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critique du capital : classes, genre,  races / marxisme et intersectionnalité...

 

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critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... 

ouvert le 7 mai 2014

« Tu es mon frère de couleurs, mon frère de race, mon frère de classe, mon frère de chaînes. » Sarah Carmona

remarque 22 juin 2014 : j'ai importé quelques sous-rubriques, mais l'essentiel des dossiers sur la question raciale en relation avec la lutte de classes est dans abolir le racialisme 2014. Cette rubrique les prolonge en avançant dans l'articulation classe / genre /race, et plus généralement celle du dépassement communiste des identités dans la 'subjectivation révolutio mars nnaire'. Pour une synthèse actualisée, voir 'dépasser les identités de classe, genre, race, nations, religions... d'individus du capital et les identités militantes'

note du 8 mars 2015  : la suite des développements théoriques se trouve dans le monde et le capital, l'Occident et les autres avec notamment les apports de Stuart Hall et de Gayatri Spivak / également concernant Marx sur ces questions 'Marx aux antipodes' et la théorie de la communisation

25 mars 2015

Class and Race... une histoire anglaise

Politique des parias. Sur la racialisation de la classe ouvrière anglaise Satnam Virdee Revue Période Traduit de l’anglais par Clémence Garrot. Originellement paru dans la revue en ligne newleftproject.org.

Racism, Class and the Racialized Outsider étudie sur la longue durée (c’est-à-dire sur les deux siècles qui séparent 1780 de 1990) les luttes menées par la classe ouvrière [...]

Depuis l’étude magistrale d’E.P. Thompson sur la formation de la classe ouvrière anglaise, on ne peut plus faire une histoire marxiste du prolétariat sans comprendre les étapes qui l’ont mené à sa propre formation culturelle, politique, communautaire. La racialisation de la classe ouvrière est longtemps restée l’un des points aveugles d’une telle approche – un aspect pourtant essentiel de la « formation de classe ». Dans son livre sur le racisme, les classes et les « parias racialisés », Satnam Virdee tente de combler cette lacune en reconstruisant le fil perdu de la race et de l’antiracisme dans la formation des classes ouvrières. Il s’avère que, de l’antisémitisme d’hier à l’islamophobie d’aujourd’hui, les parias racialisés au sein du prolétariat sont appelés à jouer un rôle déterminant dans la mise au jour et la lutte contre le racisme inscrit au sein du mouvement ouvrier.

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

20 mars 2015

« The race question has yet to be put on the table for communisation theory » suite, via Ferguson, pour en finir avec le « marxisme aveugle »

États-Unis. Race et classe avant et après Ferguson Loren Goldner Mondialisme.org 19 mars 2015

traduit de l'audio en espagnol Anábasis 053 - (17-XII-14) - Raza y clase en Estados Unidos antes y después de Ferguson décembre 2014

extraits ci-dessous concernant plus particulièrement le rapport race-classe et le marxisme. On lira avec intérêt le rapport avec le mouvement Occupy, plutôt de Blancs déclassés, les manifestations majoritairement blanches après le procès en acquittement, sauf à Oakland, dont j'avais évoqué la situation particulière avec les romans "prolétariens" d'Eric Miles Williamson, ancien ouvrier du bâtiment, trompettiste de jazz amateur, aujourd'hui enseignant en littérature : Gris Oakland, Noir béton, Bienvenue à Oakland...

Cette fois les gens ne sont pas rentrés chez eux / Précariat blanc / Une campagne électorale permanente / Le racisme, création de la classe dominante / Après l'esclavage, une nouvelle forme de servitude / Restructuration et réaction des années 1970 / Insurrections urbaines / La question blanche / Classe moyenne noire /

Un marxisme aveugle

C’est un problème pour le marxisme aux Etats-Unis : on dit qu’un marxisme insensible à la question de la couleur est un marxisme aveugle ; il y a eu jusqu’à récemment beaucoup de marxistes « aveugles » à ce sujet. Je dois confesser que moi aussi, dans ma jeunesse, je pensais qu’un prolétariat est un prolétariat ; blanc, rouge ou jaune, pas d’importance. Mais en fait non, et cela ne peut pas se comprendre en lisant Le Capital de Marx ; on doit le comprendre en étudiant la formation concrète de la classe ouvrière aux Etats-Unis, avec la conservation de cette idéologie et pratique pré-industrielles, créées à partir de l’Etat de Virginie. Alors c’est un fait très intéressant que, jusqu’en 1900, 90 % des Noirs « émancipés » sont restés dans les Etats du Sud profond (Mississippi, Alabama...). La grande émigration vers le Nord industriel des Noirs du Sud a commencé avec la première guerre mondiale et s’est poursuivie dans les années 1920-1930. Lors de la deuxième guerre mondiale, il y avait une énorme émigration au Nord et il s’est créé pour la première fois vraiment une classe ouvrière multiraciale, surtout dans les centres industriels tels que Detroit, Chicago et d’autres dans le Middle-East des Etats-Unis. D’un côté cela apparaissait comme une nouveauté par rapport au passé, mais d’un autre côté on retrouvait la même hiérarchie raciale, cette fois dans la production et dans la vie quotidienne des villes du Nord.

Par exemple, dans les usines d’automobiles de Detroit et d’autres villes du Middle East, les ouvriers blancs avaient, en général, les meilleurs postes de travail et les Noirs toujours les plus mauvais. Le rôle des syndicats, surtout celui des ouvriers de l’automobile (United Auto Workers), j’allais dire qu’il était ambigu, mais en fait il n’était pas du tout ambigu, le syndicat a aidé à maintenir cette situation jusqu’à la fin des années 1960, quand a commencé une réelle insurrection noire dans les Etats du Nord, y compris dans les usines de Detroit, Chicago, etc. Pour la première fois il y eut des luttes contre ce type de séparation dans les usines. En général, à quelques exceptions près, le rôle de la classe ouvrière blanche dans cette partie des années 1960 et début 1970, n’a pas été brillant ; il y a bien eu quelques épisodes de solidarité mais ils étaient exceptionnels ; la règle était plutôt, comme je disais, une perpétuation de la hiérarchie raciale, un manque de solidarité entre Blancs et Noirs.

Au début des années 1970 notamment, on avait l’impression que les capitalistes avaient perdu vraiment le contrôle des usines ; le niveau d’absentéisme au travail était incroyable? : les lundis et les vendredis presque la moitié du personnel était « malade », absente. Il y a eu par exemple une convention négociée au début des années 1970 par le syndicat United Auto Workers (UAW) ; quand les bureaucrates syndicaux ont annoncé fièrement qu’ils avaient gagné la semaine de quatre jours, les ouvriers ont répondu « La semaine de quatre jours ? Nous l’avons déjà ! »

La question blanche

Par exemple, dans le cas des luttes ouvrières que je mentionnais, à Détroit et autres, elles avaient aussi inspiré un certain radicalisme aux ouvriers blancs. Je ne veux pas dire que ceux-ci avaient besoin de l’influence du mouvement noir, parce qu’il y a eu des grèves sauvages et des luttes dans l’industrie des Etats-Unis depuis les années 1950, mais il est évident que les succès du mouvement noir et sa combativité étaient une incitation non seulement pour les ouvriers mais aussi pour d’autres sphères de la société, comme, par exemple les gays, qui en 1969 ont animé des émeutes à Stonewall, un quartier de New York, contre la répression policière ; de même pour le mouvement féministe et ainsi de suite.

Donc, pour revenir au début de notre conversation, déjà au xviie?siècle la « question noire? », qui est en réalité « ?la question blanche? », celle de la passivité de la majorité des Blancs à travers de nombreux mécanismes, est le point le plus marquant de la lutte des classes aux Etats-Unis. Je ne dis pas que ce soit en soi une lutte de classe mais bien la clé de l’ordre établi qui s’est développé depuis aussi longtemps que j’ai essayé de le dépeindre. Ce système d’oppression des Noirs n’a pas tant pour but de contrôler les Noirs, que de contrôler les Blancs.[...]

Classe moyenne noire

[...] Il y a cinquante ans, un président noir aux Etats-Unis aurait été impensable. De même, la séparation de cette classe moyenne-riche noire que j’ai mentionnée, dans des villes comme Atlanta, n’existait pas non plus. Mais en même temps nous avons aux Etats-Unis entre 1 et 2 millions de personnes dans les prisons, dont 80?% à 90?% sont noirs et latinos. Ainsi, la même polarisation qui a existé dans toute la société existe aussi au sein de la population noire ; oui, c’est vrai que maintenant il y a des bourgeois riches noirs dans pas mal de villes, mais il y a une population emprisonnée énorme qui n’existait pas non plus il y a cinquante ans... Pour arriver à la conclusion, ces rapports entre race et classe sociale qui ont commencé en Virginie il y a quatre cents ans n’ont pas cessé de se recomposer, avec des progrès et des reculs, mais toujours existants dans le temps.

y compris concernant le rapport classe-race, on se gardera de généraliser la situation des États-Unis (qui ne sont pas la Grèce «paradigmatique» de certains communisateurs). On a vu aussi, avec le Black Feminism, qu'elle possède cette particularité d'autoriser une articulation classe/genre/race intéressante sur le plan théorique, et par un biais qui n'est pas celui de la tradition féministe blanche française, de couches moyennes voire bourgeoises (Beauvoir...)

on ne s'empêchera pas néanmoins de penser à la situation française, précisément maintenant que tout remonte des rapports de classe et de race de "notre histoire", via la traite et l'esclavage puis le colonialisme jusqu'à la question indigène telle qu'elle se pose aujourd'hui comme d'ailleurs aux USA, plutôt comme « une question blanche » et le poids sur la théorie de la communisation d'un « marxisme aveugle » plus plombé et retardataire qu'aux USA et dans les Pays anglo-saxons en général

en relation, Ferguson : L’incendie impossible à éteindre et provenant du même site MetaMute en juillet 2012 The Gender Rift in Communisation, où il est question d'abolition de la race et de « mettre la race sur la table de la théorie de la communisation », suite à quoi sur ma table j'ai produit les dossiers et textes de la communisation comme abolition du racialisme + hic salta ou franchir le pas, TC théorie blanche occidentale

14 février

l'enlisement trans-classiste de l'intersectionnalité et des Cultural-Studies

comme complément à ma critique des marxismes occidentalistes, un aperçu des questions 'actuelles' dans les débats sur l'intersectionnalité, au vu du programme d'un colloque annoncé : Cultural Studies / Études culturelles : Au-delà des politiques des identités

Ce colloque explorera les théorisations les plus récentes en cultural studies (études culturelles), courant de recherche transdisciplinaire étudiant les relations entre technologies de pouvoir et formes culturelles. Les cultural studies accordent une place centrale à la question des identités. Elles ont enrichi les travaux sur ces dernières en démontrant, d’une part, l’importance des politiques de différences, d’autre part, l'hétérogénéité des individus et des groupes, construits par des discours, pratiques et positions qui ne coïncident pas nécessairement. En se confrontant aux craquements des cadres nationaux, postcoloniaux et de genre, en débattant des modèles deleuziens et du tournant ontologique, qui conduit à ne plus séparer humains et non-humains, les recherches actuelles abordent de nouvelles frontières. La prolifération des subjectivités s’effectue alors que de nouveaux régimes de pouvoir (économiques, écologiques, corporels, expressifs...) tendent à s’imposer. Pour répondre à ces réaménagements, s’agit-il de systématiser les rapports de pouvoir dans l’analyse des identités, en particulier de genre, voire de réintégrer les cultural studies dans les autres sciences humaines ? Ou faut-il toujours inscrire les questions multiculturelles, les enjeux d’égalité entre les genres, classes et races dans une pensée conjoncturelle, qui décloisonne les disciplines et procède par crise ?

sur 28 communication annoncées, 2 évoquent la classe dont une pour les enjeux des productions culturelles (Geneviève Sellier : Enjeux de genre, de classe et de race dans les productions culturelles: le cas de la fiction audiovisuelle en France), l'autre par Françoise Vergès : Race, classe, genre à l'âge du Capitalocene, la seule laissant entendre une dominante capitaliste

on ne s'attend guère à ce qu'il sorte entre chose qu'une nouvelle « théorie de l'agencement » sans dominante. Plus on est de fou (et de folles), plus on intersectionne, le capital aussi, mais pour son compte

« Au lieu de postuler une domination déterminée en dernière instance par les seuls rapports économiques, les recherches sur les inégalités et les discriminations prennent désormais en compte la pluralité des formes de domination – qui ne se limite d’ailleurs pas à la trinité sexe/classe/race, puisque l’âge ou le handicap peuvent également être pris en compte. Mais l’approche intersectionnelle des inégalités ne s’intéresse pas seulement à la pluralité des dominations, elle ouvre également à une réflexion sur leur intrication et les transformations impliquées par l’articulation (ou intersection justement) de la classe et du genre, du genre et de la race ou de la race et de la classe. Plus qu’une simple cumulativité des inégalités, l’approche intersectionnelle fait l’hypothèse de la formation de types singuliers de catégorisations dont il faut tenir compte dans les analyses.»

quant à Maxime Cervulle qui a établi l'édition en français de Stuart Hall - Identités et cultures -, si son thème est Intersectionnalité : un concept en crise ? il semble avoir perdu de vue ce qui était le but de Hall dans la filiation marxiste (voir textes dans le monde et le capital, l'Occident et les autres)

le vide des uns n'est pas comblé par la vacuité des autres. La vie est ailleurs que dans cet enlisement universitaire, et transclassiste

22 décembre 2014

'l'universel lave-t-il plus blanc ? "Races", racisme et système de privilèges'  Horia Kebabza 2006, Infokiosque décembre 2014

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

- Qui sommes-nous ? Le groupe « Race et Genre »
- Un (anti)-racisme sans race est-il possible ?
- Globalisation et racialisation
- Les « whiteness studies » ou la construction de la blanchité
- L’invisibilité des « privilèges blancs »
- Un outil pour la singularité contre l’universel ?
- Présomptions et préjugés : les deux revers d’une même médaille
- Dire, ou ne pas dire ?
- L’impensé des privilèges et le concept d’intersectionnalité

Texte publié initialement dans la revue Les cahiers du CEDREF n°14, « (Ré)articulation des rapports sociaux de sexe, classe et "race" »

en relation

Briser le tabou du « privilège » pour lutter contre le racisme et le sexisme, Ségolène Roy Médiapart janvier 2014

L’autre versant du racisme : le privilège blanc, Ségolène Roy Médiapart mars 2014

« Invisibles ou parias » Filles et garçons des quartiers de relégation Horia Kebabza 2007 Cairn Info

L’objectif de cet article est d’explorer les modalités de reproduction des rapports sociaux de sexe dans les quartiers populaires. [...]

Mais plus loin, les différents rapports de domination qui traversent les relations entre filles et garçons, les oppressions conjuguées de sexe, mais aussi de classe et de race*, sont autant d’éléments explicatifs de comportements peu « lisibles ». Prendre en compte ces articulations devient un enjeu pour comprendre les impasses actuelles de notre société. Car si nous voulons aider des jeunes à rompre ces logiques, et promouvoir un cercle vertueux de « désassignation » des genres, cela signifie sans aucun doute, rompre avec nos propres normes sexuées, et lutter contre le processus de mise à l’écart, social et racial, qui enferme les habitant(e)s des quartiers populaires dans une altérité – chaque jour davantage – indépassable.

* L’idée de race, socialement construite, demeure un concept opératoire pour comprendre des rapports sociaux racialisés. C’est pourquoi « la notion de race doit être promue au rang de production sociale analysable au même titre que les autres productions sociales » : C. Guillaumin, Sexe, race et pratique du pouvoir, l’idée de nature, Paris, Côté-Femmes, 1992.

ces thèmes et questions sont en relation avec le concept que j'ai proposé d'identité de lutte

dans critique du capital : des classes du genre et de la race, marxisme et intersectionnalité...

 

14 décembre 2014

classe-genre-race : quand Jacques Wajnsztejn saute à pieds joints sur le rapport de classe

« Dans le triptyque classe-genre-race, tout fonctionne comme si le marxisme avait oublié des choses et qu’il faille procéder à une mise au point de rattrapage… alors que cet oubli n’en est pas un mais correspondait à la domination sans partage du RNE et du travail au sein des rapports sociaux avec l’englobement des autres dimensions qui en résultait. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et il faut donc reconnaître que l’englobement classiste ne fonctionnant plus, le reste des différenciations et des antagonismes s’en trouve libéré » Recension sans privilège blog de Temps critiques 13 décembre

je me promets de lire Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme de Jacques Wajnsztejn, dont Marie-Claire Calmus tire cet extrait, parce que c'est un peu court pour en déduire une critique. Une remarque néanmoins s'impose

passer de « l’englobement des autres dimensions » dans le rapport de classe, qui « résultait » du marxisme traditionnel, à « reconnaître que l’englobement classiste ne [fonctionne] plus », peut certes signifier que « le reste des différenciations et des antagonismes s’en trouve libéré  », sans pour autant invalider des « englobements » réciproques qui appellent d'autres modèles logiques et topologiques que les contradictions binaires de la dialectique supposée marxiste (dont Marx ne s'embarrassait pas pour la dépasser)

* Théorie communiste s'est essayé à une dialectique genre-classe de ce type, qui a au moins le mérite d'exister. Vu l'histoire de ce groupe et de ses thèses, cela peut apparaître comme le rattrapage d'un oubli par le marxisme, mais si cela pêche ce n'est pas pour bricolage, c'est par son approche structuralo-dialectique propre et naturellement pour ce qui en a résulté avec SIC et qui est à venir d'autres tentatives, ou tentations (ex récent du Réseau Communiste Antigestionnaire). L'utilisation militante qui est faite du couple classe-genre n'est pas (qu')une incompréhension de la théorie. C'est son produit logique dont Théorie Communiste est pleinement responsable par ses contradictions propres

ce qui importe, c'est de voir comment le rapport de classe essentiel au capitalisme est encore à l'œuvre sous les contradictions/antagonisme/oppositions (ici peu importe) de genre et de 'race', et réciproquement. Et c'est ce que ne peut faire Jacques Wajnsztejn (Temps critiques), puisqu'il a purement et simplement évacué la contradiction de classe pour la remplacer par la notion de « tension individu-communauté ». Resterait à voir comment il analyse cette tension dans les rapports de genre ou de 'races' (cette dernière catégorie n'est pas mise à l'étude par Temps critiques plus que par Théorie Communiste), au-delà de les réduire à des idéologies à critiquer (ce que me semble faire son livre), et comment cette tension est susceptible de conduire à la communauté humaine, dès lors que la notion même de dépassement semble remise en cause par Temps critiques (cf discussions sur son blog)

accessoirement, cette critique du « tryptique classe-genre-race » ne concerne pas mes considérations, précisément parce que je ne cherche pas à rattraper le marxisme d'un oubli. Je pars à l'inverse de cette libération (si on veut mais à condition d'ignorer l'histoire) des différenciations et antagonismes de genre et de 'races', pour voir comment, loin d'effacer les rapport de classes, elle l'exprime ici ou là depuis une identité de lutte particulière, sans extériorité au rapport de classe

ce travail ne peut se faire qu'à la condition de ne pas réduire aux théories féministes ou décoloniales ce qu'ont été et sont les luttes concrètes des femmes et des racisée.e.s. Encore une fois, il faut sortir de l'idée que les polémiques entre théories, dans le champ séparé hérité de la tradition philosophique, seraient un élément déterminant les/des luttes réelles, comme l'exprimait Althusser et aujourd'hui encore la plupart des théoriciens (cf le théorisme, maladie sénile du communisme)

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13 décembre 2014

luttes de classes, anti-genre et anti-racialistes... limites de l'intersectionnalité

un blog guadeloupéen à découvrir, cases rebelles, la rubrique luttes actuelles, quelques articles : le mouvement féministe noir en Allemagne / Genre et prison aux USA / Rebelle ! ou la jeunesse guadeloupéenne en lutte (interviews), un article en français de Carole Boyce Davies Claudia Jones : radicale, noire et…méconnue / découvrir Guy Kurose et Yuri Koshiyama du Black Panther Party à la gauche radicale américaine

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

Chronik de Nègre(s) Inverti(s) un blog pas comme les autres

communautarisme, qu'ils disent ? extrait

« Ce mot est une blagounette républicaine qui consiste à penser que les politiques, les regroupements, les centres d’intérêts et les lieux liés à des groupes, sont une menace pour la cohésion nationale. Mais l’enjeu, c’est que tous les groupes ne sont pas visés par cette critique. En effet, il faut être minoritaire pour que le regroupement, l’intérêt, le lieu ne soit pas seulement un divertissement ou du vivre ensemble. Bref, un simple partage de choses en commun. Quand on est minoritaire, c’est du « repli ».[...]

Tout ça pour dire que sur ce blog communautariste assumé, revendiqué, et dont les démarches sont explicites, je questionne des dites « évidences » qui n’en sont pas forcément au fond : la République dite universelle, la norme hétérosexuelle, le blabla sur la différence des sexes Bleu VS Rose, la soit disant « non volonté » des minorités qui expliquent qu’ils soient plus pauvres, comparativement à d’autres qui « voudraient » réussir et qui donc le méritent etc.

Il se trouve que ça demande de se positionner soit même (je suis ceci cela), pour expliquer d’où l’on parle (je parle en tant que ceci cela), ainsi que pour rendre visible de manière critique son expérience sociale (socialement, être un ceci cela, amène à vivre telle et telle choses).

Rien à voir donc, avec le fait de « s’enfermer dans des catégories » comme ils disent. Mais après tout, pourquoi pas.»

racisme anti-blanc lol ! extrait

A propos de classe sociale et des classes populaires blanches

Alors ça, c’est LE grand truc. La question de le classe. Certains s’agitent de la sorte en disant “mais il y a des Blancs pauvres ! arrêtons avec cette position victimaire des Noirs et des Arabes !”. Certes, personne dans les mouvements antiracistes ne le conteste, je crois bien. L’articulation de différents rapports sociaux (ici avec la classe et la race) permet de voir qu’en effet personne n’est jamais seulement Arabe, seulement Blanc, etc. Les catégories de sexe, de classe, de race, de sexualité, qui ne sont utiles que pour des raisons politiques (défendre des droits) sans qu’elles ne reflètent tout un individu, ne sont pas mutuellement exclusives (on peut être Noire et lesbienne par exemple).

Il peut y avoir des Arabes friqués (sont-ils si nombreux ?), tout comme il y a des Blancs en situation de grande précarité, c’est incontestable. Sauf qu’il ne s’agit pas de racisme envers eux, mais de rapports de classe qui les maintiennent au bas l’échelle.

Alors disons-le une fois pour toutes : en France, on ne subit pas de discriminations parce qu’on est blanc. On peut être blanc et subir une discrimination parce qu’on est de classe sociale inférieure,  handicapé,  femme, lesbienne, gay, trans, trop âgé, trop jeune, à cause de son accent, trop gros, trop maigre etc.

Donc, par exemple, parler de racisme contre les non blancs n’est pas du tout opposé au fait de parler des questions de classes sociales, de précarité, que connaissent des blancs et des non blancs.

l'intersectionnalité : entre dépolitisation et usage radical deux textes

Il n’y a pas de solution miracle. J’ai simplement proposé des choses qui me semblent permettre de ne pas sacrifier le positionnement « intersectionnel » pour nous post colonisé-e-s concerné-e-s par autre chose que les oppressions de race et de classe, tout en ayant conscience des limites que cela peut avoir en terme culturel, et classiste.

1) Transmission élitiste du concept / 2) L’intersectionnalité comme synonyme de « convergences des luttes » / 3) L’intersectionnalité comme moyen de ne plus questionner les questions raciales

nous avons déjà rencontré les limites du concept d'intersectionnalité quand il vide ce qui est supposé le justifier soit des luttes de classes, soit des luttes féministes réelles. Ici même chose concernant les questions raciales... En fait l'intersectionnalité est aussi un bon prétexte pour repasser le tout à la moulinette de l'universalisme...

pour comprendre les enjeux politiques et économiques du génocide en cours au Congo...

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

Un génocide a actuellement cours en RDC. On parle de 8 millions de morts, depuis les années 90. Le monde s’en fout. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il n’y a aucun intérêt à le dénoncer, et que des puissances politiques et économiques occidentales, avec leurs complices locaux, y trouvent leurs compte ?

cet article renvoie à d'autres

République du Congo : du sang dans votre téléphone portable !

Marche silencieuse contre les crimes sexuels au Congo 22 novembre 2014 vidéo

critique de classe de la catégorie de 'communautarisme', idéologie sociologique du capital

sous ce titre qui dépasse certes mes moyens, je voudrais d'abord rassembler des éléments participant de la tradition marxiste dans les approches de l'intersectionnalité de classes/genre/races. Rien de nouveau ici, des textes et des auteurs pour la plupart déjà référencés dans les rubriques constituées pour aboutir au texte abolir le racialisme, par exemple races, genres, classes, Intersectionnalité... ou repris depuis dans critique du capital : des classes du genre et de la race, marxisme et intersectionnalité...

sous cet angle d'attaque, je vise une critique de l'idéologie sous-tendue notamment en France par la catégorie fourre-tout de "communautarisme", telle qu'elle est utilisée à la légère par des communistes ou marxistes, dont un dernier avatar idéologique est l'analyse du « Réseau communiste antigestionnaire » lors de ses Rencontres d'été 2014  : « 4ème débat de fond. Nationalisme et communautarisme en période de crise. Volonté de discuter de deux phénomènes en expansion depuis la crise. La montée d’un nationalisme populiste dans les discours face aux prétendues causes de la crise (mondialisation, finance, étrangers…), de l’extrême droite au front de gauche (voir plus loin). Et en parallèle le réflexe communautaire comme réflexe de survie pour de larges franges du prolétariat (voir 12 décembre les communismes comme combats : une exploration des voies de la révolution)

ce passage avait suscité ma remarque : le communautarisme est une catégorie critique discutable, idéologique, et qui n'a rien de marxiste. Il faudra revenir sur ce manque de sérieux, car depuis quand les communistes devraient-ils faire une analyse avec les catégories de l'idéologie capitaliste, et qui servent précisément à noyer le poisson pour structurer la fragmentation du prolétariat sur une base racialiste, quand ce n'est pas à critiquer non seulement comme limites inévitables, mais comme adversaires "communautaristes", les luttes des racisé.e.s en tant que tel.le.s

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

un simple regard à la recension du terme "communautarisme" dans Google ou aux images indique que sa critique est plus habituellement de droite ou d'extrême-droite, par les mêmes qui œuvrent à la constitution d'un communautarisme français ("de souche"), nationaliste et blanc. Ce sont souvent les mêmes qui font la critique du féminisme comme étant un communautarisme (par exemple Guillaume Brouquières UMP Le féminisme, un communautarisme utile ? ou Alain Soral qui a retourné la critique "marxiste" de Michel Clouscard dans Le capitalisme de la séduction, 1981 : « Le féminisme est cette idéologie qui consacre une nouvelle ségrégation dans le sexe féminin. Ségrégation de classe qui organise deux destins de femme.»)

le glissement s'opère à gauche voire chez des communistes quand on passe, par exemple, du constat d'un communautarisme en Israël/Palestine au rangement sous cet étiquette de toute réaction sur une base ethnique, raciale, ou religieuse. Il se comprend comme opposition de l'universel censé participer de la libération humaine sans distinction d'origines, couleur de la peau, religion, bla bla bla et autre laïcité, au particulier luttant contre son oppression spécifique, dont on voit mal comment il pourrait shunter cette étape et sauter directement à des luttes prenant en compte que la 'race' est un produit historico-social du capital et qui structure toujours ce que j'ai appelé ci-dessous un racisme de classe

pour faire la critique concrète du capital, il faut partir des réalités concrètes dans leurs contradictions et complexité, non de ce qu'on voudrait qu'elles soient, modifiables à souhait par de bonnes intentions universelles vers la visée de la communauté humaine réconciliée par une révolution communiste à l'horizon de nos rêves : l'horizon du communisme, c'est ce qui recule quand on avance, disait une blague soviétique

un premier extrait, de Enjeux et défis de l'intersectionnalité. Entretien avec Sirma Bilge Contretemps 30 avril 2012

« En dernier lieu, je dois souligner un phénomène récent que j'appelle l'andropause blanche de la sociologie, parce qu'elle touche principalement mais non exclusivement cette discipline, et que l'on trouve dans divers milieux académiques « occidentaux » et pas simplement ceux de l'Europe continentale. Il s'agit le plus souvent des sociologues masculins d'un certain âge qui s'attribuent la mission de rappeler à l'ordre ces sociologues qui auraient mis l'accent trop sur les différences au détriment du commun, de l'universel. Alors même qu'ils attaquent les champs minoritaires (« … studies ») en les dévaluant comme « identity politics » (ou en France les taxer de « communautarisme »), leur défense et frilosité s'avèrent bien identitaires ! Il en va de leur identité de sociologue et de leur idée bien arrêtée de ce que doit être une sociologie propre avec ses outils patentés. Utiliser les frontières disciplinaires pour discipliner celles et ceux qui s'efforcent de produire des savoirs contre-hégémoniques tenant compte de l'intersectionnalité des rapports de pouvoir, qui tentent de décentrer, de provincialiser leur discipline (au sens où entendu par Dipesh Chakrabarty) est une tendance lourde.

Là, il faudrait aussi être attentif à un certain usage du marxisme, de l'acte discursif qui consiste à en appeler aux « camarades » qui peut très bien être la porte d'entrée (par derrière) de l'universel et ses régimes de vérité ignorant les privilèges à leur fondement. Le retour d'un sujet politique marxiste faisant fi du particulier, qu'il marginalise une fois de plus, m'est inconcevable, pourtant je constate plein d'efforts dans ce sens et beaucoup de surface académique qualifiée de « critique » occupée par ces voix. Marxiste ou non, on voit un dangereux réinvestissement dans l'académie en un universalisme hégémonique qui s'emboîte très bien aux critiques du multiculturalisme (voir l’excellente réponse de Sara Ahmed à Slavoj Žižek dans Darkmatter).

Le sujet politique d'une critique du capitalisme néolibéral globalisé ne peut pas être le même que celui d'un marxisme indifférent aux différences – aux « autres » rapports de pouvoir et subjectivités. Ces nouvelles défenses des savoirs universels prétendument « émancipés de leurs contextes », qui sont autant d'attaques aux « … studies » (études culturelles, postcoloniales, féministes, queer, ethniques, critical race…), lorsqu'on regarde qui les font et dans quel contexte, on voit bien qu'il y a une défense d'intérêts, d'un territoire disciplinaire et d'une identité professionnelle au sens entendu par le défenseur/attaquant.

Le marxisme aujourd'hui ferait bien de regarder du côté de la praxis intersectionnelle et de son héritage marxiste intersectionnel plutôt que de (re)contribuer à la délégitimation des politiques des minoritaires et des différences, et à la réaffirmation de l'hégémonie de l'universel. Autrement dit, l'héritage marxiste qui se trouve parmi les sources premières de l'intersectionnalité devrait inspirer et remodeler aujourd'hui les discours et pratiques qui se prévalent du marxisme

communautarisme, qu'ils disent ? Chronik de Nègre(s) Inverti(s)

« Ce mot est une blagounette républicaine qui consiste à penser que les politiques, les regroupements, les centres d’intérêts et les lieux liés à des groupes, sont une menace pour la cohésion nationale. Mais l’enjeu, c’est que tous les groupes ne sont pas visés par cette critique. En effet, il faut être minoritaire pour que le regroupement, l’intérêt, le lieu ne soit pas seulement un divertissement ou du vivre ensemble. Bref, un simple partage de choses en commun. Quand on est minoritaire, c’est du « repli ».[...]

Tout ça pour dire que sur ce blog communautariste assumé, revendiqué, et dont les démarches sont explicites, je questionne des dites « évidences » qui n’en sont pas forcément au fond : la République dite universelle, la norme hétérosexuelle, le blabla sur la différence des sexes Bleu VS Rose, la soit disant « non volonté » des minorités qui expliquent qu’ils soient plus pauvres, comparativement à d’autres qui « voudraient » réussir et qui donc le méritent etc.

Il se trouve que ça demande de se positionner soit même (je suis ceci cela), pour expliquer d’où l’on parle (je parle en tant que ceci cela), ainsi que pour rendre visible de manière critique son expérience sociale (socialement, être un ceci cela, amène à vivre telle et telle choses).

Rien à voir donc, avec le fait de « s’enfermer dans des catégories » comme ils disent. Mais après tout, pourquoi pas.»

3 décembre 2014

après Ferguson : 'races' et genre en questions

jusque-là j'ai importé des articles posant la question en termes de 'races' et de classes. Mais dans la presse américaine en ligne, on trouve davantage d'échos d'une opposition entre les vues féministes, selon qu'elles sont noires ou blanches... un classique depuis les luttes abolitionnistes au 19ème siècle

Feminism’s ugly internal clash: Why its future is not up to white women Salon 24 septembre
From Beyoncé to the Internet to different policy priorities, white and black feminisms are not the same. Here's why [...]

Black Feminists Respond to Ferguson ColorLines News for Action 22 août

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

Here at Colorlines, the ongoing situation in Ferguson, Missouri, set off by the police killing of Michael Brown, has subsumed our collective attention and energy going on two weeks now. As the gender columnist, I decided to take a look at how Black feminists have been responding to the situation. While the issue of gender (beyond the policing of black masculinity and the crisis facing black men and boys) has taken a back seat in the mainstream conversation, black feminists have been keeping the intersectional analysis alive in their coverage and commentary. Here is a sampling of voices, including queer, trans and gender non-conforming feminist perspectives [...]

Ben Carson, candidat républicain potentiel aux élections présidentielles de 2016, suggère que le féminisme est responsable de Ferguson

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... « I certainly believe that I benefited from affirmative action »… However… source

Ben Carson suggests feminists are partly responsible for Ferguson Salon 1er décembre 

« Certainly in a lot of our inner cities, in particular the black inner cities, where 73 percent of the young people are born out of wedlock, the majority of them have no father figure in their life. Usually the father figure is where you learn how to respond to authority,” Carson said. “So now you become a teenager, you’re out there, you have really no idea how to respond to authority, you eventually run into the police or you run into somebody else in the neighborhood who also doesn’t know how to respond but is badder than you are, and you get killed or you end up in the penal system.»

« Il est certain que dans beaucoup de nos centres urbains, en particulier les cœurs des villes noires, où 73 % des jeunes sont nés hors mariage, la majorité d'entre eux n'ont aucune figure paternelle dans leur vie. La figure du père est généralement là où apprendre à répondre à l'autorité. Maintenant vous devenez un adolescent, vous êtes là, vous n'avez vraiment aucune idée de comment réagir à l'autorité, vous rencontrez finalement la police ou vous rencontrez quelqu'un d'autre, dans le quartier qui aussi ne sait pas comment répondre, mais est plus méchant que vous, et vous vous faites tuer ou vous retrouvez dans le système pénal. »

Lessons From Ferguson The Feminist Wire 5 septembre

Feminists take on race and police conduct post-Ferguson Washington Post 1er septembre

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

Feminist Sites Quiet On Ferguson & We’re So Not Surprised Chicago Defender 4 décembre

The protests in Ferguson center around the killing of yet another young innocent Black male, and of course, Black media sources including the thousands of everyday contributions via social media have helped document the evolution of this story and the movement taking root around the country. It stands to reason that all publications with any kind of investment in news, social commentary and women’s issues should be aggressively covering Brown’s. So it is curious, though not surprising, that many of the most popular and prestigious websites for social commentary seem unable to do just that, and problematic because thus far, the killing of Black children has largely been constructed as a concern exclusively for Black women in feminist media and activism.

I’m curious about the feminist and women’s publications that are known for catering to largely White audiences and how they’ve chosen to cover—or not cover—a national story that is a defining a moment in our country’s legal history.[...]

How Do I Love Thee? A love poem from the Ferguson, MO police dept to Black residents Aya de Leon writer/performer/mom/activist 18 août

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

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30 novembre 2014

Cinzia Arruza... Reproduction sociale et « Théorie Unitaire »

je relance la lecture de textes de Cinzia Arruzza signalés (cf 23 mai) par deux entretiens traduits plus récemment :

- Réflexion de genre (4) : Repenser le capital pour repenser le genre juillet 2014

Extrait : Ce que la « Théorie Unitaire » tente de saisir [...] lire les rapports de pouvoir basés sur le genre ou sur l’orientation sexuelle comme des moments concrets de cet ensemble articulé, complexe et contradictoire qu’est la société capitaliste. Il s’agit pour elle de moments qui sont certainement dotés de caractéristiques propres et spécifiques, dont certaines doivent être analysées avec des instruments adéquats et spécifiques (de la psychanalyse à la critique littéraire), mais qui maintiennent toutefois un rapport interne avec cet ensemble, et donc avec le processus de reproduction de la société selon la logique de l’accumulation capitaliste.

L’hypothèse de la « Théorie Unitaire » est essentiellement que, pour le féminisme marxiste, l’oppression de genre et l’oppression raciale ne correspondent plus à deux systèmes autonomes qui auraient chacun leurs causes particulières ; ils sont devenus, par un long processus historique de dissolution des précédentes formes de vie sociale, une partie intégrante de la société capitaliste.

De ce point de vue, ce serait une erreur de les considérer tous deux comme des résidus des précédentes formations sociales, qui continuent à persister à l’intérieur de la société capitaliste pour des raisons qui vont de leur ancrage dans la psyché humaine à l’antagonisme entre « classes » sexuées, etc. Il ne s’agit pas ici de sous-estimer la dimension psychologique de l’oppression de genre et sexuelle, ni les contradictions entre oppresseurs et opprimés. Il s’agit cependant d’identifier les conditions sociales et le contexte du rapport de classes, qui permettent, reproduisent et influencent autant notre perception de nous-mêmes que notre rapport aux autres, nos comportements et nos pratiques.

Ce contexte est celui de la logique de l’accumulation capitaliste, qui impose des limites et des carcans fondamentaux à notre vécu et à la façon dont nous l’interprétons. Qu’une grande partie du courant féministe des dernières décennies ait pu faire abstraction de l’analyse de ces processus et du rôle crucial joué par le capitalisme dans l’oppression de genre et ses variantes, voilà qui en dit long sur la capacité du capital à coopter nos idées et à influencer notre façon de penser.

- Féminisme, capitalisme et nature traduit dun texte italien de février 2014

Extrait

Q : Pensez-vous qu’une transformation féministe de la société changerait nos rapports avec la nature non-humaine ? C’est-à-dire nos rapports aux écosystèmes et aux autres espèces animales ?

R : C’est une idée qui est soutenue par ceux qui se reconnaissent dans un écoféminisme, mais qui a tout de même beaucoup de succès au sein des féministes en général. Le problème de ce point de vue tient aux présupposés théoriques dont nous avons parlé avant : l’acceptation de l’affinité entre la femme et la nature, l’identification de la rationalité humaine avec le masculin, la valorisation de la sensibilité, de l’intuition, de l’empathie comme appartenant au féminin… Ce sont des suppositions que je ne partage pas. Ceci étant dit, certaines réflexions écoféministes et certaines recherches sur la question de la nature non-humaine qui sont mis en avant par cette perspective féministe, ont mis en évidence des aspects intéressants et des propositions que je peux partager. En ce sens bien sûr, le féminisme peut contribuer de manière significative à la transformation de nos rapports avec la nature non-humaine. De la même façon que pourrait y contribuer une critique de l’économie politique, qui a identifié un point d’ancrage dans la critique écologiste du capital (et même une grille de lecture de la réalité) qui est tout à fait fondamentale.

Cependant, il y a un certain automatisme à penser qu’une société féministe et socialiste produirait nécessairement un rapport différent avec la nature non-humaine - il suffit de penser au productivisme non-critique de l’Union Soviétique, non seulement pendant se phase de dégénérescence stalinienne, mais avant aussi, pendant les premières années de la révolution. A tel point qu’on parle aujourd’hui d’écosocialisme et d’écoféminisme : si la transformation de nos rapports aux animaux et aux écosystèmes était une conséquence automatique de la transformation de nos rapports de production et de genre, ce ne serait donc pas nécessaire d’ajouter « éco » à ces appellations.

"Cinzia Arruzza, membre de l'IIRE et professeur assistant à la New School for Social Research de New York, a écrit un court essai sur les relations pratiques et théoriques entre les marxistes et le mouvement féministe du 19e siècle à nos jours. Intitulé Le relazioni pericolose, Matrimoni e divorzi tra marxismo e femminismo (Des relations dangereuses : Mariages et divorces entre marxisme et féminisme), ce livre a déjà été traduit en espagnol et en portugais, des traduction en allemand et turc sont en cours, et l'édition en anglais par l'IIRE est prévue pour 2011"

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... la traduction française serait en cours

29 novembre 2014

Ferguson...  l'idéologie qui vient

suite des articles importés les 26 et 28 novembre ci-dessous

“Where Capitalism and Racism Intersect”: Defending The Ferguson Revolts Global Research 28 novembre

On a deeper level, this is where capitalism and racism intersect. One of capitalism’s main tenets is the dominance of private property and how it must be protected. We can see that this has been transcribed in law, such as with the Stand Your Ground laws. Yet, also within the larger society there is a lack of caring for black life. In any situation, the media and general public regularly engage in victim blaming and look for anything, anything at all to assassinate the character of those who died at the hand of the police. This can be seen even today, when the media brings up Akai Gurley’s criminal record when discussing his death at the hands of a police officer. These two ideas have come together in Ferguson, creating a situation where people are more concerned about private property destruction than they are about the death of Michael Brown.

interprétation quelque peu sollicitée... pour ma part, je ne considère pas que le rapport entre capitalisme et racisme puisse se comprendre comme intersection, sous-entendu de champs a priori distincs des rapports sociaux-humains, ou sous l'angle de la propriété, cad sous l'idéologie des communs

- le racisme existe antérieurement au capitalisme, mais celui-ci le reprend - comme il le fait de la distinction hommes-femmes - pour s'établir comme mode de production-reproduction et en faire une spécificité en son sein, soumise à des évolutions fonction de ses besoins, comme le montre la place relative dans l'histoire des racismes anti-noirs, anti-arabes et par ailleurs anti-juifs dit antisémitisme

aujourd'hui, comme dit Achille Mbembé « Est nègre une large catégorie de l’humanité qu’on pourrait qualifier de subalterne », mais cela n'empêche que ce soit aux Etats-Unis les non-Blancs, à commencer par les "Noirs" (cf 'critique de la raison nègre', le capitalisme animiste)

- la propriété, c'est le vol, blabla mais même sous forme privative, elle ne définit pas plus le capitalisme que les communs ou la valeur ne peuvent seuls définir le communisme. Marx encule PP (Proudhon et Postone)

intéressant néanmoins, dans la mesure où, après l'effondrement de l'idée communiste avec celui du programmatisme ouvrier, le moment présent ne peut que repasser par là

Ferguson: un centre commercial bloqué Le Figaro 28 novembre
« Arrêtez le shopping et rejoignez le mouvement » un mot d'ordre qui dépasse le pillage

Ferguson & Black Friday autres

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

26 novembre

Women, Class & Race around Ferguson

In Ferguson, race and gender intersect as female protesters struggle to be heard. Women play a prominent role in organizing Ferguson protests, activists say

Women find their voice in Ferguson protest movement Los Angeles Times 22 novembre

Faces from Ferguson: Johnetta Elzie interview BlackVoices 10 septembre

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

Johnetta Elzie, 25, leads a group of protesters as they march around downtown Clayton during the first Ferguson October protests on Friday, Oct. 10, 2014. About 400 people too part in the march and protest aimed at getting justice for Michael Brown and to get St. Louis County prosecuting attorney's Bob McCulloch to step aside and bring in a special prosecutor. "I'm out here because one day I'm going to have black kids, and I don't police to shoot them dead" said Elzie.

sans garantie quant aux programmes de ces communistes américains, savoir qu'ils existent, et que leurs analyses méritent autant d'intérêt que toutes celles focalisées sur les violences policières racistes, y compris anarchistes n'ayant aucune critique de classes du capitalisme, tel que Le Jura Libertaire, exemple [Ferguson, Missouri] Pas de justice, pas de paix (2) *

* complaisamment relayé par le blog "communisteur" dndf - comme si la violence sociale en soi était un facteur révolutionnaire, dans la confusion théorique et le double langage qui perdurent sur le blog dndf depuis l'embarquement de Théorie Communiste dans l'aventure SIC : la pratique théorique et la sélection des informations sont en totale contradiction avec les textes théoriques diffusés

Lessons of the Ferguson Rebellion Monica Moorehead Workers World 21 Novembre

« Marxism here again cuts through it all. The Marxist view of violence flows from an altogether different concept. It first of all distinguishes between the violence of the oppressors as against the responsive violence of the masses. Just to be able to formulate it that way is a giant step forward, away from disgusting bourgeois praise for nonviolence. It never occurs to any of them to show that the masses have never made any real leap forward with the theory of nonviolence. Timidity never made it in history. “Indeed, Marxists do prefer nonviolent methods if the objectives the masses seek — freedom from oppression and exploitation — can be obtained that way. But Marxism explains the historical evolution of the class struggle as well as the struggle of oppressed nations as against oppressors.»

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... Monica Moorehead at memorial marking where Michael Brown died

source Ferguson, Mo., community stands strong against militarized police 25 août

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... Monica Moorehead 2007 PDF

From the daily instances of police brutality and racial profiling to the government’s callous disregard of poor and mainly African American people in the wake of the Hurricane Katrina, this remarkable book identifies the continuing struggles for justice among a society still permeated with the racism, oppression, and economic, political, and social discrimination that resulted from the horrendous transatlantic slave trade. Illuminating the often forgotten history of this diaspora and the legacy of brutal prejudice that stemmed from it, this critical argument discusses the fight for reparations within the United States as well as among the peoples of Africa and the Caribbean.

Capitalist crisis, Ferguson and state repression Fred Goldstein 24 Novembre

Ferguson is a microcosm in which the crisis of capitalism is playing out with great intensity.

The capitalist class has always used racism for two purposes. First, politically, to divide and conquer, to keep the working class from uniting against its common enemy — the profit-making corporate bosses and the financiers and bankers who live off the labor of the people. And second, financially, utilizing racism and discrimination to be able to make extra profits by super-exploiting Black, Latino/a and other oppressed people.

The only conclusion to be drawn from the way the ruling class uses racism is for whites in the working class and labor movement, white youth and progressive people everywhere to come to the defense of the heroic youth and all the people of Ferguson, who are in a determined struggle for justice.

Low-Wage Capitalism: Colossus with Feet of Clay  PDF Fred Goldstein 2009

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

Through an examination of current corporate practices, historical evidence, and Marxist theories, this critique reveals the direct correlation between new technologies, globalization, and the dramatic drop in worker wages worldwide and proposes alternatives for dealing with the crisis. The narrative traces the advances in production, communications, and transportation that have enabled transnational companies—such as Dell Computer, the “Big Three” U.S. auto companies, IBM, Liz Claiborne, and Boeing—to outsource to many diverse suppliers in numerous countries to make a single product. As a result of this global outsourcing, workers are no longer competing with others within their city, state, or country but with those thousands of miles away and have in essence entered into a worldwide wage competition that consistently lowers the wage floor. Compounding the crippling effects of these practices is the near doubling of the global workforce resulting from the collapse of the USSR and Eastern Europe’s political systems. Using Karl Marx’s law of wages and other findings, the chronicle maintains that these developments will not only continue to drive down wages but lead to a profound revival of working class struggle. This analysis argues that the only way to reverse these trends is to implement various strategies to fight back, especially regarding the labor-community alliance and class-wide strategies for struggle.

retour à Ferguson avec l'analyse de John Garvey, dont l'intérêt majeur est de rappeler les conditions historiques dans la région de Saint-Louis

No more Missouri Compromises, Insurgent Notes, Journal of Communist Theory and Practice 18 novembre

By way of a conclusion, I would repeat my earlier point about the central task of confronting the social bloc that the police count on for support. At the same time, it remains essential to support and defend those who have taken the lead in Ferguson. But, we should also not underestimate the need to address the profound shaping of the lives of the people involved by the larger set of circumstances created and sustained by the particular ways in which capital rules St. Louis.

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la politique du PIR : pourquoi avons-nous besoin d'un Parti des Indigènes en France ?

Why do we need an Indigenous Party in France ? Selim Nadi, membre du PIR, Parti des Indigènes, 16 novembre

Le texte que nous reproduisons ci-dessous est tiré de l’intervention qu’a fait Selim Nadi lors de la 11ème édition du colloque Historical Materialism, organisée à la School of Oriental and African Studies, à Londres. Ce texte a été présenté dans le panel « Race matters » où intervenaient également Alberto Toscano (sur W.E.B. Du Bois, la version française de son intervention est disponible au lien suivant : http://revueperiode.net/de-laristocratie-ouvriere-a-lunion-sacree-du-bois-sur-les-origines-coloniales-de-1914/) et Satnam Virdee (sur Stuart Hall). Il s’agissait dans ce texte de présenter le P.I.R à un public non-francophone et de développer certains de ses concepts fondamentaux et les enjeux stratégiques qui s’ouvrent à lui.

il s'agit d'un texte théorique issu d'un colloque organisé par l'association Historical Materialism (cf le programme déjà signalé de la 11ème conférence, How Capitalism Survive, début novembre). Son intérêt est d'expliciter comment le PIR conçoit l'articulation des dominations de "races", classes, et genre, et la nécessité actuelle en France d'une organisation politique autonome des non-Blancs. Il permet donc aussi d'en percevoir les limites, notamment de situer sur un même plan les diverses "dominations" sans les articuler dans le capitalisme comme mode de production/reproduction fondé sur l'exploitation

To sum up, then : autonomy does not mean that the P.I.R hasn’t a strategical vision, the P.I.R can build alliances with other political groups. But the building of a larger political bloc should override some disagreements. If the autonomy of the P.I.R is respected, then a common struggle could be built on sound basis. The exit of the white political field is therefore a necessary prerequisite to the struggles of non-white people in France, but paradoxically, it also appears as a necessary prerequisite to the constitution of a larger political force fighting in order to reverse the multiplicity of domination relationships that structure the society.

Of course the P.I.R is a complex party and to analyze it completely would imply to spend much more time on the many texts that constitute its foundation and on the almost ten years long experience of the M.I.R and the P.I.R. I’ve tried to present the most important political claims of the P.I.R and its place in the political struggle in France and my comments are far from complete but I hope they have allowed me to present this political force to a non-french public.

Il est regrettable que ce texte ne soit pas (encore) disponible en français, dans la mesure où il tranche sur certains points avec des positions du PIR nettement plus communautaristes

24 novembre

retour aux "marxismes"

Jacques Bidet : Postone et "la mauvaise abstraction"

Misère dans la philosophie marxiste : Moishe Postone lecteur du Capital, revue Période

Aux yeux d’une certaine lecture de Marx, toute l’histoire du marxisme n’aurait été qu’un malentendu sur le projet politique et l’analyse marxiennes. Le « marxisme traditionnel » n’aurait trouvé en Marx qu’une critique des inégalités, de la propriété privée et de l’anarchie du marché, ouvrant la porte aux dérives staliniennes et réformistes. Chez le plus éminent représentant de ces nouvelles interprétations, Moishe Postone, le capital devient l’unique sujet du présent historique, un système autonomisé face auquel nous serions réduits à l’attente d’une libération que nul ne saurait provoquer. La lutte des classes n’est ici plus d’aucun recours, incapable de s’attaquer au cœur du système. Jacques Bidet révèle aussi bien les limites que l’attrait de cette analyse unilatérale et impuissante : Postone s’appuie sur l’échec des tentatives émancipatrices du XXe siècle pour tracer un horizon impressionniste, par la manipulation habile des concepts marxiens et l’occultation du réel historique.

conclusion : il est clair que Postone nous prive de tout l’espace analytique qui permet de concevoir concrètement l’affrontement des forces sociales dans les conditions de la société moderne. Il faut certes reprendre les choses par le commencement, par la métastructure de la modernité18. Mais en comprenant celle-ci dans sa relation d’immanence à la structure sociale qui l’instrumentalise, c’est-à-dire aux rapports de classe, qui sont à redéfinir au-delà de l’approche de Marx. Tout est à reprendre à partir de l’instrumentalisation de la raison commune et de la critique qu’elle suscite, dans l’immanence des luttes et des pratiques, dans les conjonctures du Système-monde. C’est peu dire qu’il s’agit là d’un vaste chantier.

en relation, puisque Jacques Bidet utilise le terme rendu célèbre par Wallerstein

La théorie du système-monde et la transition au capitalisme : perspectives historique et théorique, Robert Brenner janvier 1981, revue Période

Ce texte est issu d’une intervention présentée à la conférence « Three Worlds or One » à l’Institute for Comparative Social Research de Berlin en 1979. Traduit de l’anglais par Benjamin Bürbaumer et publié avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Bon nombre d’historiens ont insisté sur le rôle de la mondialisation dans le développement du capitalisme, allant parfois jusqu’à assimiler capitalisme et marché mondial. Mais assimiler capitalisme et commerce, comme le fait par exemple Immanuel Wallerstein, conduit à négliger l’importance des rapports de classe et des luttes dans l’évolution historique. Comme le souligne Robert Brenner, dans cet article, le capitalisme commence et se déploie à travers une série de techniques, de rapports de pouvoir, d’innovations qui transforment le contrôle sur les producteurs. La singularité du capitalisme, c’est de déposséder absolument les travailleurs de tout autre moyen de subsistance que le marché et de révolutionner les techniques existantes. Par ces commentaires critiques, Brenner propose une lecture alternative des trajectoires de l’économie-monde et en éclaire, implicitement, les dynamiques réellement antisystémiques.

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... septembre 2014, nouvelle traduction

mieux vaut que Marx n'ait écrit sur les machines qu'un fragment*, et rien sur les machins (Devos...), sans quoi serait dans l'air une accélération sur le genre... ils y (re)viennent tous et même les fils maudits, pour lui faire dire n'importe quoi... Extrait des "Grundrisse"

 

15 novembre

Sexuality, race and reproduction of capitalism

du programme de la conférence How capitalism survive 11th Annual Historical Materialism Conference London, je retiens entre autres cette séance et la critique des Lumières en France, dans lesquelles s'enracine la singularité d'un aveuglement qui perdure parfois (sic) chez les marxistes hexagonaux, comme je l'ai montré dans les rubriques abolir le racialisme 2014

Lindberg Campos Filho – The fight against Brazilian capitalist patriarchy and racism: exploitation, rape culture and urban lynchings
Jen Roesch – Mechanisms of Dependency, Control and Appropriation: The State and Sexual Violence in the US
Colin Wilson – Intersectionality in early capitalism: race and sexuality in Enlightenment France

Theme: Intersections of Marxism, feminism, critical race and postcolonial theories A profound ambivalence typifies eighteenth-century political theory. Enlightenment authors endorse rationality and the rule of law, yet such values coexist with an increase in racial and class violence such as slavery and the frequent use of capital punishment. As Losurdo has recently highlighted, readers are constantly led to question how far asserted universalisms are truly universal, and how far they reflect the interests of particular class, gender and racial interests. This paper seeks to build on this work to examine ideas around sexuality and race in the work of authors including Montesquieu, Voltaire and Diderot. In seeking to reject Christian sexual morality, such authors repeatedly reference other cultures – both non-European and ancient societies. Insofar as they are seeking to create a “civilised” morality rooted in universal natural laws, then, their concepts of sexuality always exist in ambiguous dialogue with a racial other. The literary forms of Enlightenment texts centring on sex and race – such as dialogues, novels and satires – only increase the difficulty of assessing how far they are conservative or subversive. Locating these authors in the context of early capitalist France, the paper argues that these ambiguities are best understood as reflecting the social conflicts of the Ancien Régime.

31 octobre

 « les femmes ne peuvent pas être aussi à l'aise dans l'espace public que les hommes »

Les hommes blancs, des harceleurs de rue comme les autres Le Monde 31 octobre

vidéo 10 Hours of Walking in NYC as a Woman

26 octobre

Les femmes étaient-elles exploitées par les hommes dans les sociétés sans richesses ? Christophe Darmangeat blog 19 octobre

Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme 18 octobre Blog de Temps Critiques

débat avec J.Wajnsztejn mercredi 29 octobre 2014 à 19H à la librairie Publico

Comment est-on passé de mouvements généraux d’émancipation (des prolétaires, des femmes) à des individus et groupes non dénués d’influence qui revendiquent des droits particuliers ? Comment est-on passé du macro-désir de révolution aux micro-révolutions du désir ? Comment est-on passé d’analyses en termes de générécité (« l’Internationale sera le genre humain ») à celles en termes de genres ? C’est ce à quoi essaie de répondre le livre de J. Wajnsztejn, Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme...

C’est un long processus qui commence avec la crise du sujet bourgeois au cours des vingt premières années du XXe siècle et continue avec la libération des subjectivités dans le mouvement de subversion du monde qui s’étend des années 1960 aux années 1970. Les désirs se libèrent mais le mouvement de désinhibition reste contre-dépendant de l’ancienne répression sexuelle et se fixe sur le sexe en s’autonomisant des autres formes d’affects. Avec la défaite du cycle de lutte précédent et le développement d’une nouvelle dynamique capitaliste qui pénètre tous les aspects de la vie quotidienne se produit une nouvelle autonomisation quand le sexe physique n’est plus perçu que sous sa forme sociale construite du genre et non plus dans ses déterminations à la fois naturelles et sociales. L’individu démocratique égogéré peut prononcer son credo : « c’est mon choix » et jongler avec les genres puisqu’ils ne correspondent qu’à des rôles normés, qu’ils n’ont pas de substance ou que celle-ci est transformable grâce aux nouvelles technologies.

Ce nomadisme des identités multiples et changeantes accompagne un nomadisme plus général, celui du capital et de ses marchandises. La perspective révolutionnaire semble bouchée alors que l’horizon technologique apparaît sans limite !

On comprend mieux désormais pourquoi les théories du genre sont partie prenante de la capitalisation en cours de toutes les activités humaines, pourquoi leur simplification à outrance peut parfois se faire idéologie d’État, pourquoi elles reçoivent l’appui des médias et enfin pourquoi elles cherchent à se présenter comme parole scientifique (et non comme théorie) à travers le doux euphémisme des « études de genre ».

15 septembre

un texte et un échange de textes

sans commentaire à ce stade, à boire et à manger, mais ces textes en français ont au moins le mérite d'aborder la question classe/genre/race, quand d'autres nient purement et simplement son inséparabilité dans le capital, et préfèrent n'en point parler. Point aveugle ou point muet ?

les limites théoriques de ces textes et les positions politiques qui en découlent ne sauraient faire oublier l'occidentalisme impénitent du "courant communisateur", d'Incendo Genre&Classe, de Temps Critiques, de milieux féministes y compris prétendus radicaux, d'anarchistes y compris de gauche et de vétérans du marxisme scotchés à leurs certitudes franchouniaises

Féministes ou pas ? Penser la possibilité d’un « féminisme décolonial » avec James Baldwin et Audre Lorde Houria Bouteldja, Berkeley, 15 avril 2014

« Tout d’abord, merci au département d’études ethniques et à Townsend Center for the Humanities pour cette invitation et surtout pour la confiance qu’ils m’accordent depuis maintenant quatre ans. Cela fait quelques années que nous collaborons et à chaque fois, la rencontre avec des étudiants et militants du département est très stimulante. Elle l’est d’autant plus qu’ici, la « race » comme phénomène social et politique ne choque pas, ou en tout cas, beaucoup moins qu’en France. Je me sens donc beaucoup plus à l’aise pour traiter et approfondir ces questions. Je précise qu’une partie de cette intervention a été faite lors d’un colloque à Tanger le 6 décembre 2013. C’est aux organisatrices de « Genre en action » que je pique le titre de cette communication, « féministes ou pas ? »

Je dois confesser que je n’ai pas de réponse définitive à cette question : « Faut-il être féministe ou pas ? » Je ne suis pas choquée lorsque des femmes indigènes se disent féministes comme je ne suis pas choquée lorsqu’elles rejettent cette identité [...]

combattre leur impérialisme pour ce qu’il est et cesser d’exiger des victimes qu’elles donnent des certificats de bonne conduite anticapitaliste, féministe, marxiste, séculaires, progressiste… Cela pourrait commencer, comme le suggère la stimulante Silvia Federici, par une critique radicale de la nouvelle division internationale du travail (NDIT) dont le caractère antiféministe est largement éprouvé et qui intègre les femmes du Tiers-monde dans l’économie mondiale pour en exploiter férocement la force de travail au profit du Nord : substitution du patriarcat local par un patriarcat néolibéral, extrême paupérisation, retour de nouvelles formes d’esclavage, trafic international des bébés, massification du travail domestique, massification de la prostitution et de l’industrie du sexe… [...]

Le point aveugle des Blancs Noel Ignatiev et Theodore Allen années 60-70, revue Période

« La lutte de libération noire et la lutte de classe sont-elles des combats parallèles et indépendants l’un de l’autre  ? C’est une question stratégique qui a valu l’explosion de l’organisation emblématique de la  New Left  américaine des années 1960, Students for a Democratic Society (SDS).  Sa dissolution en 1969 vient du fait qu’elle était prise entre deux courants maoïstes  : une aile ouvriériste, le Progressive Labor et une aile tiers-mondiste qui prendra la forme de l’organisation de lutte armée Weather Underground. Les textes qui suivent,  composés d’une critique du Progressive Labor par Noël Ignatiev et d’une lettre de soutien à Ignatiev signée de Theodore Allen,  constituent l’acte fondateur d’une troisième voie,  l’organisation marxiste antiraciste Sojourner Truth Organization. Comme l’explique  Ignatiev  dix ans plus tard dans une Note reproduite ici, lui  et Allen  considèrent qu’ouvriérisme et tiers-mondisme se nourrissent l’un l’autre dans la mesure où ces deux courants tendent à séparer le domaine des luttes nationales (anti-impérialistes, antiracistes) et celui des luttes ouvrières. Face à cette aporie, les auteurs  soulignent la force propre du privilège blanc au cœur des luttes ouvrières.[...]»

 

31 août

cache-cache race-classe ou secret de polichinelle ?

Militarisation de la répression des ouvriers Robert Bibeau AgoraVox 29 août

« Le quotidien français Le Monde a publié un grand dossier qu’il a intitulé : Racisme et militarisation : la face cachée de la police américaine. Sous la plume de Charlotte Recoquillon. Infographie : Marianne Boyer. 22.08.2014. On nous permettra de faire l’analyse à fond de ce document rempli de renseignements importants.

On nous permettra de faire l’analyse de ce document rempli de renseignements importants. Le titre. Le quotidien écrit : « Racisme et militarisation : la face cachée de la police américaine ». Ici le choix éditorial est de mettre l’accent sur l’aspect « raciste » de la répression que la police de la classe capitaliste monopoliste impose à toute la classe ouvrière américaine (rappelez-vous que les classes sociales ça n’existent plus pour le grand capital). Depuis que le petit bourgeois Martin Luther King a « nobélisé » la lutte antiraciste aux É.-U. – les médias à la solde ont non seulement l’autorisation, mais le devoir, de toujours présenter la répression de la machine d’État comme une répression raciste, condamnable non dans son essence, mais dans sa forme et dans les moyens utilisés pour réprimer. Plus loin, le quotidien se prononcera contre l’usage « excessif de la brutalité policière ». Ceci indique qu’il est permis aux mères Térésa de pleurer sur les cadavres des victimes de l’État policier, mais pas de dévoiler les fondements de cette répression, ni de renverser l’État-policier, source de toute ces oppressions. Enfin, pour ce qui est de l’aspect « caché » de la répression sauvage qui telle une chape de plomb écrase les épaules des travailleurs américains depuis des décennies – il faut vraiment être planqué à Paris pour « découvrir ce secret de polichinelle ». Quotidiennement, le salarié américain voit cette répression sauvage au coin de la rue, dans un stationnement, et au Télé Journal de fin de soirée, repris en boucle, non pas pour l’informer, mais pour le terroriser. Ainsi, il plaît aux garde-chiourmes étatsuniens qu’une large publicité soit faite sur ces moyens de répression – de façon que la population qui aurait le courage de l’affronter tremble à la vue de ces tanks, de ces mitrailleuses et de ces bombes assourdissantes. Bienvenue aux États-Unis. Le prolétariat le plus moderne et le plus avancé de l’humanité. [...] »

la reprise sans commentaire de cet article du Monde par des blogs anarchisants en dit plus long sur ce qu'eux ne veulent pas voir, quand ils font mine de découvrir le quotidien des classes pauvres, c'est-à-dire des prolétaires, face à la répression d'Etat, enracinée dans ses traditions racistes, une nécessité intrinsèque du capitalisme depuis ses origines. Les méthodes de la police américaine seraient la partie cachée d'un iceberg raciste ? Allons donc... Certes, pas facile d'articuler classes, genre et races, mais chacun, du point de vue de ce qu'il considère comme la contradiction principale, voire « l'ennemi principal », en vient toujours à pointer la mauvaise « articulation », les défauts de l'intersectionnalité vs ceux du marxisme, cette vieillerie « classiste ». Le capitalisme articule par essence et existence, non par idéologie. Il produit simultanément et met à jour les conditions de sa reproduction comme structure de classes, parmi lesquelles la domination masculine et celle des personnes « de couleur ». Mais les prolétaires blancs n'en sont pas moins des Nègres de ce monde (Mbembe)

quand Obama est arrivé à la présidence, j'ai avancé l'idée qu'il s'agissait d'un « progrès », non au sens d'une amélioration de la vie des Noirs américains, mais de la possibilité ouverte que tombe le masque de la race sur la réalité de classe. Avec Ferguson, c'est fait, et personne ne peut prétendre ignorer la face visible du capitalisme, en Amérique et au-delà

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3 août 2014

Réflexion de genre (4) : Repenser le capital pour repenser le genre Cinzia Arruzza juillet 2014 autres textes  en italien

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

Les fondements politico-économiques du fémonationalisme, Sarah Ferris 2012  "Femonationalism and the 'Reserve' Army of Labor Called Migrant Women" traduction Contretemps 2013

« Bien que le concept de fémonationalisme soit peu usité en France, il fait écho aux nombreux débats sur l'instrumentalisation de la rhétorique de l'égalité entre hommes et femmes à des fins racistes. Cette notion pourrait bien prendre une actualité à l’heure où le discours « paternaliste » envers les femmes voilées qu’évoque Farris dans son article se mue en actes et en violences racistes. Dans cet article, Sara Farris propose d’éclairer le phénomène fémonationaliste à travers les transformations de la place des migrant-e-s sur le marché du travail globalisé et les nouvelles différenciations entre hommes et femmes immigré-e-s.[...]

Conclusion

Le rôle « utile » que les travailleuses migrantes jouent dans la restructuration contemporaine des régimes de bien-être, et la féminisation de secteurs clés dans l’économie des services, bénéficient d'une certaine indulgence des gouvernements néo-libéraux et de la compassion trompeuse des partis nationalistes envers les femmes migrantes, comparativement aux hommes migrants. Nous pourrions constater qu'en plus d'être extrêmement utiles en tant que « travailleuses reproductives », les femmes migrantes sont aussi des « organismes reproductifs » dont le taux de natalité est plus du double de celui des femmes autochtones40. Malgré des tentatives de « rétablir l’avantage démographique national » – telles que Judith Butler les présente – comme on le voit depuis quelques années dans certains pays de l'UE, des appels à l’assimilation adressés aux femmes migrantes – musulmanes ou non-musulmanes – signalent le rôle spécifique qu’elles jouent dans la société contemporaine européenne. Dans la mesure où elles sont considérées comme les corps utiles aux  générations futures, en tant que mères jouant un rôle crucial dans le processus de transmission des « valeur sociétales », en tant que remplaçantes des femmes nationales dans le secteur reproductif, mais aussi en tant qu’épouses potentielles pour les hommes européens, les femmes migrantes semblent devenir les cibles d’une campagne de bienveillance trompeuse dans laquelle elles sont «  nécessaires » en tant que travailleuses, « tolérées » en tant que migrantes et « encouragées » à se conformer aux valeurs occidentales en tant que femmes.

Deux autres éléments doivent être évoqués brièvement. Considérer le placement spécifique des femmes sur le marché économique est important pour une critique du fémonationalisme, non seulement quant au rôle des femmes en tant que productrices et reproductrices, mais aussi quand nous les considérons comme consommatrices et même comme marchandises.

Comme le souligne Hester Eisenstein, « si le but de la globalisation est de créer des opportunités d’investissement et de marketing, et donc l’acception des produits occidentaux avec les normes occidentales, alors dans ce contexte l’image d’une femme occidentale libérée devient un argument de vente. (…) Le féminisme, défini comme la libération des femmes des contraintes patriarcales, est rendu équivalent à la participation sur le marché en tant qu’individu libéré ». L’expansion capitaliste continue dans le Tiers Monde aussi bien que l’incorporation complète de tous les individus dans la logique des pays riches implique une extension et une re-articulation de l’idéologie que Macpherson a appelé l’« individualisme possessif ». Selon ce principe, les migrants intégrés dans la société occidentale – et particulièrement les femmes migrantes – devraient concevoir leur liberté vis-à-vis des groupes communautaires et leur capacité à satisfaire un désir consumériste infini.

Les femmes migrantes, cependant, sont aussi des marchandises, puisque l’on exige d'elles qu'elles se comportent conformément aux valeurs supposées des femmes occidentales émancipées. Ici, en considérant le fémonationalisme contemporain comme une construction idéologique éclairant les processus de marchandisation des femmes non-européennes, je considère que nous avons besoin de poursuivre la logique proposée par Alain Badiou il y a quelques années. Après le vote de la loi contre le hijab dans les écoles publiques en France – une loi qui a concentré le débat sur l’équation entre l’Islam et l’oppression des femmes –, le philosophe français l’avait définie comme « une loi capitaliste pure ». Pour que la féminité opère sous le capitalisme, le corps féminin doit être exposé pour pouvoir circuler « sous un paradigme marchand ». Une fille musulmane doit donc montrer « ce qu’elle a à vendre ». En d’autres mots, elle doit accepter et soutenir activement sa propre marchandisation. L’insistance sur le dévoilement des musulmanes en Europe combine donc à la fois le rêve durable des hommes occidentaux de « découvrir » la femme de leurs ennemis, ou des colonisés, ainsi que la demande d’en finir avec l’incongruité du corps féminin caché en tant qu’exception à la règle générale selon laquelle elles devraient circuler comme des « valeurs franches ».

La montée en puissance du fémonationalisme doit être enfin conçue comme symptomatique de la position distincte des femmes occidentales et non-occidentales dans la chaine matérielle de production et de reproduction économique et politique au sens large. Les tentatives d’appropriation par les discours nationalistes-xénophobes des idéaux féministes d’égalité et de liberté ont émergé de la reconfiguration spécifique du marché du travail, de la migration et des mouvements de la force de travail produits par les dynamiques de la globalisation néo-libérale des trente dernières années. Se confronter au fémonationalisme nécessite donc non seulement un travail de réfutation idéologique, mais aussi une analyse concrète de ses fondements politico-économiques. »

en relation

L’obsession Femen avec la nudité alimente un féminisme colonial raciste Chitra Nagarajan Etatd'Exception.net avril 2013

Tunisie : Amina quitte les Femen, «une organisation islamophobe» Le Parisien août 1973 

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symposium annoncé octobre 2014

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Reflections on Dispossession: Critical Feminisms
This two-day symposium explores the relationship between the material, cultural, psychic and symbolic dimensions and effects of dispossession. Building on a range of critical feminisms, the papers, collective discussions and keynote addresses will take forward and build on the rich and dynamic traditions of black, indigenous and post-colonial feminisms, queer theory and materialist feminisms. Themes include: migrant women workers and European nationalism; indigenous dispossession of land, labour and status in Canada, Hawai, and Palestine; sexual subjects and propriety; affect, emotion and the production of racial subjects; and much more…

Presenters and Interlocutors
Rafeef Ziadah, Sara Farris, Denise Ferreira da Silva, Davina Bhandar, Alyosha Goldstein, Nirmal Puwar, Eddie Bruce-Jones, Jon Goldberg-Hiller, Jordana Rosenberg, Brenna Bhandar, Nadine El-?Enany, Leena Kumarappan, Sarah Lamble, Feyzi Ismail, Charmane Elliot, Letitia Sabsay and others

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2 août 2014

La genèse du racial-féminisme. Race, classe et genre autour de Pia Sophie Rogge-Börner

Soutenance de thèse, Jennifer MEYER le 19 septembre 2014 ENS de Lyon

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Dans la lignée des travaux sur l’intersectionnalité, cette thèse s’intéresse aux imbrications des catégories de « race », de classe et de genre ainsi qu’à l’articulation du féminisme, de l’antisémitisme et du racisme dans les écrits de Sophie Rogge-Börner (1878-1955). [...]

Ce travail dévoile d’abord les mécanismes de racialisation du rapport de pouvoir entre les sexes à l’œuvre tant dans l’établissement d’une équivalence entre « race » nordique et égalité des sexes que dans la construction du caractère « juif » du patriarcat. Il confronte ensuite le modèle explicatif de l’émergence de la domination masculine comme produit d’un métissage et symptôme d’une dégénérescence avec l’affirmation du caractère construit de la différence de sexe. Il étudie alors les revendications concrètes d’un discours qui faisait de l’émancipation féminine à la fois une potentialité circonscrite par l’appartenance raciale et la condition de réalisation du renouveau racial. Ce faisant, il montre que le recours à des catégories anhistoriques et essentialisées pouvait être au fondement d’un féministe certes égalitariste mais non-universaliste. Enfin, il s’intéresse à la pérennité de ces idées au sein de la Nouvelle Droite.

En prenant le contrepied d’une définition normative du féminisme, ce travail montre comment un mouvement politique d’émancipation a pu d’une part produire de nouvelles exclusions et hiérarchisations entre les femmes et d’autre part fournir de nouveaux arguments au discours raciste et antisémite pendant la République de Weimar et le national-socialisme. Il met ainsi au jour une configuration spécifique de l’intrication entre domination de « race » et domination de genre.

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6 juillet

Femmes noires et communisme : mettre fin à une omission, Claudia Jones

Ce texte, paru dans l’organe théorique du Parti communiste américain en 1949, est une contribution pionnière sur la triple oppression dont les femmes noires sont la cible en tant que femmes, en tant que noires et en tant que travailleuses. Claudia Jones, alors jeune cadre du parti, y montre comment cette oppression se cristallise non seulement sur le marché du travail, mais aussi dans les organisations du mouvement ouvrier et au sein du mouvement féministe. Dénonçant l’incapacité des progressistes à reconnaître l’expérience de luttes accumulée par les femmes noires au cours de leur histoire, elle appelle les révolutionnaires à faire de l’antiracisme une priorité stratégique et organisationnelle.[...]

déjà rencontrée pour les dossiers Black Feminism et la race de Marx aux marxistes et communistes, Claudia Jones est enterrée à gauche de Marx au cimetière Highgate de Londres, d'où le titre de sa biographie par Carole Boyce Davies

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... Claudia Jones: African-Caribbean Communist defied racism, sexism and class oppression

il est nécessaire de replacer ces écrits dans la période et les relations tendues entre militant.e.s noir.e.s et communistes avec le Parti Communiste Américain : nous sommes qu'à la veille de la Chasse aux sorcières maccarathyste (1950-54) et avant la montée en puissance du Mouvement noir pour les droits civiques, pour lequel l'affaire Rosa Parks, en 1955, tient lieu de déclencheur de masse, avec la suite plus connue (Martin Luther King etc.). Rosa Parks est alors couturière, et membre d'organisations pour les droits civiques depuis l'avant-guerre...

sur le plan "théorique", ces textes s'inscrivent en pleine période programmatiste (le communisme dans une perspective de prise de pouvoir ouvrier) et le féminisme communiste est marquée par l'objectif de l'égalité des sexes, et en l'occurence des races

néanmoins, ne pas oublier que le texte transmis par la Revue Période est de 1949, c'est-à-dire la même année que le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, issue de la bourgeoisie, alors que Jones est arrivée aux USA à 9 ans comme immigrée des milieux pauvres de Trinidad, et rejoint le PCA en 1937, à 22 ans

Claudia Jones fut donc dès la fin des années 1940 une 'théoricienne' marxiste de 'l'inter-sectionnalité classe-genre-race' avant l'heure, une piste que reprendront Selma James  et Angela Davis dans les années 1970-1980

réflexions théoriques à chaud à lire dans le monde à l'envers, esquisses théoriques

Claudia Jones est une des premières 'théoriciennes' marxistes de l'inter-sectionnalité classe-genre-race, une piste que reprendront Selma James  et Angela Davis dans les années 1970-1980 [...]

rattraper le retard français / lutte communiste = lutte de masse / Women, Race, Class... Sexe, Race, Class... Gender, race, Class : un long chemin / les œillères...

PS : je note que certains blogs liés à la communisation ne se sont pas intéressés à Claudia Jones ni tant d'autres quand j'en ai parlé. Ils le font aujourd'hui quelques mois après, toujours sans commentaire. Je ne me pas réjouis qu'ils s'en fassent l'écho seulement quand ça sort d'ailleurs que chez moi. Merci aux grands courageux qui en coups lisses ont savonné la planche d'où je m'exprime

5 juillet

Les femmes et la subversion sociale, Mariarosa Dalla Costa 1971 Fragments d’Histoire de la gauche radicale avril 2014

annoncé par ppd ndf  chez qui je n'ai pas trouvé la traduction « par nos soins » mais seulement la version italienne (un problème de lien ?), et cette traduction française antérieure dont je ne garantie pas une correction à la hauteur de la réputation Senonevero Julien & Cie

ce texte est extrait d'une livre de 1972 comportant également d'autres textes dont un de la "féministe marxiste" américaine Selma James : la place de la femme. Déjà rencontrée à diverses occasions sur ce site, Selma James est notamment auteure de sexe, race & class en 1974 réédité avec un choix d'autres textes 1952-2011. Elle a participé en février au Colloque de Nanterre Penser l'émancipation

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... Common Notions

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3 juillet 2014

critique des 'classes'

anti-social entre chaud et froid ?

Education : deux fois plus de menaces et d’insultes que dans les autres professions Nouvel Obs 3 juillet Autres infos

la machine scolaire de la sélection sociale s'adapte à la crise, ses fonctionnaires aussi. Un comportement anti-prolétaires et raciste larvé, conscient ou inconscient, monte dans le corps enseignant, particulièrement dans les lycées de la zone. Il s'agit de promouvoir, au besoin contre les autres, ceux qui n'entravent pas la réussite sociale et l'intégration au « monde du travail »

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... (juste pour le titre) 1976, c'était le bon temps ? « Une relecture critique de Baudelot-Establet, Bourdieu-Passeron et Illich »

point aveugle de la critique radicale-professorale

« La doctrine matérialiste qui veut que les hommes soient des produits des circonstances et de l'éducation, que, par conséquent, des hommes transformés soient des produits d'autres circonstances et d'une éducation modifiée oublie que ce sont précisément les hommes qui transforment les circonstances et que l'éducateur a lui-même besoin d'être éduqué. C'est pourquoi elle tend inévitablement à diviser la société en deux parties dont l'une est au-dessus de la société. » Marx, 3ème des Thèses sur Feuerbach

ni l'encadrement scolaire ni les enseignants eux-mêmes n'ont l'air très conscients de leur fonction sociale dans la reproduction du capital, tout du moins l'assument-ils sans broncher. Cette question n'attire pas beaucoup d'analyses et commentaires de la critique radicale, et pour cause, elle comporte nombre de professeurs du lycée à l'université. On ne scie pas la branche sur laquelle on est assis, ni en tant que salarié de couche moyenne, ni en tant que penseur critique

questions : entre critique entachée d'académisme universitaire ou prise de distance, qu'est-ce que ça change, quand la posture théorique est la même, que trahissent son langage et sa bulle échangiste ? depuis quand une existence sociale ne déterminerait plus une critique sociale ? pourquoi les professeurs en marxisme échapperaient-ils à l'analyse fondamentale de Marx ? pourquoi seraient-ils dispensés d'interroger la posture d'où ils parlent ? Il est évident qu'une formulation théorique impersonnelle évacue a priori ces questions

« L'amitié est incompatible avec la vérité, seul est fécond le dialogue muet avec nos ennemis. » E.M. Cioran, Écartèlement, Œuvres p.1446

penseuses, penseurs, protégez-vous de vos « ami·e·s »

une explication ? tout penseur critique a besoin d'une réception, critique de préférence. Il trouve une caisse de résonance chez ses alter-égos, chez les étudiants, et dans les milieux en mal de théorisation. Il atteint peu les plus concernés, sauf s'il vit avec eux, traverse leur langage. Le pire sont les collectifs de pensée, qui entravent la pensée par nécessité du consensus pour la cohésion du groupe et son existence même. Ils fabriquent ainsi leur inertie théorique. Question caisse et résonance, s'il est pénible d'avoir le sentiment de pisser en solo dans un violon, on s'y habitue, surtout quand on a joué de la contrebasse...

 

30 juin

Patlotch è molto frainteso

Forum.Communisation Robin : « peut etre que j’interprète mal patlotch, mais j'ai l'impression que dans sa conception des choses, le genre n'est qu'une identité parmi d'autre dans le capital, du même ordre que la race ou la catégorie "jeune" »

non seulement Robin m'interprète mal, mais doublement concernant et le genre et la race. Sur le genre je suis grosso-modo en phase avec TC, naturellement pour considérer genre et classe structurellement liés dans la production/reproduction, comme Silvia Federici, féministe marxiste, en démontre l'histoire et le présent

quant à la race, pas plus que le genre ce n'est pas d'abord une "identité", mais un construit historico-social par le capitalisme, comme le genre mais d'une autre manière, ce qui ressort de façon plus historique-empirique que structurelle, la difficulté théorique étant de faire ce lien
sans parler de ma critique de BL/TC pour construire
abolir le racialisme, voir le recoupement de mes positions par de nombreux marxistes intersectionnalistes anglo-saxons, et les dossiers articulant genre, race, classe qui alimentent ces rubriques   races, genres, classes, Intersectionnalité...   la 'race' de Marx aux 'marxistes' et 'communistes' 

c'est seulement ensuite et récemment que j'ai construit la question du dépassement des identités, qui n'est pas première mais découle du fond de l'articulation dans le capital classe/genre/race, en rotation

il faut partir de la réalité des luttes actuelles : un point important est que partout (« dans la société en général », comme dit Pepe), les luttes de femmes sur une base de classe sont aussi des luttes de racisées, et que dans les luttes de racisés prolétaires, les femmes ont une place déterminante. Cette question distingue la race et le genre de tous les autres particularismes identitaires. C'est donc par là que nous pouvons et devons prendre en compte le lien insécable entre luttes sur ces trois fronts, tout en considérant la classe comme portant le tout, mais ne s'exprimant pas comme telle (comme dit TC « plus d'identité ouvrière confirmée par le capital », donc plus de 'classe pour soi', etc.). A contrario on n'observe de moins en moins de luttes purement "féministes". Même la question de la contraception est immédiatement sociale, et bien souvent raciale

en résumé la critique du genre et de la race relèvent de ma critique du capital, alors que le dépassement des identités participe plutôt du dépassement du capital, autrement dit du combat communisme

c'est dire qu'en aucun cas je ne fais « une liste d'identités parmi d'autres dans le capital », telle qu'on en trouve chez les anticapitalistes voulant la convergence de tous les « opprimés » à divers titres, voire chez Endnotes comme l'a relevé TC. On peut sans doute ajouter à la liste la nationalité, la religion, et l'individualisme même, comme essentiels à l'idéologie capitaliste, mais point trop n'en faut. Quant aux "jeunes", revoilà « le conflit de génération » cher aux années 68 ? C'est du n'importe ya quoi

on peut dire au contraire, jusqu'à preuve du contraire, que c'est TC qui, avec la plupart des marxistes européens, considère la race comme une caractéristique non essentielle au capitalisme, et la renvoie de fait au nombre d'autres particularités débouchant sur des identités communautaristes obstacles à l'unité de la classe, sans positivité de luttes contre le capital sous cette identité de race/classe (concept d'identités de lutte)

(Robin est avisé de cette mise au point)

29 juin

'la centralité dans le milieu' et 'le milieu au sens large'

« souligner la centralité de cette question [du genre] ces derniers temps dans le milieu au sens large, et dans la société en général » Pepe

« N'ayant qu'un cheveu et désirant avoir la raie au milieu, recherche d'urgence coupeur de cheveux en quatre.» Pierre Dac

c'est pas du Pierre Dac mais du Pepe, l'adérantanplan de TC qui n'en a pas fini de sortir du milieu et du centre, comme on disait au temps du Komintern. Grand privilège que de savoir ce qui se passe dans « le milieu », son milieu, au centre de sa vie, de ses pensées, de ses espoirs... et de nos brocards. Mais plus grand avantage d'en être ignorant, le communisme se tissant ailleurs, t'ailleurs is rich... te voilà riche de tout ce qui est au centre de la société en général et dont ne parle ni TC, ni son milieu

exemple, la race, si tu la mets au centre, tu n'es pas de ce milieu, et bien que le racisme soit au centre de la société en général, on n'en souffre pas dans leur milieu, et pour cause... leur milieu est blanc

c'est un mystère pour moi de redécouvrir sans fin comment des gens qui refusent toute organisation ne cessent de se comporter comme s'ils en avaient une, ne peuvent s'en passer, et considèrent de la plus haute importance ce qui se passe dans "le milieu" (quel milieu ?), d'autant qu'ayant donné de leur rupture avec une bonne partie de ce milieu les justifications théoriques. Ça me rappelle des défroqués du PCF qui trente ans après en sont encore à vouloir en tirer le bon parti

il suffit au genre Pepe de découvrir une question pour qu'elle devienne à ses yeux « au centre de la société en général ». Je n'ai jamais compris comment des héritiers de Marx pouvaient, à un moment donné, faire d'une question unique l'alpha et l'omega de tout, définir une période en une seule dimension, oublier les quatre cinquièmes du monde, etc. Leur théorie est tellement compliquée qu'ils ne peuvent que la simplifier, passer de l'imbitable au raccourci caricatural, grossir le trait pour se montrer plus radical. Ce n'est pas le cas dans ce passage que Pepe tire sans passion de sa cargaison auto-référentielle :

- Révolution ! À mort les révolus !
Camarades, il va falloir rapprendre à lutter russe,
Et puis, tout d' suite après, pendant longtemps pendantes, comme on dit des affaires,
Apprendre à ne rien faire /
22 juillet 2011 Crise en vers

« Posséder un utérus ne signifie pas « faire des enfants », pour passer de l’un à l’autre il faut tout un dispositif social d’appropriation et de mise en situation (de mise en fonction) de « faire des enfants », dispositif par lequel les femmes existent. »

chez nos amies les mammifères, « posséder un utérus - ou équivalent - signifie assez généralement « faire des petits » sans que cela nécessite « tout un dispositif d'appropriation sociale » des femelles par les mâles. On dira que ce dispositif relève de la reproduction des espèces, et ça ne gênera personne de la trouver "naturelle". Pour passer de l'un à l'autre, le dispositif social spécifiquement humain est généralement le plumard, et la mise en situation variable du meilleur ou pire...

et puisque l'amour n'est pour TC qu'un leurre pour dominer une femme, « toutes les femmes », ou être dominée par un homme, « par tous les hommes », la boucle est bouclée. Femme qui n'es pas d'accord avec TC, tu n'es qu'une conne qui n'a rien compris ou une bourgeoise épargnée

nos ami·e·s les bêtes nous montrent l'exemple : la domination sociale de genre n'est pas nécessaire à la reproduction de l'espèce

malheureusement le capital n'est pas bête...

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

plus sérieusement

passons sur le fait que des textes plus clairs qui disent la même chose existent dans la littérature féministe depuis un demi-siècle, et que le besoin existait surtout pour TC de raccrocher ses wagons à Beauvoir soixante ans après, via la critique de Delphy, un corpus aussi conceptualiste que celui de TC, d'où résulte le monstre técéiste, à mille lieues de la simplicité concrète d'une Federici et de son utilité dans les luttes

ce qui nous manque dans toute cette histoire du genre, c'est une théorie générale matérialiste et historique du rapport social à la nature, qu'on ne trouve pas dans Théorie Communiste (moins que chez Marx) ce qui explique la construction mécaniciste, compliquée mais simpliste, de ses considérations sur le genre. Ce problème renvoie à toute sa conception structuraliste, conceptualiste, 'théoriste', faisant si peu de cas des réalités matérielles de la vie. C'est une absurdité d'opposer un strictement historique&social et un purement naturel, sur quoi reposent par ailleurs des fadaises écologistes. Voir le plancher de terre : paysannerie, capitalisme ou révolution du commun ?

paradoxe théorique ou contradiction réelle : radicalement capitaliste pour abolir le genre ?

l'humanité du XXIème siècle a tous les moyens bio-technologiques de faire des enfants et de reproduire la population sans femmes et sans utérus, ce qui pourrait rendre possible d'abolir la distinction de genre, mais pas nécessairement la domination masculine. Quant à savoir si ces moyens sont plutôt capitalistes ou plutôt communistes, poser la question c'est y répondre, et selon la réponse se retrouver radicalement capitaliste pour l'abolition du genre et la perpétuation de la domination sexuelle mâle-humaine

non merci

22 juin 2014

à propos d'Houria Bouteldja et du PIR

précision suite à une "caution intellectuelle" à Houria Bouteldja ?, étant donné que ce texte est un des plus lus du site si j'en crois son indexation par Google. Je n'ai pas relu ma réponse de janvier, mais il est assuré que ma position est aujourd'hui encore plus claire, dans la mesure où mon travail m'a permis d'avancer dans l'articulation de la race avec le genre et la classe

concernant ce qui peut être interprété comme une ambiguïté relativement à Houria Bouteldja et le PIR, voir critique du capital : des classes du genre et de la race, intersectionnalité, communs...  pour une synthèse voir 'dépasser les identités de classe, genre, race, nations, religions... d'individus du capital et les identités militantes' et pour les arguments le dossier dans abolir le racialisme 2014.

mes "désaccords" (guillemets car je ne suis pas à leur place et n'ai pas à leur donner de leçons), avec le positionnement politique du PIR sont clairs : sa considération théorique d'un « champ politique blanc », sa mise en avant de la lutte « anti-sioniste », son choix d'exister comme parti politique citoyen... Mon accord essentiel porte sur la nécessité d'une auto-organisation transitoire des 'Indigènes' pour dépasser l'identité de race mais aussi celles de classes et de genres. Cette nécessité n'est pas qu'un choix politique, elle est un produit de l'histoire, et concernant le PIR, des spécificités françaises soulignées entre autres par Elsa Dorlin dans ses travaux

cela posé, je ne me sens pas moins proche de Houria et de certain.e.s de ses camarades que de militants voire de théoriciens « marxistes », y compris « communisateurs », qui négligent la race dans leurs analyses du capitalisme et des luttes historiques ou actuelles. Et certainement très éloigné de toute cette extrême-gauche et de ce féminisme qui se honteusement révélés pour ce qu'ils sont, aveuglés de Lumières laïcistes, à l'occasion de « l'affaire du voile »

le jour où les champs séparés de la lutte de classe, de genre, et de race se croiseront en France pour construire un en-commun révolutionnaire, je me sentirai mieux

Meditations for Integration Mingus Live 1964 vidéo

Confusion « antisioniste » et opportunisme d’extrême gauche 13 juin 2014, par Yves Coleman Ni patrie ni frontières

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

je lis régulièrement les papiers d'Yves Coleman, 'graphomane' comme moi. Je ne saisis pas toujours pourquoi il donne tant de place à la critique de la critique de l'antisémitisme, relativement au manque en France d'approches marxistes de la question de la race. J'y vois une disproportion relativement à l'importance des populations concernées dans le monde, celle des 'Juifs' (~ 15 millions) et des 'Colored people' sous domination notamment blanche. Cela étant je partage grosso-modo son souci quant à l'absence dans tout ça d'une approche de classe et, car il l'exprime de façon plutôt courageuse, d'une absence de la question raciale dans l'approche de classe et chez les militants

un spectre hante l'Europe et le monde au-delà depuis Marx, la question juive, sur laquelle il n'est pas aisé de s'exprimer sans s'attirer quelque imbécile foudre paranoïde... Beaucoup dont Yves en ont fait les frais, moi aussi

je relaie donc ce texte, pour les éléments historiques qu'il apporte, tout en relevant quelques approximations voire oublis, par exemple

« - la négation de l’existence de l’antisémitisme depuis la Seconde Guerre mondiale au sein de la gauche et de l’extrême gauche »

je ne le vois que pas comme ça, et pour prendre un seul exemple (ils abondent), une organisation qui fut de masse, le MRAP. De 1949 à 1977 ce sigle signifiait « Mouvement contre le racisme et l'antisémitisme », avant de changer pour « Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples »

En tant que militant du PCF pour le pire et le meilleur du début des années 1970 à la fin des années 1980, j'ai côtoyé sans gloire mais avec émotion, en cellule de quartier à Cachan, Bagneux et dans le 11ème ardt de Paris, nombre de camarades 'Juifs', beaucoup à l'accent yiddish à couper au couteau, qui avaient été résistants dans les FTP MOI (dont était le jeune Henri Krasucki, futur leader de la CGT), et dont l'appartenance au PCF n'allait pas sans avaler leur chapeau quant au passé, choses qu'il m'a été donné de comprendre plus tard, ayant des ami.e.s intimes descendants du Ghetto de Varsovie, de l'Orchestre Rouge etc.  avec le douloureux sentiment de m'être fait avoir.

j'étais en 1989 au Père Lachaise quand Marchais aux côtés de Paula Epstein (j'en ai une photo exclusive...), veuve d'un proche camarade de Manouchian (L'affiche rouge), inaugurait la stèle au groupe FTP MOI. Ça se passait dans le coin des Communards, le faux 'Mur des Fédérés' (fusillés de La Commune, tombeaux de Lafargue et Laura Marx... et des leaders communistes...) relégué dans un coin à l'écart alors que le vrai longe l'Avenue Gambetta. Marchais, dans son discours, s'arrangeait comme à son habitude avec l'histoire, mais pas au point qu'on a prétendu...

quant aux "camarades" qui, parlant sans savoir, ni savoir lire, ne respectent rien pour défendre leurs amis de + de trente ans de mes critiques de fond,  laissant entendre que je serais (à mon insu ?) antisémite... laissons pisser - un poète qui triche avec lui-même, ça n'existe pas, ou ce n'est pas un poète

extrait d'un poème de 1989 628ème nuit

Oui je reviens à moi ce n'était que paren-
thèse ha la famille on se croirait au cime-
tière j'y étais justement hier c'est marrant
vous voyez comme je me promène ici me

Direz-vous les mots les morts ce n'est pas pareil
ce n'est pas drôle pour tout le monde Monsieur
un peu de respect que diable et laissez les vieilles
en paix les jeunes ce n'est pas l'endroit qui sied

Pour leur courir au derrière je me répète
justement hier j'ai trouvé Gitle Lionel
ta grand-mère dont il sort toujours de ma tête
parce qu'à prononcer son nom est difficile

Enfin c'est bien la seule que j'ai mis en terre
ici te souvient-il ce triste temps de pluie
et de camps revenus il n'en restait plus guère
la peine était mouillée sur les visages juifs

il me semble que la lutte contre l'antisémitisme de la gauche, et de son extrême, s'intègre parfaitement au consensus idéologique démocratique d'après Auschwitz, pour faire court, et qu'elle est effectivement une des causes de ce baton merdeux par les deux bouts dès qu'il est question d'antisémitisme, de sionisme, d'anti-sionisme etc. dans les conditions qu'expose Yves Coleman

c'est aussi une des raisons pour lesquelles toute relation intelligente entre l'extrême-gauche et les 'Indigènes' est quasi impossible, ces derniers étant par les premiers, sur le terrain de la représentation politique, renvoyés à leurs ghettos physiques (la couleur) ou intellectuels (leurs théories ne sont pas sérieuses, pensez-donc, des trucs de 'Nègres' ou pire de 'Négresses'), et finalement encouragés dans la nécessité de s'auto-organiser pour le pire et le meilleur

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

néanmoins, un point essentiel à saisir est comment les juristes du Procès de Nüremberg ont dû louvoyer sous pression pour caractériser de « Crimes contre l'humanité » l'extermination des 'Juifs' par les Nazis, tout en épargnant les crimes des pays occidentaux, les 'Alliés' des crimes colonialistes, dont certains - initiés dès Napoléon aux Antilles et par les Allemands en Afrique de l'Est - avaient servi de modèle pour les camps de la mort nazis. Cf. Rosa Amélia Plumelle-Uribe  La férocité blanche : des non-Blancs aux non-Aryens, ces génocides occultés de 1492 à nos jours

on en a connu les avatars jusque dans les derniers jours du système d'appartheid en Afrique du Sud, soutenu et armé par Israël entre autres dont beaucoup d'éminents successeurs sont allés l'an dernier pleurer sur la dépouille de Mandela, cet ex-communiste devenu utile aux leaders du capitalisme mondial pris de trouille devant l'éventualité de soulèvements colorés mais non pacifiques...

un autre texte d'Yves Coleman que je partage essentiellement, ce qui évitera toute mauvaise interprétation des conditions dans lesquelles je considère les interventions d'Houria Bouteldja et du PIR comme nécessaires mais aussi souvent aveuglées

Mohamed Merah, Houria Bouteldja et la compassion à deux vitesses Yves Coleman 14 avril 2012

en écho, un poème de mars 2012 le marché aux pleurs, pour Myriam, Mohammed, pour Toulouse et Gaza...

quant à Dieudonné, ce poème de 2005, alors dédié à Roland Simon et Plumelle-Uribe

Homme donné, dieux volés, classe perdue

à Roland et Rosa Amélia

Un valet noir sous un roi blanc a jeté son joker
Nègre bravant bradant le sort d'une boule de suif
Aux faces de colons promus de vendre au nom des Juifs
La mémoire deux fois sur le marché de Nüremberg

Nos prêtres démocrates chantent la messe de l'Homme 
Multicolore au monde fou de sa flemme olympique
Le vrai semblable est un moment du faux culte atlantique 
En tous genres lancé des vers accouchés dans la pomme

D'Adam et Ève on a idée des choses ingénue 
Faut-il en rire ou en pleurer se donner tant de mal 
Pour ignorer ce que l'on est sous ce bon capital
Croire en ce que l'on n'est jamais qu'à s'en retrouver nu

Le conte démocratique se paiera de sa haine
Du réel et fera la guerre au prix de son mensonge
Choisir c'est renoncer sortir de classe est plus qu'un songe
Les prolétaires pour la perdre ont assez de leurs chaînes

Cachan, 22 février 2005 Sortie des classes

d'où la meilleure et la plus courte

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... Mingus Live 1964 vidéo

21 juin

Labor History Links un site particulièrement riche de références, notamment sur les migrants, la race et le genre en relation avec l'exploitation

Women/Gender/Labor and Feminism / Ethnicity/Immigration / etc.

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... 2005 critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... 2009 les femmes à la mine : le genre dans le développement de  l'industrie mondiale de 1670 à 2000

An excellent history of the extension of whiteness to a whole host of immigrant groups that before WWII would not have been considered white in any simply way. Roediger does a good job demonstrating how strange (to modern ears) discourses of race were in the early twentieth century, when Italians, Slavs, Jews, Greeks, and other groups occupied an uneasy middle ground between solidly white northern European groups in the US and obvious racial others: blacks, Mexicans, Chinese, etc.
Roediger also masterfully sketches the history of the new immigrants' journey to whiteness during the interwar period, emphasizing the importance of the Immigration Act of 1924, the creation of restrictive covenants to ensure segregated housing practices, and the racially dubious policies of what Roediger calls the "New (White) Deal." Along the way, Roediger also provides an excellent synthesis of a whole raft of scholarship on immigration, citizenship, and race. An invaluable book for anyone interested in the topic.

Mining Women presents eighteen new essays that illuminate how gender identities and inequality have been constructed historically and sustained in what could be hailed as the first truly global enterprise and arguably the most "masculine" of industries--mining. These essays explore gender relations and women's work and activism in different parts of the world and from multiple perspectives. They investigate not only gender's role in the domestic and cultural aspects of mining communities, but also its impact on the emerging industrial and capitalist system from the eighteenth through the twentieth centuries. Each essay is important for understanding the ways in which gender is imagined, lived, inscribed, and contested in specific historical and material contexts. As a whole, the volume reveals that despite the tremendous variation between industries, cultures, and national experiences, women have challenged the constraints of gender definitions on their lives and work.

'Pour déracialiser, il faut penser la race (et la classe)' Elizabeth Esch et David Roediger, Période juin 2014

Cet article est initialement paru dans The New Socialist Magazine n° 56 (avril-juin 2006) Traduit de l’anglais par Mathieu Bonzom

je ne partage pas la chute. Il me semble que ne sont pas assez distingués les luttes des "racisé.e.s" mêmes, jamais abstraites, et les "mobilisations antiracistes", mais ce différend porte davantage sur la conception du dépassement révolutionnaire que sur la nécessaire articulation de la classe et de la race

Extraits

Il faut définitivement se débarrasser des approches des classes sociales qui passent outre les considérations sur la race. Eilzabeth Esch et David Roediger présentent diverses analyses de Bourdieu, Wacquant, Adolph Reed ou encore Darder et Torres, qui font volontairement l’impasse sur la race

Les outils d’analyse marxistes
Le marxisme a produit les meilleurs outils pour comprendre la race et le racisme. Ce sont les marxistes qui ont le plus efficacement exploré l’idée que la race est une construction sociale, et la tradition d’étude critique de la blanchité (whiteness) a été entretenue par un large spectre de théoriciens matérialistes comme James Baldwin, W.E.B. Du Bois, Oliver Cox, Karen Brodkin, Michael Rogin, Theodore Allen ou Noel Ignatiev.

Ces outils sont plus nécessaires que jamais. Un peu partout dans le monde, on peut encore clairement constater l’importance persistante de la race1 dans la structuration de l’oppression, dans l’élaboration de stratégies de gouvernement dans le capitalisme, et dans certaines dimensions de la résistance à celui-ci.

La classe sans la race ?
Au vu de ce contexte, il est surprenant de constater que des secteurs de la gauche radicale comme de la gauche libérale tentent d’écarter la race de toute analyse de classe, et ce faisant, accordent à la classe une importance tellement plus grande qu’ils en viennent même à contester le recours à la race et au racisme comme catégories d’analyse.

Que devons-nous faire ?
Nous devons soutenir toutes les initiatives, et tout particulièrement la revendication de réparations pour les populations opprimées par le racisme, qui sont susceptibles d’éduquer les blancs au sujet de la façon dont le capitalisme, la colonisation de peuplement, l’esclavage et le racisme se sont développés conjointement par le passé, et au sujet des bénéfices que nous pouvons tous tirer de mobilisations antiracistes sérieuses aujourd’hui. Nous devons étendre la participation populaire, ne rien tenir pour acquis, exiger des réformes et refuser le réformisme contrôlé par en haut. Nous devons répéter que le silence et le désespoir sont tout ce qu’il y a à attendre sans action directe de transformation sociale.»

des mêmes auteurs

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... 2012 critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... The Wages of Whiteness: Race and the Making of the American Working Class 2ème éd. 1999

In 1907, pioneering labor historian and economist John Commons argued that US management had shown just one "symptom of originality," namely "playing one race against the other." 
In this eye-opening book, David Roediger and Elizabeth Esch offer a radically new way of understanding the history of management in the United States, placing race, migration, and empire at the center of what has sometimes been narrowly seen as a search for efficiency and economy. Ranging from the antebellum period to the coming of the Great Depression, the book examines the extensive literature slave masters produced on how to manage and "develop" slaves; explores what was perhaps the greatest managerial feat in U.S. history, the building of the transcontinental railroad, which pitted Chinese and Irish work gangs against each other; and concludes by looking at how these strategies survive today in the management of hard, low-paying, dangerous jobs in agriculture, military support, and meatpacking. Roediger and Esch let us see afresh what slaves, immigrants, and all working people were up against as the objects of managerial control. Managers explicitly ranked racial groups, both in terms of which labor they were best suited for and their relative value compared to others. The authors show how whites relied on such alleged racial knowledge to manage and believed that the "lesser races" could only benefit from their tutelage. These views wove together managerial strategies and white supremacy not only ideologically but practically, every day at workplaces. Even in factories governed by scientific management, the impulse to play races against each other, and to slot workers into jobs categorized by race, constituted powerful management tools used to enforce discipline, lower wages, keep workers on dangerous jobs, and undermine solidarity.

18 juin

dépassement des identités de classe, genre, race... et d'individus et des identité militantes

sujet ouvert dans le forum communisation.fr

 

13 juin

'Politiques sexuelles et besoins sociaux : pour un féminisme marxiste' Rosemary Hennessy 2002

la revue en ligne Période nous gratifie de textes intéressants dont cette traduction par Morgane Merteuil d'un texte de 2002

Rosemary Hennessy « Reclaiming Marxist Feminism for a Need Based Sexual Politics » in The Socialist Feminist Project, Monthly Review Press, 2002, p. 83-87

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... « Toute ma dialectique féministe marxiste renvoie les garçons au tri des chemises »

à plusieurs reprises, l'idée d'un féminisme marxiste ou d'un marxisme féministe est apparue ici, à propos de Silvia Federici, Selma Birge, Roland Pfefferkorn, Simona de Simoni... avec plus largement la question d'une approche intersectionnelle à base marxiste incluant la race... L'expression a le mérite de la clarté quant aux présupposés de l'analyse, renvoyant à leurs ambiguïtés en termes de classes du "féminisme matérialiste" ou du "féminisme radical" dont la racine est la critique de « l'ennemi principal, le patriarcat » évacuant le capital comme structure historique

 « La notion de « féminisme matérialiste » est désormais incontournable dans le féminisme universitaire. Il me semble pourtant évident que le « matérialisme » revendiqué par ce courant souffre de limites notables : il est en effet polarisé autour des enjeux liés au « discours » et à la culture au mépris des autres dimensions de la vie sociale. Ce nouveau « matérialisme culturel » est bel et bien en rupture avec le « matérialisme historique » ayant inspiré le féminisme historiquement lié aux gauches radicales, tant et si bien que ces nouvelles approches « féministes matérialistes » ont obscurci les apports du féminisme marxiste pour comprendre les phénomènes culturels. C’est pour cette raison qu’il est à mon avis essentiel de réaffirmer avec force l’importance du « féminisme marxiste » (contre les stratégies de censure anticommunistes et l’idée qu’« il n’y a pas d’alternative » au régime dominant), et de souligner la pertinence d’une critique matérialiste et historique du capitalisme.»

recoupant mes considérations à propos du dépassement des identités sur la base des identités, la conclusion de l'extrait traduit

'une forme de "désidentification"

« Se constituer en sujets collectifs, transformer la réalité sociale, ne sont pas de simples processus cognitifs et rationnels ; il s’agit aussi d’intervenir sur les émotions investies par les individus à travers leurs identités. On pourrait définir ce processus comme une forme de « désidentification ». La désidentification consiste ainsi à travailler sur les identifications dans lesquelles nous nous reconnaissons et qui articulent notre expérience vécue. Cette démarche implique de confronter les identités que nous tenons pour acquises à leurs conditions de possibilité historiques, d’arracher ces identités au grand récit de la persécution – un terrain d’élection du ressentiment – pour les projeter dans un cadre conceptuel différent, un cadre éclairant la façon dont cette souffrance est le produit de rapports sociaux qui proscrivent tout une série de besoins sociaux. La désidentification implique de remplacer le ressentiment étriqué des politiques identitaires par la puissance d’agir collective – cette capacité à l’heure actuelle vampirisée par le capital.

Le travail de désidentification constitue une confrontation avec les savoirs dominants ; c’est l’élaboration d’un point de vue collectif constitué par l’en-dehors monstrueux du capitalisme. C’est un point de vue qui ne se revendique pas d’une identité mais de la collectivité de celles et ceux dont les besoins humains « en excès » sont proscrits. Souligner l’écart entre les identités promues par la culture dominante et « l’expérience » vécue des rapports sociaux est un point de départ de cette démarche. Il s’agit de fonder notre politique sur le sentiment diffus de ne pas pouvoir s’identifier pleinement à une série d’identités définies. Le processus de désidentification peut s’appuyer sur cette inadéquation subjective et son corollaire émotionnel, afin de remettre en cause la naturalisation des catégories identitaires existantes. La désidentification invite à la re-narration de ces émotions inassimilables en les mettant en lien avec la production systématique de besoins insatisfaits par le capital. Tout en intervenant sur les sentiments d’aliénation par rapport à une identité ou une autre, la désidentification permet de comprendre comment les organisations dominantes du désir et de l’identité sont des lieux d’investissement affectif – invitant ainsi à les « désapprendre ». Désapprendre les investissements émotionnels est toujours un travail incomplet, inachevé – c’est là un enseignement sur la finitude historique de chacune et chacun. Cette permanente prise de conscience de la finitude historique n’a pas à être écrasante ou humiliante ; elle peut prendre la forme d’une identification émotionnelle assumée par tous et toutes, de façon critique et historique, au sein d’un projet politique plus ambitieux, revendiquant l’extériorité radicale des besoins humains insatisfaits comme point de départ à une mobilisation anticapitaliste.

Appréhender la formation des identités, et des identités sexuelles en particulier, en lien étroit avec les besoins humains inassouvis, trace un horizon pour imaginer une capacité d’agir collective, de classe, qui ne réifie pas « le prolétariat », n’exclut pas la sexualité, ni ne la relègue à un statut secondaire. Re-situer les politiques sexuelles sur le terrain des besoins humains permet de connecter l’organisation identitaire et sexuelle des affects et des sensations à la nécessité de satisfaire d’autres besoins vitaux – il s’agit d’en faire le point de départ d’un mouvement radicalement démocratique. Cette réorientation implique en particulier que la critique radicale des structures du capitalisme, qui violentent continuellement les besoins humains, soit remise à l’ordre du jour – ne serait-ce qu’en tant qu’horizon ultime d’un imaginaire collectif de transformation

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la race existe, ils l'ont rencontrée

'Les élections européennes et la montée du FN : un vote de race' 10 juin 2014 par Malik Tahar-Chaouch, membre du PIR

c'est un texte de fond, donc un texte important, un jalon. Au-delà de l'appréciation du scrutin, il permet de comprendre comment la lutte de classes est perçue du point de vue des 'racisé·e·s'. Je ne partage pas entièrement cette analyse - notamment l'idée même d'un parti politique des Indigènes sur le terrain électoral -, mais je considère qu'elle contient des éléments essentiels qui sont négligés non seulement par la gauche et les gauchistes, mais aussi en France par ceux qui théorisent la perspective révolutionnaire

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

extraits

« De la lutte des classes à la question raciale

Dès lors, la racialisation du conflit social ne permet plus d’envisager son dépassement par le rétablissement intégrateur des termes initiaux de la lutte de classes. Au mieux, l’antiracisme – quand on lui fait une petite place – y serait uniquement destiné à favoriser ce rétablissement, sans aucune profondeur stratégique propre et sans rien modifier de l’approche globale des luttes sociales et politiques. Or, on a déjà indiqué comment ce glissement s’était précisément opérée au travers du désarmement politique des luttes antiracistes, c’est-à-dire dans le déni du problème de la domination raciale, au bénéfice d’une approche morale du racisme comme sentiment social. Un sentiment, même social, est un fait singulier et interchangeable : un noir peut détester les blancs, comme un blanc peut détester les noirs. De fait, on ne peut que le déplorer ; aucunement le combattre. Or la domination raciale renvoie à une relation sociale, à des pratiques sociales et étatiques régulières, à des rapports de force politiques, et non à une simple « idéologie ». C’est la matrice matérielle qui a accompagné et surplombe la domination économique. Elle définit un conflit qui ne saurait se réduire au prolongement linéaire de la lutte des classes, même si elle engage des enjeux sociaux concrets.

En ce sens, il faut aussi examiner le contexte social de racisme structurel qui a présidé aux mutations du mode de gouvernance. Le racisme n’est aucunement une invention récente des élites politiques qu’on pourrait situer dans les années 1980. Il s’inscrit dans une longue histoire mondiale, cristallisée dans des contextes singuliers, où il définit des divisions sociales propres. En France, le racisme compromet les différentes classes sociales, de façons différentes. Les années 1980 ont correspondu à l’instauration d’un mode de gouvernance libéral-raciste qui a actualisé, sur le plan de ses dispositifs politiques, le racisme déjà constitutif des rapports sociaux, avec un impact certain. La question de savoir si la France est aujourd’hui plus ou moins raciste n’a aucun sens : elle est structurellement raciste, du moins dans le temps historique actuel, celui de l’expansionnisme et de la domination occidentale, même si les formes que cela prend évoluent forcément. C’est la raison pour laquelle le métissage de la société ne porte pas en lui même le dépassement de la culture raciste, il peut en confirmer les hiérarchies. Un tel dépassement ne peut être que le résultat d’un combat politique.

Bref, la fracture raciale n’est pas seulement une production du champ politique ; elle définit une division sociale véritablement opérante dans la société, dont l’histoire politique est ancienne. La multiplication des tensions identitaires n’est pas que le symptôme de la racialisation perverse des conflits sociaux ; elle trouve aussi sa condition de possibilité dans le conflit des races sociales, comme produits des processus historique de racialisation et des rapports sociaux qui en découlent. Ceux-ci répondent à une histoire globale et à des histoires particulières. En France, l’élément racial est également enfoui dans l’universalisme républicain et les approches du conflit social qui nient l’existence des races sociales, avec des effets néfastes pour tous ceux qui auraient intérêt à renverser la marche des choses. Mais si l’on refuse de le reconnaître, c’est précisément parce qu’on est pris dedans, partie prenante, et parce que concrètement, consciemment ou non, on défend ses privilèges sociaux.

Par conséquent, la question raciale ne constitue pas une « diversion », qui éloignerait de la perspective vertueuse de la sacro-sainte lutte de classes (au détriment de la gauche), trop souvent formulée sur un mode incantatoire et abstrait, mais le point de départ obligé d’une recomposition efficace des luttes sociales, dont les termes doivent être redéfinis depuis sa propre perspective (contre la doxa gauchiste, impliquée par elle). Irréductible à l’approche de classe du conflit social, elle est aussi la seule réponse pratique et efficace possible à l’offensive racialiste-identitaire de ces dernières décennies. C’est, en somme, aller au fond du problème et donc forcément rompre avec l’ensemble des positionnements politiques qui, en prétendant se soustraire aux considérations raciales7, reproduisent et brouillent la domination raciale. Ces positionnements sont l’exact équivalent de ceux des démocrates bourgeois du XIXème siècle, qui face à l’organisation de la classe ouvrière en soi et pour soi voulaient lui imposer sa dissolution au sein du corps civique.

Debout les damnés de la terre [...]»

10 juin

à propos de multiculturalisme et autres bonnes intentions : antiracisme vs libération des identités

je ne souhaite pas entrer dans les débats plus ou moins stériles sur la, ou plutôt les notions de multiculturalisme (pour un aperçu), mais seulement donner quelques repères et faire le lien avec le mot d'ordre « abolition du racialisme », l'antiracisme, les concepts de « Négritude » (Césaire, Senghor...), de « Culture et imparialisme » (Edward Saïd), de « Créolisation » (Edouard Glissant), et le nécessaire dépassement des identités communautaires pour la subjectivation du 'commun' (Glissant, Mbembe, Negri...). J'ai évoqué aussi les entrelacs des 'Cultural Studies' avec le marxisme (voir plus bas 29 mars Stuart Hall)

à propos de ces « débats », et pour une idée de ce bâton merdeux par les deux bouts, comme chaque fois qu'il est question de racisme et particulièrement d'anti-sémitisme ou d'islamophobie, quelques textes pour un peu (pas beaucoup plus) de clarté

- Le marxisme culturel, ou le politiquement correct, Science et politique (sic)

« Le “politiquement correct” n’est pas une mode mais bien une idéologie, également connue sous le nom de « Marxisme Culturel », mise au point par des Marxistes, en vue de détruire la civilisation occidentale en se servant des frustrations des minorités. Il s’agit d’une idéologie de gauche se cherchant une sorte de prolétariat de substitution autre que la traditionnelle classe ouvrière. Le marxisme culturel se focalise ainsi sur des "opprimés" réels ou supposés, des "victimes" plus ou moins factices, des "exploités" pas forcément exploités.»

du même tonneau que les cris d'orfraie contre la « Théorie du genre »... Un court éclairage approprié :

- Anders Breivik et le « marxisme culturel » : Etats-Unis/Europe, Jérôme Jamin décembre 2013

 « À l’origine de [la] vision du monde d'Anders Breivik [auteur des attentats d'Oslo en juillet 2011], et au cœur de son « manuel » qu’il diffusera un peu avant les attentats, on trouve d’abord une littérature foisonnante qui nait aux Etats-Unis après la chute des régimes communistes. Cette littérature est en guerre contre le multiculturalisme, le « marxisme culturel » et l’idéologie du « politiquement correct », elle va traverser l’Atlantique durant les années 90, notamment grâce à Internet, pour aboutir en 2011 dans une blogosphère européenne, empreinte de théories du complot sur « l’islamisation » du monde. Au final, cet article montre comment la théorie de la disparition de l’Occident blanc et chrétien – Etats-Unis et Europe –, prétendument programmée par nos élites de Washington et de Bruxelles, structure la vision du monde d’Anders Breivik.»

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

- Racisme, antiracisme, multiculturalisme : Un texte qui donne à réfléchir… Pierre Jourde, septembre 2012

de cet écrivain à la plume sympathique, et aux saints coups de gueule littéraire (la littérature sans estomac) j'ai lu ses livres puissants sur ses malheurs auvergnats (Pays Perdu 2005 et La première pierre 2013). Il se trouve que j'ai des origines pas très loin qui y ressemblent, sauf que lui descend de fermiers propriétaires, va en vacances dans la ferme héritée et gérée par ses employés, alors que mes anciens étaient métayers. De son histoire telle qu'il la conte, je pense qu'il a compris depuis sa classe comment il fut violemment rejeté par les habitants du village comme étranger en son pays-même. Il s'étonne de la réception au village de son livre d'amour pour son village, mais il ne comprend pas qu'en l'écrivant il l'a violé, si j'ose dire de façon illégitime (parfois, Assouline... L’affaire Jourde laisse un goût amer 2007)

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

Ce n'est pas mon propos, mais à mettre en relation avec sa perception politique de l'immigration comme 'problème' :

je conseille la lecture de ce texte parce qu'il me semble très significatif de l'embrouillamini idéologique que l'on peut alimenter avec la meilleure intelligence du monde multiculturel possible. Comme lui je désapprouve le texte d'Annie Ernault contre le « fasciste » Richard Millet (Éloge littéraire d'Anders Breivik), mais pour la raison qu'ils ont en commun, l'ignorance de toute cause de classe à l'immigration. Jourde est quelque part plus réaliste, comme il dit, que tous ces intellectuels anti-racistes, mais il bute sur la compréhension profonde des avatars du multiculturalisme. On retrouve des deux côtés les ingrédients de l'analyse a-classiste du choc Le Pen aux Européennes

pour revenir aux distinctions annoncées concernant le multiculturalisme, il faut remonter à l'époque où le concept n'existait pas, mais s'annonçait par exemple à travers le livre d' Edward Saïd en 1978, L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident où l'auteur a placé en exergue ces mots de Marx : « Ils ne peuvent être représentés eux-mêmes, ils doivent être représentés ». L'ouvrage sera suivi en 1993 de Culture et Impérialisme

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comme toujours, je distingue dans mes appréciations les travaux des auteurs en ce que je les apprécie, et leurs prises de positions politiques ici ou là

Edward Saïd est parmi ceux chez qui on bascule de la reconnaissance d'une identité de victimes non dans l'affirmation d'une identité - comme chez Césaire avec la Négritude - qu'il dépasse parfois aussi dès 1955 avec Le discours sur le Colonialisme... « l'Europe est indéfendable » - mais dans le dépassement des identités qu'on trouve chez Glissant avec le concept de Créolisation : « Cela n'a rien à voir non plus [avec le métissage], avec le multiculturalisme, le melting-pot ou encore l'hybridation » Influences 2010

il s'agit de ce que j'ai appelé la formule trinitaire du dépassement de l'identité, être victime 'esclave...), résister en affirmant son identité ('nègre'...) telle qu'elle vous produit comme victime, se libérer de ses identités dans le capital

« Si nous posons le métissage comme en général une rencontre et une synthèse entre deux différents, la créolisation nous apparaît comme le métissage sans limites, dont les éléments sont démultipliés, les résultantes imprévisibles.» Discours de Glendon, p. 13

« L'universel est un leurre, un rêve trompeur. Il nous faut concevoir la totalité-monde comme totalité, c'est à dire comme quantité réalisée [c'est à dire, ajouterais-je entre parenthèses comme réalisation de représentations, qui ne peut être autre que l'addition de tous les signifiants; le mot quantité mériterait lui aussi son commentaire] et non pas comme valeur sublimée à partir de valeurs particulières. » Introduction à une poétique du divers, p. 136

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à lire aussi La question du "Tout" dans l'oeuvre d'Edouard Glissant Alexandre Leupin 1998  

« Le cercle s'ouvre à nouveau, en même temps qu'il se forme en volume. Ainsi la relation est-elle à chaque moment complétée, mais aussi détruite dans sa généralité, par cela même que nous mettons en acte dans un lieu et un temps particuliers. La Relation détruite, à chaque instant et dans chaque circonstance, par cette particularité qui signifie nos opacités, par cette singularité, redevient relation vécue. Sa mort en général est ce qui fait sa vie en partage.» Poétique de la relation, p. 219

« Désindividuer la Relation, c'est rapporter la théorie au vécu des humanités. C'est revenir aux opacités, fécondes de toutes les exceptions, mues de tous les écarts...» Poétique de la relation, p. 211

voir aussi Achille Mbembe 'critique de la raison nègre', le capitalisme animiste

de Negri et Hardt, dans Commonwealth, p. 460-469 la politique identitaire au purgatoire (extraits)

« la distinction terminologique entre émancipation et libération est cruciale : alors que l'émancipation s'efforce de conquérir la liberté et l'identité, la liberté d'être qui vous êtes vraiment, la libération a pour but de s'autodéterminer et de s'autotransformer, la liberté de déterminer ce que vous pouvez devenir. La politique fixée sur l'identité immobilise la production de subjectivité; la libération exige au contraire de mobiliser cette production, la contrôler et continuer de la faire progresser. » p. 468-469

en relation la 'race' de Marx aux 'marxistes' et 'communistes' et diverses interventions dans la rubrique-mère les communismes comme combats : une exploration des voies de la révolution

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5 juin

Période

une revue de textes dans la tradition marxiste, site ouvert en mars. Il y est question de capitalisme post-colonial, de Black Communism, de 'décoloniser la nature', de Louis Althusser, de Marx Global, de Historical Materialism, d'analyses féministes, de Silvia Federici...

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... Période vous invite à une rencontre-débat le jeudi 12 juin à 18h à l’EHESS (salle 5, 2e étage), 105 boulevard Raspail, 75006 Paris, M°Notre-Dame-des-champs, Saint-Placide

des textes relevant d'un « féminisme marxiste »

Comprendre la violence sexiste à l’ère du néolibéralisme Tithi Bhattacharya Traduction de Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem (directrice éditoriale de 'Période')

Dans cet article, Tithi Bhattacharya se propose d’historiciser et donner une compréhension d’ensemble à la progression des crimes sexistes dans le monde depuis la crise économique. Mettant à profit les intuitions et les hypothèses du féminisme marxiste, elle expose les liens complexes entre l’idéologie de la tradition, les difficultés d’accès au produit social et les stratégies du capital à l’ère du néolibéralisme

La reproduction sociale comme cadre d’analyse « le capitalisme, quand il fait face à une crise, s’efforce de trouver une solution qui passe par deux biais étroitement liés : (a) en essayant de restructurer la production, comme on peut en juger par les mesures d’austérité (b) en tentant de réorganiser la reproduction sociale, comme en témoignent la volonté de renforcer les identités de genre et le recyclage des idéologies sur la famille « ouvrière ». Si l’on veut comprendre cette simultanéité et cette unité dans la restructuration du capitalisme, alors nous devons revisiter l’analyse marxiste de l’oppression des femmes qui se voit abordée de meilleure façon par le cadre analytique proposé par la théorie de la reproduction sociale. »

article original Explaining gender violence in the neoliberal era

deux textes de Silvia Federici

voir aussi La « vie quotidienne » : une analyse féministe, Simona de Simoni

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28 mai

la race, aucune classe ?

jamais content Patlotch ? Ça dépend, à y regarder de plus près ces marxistes-féministes s'intéressent de près aux asymmétries de genre et de race et au néo-colonialisme contemporain

deux thèmes sont notamment proposés dans cet alléchant programme, qui rejoignent les préoccupations ici exposées

Intersections of Marxism, feminism, critical race and postcolonial theories /  Marxist feminism and intersectionality theories

How capitalism survives? A Marxist-Feminist perspective hm Historical Materialism Research in Critical Marxist Theory
Call for Papers within the framework of the 11th Historical Materialism Annual Conference ‘How Capitalism Survives’ - 6-9 November 2014 - Vernon Square, Central London

The question ‘how capitalism survives?’ resonates strongly with a range of feminist critiques on the Left. In the 21st century this question invites us to revisit of the history of capitalism and patriarchy in their myriad entanglements as well as to analyse the daily (re)construction of a globally dominant socio-economic model that thrives on gendered and racial asymmetries.
The Marxist-Feminist stream this year wishes to deepen our understanding of the mechanisms that make the reproduction of capitalism possible in the very sites that constitute an ‘everyday life’ where exploitation and struggle are actualised or forestalled. We are also interested in analysing the continuities, discontinuities and mutations of the capitalism & patriarchy nexus from the age of empire all the way to contemporary neo-colonialisms. Such colonial projects may involve anything from territorially-based extraction of surplus value to the production of individual and collective subjectivities.

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la classe, mauvais genre ?

si la question sociale, les «discriminations » et le rapport au travail, ne sont jamais absentes de ces approches partiellement intersectionnelles, il est assez rare que la question des classes y soit abordée explicitement. Aucun doute que certaines interventions auraient un intérêt dans un approche incluant les classes (pour le dire clairement, en termes marxistes), et cette absence traduit une limite théorique, comme un mur de classe, des études d'intersectionnalité

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... détourné de critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

il est donc nécessaire de s'emparer de ces études à la manière des études sociologiques, psychologiques... et d'en reprendre les analyses dans une perspective communiste, à la manière dont on le fait pour les rapports de travail par exemple

Genre : une question internationale 4 émissions de France-Culture

- Mondialisation des gender studies : vers une vision américaine du genre ?
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Féminisme et mouvements sociaux : quelle idée du genre dans le monde arabe ?
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Existe-t-il des études de genre à l’européenne ?

En Colombie, le genre et la race, Maria Viveros Vigoya Libération 25 mai

Quand on parle des études de genre, on continue à les penser comme des études sur les femmes. Or, la masculinité n’est pas moins que la féminité une affaire de genre. Dès les années 90, dans plusieurs pays d’Amérique latine (Chili, Pérou, Mexique, Brésil, Colombie, Nicaragua), des recherches se sont développées sur les hommes et les masculinités - au pluriel. En effet, il n’est pas question de les réduire à la seule figure du macho, comme si le machisme était propre à cette région du monde. Au contraire, c’est l’occasion de proposer la critique d’un tel culturalisme. Les questions posées portent en conséquence sur ces différences qui comptent dans la définition des masculinités : la classe, la race, l’ethnicité, l’âge

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... sexualisation de la race et racialisation de la sexualité

(...)  Les catégories de masculinité et de féminité, mais aussi d’hétérosexualité ou d’homosexualité, ne sont pas plus naturelles ou présociales, et pas moins historiques, que les catégories de classes (moyennes ou populaires), ou encore de race (Blancs et Noirs) ; elles ne renvoient pas non plus à des positions subjectives ni à des expériences sociales uniformes et monolithiques.

Les enquêtes montrent que les rapports de classe et de race servent à établir des hiérarchies entre hommes et entre masculinités en termes de comportement familial, parental et sexuel. A Quibdo, une ville où réside une population très majoritairement noire, dans une des régions les plus pauvres de la Colombie, les hommes sont décrits comme des pères absents, des pourvoyeurs irresponsables et des maris infidèles : ils incarnent une masculinité marginalisée.
(...)
J’ai ainsi été amenée à réviser les conceptions canoniques sur la masculinité et la féminité dans une perspective intersectionnelle : l’imbrication des rapports de pouvoir façonne les identités de genre, mais aussi le marché matrimonial ou la mobilité sociale. Le pari de l’intersectionnalité, c’est de comprendre les relations sociales comme des constructions simultanées dans différents ordres, en particulier de classe, de genre et de race : les interactions entre ces catégories, selon les contextes historiques et sociaux, les mettent au jour et leur confèrent un sens.

Genre et discriminations - Colloque, DIM « Genre, inégalités, discriminations », 27-28 juin 2013, Nanterre -

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

à ce colloque organisé par CPDH (Combats pour les droits de l'homme) aucun des 12 ateliers et 43 thèmes n'abordait explicitement les classes sociales, sauf sous la forme de discriminations sociales et dans le travail

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24 mai

petit bilan d'étape pour plus de lisibilité

écrit provisoirement comme intro à la rubrique critique du capital : des classes du genre et de la race, intersectionnalité, communs... 

je considère le capitalisme comme historique et structurel, la contradiction entre classes n'étant pas seule, du fait de la domination masculine, et que les deux se manifestent à travers la question raciale comme essentielle. Je poursuis mon projet de construire la critique du genre dans sa relation aux classes et à la race et dans leurs rapports au capital comme totalité relative. De mon accumulation/réflexion depuis six mois, je crois pouvoir tirer quelques résultats généraux :

s'il existe un féminisme qui refoule la lutte de classes, il n'est pas de lutte de racisé·e·s qui ne soit lutte de classes

d'un point de vue stratégique immédiat, le genre pose plus de problème que la race. La race est plus motrice que le genre dans les luttes qui comptent, mais il n'existe pas de lutte à forte composante raciale qui ne soit aussi lutte des femmes, lutte de prolétaires avec leurs contradictions internes et externes

si l'on prend en compte le caractère quantitatif des luttes, leur caractère de masse non groupusculaire mais socialement profond, il n'existe pas de luttes féminines séparées supposant une unité féministe, de même que l'abolition du genre comme fin de toutes différences entre hommes et femmes, au-delà de différences hiérarchiques, n'est jamais exprimée comme visée dans les luttes - l'abolition du genre n'est qu'un mot d'ordre théorico-militant

le genre médie toujours les luttes de classes quelles que soit leur "teneur raciale". S'il n'existe pas plus de luttes de classes épurées du genre et de la race que de lutte de femmes épurées de la classe et de la race, ce n'est que dans des luttes d'ampleur que la jonction peut se réaliser, quand toutes les conditions sociales sont bouleversées. Mais cela ne signifie pas que la lutte se mène alors sous le grand chapeau du prolétariat, puisque le dépassement des identités de luttes, pour ainsi dire, est un processus jamais achevé dans le capitalisme ni achevable à l'horizon de notre vision de la communisation

parallèlement, le concept de commun est interrogé dans la mesure où il porte une contradiction révolutionnaire entre capitalisme et communisme. Il émerge de fait dans les luttes de classe/genre/race au sein desquelles il met particulièrement en évidence :

- le tandem race/genre et la problématique de la reproduction sociale, du rapport à la nature, à la terre, peut-être plus que dans la production ouvrière (voire, en Asie)

- l'intérêt de couches moyennes, non prolétaires, pour le meilleur et pour le pire...

j'ouvre cette rubrique dans la mesure où la genèse de mon site n'a pas abordé de façon séparée la problématique du genre, mais à travers sa double articulation avec les classes et la race - en commençant par une critique du courant communisateur 

de ce fait nombre de documents et références (Federici, Angela Davis, Dorlin...) sont disséminés dans d'autres rubriques, notamment communisme : genre, classe, 'race', documents et les sous-rubriques : classe genre race : communisation, pour une mise à jour,  races, genres, classes, Intersectionnalité... classe race genre : autant de "planchers de verre" ?, Black Feminism et d'autres non "blanches", le genre comme "cache-sexe", de la classe ?, "assez du féminisme de classes moyennes !", races, genres, classes, Intersectionnalité...

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24 mai 2014 17:26

la politique du PIR ?

(précision sur l'intersectionnalité dans les luttes en France)

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

on peut toujours se désespérer qu'un tel croisement classe/race ne semble s'opérer, en France, que sous la bannière politique du PIR, Parti des Indigènes de la République, et par la voix de Houria Bouteldja (féministe «de couleur»), que les marxistes tiennent à distance (voir une "caution intellectuelle" à Houria Bouteldja ?), mais du point de vue théorique, à qui la faute, et depuis combien de temps ? Je ne fais pas de cadeau aux tendances communautaristes et citoyennistes du PIR, mais c'est néanmoins la seule expression politique qui traduise en France le moment nécessaire de l'auto-organisation des racisé·e·s contre le capital. Elle existe par défaut d'une prise en charge de la question raciale dans une perspective révolutionnaire et se paye de conséquences plus néfastes que l'existence de ce parti

elle existe aussi, il me semble, parce que le moment présent d'affrontement face au capital se situe au-delà de cette seule question de la race, mais aussi globalement (la dimension "décoloniale") à travers elle, dans la politique, contre l'Etat, comme on l'a vu dans les soulèvements arabes, en Ukraine, en Bosnie, en Amérique du Sud...

au-delà de divergences évidentes avec Houria Bouteldja, force est de constater qu'en France, elle mène le combat où il se situe concrètement aujourd'hui, dans ce champ politique c'est-à-dire largement face à l'Etat, ce qui en situe les limites mais constitue une critique pratique et radicale de l'Etat-nation, de l'identité nationale, un champ d'action totalement délaissé par l'extrême-gauche, et mené de façon abstraite par les anarchistes, dont c'est pourtant le fond de commerce : l'abolition du capital, c'est aussi celle de l'Etat-Nation. Plutôt se demander pourquoi ce combat est mené, paradoxalement, dans un cadre citoyenniste

un combat concret que chacun·e mène depuis sa situation concrète

les théoriciens de la pureté du capital pourront certes chercher la petite bête de la mauvaise articulation entre race, genre et classe. Autre chose est de la prendre par tous les bouts, car dans la vie, elle se présente telle qu'elle est vécue dans une diversité de situations, jusqu'au niveau le plus individuel : « Les individus sont toujours partis d’eux-mêmes, partent toujours d’eux-mêmes » (Marx)

« Les individus sont toujours partis d’eux-mêmes, partent toujours d’eux-mêmes. Leurs conditions sont des conditions du mouvement réel de leur vie. Comment se fait-il que leurs conditions se rendent indépendantes des individus et les contrarient ? Comment se fait-il que les puissances de leur propre vie deviennent plus puissantes qu’eux-mêmes ? », Œuvres III Philosophie, Pléiade, 1982, p. 1036. Mais aussi, dans L’Idéologie allemande : « L’existence créée par le communisme est précisément la base réelle qui permet de rendre impossible qu’aucune existence soit indépendante des individus »

le combat du renversement communiste, concernant l'individualité, fait partie intégrante du cours de la lutte au présent, il n'est pas supposé commencer le jour J de la communisation. Voilà un point de vue individuel de haute-tenue

Race, classe et genre : l’intersectionalité, entre réalité sociale et limites politiques, Houria Bouteldja, Berkeley 17 avril 2013

« Il n’est pas nécessaire pour les femmes indigènes en France d’agir en tant que féministes déclarées ou en tant qu’anticapitalistes déclarées. Elles agissent pour leur intérêt immédiat qui est toujours une imbrication en creux de leur intérêt en tant que prolétaires, de femmes et d’indigènes.»

c'est comme ça, de la même façon qu'Elsa Dorlin l'a posé dans son livre La matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française, Paris, Éd. La Découverte, coll. Textes à l’appui/Genre et Sexualité, 2006

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les théoriciens cocos du vieux continent à la bourre ?

au colloque "Puissances du Communisme", organisé par la Société Louise Michel (22-23 janvier 2010), lors de la table ronde "A la recherche du sujet perdu, j'ai pu observer dans la vidéo comment Pierre Dardot (commun et Cie) faisait la fine bouche devant les propos d'Elsa Dorlin, concernant aussi bien le genre que la race, un peu comme si elle était une petit fille au milieu de ces barbons

de même, je ne vois pas que les théoriciens du courant communisateur, Temps Critiques ou les tenants de la Wertkritik se soient sérieusement emparés du sujet. Peut-être que les héritiers de l'ultra-gauche et ses environs, ayant définitivement rangé la politique au magasin des accessoires de l'histoire, méprisent par trop les théoriciens communistes engagés dans le «mouvement social». Peut-être que s'exprimant de façon impersonnelle, ils pensent davantage s'épargner de partir d'eux-mêmes, hommes et blancs, de ce fait moins « communautaristes » qu'Houria Bouteljda ? Peut-être qu'étant des hommes, ils sont plus portés à la cérébralité, puisqu'on dit que les femmes sont plus concrètes, plus terre à terre... une qualité sans doute forgée dans l'adversité de genre, pour se libérer du mâle savoir qui prétend les dominer intellectuellement ? Toujours est-il que sur ces questions, des hommes de peu de couleur, théoriciens marxistes embarqués parfois dans des pratiques militantes critiquables (démocratisme radiacl, etc.) ont griller la politesse aux purs conceptuels

car il n'y a pas que le black feminism pour poser ces questions. Voir l'exemple de Jean Belkhir, de l'Université du Wisconsin, auteur en 1994 de The Failure and Revival of Marxism onb Race, Gender & Class Issues deuxième numéro d'une revue dont le premier est de 1993. On y trouve une belle bibliographie

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... 1994 critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

un texte "plus récent", de douze ans d'âge...

Marxism and Class, Gender and Race, Rethinking the trilogy Jean Belkhir 2001

Conclusion : As long as the RGC [Race Genre Classe]perspective reduces class to just another form of oppression, and remains theoretically eclectic, so that intersectionality and interlockings are, in a way, "up for grabs," meaning open to any and all theoretical interpretations, the nature of those metaphors of division and connection will remain ambiguous and open to conflicting and even contradictory interpretations. Marxism is not the only macro level theory that the RGC perspective could link to in order to explore the "basic structures of domination" but it is, I would argue, the most suitable for RGC's emancipatory political objectiv

à mon sens, on devrait plutôt, en tant que communiste, se réjouir que cela soit enfin posé, en France, dans la théorie et dans les luttes

en relation avec la 'race' de Marx aux 'marxistes' et 'communistes'

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23 mai

marxisme et féminisme

Cinzia Arruzza on Marxism and feminism vidéo 15:55

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... présentation

la philosophe Cinzia Arruzza est une véritable plaque tournante critique des rapports entre marxisme et féminisme, ou dit autrement entre critique du capitalisme et de la domination masculine. Ses textes d'une grande clarté ont aussi l'intérêt de renvoyer à d'autres écrits tels que ceux de Christine Delphy, Danièle Kergoat, Heidi Hartman, Iris Young, Angela Davis, Sylvia Walby, Nancy Fraser, Silvia Federici... et de présenter ainsi une sorte de synthèse des thèses en présence

une sélection de textes traduits en français 

pour ma part je retiens une idée forte dans son approche, qui rejoint celle que j'ai soutenue dans ma controverse avec Théorie Communiste, à savoir la nécessité de marier l'analyse structurelle du capital et son histoire concrète, autrement dit ce qu'on nommait, sous des étiquettes repoussantes car évoquant le diamat stalinien, matérialisme dialectique et matérialisme historique. Dans le texte Réflexion de Genre (3) : Le capitalisme est-il « indifférent » à l’oppression des femmes ? elle discute les positions de Meiskins Wood (« Capitalism and Human Emancipation : Race, Gender, and Democracy ». Elle annonce aussi un quatrième volet de ce texte portant sur la « reproduction sociale », qui nous ramène en territoire théorique familier. Elle évoque marginalement la question de la race, pour laquelle la question de l'analyse historique concrète est également indispensable, et constitue le fil rouge de mes considérations sur le problème du lien entre racisme (racialisation) et capitalisme. Extraits :

Un des points de vue les plus répandu chez les théoriciens marxistes est de considérer l’oppression de genre comme quelque chose qui n’est pas nécessaire à l’oppression du capital. Cela ne signifie pas que le capitalisme ne s’en serve pas et ne profite pas de l’inégalité de genre produite par les configurations sociales précédentes. Mais il s’agirait par contre d’un rapport opportuniste et contingent. Dans les faits, le capitalisme n’a pas vraiment le besoin de se servir de manière spécifique de l’oppression de genre, et les femmes ont bel et bien atteint, sous le capitalisme, un niveau de liberté et d’émancipation sans précédents dans les époques historique. Bref, la libération des femmes et le capitalisme n’auraient pas un rapport antagoniste.[...]

Pour le dire plus clairement : A partir du moment où l’on accepte cette distinction entre la structure logique du capital et ses dimensions historiques, on peut accepter l’idée que l’extorsion de la plus-value se passe dans le cadre de la relation entre des individus formellement libres et égaux, sans supposer de différences de statuts juridiques et politiques, mais seulement à une niveau d’abstraction très élevé, c’est-à-dire au niveau de la structure logique. D’un point de vue historique concret, les choses changent radicalement. Prenons cette question point par point :

1. Partons d’un état de fait : une formation sociale capitaliste sans oppression de genre n’a encore jamais existé. Que le capitalisme, dans ce processus, se soit limité à utiliser les inégalités préexistantes, reste discutable : le colonialisme et l’impérialisme ont contribué de manière significative à introduire des hiérarchies de genre dans des sociétés au sein desquelles celles-ci n’existaient pas, ou du moins de manière plus nuancée.

Le processus d’accumulation capitaliste s’est accompagné d’une expropriation tout aussi significative des femmes des différentes formes de propriété auxquelles elles avaient accès et des professions qu’elles pouvaient encore exercer au cours du haut moyen-âge (lire à ce propos le livre de Sylvia Federici : « Le grand Caliban ») ; la succession entre des processus de féminisation et de déféminisation du travail contribue à reconfigurer continuellement les rapports familiaux, créant de nouvelles formes d’oppression basées sur le genre. La réification de l’identité sexuelle advenue à partir de la fin du 19e siècle a contribué au renforcement d’une matrice hétéro-normative qui a eu des conséquences oppressives pour les femmes, et pas uniquement pour elles.[...]

On pourrait en effet dire exactement la même chose pour la classe des travailleurs/euses dans son ensemble : que ce n’est qu’à l’intérieur du capitalisme que se sont créées les conditions pour une émancipation politique de masses des couches subalternes et pour que cette classe devienne un sujet politique capable d’arracher des conquêtes démocratiques significatives. Et donc ? Cela démontrerait-il que le capitalisme pourrait aisément se passer de l’exploitation de la classe des travailleurs/euses ? Je ne crois pas. Il vaut donc mieux laisser tomber la référence à ce que les femmes ont, ou n’ont pas, obtenu : si les femmes ont obtenu quelque chose, c’est parce qu’elles ont lutté pour cela et parce qu’avec le capitalisme sont apparues les conditions sociales favorables à la naissance des grands mouvements sociaux et politiques modernes. Mais cela est valable de la même manière pour la classe des travailleurs/euses.

2. Il faudrait distinguer ce qui est fonctionnel et propre du capitalisme et ce qui en est une conséquence nécessaire. Les deux concepts sont différents. Il est peut-être difficile de démontrer, à un haut niveau d’abstraction, que l’oppression de genre est nécessaire au fonctionnement du capitalisme. Il est vrai que la concurrence capitaliste crée continuellement des différences et des inégalités, mais ces inégalités, d’un point de vue abstrait, ne doivent pas nécessairement être des inégalités de genre. De ce point de vue, si on fait l’expérience mentale de penser à un capitalisme « pur », que l’on analyse uniquement sur base de ses mécanismes essentiels, alors peut-être que Meiksins Wood aurait raison. Cependant, cela ne prouve pas que le capitalisme n’aurait pas comme conséquence de son fonctionnement concret la reproduction constante des oppressions de genre, et souvent sous des formes diverses. J’en dirai plus à ce propos dans la quatrième réflexion de Genre qui parlera du concept de reproduction sociale.

3. Revenons enfin sur la question de la distinction entre le niveau analytique et le niveau historique. Ce qui est possible d’un point de vue purement analytique et ce qui se passe d’un point de vue historique sont deux choses profondément distinctes. Le capitalisme existe toujours dans des formations sociales concrètes qui ont leur histoire spécifique. Comme je l’ai déjà dit, ces formations sociales ont toujours été caractérisées par une présence persistante et vivace de l’oppression de genre.

Supposons maintenant, à un niveau totalement théorique, que ces hiérarchies dans les divisions du travail seraient dictées par d’autres formes d’inégalité (grands et petits, vieux et jeunes, maigres et gros, ceux qui parlent une langue indo-européenne contre tous les autres,…). Supposons même que la grossesse et la naissance soient entièrement mécanisées et que toute la sphère des relations émotives puisse être marchandisée et gérée par des services privés,… bref, supposons tout cela. Est-ce une vision crédible d’un point de vue historique ? L’oppression de genre peut-elle être si facilement remplacée par d’autres types de hiérarchies qui agiraient sur les mêmes questions, qui apparaitraient comme aussi naturelles et qui seraient aussi ancrées dans la psyché et dans les processus de formation suggestive ? Il semble plus que légitime d’en douter.

Partir de l’analyse historique concrète

Pour conclure, et pour répondre à la question de savoir si la pleine émancipation et la libération des femmes peuvent être atteintes à l’intérieur du mode de production capitaliste, il faut chercher la réponse non pas dans le plus haut niveau d’abstraction d’analyse sur le capital mais, au contraire, dans le niveau de l’analyse historique concrète.

C’est bien là que se situe l’erreur, non seulement de Meiskins Wood, mais aussi de beaucoup de marxistes farouchement attachés à l’idée d’une hiérarchie entre exploitation (principale) et oppressions (secondaires). Si nous voulons nous poser la question de la nature politique de cette question et essayer d’y répondre, il faut alors le faire à travers une conception historique de ce qu’est et ce qu’a été le capitalisme. C’est là l’un des points de départ d’un féminisme marxiste dans lequel la notion de reproduction sociale doit occuper un rôle central.

Vers une « union queer » du marxisme et du féminisme 1 ? Contretemps n°6 23 janvier 2006

cet autre texte de Cinzia Arruzza fait le lien entre ces débats et leur évolution avec la critique de genre. En voici la conclusion, que je partage intégralement

Il s'agit de lire les intersections entre genre, classe et race et de déchiffrer la relation complexe entre les éléments patriarcaux archaïques qui subsistent à l'état de fantômes dans un monde capitaliste mondialisé et ceux qui, au contraire, ont été entièrement intégrés, utilisés et transformés par le capitalisme. Cela demande un renouvellement du marxisme, susceptible d'aller au-delà de l'opposition du culturel et de l'économique, du matériel et de l'idéologique. Un projet politique qui vise à la création d'un nouveau mouvement ouvrier ne peut que s'interroger sur la façon dont genre et race exercent une influence sur la composition sociale de la force de travail et sur sa subjectivation politique en tant que classe. Cela nécessite de dépasser la question de «l'oppression première» qui a divisé mouvements féministes et mouvement ouvrier dans les dernière décennies. Ce qui est intéressant n'est pas tant de savoir si la contradiction entre capital et travail est plus importante ou davantage «première» que l'oppression des femmes, mais plutôt de comprendre la façon dont toutes deux sont désormais entièrement imbroiquées dans les rapports de production capitalistes et dans l'ensemble des relations de pouvoir du capitalisme, ce qui donne lieu à une réalité complexe. Il faudra bien, comme nous y invite Nancy Fraser, plutôt que de vouloir la nier, créer un paradigme analytique et programmatique capable d'appréhender l'ensemble de cette complexité.

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

en complément de mon texte d'hier sur la théorie du genre, et en défense de l'intersectionnalité à la lumière du marxisme...

Enjeux et défis de l'intersectionnalité entretien avec Sirma Bilge, Contretemps 30 avril 2012

Sirma Bilge, sauver l'intersectionnalité des études féministes sur l'intersectionnalité Anaïs Albert 12 mars 2014

Dans un article récent intitulé “Intersectionality Undone; Saving Intersectionality from Feminist Intersectionality Studies”, Sirma Bilge, professeure de sociologie à l’université de Montréal se livre à une critique profonde et argumentée de la dépolitisation du concept d’intersectionnalité dans son utilisation universitaire et particulièrement dans le champs des études féministes. Elle commence par rappeler les origines de ce concept en insistant sur le fait que pour Kimberlé Krenshaw, l’intersectionnalité est profondément ancrée dans l’action et dans l’expérience de la domination, plus que dans l’abstraction théorique. Elle pointe ensuite la centralité de la question raciale dans cette notion. Sirma Bilge détaille ensuite les deux voies de la dépolitisation actuelle : d’une part, sa redéfinition dans une perspective néo-libérale comme une simple variante de la diversité, d’autre part le “blanchissement” de la notion (“the whitening of intersectionnality”). Cette seconde critique vise particulièrement les féministes européennes et leur tendance à expulser la race des débats autour de l’intersectionnalité que ce soit en inventant de nouvelles généalogies qui oblitèrent le rôle des féministes noires, ou en appelant à une plus grande théorisation ce qui relègue les individu-e-s subissant la domination et la décrivant au rôle d’exemples. Un passage au crible de cette notion et de ses dérives virulent et à coup sûr salutaire pour que l’intersectionnalité garde son potentiel critique et ne devienne pas un outil commode aux mains des dominant-e-s.

communisme et question raciale : un déficit français durable

comme on le voit cette critique aux féministes européennes pourrait tout aussi bien, concernant le « blanchiment de la notion » s'adresser aux marxistes européens et plus particulièrement français. Du moins est-ce apparu comme une évidence dans ma mise en cause de Théorie Communiste (hic salta ou franchir le pas en pratiqueS théoriqueS : TC (contre Marx ?) une théorie blanche occcidentale)

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... ce qui n'existe pas, pourquoi en parler ?

L'Assemblée nationale supprime le mot "race" de la législation Le Monde 16 mai 2013 Voir éléments d'une sociologie anti--constitution-universalo-française

la politique du pire ?

on peut toujours se désespérer qu'un tel croisement classe/race ne semble s'opérer, en France, que sous la bannière politique du PIR, Parti des Indigènes de la République, et par la voix (féministe) de Houria Bouteldja, que les marxistes tiennent à distance (voir une "caution intellectuelle" à Houria Bouteldja ?), mais du point de vue théorique, à qui la faute, et depuis combien de temps ? Je ne fais pas de cadeau aux tendances communautaristes et citoyennistes du PIR, mais c'est néanmoins la seule expression politique qui traduise en France le moment nécessaire de l'auto-organisation des racisés contre le capital. Elle existe par défaut d'une prise en charge de la question raciale dans une perspective révolutionnaire et se paye de conséquences plus néfastes que l'existence de ce parti

elle existe aussi, il me semble, parce que le moment présent d'affrontement face au capital se situe au-delà de cette seule question de la race, mais globalement à travers elle, dans la politique, contre l'Etat, comme on l'a vu dans les soulèvements arabes, en Ukraine, en Bosnie, en Amérique du Sud...

au-delà de divergences évidentes avec Houria Bouteldja, force est de constater qu'en France, elle mène le combat où il se situe concrètement aujourd'hui, dans ce champ politique c'est-à-dire largement face à l'Etat, ce qui en situe les limites mais  porte une critique radicale de l'Etat-nation, de l'identité nationale, un champ d'action totalement délaissé par l'extrême-gauche, et mené de façon fort principielle par les anarchistes

un texte de haute-tenue Race, classe et genre : l’intersectionalité, entre réalité sociale et limites politiques Berkeley 17 avril 2013

« Il n’est pas nécessaire pour les femmes indigènes en France d’agir en tant que féministes déclarées ou en tant qu’anticapitalistes déclarées. Elles agissent pour leur intérêt immédiat qui est toujours une imbrication en creux de leur intérêt en tant que prolétaires, de femmes et d’indigènes.»

c'est comme ça, de la même façon qu'Elsa Dorlin l'a posé dans son livre La matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française, Paris, Éd. La Découverte, coll. Textes à l’appui/Genre et Sexualité, 2006

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

22 mai

'théorie du genre' : ar-ti-cu-ler !

« - La théorie du genre est-elle récente en France??

Elsa Dorlin : La «?théorie du genre?» n’existe pas. Cette expression a été inventée de toutes pièces par les détracteurs des études de genre. À l’origine, le terme «?genre?» est élaboré par la médecine?; il a ensuite été réapproprié et redéfini par la sociologie anglaise des années 1970 pour désigner la construction sociale du masculin et du féminin. C’est bien cette attention portée à l’histoire des normes, des valeurs, des identités, des incitations-injonctions et des interdits qui nous produisent comme des sujets sociaux «?hommes?» ou «?femmes?» – via l’éducation, la socialisation, mais aussi les représentations sociales communément partagées –, qui marque la naissance des recherches sur le genre. Les études de genre ou sur le genre existent en Amérique du Nord et du Sud, comme en Europe ou en Asie depuis près de quarante ans. C’est un champ très institutionnalisé en Europe?: en France, en Hollande, en Allemagne, en Suède, en Italie… Les études de genre ne sont donc pas une importation «?étrangère?», une «?mode?» ou le signe avant-coureur de la fin du monde. Les récentes polémiques sur l’introduction de la théorie du genre dans les manuels de sciences de la vie et de la terre (SVT) ou encore la création par la droite ultra-conservatrice de l’Observatoire de la théorie du genre?doivent être analysées comme des manipulations, animées par des lobbys réactionnaires et conservateurs, ceux-là mêmes qui sont à la tête de la protestation contre le «?mariage pour tous?». En prétendant que la «?théorie du gender?» vise à détruire la différence des sexes via une stratégie de prosélytisme en milieu scolaire, il s’agit d’effrayer l’opinion en jouant sur des penchants dangereux?: l’homophobie, l’anti-américanisme primaire et surtout l’anti-intellectualisme.» Elsa Dorlin "Le féminisme a pour ambition ?de révolutionner la société" L'Humanité 9 août 2013

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critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... « la race, quelle classe ! » Blue HerCat,  20 mai 2014 critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...
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« Le présent ? mais existe-t-il ? C'est servir une fraction périodique. Je pensais que je servais le présent, et il est déjà passé et déjà avenir...»
Marina Tsvetaeva, Le poète et le temps
, 1932, Le temps qu'il fait, 1989, p. 49

il me faudra revenir sur la critique que j'ai engagée de toute conception unidimensionnelle (voire bi-, ce qui ne change pas grand chose) de la critique radicale, ne produisant pas seulement son sectarisme mais surtout par lui sa contradiction à elle-même, aux confins d'une perte d'intelligence, comme en témoignent les conflits entre partisans de l'inexistente « théorie du genre » et certaines « Féministes radicales ». À cet égard, deux textes du site Women's Liberation without Border

- Le genre : tombeau des femmes, mort du féminisme 31 juillet 2012

- Ignorer et défendre le mâle : le piège de l’intersectionalité 15 août 2012

« On entendra dans bon nombre d’ouvrages féministes radicaux parler de « feminist standpoint », remarquons ici la différence : les structures oppressives sont d’emblée identifiées, je le rappelle : ce sont les structures politiques qui déterminent notre manière d’être sociale. Et selon ce point de vue féministe : «  les intérêts des dominants sont toujours des intérêts issus de la suprématie masculine, dans le sens où ils impliquent les privilèges et le prestige de certains hommes au détriment des femmes en premier lieu, mais aussi d’autres hommes (…). » (Denise Thompson). Identifier les méfaits du racisme et du capitalisme sous un angle féministe, c’est-à-dire comme idéologies émanant de la suprématie masculine permettra de lutter de manière plus rigoureuse contre ces-dernières, ie en ne faisant pas prévaloir les intérêts des hommes sur les femmes, mais en envisageant une humanité véritable pour les sexes, faisant ainsi disparaître les catégories sexuées.»

Et comme le dit Denise Thompson, si les luttes antiracistes et anticapitalistes devraient être le cœur des luttes « féministes, tout en ignorant la suprématie masculine, c’est bien parce que «  Le racisme et l’exploitation capitaliste sont plus facilement détectée que l’oppression des femmes, car ils impliquent la déshumanisation des hommes »

ainsi donc, chacun peut tirer la couverture de son particularisme, et les autres seront toujours des ennemis. Là précisément où il y a à dépasser les oppositions produites entre victimes du capital comme totalité, certaines théorisations les alimentent

la théorie et l'activisme Queer ne m'intéressent pas davantage, depuis leur marginalité envahissante et terrorisante, que les activistes sautant à pieds joints sur le concept de communisation comme sur l'Europe un cabri pour de Gaulle

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

un spectre de théorie hante l'Europe ?

je l'ai déjà exprimé, pas plus les Études de Genre (Gender Studies) que l'intersectionnalité (Intersectionnality Studies) ne portent en elles-mêmes une idéologie, au-delà bien sûr du fait que, cantonnées au milieu universitaire elles tendent à se poser comme neutres, voire objectives parce que «scientifiques». C'est au demeurant un reproche que leur font aussi bien Christine Delphy et Angela Davis. Ces études ne portent pas davantage une « théorie du genre » ou une « théorie de l'intersectionnalité », mais les nouveaux don et doña Quichotte s'inventent les moulins adéquats à leurs armes, à leurs montures, et aux valets de pied de leurs pensées

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

l'intersectionnalité à la lumière du marxisme, pour faire simple, ne tombe pas (toujours) dans ce piège, quand elle ne prétend pas trouver « la contradiction principale », et donc « l'ennemi principal », mais Christine Delphy bel et bien, avec les concepts totalisant de Patriarcat et de classes des hommes et des femmes, inspirés de ceux de Capital et Lutte de classes. Marx lui-même n'est pas le théoricien d'une seule contradiction, et l'on a vu qu'il fut un des premiers à prendre en compte, au-delà de la lutte de classes ouvrière, le racisme comme essentiel au capitalisme, la dimension écologique, les formes pré-capitalistes d'usage des communs

il est finalement plutôt heureux, si j'ose dire, que le capitalisme actuel nous offre à réunir toutes les contradictions de son monde face à nous : prolétaires, femmes, individus  « de couleur », sans-terre, sans papiers, sans espoir... Que les unes ou les autres, dans leur aveuglement narcisso-théorique, se tirent et leur tirent une balle dans le pied, ne les renvoie qu'à leur petitesse d'esprit et de cœur. Nous fera sans eux

appeler un chat un chat, une chatte une chatte... un mâle un mâle !

je constate certes, comme ces féministes radicales, que les études de genre tendent à faire passer au second plan la domination masculine, qui est pourtant la caractéristique première qu'elles se proposaient de faire ressortir en promouvant ce concept

faudrait-il pour autant être fier ou honteux d'être un homme, une femme d'abord, voire savant dans son bocal, plutôt que prolétaire - un mot cochon marxiste - et prendre les passant·e·s pour des billes ? J'ai donné les clefs pour dépasser ce moment de l'identité, nécessaire pour se reconnaître et s'accepter comme dominé·e, à partir de quoi l'on peut cesser de penser et d'agir en tant que tel·le pour une égalité sous condition de rester ce à quoi l'on est assigné·e, et viser le dépassement des catégories, en rotation partant de l'une considérant les autres

mais cela suppose un arrachement culturel et social qui concerne autant les savants que ceux au nom de qui ils prétendent parler, qui le vivent dans leur chair et sans phrases

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... noyer le poisson ?

le genre, valeur usée ?

au nom de ce concept de genre, on lit tellement d'inepties, tant de la part de ses thuriféraires que de ses détracteurs, que la confusion générée donnerait plutôt l'envie de s'en passer. Si le résultat devait être de faire passer au second plan d'une part les luttes féministes elles-mêmes - soupçonnées d'essentialisme ce qui est un comble - dans leur lutte contre la domination masculine; d'autre part leur nécessaire articulation avec les luttes de classes et contre l'essentialisme de la race, cela me ferait préférer encore le mot d'ordre d'«abolition du patriarcat (et du capita)l» à celui d'«abolition du genre (et du capital)», qui se traîne toutes les ambiguïtés inhérentes à l'obsession - soit en la niant soit en la séparant du social - de sortir la nature de l'histoire. En France de droite comme de gauche, cela relève de la bêtise idéologique et militante y compris chez des spécialistes en psychologie, en anthropologie, en biologie, etc. convoqués à la rescousse

et nous voilà sommés jusqu'en notre for  intérieur de choisir notre camp sur les étals médiatiques, comme dans ces sondages d'opinions dont la nôtre est absente, l'agressivité concomitante n'ayant d'égale que la suffisante ignorance d'expert·e·s en tous genres, qui veulent penser pour nous notre « émancipation »

penser la complexité ne signifie ni écraser la dialectique des contradictions, ni sombrer dans l'indéterminisme d'un chaos, mais abandonner l'esprit simpliste incapable de concevoir une topologie d'ensembles s'incluant réciproquement dans leurs déterminations

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

mais ça ne peut se faire comme articulation de théorie à théorie, sur la base de l'une d'entre elles posée comme première et génératrice - la classe, le genre, la race, la nature... - c'est un chantier à nouveaux frais, comme l'a bien vu Silvia Federici, par exemple, avec Marx. Les théories sont à dépasser non seulement sur la base des théories du passé, mais à partir du réel dans sa complexité passée revisitée et présente vécue. C'est pourquoi la charge des féministes radicales contre l'intersectionnalité en soi, et contre la critique du genre comme anti-féministe, est une idiotie, et ceci d'autant plus qu'elles relèguent la classe et la race à l'arrière-plan. Voir ce jour Théorie générale ?

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14 mai 2014

la race, une catégorie objectivée par le capitalisme

« Ethnicisation, racisation, racialisation: une introduction » Jean-Luc Primon,maître de conférences en sociologie, Unité de recherche « migrations et société » (URMIS), Nice In Faire Savoirs N°6 – mai 2007

définitions provisoires, extraits

Racisation et racialisation
Comme celui d’ethnicisation, les termes de racialisation ou de racisation renvoient, en sociologie, au processus psychologique, social, historique, politique de construction des catégories ou groupes, mais cette fois, il est question de « race ». L’usage de ce terme, dans ce type d’approche, fait d’ailleurs problème. Mais, en tout état de cause, ce vocable ne désigne plus des groupes de nature biologique qui disposeraient d’une réalité matérielle et détermineraient le comportement culturel de leurs membres comme dans les typologies de races des théories racialistes. La « race », dont il est question dans les analyses en termes de racialisation ou de racisation, n’a pas le statut de catégorie objective, mais fait référence à une idée construite, qui n’a pas de réalité dans l’ordre biologique, mais en garde une dans l’ordre social, en ce sens qu’elle fait partie de l’expérience de la vie de nombreuses personnes. [...]
Les notions de racialisation ou de racisation, qui mettent l’accent sur le caractère socialement construit des catégories ou groupes « racialisés » ou « racisés », ont pour fonction de se substituer à l’idée commune de « race » en tant que chose et groupe discret basé sur des traits physiques [...].
Les deux vocables semblent souvent être pris pour synonymes et interchangeables. Peut-être la notion de racialisation est-elle plus restrictive que celle de racisation et traite-t-elle plus directement de la construction sociale des groupes raciaux, au sens courant des typologies raciales, que la notion de racisation, plus extensive. [...]
Cette biologisation de la perception sociale, à partir d’une marque somatique qui fonde (socialement) la « race », repose en définitive sur la croyance en une différenciation biophysique de l’espèce humaine [...]. La racisation ne vise pas exclusivement les catégories raciales, au sens habituel, mais désigne le processus général qui associe l’altérité à une marque somato-biologique et qui repose sur cette croyance ordinaire en une différence et séparation naturelles des catégories d’êtres humains. Ce processus social de racisation se décline sous une forme particulière selon les groupes visés (sexisme, antisémitisme, racisme, etc.). [...] La sociologie anglophone, en revanche, ne semble connaître que le concept de racialisation [...]. Dans cette tradition, parler de racialisation revient à mettre l’accent sur le processus social et psychologique de catégorisation au cours duquel des différences, liées aux caractéristiques somatiques des personnes, sont perçues comme significatives, puis naturalisées et légitimées. La racialisation, dans cette acception, se définit donc principalement en tant que processus de catégorisation sociale. Cette notion rompt également avec la signification habituelle du terme de « race », en ce sens que cette dernière ne désigne plus une entité fixe et naturelle, mais se conçoit comme un effet de l’activité de catégorisation et de représentation des personnes : autrement dit, un construit mental et social. [...].
Au final, on peut noter que les notions d’ethnicisation, de racialisation ou de racisation œuvrent dans le même sens en mettant toutes trois l’accent sur le caractère socialement construit des différences et leur essentialisation. Et, concrètement, dans les analyses sociologiques, il est souvent difficile de distinguer ces concepts, sauf à dire que l’ethnicisation présume la mise en jeu d’un référent culturel ou ethnique (une même origine présumée) alors que la racialisation et la racisation font intervenir des marqueurs biologiques ou somatiques dans la catégorisation sociale. [...]

dans le contexte de ma réflexion débouchant sur la nécessaire abolition du racialisme je m'interroge sur l'utilisation de ces termes. Théorie Communiste semble utiliser indifféremment racisé / racisation et racialisation dans un texte récent de Roland Simon, ce passage

Et en prime dans ce clivage [riches et pauvres] : le racisme
Dans le cadre de la « préservation de l’État social » ou de sa « restauration » au nom du contretype social, économique et idéologique des «  Trente Glorieuses  », la nation, la citoyenneté nationale et «  l’authenticité  » s’entremêlent avec le clivage entre « ceux qui n’en peuvent plus de faire des efforts  » et les «  Autres  ». Il ne s’agit plus de rejeter l’étranger au nom d’une vision racialiste de la nation, mais en vertu d’un idéal beaucoup plus consensuel : sauvegarder le « modèle social français », ou britannique, etc. Cette guerre à la fraude ciblant les étrangers a pour principal effet d’arrimer la crise de financement des systèmes de protection sociale à un problème d’identité nationale.
Cette racialisation de la « préservation de l’État social » suit un principe identique à la racialisation de la lutte contre le chômage. Il s’agit de ne jamais critiquer le système social et économique mais de faire en sorte que la concurrence entre les travailleurs inhérente au salariat fasse que la classe ouvrière se plie tant bien que mal aux conditions actuelles de crise.

il est effectivement «difficile de distinguer les concepts», voire de les interpréter linguistiquement sans les historiser. On pourrait entendre que racisation tend à souligner l'assignation à la race alors qu'elle n'existe pas, et racialisation assignation à telle race considérée comme objective. Angela Davis n'est pas soupçonnable de considérer la race comme existant biologiquement

« Before the Tsarnev brothers were discovered to be the alleged perpetrators [of the Boston Marathon bombings], there was an attempt to present the person who planted the bomb as either a black man or a dark skinned man with a hoodie. This racialization of what is represented as terrorism is an attempt to bring the old-style racism into the conversation with modes of repression in the 21st century.» Angela Davis on the “Racialization” of Terrorism, From Assata Shakur to Boston Marathon Bombings Video 3 mai 2013

dans les deux cas sort-on de l'antiracisme épinglé par Bernard Lyon (TC) dans « Nous ne sommes pas anti » ?

L'antiracisme, frère de l’antifascisme, est maintenant devenu aussi l’idéologie d’État qui accompagne et absout le racisme d’État, pratique et massif, qui s’est développé en France, à partir de l’entrée en crise manifeste du capital, dans les années 70. La politique antiouvrière de restructuration capitaliste a « racisé » l’ensemble du prolétariat, d’abord en le divisant entre « Français » et « immigrés » puis par « l’ethnicisation » et le dit « communautarisme ». Cette situation met l’antiracisme dans une position intenable. S’il se confirmait que les « petits blacks » ont manifesté un racisme contre les « petits blancs » (juste retour des choses qui boucle le maelström) les antiracistes nous auraient de toute façon déjà dit que ce ne serait pas du racisme mais un ressentiment social ! Merveilleuse imbécillité qui suppose que le racisme serait biologique. Il sera toujours vrai que l’antiracisme se portera aussi bien que le racisme sans jamais le freiner. Lors des grandes luttes, en 1995 ou en 2003, Le Pen disparaît du paysage et on ne se rappelle même pas de son existence, et ce n’était pas l’effet de l’antiracisme

à mon sens la race existe bel et bien comme catégorie du capital et de son idéologie. Elle est objectivée et devient idéologiquement objective. Son existence structurelle pour le capitalisme ne fait aucun doute tant sur le plan historique, économique et social, sans cesse reformulée comme le souligne le texte de Jean-Luc Primon

en ce sens, la race n'existe pas moins, comme construction sociale, que la classe ou le genre

en résumé, je mets en doute l'utilisation de racisation/racialisation quand elle laisse entendre une extériorité à la structure du capital, une fabrication permanente sans racines à l'origine du capitalisme (voir la 'race' pour l'esclavage, construction historico-sociale par et pour le capitalisme). Les Noir·e·s américain·e·s, dans le Black Feminism en particulier, ne le font pas parce qu'ils partent de leur situation vécue concrètement depuis des siècles

en résumé, contrairement à Roland Simon, je considère que le racisme n'intervient pas « en prime dans le clivage riches-pauvres ». Il le structure en profondeur, qualitativement et quantitativement à l'échelle du monde depuis les origines du capitalisme

en prime, un livre qui interroge la vision de TC, qui reconnaît le genre comme reproduction de la principale force productive, la population exploitable, mais dénie cette fonction à la race. TC sort et ne sort pas de l'approche marxiste traditionnelle sur le rapport classe/genre/race

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... extraits

Reproducing Race, an ethnography of pregnancy and birth at a large New York City public hospital, explores the role of race in the medical setting. Khiara M. Bridges investigates how race—commonly seen as biological in the medical world—is socially constructed among women dependent on the public healthcare system for prenatal care and childbirth. Bridges argues that race carries powerful material consequences for these women even when it is not explicitly named, showing how they are marginalized by the practices and assumptions of the clinic staff. Deftly weaving ethnographic evidence into broader discussions of Medicaid and racial disparities in infant and maternal mortality, Bridges shines new light on the politics of healthcare for the poor, demonstrating how the “medicalization” of social problems reproduces racial stereotypes and governs the bodies of poor women of color.

7 mai

genre et rapports sociaux de sexe, Roland Pfefferkorn, 2012

vidéo Rapports sociaux de sexe et de racisation et articulation des rapports sociaux Séminaire Marx au XXIe siècle. Sorbonne. Paris le 28 janvier 2012 1:56

en relation Articuler les rapports sociaux. Rapports de classe, de sexe, de racisation PDF, Strasbourg 2011

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

Un compte rendu de Maud Navarre

Alors que fleurissent les ouvrages concernant le genre1, Roland Pfefferkorn propose dans cet opus synthétique une analyse critique de ce concept à la mode. Le livre se découpe en quatre chapitres dans lesquels l’auteur dresse la genèse des Gender Studies puis analyse les apports respectifs des concepts de « genre » et de « rapports sociaux de sexe ». Fidèle à la thèse soutenue dans ses précédents ouvrages2, Roland Pfefferkorn développe dans celui-ci un véritable plaidoyer en faveur de la notion française de « rapports sociaux de sexe », issue des analyses féministes matérialistes3.

Le premier chapitre s’intéresse à la volonté de rompre avec le naturalisme qui préside à l’émergence des Gender Studies. Celle-ci est illustrée par les travaux des féministes matérialistes des années 1970, à l’instar de ceux de Christine Delphy qui théorise à cette époque les rapports entre les hommes et les femmes grâce à la notion de « patriarcat ». Se fondant sur la prise en charge du travail domestique par les femmes, cette dernière analyse les rôles sexués à partir de la dialectique production/reproduction. Mais, rapidement, comme le rappelle l’auteur, ces analyses s’avèrent limitées par le développement du travail salarié des femmes. C’est pourquoi, dans les années 1980, les chercheurs féministes adoptent la notion de « division sexuelle du travail » transposable aussi bien dans l’espace domestique que dans le monde professionnel.

En parallèle, aux États-Unis, un autre concept destiné à appréhender les relations entre les hommes et les femmes se développe : le « genre ». Roland Pfefferkorn en synthétise, dans le deuxième chapitre de son ouvrage, les différentes significations prises par ce terme. Le genre désigne initialement la part sociale (ou culturelle) du sexe, suivant les analyses qu’en livre Ann Oakley. Cette dernière est la première chercheuse à en donner une définition, parachevant ainsi les travaux pionniers de John Money ou encore du psychanalyste Robert Stoler, sur les « gender identities » et « gender roles » destinés à rompre eux aussi avec l’idée de nature. Dans la deuxième acception du terme évoquée par Roland Pfefferkorn, le genre fait référence à un processus social à travers les travaux de Gayle Rubin ou encore Judith Lorber et Joan Acker. Ces chercheuses introduisent l’idée d’un système de genre produisant des organisations elles-mêmes « genrées ». Le genre devient alors une structure sociale garantie par des institutions. Par exemple, ces auteures montrent que dans les organisations, un ensemble de règles a priori neutres favorise toutefois les hommes et exclut les femmes. En France, à cette même période, Colette Guillaumin évoque pour sa part la notion de « sexage » pour désigner, un peu comme l’esclavagisme, le processus d’appropriation des femmes par les hommes dans la sphère privée et, plus globalement, dans l’ensemble de la société. Le genre renvoie également, dans une troisième acception, à la construction sociale du biologique (le sexe), notamment sous la plume de la philosophe Judith Butler, au début des années 1990. L’auteure prend de la distance quant aux thèses de l’assignation sexuée de Gayle Rubin en introduisant l’idée de performativité des rôles de genre : s’il y existe des contraintes sociales générant le masculin et le féminin, chacun dispose d’une relative liberté lui permettant de respecter plus ou moins les répertoires sexuels préconisés par la société. Ce travail pour contrer l’essentialisation des identités genrées ouvre alors la porte aux théories Queer qui présentent la classification binaire en masculin et féminin comme une construction sociale. Cependant, et c’est surtout cette dernière dimension qui intéresse Roland Pfefferkorn, le genre désigne aussi des rapports de pouvoir dans les travaux de l’historienne Joan Scott. Au milieu des années 1980, cette auteure analyse le genre comme un système d’antagonismes. Le masculin et le féminin sont définis de manière relationnelle et suivant les contextes spatio-temporels. Cette acception contribue alors à rapprocher sensiblement le genre de la notion de « rapports sociaux de sexe ».

Avant de présenter les enjeux théoriques de ce concept français, Roland Pfefferkorn se livre, dans le troisième chapitre, à quelques critiques concernant la notion anglo-saxonne de genre. La polarisation sur le discours amène tout d’abord à s’intéresser davantage au symbolique et aux représentations du masculin et du féminin qu’à leurs aspects matériels. L’oubli du contexte et, plus globalement, de l’historicité des relations entretenues par les hommes et les femmes risquent par ailleurs de conduire à une nouvelle essentialisation, d’autant plus lorsque persiste l’idée d’un sexe biologique imperméable aux rapports sociaux. Enfin, l’évacuation de la dimension antagoniste du genre générant une relation asymétrique conduit, selon Roland Pfefferkorn, à des analyses erronées, notamment dans le domaine de la sociologie du couple et de la famille. Dans certaines de ces études, en effet, les hommes et les femmes sont considérés comme des contractants égaux alors qu’il n’en est rien.

C’est pour cette raison que Roland Pfefferkorn défend, dans un dernier chapitre, la notion de « rapports sociaux de sexe » afin d’appréhender les relations entre les hommes et les femmes. Refusant la thèse du « retard français » en matière d’adoption du concept de genre, l’ouvrage défend plutôt l’idée d’une autre voie empruntée par les études féministes : celle de l’analyse des « rapports sociaux de sexe », s’inscrivant dans la droite lignée des analyses marxistes. Ainsi, très tôt, des études sur les femmes se sont développées à l’instar des travaux pionniers de Madeleine Guilbert sur les fonctions des femmes dans l’industrie en 1966. Et si l’on ne parle pas – ou très peu – de « genre » jusqu’à la fin des années 1990, c’est parce qu’un autre angle d’approche domine, s’inspirant de la notion de division sexuelle du travail : l’analyse des « rapports sociaux de sexe ». Elle place le travail au cœur du système des inégalités entre les hommes et les femmes. Ce dernier est à la fois le levier de la domination masculine et, en même temps, de l’émancipation des femmes. Par ailleurs, la notion permet de ne pas essentialiser le féminin et le masculin en postulant une tension entre les êtres humains, constructrice de la vie en société et capable de reproductions comme de changements. Ainsi, l’idée de contingence est inhérente au concept de « rapports sociaux de sexe ». Ce dernier invite à la comparaison historique et spatiale (d’une société à l’autre). En outre, il permet de prendre en compte à la fois les déterminants structurels et les libertés individuelles. Face aux contraintes sexuées, tous les individus ne réagissent pas de la même manière. Certains les acceptent et d’autres les refusent, voire essaient de les changer. Les individus sont à la fois les agents et les acteurs des « rapports sociaux de sexe », ce qui invite donc à s’intéresser aux modalités de construction des marges de liberté et d’action individuelles. Enfin, la notion de rapports sociaux de sexe permet de faire le lien avec d’autres rapports sociaux sévissant dans la société, à l’instar de ceux de classe et de « race », et de s’y intéresser. Les rapports sociaux sont consubstantiels : ils agissent les uns sur les autres, structurent ensemble la totalité du champ social et tenir compte de leur imbrication dans la construction de l’ordre social fait toute l’originalité du concept aux yeux de l’auteur. Cet entrecroisement est d’autant plus important en ce qui concerne les rapports sociaux de sexe que, contrairement aux autres groupes dominés, les femmes sont moins ségréguées dans l’espace social.

Cet ouvrage de synthèse apporte ainsi un point de vue critique sur les Gender Studies. Contre l’omniprésence du genre et les déformations que la notion subit, Roland Pfefferkorn rappelle l’intérêt historique de certains concepts tels que celui de « rapports sociaux de sexe ». L’ouvrage, facile d’accès, intéressera les novices, comme les plus avertis, de ces questions. Il soulève toutefois quelques interrogations, par exemple, celle de la pertinence actuelle de la distinction des notions de genre et de « rapports sociaux de sexe ». En effet, la notion de genre telle qu’elle est définie par Joan Scott à partir des années 1980 finit par recouvrir une acception similaire à celle de « rapports sociaux de sexe ». Et si, effectivement, le second terme semble plus explicite que le premier, on peut cependant se demander dans quelle mesure il est encore pertinent d’établir une distinction aujourd’hui. Certaines études semblent d’ailleurs avoir dépassé ce clivage en proposant des analyses en termes de « rapports sociaux de genre »4. De plus, la notion de « rapports sociaux de sexe », inspirée des rapports sociaux de classes, telle qu’elle est analysée dans cet ouvrage, ne prend pas en compte la question, pourtant cruciale pour les analyses d’inspiration marxiste, relative à la conscience d’appartenir à un groupe social déterminé. Dès lors, on peut se demander s’il est nécessaire d’utiliser ce vocable dans la mesure où l’unité et l’antagonisme des groupes « femmes » et « hommes » ne sont pas nécessairement avérés. Ne serait-il pas plus pertinent d’employer un vocabulaire plus « apaisé » à l’instar des approches dites « relationnelles » du genre, sans retomber toutefois dans le piège de l’essentialisation à travers l’idée de complémentarité des sexes5 ? Enfin, ces définitions relativement proches du genre et des rapports sociaux de sexe invitent à s’interroger en même temps sur les influences réciproques des deux traditions de recherche, notamment dans la période précédant l’adoption en France du concept de genre. Autant de questions auxquelles il est de toute façon difficile de répondre dans un ouvrage qui se veut, avant tout, une synthèse brève et originale des Gender Studies.

1 Voir par exemple Bereni L., Chauvin S., Jaunait A., Revillard A., Introduction aux Gender Studies. Manuel des études sur le genre, Bruxelles, De Boeck, collection « Ouvertures politiques », 2008, 246 p. ; Guionnet C., Neveu E., Masculin/féminin. Sociologie du genre, Paris, Armand Colin, collection « U », 2009 (2004), 430 p. ; et, plus récemment, Clair I., Sociologie du genre, Paris, Armand Colin, collection « 128 », 2012, 128 p.

2 Notamment Pfefferkorn R., Inégalités et rapports sociaux. Rapports de classes, rapports de sexes, Paris, La Dispute, coll. « Le genre du monde », 2007, 413 p.

3 Notamment les études de Danièle Kergoat dont on pourra trouver un panorama dans son dernier ouvrage, Kergoat D., Se battre disent-elles, Paris, La Dispute, coll. « Le genre du monde », 2012, 353 p.

4 Entre autres, voir Fillieule Olivier et Roux Patricia (dir.), Le sexe du militantisme, Paris, Presses de Sciences Po., 2009, 361 p.

5 Telle est l’ambition par exemple d’Irène Théry : Théry I., La distinction de sexe. Une nouvelle approche de l’égalité, Paris, Odile Jacob, 2007, 688 p. ; Théry I., « Le genre : identité des personnes ou modalité des relations sociales ? », Revue française de pédagogie, n° 171, avril-mai-juin 2010, p. 103-117.

genre et classes populaires, carnet du séminaire de recherche...

beaucoup de références sur ce site, notamment les programmes du séminaire depuis 2011. Séminaire 2013-2014

Une histoire sans les hommes est-elle possible ? Genre et masculinités, édité par Anne-Marie Sohn, Paris ENS Editions, 2014

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... “On ne naît pas homme, on le devient.”

Genre, masculinités et classes populaires, une articulation bien présente dans cet ouvrage et qui reste à explorer. Sur ce point, voir notamment les contributions de Richard Holt: ”Jackie Milburn, « footballeur » et « gentleman ». Culture régionale et masculinité populaire dans l’Angleterre de l’après-guerre”, Nicolas Hatzfeld: “Derrière l’universel de classe, redessiner le masculin. Les ouvriers de l’automobile au XXe siècle” et de Xavier Vigna que nous avions eu le plaisir de recevoir dans notre séminaire en 2012, “De la conscience fière au stigmate social : le virilisme ouvrier à l’épreuve des années 1968?.

On ne naît pas homme, on le devient. Cet ouvrage se propose de déconstruire ce qui a fait longtemps figure d’invariant et de montrer que la masculinité a une histoire. Les contributions, qui courent de la préhistoire à nos jours, peignent ainsi des masculinités à la fois multiples et changeantes.
Ce livre examine en premier lieu les signes et marqueurs de la masculinité qui permettent d’emblée de savoir qui est un homme. Il analyse ensuite les preuves et épreuves de masculinité, qu’elles soient professionnelles, sexuelles ou militaires. Les hommes, en effet, se doivent de démontrer, toute leur vie durant, qu’ils remplissent bien les critères de « bonne masculinité » attendus d’eux. Sont en jeu ici les processus sociaux et éducatifs qui transforment le sexe en genre et la nature en culture. Ces preuves et épreuves non seulement font « l’homme » mais construisent également les hiérarchies masculines, opposant dominants et dominés, gagnants et perdants de la masculinité.
Une histoire des hommes et des masculinités fondée sur le genre permet ainsi de mieux comprendre la résistance de la domination masculine et les inégalités présentes entre hommes et femmes.

4 mai

le genre, le capital et les deux TC 

Temps Théoriques et Critique Communiste : têter n'a pas cessé c'est sûr, ce tête à tête est tiré par la queue

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... un genre trop inhumain ?

encore un livre d'homme ?

« Au-delà des controverses stériles entre culturalisme et naturalisme dans lesquelles s’enferment les activistes du genre et leurs opposants conservateurs, ce livre tente une critique politique d’une conception du « genre » qui a perdu tout rapport avec l’idée première de genre humain.
Après l’échec du dernier assaut révolutionnaire contre le capitalisme – celui des années 1967-77 –, autonomie, identités particulières et multiples, affirmation des subjectivités sont devenues les valeurs et pratiques dominantes de l’individu egogéré.
Dans les domaines de la sexualité humaine, l’accentuation de la particularisation des rapports sociaux et la capitalisation de quasiment toutes les activités humaines engendrent maintenant la négation des déterminations à la fois naturelles et sociales du sexe. Celui-ci n’est plus perçu que sous sa forme sociale construite et franglicisée de « genre ».
Au mouvement des femmes qui visait des droits généraux s’est substituée la pression de minorités sexuelles qui tirent leur dynamique idéologique de leur ancienne répression. Divers activistes du « genre » vont alors dénoncer les dimensions à la fois trop naturalistes et universalistes d’une conception du sexe qui, selon eux, entretient un rapport de dépendance trop étroit avec la norme hétérosexuelle et non plus simplement avec un système patriarcal en voie de dissolution.
De l’abolition du sexe en passant par la multiplication des « genres », tout semble, pour eux, affaire de libre choix sur fond d’une confiance aveugle en les possibilités offertes par la science. Cette nouvelle idéologie se présente comme une évidence qui s’imposerait à tous, alors qu’elle réduit la conscience qu’on pourrait avoir de notre finitude humaine à une simple croyance au mythe d’une nature humaine.»

au premier abord, étrange approche qui semble réduire la question du genre, et son articulation avec les classes, à une question idéologique dans l'air du temps... mais peut-être que cette quatrième de couverture ne couvre pas tout ce qu'annonce la première

vu le nombre qui s'intéresse à cet aspect des choses, à l'échelle du monde, tempête théorique dans un verre d'eau vide ? à lire donc, pour en savoir plus

au-delà de la focalisation actuelle sur le concept de genre (et son abolition), à craindre toutefois une sous-estimation de la domination masculine, d'autant que Temps Critiques n'a jamais été très attiré par le sujet au-delà de la critique des particularismes identitaires : encore un livre d'homme ?

nature morte au gourdin théoriste

Le mode de production capitaliste n’est pas sexuellement neutre / Il faut partir de ce qui fabrique les femmes.

Le travail et le surtravail qui lui est corollaire supposent la constitution de la population en principale force productive, le contrôle de cette principale force productive suppose la création d’une partie de l’humanité comme productrice de cette force et son contrôle. Partir de la reproduction (biologique) et de la place spécifique des femmes dans cette reproduction c’est présupposer comme donné ce qui est le résultat d’un processus social. Le point de départ (puisqu’en avoir un fait partie des tares nécessaires de la production théorique) est ce qui rend cette place spécifique comme construction et différenciation sociale : les modes de production jusqu’à aujourd’hui. L’augmentation de la population comme principale force productive n’est pas plus un rapport naturel que n’importe quel autre rapport de production et elle se meut dans des contradictions spécifiques à chaque mode de production. La nécessaire appropriation du surtravail, phénomène purement social (le surtravail ne tient pas à une supposée surproductivité du travail) crée les genres et la pertinence sociale de leur distinction sur un mode sexuel et naturalisé. Posséder un utérus ne signifie pas « faire des enfants », pour passer de l’un à l’autre il faut tout un dispositif social d’appropriation et de mise en situation (de mise en fonction) de « faire des enfants »[Dispositif de violence incluant le viol, mais aussi l’amour, le care, la douceur, le souci des autres, être un corps], dispositif par lequel les femmes existent. Posséder un utérus est une caractéristique anatomique et non déjà une distinction, mais « faire des enfants » est une distinction sociale qui fait de la caractéristique anatomique une distinction naturelle. Il est dans l’ordre de cette construction sociale, de ce dispositif de contrainte, de toujours renvoyer ce qui est socialement construit, les femmes, à la biologie. La production de la catégorie sociale femmes ne serait pas telle sans être naturalisée et le rapport entre hommes et femmes ne saurait être un rapport social sans apparaître comme naturel.

théorie hard : l'art de trancher dans le lard

sans surprise un art consommé de la formule tranchante 'plus radicale que moi tu meurs'... d'un excès de sexe, d'amour et d'humeurs. Je ne suis pas loin de penser que ce théoricien est un monstre de cérébralité refoulant sa propre corporalité, déduisant ses affects du capital, et crachant de rage le manque de chair de sa théorie sur tout ce qui leur pousse, aux corps, y compris des idées de rupture. Voir TC 'Théorie Communiste' : fin de partie truquée

je ne comprends pas la phrase « "faire des enfants" est une distinction sociale qui fait de la caractéristique anatomique une distinction naturelle ». Même si l'évolution du corps humain est en partie historiquement socialisée, je ne comprends pas comment ce qui est anatomique ne serait pas naturel. À tout prendre, il me semblerait plus juste de dire que « faire des enfants » est une caractéristique anatomique et produit  une distinction sociale dont on fait une distinction naturelle

l'histoire ne dit pas si le fait que (presque) toutes les femelles du genre animal « font des petits » nécessite « tout un dispositif social qui fait de la caractéristique anatomique une distinction naturelle, un dispositif par lequel les [femelles] existent »

la violente amour

« Et me livre aux tourmens d'une cruelle absence
La violente amour dont je brûle en ces lieux » 
Henriette de Coligny de La Suze

l'histoire ne dit pas non plus si « le dispositif social d'appropriation et de mise en fonction de "faire des enfants" n'est que cela, « dispositif de violence »

elle ne dit pas si « l’amour, le care, la douceur, le souci des autres, être un corps » ne ressortent que de ce « dispositif de violence incluant le viol », ou si ces vertus pourraient tout aussi bien devenir masculines, elles le sont parfois - en quoi cela ne suppose pas, dans l'abolition du genre social, la fin des différences entre hommes et femmes, mais de la hiérarchisation, comme le précise entre autres Silvia Federici

l'histoire ne le dit pas mais le laisse-t-elle supposer ? L'extrait est trop court pour en juger, cependant...

« Renoncer à l'amour me paraît aussi insensé que de se désintéresser de son salut quand on croit à l'éternité.»
Simone Bertrand de Beauvoir (elle n'était pas noble mais simplement bourgeoise)

une pensée infirme du monde, des luttes, et finalement du capital

« Cette notion du commun ne sépare pas l'humanité de la nature qu'elle exploite ou protège, mais se concentre plutôt sur les pratiques d'interaction, de soin et de cohabitation dans un monde partagé, encourageant ce qui est bénéfique et limitant les formes nuisibles du commun. » Negri et Hardt Préface à Commonwealth, p.10-11

le piège théorique se referme sur qui n'inclue pas la nature dans l'humanité ni les humains dans la nature, en purs êtres sociaux, de même quand la terre n'est pensée qu'en termes de rente, et par suite ignorée une piste de sortie du capital autant en théorie que dans les luttes sur le commun

chez TC, il n'y a, au sens théorique, aucune dialectique de la nature, y compris en ce qu'elle est sociale. L'identité de la critique communiste et de son objet, le capital, est pour TC totale, et donc sa théorie communiste réelle (sous subsomption), réellement une théorie capitaliste. Elle n'en sort pas, ne sait pas comment en sortir, et s'en sort par un saut idéaliste, comme tout scientisme aveugle à ce qu'il ignore - et méprise avec superbe : ils finiront par passer pour plus idiots qu'ils ne sont, et l'auront mérité

à lire cette courte présentation, il semble en effet que TC, confronté à un échec théorique annoncé, s'enferre et éprouve le besoin d'en rajouter dans le simplisme qui pointait sous l'enjôleur fatras de sa dialectique : comme la plupart n'y entendent rien, ils ne retiennent que les résultats caricaturaux en supposant que les démonstrations sont bonnes. Plus le style se fait clair (quand même) plus le leurre tombe

de l'anti-humanisme primaire à l'anthropocentrisme vulgaire, il fallait franchir le pas...

... de conserver paradoxalement, par défaut d'une théorie les articulant, l'opposition nature-culture (société). Bref, une critique qui se veut radicale mais reste sur le terrain de l'adversaire, ce que signifie peut-être ce qu'entend Temps Critiques par « négation des déterminations à la fois naturelles et sociales du sexe »

Roland Simon n'est pas un corps, mais un pur esprit

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... nature morte à la gourde renversée Willem Kalf vers 1615

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Importé de races, genres, classes, Intersectionnalité...

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

29 mars 2014

Idéologie, racisme, intersectionnalité. Une invitation à lire Stuart Hall Kolja Lindner

« L’important et long texte de Hall sur le racisme qui propose, comme le présent article, une analyse intersectionnelle des rapports de classe et de race, reste pour l’instant inédit en français. L’ensemble qu’il forme avec les analyses des identités ethniques, du multiculturalisme et de la postcolonialité présente la troisième préoccupation de l’œuvre de Hall »

à la croisée du marxisme, des Cultural Studies, des cultures populaires et de la critique de la 'race', Stuart Hall est mort le 10 février dernier. Concernant l'idéologie, il est considéré comme un héritier d'Althusser. « Son origine jamaïcaine, son ralliement au marxisme et son rejet du magistrat intellectuel et de l’élitisme en font un universitaire au parcours atypique.»

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

tenons-nous, avec Stuart hall, le chaînon théorique manquant concernant la structuration du capitalisme par le racisme ?

Stuart Hall "Race, articulation et sociétés structurées 'à dominante' "(extrait) Contretemps 2014

Race, articulation and societies structured in dominance Texte complet en anglais

« J’ai essayé, dans cet article, de rendre compte de l’émergence d’un nouveau paradigme théorique qui, tout en prenant pour orientation fondamentale la problématique marxiste, cherche par le biais de divers moyens théoriques à surmonter plusieurs limitations rencontrées par certaines des appropriations les plus traditionnelles du marxisme – l’économisme, le réductionnisme, l’« apriorisme », l’absence de spécificité historique, etc. –, des limitations qui continuent à miner la portée de certaines réflexions par ailleurs très puissantes, qui ont rendu le marxisme vulnérable en lui faisant prêter le flanc à des critiques justifiées de la part des diverses variantes du monisme économique et du pluralisme sociologique.» [...]

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... Le capital reproduit la classe comme un tout, y compris ses contradictions internes – comme un tout structuré par la race

« Il [le capital] contient et désamorce les institutions de représentation des classes, en les neutralisant, c’est-à-dire en les confinant à des stratégies et à des luttes axées sur la race et en les rendant incapables de surmonter les barrières raciales. Le?racisme rend le capital capable de briser toute tentative de construire des moyens alternatifs de représentation qui pourraient être capables de représenter plus adéquatement la classe en tant que tout – contre le capitalisme, et contre le racisme. Les?luttes sectorielles articulées par la race continuent au contraire d’apparaître comme les seules luttes défensives possibles pour une classe divisée en elle-même, dans son face-à-face avec le capital. Ces luttes sont donc également le terrain à partir duquel se déploie l’hégémonie du capital. Je précise qu’il ne s’agit absolument pas de dire que le racisme serait simplement le produit d’un tour de passe-passe idéologique.» [suite]

 

 

10 février 2014

The complexity of Intersectionality LeslieMcCall PDF

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

The American economy is in good shape: profits are soaring, employment is expanding, and technological advances abound. Yet inequality between genders and among races still exists. In Complex Inequality, Leslie McCall sifts through the complexities surrounding wage differences and economic restructuring to provide an important new understanding of the differences gender, race, and class make in inequality. McCall's vision of the issue will offer a new way to approach and address the complexities of inequality

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... Interview with Ifeoma Ajunwa video

en relation Intersectionality / a marxist-feminist critical theory

 

31 janvier 2014

Abolishing Race in Theory ? Against Race by Paul Gilroy (Harvard Univ Press 2000)

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... des effets pervers de la contradiction unique entre classes

PAUL GILROY'S THE Black Atlantic: Modernity and Double Consciousness (1993) was probably the most influential academic book on race published in the 1990s. Gilroy's study of political and cultural routes of the African diaspora popularized the theory of “hybridity,” a description of migration, ethnic mixing and border crossing as markers of identity. Gilroy posed his theory as an alternative to Marxism, which, he argued, failed to adequately capture or describe the traumas and aspirations of Black experience. This was interesting given that Richard Wright and W.E.B. Du Bois, the two most famous Black Communists in U.S. history, were offered as case studies of Gilroy's diasporic idea. Gilroy in fact never cites Marx or Marxism in the index to The Black Atlantic. In 2000 Gilroy published Against Race. The book is primarily an examination of the legacy of fascism. It attacks “essentialist” ideas about race, i.e. scientific, political or ideological definitions of race that are absolutist.

Alternative to Marxism?

As in The Black Atlantic, Gilroy's humanism is also offered as an alternative to a Marxist analysis of race. He in fact launches his argument by subtly discrediting Marxism. He does this through critical shorthand and punning.

In the only reference to their writing in the entire book, he argues that “Marx and Engels appropriated the idea of political solidarity in opposition to the power of nation-states when, at the start of The Communist Manifesto, they described the world they saw progressively divided `into two great hostile camps . . . facing each other.'” He continues, “The class-based identification of the countryless proletarians was thus also a matter of camp-thinking -- a mode of solidarity so powerful that it broke the historic allegiance of their universal class, industrial workers, to its respective national bourgeoisies. They saw antagonistic social forces more profound than those of the nation constituted in this distinctive arrangement.” (83). Gilroy does not diagnose or apply Marx and Engels' theory of class struggle and bourgeois nationalism. Rather, he proceeds to assign a “camp” mentality to a wide range of thinkers about race and national identity, those drawn “by the lore of blood, bodies, and fantasies of absolute cultural identity.” (83) These include fascists, hyper-nationalists, scientific racists, eugenicists, cultural nationalists, fundamentalists -- everyone who is “for” the idea of race which Gilroy is against.

Those familiar with The Communist Manifesto may be surprised by Gilroy's use of Marx. Assigning Marxism the historical responsibility of creating “camp” mentalities subtly aligns it in his argument with the history of racism. [suite]

Towards the Abolition of Whiteness, Essays on Race, Politics, and Working Class History David Roediger

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... à propos de frontières entre histoire du travail et politique, entre races et classes

Towards the Abolition of Whitenesscounts the costs of whiteness in the American past and present. It finds those costs insupportable. At a time when prevailing liberal wisdom argues for the downplaying of race in the hope of building coalitions dedicated to economic reform, Roediger wants to open, not close, debates on the privileges and miseries associated with being white. He closely examines the way in which white identities have historically prepared white Americans to accept the oppression of others, the emptiness of their own lives, and the impossibility of change.

Whether discussing popular culture, race and ethnicity, the evolution of such American keywords as gook, boss and redneck, the strikes of 1877 or the election of 1992, Roediger pushes at the boundaries between labor history and politics, as well as those between race and class. Alive to tension within what James Baldwin called “the lie of whiteness,” Roediger explores the record of dissent from white identity, especially in the cultural realm, and encourages the search for effective political challenges to whiteness.

“David Roediger has emerged as the leading analyst, critic and interpreter of the role of 'whiteness' in US history and culture. His carefully researched and historically grounded writing shows us that white racism has been a central force in US history, and a key component of Euro-American identity, not just an aberration in an otherwise color-blind society.” — George Lipsitz, University of California, San Diego

Abolish the White Race Harvard Magazine, sept.oct. 2002

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité... extraits

In the interests of survival, Afro-Americans have always studied whiteness. There is a long tradition among them that the white race is a peculiar sort of social formation, one that depends on its members’ willingness to conform to the institutions and behavior patterns that reproduce it. By the early 1900s…it was becoming commonplace in the academy to speak of race, along with class and gender, as a social construct

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

In addition to the notion of race as a social construct, [an old friend, John Garvey, and I] shared another, which we owed to the West Indian Marxist C.L.R. James: that ordinary Americans are drawn by the conditions of their lives in two opposite directions, one that mirrors and reproduces the present society of competition and exploitation, and another that points toward a new society based on freely associated activity. We believed that this internal antagonism played itself out as a civil war within the white mind, between the desire of whites to wall themselves off from black Americans and their desire to overcome the boundaries that kept them apart.

critique du capital : classes, genre, races / marxisme et intersectionnalité...

(d'un site néo-nazi) Noel Ignatev « A Harvard professor wants to abolish the white race. Noel Ignatiev, a founder of a journal called Race Traitor and a fellow at Harvard's W.E.B. DuBois Institute, a leading black-studies department, argues in the current issue of Harvard Magazine that "abolishing the white race" is "so desirable that some may find it hard to believe" that anyone other than "committed white supremacists" would oppose it. In excerpts appearing this week in newspapers nationwide, Mr. Ignatiev, who is white, writes that "every group within white America," including "labor unionists, ethnic groups, college students, schoolteachers, taxpayers and white women" has at one time or another "advanced its particular and narrowly defined interests at the expense of black people as a race." Mr. Ignatiev pledges in the essay that his journal, Race Traitor, intends to "keep bashing the dead white males, and the live ones, and the females, too, until the social construct known as 'the white race' is destroyed not 'deconstructed' but destroyed." Ignatiev, the son of Jewish immigrants from Russia, was raised in Philadelphia He attended the University of Pennsylvania but dropped out after three years./> Under the name Noel Ignatin, he joined the Communist Party USA in January 1958, but in August left (along with Theodore W. Allen Harry Haywood) to help form the Provisional Organizing Committee to Reconstitute the Marxist-Leninist Communist Party (POC). He was expelled from the POC in 1966. Later he became involved in the Students for a Democratic Society When that organization fractured in the late 1960s, Ignatiev became part of the Third-worldist Maoist New Communist Movement , forming the group Sojourner Truth Organization in 1970. Unlike other groups in the New Communist Movement, the STO and Ignatiev were also heavily influenced by the ideas of Trinidadian writer C.L.R. James For 20 years, Ignatiev worked in a Chicago steel mill in the manufacturing of farming equipment and electrical components. A Marxist activist, he was involved in strikes by the mostly-African-American laborers of the steel mill. In 1984, he was laid off from the steel mill, approximately a year after an arrest on charges of attacking a strike-breaker's car with a paint bomb