le théorisme, maladie sénile du communisme

 

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le théorisme, maladie sénile du communisme 

en relation le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie : inverser la perspective / hic salta ou franchir le pas en pratiqueS théoriqueS : TC (contre Marx ?) une théorie blanche occcidentale / TC 'Théorie Communiste' : fin de partie truquée

« Et pourtant un si grand nombre d'entre vous ne vivent pas dans ce monde. Vous vous contentez de lui rendre visite et vous choisissez, à la place, de vivre dans un monde de mots, de théories. Vous êtes coincés, prisonniers de votre langage, otages de votre obsession de comprendre. Les théories mènent votre monde, et elles vont le détruire.» James Sallis, 'Le tueur se meurt', Rivages/Thriller 2013 p.192

« L'esprit de système est un manque de probité » Nietzsche, Le crépuscule des idoles

18 avril 2015

après Jacques Derrida, Jean Delumeau (La peur en Occident, 1978), cerise pour les gâteux du théorisme, maladie sénile du communisme 

le théorisme, maladie sénile du communisme

extrait de l'idéologie occidentale, avec Pierre Legendre, Jacques Derrida...

cacher "notre" part arabe que "nous" ne saurait voir ?

Pourquoi lire les philosophes arabes ? Ali Benmakhlouf février 2015

« Leurs méthodes reposent sur un empirisme radical, ils remettent en cause les abstractions métaphysiques...» source

« Parce que leur héritage est souvent aussi majeur que devenu invisible dans une philosophie dite "occidentale" qui les a assimilés dans sa propre substance, et qui donc ne leur rend pas toujours l'hommage qu'elle leur doit dans l'histoire de sa propre constitution. Et puis aussi, parce que ces philosophes-là savaient unir la raison et l'intuition, le raisonnement et l'inspiration, la réflexion avec ses sœurs la méditation et la contemplation - pour produire un discours philosophique infiniment plus riche par conséquent que celui qu'ailleurs la rationalité prétend produire toute seule.» sur France Culture en podcast 17 avril

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4 avril

décrochez vos saints durs

spectres de Derrida, Marx et Shakespeare, et le non-théorisme de la communisation

ici, cher lectorat - je ne parle pas pour ma lectrice, qui elle a suivi - de la même façon que nous avons renvoyé les "marxistes" à Marx, les valeuristes à leur vacuité, les anarchistes à l'anarchisme, les théoristes à leur théoricisme, les communisateurs à la communisation, les saint-simoniens à Roland Simon, les intersectionnalistes à la genèse marxiste des études post-coloniales, et les patlocho-fractionnistes à réfléchir à leur foi sans maître, nous allons renvoyer les derridariens à leur risques in the franchouille théory masturbée in USA, et ainsi réaliser notre désidérata avant qu'il ne rate

une leçon de pratique théorique : Derrida lisant Marx lisant Shakespeare

spectres de Marx, chose promise, chose due

(on excusera la perturbation théorique par les racailles du quartier faisant leurs courses, moi aussi, j'ai l'impression d'être toujours derrière...)

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ici, je ne souligne rien, je laisse mon lectorat se débrouiller avec ma lectrice. Les marques en marge sont de ma première lecture, en 1993...

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note du 27 mai 2014

avec théorismeet connaissant pourtant théoriste, je croyais avoir inventé quelque chose, un concept différent de théoricisme (sic «la dictature structuraliste»). J'en découvre aujourd'hui de plaisants usages. Ainsi, en matière militaire, Technocratie, innéisme et théorisme : la mort médiatique de la stratégie finalement assez proche de mon propos. Celui-ci l'est-il moins ?

le théorisme, maladie sénile du communisme hmm... plutôt un salut privé, non ?

 

15 décembre 2014

critique de la critique de la valeur et du livre collectif

le théorisme, maladie sénile du communisme

la critique radicale de la valeur et ses limites Éric Martin et Maxime Ouellet (dir.) La tyrannie de la valeur. Débats pour le renouvellement de la théorie critique, Ecosociété, septembre 2014

Conclusion : La critique de la valeur peut permettre de renouveler la pensée critique. Des réflexions nouvelles sortent des analyses simplistes des altermondialistes et autres anarcho-gauchistes. Le capitalisme ne se réduit pas à un simple système économique qu’il est possible d’aménager, d’encadrer ou d’autogérer. La logique marchande colonise tous les aspects de la vie et traverse l’ensemble des relations humaines.

En revanche, la critique de la valeur se limite trop à une insurrection de salon mondain pour pouvoir influencer les luttes sociales. Les théoriciens de la valeur appartiennent à une petite bourgeoisie intellectuelle. Ils occultent alors toute analyse de classe. Ils souhaitent obtenir une petite reconnaissance au près des universitaires gauchistes, syndicalistes et altermondialistes : la petite bourgeoisie intellectuelle qui dirige partis et syndicats de l’extrême gauche du capital. Ils multiplient les colloques, les conférences et les débats.

Mais la confrontation théorique ne peut pas se cantonner au petit milieu intellectuel. C’est dans les mouvements de lutte que l’intervention théorique et pratique peut permettre de véritablement changer la société. Dans les mouvements sociaux, il existe toujours une lutte dans la lutte entre ceux qui veulent aménager le capital et ceux déterminés à le détruire.

quel intérêt de « renouveler la pensée critique » pour aboutir à une impasse théorique et pratique ?

intéressant en soi que ce courant théorique ne passe pas comme une lettre à la poste (la poste d'avant...). À boire et à manger toutefois dans cette critique diffusée par Zones Subversives, et pas mal d'approximations ou de confuions (notamment le passage épinglant Théorie Communiste dont on saisit mal ce qu'il vient faire ici, ses thèses s'opposant à la Critique de la valeur).  Le péché essentiel de la Critique de la valeur serait son origine mondaine occultant la lutte de classes. Vrai, mais si celle-ci est occultée, comment la Critique de la valeur peut-elle être pertinente contre « les altermondialistes et autres anarcho-gauchistes » ? Le problème n'est pas tant « l'origine petite bourgeoise intellectuelle » de ces théoriciens, que le lien entre leurs thèses et l'occultation de la lutte des classes qui en résulte logiquement, avec son incapacité à produire (théoriquement) un dépassement du capitalisme

ce lien est établit par Bruno Astarian dans L'abolition de la valeur (feuilleton) Hic Salta 2012-2014

« Le rapport entre prolétariat et capital est un affrontement perpétuel. Il prend des formes différentes selon qu’on envisage le cours quotidien de la lutte des classes, où la présupposition réciproque des classes est reproduite, ou le soulèvement insurrectionnel où cette présupposition réciproque tourne à l’affrontement pur. Dans les deux cas, la contradiction se situe entre le prolétariat et le capital. La valeur n’est pas un des pôles de la contradiction qui reproduit les classes. La loi que le prolétariat doit abolir, ce n’est pas la loi de la valeur, mais la loi du capital. Ce faisant, il dépassera la valeur dans le même mouvement. Dans son combat insurrectionnel contre le capital, le prolétariat donne aux éléments qu’il arrache à la propriété capitaliste la forme sociale de la non-valeur. Elle correspond au degré de liberté et de conscience que l’activité sociale insurrectionnelle gagne par rapport au cours quotidien de la reproduction capitaliste, fût-il conflictuel. C’est sur ce gain de liberté et de conscience que repose la possibilité du dépassement communiste. L’insurrection l’obtient en luttant contre le capital, contre la séparation et l’isolement funeste des sans-réserves, et non pas contre la domination abstraite de la valeur. » Chapitre 8 Valeur et lutte des classes avril 2014

voir aussi le petit texte de Gilles Dauvé La Boulangère et le théoricien (sur la théorie de la forme-valeur) mai 2014 DDT21

Voir la source de la valeur dans la production, c’est situer la contradiction essentielle dans le rapport travail salarié/capital, avec tout ce que cela implique de rapport entre classes: on est face à l’inévitable problème d’une lutte de classes susceptible de produire autre chose qu’elle-même. Problème jamais encore résolu à ce jour par les prolétaires, et avec lequel la théorie communiste se débat depuis bientôt deux siècles, mais l’histoire n’est pas terminée.

La TFV [théorie de la forme-valeur] esquive la difficulté. L’énigme du prolétariat (cette classe qui n’en est pas une…) est résolue si l’on situe l’origine de la valeur dans la circulation, dans l’échange : le problème est dilué dans un ensemble de contradictions résumées par les concepts d’aliénation, de dépossession et de fétichisme, réalités qui concernent à peu près tout le monde.

De la critique fort juste de la vision de la lutte entre bourgeois et prolétaire où il suffirait de libérer le second du premier, la TFV en vient à nier la réalité de classe. De la compréhension de l’impersonnalité du rapport social (bourgeois et ouvrier n’étant que des fonctions du capital), elle aboutit à une dépersonnalisation qui déréalise la réalité : transformer la société serait l’œuvre de tous ceux aujourd’hui soumis à la valeur, c’est-à-dire l’ensemble des victimes du capitalisme (les fameux 99 %).

Qui plus est, si le capital fonctionne en automate et que son automatisme englobe tout et tous, si le seul vrai sujet c’est la valeur, à cette hauteur d’abstraction, la force susceptible de le renverser (encore un mot excessif : dépasser suffit) est elle aussi automatique. Le changement, c’est vous et moi, et c’est inévitable.

mais là encore, on retrouve cette idée de principal défaut dans un « théoricisme opaque...»

Des courants intellectuels s’appuient sur la pensée vivante de Marx pour renouveler la critique sociale. Cornélius Castoriadis s’appuie sur les conseils ouvriers pour penser l’émancipation. Mais il s’enferme ensuite dans une logorrhée trop déconnectée des luttes. La critique de la valeur subit la même dérive marxologique. Malgré des réflexions qui se distinguent du crétinisme de la gauche du capital, ce courant intellectuel se réfugie dans un théoricisme opaque sans la moindre influence.

ce n'est pas « l'opacité » qui pose problème ni même ici le théoricisme, c'est le fond de cette théorie. Faudrait-il souhaiter que moins opaque, il ait une influence, comme si la question était d'une bonne théorie à la portée de ceux qui luttent pour qu'ils se donnent de bonnes pratiques ? Bof...

22 mai

théorie générale ?

on aura compris que ma charge contre les théories n'en est pas une contre toute théorisation. Il serait aisé de me reprocher de n'être pas moins théoricien que ceux que je voue en tant que tels à leur sénilité congénitale. On aura compris aussi qu'au stade d'accumulation où je suis parvenu, je ne manque ni d'ingrédients ni d'arguments pour élaborer ma propre théorie générale, et prétendre ainsi les dépasser toutes. Ce ne serait pas difficile, au prix d'un certain survol, et d'un abandon de la rigueur supposée caractériser toute théorie digne de ce nom; mais son fantasme de maîtrise lui rend nécessaire, à un moment ou à un autre, un saut idéaliste, quand ce n'est sombrer dans l'auto-contradiction par la structure même d'une logique, de présupposés aveugles

le théorisme, maladie sénile du communisme où ça te gratte, démange-toi

mais là n'est pas mon but. Je n'ai pas à perdre ce temps. D'une part je ne manquerais pas de tomber dans le travers qui précède. D'autre part, si je prends le risque d'être peu ou mal compris - mais j'évite ainsi d'être par trop suivi -,  mon objectif est plutôt d'infuser quelque doute dans les certitudes acquises ici ou là chez les promoteurs de révolutions contre l'état des choses : plutôt qu'un corpus, des puces dans le corps du délit, du déni théorique

élaborer une théorie générale serait me contredire en essence, auto-détruire ce qui fait le sens, par la forme et le contenu, de mon intervention a-théorique

plus de questions que de réponses, plus de portes ouvertes que d'horizons fermés : c'est apprendre à penser qu'il nous faut, battre le faire tant il est chaud

pour toute théorie qui se propose de penser le capitalisme comme système clos déterminant tout, le risque est de se poser comme système à penser son abolition, sur le marché des idées révolutionnaires. C'est en soi contradictoire avec l'auto-subjectivation, la dimension créatrice constitutive, au présent du présent, de l'action révolutionnaire. Cela fabrique à son insu des adeptes, c'est-à-dire potentiellement des consommateurs vendant en boîte de conserve le dernier état de la pensée d'un autre. On vérifie partout et en tout temps qu'ils deviennent d'abord de simples propagandistes, et bien vite, au nom de la liberté, des policiers de la pensée

que de ses vœux on l'appelle classe, prolétariat ou multitude, 'nous' a besoin d'individualités conscientes et libres d'agir, en situation, dans un présent à chaque instant imprévisible, de façon auto-déterminée pour la construction d'un en-commun et d'une conjoncture révolutionnaire en conséquence. Cela ne dépend en rien d'une théorie, mais ressort d'une improvisation collective informée

« Si tu vois un homme qui a faim, donne-lui un poisson : tu le nourriras pour un jour. Mais apprends-lui à pêcher et il se nourrira toute sa vie.» Proverbe chinois

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13 février 2014

un moment de dé-raison

Patrick Wotling Préface à La philosophie de l'esprit libre In Limine 11 février 

« Stendhal se moquait volontiers de ces philosophes qui prétendent tout démontrer par la raison et demandent pour finir d'admettre ce que la raison de démontre pas, jugeant leur philosophie assez bien résumée par ce principe : « il me plaît de croire...». Un penseur qui, comme Nietzsche, conteste l'autorité de la raison eût-il été à ses yeux en meilleur posture ? [...] Mais Nietzsche est-il bien un philosophe ? »

le théorisme, maladie sénile du communisme

12 février

affect, percept, concept : Deleuze, Heine-Marx, et Roland Simon

le théorisme, maladie sénile du communisme Marx de l'autre côté du miroir

Gilles Deleuze, philosophe français, 1925-1995

« Faire de la philosophie c'est constituer des problèmes qui ont un sens créer les concepts qui nous font avancer dans la compréhension et la solution des problèmes » de notre époque. La philosophie n'est pas comme le voudrait Platon, une contemplation, ni, comme Descartes le prétend, une réflexion ; mais elle est plutôt production de concepts.

Le désir n'est pas un manque mais une affirmation de la vie. La dialectique hégélienne est une idéologie de l'impuissance à créer; elle est l'idéologie de la mauvaise conscience et du ressentiment. Comme la pensée chrétienne, il lui est impossible d'inventer de nouvelles façons de ressentir et de penser. Il y a un univers indéfini au-delà de toute identité individuelle. L'idée du « je » personnel, du sujet, doit être brisée. L'existence est impersonnelle.

L'idée au sens de Deleuze traverse toutes les activités créatrices et se présente dans tous les domaines. Elle apparaît sous trois formes distinctes. Chez le philosophe, sous forme de concepts, l'artiste (le romancier ou le peintre) pour sa part invente des percepts le musicien crée des affects.

Qu'est-ce que ça veut dire ? Le percept est ce qui reste des sensations inventées par l'artiste une fois que celui-ci a disparu. Le percept est « un ensemble de perceptions et de sensations qui survit à ceux qui les éprouvent.» Les affects sont « des devenirs qui débordent celui qui passe par eux » et qui excèdent ses forces. La musique est un grand créateur d'affects qui nous dépassent. Les philosophes sont des voyants qui, par leurs concepts, vous font voir les choses. Bien sûr, affect, percept et concept sont liés et se présentent toujours en conjonction les uns avec les autres. source On retrouve ces idées dans Deleuze-Guattari Qu'est-ce que la philosophie ?, Minuit 2005 : « La philosophie n'est pas interdisciplinaire, elle est elle-même une discipline entière qui entre en résonance avec la science et avec l'art, comme ceux-ci avec elle : trouver le concept d'une fonction, etc. C'est que les trois plans sont les trois manières dont le cerveau recoupe le chaos, et l'affronte. Ce sont les Chaoïdes. La pensée ne se constitue que dans ce rapport où elle risque toujours de sombrer.»

affect, percept et concept, la chance m'a souri sans me ronger, en me donnant à de saisir les 3 par la pratique de l'écriture poétique, de la musique composée et/ou improvisée, de la peinture et de la théorie à base de philosophies. Je ne pense pas me tromper en voyant ce qui manque aux théories reposant sur les seuls concepts philosophiques même s'ils sont construits à partir du réel. Deleuze n'étant pas artiste n'a pas l'air de savoir que l'art aussi produit des concepts artistiques, mais non philosophiques. Deleuze dépasse à sa manère la philosophe, tout en restant un fabricant de concepts, mais des concepts qui lui permettent de saisir ce qui manque à Hegel et tant d'autres

la plupart, sinon tous les penseurs marxistes après Marx sont demeurés philosophes. L'idée même d'une « philosophie marxiste » est une contradiction dans les termes. Roland Simon croit y avoir échappé, mais ne voit pas que, quelque part, il est pré-marxiste. Comme dit Deleuze, sa pensée a sombré dans un chaos qui ne peut saisir la totalité, par défaut d'une vision dans les trois plans, affect, percept, concept. Son écriture le prouve, son style le prouve, son élaboration vita-minée à la dialectique structuraliste le prouve. La construction de son concept de « luttes théoriciennes » et l'usage qu'en fait Théorie Communiste  le prouvent. Tout cela était pourtant d'avance condamné par Marx dans les Thèses sur Feuerbach, et dans toute son œuvre critique (non nommée 'théorie') ET politique ultérieure. La dialectique de Marx est pratique, pas philosophique, raison sans doute pour laquelle il se refusera toujours à la formuler en tant que telle.

Marx Thèses sur Feuerbach : II « La question de savoir s'il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n'est pas une question théorique, mais une question pratique. C'est dans la pratique qu'il faut que l'homme prouve la vérité, c'est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps. La discussion sur la réalité ou l'irréalité d'une pensée qui s'isole de la pratique, est purement scolastique.» VIII « Toute vie sociale est essentiellement pratique. Tous les mystères qui détournent la théorie vers le mysticisme trouvent leur solution rationnelle dans la pratique humaine et dans la compréhension de cette pratique. XI « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer »

Karl Marx avait envisagé de devenir écrivain, dramaturge, sauf erreur. Il connaissait des passages entiers de Shakespeare, et sa famille (femme et filles) les déclamaient à table. Un de ses meilleurs amis fut le poète Heinrich Heine, qui avait étudié avec Hegel, et s'engagea lui-même dans le communisme.

le théorisme, maladie sénile du communisme Marx, Heine  et Jenny Von Westphalen à Paris le théorisme, maladie sénile du communisme

Henri Heine (1797-1856) et Karl Marx (1818-1883) prennent part au débat allemand et européen sur les événements – de 1789 à la Commune de Paris, en passant par 1830 et 1848 – et l’idée révolutionnaires. Dans la descendance d’un Hegel interprété dans un sens libéral, voire révolutionnaire, le second pourrait être considéré comme le « fils » du premier. Avec la radicalisation de l'hégélianisme critique (les frères Bruno et Edgar Bauer, Arnold Ruge, Moses Heß) à partir des années 1830, Heine fait figure en 1844 de précurseur, puis d'illustre « compagnon de route » littéraire de Marx.

L'écart demeure grand entre eux deux, cependant, sur le bonapartisme, la question nationale et cette « science de la liberté » élaborée selon Heine depuis 1789, mais tenue par Marx pour une des sources des libertés bourgeoises, selon lui « illusoires » ou « formelles ». À partir de 1845, le « compagnon de route » Heine n'accompagne pas Marx dans l'élaboration d'une « science » supposée de l'histoire et des sociétés. Et il ne sait bien sûr rien de la « coupure épistémologique » tenue par Louis Althusser, au début des années 1960, comme décisive dans la constitution du marxisme comme « science » fondée sur un matérialisme à la fois historique et dialectique.

À l'occasion du 130e anniversaire, en 2013, de la mort de Marx et dans une perspective intellectuelle et politique renouvelée, l'examen du couple Heine/Marx et un retour critique sur l'interprétation althussérienne de Marx permettent de comprendre la longue négligence du marxisme à l'égard d'une démocratie révolutionnaire liée au « modèle » de 1789 et écrasée, en apparence au moins, entre le capitalisme bourgeois et libéral et la révolution prolétarienne ou communiste. Négligence lourde de conséquences de 1917 à la fin du XXe siècle, autour de ces deux événements liés entre eux que sont, à partir de 1989-1990, la prompte unification étatique de l'Allemagne et le long et parfois dramatique éclatement du système soviétique et de ses marges.

un livre d'Actuel Marx - sauf erreur, Philosophie et révolution de Kant à Marx, 2003, de Kouvélakis - abordait la question de bien meilleure façon, qu'à travers ce prisme Althusser de la « coupure épistémologique », et renvoyant à une supposée «démocratie révolutionnaire liée au "modèle" de 1789.»

le théorisme, maladie sénile du communisme  en avant !

dans un poème de juin 1844, qu'Engels fait traduire en anglais en août, Heine parle de la révolte des tisserands silésiens. Marx en août dans « Gloses critiques en marge de l'article "Le Roi de Prusse et la réforme sociale par un Prussien" » voir René Merle MARX ET LA RÉVOLTE DES TISSERANDS SILÉSIENS - 1844 Certains veulent voir dans ce poème une influence de Marx, comme si Heine n'était pas capable d'affect, percept et concept sans l'aide d'un "vrai" philosophe... Quoi qu'il en soit, le poème de Heine est antérieur au texte de Marx.

Les Tisserands Silésiens

L'œil sombre et sans larmes,
Devant le métier, ils montrent les dents ;
Allemagne, nous tissons ton linceul.
Nous le tissons d'une triple malédiction -
Nous tissons, nous tissons !

Maudit le dieu que nous avons prié
Dans la froideur de l'hiver, dans les jours de famine ;
Nous avons en vain attendu et espéré,
Il nous a moqués, bafoués, ridiculisés -
Nous tissons, nous tissons !

Maudit le roi, le roi des riches,
Que notre misère n'a pu fléchir,
Qui nous a arraché jusqu'au dernier sou
Et nous fait abattre comme des chiens -
Nous tissons, nous tissons !

Maudite l'hypocrite patrie,
Où seuls croissent l'ignominie et la honte,
Où chaque fleur s'affaisse bien tôt,
Et la pourriture, la putréfaction régalent la vermine -
Nous tissons, nous tissons !

La navette vole, le métier craque,
Nous tissons avec ardeur, et le jour, et la nuit -
Vieille Allemagne, nous tissons ton linceul,
Nous le tissons d'une triple malédiction,
Nous tissons, nous tissons ! »

un texte de 1855 , année précédent sa mort :

« Cet aveu, que l'avenir appartient aux communistes, je le fis d'un ton d'appréhension et d'angoisse extrêmes, et hélas ! ce n'était nullement un masque ! En effet, ce n'est qu'avec horreur et effroi que je pense à l'époque où ces sombres iconoclastes parviendront à la domination : de leurs mains calleuses ils briseront sans merci toutes les statues de marbre de la beauté, si chères à mon cœur ; ils fracasseront toutes ces babioles et fanfreluches fantastiques de l'art, qu'aimait tant le poète ; ils détruiront mes bois de lauriers et y planteront des pommes de terre ; […] et hélas ! mon Livre des Chants servira à l'épicier pour en faire des cornets où il versera du café ou du tabac à priser pour les vieilles femmes de l'avenir. Hélas ! je prévois tout cela, et je suis saisi d'une indicible tristesse en pensant à la ruine dont le prolétariat vainqueur menace mes vers, qui périront avec tout l'ancien monde romantique. Et pourtant, je l'avoue avec franchise, ce même communisme, si hostile à tous mes intérêts et mes penchants, exerce sur mon âme un charme dont je ne puis me défendre ; deux voix s'élèvent en sa faveur dans ma poitrine, deux voix qui ne veulent pas se laisser imposer silence […]. Car la première de ces voix est celle de la logique. […] et si je ne puis réfuter cette prémisse : « que les hommes ont tous le droit de manger, » je suis forcé de me soumettre aussi à toutes ses conséquences […]. La seconde des deux voix impérieuses qui m'ensorcèlent est plus puissante et plus infernale encore que la première, car c'est celle de la haine, de la haine que je voue à un parti dont le communisme est le plus terrible antagoniste, et qui est pour cette raison notre ennemi commun. Je parle du parti des soi-disant représentants de la nationalité en Allemagne, de ces faux patriotes dont l'amour pour la patrie ne consiste qu'en une aversion idiote contre l'étranger et les peuples voisins, et qui déversent chaque jour leur fiel, notamment contre la France.  » Heine, Lutèce, 1855

tant pis pour mon Livredel, dont aucun épicier ne fera des cornets et les jeunes femmes ce qu'elles entendront, mais vrai que m'a fait frémir l'idée imbécile de placer en sous-titre d'un prochain livre de Roland Simon « tout ce qui existe mérite de périr », que Marx reprend à Gœthe dans le 18 Brumaire, quand je pense à la sorte de nihilisme prolétarien faisant table rase, à quoi semble parfois se réduire Théorie Communiste. Oui, décidément, la boucle se boucle et se reboucle d'une pensée trop petite pour mes songes, inrongeable par les souris et les hommes

la 'théorie' et la 'pratique' sont de fait séparées dans la conception de Théorie Communiste, comme l'indique son nom, retour du refoulé : « On a toujours à voir avec ce dont on porte le nom » écrivait Antoine Vitez dans Le Monde à la chute de l'URSS, à propos du PCF qui prétendait n'avoir « rien à voir » avec ça. Mais cette séparation existe dans le corpus car elle provient de la posture, et celle-ci de l'individu Roland Simon. Séparation qui transparaît chez nombre de philosophes dans l'histoire, Hegel au sommet et Kant en-dessous. Car Roland Simon, avant d'être althussérien, est en dépit des apparences bien plus hégelien que marxien - la forme le dit comme contenu. Son corpus est refus du corps. Du corps du délit. Du corps sexué

franchement, quelle femme ferait de la philosophie sans affect et percept ? Kristeva, peut-être, avec structuralisme et psychanalyse... Et que dire de toutes celles, loin d'intellectuelles, qui nous parlent d'« intelligence du cœur » ou d'« intelligence du corps »

bonjour les dégât-e-s - « des gars et des gattes »  Also sprach ma grand'mère

9 février 2014 13:03 (je change l'accusation de théoricisme en celle du théorisme)

immergée, attentiste, théoricienne, théorisante... du théorisme à l'a-théorie

de l'inadéquation de toute théorie

« L'artillerie est composée de jeunes hommes de lettres, avocats, médecins, théoristes sans propriété et quelques-uns sans industrie, initiés aux secrets de la Société des Amis du Peuple  Vigny, Journal poète, 1830, p.928

BL « Quant à la nécessité d’une « théorie immergée dans les luttes » en face d’une théorie « attentiste » ce n’est qu’une autre arrogance » dndf commentaire

je suis souvent d'accord avec BL, jusqu'à un certain point. Une théorie à immerger se donne pour conscience extérieure à apporter aux luttes. Une « théorie attentiste » ça n'existe pas, ou seulement pour lui opposer la pratique, l'activisme militant, lui même marginal dans les luttes de classes. Sous le néologisme de théorisme [plutôt que théoricisme, plus étroit], je ne visais pas l'attentisme théorique, mais la posture théoricienne elle-même, qui a fait son temps, sinon en elle-même, dans ses pratiques anciennes, celle de TC incluse. Ainsi, je peux tout à la fois critiquer la posture théoricienne et partager ceci (au point 3 près sur « l'existence d'un courant communisateur comme élément réel des luttes », dans certains conditions contredisant le point 1 « sans avoir aucunement l’idée que des positions communisatrices puissent infléchir de quelque façon que ce soit la cours des luttes actuelles»)

Bon alors qu’est-ce qu’on fait ? BL Meeting juillet 2005

On peut faire une petite liste de « conditions » pour que l’articulation luttes actuelles/révolution puisse être autre chose qu’une pétition de principe. 1° Étre partie prenante des luttes, soit personnellement et directement, soit par une attention intense et engagée au travers des diverses sources possibles, sans avoir aucunement l’idée que des positions communisatrices puissent infléchir de quelque façon que ce soit la cours des luttes actuelles. 2° Attacher la plus grande importance à la caractérisation du cycle de luttes, dans son unité contradictoire avec le cycle du capital, comme mouvement de production de la situation de crise révolutionnaire du rapport d’exploitation entre les classes, au terme de ce cycle. 3° Se sentir intimement investi dans la formation d’un courant pour la communisation, [dont l’existence même est un élément réel des luttes], courant présent, avec et par l’écart qui se forme dans le bouclage, de la limite démocrate-radicale, des luttes actuelles. 4° Enfin, et peut-être surtout, avoir une parfaite cuirasse contre les accusations d’attentisme et d’objectivisme, accusations de confiance dans un mouvement automatique du capital amenant au dépassement communiste. Ces accusations ne comprennent strictement pas l’objectivité du capital comme un rapport social, et ne pouvant évidemment pas développer une activité autre qu’un alternativisme pratique, nos critiques s’adressent à nous pour leur fabriquer la théorie qui donnerait, à leur immédiatisme de pur principe, le lustre du discours théoriciste qu’ils ne cessent de dénoncer chez nous.

souvent j'ai relevé, comme in fine Endnotes : « un concept de communisation (ou un concept porteur de ces caractéristiques essentielles) n’est pas encore apparu dans les luttes. Nous parlons encore d’un nouveau cycle de luttes dans la langue rebattue de l’ancien. Nous pouvons affiner cette langue du mieux que nous pouvons, mais il faut admettre qu’elle est presque, sinon complètement, exténuée ». Le concept apparaîtra en actes, vraisemblablement sans le nom de communisation, sous plusieurs autres, il ne surgira pas dans l'uniformité. Son émergence ne sera pas spontanée mais dépassement produit dans sa visée, avant la lettre si j'ose dire

« Luttes théoriciennes » correspond réellement à ce que TC a fait, plutôt bien, jusqu'à un certain point. « Luttes théorisantes » traduit simplement l'idée qu'il n'y a pas d'aller-retour, de médiation entre théorie et luttes, que celles-ci auto-produisent la "théorie" dont elles ont besoin. Je pense d'ailleurs que "luttes théorisantes" est, du point de vue des luttes, plus proche dans l'esprit de ce que TC sous-entendait par "luttes théoriciennes", du point de vue du théoricien, mais leur terme correspond à ce qu'ils ont cru en faire pour les luttes en "franchissant le pas", de Meeting, de SIC... Nonobstant sa lourdeur renvoyant au jargon pédagogique, le terme de luttes auto-apprenantes me semble le plus adapté

le théorisme, maladie sénile du communisme à l'avant-garde sans éclairage

on n'a pas besoin de théorie pour faire du vélo, pêcher à la ligne, jouer du jazz, et même le terme de "technique" risque de dériver en mise en œuvre de recettes, à appliquer. On en voit les effets désastreux de clônage, en musique, en poésie, dans les arts de la scène, la communication, les médias, les groupes politiques... ou théoriciens. Quand on improvise en jazz, quand on écrit un poème, on a aucune idée de la fin, pas même de la phrase suivante : c'est le résultat qui se donne à ouvrager en permanence, en temps réel. Mais il peut y avoir un cadre formel, déjà contenu potentiel.

le cadre imposé des luttes communistes, c'est le capitalisme. Parce qu'il n'y a pas à en sortir il y a moyen d'en sortir. On ne sort pas d'une pièce si l'on n'est pas à l'intérieur. Dans le capitalisme il n'y a pas d'extérieur, d'en-dehors. Connaître le capitalisme c'est découvrir la liberté de s'en débarrasser

le paradoxe est que c'est le « matérialisme historique et dialectique » de Marx et Engels, termes que Marx n'utilisait pas et qu'eux ne posaient pas comme philosophie ou théorie, qui ait pu donner lieu à autant de reculs "marxistes" par rapport à leurs pratiques aussi bien de penseurs que d'acteurs politiques : on ne connaît que ce qu'on transforme qu'on (re)connaît à transformer

en vérité, le terme de "théorie" est inadéquat. On pourrait lui préférer, s'ils n'étaient aussi connotés par l'histoire, ceux de critique, d'auto-critique, ou mieux d'auto-praxis. Mais là encore, il ne faut pas y voir la nécessité incontournable d'une formalisation intellectuelle dans un autre langage performatif, mots-actes, que ceux des luttes, si n'était la nécessité de diffuser, d'échanger, de partager des expériences favorisant la généralisation du combat communisateur

tout sauf de la propagande. L'activité d'un Léon de Mattis, par exemple, en tant que "théoricien" (je n'en sais pas plus), par sa formulation vulgarisée et déproblématisée, est caractéristique du militantisme politique, à l'ancienne. Que le discours porte sur la communisation ne change pas sa nature, objectiviste et subjectiviste, son volontarisme de professeur

je plaide pour des activités communistes a-théoriciennes

8 février 2014 9 février 00:43

 

le théorisme, maladie sénile du communisme contre-pied de l'âne prolétarien :

ultra-gauche : le poids du pensé 19:33

le théorisme, maladie sénile du communisme da da da, omniscient, recyclable...

« Je ne me souvenais que trop bien de la suffisance de certains thérapeutes que j'avais subie ou dont, plus tard, j'avais suivi la formation. Ils étaient si nombreux à procéder comme si les personnalités n'étaient que des suggestions dans un menu chinois, une dans la colonne A, une autre dans la colonne B, utilisant les mêmes sauces plat après plat, rajoutant simplement certains additifs, donnez-nous dix minutes, pas de grand mystère là-dedans. Je m'étais juré très tôt - un des rares serments que j'ai tenus - que je résisterais à ce genre d'approche avec toute la ressource dont j'étais capable. À l'occasion cette décision me rendait efficace. Tout aussi souvent, j'en ai peur, elle me rendait inutile. Mais instinctivement je me détournais de cette attitude outrecuidante, machinale et réductrice lorsque je la voyais pointer le bout de son nez : je savais qu'elle me diminuerait aussi sûrement qu'elle diminuait mes clients. » James Sallis, Bois Noir, Gallimard Série Noire 2006, p.174

hormis à ses naissances germano-hollandaise et italienne, ce que l'on place dans le fourre-tout de l'ultra-gauche se caractérise par l'élaboration théoricienne de fortes individualités : Herman Gorter et Anton Pannekoek en Hollande, en Allemagne Otto Rühle et Paul Mattick avant les USA (1926), Amadeo Bordiga en Italie, puis les Français de Socialisme et Barbarie (Castoriadis, Lefort), puis Liaisons et Informations ouvrières (Lefort et Henri Simon), de l'Internationale Situationniste (Debord et Vaneigem), avant la génération des années 1970 des théoriciens ouvrant à l'idée de "communisation"

leur critique fut d'autant plus radicale qu'elle n'eut ni à s'embarrasser ni à embrasser des pratiques "ouvrières", à quelques exceptions près (Henri Simon...). Moins la période est aux luttes radicalement révolutionnaires, plus le discours semble pertinent

avec l'entrée en crise du capital restructuré, le rapport ne s'est pas retissé mais rapetissé. Aujourd'hui, il a atteint son point de rupture, dans la mesure où théoriser les luttes de l'extérieur et critiquer cette posture apparaît comme la contradiction structurelle des penseurs issus de ce histoire... indépassable ?

le théorisme, maladie sénile du communisme ils ont franchi le pas ou pas, mais la trajectoire ne s'est pas arrêtée, aucun ne fut raté

avoir raison d'être inutile ?

on peut prendre, comme débuts de boucles, différents moments du rapport entre le prolétariat en luttes réelles et ses théoriciens : de la jeunesse de Marx et Engels ou de leurs positions respectives après la Commune ou la mort du premier; de la Révolution d'Octobre avec Lénine et la question du parti d'avant-garde; de 1921 avec Görter et Pannekoek et la défaite des Conseils ouvriers; de l'anarchisme espagnol des années 1935; de 1968 et des positions d'Althusser, Adorno ou Marcuse devant les soulèvements dans les pays du Centre; de l'Italie des années de braise avec Tronti et Negri dans l'opéraïsme, la lecture de Debord ou Temps Critiques, les avatars français du négrisme avec Multitudes et Moulier-Boutang; de l'Argentine de 2002 revue par Théorie Communiste; de 2007 à 2012 avec la revue SIC et la "conjoncture" grecque...

on peut élargir le cercle à la Wertkritik qui ignore purement et simplement le prolétariat voire ne se préoccupe pas d'un quelconque sujet révolutionnaire...

on peut élargir le cercle du théoricisme au-delà de la radicalité d'ultra-gauche,  pour prendre en termes le début de ces boucles d'affrontements théoriques, avec les polémiques de Marx contre Stirner puis Bakounine; de Lénine contre Görter ("le gauchisme, maladie infantile du communisme"); de Bordiga avec Korsch ou Trotzki; de Sève contre Althusser et sa "coupure épistémologique"; de Debord seul contre tous, et depuis de tous avec ou contre tous; et pour finir (?) Roland Simon/Théorie Communiste seul avec personne en face, le champ clos de ses fantasmes conceptuels...

on peut le suive jusqu'à hier soir et preuve du contraire...

toutes ces boucles se referment en une plus grande, des années 1840 à nos jours, dans laquelle s'engloutissent leurs marxismes prolétariens, post-prolétariens, trop ou pas assez humains... leurs contradictions principales, essentielles, structurelles... leurs partis pris, bons et mauvais conseils, et leurs tensions nerveuses...

il n'y a pas eu davantage de Conseils Ouvriers victorieux qu'il n'y aura de révolution à un titre particulier quelconque englobant tous les autres, parce que le tout, c'est le capital, et qu'en lui en face, la multiplicité des apparences du prolétariat n'a pas à ressusciter de ses cendres tel un Phénix révolutionnaire, pour leur donner tort ou raison après coup...

on peut épargner Camatte dans la mesure où il s'est épargné tout seul, sinon le capital, la révolution...

un peu comme si gens-là, hormis ceux qui connurent la prison ou l'exil (Marx, Lénine, Görter, Bordiga...), du haut de leur sérieux, avaient passé toute leur vie des examens blancs de la révolution, en premiers de la classe, potaches surdoués fignolant leurs dissertations sur des hauteurs sans atmosphère terrestre, ne se voyant pas vieillir dans un monde toujours jeune malgré son grand âge, conduit par deux siècles de capitalisme à son agonie, sauf si...

la Mariée mise à nu par ses célibataires, même

le théorisme, maladie sénile du communisme dada Marcel Duchamp, le Grand Verre, 1915-1923

la Mariée, c'est la pratique... le genre à divorcer

temps a-critiques ?

les derniers feux de la valeur théoriciste 12:31

le théorisme, maladie sénile du communisme « Il est évident que l'arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes » Karl Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, Introduction, 1843

signalé en commentaire de dndf un échange entre Temps Critiques et Bodo Schultze : à propos de la présentation critique du groupe Krisis

grands mots pour quel grand mal ?

il faut d'abord réaliser que ces échanges sont bien de décembre 2013-janvier 2014, pour saisir l'incroyable fossé qui sépare les préoccupations de ces théoriciens du monde réel d'aujourd'hui. Je peine à croire qu'on puisse se prendre au sérieux quand on en reste à ferrailler avec de grands mots pour un grand mal :

Bodo Schultze «  Que faire si l’intelligence collective – qui autrefois avait fondée la possiblité de révolution – est passée du côté du capital ? / Si l’on veut prendre leur théorie au sérieux, il faut en chercher les raisons dans la réalité sociale, dans la réalité de la société / Si l’analyse nous mène, chacun suivant sa propre conceptualité, à constater que l’intelligence collective est passée du côté du capital, alors il faut reconnaître que les humains n’ont plus qu’une chance infime et que nul ne saurait indiquer, dans la situation actuelle qui ignore toute tendance révolutionnaire, d’où pourrait naître ce qu’on avait appellé mouvement révolutionnaire /

Jacques Guigou : « À sa manière d’aujourd’hui, mais dans la continuité de ses analyses d’il y a 20 ans, Bodo reste un marxiste assez strict. Il a certes abandonné la théorie du prolétariat et la dialectique des classes, mais il défend la théorie du fétichisme de la marchandise et donc également la théorie de la valeur-travail. Sa reprise de la notion marxienne « d’intelligence collective » n’est sans doute pas la meilleure voie de passage pour affronter les caractères majeurs de la société capitalisée [vrai, mais encore faut-il considérer que "l'intelligence collective", au-delà de cette traduction même, serait centrale chez Marx]/ Ce n’est que dans les zones déprimées du niveau II, ponctuellement, que les (faibles) forces organisationnelles du FN peuvent émerger : quelques municipalités dans des villes de moins de 20000 habitants (dans le sud du Gard : Saint-Gilles ? Vauvert ? Le Grau-du-roi ?), quelques députés européens ; bref bien peu de choses mais suffisantes pour entretenir les présupposés démo-antifascistes » 

Jacques Wajnsztein « Ce n’est pas l’objectivité ou l’objectivation qui se cache derrière l’idée de tension individu/communauté, mais quelque chose qui parcourt toute l’histoire de l’humanité depuis la révolte des esclaves et Spartacus, et même des premiers chrétiens jusqu’aux mouvements des années 60-70, en passant par des phénomènes aussi différents que la révolution conservatrice allemande, les collectivités espagnoles de 1936. C’est cette même tension qui s’est retrouvée dans les printemps arabes et un peu moins chez les "occupay" / Ce qui fascine donc tant dans l’argent aujourd’hui, ou plus exactement d’en le fait d’en vouloir, ce n’est pas le fait d’en avoir besoin dans sa matérialité, mais parce qu’il est le symbole de la valeur en général et donc de toutes les valeurs » 

incantation sans dékantation

ce qui frappe, ce n'est pas tant sur quoi portent les désaccords, y compris en y ajoutant ceux qui les opposent à Théorie Communiste concernant la contradiction essentielle, mais l'existence même de cet entonnoir de la pensée (critique ?) qui débouche sur de telles abstractions théoriques. Ici je pourrais me sentir plus proche de Jacques Wajnsztein, pour être celui dont les pieds sont le moins loin du sol, avec cette remarque intéressante, qui prolonge un éditorial de 2010 que j'ai relevé récemment : « Pointer le danger du FN ou même du fascisme est non seulement une erreur politique, mais aussi une erreur théorique car ce n’est plus le FN et les élections comme au moment de l’élection de Chirac, mais le « Peuple » qui occupe la rue (« Manif pour tous », « bonnets rouges », fans de Dieudonné, parents anti-théorie du genre etc.)» Mais la chute repasse par l'entonnoir : « C’est là qu’on retrouve l’idée de tension, mais nous sommes réduits, pour le moment du moins, au rôle de spectateur ou si on intervient, on sera cloué au pilori et par le "Peuple" et par le Pouvoir »

le syndrome idéaliste a frappé la posture théoricienne

le moment est venu de dire tout cru ma pensée : ces gens-là ne savent plus voir les choses pour la raison qu'ils ne les vivent pas... des mots des mots des mots, qui ne traduisent plus l'état des choses telles que vécues par ceux et celles dont ces auteurs souhaitent indéniablement la libération, leur émancipation de la "société capitalisée". Ainsi, le même syndrome les frappe, d'une posture théoricienne qui n'a plus prise sur son objet, pour la raison qu'elle en a fait un "sujet révolutionnaire" idéal et conceptuel, et ne peut plus le trouver plus où elle l'a posé.

les luttes feront le chemin par elles-mêmes vers l'issue révolutionnaire, comme elles l'ont toujours fait dans l'histoire, tel Picasso affirmant : « je ne cherche pas, je trouve »

du présent faisant table race

ce que je constate autour de moi, notamment dans le corps enseignant des collèges et lycées, c'est une incapacité croissante à saisir la réalité même qu'ils ont sous les yeux, parce qu'ils vivent dans une bulle. Un exemple, au lycée Picasso de Fontenay, des professeurs ne savent même pas qu'ils sont racistes, mais cela transparaît dans "le deux poids deux mesures "dont illes font preuve à l'égard des "issu-e-s de l'immigration", filles ou garçons, jugé-e-s sur leurs comportements extérieurs, leurs vêtements, leur accent, leurs fréquentations... tout ce qui, en vérité, leur fait peur : une peur de classe, une peur de race, dont ils ne feront pas table rase sans en passer par un affrontement, qui vient...

« faut pas tourner autour du pot pour chier droit » disait ma grand-mère. On échappera de moins en moins à son appartenance aux couches moyennes, et celles-ci, nonobstant leurs bonnes intentions, seront de plus en plus disqualifiées et discréditées pour parler, non seulement à sa place, mais simplement de façon pertinente, du prolétariat tel qu'il agit aujourd'hui, sous de multiples identités, sans pour autant perdre ce qui fait sa contradiction au capital.

filer à l'anglaise, c'est plus coton

deux extraits de Endnotes#3, le premier me semble faire preuve d'une modestie et d'un pragmatisme qui tendent à manquer à nos théoriciens franco-allemands

Éditorial « Les deux premiers numéros d’Endnotes incitaient à porter une attention nouvelle sur les luttes de notre époque, un regard débarrassé du poids mort de théories dépassées. Nous ne fournissions pourtant nous-mêmes que peu d’analyses des luttes. Cela, en partie parce que le conflit de classe était au plus bas au moment où nous écrivions, et rendait les envolées vers l’abstraction plus attirantes, mais aussi parce que nous ne savions pas ce que nous voulions dire des luttes en cours, et que nous pensions qu’il était plus avisé de ne pas prétendre le contraire. Nous avons lancé cette revue comme un lieu pour l’élaboration scrupuleuse des idées. Nous ne voulions pas tirer des conclusions hâtives simplement pour être dans l’air du temps

le second reconnaît une limite à notre propre capacité d'échappement à ce qui nous définit socialement

Spontanéité, médiation, rupture : « Mais nous voyons aussi qu’en participant aux luttes, quand nous nous organisons, nous sommes poussés vers, ou figés dans, des identités dont nous sommes fondamentalement aliénés. Soit qu’on ne puisse plus affirmer de telles identités, soit qu’on ne le veuille plus, ou qu’on reconnaisse qu’elles sont transversales et de ce fait impossible à adopter par l’immense majorité de l’humanité. Les luttes nous dressent les uns contre les autres, mais, souvent pour des raisons que nous ne percevons pas comme absolument nécessaires. Au contraire, parfois, nous en venons à comprendre nos différences comme inessentielles — résultat d’une différentiation incontrôlable du statut ou de l’identité dans le capitalisme

ainsi, ce qui faisait la force de conviction de ces théoriciens aux heures où les luttes n'étaient pas aussi transparentes à leur contenu face au capital, cela se retourne en son contraire au moment où elles se donnent à voir pour ce qu'elles sont. Ce renversement de situation invite celleux qui disposent des outils intellectuels de l'élaboration théorique à se confronter de nouveau à Marx, tant dans les écrits où il rompt avec la philosophie spéculative (fin des années 1840), que dans ceux où il intervient politiquement (début des années 1870, voir ci-dessous).

il n'en reste pas moins que ces échanges de courriers, comme d'autres récemment publiés, sont un signe de dégel dans les relations entre groupes ou individus théoriciens  - pour l'heure, l'épistolaire n'est pas au féminin, autre signe des temps ? Reste à espérer que Théorie Communiste, et pourquoi pas d'autres plus loin, franchissent ce pas. Ou mieux, car l'enjeu n'est pas méta-théorique (météorique ?) mais durablement et concrètement inscrit dans la période ouverte, celui d'autres pratiques théorisantes.