individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ?

 

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individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? 

 

3 mai 2015

ces questions seront désormais abordées dans le forum sur la communisation, dans la rubrique

INDIVIDUS face au Capital, à l'État, dans l'idéologie = ALIÉNATION => une individualité communiste ?

26 avril

je brûlerai mes livres !

(j'ajoute ce texte dans la mesure où n'est pas possible de penser une transformation des individus sans partir de ce qu'ils sont dansle capital, surtout quand ils ne sont plus rien)

(du côté des individus dépossédés d'eux-mêmes)

avec Juliette Keating, Marcel Cohen, Primo Levi, les migrants noyés, les Juifs gazés, les Noirs esclavagés, les in-employés...

« Faustus : - Stay, Mephistopheles, and tell me, what good will my soul... I'll burn my books ! » Christopher Marlowe, Doctor Faustus 1589

'Perte du moi et travail de l'écriture'

extrait d'une note de lecture de Juliette Keating sur "À des années-lumières", texte d'une conférence de Marcel Cohen à Dunkerque, en 1998

On voit ainsi que les migrants n'ont aucune chance d'être secourus en mer, quelque soit l'hypocrite offuscation des États qui laissent sciemment les naufragés se noyer. Dans ce système économique où sont niées les valeurs de la civilisation, « la vie humaine n'est plus rentable, il va falloir trouver autre chose», selon la terrible formule de Hubert Lucot.

'Perte du moi et travail de l'écriture'

Interchangeables, égaux dans leur insignifiance et leur absence de valeur, les hommes se trouvent dépossédés d'eux-mêmes. Les Juifs, pendant la Seconde Guerre mondiale, firent l'expérience de la négation de leur individualité puisque « aucune des particularités qui font qu'un homme est différent d'un autre homme n'avait plus la moindre prise sur leur vie.» On pourrait sans doute ajouter qu'avant les Juifs, les Noirs esclaves connurent une semblable confiscation de leur personnalité. Les chômeurs, aujourd'hui, ne connaissent-ils pas un traitement similaire de dés-individualisation ? Ne leur enjoint-on pas de trouver un « emploi », n'ayant plus aucun rapport avec l'ancienne notion de métier qui accordait à l'individu un savoir-faire unique, tandis qu'ils découvrent que « nul n'a plus besoin d'eux, alors même que les entreprises réalisent des bénéfices considérables » ? Et l'on peut se demander si cette insistance des pouvoirs publics à mettre en place l'individualisation des parcours, de l'élève en difficulté au « demandeur d'emploi », n'est pas le signe le plus criant de cette réfutation moderne du moi, tant il faut prendre à rebours tout ce qui est proclamé publiquement pour comprendre ce qui est fait.

Comment cette « perte de substance de l'individu, qui n'a presque plus prise sur son destin personnel », informe-t-elle le travail de l'écrivain ? S'il ne peut plus y avoir d'expérience individuelle, de sensibilité propre, dans un système où l'humain est écrasé au profit d'une machinerie économique qui fonctionne en vase clos sur des modèles erronés, alors « un écrivain a-t-il encore quelque chose à dire ? » Marcel Cohen nous livre en guise d'apologue « ce qui s'est passé en 1995, dans Sarajevo assiégé. Un petit groupe d'écrivains serbes, croates et bosniaques, que tout aurait dû séparer, se sont réunis sur une place publique (…) pour brûler symboliquement leurs propres livres. Cet autodafé volontaire se voulait l'exact opposé des bûchers nazis de1933.» Les auteurs, désespérés par le conflit fratricide, en sont venus à brûler leur propres livres, convaincus que l'écriture n'avait rien pu empêcher du tout. C'est l'exigence éthique, l'exigence de lucidité, qui doit conduire l'écrivain dans sa recherche des formes capables de témoigner de notre temps. Mais ce travail indispensable de l'écrivain, on ne peut que se demander s'il est encore possible, tant le livre lui-même est pris sous la meule économique et ses exigences de profit.

intéressante relation entre négation de l'être humain par le capital (en général), jusqu'à l'abandon produit ou la destruction systématique, et le rejet par l'écrivain (l'artiste) de son œuvre quand elle ne lui semble plus bonne à rien

de mon côté, avec Livredel en 1989, c'était la posture même de l'écrivain individuel que j'interrogeais en pratiquant une écriture sur la base d'emprunts à la presse et aux livres des autres, avec une sélection laissant peu de place à mon propre choix, et pourtant retrouvant le chemin d'une création qui ne peut jamais être, du moins l'écriture, qu'individuelle

« Poursuite, peut-être vaine, mais soutenant la tension créatrice, du mot d'ordre de Lautréamont "la poésie doit être faite par tous, non par un", fil rouge qui tend à l'effacement de l'écriture personnelle par les procédés du collage, du tissage, du croisement d'emprunts d'auteurs ou de textes imposés par le journal quotidien. / Choix de thèmes récurrents et répétitifs, ou leur filtrage formaliste par le nombre, recherchent un effet de "monde réel" en toile de fond, où les événements sont écrasés sur un même plan, qu'ils relèvent des 'faits divers', de la politique, du social ou de la guerre.

Le but était de dépasser, en l'assumant jusqu'à faire disparaître l'écriture individuelle, le statut d'écrivain, qui reconstruit le monde -son monde- dans son miroir, devenant alors une sorte de metteur en scène d'écrits qui semblent s'imposer à lui. Le titre, qui peut se lire LIVRE-DEL (delate) traduit cette contradiction jusqu'à l'auto-destruction »

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31 mars 2015

individu-classe, individu-capital, individu-communisme, textes transitoires de 2011-2012 et textes détruits de 2002-2011 14:11

Flav sur dndf, 22 mars :

« Pour me débrouiller avec mes propres concepts, je dirais que certains individus prolétaires, niés par le capital, entament contre lui une attaque de leur propre situation à l’intérieur de lui. La limite, c’est le fait qu’il ne trouvent pas, dans leur rapport au capital, la capacité de s’auto-produire comme individus négatifs, c’est à dire d’abolir leurs conditions d’existence individuel (à fortiori de classe). Ceci ne peut être trouvé que dans le procès mondial de communisation lui même. Cette capacité (plutôt que possibilité) est définitoire du procès de communisation. Elle est sa nécessité, non comme préalable, mais comme point de départ, et comme résultat intermédiaire, ne l’épuisant pas, tout au contraire, mais la médiant jusqu’à l’abolition des classes et de l’individualité.

Si cette capacité venait à épuiser la communisation, c’est à la fois que la tentative révolutionnaire aurait détruit ce qui la produisait, que cette capacité aurait été transformée en nouvelle capacité de s’auto-produire comme individu positif et confirmé à l’interieur du capital : une contre-révolution par une nouvelle hypothétique socialisation.
C’est ce qui menace la communauté des individus négatifs si elle ne parvient pas à rendre viable et souhaitable pour elle même cette négation : c’est à dire si elle ne parvient pas à l’affirmer. Car il s’agit bien d’une affirmation.»

suite à ces remarques, je mets à disposition mes notes de fin 2011 et début 2012, qui ont abouti au texte pour en finir avec mon communisme-théorique juin 2012

elles sont sur mon ancien site (qui est encore sur Internet jusqu'à en disparaître, je n'ai plus la main) : pour et part les individus

ces petits textes doivent être resitués dans ce qui fut ma crise théorique (et pas seulement) après mon refus de participer à SIC. Je me retrouvais seul, pas très fréquentable (j'avais l'habitude d'être considéré comme un «renégat» par mes ex-camarades au boulot depuis ma sortie du PCF 25 ans avant...), et par moi-même néanmoins confronté à l'impossibilité d'abandonner ce que je vivais comme un combat individuel aussi. Textes sans garantie donc de ma part aujourd'hui

on y trouvera ce qui devait par la suite se reformuler et se formaliser dans divers recoupements, dont principalement ceux sur le rapport genre/classe par lequel s'engageaient en 2013/2014 mon travail sur l'articulation race/classe puis ma critique du courant communisateur, et enfin la reconceptualisation devant aboutir au texte de synthèse Communisation Troisième courant

on y trouvera les traces d'un "dialogue" à distance avec Roland Simon, sur des thèmes tels que Communisme mouvement vs Communisme état, l'impossibilité d'échapper à l'idéologie serait-elle communiste ou communisatrice (la matrice religieuse de notre engagement communiste comme foi ou pari pascalien), traces qu'on retrouve dans certains de ses textes durant cette période, ne mentionnant pas mes réflexions (RS : « Ne t'étonne pas de retrouver [ceci ou cela] dans un texte de Théorie Communiste »)

l'intérêt est d'aborder franco de port la question du rapport individu-classe individu-capital individu-communisme, telle que j'ai cru comprendre qu'elle était au centre des préoccupations de Flav

sommaire :

1) 7 novembre 2011 : Divagations brouillonnes et sans preuves sur le communisme / Communisme et positivité / Théorie, idéologie, parti, organisation, etc.
2) 18 novembre 2011 : l'utopie communisatrice du communisme comme état ou le ver dans le fruit de la théorie communisatrice
3) 25 novembre 2011 : la communisation entre théorie et idéologie / Du manque de communisme / De textes communisateurs / Pour une idéologie communiste
4) 15 décembre 2011 : L'individu-sujet dans la communisation : franchir le pas... pour marcher au pas ?
5) 21 décembre 2011 : Pour l'individualité communiste (Notes du RER A)
6) 21 décembre 2011 : Communisation, militantisme et parti, une vague de vagues réflexions
7) 23 décembre 2011 : Communisme, une révolution double en essence, dans un mouvement réciproque
8) 14 janvier 2012 : L'individu dans la communisation, un point de vue poétique Vie sociale de l'artiste, individu et communisation, etc.
L'autre du poète et la communisation / L'individu contre le pouvoir / La communisation à titre individuel  / L'art n'est pas un loisir créatif compensateur / L'ennui, le préférer seul qu'accompagné / L'art comme auto-apprentissage de la liberté individuelle
9) 14 janvier 2012 : Pour changer les individus, le combat communiste, Pour changer le communisme, le combat des individus / Le bal des vampires de la communisation est ouvert / L'individu absent de son émancipation ? / L'individu est l'avenir du communisateur
10) 23 janvier 2012 : L'individu prolétaire contre le travail
11) 1er février : La révolution sera individualiste ou échouera
12) 2 février 2012 :  Parler de communisation au présent
"L'individu chez Marx", De Los Cobos (un ami de la défunte revue L'Oiseau-Tempête, dont certains protagonistes participent aux débats sur la communisation), Thèse de Maîtrise de philosophie, 1997-1998 / "Le libre développement individuel : processus ou résultat ?"
13) 10 février 2012 : Toute théorie communiste (y compris la plus antihumaniste) repose sur une foi (en l'homme ?) Impro
14) 25 février : Notes sur Théorie Communiste : eau glacée pour douche froide
15) 28 février 2012 : Lavement de cerveau  : la théorie communiste comme supercherie
16) 3 mars 2012 : Communisation : une nouvelle mythologie pour un nouveau parti communiste ?

doivent y être ajoutés, pour mémoire, des textes auto-détruits

en 2010, de Communisation ressources classées 2005-2011

INDIVIDUS (rapports entre-), Société/Capital vs Immédiateté/Communisme 
Marx et l'individu, documents 
La crise de l'individu dans la restructuration du capital 
Du DIVIDU au DIVIDUALISME, sur un concept en vogue 
Théorie communiste et la définition du communisme 
Bruno Astarian, l'individu dans le communisme 
Anarcho-individualisme 
Individu et communisme : considérations perso 

en 2005, de Carrefour des émancipations 2002-2004  dans la tentation alternative

5. 3) POLITIQUE DU SUJET 
3.1. autocréation et 'créolisation' de soi 
3.2. la personnalité dans le groupe 
3.3. (se) connaître par les sens 
au-delà de l'athéisme : l'imaginaire libéré, le poétique ! 
3.4. penser par soi-même, concevoir avec d'autres partie de ce texte avait été récupérée début 2005 par le blog anarchiste L'En-dehors 
3.5. philosophie politique ou praxis ? 
3.6. désoccidentaliser la pensée 
3.7. la politique comme subjectivation et relation 

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22 mars 2015

Apology for the Black Sheep

non, tous les billets de Juliette Keating ne valent pas son « Éclipse, mon cul ! », parce que quoi qu'on écrive ou dessine pour faire rire, encore faut-il que cela tombe à point pour d'autres, comme on l'a vu concernant les caricatures de Charlie Hebdo. La plupart des billets de cette Keating ne dépassent pas la critique habituelle des politiciens, des journalistes... C'est quand ils ne touchent pas à des sujets explicitement idéologiques qu'ils sont en dernière analyse les plus profonds, et drôles... pour moi

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ?

je retiens celui-ci parce que, 'quelque part', je m'y retrouve. Ce n'est pas sans faire écho à mes textes tels que (ICI) : L'homme sans ambitions, Vouloir détruire sa "carrière", ou Éloge de mon placard, comme à mon refus de vendre voire de publier mes productions artistiques, cf Ma non-'vie d'artiste', la peinture, la poésie, la vie, la forme comme contenu...

de plus il y est question de mouton, qui fut mon premier surnom dès l'école primaire, en raison de mes cheveux bouclés, et devint sheep de 13 ans à la trentaine, quand la classe apprit mouton en anglais. Il me reste quelques amis qui m'appellent encore Sheep, mais Patlotch aucun, qui n'est qu'un nom de plume, et difficile à prononcer

Apologie du mouton noir,

de la brebis galeuse et autres vilains petits canards. Apologie des allergiques à la ligne et au cadre, des rétifs à l'opinion prescrite, aux émotions imposées et aux catéchismes de toutes les doctrines. Apologie de ceux que l'on pointe du doigt, de celles dont on se détourne avec une mou d'hypocrite pitié, en riant. Celles et ceux qui n'obtiennent rien parce qu'ils ne demandent rien à personne, qui ne réussiront jamais dans la vie parce qu'ils n'acceptent pas de, ou ne veulent pas que, ou ne se résignent pas à. Parce qu'il s'en foutent, au fond, de réussir ; et qu'est-ce que ça veut dire ? Qui ne servent à rien car ils ne veulent servir à personne. Celles et ceux qui n'existent pas, qui n'auront jamais existé, incapables de faire de leur nom une marque crédible, c'est-à-dire rentable. Ceux qui se trompent de ton, de style, de sujet. Celles qui ne sentent pas leur époque. Qui n'ont rien entre les mains qu'ils puissent vendre, parce que ça ne plaît pas leur truc, ça marchera pas, y'a pas de public pour ça. Ceux et celles qui, sous les éphémères sunlights des médias amnésiques, défendent au tribunal la cause perdue d'avance des gens ordinaires contre la propagande des puissants, contre le fric des vainqueurs. Les ratés lucides qui survivent comme ils peuvent dans un monde qu'ils comprennent trop bien pour désirer y participer. Ces amoureux de la liberté, que l'on appelle perdants alors qu'ils n'ont jamais chercher à gagner. Qui habitent un moment les pages obscures des blogs peu consultés avant de préférer ne pas. Qui disparaissent sans bruit et sans autres traces que des liasses de feuillets jaunis aux fond de tiroirs poussiéreux, des photos dans des boites, des peintures qui moisissent à la cave, ou qui ne laissent rien parce qu'ils ont tout brûlé.

toute ressemblance avec ma singularité en marge du milieu de la communisation relèverait d'une pure coïncidence. Aucun rapport non plus avec la blague d'un ami en Summer Meeting,  l'histoire d'un lapin qui se demande « Qui suis-je ? » et dont la chute est « T'es pas un mouton, t'es un Arabe ! »

dites-vous bien, les copains (ya pas de copines chez zeus), que vous l'avez échappé belle, je suis du signe du bélier, et il existe aussi un mouton rouge

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ?

ce genre de réflexion n'est toutefois pas, au-delà de l'humour, sans évoquer la question de l'identité à dépasser, de l'individualité ou de l'individumultiplicité - mon "je suis des autres" de 2002 - de qui n'a rien à vendre pour être membre à part entière de la communauté humaine, quand sera abolie la valeur d'échange, la valeur de l'art comme marchandise, la valeur d'un individu mesurée à ce qu'en font ou n'en font pas les autres plus visibles... mais personne, qui n'en fait rien en temps utile, n'en fera rien quand il aura tout brûlé

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8 mars 2015

entre individus

retour à 'Marx, philosophe de l'intersubjectivité'

en matière de théorie et de tout, il ne faut jamais mettre tous ses œufs dans le même panier. Je vais donc poursuivre mon constructivisme communisateur sur toutes les pistes engagées, dont on voit qu'elles se recoupent indéfiniment. Par exemple, la question des individus* et des identités, de la subjectivité qui ne se conçoit pas sans autre puisqu'elle est un rapport social, et ainsi de suite jusqu'à la subjectivation, c'est-à-dire au changement de(s) individualité(s) dont l'enjeu révolutionnaire se passe d'un dessin

* d'une façon générale, je pense qu'il vaudrait mieux, du point de vue des rapports sociaux ou inter-humains, utiliser la catégorie d'individu au pluriel, théoriser les individus plutôt que l'individu, de même qu'on théorise "les femmes", non "la femme"

quelques extraits donc, de ce livre ouvert au hasard... je suis un peu dadaïste en théorie. Marx vs Stirner, on ne s'en lasse pas...

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ?

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individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ?

19 juin 2014

« L'individu, ou celui qui se croyait être tel » Max L'Hameunasse avec Nietzsche 18 juin

de fortes résonances entre ce texte du blog In Limine et ma réflexion sur le dépassement de l'identité individuelle, comme d'autres identités collectives exprimant les séparations utiles au capitalisme mais parfois aussi les relations susceptibles de le dépasser (voir d'hier dépasser les identités de classe, genre, race... d'individus). Des considérations qui rejoignent également celles de la poétique, les arts et la révolutions

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? éloge du même en sa propriété

27 mai

'identité de lutte' : un concept ?

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? conceps d'entreprise originaux

de chacun selon ses concepts, à chacun son génie créateur ?

« La philosophie n'est ni contemplation, ni réflexion, ni communication. Elle est l'activité qui crée les concepts.» Qu'est-ce que la philosophie ?, Deleuze&Guattari 2005

les philosophes et les scientifiques, parfois les artistes, fabriquent des concepts, parce qu'ils en ont besoin pour s'exprimer clairement. Point trop n'en faut, autant que possible les renre communs. Se fader Derrida, Lacan, Sloterdijk et Roland Simon, il en est qui aiment ça, s'enfermer dans leur contemplation et la fermer pour nous, pauvres humains pendus à leurs jargons

je pense que 'identité de lutte' est un concept au même titre que 'activité de crise du prolétariat' (Bruno Astarian, Hic Salta), concernant le dépassement à produire de l'individu du capital en individualité pour le communisme (Sève) ou singularité des individus constituant la multitude comme sujet révolutionnaire (Negri)

l'immédiateté sociale des individus prend ainsi des couleurs matérielles au-delà de la race, de la classe et du genre

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30 avril

Création artistique et capitalisme, Isabelle Garo 29 octobre 2013 Université de Lausanne, vidéo 48/3

voir dans Réflexions poétiques, art et révolution sociale... ce point extrêmement clair de la toujours stimulante Isabelle Garo

contrairement aux apparences, ces considérations ont des implications non seulement concernant l'art lui-même, mais l'individu, le travail, la valeur... dans le capital comme leur transformation communiste. Isabelle Garo décrypte à partir de Marx des éléments souvent inaperçus ou sous-estimés qui bouleversent bien des idées reçues sur l'activité de création artistique et les limites de la subsomption réelle du capital quant à la libération des individus

ces idées fonctionnent dans les deux sens : de l'art vers le communisme et réciproquement

 

8 avril

abolir les identités, non les singularités et leurs combats pour l'en-commun

« Il ne s’agit pas aujourd’hui de se battre pour abou­tir à la recons­truc­tion d’une théorie de la révolu­tion ou à la recher­che d’une vérité, mais plus modes­te­ment de voir le lien entre ce que nous énonçons et ce que nous pou­vons faire, loin de tout immédia­tisme ou acti­visme qui ne représen­te­raient que le revers de l’auto­no­mie de la théorie sur la même pièce de fausse mon­naie.» La valeur n'est pas un sujet historique, Jacques Wajnsztejn,  30 septembre 2011

il m'arrive d'être d'accord avec quelqu'un·e. Ainsi dans ce qui précède sur la première partie jusqu'à « voir le lien entre ce que nous énonçons et ce que nous pou­vons faire ». Quant à la suite, je le partage également, tout en considérant que le problème est excessivement limité, et concerne très marginalement les luttes à partir desquelles peut se dessiner la perspective des abolitions, des classes, du genre, de la race et de toutes les identités construites par le capital

pour revenir sur mon intervention d'hier, je signale un texte de juin 2013 sur le blog de Temps Critiques, Prolétariat, sujet historique, genres et théories de la valeur. On y trouve une exposition synthétique de la production historico-sociale de l'individu (1) à ses particularisations et revendications identitaires actuelles (2)

(1) le choc entre la dernière offensive prolétarienne d’envergure et le procès multiséculaire d’individualisation, produit le passage, à l’intérieur même du cadre d’analyse des classes, du prolétaire-individu à l’individu prolétaire ; le premier terme subsumant chaque fois le second. Mais pour rendre cette phrase moins obscure (car trop elliptique) et moins discutable historiquement (car elle condense trop des processus historiques longs et non linéaires), J.Guigou propose ce petit développement : « le procès multiséculaire d’individualisation » a d’abord produit l’individu-aristocrate, puis l’individu bourgeois, c’est-à-dire que c’est dans les classes dominantes que le procès d’individualisation est intervenu. Dans les sociétés impériales, puis royales, puis bourgeoise, il agit sur les classes dominantes et non sur les classes dominées. Dans l’empire romain, ni les esclaves (sauf dans l’épisode de la révolte de Spartacus), ni les paysans non propriétaires, ni le lumpen-prolétariat urbain sont affectés par l’individualisation. Au Moyen-age, dans les États-royaux européens (et notamment dans la France en cours d’unification) l’individualisation étatico-féodale n’est pas très puissante, du moins jusqu’à la Renaissance. Lorsqu’elle opère, la segmentation, la division, la sérialisation se fait sentir dans l’aristocratie. Le marchand est un individu potentiellement bourgeois qui s’est autonomisé de l’artisanat et des premières fabriques.

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? Le changeur et sa femme Quinten Massys 1514

« On a là une représentation fidèle, typique, de la classe sociale montante, celle de la bourgeoisie naissante, avec de visible dans le miroir une fenêtre avec l'inévitable beffroi, qui relève de la culture des Pays-Bas (soit les actuelles Hollande et Belgique, avec une partie du Nord de la France).» les matérialistes.com

(2) Tout d’abord dans mon Capitalisme et nouvelles morales de l’intérêt et du goût (L’Harmattan, 2002), J.Guigou y disait dans l’introduction : « Dans la société capitalisée d’aujourd’hui, les individus ne peuvent affirmer leur être au monde qu’en s’autonomisant des anciennes déterminations de classe, de nation, de race, de culture, de religion, de sexe qui opéraient encore comme médiations jusque dans les années 1960. Déferlèrent alors les « libérations » particularisées des décennies suivantes. Femmes, enfants, homosexuels, salariés, minorités de tous ordres et de tous lieux, humaines ou animales [...] se déclarent « en mouvement », s’activent dans la recherche de leur « identité » pour la faire aussitôt reconnaître par un droit, la consacrer par une morale, l’exalter par un goût ou un intérêt. Autoréférence et particularisation règlent et dérèglent la vie de l’individu-démocratique et les milieux dits radicaux y participent souvent activement ».

cela correspond aux deux premiers temps "dialectiques" dont j'ai parlé. Ce phénomène est visible aux belles heures du démocratisme radical, quand il s'agit de faire converger les luttes des dominés en tous genres, dans une unité (alter-mondialiste) qui ne parvient pas à leur offrir un débouché révolutionnaire, dans la mesure où elle les entérine (anti-racisme, anti-sexisme, anti-capitalisme...) sans attaquer le capital comme tout en termes de ruptures à produire

je ne pense pas que la question se pose comme convergence, parce que sur tous les fronts, le capital est objectivement en face, cible potentielle, sans nécessité d'une médiation par la classe, et même si cette unité peut se construire ici ou là dans telle conjoncture : encore faudrait-il la mettre en évidence à partir de ces singularités où elles existent face au capital, et ne pas réduire la conjoncture à une convergence insurrectionnelle sous le drapeau du prolétariat (sauf à réactualiser ce concept)

c'est néanmoins un moment historique important, le temps simultané de la reconnaissance d'une domination en tant que ceci ou cela, la conscience d'être exploité, dominé parce qu'on est salarié ou chômeur, femme, 'personne de couleur', habitant de tel État-Nation, etc.

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? source APCD, actions des précaires et chômeurs de Dordogne

voir aussi le site cases rebelles et la définition de ce Collectif en 2010

« Nous ne prônons pas de modèle identitaire univoque. Nous croyons en des identités  mouvantes qui s’entrecroisent et  se réinventent en permanence.

Nous croyons aux alliances avec les peuples et les individus qui sont clairement débarrassés de la négrophobie. Nous croyons aux alliances avec les victimes de l’exploitation capitaliste de toute la planète, s’ils sont informés des histoires qui ont conditionné et conditionnent les rapports interraciaux. Nous soutenons et encourageons toute résistance, toute révolte contre l’hégémonie économique culturelle politique blanche et occidentale.

Nous ne prônons pas la guerre raciale mais la guerre sociale.»

abolir les identités, non les singularités et leurs combats pour l'en-commun

concernant la race, le nègre, ces deux premiers temps sont ce dont parle Achille Mmembe comme 'assignation, intériorisation et retournement' (Critique de la raison nègre, pages 68 à 73), et dont il envisage le dépassement

« mais si, de fait, la différence se constitue dans le désir (voire l'envie), ce désir n'est pas nécessairement désir de puissance. ce peut être également le désir d'être protégé, d'être épargné, d'être préservé du danger. D'autre part, le désir de différence n'est pas non plus nécessairement l'opposé du projet de l'en-commun. En fait, pour ceux qui ont subi la domination coloniale ou pour ceux dont la part d'humanité a été volée à un moment donné de l'histoire, le recouvrement de cette part d'humanité passe souvent par la proclamation de la différence. Mais, comme on le voit dans une partie de la critique nègre moderne, la proclamation de la différence n'est qu'un moment d'un projet plus large - le projet d'un monde qui vient, d'un monde en avant de nous, dont la destination est universelle, un monde débérrassé du fardeau de la race, et du ressentiment et du désir de vengeance qu'appelle toute situation de racisme. » p. 262-263

il n'est pas difficile de faire le parallèle avec la classe et le genre. C'est d'ailleurs en terme de « Parallélisme révolutionnaire » qu'Hardt et Negri abordent la question dans la sixième partie de CommonWealth, Révolution, avec un chapitre intitulé « La politique identitaire au purgatoire », où ils se réfèrent à W.E.B Du Bois et Franz Fanon, allant jusqu'à affirmer

« Le projet d'abolition de l'identité joue donc le rôle traditionnel de l'abolition de la propriété et de l'abolition de l'État » p. 470 « S'efforcer d'abolir l'identité est la troisième tâche nécessaire pour soutenir les deux premières, développer la fonction rebelle de l'identité et conduire la politique identitaire vers un projet révolutionnaire » p. 469

le troisième temps de la valse (la danse de Monsieur le Capital avec Madame la Terre, comme disait Marx) c'est d'un point de vue limité, mais plus large, le renversement du 'démocratisme radical' en un processus de subjectivation d'un-commun révolutionnaire, qui ne consiste ni à dire que la lutte de classes, c'est fini, ni à attendre la constitution d'une unité de cette 'multitude' (Négri-Hardt), ni à la reporter dans l'immédiateté mythique du processus communisateur

la théorie n'est qu'un témoin et la révolution n'est pas un tribunal de la raison

« Maintenant, Isidore est prêt. Il maîtrise à la perfection les techniques de combat éloigné, d'une absolue nécessité pour le jour, proche, de la guerre sociale totale et définitive, que les prévisionnistes de la révolution ne manqueront pas d'annoncer le lendemain, sur Tweeter, où il n'est pas inscrit. » Maboul Isidore Roman feuilleton Février 2012  5 D'un examen blanc

sur le plan théorique, pour « voir le lien entre ce que nous énonçons et ce que nous pou­vons faire », il me semble contre-productif de considérer qu'il s'agit de trouver la bonne articulation en termes de structuration autour de l'exploitation (Théorie Communiste), comme de tirer à boulets rouges sur la Critique de la valeur prise en bloc idéologique sans considération des positions d'une Roswitha Scholz entre autres, et même de l'obstination d'un Anselm Jappe pour « en finir avec la fausse critique du capitalisme ». Dans le genre, qui dit mieux que Jean-Pierre Garnier pour l'OCL : « BHL-Robert Kurz, même combat ? »

dit autrement, le débat essentiel n'est pas entre théories ou théoriciens, ils ne font que filtrer, appauvrir et rentrer aux forceps sous leurs bannières conceptuelles des réalités et des luttes qui ne s'y réduisent pas. Pas davantage entre 'théories' et 'pratiques', le combat communiste consiste aussi à abolir leur séparation. On ne dira jamais assez que de tels débats sont à l'inverse à la pensée de Marx selon laquelle on ne comprend que ce qu'on transforme, et qui suppose la fin de la séparation théorie-pratique. Quel paradoxe d'en faire un débat théorique qui trouverait en soi sa fin

à titre de contre-exemple, un message reçu ce matin suite à la diffusion par Bruno Astarian de son dernier texte (Valeur et luttes de classes chapitre 8 de l'abolition de la valeur) : « En résume : avec la valeur, on n'a pas les classes. Et avec l'abolition  de la valeur ( et les "critiques de la valeur"), on n'a donc pas la révolution comme luttes de classe. Au pire une vision a-classiste, au mieux une sorte d'assemblage, de collage, un "programme minimum" pour la révolution.»

si c'était aussi simple, Astarian se serait agité pour rien, et nous pourrions tous et toutes aller nous coucher. Astarian ne s'en tient d'ailleurs pas à critiquer la Wertkritik

d'une part si la vision non a-classiste, c'est celle de TC expurgée de la domination de genre (SIC n°2), on observe l'impasse théorique et pratique à laquelle elle a abouti. Avec cette pratique théorique, tout lien se trouve d'emblée défait avant d'être tissé « entre ce que nous énonçons et ce que nous pou­vons faire ». TC n'est peut-être pas théoriciste et attentiste a priori, mais c'est comme ça qu'il est utilisé, parce que c'est inscrit dans son concept de communisation immédiate, qu'il le veuille ou non. Le message subliminal, la lecture symptomale, c'est « il va falloir attendre ». Paradoxalement, TC reprochait à Troploin d'attendre la révolution dans une forme qui ne reviendrait plus, mais attend les écarts dans un anglemort (sic) des plus réducteurs : forme dépassée pour forme supposée à venir, à chacun son mythe

d'autre part ce qui compte c'est d'inverser la perspective par le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie, et il n'apparaît pas que tous ceux rangés comme 'critiques de la valeur' soient moins sensibles aux luttes que d'autres, sans se prendre les pieds dans la controverse stérilo-française sur l'immédiatisme et l'activisme : l'activisme est aussi celui des théoriciens. Dans une certaine mesure, si l'on s'en tient à l'activité des blogs respectivement référencés à cette critique de la valeur et le splendide silence de ceux prônant la communisation, on constate aujourd'hui le contraire

accessoirement, il s'agit aussi d'abolir les identités théoriques et militantes, un véritable cancer et son concert en uniformes sous étiquettes. L'alternative, ici, c'est franchir ce pas ou se condamner à l'impuissance et à la marginalisation dans le moment présent du capitalisme, un combat d'égo pour avoir raison, une contre-révolution dans la pensée révolutionnaire

7 avril 2014

langages et communs : les mots pour le dire dans des individualités communistes, où est le problème ?

il y a dix ans, dans un texte relevant du "démocratisme radical" Pour une autopraxis d'émancipation, Pour une culture et un langage de rupture, j'écrivais : « Le besoin d'un langage commun : les mots pour le dire / La pensée révolutionnaire a perdu, historiquement, une guerre des mots. La culture commune du changement passera par l'appropriation d'un langage commun, qui traduise la subjectivité collective... »

aujourd'hui, j'en suis revenu. Il est d'abord contradictoire d'exiger un langage commun pour un principe démocratique et libertaire. Les expériences abondent montrant qu'un langage commun est toujours le langage d'un pouvoir de certains sur d'autres, que ce soit par le savoir, l'identité de parti, l'Etat, les médias, le management... Le langage commun trace une frontière entre ceux qui le partagent volontairement et ceux qui le subissent en l'adoptant ou non (d'où l'intérêt du double speaking...)

j'évoquais plus bas la notion d'auto-organisation qui a plusieurs acceptions selon le milieu dans lequel elle est utilisée. Je l'ai rencontrée pour la première fois dans La méthode d'Edgar Morin (1977) et Henri Atlan, avec le sens qu'elle a dans la théorie des systèmes (voir analyse systémique), en sciences (physique, chimie, biologie...), ce qu'on regroupe sous le terme de complexité. Voir auto-organisation

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? nanomonde

dans les débats de la revue Meeting, en 2005-2006, un désaccord apparaissait systématiquement entre Théorie Communiste et Denis (Léon de Mattis), grosso modo entre deux acceptions qui ne se recoupaient que partiellement : d'un côté auto-organisation du prolétariat, dans le sens historique d'autonomie voire d'autogestion, de l'autre auto-organisation des luttes. Les plus portés à ne retenir que leur compréhension du mot, dont ils faisaient un gros concept, étaient les gens de TC, et ils ne voulaient entendre que ce sens-là dès que le mot était prononcé par d'autres

il en allait ainsi d'une façon générale pour une séries d'autres mots-concepts dont TC semblaient détenir le seul sens possible : contradiction/antagonisme/opposition, restructuration, individu, conditions... Naturellement, cela rendaient les discussions difficiles, comme on le voit dans les écrits de Roland Simon prenant tel ou tel en défaut d'avoir dit ceci ou cela, et le ramenant à son interprétation à lui

le problème ne concerne pas que ce petit milieu mais d'une façon générale tous les milieux constitués, qui s'organisent et s'identifient effectivement par un langage commun confinant souvent au mimétisme, comme on l'entend chez les hommes politiques, les militants, les religieux, les journalistes, les spécialistes divers et variés, et même le langage courant des mots dans l'air du temps. Tout à fait.

à travers mes lectures, mais aussi par l'écriture et notamment celle de la poésie, je me suis habitué à chercher le sens des mots que leur confèrent qui les utilisent dans tel contexte et dans son langage propre, qu'il soit unique à valeur de catégorie ou de concept, comme chez les philosophes, ou davantage partagé. D'une façon générale, ceuxi qui écrivent utilisent les mots dans un sens s'écartant plus ou moins du langage commun, sauf s'ils rapportent les propos des autres

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? dialogue Christophe Hohler

d'une façon générale, deux personnes entrent en relation par le langage en s'efforçant de se comprendre plutôt que d'imputer à l'autre une pensée qui n'est pas la sienne. C'est le problème courant de la traduction entre langues étrangères, où il est évident quel que soit le domaine de l'échange. À cet égard, le livre signalé de Pierre Legendre, Tour du monde des concepts, est significatif des difficultés non seulement de la traduction au niveau littéral, mais en raison des contextes historiques et culturels d'utilisation de termes dont l'équivalence est plus que relative

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ?

concernant la subjectivation d'un en-commun révolutionnaire, traverser les frontières des langues et des langages - étrangers les uns aux autres à travers une infinité d'identités que structurent et sclérosent ces langues et langages -, est une difficulté dont il faut avoir une conscience aigüe et la ferme volonté de la dépasser

je reviendrai à l'occasion sur les avatars de certains de ces mots, par exemple démocratie, dont le sens, pour s'en tenir aux tendances communistes et révolutionnaires, est infiniment variable jusqu'à devenir opposable par des gens qui ont pourtant des vues communes. Il est utilisé par certains dans un sens très proche des idées d'autres qui en rejettent tout, ou vouent la démocratie à la mort. On devine la suite, selon qu'on est porté à dénoncer cet adversaire potentiel 'ami de la démocratie' ou à trouver ce qu'il a en commun...

détour : les trois temps de l'identité

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ?

pour avoir cité 'nègre' sous la plume de Césaire, je fus censuré dans un forum de 'Trotkistes révolutionnaires', et reçus des remarques sur le forum américain AllAboutJazz...

j'ai fait allusion à un 'modèle' qu'on peut dire dialectique dans un sens très lâche, qui est celui du mouvement historique ou psychologique en trois temps, négation-affirmation-négation. On peut considérer qu'il est valable pour toutes les abolitions, les dépassements auto-produits, et qu'il passe par le langage, l'évolution parallèle du sens. Par exemple le mot Nègre, de son passage à une signification dégradante, puis valorisante (Négritude, Black is Beautiful...), à son dépassement dans l'abolition de la race, du racialisme. Il s'agit dans un premier temps d'une assignation, identité imposée, dans un deuxième d'une reconnaissance de sa signification de domination et d'un retournement dans un combat libérateur (abolition de l'esclavage, de la ségrégation...nationalisme noir), avant d'être saisi comme une identité à dépasser, à quitter

sans entrer dans les détails, le même mouvement est perceptible pour l'identité de classe ouvrière, prolétarienne, de la montée en conscience de classe de l'exploitation, de la reherche du pouvoir prolétarien (programmatisme) puis de la visée de l'auto-abolition (communisme en version communisation ou autres)

de même concernant la condition dominée des femmes, le féminisme, le rejet du genre...

on peut penser ce même mouvement d'affirmation (à valeur négative ou positive) pour tout ce qui fait identité : l'ethnie, la religion, la nation, le genre masculin, le genre humain...

 individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ?  individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ?

on le voit moins utilisé concernant l'individu, sa production historique sociale et psychologique, son affirmation il y a quelques siècles en Europe, son modelage par le capitalisme au fil de son évolution, et sa remise en cause dans la perspective communiste pour laquelle la notion de communs devient alors centrale, avec la construction d'une individualité par les autres se défaisant progressivement de son individualisme égotiste, point que j'ai plusieurs fois abordé et sur lequel la position poétique ('artiste') est féconde, comme le notait déjà Karl Marx

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? Un riche marchand, Jan Gossaert  1530

« La peinture glorifie la richesse tirée de la force de l'écrit et marque le triomphe de l'individu dans la singularité de sa signature et de  ses traits »

ce mouvement est décrit par nombre d'auteurs à propos de toutes ces catégories, on le trouve chez les communistes concernant la classe, les féministes pour le genre, chez Glissant et Mbembé pour la race. On le trouve chez Hardt et Negri, à propos de quoi je reviendrai

retour : langages des communs en abandons d'identités

l'idée vient naturellement qu'il n'est pas nécessaire d'adopter un langage commun pour créer du commun, mais que l'obstacle principal se situe au moments de choisir au niveau individuel, et d'autant plus que l'individu lui-même se définit et se reconnaît à travers un certains nombre de singularités pétrifiant des identités imposées par la biographie personnelle, les idéologies, les dominations diverses et variées. Comment viennent les moments de choisir, c'est une autre histoire, autant d'histoires que de cas personnels ou de situations propices à ces choix, comme dans les luttes, y aller ou pas...

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ?

la nécessité de ruptures - avec ses habitudes, avec ses proches ou ceux que l'on croit tels - se pose comme un choix (personnel puis collectif) seulement après la reconnaissance de telles identifications (je suis noir, je suis femme, je suis prolo, je suis français, je suis moi non un autre...), leurs conséquences néfastes et la nécessité de s'en débarrasser

à partir de là se constitue pour l'individu une constellation non pas d'identités à adopter ou rejeter, mais de points de références que je qualifierais d'éthiques, autour desquels il peut reconstruire une individualité pour l'en-commun dans un langage propre à dépasser les séparations, à créer de l'en-commun

il n'est pas difficile de saisir que de tels mouvements de ruptures, dont le fond est subjectif, peut s'engager sans attendre le grand jour d'une communisation immédiate, sans quoi on peut questionner l'identité spectrale de ceux qui lui sont favorables

14 mars 2014

un max de menaces ?

Max L'Hameunasse, In Limine

L'égoïsme contre l'égo
La passion du désintéressement et son sens selon Nietzsche

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? l'homme scindé

(Extrait de Patrick Wotling, La philosophie de l'esprit libre – Introduction à Nietzsche, Champs essais 2008, in § L'égoïsme, pp. 282-284)

Si l'altruisme pur est une chimère, l'égoïsme est de son côté à repenser entièrement ; l'idée d'égoïsme ne peut être recevable philosophiquement que si elle est séparée de l'idée de moi unitaire (dans le texte d'Ecce homo, le terme d' « ego » relève d'un emploi imagé, et ne désigne donc pas une substantialité métaphysique, ni une unité irréductible), et des schèmes de pensée idéalistes sur lesquelles elle repose ordinairement – schèmes qui gouvernent secrètement, selon Nietzsche, toute la tradition philosophique -, et reliée en revanche à la vie pulsionnelle, dont elle exprime (en dehors de toute considération morale) un trait fonctionnel capital. Une pulsion non égoïste est une contradiction dans les termes, comme l'indique par exemple le texte posthume suivant : « Des actes non égoïstes sont impossibles ; « instincts non égoïstes » sonne à mes oreilles comme « fer en bois ». Je voudrais voir quelqu'un essayer de prouver la possibilité de pareils actes : quant à leur existence, il est trop vrai que la foule y croit, et tout ceux qui sont à son niveau – ceux par exemple qui appellent l'amour maternel ou l'amour en général quelque chose de non égoïste. »

Il devient donc nécessaire de penser un égoïsme sans ego, c'est-à-dire de reconnaître avant tout le caractère multiple de la personne, du soi-disant « sujet », et refuser la tendance métaphysique qui pousse toujours à réduire le multiple à de l'unité. Il n'y a pas d'égoïsme de l'ego, mais en revanche il y a bien en tout vivant des « intérêts » fondamentaux qui ne sont rien d'autre que les besoins qui s'expriment à travers les pulsions organisant et guidant la vie et l'agir de ce vivant : c'est à cela que se réfère la formule « devenir celui que l'on est ». De sorte également que nier l'égoïsme revient à dénier au vivant son caractère vivant, position foncièrement contradictoire, de même que, pratiquement, chercher à bloquer la satisfaction de ces intérêts fondamentaux ne peut qu'être l'expression d'une forme particulière de besoin du vivant, lisible selon les analyses nietzschéennes comme un retournement de la vie contre elle-même, donc comme une forme de vie qui exige, pour se maintenir encore, de rechercher, à terme, son propre anéantissement. Défendre les droits de l'égoïsme s'avère ainsi, chez Nietzsche, viser tout autre chose qu'une médiocre et facile recherche de satisfactions terre à terre. C'est au contraire s'éduquer à la première vertu du philosophe : s'imposer la rigueur d'une discipline pulsionnelle au service de l'indépendance.

je suis des autres

souvent ai-je cherché cette multiplicité du moi, mais je ne l'ai trouvée que dans la formule «je suis des autres», car le risque, avec une telle approche de l'égo non égoïste, c'est encore de ne pas sortir de soi-même, autrement dit de partir de l'individu, qui est toujours tenté de se penser comme synthèse, et menacé de retomber dans ce qu'il est pour lui-même : la pensée de Nietzsche, la pensée de Marx, la pensée d'untel, la pensée de lui-même pensant «je est un autre» comme un devenir soi-même

ou l'ego est à dépasser, l'egoisme n'et plus à repenser

or il s'agit de se défaire de soi, et du fantasme d'unité même dans le multiple. En cheminant dans ma quête actuelle, je rencontre d'autres possibles qui deviennent immédiatement éléments nouveaux dans une construction ouverte sans fin. Cela ne vise pas un projet tenant tout dont je serais le carrefour. Mon individualité, aussi ouverte riche serait-elle, n'a pas d'intérêt, ni même pour moi. Elle n'est qu'un lieu de passages vers d'autres lieux sans désir d'appropriation. Qui passe par là n'a pas à le tenir comme référent, mais à le faire vivre en d'autres lieux

ainsi, l'individu se dé-pare d'être point de départ, quitte les vieux habits d'égo pour adopter le point de vue de la communauté

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? contrôle au facies

ma vue d'une voie des voix des voies

du moins, tant que les médiations sociales ne sont pas abattues, et donc ce besoin malgré tout de tenir quelque chose des autres pour l'offrir à d'autres encore du moins est-ce ma vue d'une voie des voix des voies... sans attendre un retour à soi, un éternel retour, mais de présents plaisant détours, détournements pour maints demains en mains

le couple égoïsme vs altruisme appartient comme ces autres payant vs gratuit, nature vs culture... à une vision du nouveau monde comme négation de l'ancien, de l'individu futur comme envers de l'actuel, mais un individu reste un individu, alors qu'il s'agit d'abolir l'individu

l'individu-communauté comme un été indien est dû commun

la formule "individus immédiatement sociaux" n'est pas seulement mauvaise du côté du social, mais du côté de l'individu même, alors que son abolition ouvrira l'être 'un' à la communauté en lui

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ? notre dame des miens

Max L'Hameunasse : Le dépassement de la société du capital ne se situe pas uniquement sur le plan de « contradictions » constitutives de cette société, et encore moins sur celui de la lutte de classes (car cela en ferait alors un "système", incluant ses déterminations), car la révolte apparaît en tout premier lieu dans un "mouvement" individuel, même limitée par le jeux contradictoire des interprétations, dans une volonté subjective vers la puissance (illusion de "volonté", plutôt saine exigence de la singularité rebelle, pulsion s'exprimant préalablement dans quelques corps), la souveraineté, et pour ainsi dire, le dilemme entre "liberté" et le sens qu'il s'agit de lui donner à peine tente-t-elle de s'affirmer (tension entre l'individu et la tendance nécessairement présente de "faire société"). Le devenir de l'être se situe dans l'éternel présent, non dans un « autre monde possible », un idéal abstrait et prétendument plus vrai que le réel.
 
C'est au coeur de la révolte, à l'écart de tout ressentiment, de toute haine, que se noue les relations humaines et extra-humaines d'inter-dépendance, d'autonomie et de complicité qui peuvent être à même de nous sauver du nihilisme, et non en l'espoir discipliné d'un futur hypothétique et toujours repoussé en des lendemains de plus en plus inhumains et anti-vie ou d'un présent qui ne sait que faire de son âme d'esclave en se parant des oripeaux de "l'alternative" et de "l'autogestion".

plus bas 5 février 'l'individu artiste' In Limine 4 février

février 2014  esquisse, en cours 16:00

les individu-e-s du capital vers l'abolition de leurs rapports aliénés

Pour commencer, il faut en finir...

en finir avec les leçons d'individu(s) à individu sur ce qu'est l'individu dans le capital, et le fait qu'il nierait ses déterminations singulières par le capital et son appartenance de classe ou de genre en particulier.

Les ressources classées que j'ai accumulées pendant 5 ans dans le cadre de la communisation en témoignent, bien que détruites, car n'étant pas adéquates Communisation Ressources classées

INDIVIDUS (rapports entre-), Société/Capital vs Immédiateté/Communisme 

D'autres petit textes de réflexion ont suivi, que je garde en soute, à reprendre le moment venu.

J'y faisais entre autre la critique des pré-supposés qui permettait la fabrication de l'entente cordiale entre LCR et anarchistes citoyens (Besancenot, Corcuff et Artous 2004, Nouveaux défis pour la gauche radicale, émancipation et individualités).

individualités et singularités pour le communisme, où est le problème ?

les contradictions des individus du micro-parti théoricien TC

Les leçons magistrales du Professeur es Prolétariat Roland Simon, à grand renfort de citations de l'Idéologie Allemande ou de Marx contre Stirner, d'une part ne m'apprennent plus rien, d'autre part tombent à plat. Non que je serais moins concerné que tout-e autre. Non même que, venant du leader maximo-objectif d'un groupe aligné en file indienne muette à la manière d'un parti stalinien en petit, cela ruinerait leur pertinence théorique. Quant à la servitude volontaire qu'ils surajoutent à l'aliénation de tout individu dans le capital, laissons les membres de TC se débrouiller. S'ils sont coincé-e-s dans le concept d'une classe ayant perdue son identité, on ne comprend pas comment ils peuvent encore s'exprimer comme en son nom. La schizophrénie est une grosse mamelle de Théorie Communiste, mais elle ne nourrit plus que leur propres contradictions, être un groupe qui exprime au-dessus de tout et de tous, mais de nulle part, la théorie adéquate à l'époque. D'où parle(nt)-il(s) ? De quelle hauteur et à qui ?

ça me rappelle la vanne de l'énarque et du berger berbère qui lui promet une brebis, s'il trouve le nombre de moutons dans son troupeau. L'énarque se concentre, et en moins d'une minute, sur une centaine, en trouve un de trop. Le berger beau joueur lui accorde de choisir sa brebis. L'énarque désigne le chien.

Par conséquent, que RS et TC commencent par balayer devant leur porte, quant à leurs problèmes avec le genre, la race, et l'expression individuelle inscrite dans la réflexion commune pour la communisation.

Qu'ils s'occupent de leur « manques » et me lâche les baskets avec mes « excès » de « sexe » et d'individualisme.

des individualités pour la communisation, et alors ?

Le fait est que des individualités s'expriment, qu'elles tentent de le faire "en communistes" ou "en camarades", ce qui n'est pas sans poser un problème de statut, relativement à la théorie du sujet révolutionnaire en question pour la communisation. Comment poser ce problème ?

Si la communisation est une défaisance de l'appartenance de classe, de genre, de race, et autres identités sociétales et sociales(nationalité, citoyenneté, etc.), bref une destruction de "l'essence de l'Homme" comme "rapports sociaux [de classes, de genre...] du capitalisme", si elle doit conduire à des relations sans médiations sociétales entre individu-e-s, c'est bien par un 'dépassement produit' entre individualité capitaliste et individualité communisante.

Dans le moment présent du capitalisme, l'individu est confronté à des limites, non  seulement de classe, de genre, de race et autres identités particulières, mais aussi à ses propres limites d'individu-e du capital. 

Cette évidence concerne et questionne l'individualité "révolutionnaire", le statut de son discours, qu'il soit individuel ou collectif organisé. Les contradictions s'accumulent alors : "organisations révolutionnaires immédiatement confrontées à leurs échecs", "auto-organisation comme premier pas à dépasser", etc. Le statut du, de la ou des "camarades communisateurs" est d'emblée problématique. Qui sont-ils ou elles, avec quoi de plus que les autres dans l'activité révolutionnaire ?

S'il y a, dans la crise avancée du capitalisme, "activités de crise du prolétariat" (Astarian Hic Salta), il y a en même temps activités de crise des individu-e-s pour leur libération.

La question de la subjectivité révolutionnaire, de la désubjectivisation et désobjectivation des identités de classes, de genres, de races... se pose dès lors - c'est au présent que j'en parle - comme déconstruction-construction, changement des vieux horipaux de l'individualité capitaliste quelles que soient ses variantes. Ce n'est pas pour inventé on ne sait quel collectivisme inter-individuel.

Par conséquent, qu'on cesse de chercher des poux dans la tête à qui s'engage à titre individuel dans le combat commun, surtout quand les leçons proviennent de groupes niant les individualités en leur sein pour exprimer un discours digne de la langue de bois des anciens PC au prétendu « fonctionnement organique », dont les membres attendent "la position" du Secrétaire général.

La seule exigence est que cette démarche ne vise pas à se mettre en avant comme leader objectif ou frère voyant dans l'anglemort, depuis le haut du mât vermoulu de la théorie d'avant, quand c'était mieux pour devenir quelqu'un dans les bibliothèques prolétariennes.

Comme on fait son lit on se couche, l'avenir est à qui se lève tôt

 

5 février

'l'individu artiste' In Limine 4 février

la totalité de l'artiste n'est pas celle du chercheur scientifique ou social, qui bien souvent, pour combler ses connaissances et son ignorance, ajoute un dieu quelconque, religieux, philosophique ou idéologique, dont l'artiste ne ressent nul besoin

« Pour peu que l'on conserve un grain de superstition, on ne saurait qu'à grand peine repousser la conviction de n'être qu'une incarnation, un porte-voix, le médium de forces supérieures. La notion de révélation, si l'on entend par là que tout à coup, avec une sûreté et une finesse indicibles, quelque chose devient visible, audible, quelque chose qui vous ébranle au plus intime de vous-même, vous bouleverse, cette notion décrit tout simplement un état de fait. On entend, on ne cherche pas ; on prend sans demander qui donne ; une pensée vous illumine comme un éclair, avec une force contraignante, sans hésitation dans la forme – je n'ai jamais eu à choisir. […] Tout se passe en l'absence de toute volonté délibérée, mais comme dans un tourbillon de sentiments de liberté, d'indétermination, de puissance, de divinité... Le plus remarquable est le caractère involontaire de l'image, de la métaphore : l'on a plus aucune idée de ce qu'est une image, une métaphore, tout se présente comme l'expression la plus immédiate, la plus juste, la plus simple. » Friedrich Nietzsche, Ecce homo, « Ainsi parlait Zarathoustra », § 3

Ainsi donc se révèle l'individu, non pas l'être imbu de volontarisme de la société moderne, mais l'incarnation d'une singularité de forces, dont la résultante se fait sensation de puissance, de profondeur existentielle. Cet individu qui se révèle à lui-même, d'abord et avant tout, c'est l'individu du Tout, de la Totalité dont il se sent alors comme une partie intime, une finitude en même temps qu'une porte vers l'infini. L'individualisme ne saurait être un isolement « atomiste », mais l'expression diverse et indéfinissable de singularités engagées chacune à sa manière dans le processus vital, dans une « volonté » vers la puissance. Se laisser aller à sa propre expression, ou de celle que l'on croît être « nôtre », est le signe d'une contrainte par laquelle nous ne sommes plus ni les sujets ni les objets de l'Art, mais l'Art lui-même, les moments décisifs par lesquels la Création se déploie à la face du monde.

Épée scintillante à la lame tranchante qui découpe les chairs suaves des discours trompeurs et brise les os glauques des certitudes vaseuses, ce n'est nul vérité qui se révèle là... Seulement enivré de justice »