le capital cancer global est à combattre en ses locaux

 

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le capital cancer global est à combattre en ses locaux 

le prolétariat danseur génial l'étouffera dans ses bocaux

7 février 2014 16:27

quid de l'articulation local/global dans la communisation ?

ce que je fais est incertain, possible ça ne serve à rien [texte complet, sans excès, sage comme ses images, avec citations de l'altermondialisme sur le mode d'ATTAC à Karl Marx s'adressant aux « Citoyens » de Londres à la veille de la Commune de Paris, en passant par Bernard Lyon de TC pour SIC, Revue internationale pour la communisation]

alors qu'est-ce qu'on fait ?

l'idée d'articuler global et local, qui a fait les beaux jours d'Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne), fer de lance du démocratisme radical au tournant du siècle, et depuis rouillé, n'était pas si bête. La conscience existait des parties dans un tout, la volonté de s'attaquer à la totalité dans tous ses aspects, et ce mouvement connut un succès de masse réel, avec ses sommets mondiaux altermondialistesUn autre monde est possible ») et ses relais locaux aussi enthousiastes qu'impuissants.

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les aventures de la marchandise

celles d'un tee-shirt dans l'économie globalisée Pietra Rivoli, Fayard 2005

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extraits :

« Il est dommage que la géographie soit parfois si polluée par l’économie. Décrire un fait à travers une avalanche de statistiques et de pourcentages est un moyen performant de voir le monde, mais pas toujours évocateur. Pietra Rivoli, professeur d’économie à l’université de Georgetown, a entamé la démarche inverse. Afin de mieux comprendre le fonctionnement de l’économie globale actuelle, elle a décrit le parcours d’un tee-shirt qu’elle a acheté dans une boutique de souvenirs de Miami. Elle localise les lieux et les espaces à chaque étape de sa fabrication, avant d’éclairer un pan de la mondialisation à l’œuvre en recourant à l’Histoire, l’économie ou la sociologie.

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Le coton du tee-shirt est récolté à Lubbock, dans l’ouest du Texas, qui reste aujourd’hui, un siècle et de demi après la guerre de Sécession, la première région cotonnière du monde...

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Depuis San Francisco ou Los Angeles, un ballot de coton est envoyé en Chine orientale par bateau. Le tee-shirt est certes façonné en Chine, mais dans un atelier familial de la périphérie de Shanghai, dont beaucoup de voisins sont encore tenus par l’état...

De retour aux Etats-Unis par Los Angeles ou par Corpus Christi, le tee-shirt se faufile à travers la frontière nord-américaine...

de chacun selon ses possibilités, à chacun son tee-shirt

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Après utilisation, le tee-shirt sera récupéré par l’Armée du Salut, trié à Brooklyn dans une PME familiale puis il franchira l’Atlantique dans un conteneur avant de finir sur le marché de la fripe africaine, par exemple à Dar-es-Salaam (Tanzanie), où il alimentera le marché textile de l’occasion...

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Le tableau d’une mondialisation fondée sur les règles du libre-échange et de liberté d’entreprise, sur le recul des frontières, sur la non-intervention des états et sur la fin espérée du protectionnisme national, est à nuancer fortement. Selon Rivoli, l’économie globale ressemble plutôt à un compromis permanent entre deux acteurs d’échelles différentes : le marché mondial et les nations.[...]

le constat est loin d'être faux, on y touche des yeux l'articulation de l'économie, le capitalisme, et de la fonction des États. Ce n'est pas un "compromis", mais une auto-organisation de la classe dominante, celle d'en face, la nôtre, étant on ne sait où dans l'anglemort de la professeuse à la "démarche inverse" mais pas renversante, qui ne casse pas trois pattes à un canard capitaliste. D'autant qu'elle nous masque ces luttes de classes, qu'elle ne saurait voir depuis sa classe (de géographie).

la chute est, on s'en doutait, d'une naïveté et d'un optimisme confondants, dans un recyclage idéologique ignorant la crise, qui vint deux ans plus tard. C'était encore le rêve d'un capitalisme global comme système qui s'équilibrerait, in fine, pour le bien de tous, chacun-e restant à sa place, la richesse des un-e-s faisant le bonheur des autres dans leur misère durable :

« Les quotas américains (qui sont d‘ailleurs un échec complet en terme de protection de l’emploi aux Etats-Unis) permettent à des petits pays-ateliers de produire et de vendre du textile. Ils tentent en même temps d’endiguer un raz de marée d’articles chinois. Les patrons de Hong Kong s’amusent à délocaliser leurs fabriques à Ceylan, en Thaïlande ou aux Maldives afin de contourner cet interdit. La main d’œuvre locale d’origine rurale s’enrichit et se développe. La population américaine bénéficie de vêtements bon marché. L’économie chinoise croît.

Enfin, avec une morgue teintée de racisme, certains experts avaient prédit l’incapacité des PMA à s’adapter à l’économie de marché telle que le préconisait le FMI à travers les directives qu'elle donnait à des pays en déshérence budgétaire. L’exemple des mitumbas, ces marchés qui échangent le textile de récupération issu du mouvement de charité occidental, montre au contraire une vivacité des acteurs africains locaux à se saisir des nouvelles règles du jeu. En redistribuant les stocks de l’aide internationale à la population sous la forme d’un produit commercial, ils contournent l’inefficacité des états africains dont la gouvernance laisse à désirer (corruption, désorganisation administrative) et qui abandonneraient ces vêtements dans des hangars. En créant de la richesse, ils permettent à une catégorie modeste de la population de se développer, loin des élites proches des pouvoirs en place, habituées à profiter des mânes de la « cleptocratie ».

En inventant un nouveau marché fondé sur le recyclage, ils participent sans le savoir à un effort de développement durable. En donnant une seconde vie à des tee-shirts condamnés à pourrir, en leur fixant une valeur et un prix différents, ils deviennent des acteurs concrets de cette économie globale qui ne profite pas qu’aux cadres de la City ou de Wall Street. Une forme de démocratie économique assez réjouissante en somme. En permettant à la population d’acheter des vêtements et non de les quémander, ils redonnent de la fierté aux pauvres

ce que j'en retiens, c'est un certain rapport avec l'idée que toute lutte locale mettant en cause cet équilibre global, en étant confrontée au limites de reproduction de ce système, prend valeur d'événement mondial, comme le disait RS/TC à propos des émeutes de novembre 2005 en France, ou comme on a pu le voir en Grèce, et depuis longtemps au Moyen-Orient, en Asie, ou avec le blocage actuel des marchés, la faute aux "pays émergents".

le capital cancer global est à combattre en ses locaux vs penser global, lutter local

pour aller plus loin, vers la crise de reproduction généralisée du système capitaliste, c'est partout localement qu'elle provoquera, telle une réaction en chaîne, l'effondrement de l'équilibre global, le faisant trembler sur ses bases structurelles. C'est alors qu'on peut imaginer la possibilité que des attaques locales démultipliées, tout en affrontant chacune son problème particulier dans ses spécificités, participe d'un mouvement d'ensemble, d'un 'moment conjoncturel révolutionnaire', et déclenche ce que l'on nomme "communisation".

La défense des acquis c'est la possibilité d'une phase de contre-révolution La communisation n’aura jamais d’acquis, toutes les expropriations constituant la communauté immédiate seront remises en cause en tant que pures expropriations, prise en main sauvages, elles seront proclamées socialisations dès que le mouvement ralentira, et que se constituera une instance para-étatique, pour défendre ce qui, à ce moment-là, apparaîtra comme des acquis et comme des éléments de la constitution d’une possible nouvelle économie.[...] La communisation vit constamment dans les conditions de sa sclérose.

Tout se passera sur le plan géographique, sur le plan horizontal, et non sur le plan sectoriel différenciant les types d’activités. Les limites seront partout et l’intrication généralisée révolution/contre-révolution se manifestera dans des conflits multiples et chaotiques.[...]

L'extension est le mouvement de la victoire, le ralentissement celui de la contre-révolution. La lutte du capital pour reprendre le contrôle social sera double sans que cela soit une stratégie. D’une part les États lutteront pour rétablir leur domination et relancer l’exploitation, d’autre part la société capitaliste se maintiendra sur des bases totalement ambiguës de pouvoirs populaires et d’autogestion.[...]

La révolution ne l’emportera pas en droite ligne Des fractions du prolétariat insurgé seront écrasées, d’autres seront « retournées », se ralliant à des mesures conservatoires de survie, d’autres insurrections prendront le relais. Certaines fractions retournées/engluées relanceront les expropriations sauvages, et l’organisation de la lutte par ceux qui luttent et uniquement pour la lutte, sans représentation, sans contrôle par quiconque au nom de quoi que se soit, reprenant la constitution du communisme, qui n’est pas un but de la lutte mais le contenu de la lutte. Les idéologies contre-révolutionnaires seront nombreuses, à commencer peut-être par celle de la survie de l’économie : préservons des mécanismes économiques, ne détruisons pas toute logique économique, pour pouvoir en construire une nouvelle ensuite.

La survie de l’économie c’est la survie de l’échange, que cet échange utilise l’argent, toutes sortes de bons, ou même simplement le troc, qui peut se parer du nom d’entraide ouvrière ! La gratuité, l’absence complète de comptabilité de quoi que ce soit, est l’axe autour duquel la communauté révolutionnaire se construit, seule la gratuité peut permettre de rassembler toutes les couches sociales non directement prolétaires qui se délitent dans l’hyper crise, et ainsi d’intégrer/abolir les individus non directement prolétaires, tous les « sans-réserve » (y compris ceux que l’activité révolutionnaire aura réduits à cette condition), les chômeurs, les paysans ruinés du « tiers monde », les masses de l’économie informelle » Bernard Lyon, Le pas suspendu de la communisation, SIC n°1 juin 2009

autrement dit, à l'inverse d'Attac , qui envisageait la régulation d'un capitalisme vertueux, depuis le haut, par des organismes démocratiques internationaux imposant leurs bonnes intentions aux maîtres du monde, nous pouvons désormais envisager la prise en main des choses d'en haut par le bas, et renouer avec l'esprit anarchiste des premier-e-s communistes internationalistes :

« l'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes » Adresse inaugurale de l'AIT (Association Internationale des Travailleurs, future Première Internationale), issue du Congrès ouvrier européen de septembre 1864, et rédigée par Karl Marx en octobre.

le capital cancer global est à combattre en ses locaux n°4 du 4 au 11 mars 1866 (SIC, Revue internationale pour la communisation n'a connu que deux numéros bisannuels, tous les espoirs sont permis)

ironie de l'histoire, Marx n'était pas 'citoyenniste', et pourtant, trois semaines avant la Commune de Paris, il s'adressait à la population de Londres au nom de l'AIT, en ces termes...

le capital cancer global est à combattre en ses locaux appel affiche du 28 février 1871, Londres 

« Citoyens, c'est avec un profond sentiment de douleur que nous voyons ici l'avenir de la Société internationale des travailleurs compromis par la façon d'agir d'un certain nombre de ses membres. Rien ne saurait nous être plus préjudiciable que cette apparition spontanée, mais stérile, d'hommes qui, sous le voile de notre Société, prétendent arriver aux premières places de la République. Beaucoup de ces hommes nous sont presque inconnus, étant parmi nous les ouvriers de la dernière heure ; d'autres ont des personnalités honorables et bien connues. Malheureusement, si c'est pour nous un succès de voir arriver nos frères à représenter la classe ouvrière au Parlement français, il est pénible d'avouer que bien peu d'entre les associés de la branche française prennent au sérieux le rôle si beau, si digne, si plein d'avenir de la Société internationale. Même au moment où leur pays succombe, que les français prennent exemple sur leurs frères d'Allemagne. Comme vous, ils sont persécutés, emprisonnés, mis hors la loi.

Cependant, ils ne cherchent point leur force dans l'émeute. C'est par la persécution, par l'emprisonnement de Jacoby, Diebneck et tant d'autres, que la Société a grandi et s'est fortifiée, grande de l'estime de tous, voire même de ses bourreaux. Dites-le bien à tous les ouvriers français : notre force est dans l'observation des lois jusqu'au jour où le poids de l'intelligence, joint au poids des injustices et des persécutions de la société entière, fera pencher la balance en notre faveur. Jusque-là, restons unis et calmes, et, placés au-dessus des mesquines et petites rivalités des peuples, jetons les fondements indestructibles de la fraternité universelle des travailleurs et des déshérités de la société. » Karl Marx, Appel, Affiche dans Londres, 28 février 1871

l'histoire de France répétée en farce ou le 18 brumaire de la lutte des places

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ainsi, Marx, s'adressant à la population londonienne, évoquant « la force de l'émeute », mettait en cause les précurseurs français d'ATTAC, tels que j'ai pu, sous contrat avec l'État français, avoir pour patron un ancien ouvrier, « personnalité honorable et bien connue », devenu Président d'ATTAC France, parvenu ainsi « aux premières places de la République » comme Directeur de Cabinet d'un ministre "communiste". En 2012, il appelait à voter François Hollande « sans soutien politique »...