie unitaire » extérieure, ou dans les termes d'une jonction entre ceux qui seraient porteurs séparément de ces contradictions. Elles le feront quand cela deviendra une nécessité interne à chaque contradiction dans son rapport aux autres, consubstanciellement aux luttes susceptibles alors de faire émerger une conjoncture dans leur logique propre d'affrontement commun au capital

un processus de clivage dans la société civile

c'est au sein des luttes des femmes et des racisé.e.s que se situent leurs contradictions de classes, et c'est d'elles-mêmes qu'elles produiront les clivages nécessaire de ce point de vue. Dans le cas de « l'épiphénomène Exhibit B » (le mot est de Franco de la Brigade anti-négrophobie), nous assistons à une clivage dans l'altermondialisme démocratique. Il ne se produit pas - comme je l'ai souhaité dans de précédentes interventions - sur une base de classe, mais des deux côtés on trouve des membres d'Attac ou du Front de gauche

n'y voir qu'une opposition délétère entre "lutte de classes" et "luttes de races", communautarisme et pseudo-marxisme, c'est à mon sens se tromper d'analyse

cette rupture dans l'antiracisme, sans retour possible, se produit néanmoins davantage sur une base anti-politique institutionnelle et dans une certaine mesure, anti-démocrati(sm)e. C'est par là, comme clivage dans la société civile et sa représentation, comme critique de l'Etat, qu'il intéresse la critique radicale anti-capitaliste

voir abolir les classes / dépasser les identités de 'genre', 'race'... de militants et d'individus

6 juillet 2014

réflexions théoriques à chaud

à l'occasion de la publication par la revue Période de Femmes noires et communisme : mettre fin à une omission, Claudia Jones

le monde à l'envers, esquisses théoriques le monde à l'envers, esquisses théoriques Claudia Jones: African-Caribbean Communist defied racism, sexism and class oppression

extrait de critique du capital : des classes du genre et de la race, intersectionnalité, communs... 6 juillet

Claudia Jones fut dès la fin des années 1940 une 'théoricienne' marxiste de 'l'inter-sectionnalité classe-genre-race' avant l'heure, une piste que reprendront Selma James  et Angela Davis dans les années 1970-1980

rattraper le retard français

c'est donc une bonne chose que l'on (re?)découvre ces textes en France, dans la mesure où la tendance générale a été de négliger cet aspect des luttes de classes en relation (avec ce qui est devenu) le genre, et la race, un retard dont on perçoit encore les effets y compris dans les théories les plus soucieuses des bonnes articulations dans le capital. Cette négligence porte au demeurant sur toutes luttes de masses dans lesquelles les communistes des partis «staliniens» avaient une influence, l'histoire des théories de la communisation s'étant écrite du seul point de vue de ses origines d'ultra-gauche, dont on connaît l'importance déterminante dans les luttes prolétariennes de masse au cours du 20ème siècle. À trop vouloir prouver, on passe parfois à côté de choses capitales... ce sera le grand retour du refoulé

lutte communiste = lutte de masse

concernant cet aspect de masse, c'est-à-dire la dimension quantitative des luttes, et celle des seuils pour passer du qualitatif au quantitatif, un B A BA de la dialectique des changements, on voit comment les théories d'ultra-gauche, qui ne se sont jamais préoccupé concrètement de cet aspect depuis que les gauches germano-hollandaises étaient vaincues, ont pu marqué toute la réflexion des théories de la communisation par des gens qui avaient un profond dédain pour des luttes immédiates ne portant plus d'espoirs révolutionnaires... Il fallait attendre...

certains se sont focalisés sur des événements marginaux en espérant leur généralisation, les attendant en préviseurs dans l'angle mort - un concept vide -, négligeant nombre d'autres luttes et de facteurs tout aussi importants pour créer une conjoncture révolutionnaire à l'échelle mondiale. Autrement dit, le problème n'est pas celui d'une sous-période à l'issue de laquelle la théorie de l'écart de ThéorieCommuniste retrouverait une pertinence, parce qu'elle est définie trop étroitement et qui plus est de manière post-prolétarienne autour du travail salarié. Ce genre d'écarts ne se généraliseront jamais au point de devenir centraux dans un affrontement révolutionnaire, même si bien sûr ils y participent

Women, Race, Class... Sexe, Race, Class... Gender, race, Class : un long chemin

pour revenir à la question raciale et de genre en relation à la classe, il paraît clair que si, dès les années 1970, ceux qui deviendront des théoriciens influents de la communisation s'étaient intéressés au Black Feminism, à l'occasion des manifestations en France pour la libération des prisonniers noirs du Black Panther et notamment d'Angela Davis, bientôt auteure en 1981 de Women, Race and Class, cette théorie aurait pris en compte et le genre et la race beaucoup plus tôt. Mais voilà, Angela Davis était membre du Parti communiste américain, pas seulement du Black Panther Party - une « stalinienne » donc, et le PCF menait la danse pour son propre compte en focalisant sur la libération de figures, tel Luis Corvalán à la suite du coup d'État au Chli en 1973, ou Nelson Mandela (libéré en 1990)...

les œillères...

chacun chez soi avaient de bonnes et mauvaises raisons de ne pas s'intéresser à ce que produisaient les autres, du côtés des partis plutôt dans leurs marges intellectuelles dissidentes... En France, les veaux du marxisme étaient bien gardés. J'ai eu cette chance en 40 ans de connaître tous les gardiens, et de constater combien ils se ressemblaient

c'est entre autre de celà qu'il convient de sortir

PS : je note que certains blogs liés à la communisation ne se sont pas intéressés à Claudia Jones ni tant d'autres quand j'en ai parlé. Ils le font aujourd'hui quelques mois après, toujours sans commentaire. Je ne me pas réjouis qu'ils s'en fassent l'écho seulement quand ça sort d'ailleurs que chez moi. Merci aux grands courageux qui en coups lisses ont savonné la planche d'où je m'exprime

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remarques à l'occasion de la création de classe, genre, race, bibliographie aléatoire

le monde à l'envers, esquisses théoriques

la race et le genre sont le plus souvent réciproquement médiées en relation à la classe

dès que l'on se penche sur la question, l'évidence est qu'on ne peut pas hiérarchiser l'importance de la race et du genre dans leurs rapports concrets au capital et aux classes, parce que ces catégories n'apparaissent jamais de façon abstraite, pures et séparées, concernant les luttes des plus pauvres, prolétariennes (ouvrières) ou non, toujours mêlées du simple fait de la démographie des populations concernées dans le monde. Les femmes « de couleurs » sont souvent en première ligne dans des luttes opposant Non-Blancs à l'Occident capitaliste, une réalité en train de changer dans la géographie du capitalisme global

comme l'a clairement montré le BlackFeminism, une femme noire ne se divise pas, elle n'est pas une somme d'identités de genre, de classe et de race. Comme une femme arabe en France elle est tout ça ou rien

il m'est apparu au fil des recherches que le groupe français Théorie Communiste est un des derniers, avec des marxistes de la tradition programmatiste, et hors d'autres qui n'en parlent pas, à tenir la race pour une catégorie secondaire dans l'analyse du capital : « Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette voire, polémique parce que l’intégration de l’abolition des genres comme élément inséparable de l’abolition des classes dans la communisation est dévalué, secondarisé par la mise de question des races au niveau de celle du genre.» TC BL Utérus vs Mélanine discussion. Il a fallu une femme dans le groupe masculin Théorie Communiste pour qu'il prenne en compte le genre. Qu'elle ne le prenne pas mal, dommage qu'elle ne fût pas arabe

problèmes pour la théorie de la communisation : positivité du communisme, transition et mesures communisatrices, identité 'révolutionnaire' des communisateurs-programmatistes, évanescence de la théorie

un autre aspect ressortant de ces luttes est qu'il n'est pas possible de discerner et séparer mouvement négatif contre le capital et mouvement positif pour vivre directement de son travail, particulièrement dans le monde paysan ou quand la terre tient une place importante dans les rapports sociaux. Sous réserve d'évolutions imprévisibles quant à une domination encore plus totale du capital, ce constat ébranle les certitudes de la théorie de la communisation quant à la production immédiate d'une révolution, l'idée même d'un 'début de la communisation' par des 'mesures communisatrices à prendre' comme si elles relevaient d'un programme politique communisateur. C'est des contradictions sociales, le capital contre la vie, que surgissent et surgiront les révoltes, émeutes, insurrections et production de subsistances vitales constituant le combat révolutionnaire. L'identité même de 'révolutionnaires' ou de 'communisateurs' supposés prendre ces mesures est mise à mal, et c'est une bonne chose pour qui entend que la révolution se produira sans organisation et sans parti, sans avant-garde, et naturellement sans théorie comme guide

5 juillet

Patlotch théoricien, le monde à l'envers ?

[extrait de l'idéologie, la théorie, les luttes théorisantes... 4 juillet ]

mon "concept" (bof) de 'luttes théorisantes' n'est pas destiné à élaborer une théorie dont je serais l'inventeur, simplement à poser l'impossibilité d'une élaboration théorique externe aux luttes, et la vanité aujourd'hui d'un corpus d'ensemble (je partage en ceci le point de vue de Temps Critiques et en quelque sorte de TropLoin)

l'idée de 'luttes théorisantes' ne peut par définition donner lieu à aucun prolongement théorique en dehors de ces luttes ou entre elles sans médiation théoricienne, du moins pas tant que l'on ne constate pas une possibilité que notre point de vue théorique puisse avoir un effet dans la lutte de classes, ce que TC a supposé un peu vite.  Peut-on espérer un jour une influence telle que celle des textes théoriques ou politiques de Marx ? Ils qui ne manquèrent pas de produire des effets via la Première Internationale, mais ils ne déterminèrent pas le sens des luttes à cette époque. Plus tard oui, on a vu de quelle façon « marxiste »

quant à ce que j'écris ici comme esquisses théoriques, c'est effectivement fondé sur les luttes dont j'ai rendu compte, et en ce sens, elles ont été pour moi « théoriciennes », au sens où l'entend RS. Mais je ne vise pas un corpus à « exposer » (TC) pour les luttes, seulement à rendre clair et cohérent ce qui dans ma démarche initiatique a produit ce que je considère comme des acquis d'étape, livrés aux cogitations et débats qui sont pour l'heure internes à ceux qui s'y intéressent, visitant ton forum ou d'autres sites. Je ne pense en aucun cas produire des effets dans les luttes, peut-être avec bonheur dans quelques têtes pensantes partisanes ou  non de la communisation

le renversement que j'ai opéré de « luttes théoriciennes » en » luttes auto-théorisantes » n'est pas un jeu de mots, c'est une exigence éthique pour les théoriciens et autres intellectuel.le.s sincèrement embarqué.e.s dans les luttes pour abolir les classes, le genre, la race... Cela concerne tout autant les partisans de la communisation que les adeptes du 'commun' pour une 'démocratie révolutionnaire', les têtes pensantes du PIR, les féministes radicales enragées contre la domination masculine et l'assignation au genre femme, etc.

oui le communisme, réalisation de la communauté humaine au-delà du capitalisme, sont une affaire de combats au présent, à mener aussi comme combat d'idées en relation avec les luttes sociales. Qu'on le nomme idéologique ou théorique, franchement, je m'en fous 

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3 juillet 2014

extrait de pauvres pauvres, qui ne s'appartiennent pas

« le prolétaire appartient à l'ensemble de la classe capitaliste avant d'aller se vendre à tel ou tel... » Théorie Communiste

classe, prolétariat, multitude... simples nuances de vocabulaire conceptuel ou enjeux théoriques pour la communisation ?

cela dit, quand tant d'êtres humains ne trouvent plus à se vendre, la question se pose de savoir s'ils sont encore prolétaires, s'ils ont un devenir de prolétaires, ou de simples esclaves, ou de riens : expulsion ! Le concept même de prolétariat est interrogé par le capitalisme en crise, et par conséquent la perspective d'une révolution communiste à titre prolétarien, sauf à redéfinir le prolétariat

la classe (ou multitude avec ce sens), c'est autre chose, on peut la concevoir au-delà du prolétariat mais toujours en-dedans du capitalisme comme totalité sociétale. Dès lors, ce serait la classe (plutôt que le prolétariat) qui s'auto-abolirait sous diverses identités ne se reconnaissant pas comme prolétaires, car ne l'étant pas ou plus ni appelées à le devenir le temps de s'abolir, comme TC conçoit la communisation dans cette ambiguïté qui hante l'interprétation de la question : « Comment une classe s'abolit strictement en tant que classe... », par exemple  sous la plume de BL/TC pour Sic en juin 2009 :  « Il s’agit de dissoudre ces masses en tant que couches moyennes, en tant que paysans, de briser les relations de dépendance personnelle entre « patrons » et « salariés » ou la situation de « petit producteur indépendant » à l’intérieur de l’économie informelle, en prenant des mesures communistes concrètes qui contraignent toutes ces couches à entrer dans le prolétariat, c’est-à-dire achever leur « prolétarisation »

achever le renversement théorique de la révolution comme programmatisme en révolution comme communisation

je suis donc en mesure de préciser mon désaccord avec TC, quant au « Comment une classe s'abolit strictement en tant que classe ? »

je ne vois pas la nécessité de la phase d'achèvement de la prolétarisation dont parle BL, sinon comme esthétique théoricienne dans le bouclage de l'arc historique des sociétés de classe, le capitalisme étant la dernière, sur la base de l'exploitation d'une classe qui lui est propre : le prolétariat. Mais le capitalisme achèvera-t-il son parcours historique comme mode de production/reproduction fondé sur l'exploitation de tous les êtres humains, de toute la « Communauté humaine » ? Son 'récit' renvoie Théorie Communiste à son existence de théorie post-prolétarienne (Christian Charrier) voire post-programmatique (Temps Critiques). Quelque chose n'est pas achevé dans le renversement du programmatisme en révolution comme communisation sans programme

autrement dit nous avons là une piste par laquelle dépasser le blocage théorique entre révolution à titre prolétarien (TC) ou révolution à titre humain (Temps Critiques), si l'on voit que cela devient identique dans la crise de reproduction du capitalisme totalitaire, identique à condition de conserver une approche de classe, ce que ne fait pas Temps Critiques. Parler d'être humains ou de communauté humaine ne relève pas nécessairement d'un humanisme-théorique, mais pointe le dépassement d'existences humaines  socialement déterminées, tout en les prenant dans leur entièreté y compris subjectives et individuelles, positivement portées à la révolte et à la vie (le côté vitaliste hérité du situationnisme ne me dérange pas sous réserve des conditions posées)

d'où mon souhait, si l'on ne veut pas que cela reste une affaire de mots à définitions variables, que soient, en théorie de la communisation, redéfinis sans confusion dans leur sens actuel les concepts de classe, de prolétariat, de classes moyennes... en même temps que questionné le rapport avec la multitude selon Negri/Hardt dans la mesure où c'est chez eux un autre nom de la classe dans la tradition marxienne

de cette réponse à la question de TC pourrait alors en surgir une autre déplaçant l'enjeu du concept aux combats actuels, « comment la classe devient multitude en intégrant toutes les autres, hormis la classe capitaliste ? », car dans ce cas, ce n'est pas une classe en particulier, l'ex-prolétariat, qui abolit les classe moyennes, paysannes, elle ne les fait pas « entrer dans le prolétariat » mais plutôt en sortir en achevant l'expulsion du genre humain produite par le capitalisme, par la production d'un en-commun subjectif révolutionnaire de toutes ces classes non capitalistes

toujours est-il que dans la communisation, les pauvres pourraient s'appartenir en propre dans le dépassement communiste de leur existence de miséreux du capital, sans pour autant chercher à s'enrichir

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24 juin 2014

abolition du capital, des classes, 'du genre' et de la 'race' : l'unité de la classe, pourquoi, comment ? sur le forum communisation pour en débattre

critique du texte d'André Dréan « Réflexions sur la communisation / À l’occasion de la sortie de la revue 'Sic' » août 2012

cette intervention ramasse des problèmes récurrents et désaccords anciens entre théoriciens de la communisation et au-delà, et leur propose une 'solution' théorique

Dans ce texte, je pense esquisser des issues théoriques communes aux impasses ou énigmes dans les corpus de Théorie Communiste, Christian Charrier, Trop Loin... de Temps Critiques ré-introduisant « sa révolution à titre humain » 'en-dedans' du capital, voire d'Invariance, pour autant que Camatte se préoccupe de révolution. C'est aussi un dépassement de la critique de 'l'humanisme-théorique' dont TC "accuse" TropLoin et Temps Critiques

1)

accords avec Dréan

Si je retrouve dans ce texte de Dréan mes propres constats quant aux raisons 'opportunes' de la création de SIC - diffuser pour les théoriciens, être armés d'une théorie pour les 'activistes' -, le bric-à-brac de l'attelage de sic, des rappels historiques sur la révolution sans transition, le vide des considérations et les incohérences sur le communisme en phase d'abolition du capitalisme - ces « questions maudites occultées », « l’objectivisme, qui pousse à définir des objectifs et à utiliser des moyens rejetant sur les bords de l’autoroute de la communisation les côtés subjectifs de l’humain », le récit de BL dans [i]« Le pas suspendu de la communisation » « transformer » les « couches moyennes », auxquelles il assimile jusqu’aux paysans déclassés du « tiers monde », en « prolétaires » en leur « imposant » des « mesures communisatrices », dont Dréan infère une accusation inacceptable, non seulement son côté insultant pour BL, mais parce qu'il n'a pas compris...

désaccords avec Dréan

Je ne partage pas plusieurs points, et je pense que Dréan (sur la base de son propre "humanisme-théorique" ?) n'a pas tout compris, et passe donc à côté de critiques plus profondes

Dréan n'analyse pas au fond le pourquoi de cette thèse centrale de TC, partagée dans SIC, de la production dans la communisation d'une unité du prolétariat le temps de son auto-abolition, 'la seule question à laquelle toutes se ramènent' pour TC étant de savoir « comment une classe agissant strictement en tant que classe peut–elle abolir les classes ? »

discussion et dépassement des corpus antérieurs schématiquement...

Christian Charrier répondait en 2005 « La réponse est que « strictement » la classe prolétaire ne peut pas abolir les classes et que, si le Prolétariat peut tenter de le faire c’est parce qu’il n’est pas « strictement » une classe capitaliste (d’où l’humanisme universaliste de Marx dans la Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel [Marx 1970 : 62–63]). Ainsi, Invariance et Trop Loin sont plus conséquents que Théorie Communiste du point de vue de la théorie du Prolétariat lorsqu’il font de celui–ci un « en dehors » de la société capitaliste. » http://lamaterielle.chez-alice.fr/noadmittance.htm

Invariance et TropLoin, voire Temps Critiques avec « La révolution à titre humain » étaient ou sont peut-être « plus conséquents que TC », mais Charrier lui-même était dans une impasse, ce qu'a relevé TC, parce qu'il ne voulait ni de cet « en-dehors » ni d'un « en-dedans » « post-prolétarien », étiquette collée à TC mais interrogeant les théories de la communisation en général

C'est pourquoi à mon sens une issue, du moins théorique, consiste à refuser et l'en-dehors, en accord avec TC, et l'en-dedans "strictement classiste" d'une unité de la classe pour s'abolir, en 'divergent' de TC et en proposant une 'solution' à Charrier. C'est donc ici qu'intervient ma suggestion d'un « dépassement produit » (TC) des identités, alors conçues comme « identités de luttes » par lesquelles s'expriment l'affrontement de classe avec le capital, engageant d'un même mouvement l'abolition des classes sur la base des classes, l'abolition de la domination masculine sur la base du genre, et l'abolition de la race sur la base de la race

Au fond, la thèse de TC n'est pas fausse mais ne sert pas à grand chose (raisonnement par l'absurde, évidence de l'abolition des classes sans quoi pas d'abolition du capital, quasi-tautologie), sauf à pouvoir répondre à ce "comment ?" et « la théorie de l'écart », par son étroitesse, n'y parvient pas. Elle a cru mais n'a pu, allant « vite en besogne, le cœur prenant le pas sur la cervelle». C'est un modèle structurel qui ressort pour moi d'une évidence, et dont on pourra toujours dire après, si la communisation réussit, « cela s'est bien passé comme nous l'avions prévu »

Cette thèse de l'unité de la classe le temps de s'abolir comporte de plus un danger, attendre cette « conjoncture » favorable à la constitution de l'unité de la classe, alors que dans ma vision des choses, le combat pour le dépassement des identités peut s'engager au présent. Il se heurte bien sûr à la segmentation entre particularismes identitaires produits par la crise, la concurrence salariale entre prolétaires, mais c'est au sein de ces luttes actuelles que la question est déjà posée, et c'est en quoi elles sont « luttes théorisantes »

attentisme vs immédiatisme

Ce "danger", d'être compris comme « attentisme » alors qu'il ne l'est pas de la part de TC, il me semble qu'il n'est pas étranger à une certaine façon de s'exprimer contre la tentation « immédiatiste », tout en ayant besoin, quelque part, qu'elle se manifeste, pour créer des « écarts »... C'est la schizophrénie inhérente à cette construction théorique, la contradiction de TC dans sa "pratique théorique", le malaise permanent dans SIC

À mon sens opposer[i] « immédiatisme » et « immédiateté de la révolution » qui ne portent pas exactement sur la même chose, tout en disant « c'est au présent que nous parlons de communisation », c'est quasi incompréhensible et donc source des confusions auxquelles on a assisté, cette production d'« adeptes » malgré les précautions, cet outil théorique servi sur un plateau tout en condamnant cet usage...

quant à Dréan André... ?

Pour revenir à Dréan, il ne propose rien, et d'une certaine façon, naturellement sans mépriser les luttes telles qu'elles sont, il me semble qu'il n'en attend rien, qu'il attend autre chose, je n'ai pas compris quoi...

2)

 Je reviens sur un point laissé de côté dans le texte de Dréan, et j'en profite pour articuler cette approche avec des interventions précédentes. De la sorte, j'espère qu'on saisira mieux « où ça mène » pour reprendre la formule de Sinaco, et pourquoi il est nécessaire, pour saisir où je veux en venir, d'avoir sous la main les textes, plutôt courts, où sont définis les "concepts" propres que j'utilise, et posées les analyses préalables sans lesquelles on ne peut rien comprendre. De la même façon, tout texte théorique cite et donne des références, TC abondamment avec bonheur. Je ne vois pas comment mieux faire. Il est donc vain de me reprocher de renvoyer à mon site, et je me suis efforcé de synthétiser tous les éléments dans ce forum.

utopisme vs scientisme

Dans le texte de Dréan, je n'ai pas relevé les supposés « mépris de l'utopisme » et « scientisme » de Marx, et leur héritage à peine moins supposé chez les participants à SIC, selon le cas. Il est vrai que TC tend à négliger la subjectivité humaine, dans laquelle il ne me paraît voir que « subjectivisme/objectivisme », un couple malheureux qui vous revient toujours dans la figure, comme ce célibataire chez les autres « l'idéologie »..

subjectivité / subjectivation révolutionnaire... commun et révolution / auto-constitution de la multitude comme sujet

immédiateté / immédiatisme...

En découle que TC ne se préoccupe pas explicitement de cette « subjectivation révolutionnaire » à propos de laquelle Robin demandait un éclaircissement. En ceci, je rejoindrais la critique de Dréan. Mais cela ne peut concerner les compagnons de TC qu'étaient, dans l'aventure SIC, les dénommés « activistes », puisque leur « immédiatisme » larvé relève bel et bien d'une « utopie révolutionnaire » comme, au demeurant, ceux qui pensent abolir le capital en créant des poches de communautés expérimentant un au-delà vite appelé « réalités du communiste ».

La façon dont je les considère parties prenantes des combats communistes est étrangère à cette illusion, notamment avec mon approche du 'commun' dans une perspective révolutionnaire (Negri, Federici... mais contre Dardot/Laval...)

Par conséquent, on voit ici le rapport à faire avec le commentaire du texte de Robin sur « le milieu anarcho-autonome », où j'évoque cette fausse opposition entre « immédiatisme » et « immédiateté de la communisation » comme conjoncture plus tard.

révolution sans transition... et sans préparation ?

Naturellement, cela interroge le concept même de révolution communiste sans transition et peut-être pour certains, la définition du concept de communisation en vigueur, que Robin n'a pas jugée bon de rappeler pour son forum « didactique », c'est dommage

De même, on comprendra la nécessité d'avoir précisé ce qu'est et ce n'est pas un concept, à partir de quoi on peut entrer en confrontation avec d'autres théories qui, si elles ne s'exposent pas sous le nom de communisation, en sont parfois plus proches que d'autres considérées comme internes, à voir dans quelles conditions.
qu'est-ce qu'un concept, qu'est-ce qu'il n'est pas ?
autres approches de la communisation avec ou sans son nom

conclusion : communisation, troisième courant

À partir de là, vous en savez autant que moi sur l'état de mes cogitations. J'estime en effet avoir esquissé une boucle avec mon premier texte critique interne de la communisation en 2006, Communisation Troisième Courant

Il me semble qu'il y a là matière positive à débats, peut-être même au delà des espoirs de Robin, puisqu'il s'agit bien de causer de quelque chose qui a un fondement social et théorique. Ce que je propose n'a valeur que d'abstraction théorique, même quand je m'appuie sur des luttes effectives portant les contradictions évoquées.

« rôle de la théorie ? » où là là...

Il ne s'agit donc pas de le comprendre en tant qu'« idées théoriques » à utiliser comme outils de « pratiques révolutionnaires ». Cela dit, je pense aussi dépasser, sans long discours théorique pur et dur, ce qui opposait Roland Simon et Denis/Léon de Mattis quant au « rôle de la théorie », expression en elle-même lourde de dérives...

Bonnes lectures, bonnes critiques, et bons vents. Merci·e·s