commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

 

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commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? 

en marge La Guerre des Boutons

note du 6 mai : il va sans dire (mais...) que la lutte sur le commun est une lutte révolutionnaire à saisir comme lutte de classes, lutte sur le genre, lutte pour abolir les sépararations identitaires et communautaires de races, de nations, de religions... une lutte sur les communs aussi, un lutte communiste de rupture avec le capital comme totalité, mode de production et de reproduction

« dans la production sociale de leur existence, les hommes entrent en des rap­ports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté, rapports de production qui corres­pondent à un degré de développement déterminé de leurs forces productives maté­rielles. L'ensemble de ces rapports de production constitue la structure économique de la société, la base concrète sur laquelle s'élève une superstructure juridique et politique et à la­quel­le correspondent des formes de conscience sociales déterminées. Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie social, politique et intellectuel en général. Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience.» Karl Marx Critique de l'économie politique 1859

13 janvier 2015

Christian Laval, idéologue sournois de la contre-révolution au nom de "Charlie" et de « la démocratie du commun populaire »

Dimanche 11 janvier : Le réveil citoyen trahi à Paris Christian Laval, 11 janvier Médiapart

Christian Laval fait partie de ces idéologues de la gauche citoyenniste qui font mine de voir dans la marche de dimanche une trahison, une récupération. Son texte est intéressant, parce qu'il permet de voir comment se situe cet auteur, avec Pierre Dardot, d'un livre récent, 'Commun', présenté comme le fondement théorique de la révolution du XXIème siècle

Charlie était redevenu Charlie avec un animateur comme Charb, c’est-à-dire un journal authentiquement démocratique, du côté des dominés qui rigolent des dominants, du côté des gouvernés qui se moquent des gouvernants, et qui se moquent aussi beaucoup d’eux-mêmes. Un journal qui invente et défend une démocratie qui ne fait pas du Peuple, de la Nation ou de la République  les nouvelles idoles sacrées. Une démocratie des relations quotidiennes, des gestes simples, du rire et de l’amité. La démocratie du commun ordinaire.

le réveil citoyen a eu lieu dès le soir qui a suivi le crime sur presque toutes les places de France et d’ailleurs. Dimanche 11 janvier à Paris, la vraie citoyenneté, qui est en deuil profond et en colère, risque fort d’être symboliquement confisquée  par les puissants et les dominants, tous ceux  contre lesquels Charlie a toujours lutté. Ils ne sont pas les Charlie, ils sont les non-Charlie.

Christian Laval est un politicien démagogique et manipulateur dans la tradition trotkiste. Il parvient même à glisser son concept de "commun" en y introduisant le citoyen, c'est-à-dire, comme Marx en a fait la critique, l'autre face de l'Etat, de la politique, de la démocratie, comme inventions idéologiques nécessaires au mode de production capitaliste

il parvient à évacuer les « je ne suis pas Charlie » comme s'ils étaient tous équivalents au point de vue des « puissants et dominants », alors que dans la confusion, aussi bien des anarchistes, des communistes libertaires que les Le Pen revendiquent « je ne suis pas Charlie », d'où la nécessité de se dégager au plus vite du possible amalgame des « extrêmes »

comme je ne cesse de le montrer, il n'y a pas de récupération, au-delà du seul niveau politicien électoraliste, dont Christian Laval est partie prenante. A été "récupéré" ce qui était récupérable, et que partage toute la gauche institutionnelle, le "national", la nation, l'Etat, le citoyen, la démocratie, l'électoralisme, avec l'abandon concomitant du clivage de classes

le texte de Christian Laval est un chef-d'œuvre de bonne conscience humaniste et mielleuse refourguant sa « démocratie du commun populaire » contre le B.A.BA du communisme, qui suppose bien évidemment d'abolir la propriété (privée ou publique), mais aussi l'argent, la valeur et les échanges du commerce, le travail salarié... bref, le capitalisme. Cherchez l'erreur : les mots de capitalisme et de classes sont absents de son texte. Certes ce n'est pas une question immédiate, mais néanmoins une visée, un repère qu'évacue Christian Laval 

la boucle est bouclée : femmes et 'races', assignation des prolétaires 'indigènes' à l'identité de "musulmans", sont également absents. Je me souviens (video) de la condescendance de Christian Laval à l'égard d'Elsa Dorlin, qui essayaient d'introduire les critiques de genre et de 'race' lors d'un colloque sur le communisme, en 2012

voilà pour commencer d'en finir avec la "révolution du XXIème siècle" selon Christian Laval, Pierre Dardot, et tous les citoyens qui en feront leur nouvelle bible

1er novembre 2014

communs, commun, partage, collaboratif... une auberge espagnole idéologique

On l'appelait capitalisme Olivier Pascal-Moussellard - Télérama 20 septembre

« Longtemps il a régné sans rival. Miné par la crise, le capitalisme recule face aux modèles collaboratifs nés sur Internet. Un nouveau monde émerge, centré sur le partage. » bla bla bla

Fin du capitalisme : pourquoi la thèse idyllique que défend Jeremy Rifkin ne tient pas Atlantico 2 octobre

après la manif pour tous, encore un signe que les repères gauche-droite sont malmenés. Ainsi faut-il qu'un blog classé à droite le dise...

Vous l’ignoriez peut-être, mais nous voici engagés sur la route sublime de l’harmonie généreuse du monde post-capitaliste. Fini le règne de l’argent, de l’accumulation et de la compétition des uns contre les autres ! Dans un avenir proche, nous entrerons dans l’ère radieuse d’une économie du partage, hybride et collaborative, qui abolira la propriété, glorifiera l’acte "solidaire" et replacera "l’humain" au cœur de nos préoccupations. Le tout grâce au numérique et dans un développement gracieux, sensible et social, soucieux de la préservation de la biodiversité, respectueux de l’environnement et parfaitement inscrit dans une démarche soutenable et durable.

En résumé – et certes, de façon un peu caricaturée –, c’est la thèse (idyllique) que défend Jeremy Rifkin dans son dernier livre (The zero marginal cost society), relayé avec succès dans les médias français. La conclusion, reprise avec béatitude par une presse socialiste trop heureuse de célébrer toute critique du marché, est claire : le capitalisme va disparaître. Autant dire que dans beaucoup de rédactions et de salons mondains, on a débouché le champagne ! Et qu’importe si le livre est en réalité plus nuancé que les articles qui en parlent ou même que ce que l’auteur en dit dans ses entretiens.

Le problème, c’est que la thèse de Jeremy Rifkin ne tient pas. Le capitalisme ne disparaît pas avec le numérique. Bien au contraire ! Prenons l’exemple de "l’économie collaborative".

Au premier abord, elle a tout pour plaire aux "alters". D’abord, elle s’auto-désigne comme fondée sur un principe de coopération, de mise en commun, venant ainsi répondre aux inquiétudes sur l’atomisation de la société et l’absence de sens ou de lien social. Ensuite, elle défend le "partage" : dans un élan de générosité, les consommateurs s’échangent une perceuse qui ne sert pas, une place de voiture vide, une chambre inoccupée. Dans cette dynamique, la propriété n’a plus de sens et (fantasme post-marxiste), la voici abolie ! ; ce qui importe, c’est l’usage : pourquoi acheter une voiture, puisque je peux me déplacer en autolib ? Top du top, cet écosystème permet même le recyclage, en redonnant une vie à ce qui n’est plus utilisé. C’est tellement beau que cela pourrait arracher une larme !

Ne voit-on pas, d’ailleurs, tous ces jeunes entrepreneurs, bourgeois suffisamment privilégiés pour se désintéresser de l’argent, bobos en devenir ou cathos complexés par la réussite financière, aux ambitions altruistes bien ancrées, se lancer dans ces magnifiques aventures ? En plus, ils peuvent le faire sans coût, grâce à internet !

Tout cela est bien gentil, mais c’est de la communication pour raconter une histoire, du "story telling" comme disent les professionnels. Des fadaises !

Car l’économie collaborative peut se maquiller des atours à la mode dont elle a envie, elle reste un modèle "économique", c’est-à-dire irrémédiablement fondé sur la propriété, l’appât du gain, la concurrence et la recherche du profit.

Ay lieu de s’extasier, les adorateurs de la "sharing economy" devraient se scandaliser. Le principe de l’économie du partage, c’est l’hyper capitalisme, la glorification du marché, et non son retrait. Car à y réfléchir un peu, elle consiste à faire entrer de façon systématique dans la sphère marchande des activités qui en étaient exclues !

Hier, vous preniez un auto-stoppeur dans votre voiture ; aujourd’hui, vous lui louez la place qu’il a réservée sur son smartphone. Hier, votre boîte à outils prenait la poussière dans la cave, en attendant que vous la réutilisiez ; aujourd’hui, vous louez un marteau par-ci, une perceuse par là. Aucune de ces activités de "partage" ne repose sur le prêt : toutes sont fondées sur la location. Les usages et les préférences de consommation peuvent changer (je loue plutôt qu’acheter) mais l’échange marchand, fondé sur la propriété, reste incontournable. C’est tant mieux, car c’est ce qui marche !

27 octobre

la fable labs et le communisme

Les fab-labs et la perspective communiste Florian Gulli et Yann Le Pollotec

au PCF on a toujours été doué pour prendre, et faire prendre, des vessies pour des lanternes, et le communisme pour un remake de l'exploitation de l'homme par l'homme. Florilège

les fab-labs (« laboratoire de fabrication ») s’inscrivent dans un processus d’abolition de « l’état actuel » (Marx)... Le communisme est d’abord abolition de la propriété privée, « appropriation sociale des moyens de production ». Historiquement, « l’appropriation sociale » a pris le visage du « service public » et de la « nationalisation ». Cette perspective absolument indispensable a néanmoins ses limites ; l’appropriation par l’État n’implique pas nécessairement l’appropriation par les usagers et les salariés. D’où l’idée de dépasser par le haut l’appropriation publique en direction d’ « institutions du commun » (Dardot et Laval) dont les fab-labs constituent une bonne illustration. Ces derniers ne sont pas des entreprises, mais sont ouverts à tous. Ce ne sont pas des services organisés par l’État, mais des lieux dont la destination est définie par les usagers eux-mêmes. Pas de production de masses dans les fab-labs, mais des individus ayant besoin de tels ou tels produits utilisant les machines-outils mises à leur disposition pour exécuter des plans conçus par eux ou téléchargés sur Internet

Ensuite, il faut souligner la dimension collaborative du travail dans les fab-labs. Ils sont des lieux de coopérations et d’échanges de connaissances théoriques et pratiques, logiques étrangères à la logique de privatisation et de concurrence du capitalisme. Bien sûr, le capitalisme sait organiser de tels espaces collaboratifs en vue du profit, si bien que l’on a pu dire du capitalisme cognitif, le capitalisme issu de la révolution informatique, qu’il organisait un « communisme du capital » (Moulier-Boutang). Néanmoins, cette récupération est seulement partielle [...]

Enfin, les « militants » fab-labs soulignent souvent la dimension écologique de leur projet. Leurs laboratoires peuvent devenir des lieux de résistance à l’obsolescence programmée. Au lieu de se débarrasser des appareils en panne, les machines-outils peuvent en reproduire les pièces défectueuses. Les fab-labs participent aussi de l’idée d’une relocalisation de l’économie réduisant la distance entre producteurs et consommateurs, diminuant d’autant le transport et son coût écologique.

Bien sûr, tout ceci ne doit pas masquer les limites de ces nouvelles manières de produire. L’appropriation par les usagers de ces moyens

bien sûr, tout ceci ne doit pas masquer que, s'il l'a jamais su, le PCF ne sait toujours pas ce qu'est le communisme, tout sauf une appropriation des moyens de production et d'échanges pour un ersatz d'autogestion "à la base", « entre producteurs et consommateurs » (sic), étrange façon d'envisager l'abolition des échanges marchands

9 octobre 2014

un programme réformiste pour le capital

Le Web, avenir radieux du prolétariat ? France Culture 8 octobre, avec  Yann Moulier-Boutang, Thanh Nghiem et Nicolas Vanbremeersch (en réécoute)

je reprends ce titre à Toni Negri et Michael Hardt, dans Commonwealth, page 435 à 442 (Folio Essais). Les deux théoriciens de la multitude y font une démonstration par l'absurde de l'impossibilité de « sauver le capital », tout en prévenant : « Certains lecteurs commencent peut-être à douter de nos intentions révolutionnaires...». Ils y exposent « une notion particulière de transition », contre la « transition socialiste » et les « théories de l'effondrement », pour promouvoir « l'autonomie progressive de la multitude par rapport au contrôle privé et public [...]; et donc une accumulation progressive du commun. »

dans l'émission en référence, écoutée par hasard hier soir dans ma voiture, les notions de commun et de Commoners reviennent chez les trois participants, sur fond de « capital cognitif » et de « revenu garanti pour tous ». Mais à la différence de Negri et Hardt, ceux-là se proposent purement et simplement de modifier les conditions des échanges et contrats économiques (brevets...) dans la sphère de la connaissance virtuelle, sans quoi l'économie ne serait plus viable... À grands renforts de Think Tanks, de Peer to Peer (P2P) et autres supposées radicales pratiques de ruptures, ils se proposent bel et bien de « sauver le capital »

si les prolétaires se préoccupent peu de savoir qui lave leurs chaussettes (« Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ? » slogan féministe des années 70), ces trois-là ont bien lu La place des chaussettes, le tournant linguistique en économie politique, de Christian Marazzi (Editions de l’Eclat, 2000). Mais ils ne savent toujours pas qui les fabrique

cette émission annoncée comme tentant « d'appliquer au net la grille de lecture marxiste » est un chef-d'œuvre d'idéologie alternative. À ce titre, elle s'inscrit dans la montée en France d'une approche du « commun » écartant d'emblée une perspective révolutionnaire ancrée dans la lutte de classes et de genre. Elle rejoint en ce sens la propagande médiatique sans frontières faite à l'ouvrage "Commun" de Dardot et Laval

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23 septembre

commun ? les révolutions qui nous attendent une lecture de Dardot et Laval hub l'observatoire 25 août

une lecture moins béate que bon nombre qui précèdent, surtout dans les milieux politiques d'extrême-gauche. Plus ouverte et plus questionnante, où l'on perçoit bien que les auteurs de cet ouvrage, et la mouvance qui les entoure de son admiration, ont surtout la hantise d'une révolution qui ne serait pas « un dîner de gala » (Mao). Beaucoup ne demanderont qu'à les suivre, mais regardent-ils les choses en face ?

« Les auteurs rappellent que la révolution doit être une auto-institution de la société et qu’elle ne signifie pas forcément guerre civile ou effusion de sang. La révolution est un changement de certaines institutions centrales de la société par l’activité de la société elle-même. Elle ne doit pas être confondue avec l’altération des institutions comme la famille, la langue ou la religion, elle est l’entrée de l’essentiel de la communauté dans une phase d’activité politique, activité une fois encore, instituante. Ainsi, si l’ouvrage Commun, essai sur la révolution au XXIème siècle ruine une part de nos modèles, cet essai travaille à proposer des pistes de changement, certes ténues, mais appropriables »

certes « nos modèles », mais surtout les leurres, sont ruinés. Mais de là à franchir le pas d'un rêve pacifiste parce que mourir pour le communisme, c'est mal, je pense que certaines théorisations sont complètement hors de la réalité. Quand les communisateurs fantasment autour d'un modèle conceptuel plutôt aléatoire, la vieille garde universitaire des classes moyennes conjure ses démons... Alors reste à penser d'autres alternatives, sans tomber dans "l'alternative"

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2 juillet

 le 'commun' comme idéal réformiste

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

De nouvelles formes de partage : la solidarité au delà de l’économie collaborative Jean-Michel Servet 2 juillet

dans commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

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21 juin

'commun' alternatif ou le retour de l'autogestion

De la coopérative vers le commun - Benoit Borrits Gauche Alternative mai 2014

ce texte a l'intérêt de présenter de façon synthétique l'alternative autogestionnaire comme programme politique sur la base du concept de 'commun'

nous avons là un exemple typique de promotion d'un néo-démocratisme radical, présenté comme anti-étatique, une forme de transition 'anti-capitaliste' sans perspective communiste de révolution abolissant l'exploitation, mais l'éternisant comme auto-exploitation du prolétariat par lui-même

du même 'autogestion' idéologique, textes

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? De la coopérative vers l’appropriation sociale

en relation

« L'autogestion sera joyeuse ou ne sera pas » 19 juin 2014

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

La Foire à l’autogestion est le point de rencontre de toute une galaxie de collectifs, d’associations, d’entreprises, de coopératives, d’organisations syndicales et politiques qui cherchent à faire vivre l’idée d’autogestion. Nous invitons toutes les personnes, organisations, syndicats, associations, entreprises, coopératives, etc. revendiquant et pratiquant l’autogestion à s’y associer.

Phénomène planétaire, l’autogestion s’inscrit dans la longue tradition historique des coopératives et des « récupérations d’entreprises », de la Commune de Paris au Printemps de Prague, de la Révolution espagnole à la Pologne d’août 1980, de Lip à l’Argentinazo en 2001. Elle apparaît dans les luttes sporadiques pour la reprise en main d’entreprises menacées de fermeture. Elle imprègne également les pratiques alternatives, de la réappropriation collective de l’habitat au lien direct avec les paysans et les producteurs.

Ces différentes expériences partagent un horizon commun : décider collectivement des affaires communes, sans déléguer à des dirigeants, aussi bien sur le plan économique que politique. Reprendre en main la production, c’est aussi pouvoir transformer ses modalités et ses finalités. Ancrée dans des pratiques concrètes, portée comme un projet global, l’autogestion est ainsi une réponse possible à la faillite du système capitaliste et étatiste.

19 juin

gauche bien pensante alternative 'demain !? le monde'

« auberge espagnole : - Un lieu / une situation où on ne trouve que ce qu'on y a apporté
- Un endroit où on trouve de tout, où on rencontre n'importe qui » Les expressions françaises décortiquées

fracture intellectuelle ou signe des temps ? il n'y a pas que les 'communisateurs' en manque de débats

« les débats qui traversent et parfois opposent les différents courants de la « pensée critique »
la rendent aujourd’hui largement inaudible en dehors de ses protagonistes eux-mêmes »

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? et si on commençait par aujourd'hui ?

mais de ceci il va falloir ne rien attendre

Exemples. Parmi les partisans déterminés d’un mouvement émancipateur, certains considèrent que rien ne pourra avancer en dehors d’une restauration des souverainetés nationales, alors que d’autres considèrent que la démocratie doit se penser aujourd’hui en dehors de ce cadre. Certains cherchent l’issue à la crise dans une reprise de la croissance, et d’autres dans une remise en question de cet objectif. Certains cherchent à identifier un nouvel acteur de classe, et d’autres pensent en termes «d’hyper-classe », ou de «multitude ». Certains avancent l’idée d’une transformation du pouvoir d’Etat, et d’autres contestent que la prise du pouvoir soit un objectif pertinent. Et ainsi de suite…

Il serait illusoire de vouloir unifier ces courants : ils expriment des hypothèses sur la nature des bouleversements en cours de l’ordre existant, et donc sur la façon d’y faire face, sans qu’aucune expérience ou pratique concrète n’ait encore permis de les valider ou de les écarter. Mais il serait tout à fait dommageable de ne pas mener entre eux les débats et les confrontations qui permettront, au fur et à mesure des échanges et des expériences, de faire avancer du commun dans les concepts et les analyses.

Notre objectif est, dans la durée, sur le site du forum et lors de rencontres publiques, de dépasser le stade de l’énoncé des thèses en présence pour parvenir à croiser les arguments et faire ainsi évoluer le débat et la réflexion. Nous avons cherché à identifier certaines de ces « controverses productives » : Que faut-il avoir pour être ? / Dans quel monde voulons-nous vivre ? / Repenser la démocratie ? / Dépasser le système ? / Réinventer la politique ? La liste n’en est évidemment pas exhaustive, loin de là. Nombre d’autres questions sont à poser auxquelles nous allons collectivement travailler au fur et à mesure des débats.

et de ceux-ci pas plus

Analyses et Documents économiques – Appel des appels – Ars Industrialis – Attac – Cassandre/Horschamp – Cités – ContreTemps – Écologie et Politique – Économistes atterrés – Écorev – Espaces Marx – Fondation Gabriel Péri – Fondation Copernic – Institut de recherches de la FSU – Golias – La Bande Passante – La Décroissance – La Ligue des Droits de l’Homme – La Parole Errante – La vie est à nous – Les Amis de l’Humanité – Les Amis du Monde diplomatique– l’Humanité – Mémoire des luttes – Mouvements – OMOS – Politis – Regards – Savoir/agir – Société Louise Michel – Transform! – Z’Indigné(e)s

définie par cette galaxie intellectuelle d'ex-associés du démocratisme radical et d'indignés professionnels à la française, comment cette "pensée critique" pourrait-elle produire une critique radicale du monde aujourd'hui ?! That is the Question

j'étais peut-être optimiste en souhaitant l'émergence de clivages dans cette nébuleuse idéologique, mais il faut croire que des ruptures ne viendront qu'à l'occasion de luttes sociales dans lesquelles les unes et les autres seraient contraints de choisir, entre démocratie institutionnelle et révolution communiste, et donc de faire preuve d'indépendance d'esprit et de courage individuel ne serait-il qu'intellectuel, qui ne sont pas les caractéristiques majeures de ces causeurs pour tous à condition de ne prendre aucun risque personnel

« Qui éduquera les éducateurs ? » Karl Marx

comme d'hab couches moyennes et profs de classe en première ligne, les 'Indigènes' indigestes hors la soupe aux grimaces. Comme on fait sa classe on se couche

loi de la concurrence égotiste et baisse tendancielle du taux d'intérêt

allons donc, beaucoup de tartufferie dans les milieux intellectuels 'critiques', où tout le monde attend tout le monde, où l'on vit collés les uns sur les autres dans le landerneau de la séparation sociale en toute distinction (comme disait Bourdieu, bien placé comme expert), pour être reconnus sur le marché médiatique des idées. Mais on observe parfois le même égotisme entre penseurs de la communisation, plus soucieux de ramener la couverture à eux que de créer un en-commun, comme dit Robin, du forum communisation.fr. Mais il est vrai, tant pour la mouvance citoyenno-démocratique qu'autour du concept de communisation, qu' « il serait illusoire de vouloir unifier ces courants »

partout l'on est invité à servir la soupe ou de faire-valoir par sa critique « Soutiens-moi, Patlotch, j'ai besoin de gens comme toi... », comme si n'appartenant pas à l'élite partageant le style universitaire, on n'était pas capable d'avoir un point de vue intéressant

langage t'engage, tu veux débattre ? chiche ! z'y vas !

ayant compris qu'on n'obtiendrai de moi nulle compromission au nom de la sacro-sainte camaraderie, on cherchera à me discréditer en pointant mes insultes, à la manière des profs choqués par les "incivilités" de leurs élèves des lieux mis au ban de la société. Mais qu'ils y aillent donc, dans les banlieues, voire comment ils seront reçus, avec leur langage châtié imbitable par ceux dont ils font des sujets de leurs visées révolutionnaires

car leur en-commun à tous n'est-il pas, à de rares exceptions près, de briller par leur absence dans les lieux et situations où s'invente en actes le 'monde de demain' ?

quoi qu'il en soit, depuis mon puits, j'ai parfois l'impression « de dépasser le stade de l’énoncé des thèses en présence pour parvenir à croiser les arguments et faire ainsi évoluer le débat et la réflexion ». Je le fais avec mes repères propres, et personne n'est empêché de s'y coller au net avec les siens. Les échanges sont parfois plus réels dans une confrontation virtuelle bien construite que par des rencontres physiques

peut-être, ceci expliquant cela, ne posé-je aucune question intéressante ? à moins qu'à l'inverse, mes questions embarrassent et justifient un « circulez, ya rien à voir ». L'hypothèse est émise, j'en ai conçu quelques scrupules, que ma présence empêcherait les débats : les voit-on s'épanouir quand je prends mes distances ?

qui confronte en France, sur Internet, les thèses de la communisation, celles de Negri, Federici, le concept de 'commun', les luttes ouvrières, celles des femmes et des ostra-racisé·e·s, sans perdre la boussole de l'abolition du capital ?

voilà une recette : de la clarté et de l'honnêteté intellectuelle, écouter les uns et les autres et confronter leurs thèses en les respectant pour ce qu'elle sont, sans auto-référence permanente à ses propres mots-concepts comme seule issue possible contre toutes les autres, être capable de trancher en exprimant son avis sans arrière-pensées, et surtout éviter la confusion idéologique comme ce forum demain !? le monde s'annonce de le faire. Penser le 'nous' à construire, pas les 'moi' à flatter

vrai que c'est un moyen de perdre plus que se faire des ami·e·s : choisir c'est renoncer

des vérités déplaisent, le réalisme fait peur, mais le combat communiste des idées, ce n'est pas « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », ni l'auberge espagnole, avec tout le respect...

« une monarchie intègre et transparente »

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? " faut rigoler, faut rigoler, avant qu'le ciel nous tombe sur la tête "

12 juin

on n'arrête pas le progrès

Télérama : la révolution est en marche 

« Covoiturage, logiciels libres, séjours chez l’habitant : le partage s’impose dans toutes les sphères.
Et serait même une sérieuse alternative au néolibéralisme.»

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? « Les Français sont des veaux. » de Gaulle

n'en jetons plus, la cour commune est pleine

10 juin 2014

la « Révolution du XXIe siècle» n'est pas un gag : c'est un travail intermittent !...pour le NPA de l'Aube (sic) 10 juin

«  1. Les intermittents luttent pour nos biens communs

Le combat des intermittents du spectacle contre la nouvelle convention Unedic de leur régime d’assurance chômage n’est en rien sectoriel ou catégoriel. Engagé depuis une dizaine d’années, il recouvre un triple enjeu de civilisation : la conception du travail, la place de la culture, la définition de la démocratie. Plaidoyer pour une lutte dont les questions et réponses inédites ouvrent la voie d’une société du bien commun.

Le récent, et très beau, film de la réalisatrice Pascale Ferran, Bird People, est une fable sur les dérèglements d’un monde, le nôtre, celui d’un capitalisme hors de ses gonds, où l’argent dévore le temps, isole et sépare les individus, finit par les éloigner de la vie, d’une vie humainement décente [...]

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

Et c’est un oiseau, un simple moineau*, qui indique la voie du sursaut, par la surprise d’un vol en liberté : cette grâce, entre amour, plaisir et bonheur, de ce qui ne se quantifie ni ne se monétise. On pourrait appeler cela le commun, comme l’ont récemment proposé Christian Laval et Pierre Dardot (rire ici). Non seulement ce qui est commun, ouvert à la curiosité de chacun, mais aussi ce qui est en commun, partagé par et pour tous. Ces biens communs dont l’affirmation et la protection garantissent que nous pouvons compter sur la protection d’une société solidaire, qui ne laisse personne sur le bas-côté, qui ne rejette ni ne détruit, soucieuse de l’humanité comme de la nature. Bref, ce qui fait qu’une société tient debout, affronte l’avenir, invente son futur, sans céder aux nécroses de la rancœur ou du ressentiment qui pourraient l’égarer et la perdre. [...]

* Patlotch préviseur avec le poème l'homme, le poète et le moineau

2. Un triple enjeu de civilisation [c'est la bataille de Troyes !] le travail, la culture et la démocratie

Très tôt, y compris par le détour d’une « Commission des mots », la Coordination des intermittents et précaires a renversé la notion d’expert et d’expertise telle qu’elle s’est imposée dans les usages gouvernementaux et leurs vulgates médiatiques. Est « expert » celui qui est expérimenté, c’est-à-dire celui qui a ou qui fait une expérience. Autrement dit, proclame la CIP, « nous sommes bien les experts, je suis un expert de ma vie ». Où l’on comprend que le mouvement des intermittents, loin de défendre de façon crispée des acquis qui seraient datés, ébranle nombre de citadelles conservatrices. Pour notre bien. Pour nos biens communs.»

si j'aurais su, j'aurais fait clown-expert... ya pa kekin ki veu fer expert-flic ?

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? de gauche à droite : Dardot Poutou Laval (Vals au téléphone)

photo  EnVouature Simone

bon courage aux zartistes-lutteurs, s'ils sont vraiment experts, se laisseront pas plumer par le NPA

3 juin

le commun sans la lutte de classes ? Entretien avec Dardot et Laval Vidéo Médiapart 2 juin

26 minutes de « démocratie participative », d'« autogouvernement », de « communs locaux, nationaux, mondiaux... avec un « double fédéralisme à la Proudhon, socio-économique et sur le plan territorial et politique », des « forces alternatives anti-capitalistes », « le mouvement doit produire ses institutions », « encourager des pratiques instituantes », « nécessité d'une révolution non pas au sens d'une insurrection, soudaine, violente...», « nous trouvons dans Castoriadis des significations plus profondes que dans Roosevelt... », « construire une politique du commun...», « le droit d'usage contre la propriété », « l'usager comme co-producteur de règles relevant du gouvernement », « une transformation de l'entreprise privée pour une ré-organisation des rapports sociaux... », « l'usager comme co-producteur de règles »

de grands absents : le capital et ses contradictions, le prolétariat, la multitude, les classes sociales, le genre et la domination masculine, la violence d'État, la critique de l'économie politique...

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? un débat italien

une utopie politique

l'impression d'ensemble est que ces théoriciens - du politique davantage que du capital - se posent davantage en orienteurs d'un projet politique qu'en critique des rapports sociaux tels qu'ils font émerger, dans le capitalisme actuel, le commun comme contradiction. Autrement dit se dégage l'idée que les luttes devraient être orientées par une idée du but à atteindre, une sorte d'ovni sociétal à construire sans dégâts collatéraux et sans rupture violente, et pour l'essentiel par les forces militantes qui constituaient comme guide idéologique l'altermondialisme démocratique. On hésite à reprendre le concept de démocratisme radical, bien que le fond demeure l'utopie et la contradiction dans les termes d'un citoyennisme contre l'État. La signification de ce livre est assez claire, ce qui l'est moins est la base sociale sur laquelle serait fondée au niveau mondial cette révolution en douceur

27 mai

le commun en eau de boudin : l'anti-étatisme de façade en supra(inter-)nationalisme... européen

la petitesse mondialiste n'a pas fini de hanter les orphelins de la Première et de la Quatrième Internationale, toujours en retard d'une guerre sociale. Pourquoi diantre faudrait-il que les prolétaires suivent le mouvement du capital dans sa constitution d'Etat-Nations Régionaux ? Comment peut-on conférer à cette étape historique le moindre réalisme dans la crise mondiale ? Comment peut-on être aussi ignorant de l'économie politique globalisée (= le capital) qui dirige le monde et dicte ses intérêts à tout ensemble supra-national, constitué précisément par lui pour y répondre, B.A.BA de la fonction économique (= capitaliste) de l'Etat ?

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

Christian Laval ou la contradiction immédiate entre théorie et politique

Christian Laval : « Le Front de gauche n’a pas su capter l’immense colère sociale » lundi, 26 mai 2014 / Marion Rousset

Au lendemain des élections européennes, Christian Laval, co-auteur de La Nouvelle raison du monde et de Commun – essai sur la révolution au XXIe siècle, réagit aux résultats du Front national. Et lance un appel pour la réinvention d’une gauche internationaliste.

« La "victoire" du FN aux élections européennes est le résultat direct de la politique néolibérale de Hollande et de son équipe lamentable. Devant l’affaiblissement des structures économiques et les crises sociales, nous risquons de voir beaucoup de gens dériver vers le Front national. D’autant que le Front de gauche n’a pas su capter l’immense "colère sociale" aujourd’hui déviée en partie dans les voies racistes et xénophobes.
La seule carte originale à jouer pour la gauche radicale aurait été de proposer des listes européennes internationalistes. Elle aurait dû réaliser par exemple un tract commun avec les Allemands, les Belges, les Italiens, les Grecs et tous les autres pour défendre une politique de rupture commune avec austérité et le néolibéralisme. Il aurait fallu mettre en avant l’exemple italien le plus porteur d’avenir : L’Altra Europa con Tsipras. Mais plutôt que de mettre l’accent sur la construction d’une autre Europe, le Front de gauche reste beaucoup trop dans le jeu des institutions françaises. Ce n’est pas la brève visite de Tsipras, président du parti grec Syriza, en France qui aura suffi.

« Ce drame que nous vivons, c’est celui de la disparition de l’internationalisme »
Le national a pris le dessus sur tout autre mode d’opposition à l’Europe actuelle. La nostalgie pour le programme du Conseil national de la Résistance et la référence à l’État social, aussi importantes et explicables soient-elles, témoignent d’une vision qui fait de l’espace national le seul espace possible de redistribution. L’un des dangers les plus graves qui nous guettent est le développement du nationalisme de gauche : une certaine manière d’invoquer la "patrie", un appel à faire du franc la seule monnaie qui nous sauvera, cette obsession de rendre à la nation sa "souveraineté" perdue, cette tentation de faire de l’État français le dernier rempart face à la barbarie.
À certains moments, les meilleurs esprits se laissent aller aux passions tristes. Ce drame que nous vivons, c’est celui de la disparition de l’internationalisme. Depuis trop longtemps, dans le champ politique, personne n’a remis en chantier les nouvelles tâches internationales à mener.
L’altermondialisme n’est pas relayé politiquement. Pourtant, une mobilisation internationale, une coordination visible et un programme commun européen sont la seule manière d’éviter les dérives nationalistes. La tâche fondamentale de notre époque est de réinventer la gauche politique sur des bases clairement internationalistes. »

Europe des 'peuples', Europe des pleutres  ! 

je partage la nécessité d'un nouvel internationalisme, mais ce n'est pas une affaire de partis ou d'institutions, d'étapes démocratiques sur le terrain du même, propriété du capital et de ses États. Ce commun-là n'est pas le nôtre. Le nationalisme n'est plus confiné dans la dimension d'un pays comme Etat-Nation

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? un internationalisme petit-bras gauche

l'européisme de gauche est, radicalement, un nationalisme qui s'ignore

comment ne voit-on pas qu'on participe ainsi d'un renouveau du racisme des valeurs euro-universelles adéquat aux segmentations générées par la concurrence internationale des profits ?

comment ne voit-on pas qu'on coupe les ponts du politique avec ces prolétaires-là (ce qui ne vaut pas caution au citoyennisme paradoxal du Parti des Indigènes de la République, de toutes façons hors jeu de toute compétition électorale, son seul mérite à mes yeux étant d'auto-organiser les racisé·e·s dans les luttes) :

« Considérant que :

- Le processus actuel de construction de l’Union européenne a notamment pour objectif de renforcer la domination du nord par le sud [analyse un peu datée]
- Il a pour objectif également de fermer les frontières européennes aux populations du sud qui veulent y émigrer et de renforcer au sein même des Etats européens les inégalités raciales dont sont victimes les populations issues de l’immigration et leurs enfants. [c'est
la proposition Sarkozy de nouvel espace Schengen]

1) Le PIR s’oppose à une Europe impériale blanche et à tous les dispositifs qui sont mis en œuvre dans cette perspective.
2) Le PIR s’attachera à développer des liens d’entraide, de solidarité et de partenariat avec toutes les forces qui luttent, dans l’ensemble des Etats européens, contre le projet de construction d’une Europe blanche »
Principes politiques généraux du Parti des Indigènes de la République, adoptés lors du Congrès Constitutif du PIR (Congrès Malcom X) du 27 et 28 février 2010

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17 mai

au nom du commun, du communisme et de la révolution, le réformisme en chantier

à qui douterait de la nécessité d'une rupture claire et nette avec une conception réformiste du communisme fondée sur le concept de commun, je conseille la lecture de ce court texte de Christian Laval en 2009, co-auteur de 'Commun' avec Pierre Dardot

Réinventer le communisme, instituer les communs Christian Laval Revue Contretemps N°4  4ème trimestre 2009

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

extraits significatifs

Réinventer le communisme réclame d’en revenir à une question qui n’a cessé de hanter le marxisme : qu’en est-il du commun dans le communisme ?

Par « communisme » on entendra toutes les pratiques qui produisent et entretiennent le commun, pratiques sans lesquelles l’humanité ne pourrait « bien vivre » et, peut-être, ne pourrait même plus  continuer à vivre du tout. Revenons à la racine du terme : communistes se dit, au XVIIIe siècle, des partisans du bien commun. On dira, en modifiant la définition, que les communistes sont les partisans du commun. « Partisan » suppose des « partis », des intérêts, des doctrines, des pratiques qui s’opposent.  Cela signifie qu’il existe une lutte entre des « partis », entre les partisans de la propriété privée et les partisans du commun.

La gestion des communs ne peut être que le fait des praticiens, producteurs et usagers, qui ont l’intelligence collective des pratiques. D’où la nécessité d’institutions démocratiques directes vouées à la gestion des communs. Mais chaque communauté locale ou productive  ne peut définir ses propres règles de production et d’usage sans tenir compte du bien commun qui intéresse les citoyens bien au-delà des praticiens directs. La gestion des communs pose donc la question de la démocratie.[posée par la suite en temes de normes, de droit...]

Aucune réinvention du communisme n’est concevable si l’on maintient l’idée d’une abolition des rapports de pouvoir et d’un dépérissement du droit et de la politique dans la société future. La perspective anti-politique que Marx avait reprise du saint-simonisme doit être désormais rejetée (note : cf. par exemple, Misère de la philosophie : « il n’y aura plus de pouvoir politique proprement dit, puisque le pouvoir politique est précisément le résumé officiel de l’antagonisme dans la société civile »)

un communisme pré- et post-marxien, ou comment jeter l'eau, le bébé et la baignoire

en résumé, on part du communisme dans son acception pré-marxienne, et certes loin de toute utopie, on saute à pieds joints sur les fondamentaux de la critique de l'économie politique, et depuis Proudhon, en gardant les partis comme porteurs de la lutte politique - et non de l'affrontement entre classes par elles-mêmes dans le capital comme économie/business -, on en arrive à ce juridisme qui est plus proche, en définitive, de ce que le concept de communs (Commons) doit à son utilisation au sein du capital (voir sur Google la foire aux enchères sur les « bien communs »

on comprend donc qu'il faut en finir avec « l'idée d'une abolition des rapports de pouvoir », et de quel côté s'institutionnaliseront les petits de Laval et Dardot

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

on pensera que si j'avais connu ces lascars trotsko-sociaux--démons, j'aurais été tôt avisé de ce qu'on pouvait en attendre. Quoi qu'il en soit, c'est maintenant que leur livre et d'autres de la même veine vont ouvrir une autoroute théorique et politique à l'emparement du concept de commun, pour une révision drastique de celui de communisme. Dès lors on imagine quelles confusions et quelles alliances, sur le marché des idées "alternatives", cela peut générer

quelle révolution communiste ?

on peut certes qualifier de 'révolution' tout changement historique d'ampleur dans les rapports de production, mais la question de fond est celle-ci : « la révolution du XXIeme siècle », proclamée par Dardot et Laval en sous-titre de 'commun', peut-elle conduire à une sortie du capitalisme ou n'être qu'adéquate à une restructuration de capital sous une nouvelle forme politique ? Il est clair que cela ne pose pas la seule question de la propriété et pas seulement en termes de droit et de politique, un politicisme à la française hérité des Lumières et de Proudhon que se traîne déjà toute la tradition socialo-communiste à la française

comme on l'a déjà fait avec le nom de communisme, on peut sous celui de commun faire tout et son contraire, mais le problème est qu'aujourd'hui cela se pose au présent avec les deux, et qu'on ne peut laisser brader le premier au nom du second, quand il en ouvre une perspective d'abolition réelle du capitalisme réel

comme le dit Negri à la fin de sa critique acerbe : « Ce livre rouvre le débat sur le commun et il ne serait pas étonnant qu'il rouvre également le débat sur le communisme » [plus exactement : Oltre ogni cri­tica, que­sto libro ria­pre il dibat­tito sul comune e nes­suno stu­pirà che così si sia ria­perto anche il dibat­tito sul comunismo]

le commun révolutionnaire radical

il n'y a certes guère à s'inquiéter que les partisans du communisme d'obédience marxienne, communistes, libertaires ou anarchistes, voire écologistes radicaux, se laissent berner par ces sornettes, mais cela ne les épargnent pas de dire ce qu'ils en pensent

mais passer à ce niveau de la critique supposerait que les marxistes français - d'une façon générale, y compris ceux qui étaient fer de lance de l'altermondialisme voire théoriciens d'Attac, hostiles aux thèses de Negri/Hardt qu'ils considèrent en gros depuis Empire comme un nouveau réformisme alors que la plupart de les connaissent qu'à travers la critique de leurs maîtres à penser -, assument leur responsabilité d'ouvrir dans ce pays une « place pour la critique des formes actuelles d'exploitation privée et l'expropriation des richesses produites collectivement.»

16 mai

Commun : Negri critique Dardot et Laval

(suite d'hier ) quelques passages de la critique de Toni Negri dans La metafisica del comune (inistrainrete 8 mai 2014) en traduction automatique corrigée par mes (mauvais) soins

désolé pour les approximations. Traduction correcte bienvenue à Patlotch -> free.fr En attendant mieux, ça donne une idée

« la réflexion de ce texte tire vers le haut dans un pays [la France] où il n'y a pas de place pour la critique des formes actuelles d'exploitation privée et l'expropriation des richesses produites collectivement. »

Le livre, qui fait suite à un séminaire — « Du public au commun » (développé dans une large et contradictoire dans le Collège International de Philosophie de 2011 à 2013) – développe l'idée de commun en se référant essentiellement au socialisme actuel d' « association » remontant de Proudhon à Jean Jaurès et Maxim Leroy, puis à Mauss et Gurvitch, et enfin au dernier Castoriadis (« Institution imaginaire du social ») — sans jamais échapper à la tentative d'intégrer une partie du marxisme, et pensant dans cette tradition « idéaliste » la conception d'un socialisme à venir. Idéaliste : le développement ne peut être que l'effet produit par la critique, et la reconstruction du concept commun - élaboré dans ce livre contre Marx, en sollicitant Proudhon, et progressivement n'importe quel telos du socialisme - fait suite à une non moins obsessionnelle dématérialisation du concept d'équité dans le contexte de la lutte des classes. Donc, à la fin de ce livre, on ne sait pas comment le commun est revendiqué, où sont ceux qui construisent, quels sont les chiffres du développement du capital qui constituent la toile de fond.

À mon avis, concernant la notion de « commun », on doit certainement commencer par suivre un chemin semblable à Dardot-Laval. Cela conduit à la critique de la notion de « commun » comme figure théologique, juridique, écologique – bref dans toutes les formes d'objectivation/réification répétées inlassablement à cet égard – et même philosophique, tendant à banaliser le « commun » en « universel » - C'est une bonne voie. Un vrai concept de « commun » n'est possible que suite à une politique délibérée et à une praxis dans un processus par lequel il est établi, dans une "institution des communs"... pas en termes métaphysiques ou d'objets, mais seulement comme activité.

La position de Dardot et Laval semble oublier, dans le feu de la critique, les fonctions élémentaires de la pensée de Marx et, en particulier, que le capital n'est pas une essence indépendante, un Léviathan, mais une relation productive d'exploitation; et que, dans l'état actuel, le capital financier investit un monde socialement productif organisé, l'accumulation dans l'extraction de plus-value, soit par l'exploitation directe du travailleur et l'appropriation de territoires et de la nature,  soit par la possession des terres et des structures de l'Etat-providence - extraction de plus-value sociale indirecte, par la domination.»

Si vous voulez appeler « voler » quoi que ce soit, ça ne me scandalise pas – vous n'êtes pas proudhonien. Mais pourquoi ne pas prendre ce mot dans le sens donné aujourd'hui par le capital : il se greffe directement sur les nouvelles formes de travail, que ce soit par sa socialisation ou au niveau individuel. Quand Marx dit que le capitaliste s'approprie la plus-value qui détermine la coopération entre deux ou plusieurs travailleurs, il ne nie certes pas que, dans le même temps, le capital s'approprie également la plus-value venant de travailleurs individuels. Le « vol » intègre l'exploitation et rend le capital toujours plus indécent dans le développement de la production.

Le capital semble être une machine intemporelle et omnipotente. « La subsomption réelle » n'est pas considérée comme la fin d'un processus historique mais comme une figure de la reproduction élargie du capital.

Parallèlement à cela [Foucault etc.] cependant, une certaine historicité est réintroduite dans l'examen : efficacité destructrice (de plus en plus créée) dans la production capitaliste de/sur la subjectivité au travail. La lutte des classes n'existerait plus. Cela semble être la dernière hypothèse d'une conception qui a commencé par exclure la lutte des classes du concept de capital. [Pour moi] la matérialisation du « commun », et la définition exclusive du « commun » comme « action », en tant que principe d'activité, impliquent un équivalent à la matérialisation de la « lutte des classes » — comme si l'insistance, même exagérée, sur la production capitaliste de subjectivité, intérieurement sous réserve de commande, impliquait la négation de la production de subjectivité comme telle.

Mais sans la subjectivité productive, il n'y a pas de notion de capital social. Donc, avec l'incompréhension du changement historique de l'exploitation, on se retrouve face au capital de plus en plus défini comme « pouvoir social" [...] en oubliant que seul le travail « direct » est productif. Que seule la subjectivité est résistante. Que seule une coopération est puissanteLe commun n'est pas, par conséquent, tout simplement un « fonctionnement », mais la production de richesse et la transformation de la vie travail. Le commun n'est pas un idéal (peut-être) mais correspond à ce qui est défini dans la lutte des classes aujourd'hui.

Question à Dardot et Laval : si le commun n'est pas aujourd'hui un désir implanté dans la critique de l'activité productive, et seulement devant notre conscience d'une pénétration violente du biopouvoir, où est le "commencement" –  cela nous oblige jamais à nous battre ?  Dardot et Laval semblent répondre que c'est un principe d'activité, catégorie de l'institution [...] sans conquête mais comme administration. Alors pourquoi se battre ? »

15 mai

le 'commun' en débat : benicomunismo viva !

Les « biens communs » sont parmi nous : le débat sur les conditions d’une révolution ressurgit Le Monde 15 mai 2014

cet article de Serge Audier a le mérite de faire un petit historique de la hausse tendancielle de l'idée de commun/bien communs, de repérer comme moi la contradiction entre la perspective révolutionnaire d'un « communisme des biens communs » et « une vision plus réformiste et juridique », dont relève le livre 'Commun' des « anciens militants trozkistes » Dardot et Laval. Negri considère que leur thèse relève d'«une métaphysique du commun bien trop idéaliste » (La metafisica del comune, Toni Negri Sinistrainrete 8 mai 2014, dont j'espère une traduction prochaine). Je partage son point de vue - qui ne relève pas selon moi, après l'inflexion d'Empire/Multitude à CommonWealth, d'un « optimisme excessif » - point de vue selon lequel le commun est une contradiction à l'œuvre dans le capitalisme contemporain, un devenir qui n'a rien d'automatique, mais prolonge simplement, dans les conditions présentes, la dialectique de la lutte de classes selon Marx

pour Negri il y a en quelque sorte la nécessité d'un dépassement produit (TC) par les luttes et l'ensemble des rapports sociaux dans la production/reproduction (bioéconomique, biopolitique...) du capitalisme comme société (l'Empire), alors que pour Dardot et Laval, le primat demeure à l'institution juridique, ce qui situe leur conception de la démocratie (un fédéralisme mondial à base communale)  dans une continuité sans rupture radicale avec l'idéologie altermondialiste (le «démocratisme radical» de TC Théorie Communiste)

au total se confirme l'enjeu du primat aux luttes théorisantes, non pas ici contre le théoricisme, mais contre « les juristes en première ligne » de Dardot et Laval. Il est tout à fait regrettable que la diaspora du « courant communisateur » (à force de se vouloir ailleurs, ils sont nulle part) et la mouvance anarchiste (et autres obsessionnels de l'émeute anti-policière) ne s'emparent pas de ce débat, pour ne pas dire de ce combat dans lequel il m'apparaît, du moins sur l'Internet français, que je suis pour l'heure un peu seul, le livre de Dardot et Laval étant relayé quasi uniquement par la galaxie Attac, Mediapart, Politis, Revue du Mauss, LCR, CairnInfo, PhiloMag..., et dans la presse par Libération, France Inter, France Culture..

le livre présente l'intérêt d'ouvrir le débat et l'article du Monde comme la critique de Negri d'en cerner un enjeu : Proudhon, ça suffit !

extraits

« Dès les années 1990, l’idée du «commun» s’était diffusée dans la galaxie altermondialiste, fédérant des luttes contre les privatisations généralisées et pour un «autre monde», coopératif, solidaire, voire anticapitaliste. Si, pour Ostrom*, qui restait libérale, l’objectif n’était pas de dépasser le capitalisme, d’autres en ont fait un véritable projet alternatif, comme ­Antonio Negri et Michaël Hardt, dans des essais mondialement diffusés. Leur livre de 2009, intitulé dans l’édition italienne Comune (Commonwealth, Stock, 2012), porte le sous-titre : «Par-delà le privé et le public». Ce qui signifie qu’«après le communisme et après le capitalisme, par-delà Karl Marx et Adam Smith, il y a la vraie alternative», à savoir «le commun». En vérité, ce «commun» évoque bien plus le communisme que le libéralisme : non pas les régimes bureaucratiques de l’Est ni le socialisme ­historique, que Negri et Hardt jugent condamnés, mais un nouveau modèle de coopération productive et d’autogouvernement, qui s’émanciperait de la stratégie de privatisation du capitalisme néolibéral. En Italie, certains ont inventé le mot «biencommunisme»(benicomunismo), un inédit «communisme des biens communs». D’autres ont prôné une vision plus réformiste et juridique. Mais tous ont convergé, en juin 2011, lors du référendum en Italie sur la privatisation de la gestion de l’eau : la victoire du «non» s’est construite autour du thème de la réappropriation des «biens communs».

* En 2009, l’économiste et politologue américaine Elinor Ostrom (1933-2012) avait obtenu le prix Nobel pour «son analyse de la gouvernance économique et, en particulier, des biens communs» : après la crise financière de 2008 était récompensée cette figure de la «nouvelle économie institutionnelle» éloignée de l’orthodoxie du libre marché. Son ouvrage de 1990, Gouvernance des biens communs (De Boeck, 2010) se détachait des apologies de la propriété privée en réfutant un article influent de 1968 sur «la tragédie des communs».

Cette question est au cœur du gros livre rouge, issu d’un séminaire animé avec Negri, du philosophe Pierre Dardot et du sociologue Christian Laval : Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle. Selon eux «les combats pour la “démocratie réelle”, le “mouvement des places”, les nouveaux “printemps” des peuples, les luttes étudiantes contre l’université capitaliste, les mobilisations pour le contrôle populaire de la distribution de l’eau» participent de la rationalité du «commun». Il y aurait un lien entre la Commune et les «communs», revendiqué d’ailleurs par le mouvement du parc Gezi d’Istanbul, en 2013 : le mot «commune», revendiqué sur les barricades, serait le nom d’une forme politique, «l’autogouvernement local», et «communs» désignerait les espaces urbains que le gouvernement néolibéral cherchait à confisquer au profit d’intérêts privés. Si ces révoltes évoquent donc la Commune de Paris, elles sont aux antipodes du «communisme d’Etat», cette tragique «capture bureaucratique du commun». Anciens militants trotskistes, Dardot et Laval n’ont aucune complaisance pour les expériences communistes du XXe siècle, reprochant même à des intellectuels de la gauche radicale – Alain Badiou ou Domenico Losurdo – de bloquer tout bilan critique. Chez eux, comme chez Hardt-Negri, le «commun» s’oppose au communisme historique, mais il n’est pas sans lien avec l’espérance communiste. Cependant, s’ils doivent beaucoup à Commonwealth, Dardot et Laval critiquent son optimisme excessif conduisant à postuler que le «commun», quoique capté par le capitalisme, serait déjà en devenir dans l’organisation productive contemporaine. En réplique, une recension acerbe de Negri, dans le quotidien italien Il Manifesto du 6 avril, fustige une «métaphysique du commun»* bien trop idéaliste. Le débat sur les conditions d’une révolution ressurgit.

* texte en italien, La metafisica del comune?, Toni Negri Sinistrainrete 8 mai 2014

Au plan conceptuel, Dardot et Laval proposent eux aussi d’adopter la forme substantive – «le commun» – plutôt que l’adjectif – les «biens communs» –, et même que l’on dise «commun» tout court pour l’ériger en principe politique fondamental. Celui-ci impose de «faire de la participation à une même activité le fondement de l’obligation politique, donc de la co-activité le fondement de la co-obligation». Il définit une norme, celle de «l’inappropriable». Ainsi jaillira la révolution espérée, cette «auto-institution de la société». Sa forme sera la fédération, et surtout pas «l’Etat-nation unitaire et centralisé, ordonné au principe de souveraineté».

Quelles forces porteront une telle révolution? Est-il réaliste d’évacuer à ce point l’Etat-nation? Le «commun», loin d’être la solution magique, pose de nouveaux défis à l’action et à la réflexion.»

en marchand sur des œufs, ne comprenant pas l'italien

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? une lecture en italien Bandiera Rossa in Movimento

BeniComunismo autre articles en italien

13 mai 2014 15:55

commun : comme une dérive étatiste commune

Jean Quétier, normalien et agrégé de philosophie, a lu pour la revue Projets du PCF l'ouvrage Commun de Dardot et Laval (PDF), avec cette délicate intention témoignant d'un rapport sans complexe aux lecteurs, puisqu'il faut bien qu'un parti serve à quelque chose : « Que pouvons-nous en retenir et que faut-il en penser ? »

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

après cette remarque sur l'Etat transformé en entreprise, qui rappelle Sakia Sassen parlant en 2007 de «dénationalisation de l'Etat à l'intérieur de l'Etat» (source

Dardot et Laval considèrent ainsi que le néolibéralisme tend moins à faire disparaître l’État qu’à le transformer en entreprise. Le néolibéralisme est en effet présenté comme un vaste mouvement de contamination qui n’épargne aucune sphère de la société, reprenant ainsi, avec des nuances [sic... sur quoi ?], la thèse développée par Antonio Negri et Michael Hardt dans Empire.

Quétier rappelle les considérations intéressantes d'un ouvrage précédent des deux auteurs - Marx, prénom Karl - quant aux rapports de Marx à Hegel

« La tension immanente à l'œuvre de Marx : [...] Le concept de présupposition sera repris par Marx dans L’idéologie allemande, lorsque ce dernier affirmera que les « présuppositions effectives » sont justement ce dont le théoricien matérialiste doit nécessairement partir s’il ne veut pas poursuivre des chimères. D’une part, l’usage de cette conceptualité héritée de Hegel permet de comprendre comment le capital devient sa propre présupposition, c’est-à-dire comment il se reproduit lui-même, mais d’autre part elle pose une difficulté majeure qui, pour Dardot et Laval, constitue une tension à l’intérieur de l’œuvre de Marx : comment en sortir ? Si le capital est sa propre présupposition, comment comprendre un projet post-capitaliste qui ne soit pas utopique ? La logique du capital et la logique de l’affrontement de classe semblent difficilement conciliables. À cet égard, pour Dardot et Laval, le communisme demeure chez Marx à l’état de projection idéaliste, même s’il y a des éléments bien réels qui permettent selon eux d’atténuer la tension. Le premier élément est constitué par l’exemple de la Commune de Paris, présentée comme la « négation de la négation à la française ». Le second élément est la situation de la Russie à la fin du XIXe siècle, avec la perspective d’un passage non-linéaire du capitalisme au communisme permis par la spécificité de l’organisation de la commune slave.»

passons sur cette «projection idéaliste», la nature de l'utopie attribuée à Marx, mais le sens en est significatif puisqu'en fait de réalisme, il s'agit de ré-introduire la nécessité juridico-institutionnelle, et quant à Quétier, là où je percevais l'étatisme masqué de Dardot et Laval, il se fait critique chez eux de son manque

Le Commun contre l'Etat : [...] Prenant acte de ce qu’ils considèrent comme l’échec du communisme, engendré dans les pays du « socialisme réel » par un étatisme exacerbé [sic], les deux auteurs passent en revue les nouveaux mouvements alternatifs, qu’ils soient écologistes ou altermondialistes, fondés sur la notion de biens communs. Ces mouvements s’opposent à ce qu’ils nomment la « nouvelle enclosure du monde », c’est-à-dire l’appropriation privée tous azimuts de biens qui passaient pour inappropriables, comme l’air ou l’eau. Ils prêtent également une attention appuyée à la manière dont les droits coutumiers des pauvres sont remis en question par l’institution juridique.
Ils en arrivent à l’idée que le commun ne doit pas être compris comme un bien qui appartiendrait à tous, mais comme un principe d’organisation qui découle d’une activité commune, celle des membres de la société.
L’ouvrage se termine sur un certain nombre de « propositions politiques » qui ont l’inconvénient d’être à la fois très abstraites et très ambitieuses.
La proposition 8 s’intitule par exemple : « Il faut instituer les communs mondiaux »... Par ailleurs, la virulence dont Dardot et Laval font preuve à l’encontre de toute possibilité d’un « commun étatique » nous semble un peu mal venue et difficilement justifiable. Il est d’ailleurs symptomatique que, parmi les très nombreuses expérimentations du commun abordées dans le livre, celle de la Sécurité sociale dans la France de l’après-guerre soit expédiée en quelques lignes.

comme une farce léniniste ?

la philosophie de l'histoire se répète en farce. Alors que je critiquais Dardot et Laval sur leur gauche, Jean Quétier le fait sur leur droite, ce qui lui confère un point commun avec son homonyme, maire de Sainte-Mère l'Église

à propos des «propositions politiques», j'ai déjà noté qu'elles ne pouvaient être comprises qu'en acceptant comme décisifs le rôle de l'Etat et du droit comme institutions... du communisme ?

mais pour ce commentateur, ce n'est pas encore assez (d'Etat non 'exacerbé'). Certes, depuis cinquante ans de dérive démocratiste du PCF, je ne m'étonne pas de trouver aujourd'hui des 'communistes' pour qui le Lénine de «l'État et la révolution» ne serait qu'un 'gauchiste infantile', mais avec cette compréhension là du 'commun', nous voilà mal barrés, camarades...

Et ce pays non plus le mien j’arrive
Trop tard et je le trouve si petit
Si dérisoire d’oublier le temps
Passé à trier son passé ses Vive
La Républiqu’ désarmant l’appétit
D'un peuple souverain déjà vaincu
Dès qu'il entre à l’Eglise de l’Etat

La peau traverse les langages, Patlotch 18 octobre 2003

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? on ne leur fait pas dire

à la retraite !

remarquons un point commun aux penseurs du communisme, à commencer par ses philosophes : ils ont des textes une connaissance impressionnante (pour moi), et manient aisément un vocabulaire mieux reçu à l'université que dans les luttes. Sans céder à la vogue anti-«intellos», je relève que cela ne les épargne pas de l'idéologie dominante, celle de l'Etat et d'Internet - qui assurent en commun leur carrière, leur promotion en ligne, et leur retraite

leurs idées défendent leurs privilèges dans ce monde, comment peuvent-ils parler d'un commun dans lequel ils s'attribuent plus de poids que les autres, un poids acquis par leur allégeance aux institutions du capital, «juristes en première ligne»...

bref, regardons les choses en face : ces gens-là préparent la contre-révolution sur la base de la révolution

alors prions les luttes communistes d'assurer leur retraite du champ de bataille de la théorie

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9 mai 2014

Common's day in the World of Patlotch

'Come On' Jimi Hendrix live at Halle Munsterland Germany 14 janvier 1969

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

Common, Commun, kesako ?

si j'ai mis le concept de commun au centre de la question communiste, qu'on se le dise, ce n'est pas pour passer du gourou Simon au gourou Negri, du concept de Communisation à celui de Commonwealth

je suis allé au concept de commun comme à la source, comme disait Picasso du communisme, et pas par allégeance à tel courant théorique. Je suis tombé dessus/dedans par nécessité de ma propre démarche, de l'intérieur de ma critique. S'il y a un avant/un après dans l'usage que j'en fais, il n'est pas à chercher dans son contenu, mais dans le simple fait que le mot est adéquat à l'idée (ce n'est pas le cas de tous les concepts)

le commun est un concept aussi 'lourd' et intéressant que la lutte des classes. Il présente l'intérêt, relativement à l'histoire du capitalisme, d'en être un enjeu dès sa genèse, en un temps où ce qui fait pour Marx la contradiction essentielle, un antagonisme entre classes, n'a pas encore émergé de façon déterminante pour construire un 'mode de production', un système à la fois économique et politique

le concept de commun n'écrase pas celui de lutte de classes, il le comprend (le contient) tout en faisant le lien (la boucle) entre dépossession initiale des communs (Federici etc.) et fonction des/du commun·s dans le capitalisme réel après restructuration

pas plus que la lutte de classes ou le prolétariat en eux-mêmes, le commun n'est révolutionnaire en soi. L'essentiel est d'en saisir l'enjeur comme contradiction dans le capital, opposant de façon dynamique sa perduration à son abolition : le commun est au cœur du communisme comme mouvement autant qu'il en concrétise un état des lieux, publics/privés à dépasser comme tout lieu commun. Quelque part la révolution est situationniste : toujours à situer en un temps un moment, une conjoncture, et c'est pourquoi elle est plurielle, en toutes dimensions qui ne la confinent pas dans l'unité au nom de la totalité

le commun sera communiste s'il devient communs c'est-à-dire pluriel, non comme réponse unitaire à un concept, convergence ou hégémonie, mais dépassement produit en situation de sa contradiction dans le capital : le commun émerge en situation ou n'est pas, il ne naît pas d'un accouchement assisté, encore moins juridiquement

des communs au commun au communisme : une révolution

on l'a perçu à travers nombre de luttes, notamment celles de femmes, le concept de commun présente l'avantage d'articuler en lui-même négativité et positivité du communisme, comme je le formulais avant de le placer sous ce terme de commun : le capitalisme contre le vivant, le communisme pour la vie

de tout cela il n'est pas étonnant de constater la centralité actuelle du concept de commun(s)* dans les débats, son articulation avec les communs, et avec la perspective communiste

de même que le concept de 'lutte des classes' a produit autant de positions possibles entre ses pôles antagonistes , du communisme comme rupture à la social-démocratie gestionnaire puis à la démocratie radicale, celui de commun(s) fait aujourd'hui l'objet de conflits, si j'ose dire, de classes, de genre, de race, et de terrien

la lutte idéologique sur le terrain du commun, dont je parle, n'est pas mon fait, c'est un constat. Elle est d'abord contre le capital comme ennemi principal. Il est assez drôle que je sois censuré pour simplement le dire, ici ou là, chez ceux qui battent la foire pour le compte de Dardot et Laval et leurs "juristes en première ligne", le ridicule ne tue pas [exemple de censure, par la Revue du Mauss suite à l'article Des communs au communisme. Ces censeurs m'amusent autant que les cerbères de Moulier-Boutang sur Multitudes, et de Roland Simon sur dndf : il y a belle lurette que j'ai appris et compris les manières sectaires chez des maîtres, les staliniens et autres trotzkars d'extrême-gauche, voire les anars champions de la liberté d'expression. Assez dérisoire et triste de constater ces comportements chez qui se propose de simplement penser la critique et critiquer la pensée

je n'ai jamais manqué de mettre en cause le proudhonisme des courants communistes français, prisonniers du politicisme de gauche. Pourtant, si l'on ne se trompe pas d'enjeu, face au capital, il faudra sans doute s'en faire une raison, ou rattraper le train en route : le commun est un enjeu communiste parce que c'est une contradiction du capital, et partant un terrain d'affrontements tous azimuts

la nécessité de la critique ouverte

sur mon blog, personne d'autre ne l'ouvre que moi, mais chacun peut constater qu'on y trouve exprimé un faisceau de positions qui sont ailleurs cantonnées dans leur coin, ou le relai sans commentaire, par cet usage limité d'internet consistant à copier-coller les copains, qui ne sort pas du paradigme imposé de "l'information" (la vraie-la fausse, la contre-info, l'alter-info...)

bref, chez moi, j'initie des débats réels, sans aucun besoin de censurer quiconque. À quoi jouent ceux qui refusent de renvoyer l'ascenseur, je le laisse supposer. Perso, je n'arrive pas à trancher entre savoir s'ils sont sectaires ou cons, je crois que ça dépend. Une histoire d'intérêts égotistes en tous cas, y compris de la part de ceux qui critiquent l'individu 'égogéré' : hé, banane, balaye devant ta porte !

* je répète ici que le fait d'exiger le singulier au concept de commun(s) n'engage que des cerveaux étroits dans leurs fonctions castratrices de militants de leur pensée pour tous

6 mai 2014

la confirmation d'un nouveau réformisme s'appropriant le concept de commun

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

Le “commun” : un principe au cœur des mouvements sociaux Les InRocks 30 avril

une interview de Dardot et Laval

- En quoi l’œuvre de Toni Negri et Michael Hardt (Multitude, Empire, Commonwealth…) est une référence clé pour votre réflexion ?

Christian Laval – Hardt et Negri sont partis des pratiques, des mouvements. Leur réflexion a un ancrage dans le réel, très précieux. Contrairement à d’autres formes de pensée critique détachées de la réalité. On a partagé nos réflexions avec Negri durant deux ans et demi à travers un séminaire commun au Collège international de philosophie, “Du public au commun”. Ce que nous reconnaissons à Hardt et Negri, c’est d’avoir franchi le pas, conceptuellement important : passer des choses communes au concept du commun, comme principe politique, au singulier. Nous avons marqué nos distances, il est vrai, avec leur conception spontanéiste du commun, avec l’idée selon laquelle les formes de travail, les rapports sociaux engendreraient spontanément du commun qui serait exploité par du capital. Nous considérons que cette thèse est beaucoup trop optimiste.

je vois une contradiction entre reconnaître que « Hardt et Negri sont partis et pratiques, des mouvements », et réduire leur thèse à « l'idée selon laquelle les formes de travail, les rapports sociaux engendreraient spontanément du commun qui serait exploité par du capital. ». Quelle place on accorde-t-on aux luttes dans le processus révolutionnaire ? S'agit-il de s'en inspirer pour qu'une élite politique éclairée (par Dardot et Laval) propose des changements juridiques ?

le commun est une contradiction dont il s'agit de produire le dépassement

l'ambiguïté plane sur le concept d'institutions, y compris chez Hardt et Negri au demeurant, mais au-delà d'avoir franchi le pas de passer au concept de commun*, la thèse de Commonwealth est fondée sur ce que j'appelle le primat des luttes théorisantes, pas un simple spontanéïsme, qui signifie chez eux des mutations dans les rapports sociaux capitalistes à même d'être abolis. Le commun est une contradiction à dépasser, ce qui suppose une visée révolutionnaire et des luttes conséquentes en ce sens. Ce n'est plus le cas chez Dardot et Laval, qui se posent en éclaireurs théoriques, qui plus est relayés fortement dans des milieux caractérisés pour avoir constituer la mouvance altermondialiste, le 'démocratisme radical' et le citoyennisme français -cf leur succès médiatique dans la presse de ces milieux, qu'attendre d'une révolution promue par les InRocks ?

* accessoirement, l'insistance sur le singulier est sans doute utile pour discerener le concepts de ce qu'on entend traditionnallement par biens communs, mais une fois compris, je préfère conserver le pluriel, la pluralité des formes réelles de communs communistes plutôt qu'un concept surplombant à valeur idéologique

Christian Laval voit s'annoncer un processus révolutionnaire avec des « juristes en première ligne » :

« Des comités de défense des biens communs se sont créés un peu partout. Et là encore, on retrouve la jonction de pratiques sociales et une réflexion juridique. Les juristes sont en première ligne pour tenter de faire entrer dans la constitution et le code civil des biens communs. En articulant des biens communs à des pratiques démocratiques, à des droits sociaux. Cela annonce une pensée nouvelle du commun.»

de quelles luttes nous parle-t-on, en termes de « pratiques sociales » ? Mon désaccord se confirme quand je vois qu'il est question de constitution et de code civil, de pratiques démocratiques et droits sociaux, c'est-à-dire de fondements institutionnels de l'État dont la domination est critiquée par ailleurs : jusqu'où ? Que signifie une perspective révolutionnaire qui abandonne celle d'abolir l'État pour chanter à nouveau la messe de la démocratie politique ?

ce n'est pas chez Dardot et Laval seulement « une thèse beaucoup trop optimiste », c'est un nouveau réformisme

3 mai 2014

Commun(s) : la résistance du marxisme traditionnel de David Harvey

pour compléter l'éventail critique de l'auto-émancipation - n'ayons pas peur des mots : anti-anarchiste  -, voici le point de vue d'un ponte

Global crisis and alternatives: A conversation with David Harvey rabble.ca 29 avril 2014

extrait

- On the question of alternatives, what is your opinion about the commons[i] in relation to the state and the public? I know that you have taken a different view than Michael Hardt and Antonio Negri who in their book Commonwealth as well as in other works have discussed the idea of the commons or non-state forms of collective organization and cooperation? Can you explain where you differ from Hardt and Negri on this topic?

I thought that Commonwealth was incoherent in that on one page they smash the state and then five pages later the state is providing universal income and universal health care to everybody. Well you just smashed the state, so this is not coherent. Some of the researchers here at the Institute here, who are working on the intellectual commons and they argue that we cannot do without a 'partner state.' I tend to share this view.

This conception of the state is a different kind of state from a capitalist state even if there are aspects of the capitalist state that we probably would want to maintain. I have often argued the anarchists in New York that the sewage system has to work and the sewage system in New York City is a very complicated thing, it's not confined to 150 people living in a commune. So you want a sewage disposal department to work and the water department to function and you cannot do that without having a collaborative state structure that is dealing with major infrastructures.

This is one of the big problems about the notion of the commons; there is always a big distinction that I would want to make between public space and public works versus the commons. I certainly like the idea that public spaces should be under democratic control, but that doesn't necessarily mean they have to be a commons.

en relation, pdf septembre 2010, Commonwealth: An exchange between David Harvey and Hardt and Negri

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

Review by Allan G.Borst, 2006

In The New Imperialism, David Harvey demonstrates once again the adaptability and durability of a critical theory that grafts geography onto cultural studies and historical materialism. In publishing his Clarendon Lectures delivered in February 2003 at Oxford University, Harvey sets out to rethink the "-ism" par excellence, capitalism, in the context of the complex series of cultural, military, political, and economic enterprises currently warming the globe. Harvey's project, prompted by the current amplification of U.S. imperialist initiatives, convincingly targets "the deeper transformations occurring beneath all the surface turbulence and volatility" in order to understand and respond to contemporary global conditions.

Given the avalanche of books like Michael Hardt and Antonio Negri's Empire (2000) and Multitude (2004), Thomas Friedman's The Lexus and the Olive Tree (2000), David Korton's When Corporations Rule the World (2001), George Soros's George Soros on Globalization (2002), Joseph Stiglitz's Globalization and Its Discontents (2002), Noam Chomsky's Hegemony or Survival (2003), Ellen Meiskins Wood's Empire of Capital (2003), and Amy Chua's World on Fire (2003), globalization, empire, and imperialism now serve as the buzzwords of a vocabulary common to academics and public intellectuals. While Harvey's book does deploy these cultural keywords, part of the distinction of The New Imperialism comes from its difference from the now-generic trends of the globalization studies canon. Unlike Stiglitz and Chua, Harvey appears less interested in engaging or reproducing discussions of World Bank and IMF politics and avoids lengthy case studies of the residuum and fallout from Cold War economic and military policies. Harvey also resists the broad historical narratives and genealogies of empire already detailed in books by Meiskins Wood and others. Even though Harvey acknowledges the need for a different global strategy, the theoretical panache of The New Imperialism generates power by prizing a more rigorous Marxist economic and geographical critique over the somewhat fast and loose energy found in Hardt and Negri's Empire.

quand le « panache intellectuel de la rigueur marxiste » fait la promotion du communisme par l'Etat, il y a tout lieu de s'inquiéter

Commun(s) : quelle révolution pour quel commun-isme ?

dans mes interventions précédentes, j'ai soutenu la nécessité d'une rupture au sein de la mouvance altermondialiste-citoyenniste, renversant le rôle accordé dans cette idéologie défaite à l'Etat et aux institutions internationales, avant de considérer comme centrale la notion de communs, sur les plans défensif et offensif, négatif et positif, contre le capital et pour le communisme

j'ai interprété la parution de Commun, de Dardot et Laval, tout à la fois comme une renversement potentiel de la fonction d'Etat et l'illusion d'une société civile qui prendrait progressivement le contrôle démocratique par le bas. J'ai cru voir dans ce livre, par la connotation du concept d'institutions, une place déterminante accordée au juridique

j'en ai déduit que nous étions entrés dans une période d'affrontement idéologique sur une ligne de rupture radicale autour du concept de commun (s), rupture qui concerne aussi bien ce que l'on nomme démocratie, pour autant que l'on ne la limite pas à la démocratie politique, citoyenne, et finalement étatiste même sous le label « démocratie à la base »

dans l'interview rapportée le 30 avril, Dardot et Laval, rejoignant ce que Hardt et Négri mettent sous le concept de commun(s) précisent :

« Il y a là un enjeu pratique et théorique d’autant plus considérable que le problème est souvent posé à gauche en termes de « ?biens communs? » (eau, air, génome, connaissances, etc.), ce qui revient très exactement à se situer sur le terrain intellectuel de l’adversaire (la théorie des types de biens d’une certaine économie libérale).» Dardot et Laval Marx, capitalisme, émancipation et communisme

« Par « commun », nous entendons tout d'abord la richesse commune du monde matériel - l'air, l'eau, les fruits du sol et toutes les libéralités de la nature - présentée dans les textes politiques européens classqiues comme l'héritage de l'humanité tout entière, devant être partagé par tous. Nous comprenons aussi et surtout le commun comme ces résultats de la production sociale nécessaires à l'interaction sociale et à la poursuite de la production : les connaissances, les langages, les codes, l'information, les affects, etc. Cette notion de commun ne sépare pas l'umanité de la nature qu'elle expolite ou protège... » CommonWealth, Hardt et Negri, p. 10

au passage, cette définition est assez loin de se restreindre à l'intellectuel collectif et de capital cognitif, sur lequels on a voulu rabattre la pensée de Hardt et Negri, et je pense au demeurant qu'entre Empire/Multitude et Commonwealth, la crise étant passée par là, les deux auteurs ont mis de l'eau dans leur vain

dans un texte d'Uggo Mattei du 4 avril 2014, Rendre inaliénables les biens communs, je lis en conclusion :

« Un changement général de sensibilité, qui conduirait à faire du « commun » la perspective centrale, poserait les fondations d’un renversement qui se jouerait sur le plan technico-juridique. Il s’agit donc de dévoiler, de dénoncer et de dépasser le paradoxe hérité de la tradition constitutionnelle libérale : celui d’une propriété privée davantage protégée que la propriété collective.»

je me suis toujours méfié des juristes, considérant que le droit n'intervient jamais dans l'histoire que pour entériner une situation créée de fait par les rapports sociaux économiques entre classes antagonistes ou autres groupes fondés sur la domination par la force (genre, race, caste, etc.)

je vois mal quel sujet révolutionnaire commencerait par instituer juridiquement - et garantir par la suite - un autre ordre social, d'autres rapports sociaux de préférence sans médiations, en s'épargnant une révolution mettant en œuvre d'autres moyens d'abolir le mode de production capitaliste et les dominations l'ayant constitué comme société globale, moyens qui relèvent d'un rapport de forces en qualité et quantité, et non d'une minorité éclairée-éclairante en termes « technico-juridiques »

c'est dire que si l'on ne considère pas l'insurrection, les émeutes, la violence... comme le seul moyen de « faire la révolution », les écarter par une institution technico-juridique relève d'une vue de l'esprit qui ne serait jamais venue à celui de Marx, dont pourtant certains promoteurs de cette « révolution du XXIe siècle » se disent héritiers

c'est dire, je me répète, que l'enjeu de cet affrontement idéologique porte aussi sur ce qu'on nomme révolution, dans le sens où on l'oppose à réformes, et partant révolutionnaire à réformiste

il est patent que devant les impasses récentes des citoyennismes en tous genres, certains intellectuels des « couches moyennes », dont des marxistes, veulent se refaire une virginité politique, prendre leurs marques, tout en visant (consciemment ou pas, mais idéologiquement pour une hégémonie) la maîtrise de processus de luttes dans lesquels ils n'interviennent pas, où seulement pour les «récupérer», comme on disait autrefois

autant qu'ils sachent que le sujet des sujets révolutionnaires, qu'on le nomme prolétariat ou multitude, ne les a pas attendus et n'entendra pas être la troupe garantissant le succès de leur « renversement technico-juridique », d'un point de vue historique une contradiction dans les termes doublée d'un fantasme de pouvoir

le communisme ne relève pas d'abord du technico-juridique, par lequel il n'avouerait que son échec à constituer « une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous » selon la formule du Manifeste de 1848 (cf Lucien Sève et ses développements sur l'individualité et la subjectivité, par exemple dans “De l’affaire Bakhtine au cas Vygotski. Marx penseur de l’individualité humaine” novembre 2013)

je vois mal une institution technico-juridique garantir le libre développement de chacun, sauf à inverser la formule du Manifeste comme l'a fait la vulgate stalinienne, et dans sa traduction, et dans sa réalisation pratique

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

derrière l'institution technico-juridique, pour la faire respecter, les forces de l'ordre ne sont pas loin. En attendant, on a déjà la police des idées sur le commun

voilà, c'était ma tirade du jour concernant la dialectique révolution / contre-révolution

30 avril 2014

Marx, capitalisme, émancipation et communisme interview LCR 30 avril

des précisions de Dardot et Laval sur leur livre Commun

26 avril 2014 27 avril 18:25

Commun vs Communisme ? une lutte idéologique est engagée : critique de Dardot et Laval

nous sommes entrés dans une période d'affrontements théoriques sur le concept central de 'commun(s)' comme antagonisme radical entre capitalisme et communisme, avec l'ensemble des positions sociales et idéologiques que cela produit

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? bis : quelle révolution ?

voir sommaire plus bas

ce livre est autrement important et si j'ose dire 'dangereux' que le fumeux Premières mesures révolutionnaires de Hazan et Kamo. Pourtant son mérite est d'exister et de permettre l'ouverture en France d'un débat indispensable sur la révolution communiste, à la manière dont l'avait produit l'émergence dans les années 1990 et de l'apogée au début des années 2000, avant la crise de 2008, du démocratisme radical et de l'altermondialisme anticapitaliste : il faut donc s'attendre à des critiques sur sa 'droite', des blablas universitaires de philosophie politique, comme sur sa 'gauche' en termes de liens aux luttes dans les rapports sociaux au présent, dont la mienne relève

je me suis poussé dans une librairie de la capitale pour me procurer Commun, le livre de Laval et Dardot. J'ai feuilleté l'appât mais ne l'ai pas acheté. Mon impression négative au vu du sommaire et de quelques extraits en ligne s'est confirmée. Ne l'ayant pas lu, je ne peux en faire une critique bien sérieuse, toutefois, quelques remarques rapides :

- pourquoi opposer communisme et commun ? (I2) Le concept de communisme est figé par les auteurs dans sa signification lié au programme ouvrier et aux étapes que pouvait en esquisser Marx au temps de la montée en puissance de la classe ouvrière révolutionnaire, son parti guide et dirigeant d'Etat... Il me semble pourtant que le concept, comme mouvement d'abolition du capitalisme, n'est pas à enfermer dans une forme historique, mais à historiser en relation avec l'évolution du mode de production capitaliste et des luttes qu'il produit

la connotation que j'ai progressivement construite autour des 'communs' s'articule sans problème avec un mouvement communiste d'abolition du capital, d'abolition des classes, races, genres etc. sans faux-fuyant quant à la nature des ruptures à produire par des luttes multiformes...

à cette question pourquoi... je répondrais que la démarche de Dardot et Laval a quelque chose d'opportuniste pour ne pas dire d'idéologiquement raccoleur, pour séduire un lectorat (des couches sociales) hostiles à l'idée même de communisme (voire de révolution). Cela me semble confirmé par l'ensemble du livre, ses contenus critiques et la chute affligeante de faiblesse des «propositions politiques»

- comment faire une critique de l'économie politique des communs (I4) sans faire celle du capitalisme actuel (restructuration-production-reproduction), serait-il nommer ultra-néolibéralisme pour faire ressortir certaines de ses formes d'appropriation privée ?

- toute la deuxième partie consiste à poser l'institution du commun en terme de droit. Les auteurs nous allèchent avec un sous-titre sur la révolution au XXIe siècle, mais le cœur de leur essai est juridico-politique, un mal bien français depuis les Lumières, Proudhon... jusqu'au démocratisme radical avec le PCF, des trotzkistes français, et des anarchistes mous au coude à coude avec Attac et le Monde Diplomatique

les dix propositions politiques confirment ce point de vue juridico-politique d'une nouvelle économie : droit d'usage, entreprise commune, services publics, démocratie sociale, communs mondiaux... dont on voit mal comment ils pourraient se réaliser sans une forme d'Etat et de représentation assez loin d'une auto-production par ceux d'en-bas

de ce point de vue, la critique de la démarche étatique peut paraître auto-critique de la période altermondialiste. Elle vise surtout à relancer sur la base théorique du 'commun' une idéologie de la convergence et de l'hégémonie guidée par un discours cadre comme projet et programmation

pourquoi ce livre maintenant ?

cette publication intervient avec un ensemble d'autres, mais comme une des premières en France par des auteurs français. L'échec de l'altermondialisme et la crise sont passés par là, des luttes se sont multipliées que relie cette question du, des commun(s) comme le soulignent les auteurs en introduction, pour en faire peu de cas dans le corps de l'ouvrage, qui semble lui préférer des considérations philosophico-politiques et juridico-économiques, un point de vue très occidental. L'idée même de communisme est sur la table, quoi qu'on pense de son approche par des auteurs tels que Zizek, Badiou, Rancière, Balibar, Nancy, Negri et Hardt...

il s'agit pour tout un courant politique à gauche de la gauche, héritant particulièrement du contorsionnisme 'trozkiste', de reprendre l'initiative. En quelque sorte, on assiste à une récupération et à un encadrement idéologique du concept de 'commun', ce qui est une manière de reconnaître sa centralité dans l'affrontement capital-'prolétariat'(ou multitude) sur plusieurs lignes dont la lutte de classes au sens traditionnel n'est pas la ligne directrice (genre, 'race', 'nature'...)

contrer la montée d'un courant révolutionnaire conséquent autour des thèses de Negri-Hardt, Federici, etc.

le dernier ouvrage de Négri-Hardt, Commenwealth (2012) tranche en largeur et profondeur avec ce 'commun' édulcoré de nos sociologues français. Des concepts en sont repris, à commencer par le concept central de commun(s), tels que praxis instituante, démocratie..., mais leur contenu est tiré vers le bas, proprement institutionnalisé. Ce qui chez Negri-Hardt est une ambiguité ouverte se referme ici sur cette réponse de fait de Laval et Dardot (et d'autres dans l'éventail de ceux qui discutent du 'commun') :

la société civile peut prendre le pouvoir sur l'Etat, l'affaiblir progressivement en lui imposant une nouvelle juridiction contraire à sa nature néo-libérale. Autrement dit, il existerait une société civile contre l'Etat, voire au-delà sans Etat, comme si chacun n'était pas en miroir de l'autre (et bio-politique), et le 'commun' serait le fondement de cette "révolution"

les idées de Negri et Hardt sont d'une certaine façon beaucoup plus respectueuses de la critique du capital selon Marx (ce que leur reprochait au demeurant Robert Kurz, de la Wertkritik), et surtout, même s'ils en rejettent la démarche philosophique (la synthèse), plus finement dialectiques. Elles peuvent paraitre parfois nébuleuses ou naïves, mais elles sont d'une grande cohérence au niveau conceptuel et pratique, en terme d'analyse des mutations de la société capitaliste, de la production et reproduction dans l'antagonisme capital-multitude sur les communs. Elles ne laissent pas dans l'ombre la question des luttes (ni celle de la violence) qui sont le primat de leurs théories, à l'inverse de l'essai de Dardot et Laval. La réflexion sur la subjectivation y est une des plus poussées sur le plan théorique depuis l'effondrement du programmatisme ouvrier

quelle critique révolutionnaire du concept de commun(s) ?

si une critique de l'idéologie révolutionnaire des 'communs' doit être produite, qu'elle le soit a minima sur le corpus fondateur de Negri-Hardt ou des positions telles que celle de Federici-Cafentzis, et avec d'autres outils théoriques que les vieilleries marxistes ou post-marxistes verrouillées sur les concept de 'valeur' (Wertkritik), d'immédiateté révolutionnaire d'une 'communisation' abstraite (Théorie Communiste), ou de généralités sur 'la révolution à titre humain'* : de fait, nous devrions ouvrir un chantier sur le concept même de révolution communiste, comme processus multiplexe de rupture sur la base des mutations du mode capitaliste actuel

la plupart de ces corpus (hors *Temps Critiques, plus foisonnant et ouvert, de fait sans corpus totalisant, sans visée de la théorie avec un grand T) sont à un tel point auto-référentiels qu'ils excluent d'une part les bonnes polémiques en terme de dialogue (Théorie Communiste, Critique de la valeur...), d'autre part la prise concrète sur les luttes, auxquelles ils sont aussi manifestement étrangers (corps -) que Laval et Dardot sont empressés d'exister dans le monde savant de la théorie séparée

en résumé, nous sommes entrés dans une période d'affrontements théoriques sur le concept central de 'commun(s)' comme antagonisme radical entre capitalisme et communisme, avec l'ensemble des positions sociales et idéologiques que cela produit, entre révolution et contre-révolution

en relation Du communisme au communs Patrice Flipo Journal du Mauss

19 avril 2014

Commun : oui mais quelle révolution ?

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? une lecture

Qu'est-ce que le commun ? vidéo Christian Laval 2012

« Partout dans le monde, des mouvements contestent l'appropriation par une petite oligarchie des ressources naturelles, des espaces et des services publics, des connaissances et des réseaux de communication. Ces luttes élèvent toutes une même exigence, reposent toutes sur un même principe : le commun.
Pierre Dardot et Christian Laval montrent pourquoi ce principe s'impose aujourd'hui comme le terme central de l'alternative politique pour le XXIe siècle : il noue la lutte anticapitaliste et l'écologie politique par la revendication des « communs » contre les nouvelles formes d'appropriation privée et étatique ; il articule les luttes pratiques aux recherches sur le gouvernement collectif des ressources naturelles ou informationnelles ; il désigne des formes démocratiques nouvelles qui ambitionnent de prendre la relève de la représentation politique et du monopole des partis.

Cette émergence du commun dans l'action appelle un travail de clarification dans la pensée. Le sens actuel du commun se distingue des nombreux usages passés de cette notion, qu'ils soient philosophiques, juridiques ou théologiques : bien suprême de la cité, universalité d'essence, propriété inhérente à certaines choses, quand ce n'est pas la fin poursuivie par la création divine. Mais il est un autre fil qui rattache le commun, non à l'essence des hommes ou à la nature des choses, mais à l'activité des hommes eux-mêmes : seule une pratique de mise en commun peut décider de ce qui est « commun », réserver certaines choses à l'usage commun, produire les règles capables d'obliger les hommes. En ce sens, le commun appelle à une nouvelle institution de la société par elle-même : une révolution.»

Introduction. Le commun, un principe politique
La tragédie du non-commun
L’émergence stratégique du commun

1. Archéologie du commun
La co-activité comme fondement de l’obligation politique
Le commun, entre l’étatique et le théologique
La réification du commun
Le commun, entre le vulgaire et l’universel
Commun et praxis

I / L’émergence du commun
2. L’hypothèque communiste, ou le communisme contre le commun

Le communisme de la « communauté de vie »
Le communisme de l’« association des producteurs »
Le communisme d’État, ou la capture bureaucratique du commun
L’État-Parti, instrument d’imposition de la logique productiviste
Le commun de la démocratie contre le commun étatique de production
Libérer le commun de sa capture par l’État

3. La grande appropriation et le retour des « communs »
La nouvelle « enclosure » du monde
Le paradigme de l’« enclosure des communs »
Un renouveau des luttes contre le néolibéralisme
Droit de propriété et concurrence par l’innovation
La revendication des communs contre la « propriété intellectuelle
Le « grand récit » de l’expropriation des communs
L’impérialisme comme exacerbation de la violence capitaliste
La « dépossession » comme mode d’accumulation typique du capitalisme financier
Les limites du paradigme de l’« enclosure des communs »

4. Critique de l’économie politique des communs
« Biens privés » et « biens publics »
La découverte des « biens communs
Le débat autour de la « tragédie des communs »
L’institution au coeur des communs
Le « cadre analytique » des communs
Limites de l’analyse institutionnelle des communs
D’un commun, l’autre
La connaissance est-elle naturellement commune ?
« Les bases constitutionnelles » des communs de la connaissance
Une nouvelle éthique généralisable ?
« Libre » et « commun »
L’illusion du « communisme technologique »
Les « communs de la connaissance » vus depuis le capital

5. Commun, rente et capital 
Définir le commun
Capitalisme cognitif, rente et vol
Proudhon : le commun comme force sociale spontanée
Marx : la production historique du commun par le capital
Commun du capital et commun ouvrier
Sortir des deux modèles

II / Droit et institution du commun
6. Le droit de propriété et l’inappropriable

L’activité de « mettre en commun » (koinônein) comme institution du commun (koinôn) « L’illusion de la propriété collective archaïque »
L’avènement de l’individualisme propriétaire
La «summa divisio » (« division suprême ») : droit public et droit privé
Le domaine public, la propriété de l’État et la «res nullius »
Usage et administration de l’indisponible
Primauté des pratiques créatrices de droit sur l’État
Le commun de l’« être-en-commun » et le commun de l’« agir commun »

7. Droit du commun et « droit commun »
Un mythe national : la « continuité organique » de la Common Law 
Une référence fondatrice : la Magna Carta 
La Magna Carta : un document en attente d’accomplissement ?
Coutume, commun, Common Law 
La « guerre de la forêt » et le Black Act (1723)
La coutume comme lieu d’un conflit

8. Le « droit coutumier de la pauvreté »
Une « loi » contraire au « droit rationnel »
« Coutumes de la pauvreté » contre « coutumes des privilégiés »
Quel fondement juridique pour les coutumes de la pauvreté ?
« Pauvreté physique » et « pauvreté humaine »
L’« instinct juridique » des pauvres
L’« activité » comme fondement du droit des pauvres
L’hétérogénéité irréductible des coutumes de la pauvreté
Le communisme des pauvres, obstacle au progrès ?

9. Le commun des ouvriers : entre coutume et institution
Coutumes et créations institutionnelles
L’institution de la force collective
La « constitution sociale »
Le fédéralisme comme organisation sociale et politique
Le « droit prolétarien »
La coopération socialiste de Mauss et de Jaurès
Transformer les hommes en transformant les pratiques sociales
Que reste-t-il du commun des ouvriers ?

10. La praxis instituante
La réduction sociologique de l’institution à l’institué
Institution, souveraineté, autorité
Institution et pouvoir constituant
Pouvoir instituant et imaginaire social
Praxis et création
La praxis instituante
La praxis comme co-institution des règles

III / Propositions politiques
Proposition politique 1. Il faut construire une politique du commun
Proposition politique 2. Il faut opposer le droit d’usage à la propriété
Proposition politique 3. Le commun est un principe de libération du travail
Proposition politique 4. Il faut construire l’entreprise commune
Proposition politique 5. L’association dans l’économie doit préparer la société du commun
Proposition politique 6. Le commun doit fonder la démocratie sociale
Proposition politique 7. Les services publics doivent devenir des institutions du commun
Proposition politique 8. Il faut instituer les communs mondiaux
Proposition politique 9. Il faut instituer une fédération des communs

Post-scriptum sur la révolution au XXIe siècle
Retrouver la grandeur de l’idée de « révolution »
La révolution comme « auto-institution de la société »
Instituer l’inappropriable

Index des principaux noms.

à lire, non sans de sérieuses réticences concernant les « neuf propositions politiques » des auteurs, compte tenu de leur parcours dans le démocratisme radical. Comme si la montagne accouchait d'une souris... pour l'écraser sous ses institutions sociétales mondialistes

en relation Toni Negri - Séminaire sur le Commun Paris 28 Novembre 2012

Contribuer à frayer de nouvelles voies à la pensée sociale et politique, telle est l'ambition du séminaire « Du public au commun » qui se tiendra en 2010-2013 à Paris.

Le défi n'est pas mince. La logique néolibérale de privatisation et de concurrence s'est épanouie sur les ruines du « socialisme » et du « communisme » dans leurs expressions historiques étatiques. Qu'il ait été dicté par la résignation ou par le calcul, le consentement à cette logique a conduit à la destruction de toute opposition consistante. Lui opposer les morceaux dépareillés des « systèmes » idéologiques et théoriques anciens relèverait d'une impasse historique. En particulier, il serait stérile de s'enfermer dans une posture de « défense des services publics » qui condamnerait à camper sur une position purement défensive. La crise actuelle du système capitaliste nous impose d'ouvrir une alternative qui soit à la hauteur de ses enjeux et qui permette à la gauche de reprendre l'offensive sur le terrain des idées.

Nous sommes convoqués à penser autrement l'avenir, à penser avec de nouveaux concepts. Le « commun » n'est pas un spectre, il est une idée neuve. Le terme n'est pas un slogan simplificateur et commode, il désigne bien plutôt un espace de problèmes, il n'est pas une réponse, mais un champ de questionnement. Il veut dire tout à la fois un refus et une intention.

Un refus : nous ne sommes pas condamnés à l'alternative du Marché et de l'État, du privé et du public, pour penser l'organisation des sociétés. Cette opposition qui structure la « pensée dominante » est celle des alternances politiques et des luttes pour le pouvoir, non celle des processus réels de création et de production, des pratiques de lutte, des objectifs de transformation que le mouvement social est en mesure de se donner aujourd'hui. Elle s'épuise d'avoir trop souvent servi à justifier la défense des prérogatives de l'administration bureaucratique. Elle est de plus artificielle : l'Etat lui-même est en train de se transformer en entreprise selon les canons de la gouvernance du corporate state. Elle est enfin largement réductrice au regard de l'histoire entière du mouvement ouvrier : de l'association à l'autogestion en passant par les conseils ouvriers, ce mouvement a bien souvent porté le refus de l'opposition du Marché et de l'État.

Une intention : la magie des mots ne sera d'aucun recours. Construire le concept de « commun » suppose pour nous de se déprendre d'une conception métaphysique pour le concevoir comme une production, de revenir à l'histoire des « commons » et de clarifier les discussions théoriques auxquelles ils ont donné lieu, d'examiner rigoureusement les pratiques réelles de co-production et de coopération dans de multiples champs, de considérer avec soin les implications et traductions sociales, politiques et juridiques du « commun » en termes de droits collectifs, de penser ce que peuvent être les normes et les modes de subjectivation qui relèveraient de ce « commun », de comprendre ce que pourrait être le passage du public au commun à partir de la production de nouvelles normes, et donc d'affronter la question de l'institution du commun.

13 avril 2014

Communauté de communautés : carrefour théorique et renversement de perspective

dans le témoignage bolivien d'hier, j'ai inséré deux intertitres pointant deux aspects essentiels des propos théoriques de Julieta Paredes, du collectif Communidad Mujeres Creando, le concept de patriarcat comme synthèse des «oppressions» la race, de la classe, et du sexe, et la visée de la Communauté des communautés

mon propos n'est pas de discuter la pertinence théorique de ces positions, par exemple le fait qu'ici le patriaract est concept englobant en lieu et place du capital chez les marxistes. Ce renversement est discutable, mais compréhensible du point de vue d'une lutte auto-organisée de femmes. Je retiens :

- la critique révolutionnaire du genre quand il est isolé des autres dimensions du capital/patriarcat : « on réduit le patriarcat à la seule oppression des hommes sur les femmes, à partir de l’idée que tous les hommes sont pareils et toutes les femmes aussi, masquant les rapports de classe entre femmes, les rapports racistes  entre femmes, les rapports lesbophobes, coloniales et impérialistes entre femmes »

- le sens assigné à cette lutte féministe : « Nous ne voulons pas nous penser par rapport aux hommes, mais nous pensons femmes et hommes en rapport à la communauté »

- le projet de « construire des communautés » comme « alternative à la société individualiste.»

[voir aussi en quoi cette lutte bolivienne fait rupture avec l'altermondialisme démocratique radical]

la visée positive d'une communauté (humaine) devient première relativement au processus d'abolitions qui constitue le corps des luttes sans le reporter à une rupture mondiale ultérieure

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? Livia Alessandrini Tous les chemins mènent à Rome, techniques mixte sur toile 2004

on peut y voir un écho à la thèse de Temps Critiques d'une Révolution à titre humain pour constituer la Communauté humaine 'Gemeinwesen'. Ici cependant, le «titre humain» se concrétise dans les luttes au présent sur la base explicite des classes, des genres, des races, de la terre... et la «révolution à titre humain n'est pas posée en lieu et place de la «révolution à titre prolétarien». « Tout  groupe  humain  peut constituer et construire des communautés»; la lutte de ces communautés concrètes est inscrite dans la visée d'une Communauté des communautés. L'humain n'est pas premier dans la lutte, il est un objectif dans une réconciliation avec la 'nature', où nous retrouvons la Gemeinwesen selon Camatte

dans un texte de Robert Kurz, Par-delà la lutte des classes (juin 2003), nous retrouvons cette idée de remplacement de la «lutte des classes» par le vouloir positif des «nouveau mouvements»

« [Les nouveaux mouvements] ne peuvent plus se définir que sur le fond, par ce qu’ils veulent. C’est-à-dire ce qu’ils veulent empêcher : la destruction de la reproduction sociale par la fausse objectivité des impératifs que dictent les formes capitalistes. Et par le futur qu’ils désirent l’utilisation commune et rationnelle des forces productives atteintes, d’après leurs besoins et non d’après les critères absurdes de la logique du capital. Leur communauté ne peut plus être que la communauté d’objectifs émancipateurs, et non celle d’une chosification dictée par le rapport-capital même

le passage complet

« Dans cette crise apparaît le vrai visage de la concurrence contenue dans le concept même de capital. La lutte de concurrence n’oppose pas seulement le travail au capital, mais aussi le travail au travail, le capital au capital, les secteurs économiques entre eux et les nations entre elles, et désormais également un site industriel contre l’autre, un bloc économique contre l’autre, homme contre femme, individu contre individu, voire enfant contre enfant. La lutte des classes est devenue partie intégrante de ce système de la concurrence universelle et s’est révélée en soi comme un simple cas particulier de ce système, tout à fait incapable de transcender le capitalisme. [...] Mais la nouvelle crise se caractérise par le fait que le développement même du capitalisme fait fondre la substance du « travail abstrait » qui est contenue dans la base productive de capital. Ainsi, l’idée de « lutte des classes » perd son aura métaphysique, pseudo-transcendante.

Les nouveaux mouvements ne peuvent plus se définir de façon « objectiviste » et formelle au moyen d’une ontologie du « travail abstrait » et par leur « place dans le procès de production ». Désormais, ils ne peuvent plus se définir que sur le fond, par ce qu’ils veulent. C’est-à-dire ce qu’ils veulent empêcher : la destruction de la reproduction sociale par la fausse objectivité des impératifs que dictent les formes capitalistes. Et par le futur qu’ils désirent l’utilisation commune et rationnelle des forces productives atteintes, d’après leurs besoins et non d’après les critères absurdes de la logique du capital. Leur communauté ne peut plus être que la communauté d’objectifs émancipateurs, et non celle d’une chosification dictée par le rapport-capital même.

Ce que la pratique réalise dès à présent en tâtonnant, la théorie doit encore le formuler conceptuellement. C’est alors seulement que les nouveaux mouvements pourront devenir radicalement anticapitalistes d’une façon nouvelle, c’est-à-dire au-delà de la vieille lutte des classes.»

de même que précédemment, ne m'intéresse pas le fait que Kurz évacue complètement la dimension de lutte des classes, évacuation qui me semble plus théorique et formelle que réelle, puisque «les nouveaux mouvements» en sont bien aussi constitués, que Kurz le veuille ou non

la théorie que Kurz cherche à «formuler conceptuellement» «au-delà de la vieille lutte des classes», nous pouvons la lire dans les luttes des Mujeres Creando, telle que formulée par Julieta Paredes, qui elle ne considère pas la lutte des classes comme une vieillerie, pas plus qu'elle ne pense la théorie comme une chose à «formuler conceptuellement» hors des luttes

à mon sens, la posture théoricienne séparée est largement responsable de cette vision conceptuelle, une structure englobante qui se déclinerait en particularismes de luttes

la période actuelle est passionnante en ce qu'elle nous offre sous les yeux des luttes théorisantes qui explicitent elles-mêmes leur théorie au sein de leurs activités. Nous le voyons à condition de ne pas limiter nos regards à un angle de vue étroit sur des critères partiels - les luttes théoriciennes selon Théorie Communiste n'expriment un écart que dans la formulation du théoricien, aucune ne se référant à l'idée de communisation

ne nous perdons plus dans un labyrinthe de théories au-delà de leurs miroirs narcissiques de la révolution

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

la fonction séparée de la théorie n'a alors plus d'utilité que pour les théoriciens, qu'ils se réclament de la Critique de la Valeur, de la Communisation, ou de toute autre labellisation révolutionnaire

12 avril

une critique révolutionnaire du concept de 'genre'

Les « Féministes autonomes » latino-américaines et caribéennes : vingt ans de critique de la coopération au développement Jules Falguet Recherches féministes, vol. 24, 2011 : 39-58

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? une photo

Bolivie

d'une grande richesse concrète et théorique, ce mouvement bolivien nous en apporte une nouvelle confirmation : d'une façon générale, la question des classes et celle du genre sont posées par et dans les luttes en lien avec la question raciale. Prendre ces questions deux à deux hors de la troisième n'a pas de sens dans les luttes réelles, et l'on voit clairement les impasses dans lesquelles sont conduites les luttes exclusivement classistes, féministes, raciales ou communautaristes. Voir aussi communisme : genre, classe, 'race', documents

cet exemple sud-américain vient à point nommer souligner qu'on ne saurait avoir de ces questions une approche d'abord théorique, par exemple en terme d'articulations dans la structure du capital, ou d'intersectionnalités à construire par des études universitaires : ces luttes sont plus que théorisantes pour le compte de théoriciens, elles formulent et expriment leur propre théorie au sein de leur activité

Mujeres Creando espagnol français anglais un site des photos des textes

« Notre féminisme est "dépatriarcalisateur".  C’est  pourquoi  il  est  décolonisateur, "déshétérosexualisateur", antimachiste, anticlassiste et antiraciste. » Une caractéristique notable de ce mouvement est de ne pas devoir son origine au black feminism nord-américain, pour des raisons non seulement linguistique. C'est une volonté de « poser le féminisme (communautaire) comme une solution globale pour l’ensemble de l’humanité ». Il tranche fortement avec le féminisme français a-classiste quand, avec "la question du voile", il alimente l'anti-islamisme au coude à coude avec les laïcistes souchiens, et au-delà le néo-racisme envers tous les migrant·e·s, une question loin d'opposer la gauche et la droite, même extrême, entre discours et politiques réelles, comme en témoigne "la question rom"

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

Jules Falguet est auteure du texte La règle du jeu. Repenser la co-formation des rapports sociaux de sexe, de classe et de « race » dans la mondialisation néolibérale... dans le livre coordonné par Elsa Dorlin Sexe, race, classe. Pour une épistémologie de la domination, 2009

14 mars 2014

là où d'autres font par trop dans le négatif, ici trop dans le positif ? jamais content mon Patlotch à moi

mais bon, faudra de tout pour refaire un monde, la dialectique peut cacher des breliques, ou l'envers d'un calibre : brelic

sortir du capitalisme : ouvrir l'éventail nouvelle rubrique

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

sortir du capitalisme, c'est 'sortir de l'économie', et l'expression recouvre un ensemble de recherches dans plusieurs voies, qui se recoupent ou se relient. Un premier aperçu : Sortie de l'économie

une revue existe depuis 2007, Sortir de l'économie, bulletin critique de la machine travail planétaire, dont 4 numéros ont paru téléchargeables en PDF

à boire et à manger, à prendre ou à laisser... de côté, les éditions le pas de côté, des livres contre la machine 

que de pas donc, en avant en arrière, de côté, à franchir... affranchi des frontières où défoncer la porte ouverte au désespoir

en attendant le livre, on peut aller directement au numéro 4 de la revue

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

une bonne surprise, ce doit être, hors mon approche, une des seules où l'on rencontre en un même texte des références séparées s'ignorant par ailleurs, dans un esprit d'ouverture qui tranche dans le sectarisme habituel, comme si ne pas parler des autres signifiait la mise à distance et le peu d'importance, comme si ne pas parler soi-même supposait qu'on se situe au-dessus du lot, pour finir le gros lot, le grelot tremblotté dans son assez sec, et sortir la queue basse dans la callebasse dans le genre : ça ne parle pas du genre ? mais si que ça en cause, et même d'Astarian, c'est épatant sans épater ni faire pâtés d'encre sur l'un débile de lui-même

sommaire avec liens :

Editorial : Critique de l’économie et du tra­vail
La mar­chan­dise expli­quée à mes enfants

Partie 1. Au delà de l’économie
.
Par où la sortie ?
. L’anti­ca­pi­ta­lisme des anar­chis­tes et des anar­cho-syn­di­ca­lis­tes espa­gnols dans les années trente
. Au delà de la Centrale de François Partant : texte conseillé comme mise en bouche
.
Vous avez dit mon­naie ?
. Pour un archi­pel de lieux en pro­priété d’usage

Partie 2. L’émergence de l’économie : anthro­po­lo­gie des féti­ches sociaux
.
Critique du sub­stan­ti­visme économique de Karl Polanyi
. Qu’est-ce que la pro­duc­tion ? historicité d'un concept
.
Le féti­chisme comme inven­ti­vité sociale

Notes de lec­ture
. Denis Baba, Anarchie économique
. Marcello Tari, Autonomie. Italie, les années 1970
. Kenneth Pomeranz, Force de l’Empire

une servitude involontaire ?

comment ai-je pu une fois encore me mettre des œillères et rétrécir ma vue au point d'abandonner cette largeur de champ dans laquelle j'étais parvenu à considérer les choses ?

j'avais trouvé, cru trouver, une porte à ouvrir pour en sortir, c'était la bonne à n'en point douter, point besoin d'en avoir la clef, il suffirait de la défoncer avec les bons outils. Certains avaient les manches, d'autres les lames ou la cognée, mais toujours revenait ce couteau sans lame ou ce marteau sans manche... à quoi bon retrousser les manches, attendre encore, laisser à l'ennemi le temps de s'enfoncer et nous avec, et se ronger les freins et freîner ses ardeurs, et se mettre en colère pour un rien croyant qu'il était tout...

une telle énergie pour un telle inertie, tourner dans le tourni coton, le double moulinet de leurs ressassements de mes ressentiments, la spirale infernale et sa boucle en ceinture d'un culte, incultes ? ah certes non mais toujours cultivant le même et recycler la terre artificielle... la solution était dans le compost, boire son thé c'est la santé disent les vers de terre

et ceux-là étaient mes nouveaux amis, ils savaient peu ou prou, ou se trompaient parfois, mais qui ne..  sur quoi, bah, des détails de l'histoire à venir, à coups sûrs... alors si petites erreurs pour scénario parfait, si pur, si dur en attendant... et leur bancal, mais tombe-t-on d'où l'on est pas monté ? et de brancards en ruades, à brocarder et si cocasse qu'à la fin je me casse...

il me fallait trouver en eux en moi la faille, la poutre aux yeux étaient notre en-commun

convergence et stimulation : sortir de l'économiequelques ennemis du meilleur des mondes 'pas de côté' signalé par Steeve, Wertkritik 13 mars 

commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ? commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

dans une époque donnée, des idées surgissent comme produites par les circonstances sociales, et donc les mêmes peuvent apparaître au même moment sans concertation aucune. Ainsi dans les années 40', s'inspirat du be-bop, deux trombonistes, l'américain Jay jay Johnson et le Danois Kay Winding ré-inventent l'art du trombone en copiant les trombonistes virtuoses de la génération précédente, en transposant la vélocité et les mélodies parkériennes, et en rapprochant leur instrument d'une grosse trompette. sans se connaître, ils crééront des styles très proches sur cet instrument, et s'associeront en des duos légendaires

retrouvailles en 1982 au Japon, le trombone, quel bel instrument, mais deux ensemble, et ces deux-là wouah, quels sons !


 

c'est un peu ce qui se passe actuellement, puisque semble se multiplier les communications recoupant ce que j'essaye d'élaborer. ainsi donc, cet ouvrage, et les extraits de sa présentation par Steeve, qui se passent de commentaires...
on ne met jamais deux fois le pied dans le même courant
si je me plante, je ne serai pas seul. Quant aux allergiques désormais connus de la Critique de la valeur qu'ils mettent tout en un sac bon à jeter pour cause d'automatisme Postonien, que dire ? Trois possibilités : 1) TropLoin de nous, faisons les morts 2) proche, bon pour taper sur le risque d'une dérive idéologique annonçant une forme de la contre-révolution 3) s'inscrire dans le travail collaboratif que j'ai souhaité il y a deux ou trois mois... sans suite 4) prendre une vraie et bonne retraite comme apparemment un bon nombre dans le so called 'courant communisateur'
sans attendre leur fin, prions pour eux, on n'a jamais prouvé que ça servait à rien...

Disons-le tout de go, pour les rédacteurs du bulletin Sortir de l’économie, il n’y a pas de différence entre l’économie et le capitalisme.
[...]
La remise en cause de la structuration de notre société par l’économie implique, on l’aura compris bien plus qu’une critique du mode de distribution, ou de la propriété des moyens de production. Outre la fin de la soumission au travail, à la croissance, cela nécessite plus fondamentalement à réfléchir et à définir de nouvelles raisons d’être, de nouveaux principes qui fonderaient de nouvelles formes de vie. [...] un besoin impérieux d’une création d’un nouvel imaginaire rompant radicalement [...]
 
A mon sens :
- La neutralité axiologique de l’intérêt général doit être remplacée par la recherche du bien commun. Le bien commun est de l’ordre de la valeur non du calcul privé destiné à maximiser des intérêts
- La production, la distribution, la consommation des richesses (et non de la valeur) doivent recouvrer une dimension consciente. Autrement dit passer par des « rapports sociaux manifestes ». Il s’agirait de commencer par définir nos besoins puis de réfléchir à la meilleure façon de les satisfaire.
- Aux individus séparés, atomisés, il faut opposer la communauté fondée sur l’engagement moral...
- ... les transferts de biens et de services doivent avoir du sens, voir même symboliser les rapports entre les individus. Autrement dit, à côté de l’échange doivent également intervenir des transferts du type don et même, surtout à mon avis, des T3T selon la terminologie d'Alain Testart (les Transferts du troisième Type qui ne relèvent ni du don, ni de l’échange[15]). On peut ici penser à l’instauration d’une sorte de service civil par exemple.
- La création du concept d’économie a nécessité de séparer ce qui était souvent mélangé (le diplomatique, le religieux, etc.) pour constituer une nouvelle unité conceptuelle. A contrario la sortie de l’économie implique d’abandonner ces concept (production, distribution, consommation) dans lesquels il n’y a plus de place pour les dimensions morales et spirituelles, et même tout sens. Seule la pure matérialité reste : toujours plus, toujours plus vite mais jamais pourquoi ?

A voir ces quelques indications, on comprend aisément que les formes que peut prendre une société au-delà de l’économie sont fort diverses et nombreuses. D’ailleurs les formes de vie des sociétés pré-économiques étaient elle-même très différentes. Il s’agit donc avant tout de faire preuve d’imagination et  d’abandonner nos lunettes économiques pour envisager une forme de vie, si ce n’est idyllique, du moins un peu moins mutilante. De toute façon, étant donné qu’il n’existe actuellement aucun projet clef en main et encore moins de  force sociale suffisante pour le mettre en œuvre, c’est sans aucun doute au niveau de l’imaginaire et de la propagation des idées qu’il faut commencer par œuvrer.
 
Quoi faire alors ? : D’un point de vue plus concret, on peut commencer par remarquer que la colonisation de nos vies par l’économie n’est pas totale. A mon sens, il existe au sein de notre société des ilots non-économiques : la famille, les relations entre amis par exemple. Il me semble, qu'une stratégie consisterait ainsi par commencer à défendre ces îlots en résistant et en luttant contre le système, mais aussi d’en créer de nouveaux dans lesquels il serait possible d’expérimenter de nouveaux types de cohésion sociale, pour enfin les déployer et les étendre à toute la société.

Avis aux amateurs !

Steeve