quelles radicalités contre le Capital ? de l'invention de 'Meeting' à l'abolition de 'SIC', et au-delà...

 

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quelles radicalités contre le Capital ? de l'invention de 'Meeting' à l'abolition de 'SIC', et au-delà... 

le 30 janvier 2014 ajout du 1er février 02:41

suivie de mon accord à propos d'une critique de la WertKritik, de l'inintérêt des réunions de confrontations théoriques, et de la communisation, fondamentalement une révolution sans "camarades", et remarques à propos de émeutes, WertKritik, "racailles", Blaumachen, Bertho... un objet théorique discutable 1er février

quelles radicalités contre le Capital ?

choses lues, entendues ou sous-entendues depuis dix ans, mes commentaires à domicile

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« Être radical, c'est prendre les choses par la racine. Or, pour l'homme, la racine, c'est [les rapports sociaux pour le Marx du Capital] l'homme lui-même. Ce qui prouve jusqu'à l'évidence le radicalisme de la théorie [anarcho-autonome] allemande, donc son énergie pratique, c'est qu'elle prend comme point de départ la suppression absolument positive de la [police] religion. Une révolution radicale ne peut être que la révolution de besoins radicaux, dont il semble précisément qu'il manque les conditions et les lieux d'éclosion Karl Marx, Introduction à la  Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel 1843

radicalement vôtre

Il y a quelques jours je m'amusai à poser cette question : Peut-on être anarchiste radical ? Sûrement, puisqu'il en existe qui revendiquent ce label militant. Dans leur cas, c'est l'anarchiste qui est radical*. La racine de l'anarchisme, son noyau dur, c'est l'idée d'abolir l'ordre, l'État, et donc d'affronter ce qui leur paraît le plus essentiel, comme assurant son maintiien : la police. Il existe certes des variantes mariant la chose avec l'abolition du capital, pas toujours considéré comme système d'exploitation, plutôt d'oppressions et dominations. On peut être radical-socialiste = rad'soc'. De même pour le démocratisme radical, le noyau dur idéologique est la démocratie, avec sa société civile, ses citoyens, la politique, l'État... Pour le jeune Marx de 1843, c'est l'humanisme-théorique qui est radical, avant qu'il n'en vienne à prendre pour cible le fondement de rapports sociaux, le capitalisme comme mode de production fondé sur l'exploitation du travail humain.

* je précise à toutes fins utiles que je n'ai rien contre les modes de vie, communautaires ou non, choisis par des anarchistes ou alternativistes. Du reste, ils s'apparentent à d'autres vivant en marge, avec d'autres idées, qu'elles soient religieuses ou écologistes radicales. Chacun sa survie, chacun son truc... L'objet de la critique est le discours à prétention révolutionnaire qui peut en émaner.

Je me suis amusé à mettre entre crochet ce que donnerait cette citation concernant l'anarchisme dans son attaque de l'ordre, via la police vs la religion pour Marx renversant l'idéalisme de Hegel.

chic, les flics !

Poursuivant ma polémique avec Théorie communiste TC, je pars du texte italien de Il latto cattivo, Ci è venuta in sogno la realtà. Sa critique ne vise pas la théorie de la communisation, mais l'activisme anarcho-autonome, en particulier dans sa fascination pour les affrontements spectaculaires avec la police, les dites "émeutes", des affrontements réunis en un fourre-tout sans considération de leurs différents contenus, comme le note Il latto cattivo dans le passage ci-dessous.

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 « Veniamo infine alla conclusione: «Questo comunismo è attacco alla proprietà… attacco alla polizia etc. etc.». Il  comunismo non esiste per transustanziazione in ogni bagatella con le forze dell'ordine; quel che ci può essere di vero in questa proposizione è che  alcune pratiche attuali del proletariato,  alcune  attività di classe annunciano talune caratteristiche del rivolgimento rivoluzionario a venire. Ma non sono l'attacco alla proprietà o lo scontro con la polizia in quanto tali a fare questo: dipende dal quadro e dal frangente in cui essi si situano. Ci si può scontrare con la polizia anche per difendere (del tutto legittimamente) il posto di lavoro. Ci si può scontrare con la polizia – a dirla tutta – anche con l'intenzione di malmenare il magrebino o il “frocio” di turno, come accaduto non troppo tempo fa in Francia, in occasione delle manifestazioni contro il matrimonio omosessuale. Idem dicasi per l'attacco alla proprietà. Vero è che tutto ciò (e molto altro) può trovare il suo posto nell'attività di rimessa in causa della propria condizione di classe  da parte  di questa o quella frazione del proletariato, ma ciò che conta di più è il fatto che questa rimessa in causa abbia luogo. Senza dimenticare che il più delle volte quest'ultima non è fatta di azioni “radicali” o spettacolari, ma del semplice fatto di vivere coscientemente, nel corso di una lotta, la propria condizione di classe come una costrizione imposta dal (e oggettivata nel) capitale; ovvero  di opporsi al capitale in quanto comunità propria. Senza dimenticare che se tale rimessa in causa può manifestarsi oggi, in maniera necessariamente dispersa e sparpagliata, è perché una lacerazione attraversa la condizione proletaria e il “mondo del lavoro”:  dissoltisi movimenti operai e socialismi reali,  estintosi l'“orgoglio proletario” e messa in soffitta la bandiera rossa, non resta altro che la necessità di guadagnarsi il pane col sudore della fronte… laddove è possibile. Dietro la tenuta antisommossa dello »

l'émeute est si jolie

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Nombre de blogs anarchistes en France (par exemple le Jura Libertaire) se font une spécialité de mettre en avant ce type d'événements, si possible en esthétisant la violence des affrontements avec la police, voitures en flammes de préférence la nuit, c'est plus joli.

dndf, l'héritage anarchiste et TC

On a pu observer sur le blog dndf une tendance à favoriser ce type de conflits, du moins à lui donner une plus grande place que ce qui se passe dans le milieu ouvrier, soit en termes d'exploitation au travail ou de conditions de vie (pauvreté), soit en termes de luttes de classes, quand elles ne mettent pas en évidence un "écart", autrement dit une confrontation du prolétariat avec la limite de son existence pour le capital.

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C'est au début des années 2000 que TC cherche à faire connaître sa théorie, parce que le cours des choses met alors en évidence certains de ses résultats théoriques qui passaient jusque-là pour abstraits - période du couple démocratisme radical et citoyennisme / Action directe et Black Blocks. La preuve existait que TC avait eu raison.

Le problème est la manière dont TC a cru bon le faire, comme l'ont alors remarqué plusieurs théoriciens communistes (TropLoin, Astarian, des compagnons de route de TC) en refusant de participer au projet Meeting. Exemples :

François : Peut-on vraiment parler de "courant communisateur" ? texte de novembre 2003 publié en novembre 2004 dans Meeting1 

« la double confusion tendancielle entre le but et le mouvement, d’une part, le prolétariat et ses fractions radicales, d’autre part, est sans doute provisoirement inévitable [...] Mais je crains qu’on ne construise un sujet révolutionnaire ad hoc pour les besoins de la problématique fondatrice de la revue. »

Dauvé et Nesic, 2004, Un Appel, une invite, texte que je cite bien que ne partageant pas les analyses de TropLoin considérant qu'il n'y avait rien de changé depuis vingt ans, voire un siècle, dans le cours du capitalisme.

« Si ce que l'on appelle « courant communisateur » désigne l'ensemble de ceux qui se situent dans cette perspective, nous en faisons partie et considérons salutaire tout effort collectif en ce sens. Nous avons cependant décliné l'invitation à la réunion, en mai, préparatoire à la revue projetée.[...]

À cet égard, il fallait être un peu gonflé - Bernard Lion TC - pour considérer que le texte de TropLoin, Communisation (en 2010-11 ? sauf erreur, le texte n'est pas daté) ne visait qu'à récupérer le label pour se faire une place sur le marché virtuel de la théorie communiste, et s'engouffrer dans la brèche ouverte par MeetingEt Maintenant ? de TropLoin (non daté, 2012-13 ?) laisse entendre, Dauvé et Nesic n'ayant pas la bosse de ce commerce, que TropLoin a dû déposer son bilan.

Si (comme le pense TC) nous versons dans l'humanisme idéaliste, ou si (comme nous le pensons) TC verse dans un structuralisme déterministe, cela interdit tout effort théorique commun, et rend même difficile la discussion. Aujourd'hui plus encore qu'hier, il est vain de croire que la théorie de par sa propre activité puisse régler le différend qu'elle entretient avec elle-même et avec la société, qu'elle puisse cesser d'être partielle, fragmentaire et partiale. Quand on dispose à peine des « armes de la critique », on est loin de la critique par les armes.[...]

Mais juxtaposition n'est pas dialogue, ni tout dialogue forcément clarification. Les documents préparatoires témoignaient d'approches très divergentes, parfois difficilement conciliables. At the end of the day, il apparaît que les participants au projet de Meeting donne à la communisation un contenu tout autre de celui résumé au début de ce texte. Elle désigne moins pour eux le processus concret de transformation communiste de relations sociales, qu'elle ne définit une époque entièrement nouvelle, celle de la révolution enfin possible-nécessaire.[...]

La tâche de l'heure n'est pas d'organiser une expression commune, ni des argumentations qui se croisent sans se rencontrer, mais d'approfondir nos présupposés particuliers en admettant et en intégrant leur inachèvement, et de les confronter aux faits qu'ils analysent. Cela posé, pour indispensable que soit cette activité, elle ne conduira pas à une synthèse critique, inaccessible à l'époque actuelle. Pour paraphraser l'IS, l'important aujourd'hui n'est pas l'unité mais la division assumée : on ne surmonte une situation donnée, surtout une situation de faiblesse et d'isolement, qu'en la prenant en charge, non en agissant comme si elle n'existait pas, et dépendait surtout de la (bonne) volonté des communisateurs...

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Concernant la nécessaire polémique, je pourrais faire mienne leur remarque, même si je ne suis pas toujours assez sage pour l'appliquer :

...ou de polémiques dites « sans concession ». Polémiquer, c'est personnaliser, considérer l'autre en propriétaire d'idées dont il n'est que dépositaire, et ainsi d'emblée s'engager sur une voie fausse. La polémique vise à détruire le parti adverse, traité au pire en ennemi, au mieux en faire-valoir. Nous préférons critiquer ce qui présente un intérêt, et mérite d'être déconstruit pour le réintégrer dans un autre ensemble où il prend un nouveau sens.»

"Faire-valoir", tel est le rôle que j'ai joué pour le metteur en scène Théorie Communiste, depuis 2005 et jusqu'à peu.

Bref, je faisais il y a deux ou trois ans cette remarque à Bernard Lyon : « Vous n'avez pas fini de liquider votre héritage anarchiste. » Sa réponse fut évasive, mais pas négative. Elle ne pouvait viser ceux qui, dans TC, provenaient plutôt de l'Ultra-gauche de la fin des années 1960, puisque nonobstant des ressemblances avec l'anarchisme, leur ennemi principal était le capital. 

'prématuré et contre-productif' ou erreur d'aiguillage ?

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Dans mon texte du 19 janvier  hic salta ou franchir le pas en pratiqueS théoriqueS, on trouve cet inter-titre 'se tromper de sujetS : jamais deux sans trois ?

La critique par TC de son activité depuis 10 ans, de l'invention de 'Meeting' à l'abolition de 'SIC', n'est pas achevée, ni suffisamment approfondie. Celà transparaît dans cette phrase de Fin de parti(e) : « La forme "d’être ensemble" s’est révé­lée pré­ma­tu­rée et par­fois contre-productive ».

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Je pense avoir montré que la forme même de la pratique théorique de RS/TC est adéquate à son contenu et à ses choix 'politiques' (au sens de ligne générale, de stratégie d'activités). La chute de l'article est-elle plus rassurante : «  La pers­pec­tive d’une revue inter­na­tio­nale n’est pas défi­ni­ti­ve­ment close, mais il faut de la décan­ta­tion à la fois entre nous et dans l’histoire … qui est longue. » ?

L'histoire est longue, mais elle (re)commence dès maintenant, et n'est pas scandée par l'éternel recommencement... d'une revue internationale. Je ne vois pas d'inconvénient à ce qu'il en existe une, même aujourd'hui, le problème n'étant pas son existence en soi, mais son contenu et sa fonction. Pour autant, je ne pense pas que la situation soit mûre pour le faire.

tout bénef

La période actuelle dans le milieu théoricien de la communisation, je l'ai qualifiée de crise provoquée par un blocage théorique (le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie : inverser la perspective). C'est une crise bénéfique dans le même sens, si je l'ai bien comprise, que l'appréciation de TC « on ne peut faire l’économie de la dis­per­sion actuelle, elle est néces­saire et bien­ve­nue. »

Avec le recul pris depuis mon refus de participer au projet SIC, et du fait que je n'ai aucun contacts ou discussions internes, j'ai sans doute un regard distancié par rapport à cette période (un peu plus qu'une sous-période, donc), ce qui ne signifie pas nécessairement plus affûté.

décantation vs refondation ou la mare aux diables

« Les hommes ne sont que des hommes. Petit Frère, et leur bavardage est comme le babil des grenouilles dans la mare. » Le livre de la jungle, Rudyard Kipling

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S'impose à mon avis plus qu'une décantation*, au sens de laisser reposer sans agiter pour que les particules rendant opaque l'eau du bain retombent au fond, plus ou moins filtrée. Ce serait comme faire l'entretien régulier d'une mare. Ce qui s'impose est une restauration en profondeur, ou mieux dit une rénovation, une refondation.

* pour l'heure, la décantation prend dans le milieu de la communisation théorique l'allure d'un 'point d'orgue', mais il n'a rien à voir avec celui souhaité par Christian Charrier en 2005. En effet le point d'orgue est plus théorique que pratique. Le capital ne 'nous' attend pas.

Je n'y connais rien en mare, je ne donnerai donc pas de conseils. Ce qui est sûr, beaucoup en ont marre, et regardent comme une vache sur le bord passer les wagons du 'milieu' sans locomotive.

L'important est de saisir qu'il n'y aura plus ni locomotive ni wagons, que ce n'est pas une question prématurée dans une forme contre-productive.

C'est le rapport non suffisamment éclairci de la théorie au luttes du moment présent qui est en cause, et nécessite le renversement de perspective dont j'ai parlé dans le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie : inverser la perspective 

Il y a quelques jours je m'amusai à poser la communisation sans 'camarades'. Ce n'est que le prolongement logique de la révolution sans parti, et de son premier acte comme auto-organisation, la suite contre elle...

revue et corrigé

Si l'on veut en faire une revue internationale, pourquoi pas, mais dans ce cas je la concevrais dans l'esprit de mon blog*, sans qu'il soit besoin d'une alliance particulière entre groupes ou revues théoriques existantes, avec leurs expressions propres légitimes; sans qu'il y ait un sujet explicite ou implicite, encore moins un sujet supposé révolutionnaire ou communisateur, en lieu et place des victimes du capital en luttes pour son abolition. Je pense qu'Internet est plus adéquat qu'une revue papier, en raison de la réactivité qu'il permet aux événements marquants, sans délai.

* je ne considère pas mon blog comme un 'modèle'. Je m'efforce de le faire sans en centrer le contenu autour de mon point de vue, mais de celui des problématiques actuelles du moment présent du capitalisme et de la théorie extrayant, pour toussétoutes, le sens inhérent, immanent aux luttes 'théorisantes'.

TC, une théorie radicalement conceptuelle ? ajout 31 janvier 00:07

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Si « Être radical, c'est prendre les choses par la racine » comme le dit Marx, on peut considérer qu'en tant que théorie communiste, TC tend à être radicalement conceptuel, ce qui ne posait guère de problème quand personne ne connaissait et "utilisait" cette théorie.

Je ne reviens pas sur les éléments accumulés dans les textes précédents, pointant un problème entre la finesse d'investigation et d'analyse d'un côté, et le moule dialectique post-hégelien de l'autre, dans la montée vers l'abstraction, qui bloque la redescente vers l'exposition synthétique pour une bonne raison : la perte de richese et de complexité dans le processus d'abstraction ne peut resdecendre sans devenir sa propre caricature.

Le paradoxe est que d'une intention des plus matérialistes, certaines présentations de TC puissent fleurter avec l'idéalisme de la philosophie spéculative. Autant que sa pratique théorique, c'est un problème interne à TC, de RS à Roland Simon et aux autres membres du groupe.

Dans la période qui s'ouvre à la crise du capitalisme, devant la complexité des affrontements qu'elle va provoquer sur plusieurs lignes de fronts entremêlées, Théorie Communiste peut craindre que le fossé de ses difficultés ne se creuse, entre pertinence et efficience En effet, son problème sera double, voire triple, dans l'observation, dans la théorisation, et dans la formulation. Une des marques de cette difficulté est que TC, après avoir exposé tant bien que mal son mécano structuralo-conceptuel, éprouve le besoin de préciser que cela ne se présente pas de façon pure dans la réalité...

Au bout du compte, communisation ou pas, Théorie Communiste peut affrimer dès aujourd'hui qu'il aura raison. Ce que personne ne pourra dire, c'est à quoi TC aura servi.

« on n'a pas toujours raison d'avoir raison » Aragon, Blanche ou l'oubli sauf erreur

31 janvier 2014 16:18

critique de la Wert-Kritik, une lettre à Anselm Jappe 3.12.12  dndf 31.01.14

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Hors la critique essentielle de la 'Critique de la valeur', que je partage, j'apprécie particulièrement ces passages (que je souligne en gras), en relation avec ce qui précède, et mon peu d'intérêt pour les réunions de confrontations théoriques, surtout quand les désaccords ne sont pas exprimés.

« De toute façon aucun progrès théorique, d’aucune sorte, ne ressort jamais d’une réunion et de sa démocratique confrontation d’opinions forcément inégalement fondées.[...]

Notre hypothèse serait que ces conclusions viennent, entre autres, de la non-prise en compte de la violence fondamentale que constitue le rapport d’exploitation, la force de travail n’étant en aucun cas une marchandise comme une autre, mais une pseudo-marchandise équivalant à la cession par le travailleur d’un droit de commandement du capital pour un temps donné, du fait de la qualité essentielle de « sans-réserve » (Bordiga) du Capital.  Par cela, il est très probable que ces « sans-réserves », exclus ou non, seront la masse des insurgés du futur, et pas, ou pas centralement, une « association d’individus critiques ». Et il est certain que ces sans-réserves n’auront jamais entendu parler de Wertkritik, et pas lu les feuilles « communisatrices »… Mais nous aurons, en tant qu’individus, à participer avec eux aux tentatives d’assaut du ciel, et à tenter de le faire dans un sens communiste (= reformation d’une communauté humaine véritable, contre la « communauté matérielle » du capital).»

Ignorant ce que "nous" et ce que je serai devenu, il me semble prématuré de se demander si nous aurons à participer à une révolution communiste « en tant qu'individus ». Je ne vois pas de raisons a priori pour que d'ici-là, les gens comme "eux" (j'ignore ce qu'ils sont) ou moi soyions épargnés d'une absorbtion dans la catégorie des prolétaires « sans réserves ». Mais ce point est marginal relativement à mon accord général.

Pour moi, même si je les considère, de près ou de loin, comme des "camarades", « une association d'individus critiques », pas plus que de supposés « leaders objectifs » (TC/BL à propos de la Grèce), ne sauraient être le fer de lance de la communisation, fondamentalement une révolution sans "camarades".

émeutes, WertKritik, "racailles", Blaumachen, Bertho... un objet théorique discutable

John 31.01 dndf : Perso, un des points qui me fout les nerfs dans la « wertkritik » c’est leurs positions par rapport aux émeutes. D’après Jappe les émeutes sont un signe de la « chute dans la barbarie ».
Gérard Briche est même allé plus loin dans cette conférence sur « Vie et mort du capitalisme » : 
http://old.citephilo.org/archives/2011?page=7#264 (à la toute fin de l’enregistrement) en qualifiant les émeutiers de 2005 de « racailles » voulant devenir « calife à la place du calife », c’est à dire « rappeur, champion de boxe ou comique ». Bref, je prendrais pas la peine de développer sur pourquoi leur théorie permet d’arriver sur de telles positions (la flemme, désolé), mais c’est pour moi largement suffisant pour marquer une incompatibilité avec ce courant.

1er février 18:07 Un premier problème est de prendre les émeutes comme un tout, qui caractériserait la périodeBlaumachenl'ère des émeutes http://www.blaumachen.gr/2011/08/la-phase-de-transition-de-la-crise-l%E2%80%99ere-des-emeutes/, le temps des émeutes http://www.blaumachen.gr/2011/04/le-temps-des-emeutes-a-commence/; Alain Bertho, Anthropologie du Présent http://berthoalain.com/about/, même s'ils n'ont pas les mêmes pré-supposés; nombre de groupes anarcho-autonomes, l'idée de l'Insurrection qui vient... etc. Qu'on la prenne négativement comme la Wertkritik ou positivement comme Blaumachen et d'autres, il n'y a pas à focaliser là-dessus. Ce n'est pas la seule forme de luttes de classes, et elle n'indique pas en soi davantage un 'écart', un affrontement aux 'limites' de l'être de classe.

Un deuxième problème est que les émeutes de banlieues peuvent porter des aspects assez différents selon ce qui les déclenche. Voir le texte de Il lato cattivo plus haut, à propos des affrontements avec la police. Elles ne sont pas toutes de même nature, même si elles tendent à porter un même sens anti-social, en miroir de ce qu'ils sont dans et se considèrent face à la 'société capitaliste'. Certaines descentes des jeunes des quartiers ont aussi pour but de 'faire de la tune', en alimentant leur commerce parallèle, on l'a vu dans les manifs anti-CPE. Commerce qui n'a pas que des inconvénients pour les populations concernées.

De même tous les groupes de rap ne portent pas les mêmes 'messages', et ils sont parfois antagoniques. On ne l'apprend qu'en les écoutant. Les groupes aux paroles les plus pertinentes, aux styles pas plus mauvais que de très connus, ne sortent pas médiatiquement, mais existent underground. Enfin, je ne vois pas le reproche qu'on pourrait faire à des rappeurs de vouloir se faire connaître pour accéder à une certaine aisance sans passer par le circuit précarité/intérim/galère. Tous ceux qui bossent le font, même en passant par les études. Il faut bien vivre et merde à ceux qui dénoncent tel ou tel moyen, surtout quand ils sont du bas de ceux-d'en-bas (là-dessus d'accord avec John).

Troisième remarqueéviter de faire d'un 'courant' théorique un tout indifférencié. D'une part, dans la WertKritik, ils sont plusieurs et ont des désaccords - ce qu'a relevé avec intérêt le texte en question de décembre 2012 (je me demande pourquoi il sort si tard, mais ça prouve que quelque chose remue, c'est intéressant). La démarche de Roswitha Scholz, par exemple, concernant le genre est à retenir, bien que discutable dans sa construction théorique. Ensuite, un-e même théoricien-ne peut fort bien trouver des concepts ou faire des observations importantes, y compris si l'ensemble de son corpus est fortement critiquable, et cette critique faire avancer 'notre' propre point de vue. Il me semble que RS avance comme ça parfois pour le meilleur, et c'est ce que j'ai fait à partir de thèses de Théorie Communiste. Bref, je pense préférable, dans certains cas, d'éviter de raisonner en termes de "courants" figés, de corpus ficelé à prendre ou à laisser.

Sur « le pourquoi théorique de telles positions au sein de la WertKritik », je suppose qu'il n'est pas étonnant que du 'capital automate' de Postone, niant ou tout comme le prolétariat comme sujet révolutionnaire, on puisse glisser à la condamnation de certaines formes de luttes, comme provenant de je ne sais quel lumpen prolétariat, dont il n'y aurait rien à attendre. Nous ne sommes pas dans la France de 1830 ou 1848, et même la Commune n'y a pas échappé de la part de grands amis du peuple d'en-bas vu de leur haut. Ces belles âmes ne sont pas au bout de leurs peines, et l'on y verra alors plus clair. Il me semble, à vérifier, que TropLoin a fait une remarque ambiguë quant à l'utilisation de ces formes de luttes en termes de luttes de classes.

Par ailleurs, une position donnée ne s'explique pas comme construction intellectuelle en dehors du temps et de l'espace. Toute théorisation a une histoire et des fondements idéologiques actuels expliquant son succès, qui sont autant d'informations sur l'air du temps. De ce point de vue la WertKritik porte un héritage situationniste chez Jappe plus que chez d'autres, ce qui n'a pas échappé aux auteur-e-s de cette lettre. la WertKritik reste aujourd'hui très clean -cf le lobying intensif de Jappe-, mais ce ne sera pas tenable longtemps, ou ils disparaîtront du marché théorique aussi vite que Negri et consorts de Multitudes.

En conclusion, autant je désapprouve la manière dont TC tire sur tout ce qui bouge (tout en en faisant son beurre), autant je préfère procéder en prenant ici ou là ce qui me paraît fécond, sans pour autant que cela signifie l'approuver, ou apporter ma "caution" au tout (ceci valant avis aux amateurs de critiques à la con quant aux références que j'utilise). Prendre tel élément quitte à le reformuler sur la base du socle que je considère solide en matière de théorie révolutionnaire. Et ce socle, pour moi, inclut comme essentiel une part des corpus théoriques antérieurs, dont celui de Théorie Communiste.