le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie : inverser la perspective

 

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le primat des luttes 'théorisantes' sur la théorie : inverser la perspective 

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27 février 2014, maj 29 janvier 21h49

luttes 'théorisantes' et théorie communiste : inverser la perspective

Avec le travail engagé depuis un mois, à travers la critique de l'approche théorique de Théorie Communiste (TC) et d'une façon générale du 'milieu théoricien' favorable à la communisation, dans l'élaboration même du rapport de la 'race' à la classe et au genre, nous pouvons reposer la relation entre la théorie communiste et les luttes conduisant à la révolution comme communisation (abolition du capital/classes/genre/racialisme).

Il s'agit d'inverser cette relation, par le primat des luttes sur la théorie. Nous ne faisons pas de la théorie pour la théorie (théoricisme). Nous ne faisons pas de la théorie comme outil pour armer les luttes (comme le conçoivent les militants des partis ou les activistes ou alternativistes*  s'appuyant sur une théorie pour la mettre en pratique). Les luttes auto-produisent leur théorie par l'expérience, les échecs, les succès, les limites auxquelles elles sont confrontées pour dépasser le niveau revendicatif et parvenir à briser la règle du jeu de l'exploitation capitaliste, de la domination masculine et du racisme. Ce sont des luttes auto-théorisantes.

* cf Il latto cattivo sur dndf Nous sommes dans une réalité de rêve Ne pas confondre please : je suis naturellement d'accord avec ce texte, pour ce que j'en ai compris en français ou ~~ en italien. Ce que j'appelle "luttes théorisantes" ne doit pas servir de fondement théorique aux pratiques que critique Il latto cattivo :

La notion de "luttes théoricennes" selon TC relevait de la démarche de Marx dans le Capital, l'alternance de chapitres décrivant la condition ouvrière et d'autres théorisant leur signification dans le moment du capitalisme que Marx avait "sous les yeux". C'est néanmoins dans ce sens que l'ont interprété les "autonomes" et autres "alternativistes' 'immédiatistes'. Cette confusion a été encouragée par le compagnonnage de TC avec certains d'entre eux, dans les revues internationales pour la communisation, Meeting (2003-2008) puis SIC (2010-2013). Cf Il latto cattivo sur dndf Nous sommes dans une réalité de rêve 

« La situation actuelle [...] est caractérisée par l’impasse des théories et des pratiques de l’action directe, qui pendant une décennie se sont opposé au projet de réorganisation de la société du démocratisme radical, résumée par « le slogan « un autre monde est possible ». Ces théories et ces pratiques – idéologiquement connotés comme « autonome » ou « anarchiste » – avaient et ont comme horizon, d’une part, le fait de poser le communisme comme une question d’actualité, et de l’autre – avec le rejet de toute médiation temporelle – de immédiatement le transformer en une série de formes de lutte, de comportements ou modes de vie , qu’on pourrait isoler comme un ensemble de pratiques déjà adéquates à la révolution communiste ou, plus succinctement, comme « le communisme en acte ». En ce sens, la promotion de l’alternative, bien qu’elle ne soit pas toujours clairement formulée ou pratiquée, est leur tendance naturelle. » 

Fin de parti(e)TC « Quand les modes de vie deviennent des enjeux « théo­riques » et « poli­tiques », le pire est à attendre [...] dans une assem­blée qui, pour les rai­sons avan­cées pré­cé­dem­ment, était en quasi-totalité com­po­sée de per­sonnes évo­luant dans ou à la marge de cette mou­vance dite « acti­viste » ou « anarcho-autonome » : le pire était là dans son biotope.[...]

La pré­ser­va­tion et l’extension d’un « milieu théo­rique com­mu­ni­sa­teur » a rapi­de­ment pré­valu sur l’adéquation his­to­rique et sociale néces­saire à toute revue et sont deve­nues leur propre but. Nous avons volon­tai­re­ment voulu consi­dé­rer les rodo­mon­tades et embrouilles acti­vistes, les expo­sés uni­ver­si­taires sur power point et la répé­ti­tion impro­duc­tive de quelques concepts comme des épi­phé­no­mènes au nom de la diver­sité néces­saire du cou­rant com­mu­ni­sa­teur alors que nous ne cher­chions qu’à pré­ser­ver notre propre confort théo­rique et « social » sous cou­vert d’un com­por­te­ment res­pon­sable et de la néces­sité des débats. Les diver­gences doivent être cla­ri­fiées, on ne peut faire l’économie de la dis­per­sion actuelle, elle est néces­saire et bien­ve­nue. La forme « d’être ensemble » s’est révé­lée pré­ma­tu­rée et par­fois contre-productive.

le brouillage réel de la pers­pec­tive com­mu­ni­sa­trice, celle-ci était deve­nue idée ou slogan. Cela nous l’avions depuis long­temps expli­ci­te­ment en tête...» 

Très bien que TC nous dise après coup ce qu'il pensait depuis le début. Il eût été préférable de le clarifier honnêtement pour les lecteur-ice-s de SIC. De l'extérieur, SIC passait de facto pour ce qu'il faisait : « Roland Simon" est identique à "Léon de Mattis", en tant que leurs activités ne peuvent exister qu'ensemble, la théorie ne peut être diffusée que dans une forme qui la contredit - c'est le prix à payer, le pas affranchi. » Ce ne sont pas les idées, encore moins les pensées rentrées, qui détermine la réalité.  Impasse des Hautes Folies  pour en finir avec mon communisme-théorique juin 2012 Un autre point, je ne partage pas la charge contre les Universitaires anglais à PowerPoint, dans la mesure où la formulation de TC n'est pas moins réservées à une élite et dans l'incapacité de s'exposer simplement, avec ou sans powerpoint. Il y a dans Ennotes#3 des observations fécondes. J'y reviendrai.

Pour ma part, je ne connais de l'affrontement de SIC avec les « anarcho-autonomes » que la version TC, et il ne m'apparaît pas impossible que son comportement ait été pour partie en cause de l'affrontement. Chacun ses mauvaises manières.

Quoi qu'il en soit, TC/RS serait aujourd'hui bien avisé de distinguer aujourd'hui la façon dont « il aime bien taper sur ses proches » de celle dont il critique, après-coup, ses ex-compagnons de route « anarcho-autonome » au sein de l'ex-parti(e) SIC. L'épisode récent entre RS/dndf et moi est certes déplorable, mais là aussi la clarté s'avère nécessaire et bienvenue, et les coups bas bas de "camarades" au « mode d'existence » de bobos. Des causes formelles comparables, entre "proches", pourraient produire les mêmes effets. Personnellement, j'ai moins d'affinités particulières avec des "camarades" quels qu'ils soient qu'avec mes voisins 'racisés' de la zone.

Celles et ceux qui se battent ne le font pas pour permettre à des théoricien-ne-s de formaliser une théorie adéquate par des concepts, qu'il s'agirait ensuite de leur exposer de façon synthétique et claire, indiquant l'essentiel afin d'orienter leurs luttes dans le bon sens. Cette conception n'est pas seulement celle des "luttes théoriciennes" selon TC (bien qu'il la combatte, il la produit), elle est assez répandue parmi les théoriciens et militants, qui ont le plus grand mal à articuler théorie et pratique, quoi qu'ils en disent en prétendant dépasser leur opposition ou leur complémentarité. Aujourd'hui dans la réalité des luttes, il n'y a pas deux catégories, la théorie et la pratique. Cela pouvait être le cas à l'époque des luttes ouvrières syndicales ou révolutionnaires, à l'époque du programme ouvrier visant la prise du pouvoir d'État ou l'autogestion. Aujourd'hui, les luttes revendicatives sont confrontées à leur échec, même pour "défendre les acquis". Ceux et celles qui luttent se heurtent aux limites de leurs existences comme tel-le-s de prolétaires, ouvriers/ouvrières, femmes, salarié-e-s, précaires, chômeuses/chômeurs, domestiques, esclaves, personnes 'de couleurs', handicapé-e-s, vieillards, malades incurables...

La théorisation s'est préoccupée ces derniers temps de décrire ces phénomènes, dans le moment actuel de la crise du capitalisme mondialement restructuré; d'élaborer les concepts permettant de les relier à la structure du capital, de l'exploitation, des dominations et oppressions. La théorie communiste est confrontée aujourd'hui à son inutilité, mais pas parce qu'elle serait trop difficile à comprendre, ou à synthétiser pour l'exposer de façon claire

Ce blocage théorique provoque une crise, sans précédent récent, dans le milieu théoricien communiste (après l'échec de l'aventure SIC revue internationale pour la communisation et le malaise général créé par la rupture du groupe TC qui en était le moteur et le cœur conceptuel). Cette crise de la théorie correspond au moment actuel, mais révèle par là-même la nécessité de prendre en compte :

- d'une part le changement de nature, à grande échelle, des luttes de classes, de genres...

- d'autre part la plus large connaissance de l'idée de communisation, comme révolution communiste sans étape intermédiaire, étatique ou autogestionnaire.

Ce n'est pas tant que la théorie serait confrontée à son succès, car ce n'est pas elle qui a produit ce changement. C'est fondamentalement le cours même du capitalisme en crise et des luttes dans ce contexte, et la pertinence de la théorie à en rendre compte, rencontrant l'attention d'un plus grand nombre de personnes, alors confrontées aux effets de la crise ou faisant l'expérience des limites de ces luttes, les leurs ou celles qu'ils connaissent.

Cette rencontre a été rendue possible par davantage de productions théoriques ou critiques, et au delà du milieu communisateur explicite, que celui-ci ne veut bien l'entendre, rongé par ses ulcères, penché sur son nombril, éperdu de conflits de foi. Les débats de loin en loin, de textes à textes bétonnés pour les bibliothèques du futur (laissant les souris songeuses), ne passionnent plus personne, même chez eux, sauf les théoro-addicts.

Se pose par conséquent la nécessité d'autres pratiques, sinon pour élaborer la théorie (encore que cela dépende de la fonction des textes), du moins pour s'en servir en dépassant son inutilité actuelle. Car dire que la théorie ne sert à rien relève d'une schizophrénie qui n'est plus de saison. Non, les théoriciens ne font pas que se faire plaisir (TropLoin).

Nous sommes entrés dans une période où la théorie va se faire au sein des luttes, et par les luttes appeler sa formalisation dans des textes de plus en plus variés dans leurs langages, en langues différentes plus nombreuses, avec une volonté de partages, d'échanges en mouvements.

Elle sera de moins en moins restreinte à des batailles de texte à texte, dont nous avons connu l'excès et la stérilité.

Une nouvelle génération est appelée à s'y coller, avec "l'avantage" de vivre elle-même les conditions les plus difficiles du moment présent et leur aggravation dans la crise qui vient...

Voilà ce que signifie l'exigence de nouvelles pratiques théoriques, qui ne doivent plus être réservées à des spécialistes, mais devenir une tâche prioritaire, pour tous ceux et celles qui entendent participer positivement à la lutte pour l'abolition du capital, du genre et de la 'race'. Une tâche au même titre, en continuité sans hiérarchie, que les luttes concrètes, qu'on y participe ou non; les luttes  qui affrontent l'exploitation, les dominations masculines ou raciales, le saccage du milieu vivant, et toutes autres dominations et oppressions qui, pour être plus ou moins importantes, n'en sont pas moins liées au capitalisme.

La personne qui souffre d'un cancer ou du sida, c'est son cancer ou son sida qu'elle combat; sa maladie est plus importante que toutes les autres et que celles de tous les autres. Elle n'entre pas dans une hiérarchie de malheurs provoqués par la société, mais elle peut s'avérer inguérissable aujourd'hui, par manque de moyens face aux profits de l'industrie pharmaceutique.

L'idée de distinguer les contradictions et d'autres dominations dans le capitalisme est utile pour la théorie de la révolution, mais pas directement au niveau des luttes qui combinent tout ça - celles et ceux qui luttent le font prioritairement pour leurs conditions de vie, leur survie même, parfois en se regroupant autour d'un objectif commun; ces luttes se heurtent d'une façon ou d'une autre, à un moment donné, à l'ensemble : au manque d'argent, de logis, de soins, à l'État, à un industriel, à la réglementation, à un proxénète, au déclin des services publics, à la police, etc.

Les luttes sont faites de tout ça, et dans la crise, toutes ces luttes s'orienteront* vers un affrontement généralisé contre le capital. Il ne s'agit pas de rêver à "l'insurrection qui vient" comme allant se transformer en révolution générale : à quelle échelle de puissance et d'efficacité ?

Chaque lutte participe du tout, *à travers des oppositions internes au prolétariat,entre genres, 'races', ethnies, religions, et autres identités de plus en plus inter-conflictuelles. Mais le mur auquel elles se heurteront toutes, un jour ou l'autre, c'est le capitalisme. Alors seulement elles pourront converger :

Les luttes ne trouveront leur unité que dans l'abolition du capital. 

à suivre dans quelles radicalités contre le Capital ? de l'invention de 'Meeting' à l'abolition de 'SIC'