le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique

 

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le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique 

en relation une "caution intellectuelle" à Houria Bouteldja ?

24 avril 2015

glissements sémantiques, antiracismes en toc

La construction étatique d’une hiérarchisation « des racismes » Saïd Bouamama 24 avril

extraits

L’annonce par le gouvernement d’un nouveau plan de « lutte contre le racisme » accompagné d’un budget de 100 millions d’euros sur trois ans a fait sourire bien des militantes et militants des luttes de l’immigration et des quartiers populaires. Le même premier ministre et le même gouvernement qui autorise la Rromophobie par sa thèse culturaliste sur « l’inintégrabilité des Rroms », prétend être antiraciste. Le même gouvernement qui dans son instrumentalisation du « Je suis Charlie » a autorisé allègrement l’islamophobie, voudrait nous faire croire qu’il est déterminé à lutter contre le racisme. Pourtant l’heure n’est pas au sourire.

Provocation

La négation et/ou la sous-estimation et/ou l’euphémisation de l’islamophobie et la construction d’une « exceptionnalité » de l’antisémitisme constituent les deux segments articulés d’une offensive poursuivie de longue date mais qui est dotée aujourd’hui de nouveaux moyens. On retrouve cette logique dans l’expression consacrée de « lutte contre le racisme et l’antisémitisme » qui s’est banalisée à force d’être assénée par les appareils idéologiques d’Etat. Comme le souligne justement la brigade antinégrophobie : « l’appellation même de lutte contre le racisme et l’antisémitisme crée une hiérarchie symbolique. D’un côté l’antisémitisme, de l’autre un ensemble où tout est mélangé... C’est une profonde négation de la spécificité des racismes. Soit on gomme les différences pour tous, soit on les reconnaît pour tout un chacun. »

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique

Négation

Les tentatives d’invalider le mot [islamophobie] pour nier la réalité qu’il représente ne sont pas nouvelles. Alors que le terme remonte au début du vingtième siècle , une Caroline Fourest affirme faussement qu’il est issu des « mollahs iraniens qui souhaitaient faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de “mauvaises musulmanes” en les accusant d’être “islamophobes ” ». (Hajjat A. & Mohammed M. , Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le problème musulman, Paris, La Découverte, 2013) Peu importe l’erreur et/ou le mensonge cette explication est diffusée largement dans les médias dominants et dans le discours politique. Cette diffusion contribue à la construction de la réalité sociale et politique dans le sens d’une opposition à la reconnaissance et donc à la prise en compte de l’islamophobie : « Cette erreur factuelle a pourtant été reprise abondamment, comme s’il s’agissait d’une vérité historique. Ainsi, un grand nombre d’acteurs présents dans les médias réfutent l’utilisation du terme, l’accusant d’être en réalité une injonction à interdire le blasphème . » Fourest C. & Venner F., « Islamophobie ? », Pro Choix, n° 26 27, dossier « Islamophobes ? Ou laïques ! », automne hiver 2003

Réduction

Le réductionnisme au vieil antiracisme anti-Arabe conduit à l’invisibilisation des causes de la montée contemporaine de l’islamophobie :

a) la justification de guerres pour le pétrole et les matières premières par des arguments culturalistes : droit des femmes, lutte contre l’obscurantisme et/ou le terrorisme ;

b) les explications tout aussi culturalistes des problèmes politiques et sociaux de la société française en général et de ceux des populations issues de l’immigration en particulier : intégration insuffisante pour les uns et inintégrabilité pour les autres, « incompatibilité de l’Islam et de la république », etc. ;

c) l’autorisation étatique à l’islamophobie depuis la loi sur le foulard de 2004 et ensuite par les discours sur « la laïcité menacée », « le droit des femmes menacé », « la république menacée », « l’identité nationale menacée », etc. 

Injonction

21 avril

c'est au présent que nous luttons contre la classe du racisme

un négationnisme peut en cacher un autre (Guadeloupe)

il ne s'agit pas seulement de montrer que le capitalisme est né grâce à la traite et à l'esclavage, et qu'il a inventé pour ça le racisme moderne. Il ne s'agit pas seulement de dire que le prolétariat trouvera son unité et dépassera les identités de race dans la processus d'abolition du capital. Il ne s'agit pas d'affirmer « nous ne sommes pas antiracistes » et de concentrer ses critiques contre les combats 'indigènes' qui ne sont pas assez ceci ou trop cela...

on ne combat pas le racisme de classe sans combattre la classe du racisme

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique

« Pendant des siècles, les capitalistes se sont comportés dans le monde sous développé comme de véritables criminels de guerre. Les déportations, le travail forcé, l’esclavagisme ont été les principaux moyens utilisés par le capitalisme pour augmenter ses réserves d’or et de diamants, ses richesses, et pour établir sa puissance. Il y a peu de temps, le nazisme a transformé la totalité de l’Europe en véritable colonie. Les gouvernements des différentes nations européennes ont exigé des réparations et demandé la restitution en argent et en nature des richesses qui leur avaient été volées… »

combattre le négationnisme Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) 17 avril

Le 10 Mai prochain, François Hollande sera en Guadeloupe pour inaugurer le Mémorial Acte, miroir en plein milieu de l’arc Caraïbe destiné à vanter les mérites du système colonial. Un système colonial basé sur :

MÉPWI, DISKRIMINASYON, PWOVOKASYON é PWOFITASYON Davwa :

- Le sang de YANS, le Grand Chef Kalina et de tous ceux qui ont été assassinés par De l’Olive et Duplessis, coulent encore dans les flots qui baignent les côtes des îles de Guadeloupe ;
- La tombe de Richepanse, général de Napoléon venu rétablir l’esclavage en 1802, est exposée au Fort Delgrès comme une véritable insulte aux droits humains et à nos ancêtres ;
- Nos rues, nos hameaux et nos sections portent encore les noms d’esclavagistes et de négriers ;
- Les services de l’Etat autorisent l’installation d’une stèle à la gloire de De l’Olive alors que la mairie du 18ième arrondissement de Paris débaptise la rue De l’Olive pour ses crimes coloniaux ;
- Le 10 mai 1802, le général Richepanse ouvrait le feu de ses canons contre les forces anti-esclavagistes guadeloupéennes devant Basse-Terre ;
- L’esclavage a donc été rétabli en juillet 1802 : plus de 10.000 victimes auxquels il faut ajouter la longue liste des victimes des massacres coloniaux, crimes sans coupable : 1910, 1925, 1931, 1952, 1967, 1985, 2009…… ;
- Le décret d’indemnisation des esclavagistes en 1849 consacre la discrimination et le mépris et ainsi, pour l’éternité, la liberté est attachée à l’assistanat car octroyée par la république. Nous sommes « Libérés de l’esclavage mais sans ressources, émancipés mais subordonnés, libres mais entravés, mais débiteurs, égaux mais inférieurs, souverains mais dominés, citoyens mais assujettis. » ;
- Ce 10 mai 2015, l’Etat français étale son arrogance coloniale entre Fouillole et la Place de la Victoire, précisément là où en 1802, les forces esclavagistes ont exécuté et décapité près de 300 combattants Guadeloupéens et exposé leurs têtes, tels des trophées, sur des pics sur la place de la victoire ;

MEN SONJÉ ! PEUPLE de GUADELOUPE, c’est aussi le 10 mai 1802 que le Valeureux Palerme gagne la bataille de Dolé à Trois-Rivières contre Seriziat.

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. » Franz Fanon

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11 avril 2015

racisme d'État, racisme de classe, en France comme aux USA

Angela Davis : D’Assata Shakur à Michael Brown, le racisme d’État américain persiste PIR 31 mars

From Michael Brown to Assata Shakur, the racist state of America persists The Gardian 1er septembre 2014

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique

aussi bizarre que cela puisse paraître, je le classe dans cette rubrique consacrée à la France. C'est pour faire un équilibre avec tous ceux qui se préoccupent du racisme outre-Atlantique et se disent en France contre l'antiracisme, parce que cela aggrave la segmentation du prolétariat français. Dans le genre le Cousin communisateur de Radio-Nostalgie...

9 mars

appeler un chat un chat : du racisme de classe en France et de la position des communistes 12:40

« Les ouvriers du Nord ont enfin parfaitement compris que le travail, tant qu'il serait flétri dans la peau noire, ne sera jamais émancipé dans la peau blanche. » Lettre de Marx au père de Paul Lafargue, son futur gendre, suite à « l'écrasement de Johnson par les Républicains radicaux aux législatives de 1866 [...] cette dernière formulation  [que je souligne] apparaît aussi dans le Capital en 1867 » K.B Anderson, Race, classe et esclavage, dans Marx aux antipodes, Syllepse 2015, P. 184

racisme structurel, institutionnel et idéologique

les mots à tonalité "savante" - les mots de la philosophie, de la sociologie... - ont toujours un effet de distance par rapport aux réalités qu'ils traduisent et recouvrent d'un voile de pudeur intellectuelle. Ce ne sont pas les mêmes mots qu'utilisent les gens d'en-bas pour désigner la même chose. Cela s'ajoute au langage enrobé qui est devenu la règle, "non-voyant" pour "aveugle", "technicien de surface" pour "balayeur" (on ne dit pas "aspiratrice"), etc.

il faut redonner aux mots leur valeur et leur performativité de critique radicale. Il le faut d'autant plus si l'on se prévaut d'une critique de ce monde comme étant celui du capitalisme fondé sur l'exploitation de classe, la domination masculine et la domination raciale

le racisme structurel est un racisme de classe au sens économique et social concret où les populations concernées en sont victimes comme ayant, en masse et proportion, un niveau de vie inférieur à la moyenne de la population toutes races "confondues"

le racisme institutionnel est un racisme d'État puisque les politiques d'État n'ont rien fait pour l'éradiquer. Ni les lois "antiracistes" ni les "politiques de la ville" n'ont eu les résultats supposés

le racisme idéologique est un racisme des idées, un racisme culturel enraciné dans l'histoire particulière de la France (Saïd Bouamama, Les fondements historiques et idéologiques du racisme « respectable » de la « gauche » française 2012/2015). C'est celui de gens explicitement racistes ou qui ne voient ni racisme de classe, ni racisme d'État. Il est porté par les médias, les partis politiques. J'ai parlé à cet égard d'un racisme devenu légitime, ce que recoupent les enquêtes d'opinions depuis quelques années

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique  le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique de Français qui estiment que chacune de ces populations constitue un « groupe à part » dans la société française source CNCDH La lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie, Rapport 2013 PDF La Documentation française

l'antiracisme universaliste abstrait nie ces caractères de classe du racisme en France

dans le déluge actuel de discussions avec les termes d'islamophobie, d'antisémitisme et même de racisme, on évoque certes la question sociale, mais le plus souvent pour avancer des "solutions" politiques qui ne touchent pas à la structure de classe du capital et de l'État et à leur idéologie

le racisme n'est pas seulement une idée, à combattre par des idées, il est un rapport social enraciné dans les rapports économiques et entretenu politiquement et médiatiquement

dire qu'il y a racisme de classe ne signifie pas que la classe dominante serait raciste alors que les classes exploitées ou dominées ne le seraient pas. Quelles que soient les idées sur la question des capitalistes, des politiciens et personnes d'influences, le fait est que les victimes du racisme sont en masse des gens d'en-bas, autrement dit des prolétaires racialisés, ethnicisés, moins bien lotis que la population blanche des mêmes catégories sociales

l'islamophobie est en réalité un prolophobie racialisée, ce que n'est pas l'antisémitisme...

non que les Juifs seraient tous "riches" ou détiendraient le pouvoir, mais parce que ceux qui sont qualifiés de "musulmans" sont majoritairement des prolétaires, les Juifs non, même s'il en est de pauvres

* rappelons qu'antisémitisme n'est pas plus sémantiquement correct qu'islamophobie : les Arabes sont sémites mais les Juifs ne sont pas tous sémites. Tous les Nords-Africains, ou provenants du Moyen-Orient et d'Asie centrale ne sont pas musulmans, nombre d'immigrés d'Afrique noire sont musulmans, mais aussi de plus en plus chrétiens évangélistes, un ensemble de sous-Églises protestantes attirant Afro-Antillais, Asiatiques de l'Est (Chine, Vietnam, Laos, Cambodge), et Sud-Américains

le prolétariat blanc français est massivement raciste

quand un parti revendiquant le racisme, comme le FN, progresse dans l'opinion et aux élections, et quand ce parti est le premier représentant politique des couches prolétaires - ouvriers et employés -, cela signifie que le prolétariat (blanc) est massivement raciste

plutôt que se voiler la face, y voir la réussite de l'idéologie raciste de classe : la montée du FN étant produite par la crise et la politique républicaine antiraciste en surface, sauf luttes sociales imprévisibles, le mouvement n'a aucune chance de s'inverser à moyen-terme. La panique de Valls est fondée, mais vaine la réponse de gauche ou d'extrême-gauche

l'antiracisme abstrait des classes dominantes, qu'il soit politiquement de gauche ou de droite, est impuissant à affaiblir le racisme des prolétaires, dans la mesure où ceux qui le portent, politiciens et partis, associations et journalistes "antiracistes" ne font rien contre les maux dont souffrent les prolétaire, quelles que soient leurs couleurs de peau (c'est d'ailleurs pourquoi le discours anti-FN de Valls ne produira aucun effet électoral en faveur du PS)

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique sondage IFOP 10 janvier 2015

l'antiracisme universel abstrait cache le caractère de classe du racisme structurel

l'antiracisme officiel, l'antiracisme français par excellence - qui aboutit à interdire constitutionnellement les statistiques raciales et ethniques et à rayer le mot race de la constitution - ne peut mettre en cause le racisme de classe fondé dans les rapports économiques, entretenu par les appareils politiques et idéologiques de l'État et de la société civile

la religion et l'anti-religion à la rescousse de l'idéologie dominante

tout le barouf médiatique et les prétendues oppositions politiques entre gauche et droite, anti-racistes et racistes réels ou supposés sur leurs critères moralistes et humanistes, ne font que recouvrir ces réalités de classes et de races

la France ne retrouvera pas les conditions d'une lutte de classe conséquente tant que le prolétariat blanc opposera son racisme au prolétariat racisé et ethnicisé, et il ne le fera pas tant que personne ne prendra la responsabilité politique de le dire

l'idée que l'immigration massive en Europe irait contre les intérêts révolutionnaires du prolétariat européen, qui est au font du discours idéologique du Front national (avec les thèses d'Alain de Benoist, mais aussi de l'idéologique post-situationniste et vaguement communisateur Francis Cousin), cette idée est parfaitement contre-révolutionnaire

en réalité, la venue d'une situation plus favorable aux luttes révolutionnaires est conditionnée par la montée des luttes de classes des populations racialisées/ethnicisées telles qu'elles entraîneront dans leur sillage les prolétaires blancs. De ce point de vue, la situation en Europe présente des similitudes avec ce qu'elle est aux États-Unis *

* ce sont des choses que Marx avait parfaitement saisi, dans ses écrits sur la Guerre civile aux États-Unis, dont l'enjeu était pour lui l'extension de l'esclavage au Nord ou son abolition au Sud, comme il avait parfaitement saisi le frein que constituait le racisme de la classe ouvrière blanche et le discours des partis socialistes la représentant. Lire à cet égard le chapitre Race, classe et esclavage du livre de K.B. Anderson, Marx aux antipodes. J'y reviendrai

quelle position théorico-politiques des communistes en relation à la communisation ?

elle découle logiquement de ce qui précède, relativement à tous les points abordés, il s'agit fondamentalement d'éclairer la nature de classe du racisme d'Etat, couvert d'antiracisme (les partis traditionnels) ou revendiquant le racisme (en cas de gouvernement d'extrême-droite), qui sont les deux faces d'un racisme de classe qui ne peut dire son nom sur le terrain de la politique et de la démocratie vs la dictature

la mise en avant des thèmes religieux (islamophobie, antisémitisme, sionisme, anti-sionisme...) et le militantisme anti-religieux sous couvert d'une compréhension vulgaire de « la religion est l'opium du peuple » ne font que mettre un voile pseudo-marxiste et contre-révolutionnaire sur le racisme de classe français (et au-delà)

les contorsions ou retenues pour considérer comme une nécessité l'auto-organisation des luttes des prolétaires racialisés en France sont autant de postures contre-révolutionnaires, y compris quand elles s'expriment (ou se taisent) au nom de la théorie de la communisation - le fait que Francis Cousin ait pu s'engouffrer dans les apories de ces thèses sur la question raciale en est comme la démonstration théorique par l'absurde

en relation, pour éviter de dire n'importe quoi et considérer l'expression du PIR dans ses limites réelles, sans en rajouter : Réflexions sur les enjeux du racisme et de l’antiracisme aujourd’hui Houria Bouteldja 24 mars 2013

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5 mars 2015

un racisme français légitime : aller-retour en passant par « les mystères de la gauche » et l'idéologie de la politique

Les fondements idéologiques du racisme respectable de la "gauche" française 5 mars Said Bouamama

« La libération de la parole et des passages à l’acte islamophobe depuis les attentats de janvier 2015 révèlent l’ampleur du « racisme respectable » au sein de la gauche française. Cela nous conduit à republier un de nos textes, publié pour la première fois en avril 2012 dans la revue 'Que faire' [...] »

ce texte de 2012 étant re-diffusé par plusieurs blogs, je donne le lien Mediapart puisqu'il y a des commentaires... pour qui veut approfondir ces questions, je conseille Le credo de l'homme blanc. Regards coloniaux français, XIXe-XXe siècles, Alain Ruscio, Paris, Complexe, 1995 ou autres références déjà données

rien de spécial à dire ou redire, c'est un texte situé à fonction politique de "gauche décoloniale" avec avantages et inconvénients, mais pas dénué d'intérêt théorique, notamment dans la référence à Marx avec plusieurs citations, dont je retiens celle-ci, pour « l'hilarité partagée » :

Voici comment par exemple Karl Marx raille la prétention de la « gauche française » à l’exceptionnalité linguistique et républicaine :

« Les représentants (non ouvriers) de la « Jeune France » soutenaient que toutes les nationalités et les nations étaient des « préjugés surannés ». Stirnérianisme proudhonisé : on répartit tout en petits « groupes » ou « communes » qui forment ensuite une « association » et non pas un état. Et tandis que se produit cette individualisation de l’humanité et que se développe le « mutualisme » adéquat, l’histoire des autres pays doit suspendre son cours et le monde entier attendra que les Français soient mûrs pour faire une révolution sociale. Alors ils effectueront sous nos yeux cette expérience, et le reste du monde, subjugué par la force de l’exemple, fera de même. (…) Les Anglais ont bien ri quand j’ai commencé mon discours en disant que notre ami Lafargue et ceux qui avec lui supprimaient les nationalités, s’adressaient à nous en français, c’est-à-dire une langue que les 9/10e de l’assistance ne comprenaient pas. Ensuite, j’ai signalé que Lafargue, sans s’en rendre compte, entendait apparemment par négation des nationalités leur absorption par la nation française modèle » Karl Marx, « Lettre à Friedrich Engels du 20 juin 1866 », Correspondances, tome VIII, Éditions sociales, Paris, 1981

(Jacques WajnStejn devrait sortir un peu, qui rêve encore à la réputation française dans le monde : « une histoire et une mémoire commune, d’origine ou adoptée, celle liée à la révolution française qui reste, qu’on s’en réclame ou qu’on s’en offusque une référence dans le monde entier et pas simplement pour les couches moyennes des pays émergents.» à propos du 11 janvier)

l'« hilarité partagée » tant quasi devenue un critère de distinction entre "communisateurs, je renvoie à l'appréciation de Bouamama par Yves Coleman, le pourvoyeur en critères de "confusionnisme" de l'extrême-gauche, des libertaires et autres "antifas", dont les listes de "rouges-bruns" sont reprises à tous vents virtuels : Saïd Bouamama, un sociologue au service du hijab... 19 juillet 2004

prolongement avec deux critiques de "gauche" de Jean-Claude Michea. Celle de Yves Coleman Les Mystères de la gauche (1) : de la manipulation historique chez Jean-Claude Michéa 4 mars, et celle d'Isabelle Garo Au nom du peuple, Jean-Claude Michéa réécrit l'histoire 

l'intéressant, c'est la limite d'une critique de gauche (extrême ou pas), ou, ce qui revient au même du point de vue théorique (de la communisation), une critique de la gauche (extrême ou pas), c'est-à-dire une intervention sur le terrain politique de la démocratie

d'un côté, avec Coleman, on semble vouloir une gauche parfaite, des militants purs de soupçons racistes, antisémite ou fascistoïdes, mais on est encore et toujours sur le terrain de la politique, c'est-à-dire dans une posture gauchiste. De l'autre, avec Garo, on défend aussi la possibilité d'une bonne gauche, certes avec une argumentation plus construite avec une connaissance des classiques elle sérieuse du marxisme, des éclairages souvent féconds (j'y reviendrai avec Marx et l'invention historique, Syllepse 2012), mais une montagne de considérations politiques qui ne peuvent accoucher que d'une souris, parce que sans prise sur les contradictions actuelles

bref d'un côté le "militantisme" virtuel d'un gauchiste vieillissant ni utile ni inutile mais symptomatique, de l'autre du post-programmatisme démocratique que son auteure ferait mieux de livrer à la critique rongeuse des souris, celles d'avant les ordinateurs

pour compléter le tableau idéologique, la défense de Jean-Claude Michea : Michéa face à la stratégie Godwin Marianne 4 Janvier 2014

on peut toujours faire son petit pipi communisateur autosatisfait de laisser « notre empreinte » et dire « ces considérations [...] font parties du vieux monde », c'est vrai, mais c'est dans ce monde que nous vivons, et que nous faisons de la théorie communiste donc, entre autre, de la déconstruction des idéologies. Le trio Michéa-Coleman-Garo s'y prête plutôt bien : d'une pierre trois coups

pour revenir à Bouamama et quant au racisme en France, il est non seulement devenu « respectable », mais légitime, comme on dit que le salaire ne l'est plus...

26 février 2015

toubab or not to be... « antifa »... « confusionnisme » et délation

François Hollande, la novlangue et les « Français de souche » Le Figaro 26 février

perso, je ne ferais pas à François le second le reproche d'avoir utilisé, au 2ème degré, la formule « français de souche, comme on dit », mais de l'avoir fait à mauvais escient, comme au demeurant Houria Bouteldja. Je ne partage pas non plus l'expression de Michèle Tribalat « natifs au carré » pour désigner, au plus près de la chose, ceux qui sont nés en France de deux parents nés en France » (source). Au plus près de la chose, sont nés de deux parents nés en France des Antillais, des « immigrés de nièmes générations » (sic) noirs ou maghrébins... qui sont tout aussi racialisés, identifiés par leurs couleurs de peaux, que de plus récemment arrivés, français de papiers, étrangers avec ou sans

comme dit l'auteur de l'article du Figaro : « Il faut dire qu'invoquer la «souche» Française et demander dans le même temps la suppression du mot race dans la constitution témoigne d'un impressionnant art de la synthèse. Il n'a cette fois pas empêché l'habile François Hollande d'intégrer la confrérie du sémantiquement incorrect.»

on tourne autour de la peau pour n'avoir pas à considérer que dans ce pays plus que beaucoup d'autres, il y a les Blancs et les Autres. Certes ce ne sont pour personnes des catégories politiquement ou théoriquement correctes, pas même pour la plupart des marxistes français. Les patrons, les flics et la plupart des 'gens' sont moins regardants, si j'ose dire, puisqu'il faut bien, raciste ou pas, nommer les choses, au pays où la constitution interdit de les mesurer

toubab me va très bien, mais je n'ai rien contre babtou

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique Clip officiel 2011

« indécence » ou réalité gênante ?

par contre, je ne partage pas cet avis du journaliste : « Après Finkielkraut, après Tillinac, François Hollande, à son tour, a «dérapé». Fort heureusement, il s'est arrêté à temps et n'a pas eu l'indécence de préciser que le meneur des profanateurs «de souche» était un adolescent instable qui portait sur ses vêtements des slogans«antifascistes». »

cette info est donnée par Le Monde du 20 février :

(…)  A Sarre-Union, 3 000 habitants, tout le monde se connaît. Et personne ne comprend. Gaëtan Wilsius, élève de 1re L au lycée Georges Imbert, a organisé dans la ville une marche silencieuse « de solidarité et d’indignation » qui a rassemblé dans la ville des centaines de lycéens, mardi. Sur les cinq suspects, il en connaît quatre. Ils étaient tous ensemble au collège Pierre-Claude de Sarre-Union, deux d’entre eux sont comme lui au lycée situé juste à côté.

Il a beau chercher des signes distinctifs, il n’en trouve pas. Sauf peut-être qu’ils étaient « fans de metal », et « se tenaient un peu à part à cause de ce centre d’intérêt ». Pierre, précise Gaëtan, « c’était la personne juste un tout petit peu bizarre parmi des gens normaux. Mais rien de méchant. » Les cinq mineurs n’ont aucun antécédent judiciaire. La justice ne leur connaît pas « de convictions idéologiques qui pourraient expliquer leur comportement » note le procureur. Ils sont issus de « familles bien », qui « ne posent pas de problèmes particuliers et ne sont pas dans le besoin », affirmet-on à la mairie de Sarre-Union. L’un est le fils d’une institutrice, l’autre le petit-fils d’un proviseur. Tous sont « calmes, discrets, pas bagarreurs, n’ont rien de spécial », disent leurs camarades. Quatre sur les cinq habitent Sarre-Union, trois y sont scolarisés dans l’unique lycée. Les élèves de catégorie socio-professionnelle (CSP) favorisée y sont légèrement en dessous de la moyenne académique, les CSP défavorisés sont légèrement au-dessus, mais le taux de réussite au bac se situe entre 90 % et 100 %. « Un établissement sans problèmes particuliers », assure Jacques-Pierre Gougeon, recteur de l’Académie de Strasbourg.

Pierre B. avait étrangement un ennemi déclaré : « le fascisme ». Il portait des slogans antifascistes sur ses vêtements.

« On ne parlait pas politique mais si on évoquait le Front national, il se mettait sur ses deux pattes arrière et se mettait à grogner, raconte Gaëtan. Il prétendait se battre contre le fascisme et était très remonté contre la police. Il traitait les policiers et les militaires de fascistes, avec une hargne qui me mettait mal à l’aise. »

tout sauf inintéressant, car plus difficile à comprendre, socialement sans excuse. Il faut dire que des « antifas », on en trouve de toutes sortes :

le fatras antifa et la délation, un sport virtuel qui monte avec une exigence de clarté remarquable

Liste non exhaustive des sites conspirationnistes et confusionnistes Les Morbacks Véners Antifa et Révolution. Certains commentaires sont intéressants... On y trouve même une rubrique « Lutte des classes » dont la visite est conseillée aux mauvais marxistes

j'ai du mal à me situer, entre « conspirationnisme, confusionnisme,  espèce de charnière entre... s'acoquine avec... fort potentiel de dérapages... ». Le recours à l'expertise s'impose :

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique http://confusionnisme.info/

peut-être le genre qui plairait à notre expert en « confusionnisme » d'extrême-gauche-droite. En effet, sur ce site animé par la douteuse Ornella Guyet, on retrouve quelques cibles privilégiées d'Yves Coleman, et son blog mondialisme.org en lien

* il n'aura pas écouté le conseil de Jacques Wajnzstejn : « la critique politique doit éviter autant que faire se peut le ton de la dénonciation [et] de prendre prendre les moyens d’investigation et les finalités de l’enquête de police [...] la critique politique ne doit pas être une chasse à l’homme, ce qui menace toujours quand les deux premiers points que j’ai cités sont réunis et surtout redoublés par une continuité dans cette activité qui peut virer à l’obsession. C’est ce qui est arrivé au sieur Daenincks et je souhaite bien évidemment que ça ne t’arrive pas parce que c’est une maladie dans laquelle on s’enfonce jusqu’à en devenir autiste. »

j'ai ajouté d'une part que le critère campiste (deux camps) autour d'extrême-droite ou fasciste est encore moins pertinent qu'autrefois, et d'autre part que sans creuser les contenus théoriques sous-jacents (conscients ou non), on se condamne à tout mélanger

grosse concurrence dans la chasse aux « Rouges-Bruns », qui se bouffent entre eux. On a les ennemis qu'on mérite. Du coup on en viendrait presque à regretter le bon temps où l'ultra-gauche n'avait aucun lien avec le négationnisme, sauf par glissement théorique critique de la démocratie...

3 janvier 2014

découvert sur le site nofric nowar full communism, le livre la matrice de la race, 2008 Elsa Dorlin, dont on a vu la compilation de textes sur le Black Feminism

on regrettera qu'Elsa Dorlin articule le genre et la race dans la formation de la "Nation française", donc de son État pré-capitaliste, sans apparemment le faire entre esclavage et colonisation avec le mode de production capitaliste. Il y est toutefois question de la sorcière... où l'on retrouvera Silvia Federici.

Ce livre me paraît confirmer mon intuition que c'est aussi par le genre que l'on peut articuler race et capital.

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique

"La race a une histoire, qui renvoie à l’histoire de la différence sexuelle. Au XVII e siècle, les discours médicaux affligent le corps des femmes de mille maux : « suffocation de la matrice » « hystérie », « fureur utérine », etc. La conception du corps des femmes comme un corps malade justifie efficacement l’inégalité des sexes. Le sain et le malsain fonctionnent comme des catégories de pouvoir. Aux Amériques, les premiers naturalistes prennent alors modèle sur la différence sexuelle pour élaborer le concept de « race » : les Indiens Caraïbes ou les esclaves déportés seraient des populations au tempérament pathogène, efféminé et faible.

Ce sont ces articulations entre le genre, la sexualité et la race, et son rôle central dans la formation de la Nation française moderne qu’analyse Elsa Dorlin, au croisement de la philosophie politique, de l’histoire de la médecine et des études sur le genre. L’auteure montre comment on est passé de la définition d’un « tempérament de sexe » à celle d’un « tempérament de race ». La Nation prend littéralement corps dans le modèle féminin de la « mère », blanche, saine et maternelle, opposée aux figures d’une féminité « dégénérée » – la sorcière, la vaporeuse, la vivandière hommasse, la nymphomane, la tribade et l’esclave africaine. Il apparaît ainsi que le sexe et la race participent d’une même matrice au moment où la Nation française s’engage dans l’esclavage et la colonisation."

27 janvier 2014

« Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne »

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique de Gaulle : la France est ouverte à toutes les races

Charles de Gaulle : « C'est très bien qu'il est ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne.[...] Qu'on ne raconte pas d'histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants. Essayez d'intégrer l'huile et le vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions, et après demain quarante ? Si nous faisions l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Agérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !» Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, Paris, 1994, cité par Benjamin Stora, Le transfert d'une mémoire / de l'« Algérie Française » au racisme anti-arabe  > le racisme structurel et institutionnel en France

22 janvier

la communisation comme abolition du racialisme + hic salta ou franchir le pas : TC (contre Marx ?) une théorie blanche occidentale les 2 textes en version à imprimer

20 janvier

Hollande, "race" : otez ce mot que je ne saurais lire dans la Constitution de la France

Rien que la suite logique de l'universalisme français : fixer l'égalité en droit pour considérer qu'elle existe en fait. Qui lit et 'respecte' la Constitution ? Ceux qui usent et abusent de la 'race', et que protège la même Constitution ?

François Hollande a introduit samedi 10 mars le rassemblement des ultramarins par l'annonce symbolique de la suppression du mot "race" de la Constitution. Le recours à ce mot dans notre droit, même s'il a pour objet de prohiber les discriminations entre les êtres humains, est une forme de validation et de légitimation de l'existence de "races humaines". Dans cette note, Béligh Nabli montre pourquoi il convient de supprimer ce terme de notre ordre juridique, au nom de la science, de la rigueur intellectuelle et de l'idéal républicain.

Le dossier ci-dessous montre comment cet effacement légal des distinctions de 'race' interdit d'en mesurer les effets dans les statistiques officielles, contrairement aux droits américain, canadien...

En relation 28.01.14 Vincent Peillon à l'Assemblée Nationale vidéo « l'Éducation Nationale refuse totalement la théorie du genre !... Je la refuse, ce que nous faisons c'est promouvoir les valeurs de la République et l'égalité entre les hommes et les femmes » 

10 janvier Ajout 13 janvier sur le zonage du capitalisme restructuré

'Things ain't what they used to be' (Duke Ellington)

les choses sont-elles ce qu'elles sont ?

Ici, il n'y aura à proprement parler rien à débriefer. Il s'agit de poser le problème spécifiquement français d'une universalité de droits en principe interdisant d'en mesurer l'application réelle. Ce n'est qu'une esquisse dont le but n'est pas de la combattre politiquement d'un point de vue citoyenniste, égalitariste et démocratique, mais de prendre la mesure de la domination raciale dans le rapport au travail et aux conditions de vie (et de mort) des racisé-e-s. Un constat sociologique. Non son utilisation idéologique, et pas davantage un combat contre elle, qui ne surgira pas d'un blog sur Internet.

« Car la France n'a pas connu, comme les États-Unis d'Amérique, une cohabitation d'« ethnies » bien distinctes, ni la liberté de traiter la « question ethnique » sans que cela soulève un tollé. Là-bas, les statistiques ethniques ou la qualification d'origine ne remettent pas en question l'appartenance à la nation*. Ici, de telles pratiques sont anticonstitutionnelles, mais c'est précisément cette « anticonstitutionnalité » qui masque les injustices. Sous prétexte d'assurer une prétendue égalité collective, plusieurs Français sont écartés du jeu de la démocratie. » Alain Mabanckou, Le sanglot de l'homme Noir, Fayard, 2012, p.44

* Note de l'auteur : Au cours de certaines conférences à ce sujet, je m'amuse d'ailleurs à définir USA par « United Statistics of America ».

À titre d'exemples  Gender Race Statistics  / Gender Race Employment Statistics / Gender race Unemployment Statistics / Gender Race Poverty Statistics / Gender Race Life Expectancy Statistics / etc.

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique

De tels courbes et tableaux sont interdits en France de par la loi. Pour les "races" et "ethnies". Pas pour le genre, dénommé "sexe".

Toute personne en âge d'avoir été recensée sait que la question n'est pas posée, ni par les enquêteurs en face à face (en auraient-ils besoin ?), ni dans les formulaires d'enquête, qui comportent le nom, pour les vérifications et recoupements par les services (municipaux, je présume). Pour avoir participé à un tel recensement en 1975, comme "petit boulot" dans une période de chômage, au porte à porte dans un « quartier », j'en sais quelque chose. Nous étions payés à la tête du client, si j'ose dire, à la personne recensée, enfants compris, ce qui poussait à grossir les familles, la vérification étant assurée après coup. Quant au nom, qui peut traduire les origines, si le recensement est anonymisé dans ses résultats globaux, il ne l'est pas pour une demande d'emploi, avant même un éventuel entretien d'embauche. Or c'est un facteur discriminant plus fort que la couleur de peau. Ballade avec Robert Castel

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique un sociologue sérieux sans scrupules théoriques déplacés

« Un même traitement différentiel opère dans le rapport au travail. Ce type de discrimination à l'embauche est proscrit la loi (loi du 16 novembre 2001 qui condamne les discriminations fondées sur - « l'apparence physique » ou le « patronyme » et par le droit du travail - article 1 122-49). [...]  mais pour les jeunes diplômés qui ont passé le barrage scolaire, la discrimination ethno-raciale est également évidente. Une enquête menée à Roubaix auprès de 500 titulaires du bacalauréaat inscrits au RMI établit que 90 d'entre eux portent des noms à consonance arabe. Un "testing" monté par l'Observatoire des discriminations de l'Université de Paris I montre qu'à la suite de l'envoi de curriculum vitae correspondant à 258 offres d'emplois, 75 candidats étaient convoqués pour un entretien s'ils étaient d'origine française et habitaient Paris. En revanche un candidat qui, toutes choses égales par ailleurs, habitait un quartier de banlieue et portait un nom à consonance maghrébine n'était invité que quatorze fois pour un entretien d'embauche. [Patrick Weil, La République et sa diversité, Seuil 2005]». Robert Castel, La discrimination négative, Citoyens ou indigènes ? Seil et République des Idées 2007, p.46-47, la discrimination dans le rapport à l'emploi.

Qui veut mesurer les « discriminations » selon ces catégories est donc amené à biaiser. Robert CASTEL, dans ce même ouvrage, présente toutefois en annexes 4 et 5 les résultats d'autres enquêtes explicites (la première de l'Observatoire de Paris I cité plus haut, l'autre non référencée).

« Annexe 4. Cinq fois moins de chances d'avoir un entretien d'embauche du fait de l'origine ethnique. Ainsi, en réponse à une même offre d'emploi, le « CV de référence » d'un homme, de nom et prénom français [sic], résidant à Paris, blanc de peau et d'apprence standard, a 75% de chances d'entraîner une convocation à un entretien d'embauches, contre 14% pour un CV indiquant des caractéristiques identiques mais mentionnant un nom et un prénom maghrébins. » Robert Castel, id. p.129

« Annexe 5. Nom, couleur, résidence : les mots de la discrimination. On a posé aux jeunes sortis des études en 1998, qu'ils aient ou non un emploi, la question suivante : « Avez-vous dans votre parcours professionnel été victime de discrimination à l'embauche ? Si oui, combien de fois ? ». La question portait spécifiquement sur l'embauche. 40% des garçons originaires du Mghreb répondent qu'ils ont été au moins une fois victimes de discrimination à l'embauche. On retrouve ces taux élevés pour les jeunes originaires d'Afrique noire, à un niveau identique pour les garçons et un peu moins pour les filles. La discrimination sur la base du patronyme vient en tête des motifs avancés par les jeunes issus de l'immigration comme base de la discrimination. La couleur de peau est le second item le plus souvent cité. » Robert Castel, id p.130

Suit un tableau sur le Motif de la discrimination pour les hommes (1998) de seconde génération, où sont comparées à l'ensemble les discriminations selon le nom, la couleur et la résidence selon quatre catégories : Français, Maghreb, Portugal, Afrique sub-saharienne. Le Maghreb décroche la médaille d'or, l'Afrique sub-sah. la médaille d'argent, et suivent à quasi égalité pour le bronze le Portugal et la France. 

D'autres enquêtes portent sur le Déficit de diplômes des minorités visibles (mêmes catégories) / Concentration des catégories défavorisées dans les zones urbaines sensibles (ZUS) : actifs, chômeurs, inactifs, avec comparaison hors ZUS des mêmes unités urbaines, et France métropolitaine. ZUS sans mais sans indication d'origines / Taux de chômage BIT selon sexe, âge, résidence 2005 selon un zonage comparable, sans indication d'origines /.../ Retard scolaire aggravé pour les garçons de banlieue, 2006, mais c'était avant les bienfaits de Fadala Amara, qui fut plus tard "ma ministre", alors que je travaillais comme documentaliste à la DIV (Délégation interministérielle à la Ville), à Saint-Denis. Plusieurs collègues s'étaient étonnés que je reste dans mon bureau le jour où elle a rendu visite au personnel dans les locaux de la Doc', pièce la plus spacieuse. Elle était si "sympa" et si "simple"...

Mon but n'est pas ici de fournir des preuves sociologiques, mais de souligner le problème spécifique à la France, du fait de sa singularité universaliste. Néanmoins, les chiffres qui précèdent sont sans appel, et peuvent être recoupés par d'autres plus récents que les intéressé-e-s chercheront par elleux-mêm/eux/ses, en se basant par exemple sur les critères précédents.

Quand on tape dans Google-Images "Statistiques minorités visibles" on croit être rassuré en trouvant des courbes et tableaux en français. La plupart sont des chiffres du Canada...

On trouve toutefois des choses intéressantes, au-delà de la discrimation des "racisé-e-s"

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique

Source Cereq Revue française de sciences sociales 2008 (plusieurs pages de tableaux)

Insertion professionnelle des jeunes ultramarins : DOM ou métropole ? Cairn-Info 2011

 

De même, et pour revenir à la question croisée du genre et de la race, comme au constat d'Alain Mabanckou en exergue, qu'on espère pas trouver en France autant de statistiques qu'aux USA. Exemple, le tableau ci-dessous, où le genre n'est pas correlé à la "race/ethnie/origine...".

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique

Femmes et travail : agir pour un nouvel âge de l'émancipation, Sénat, un site au service des citoyens, Rapport d'info Délégation aux droits des femmes, janvier 2013

Quand elles existent, les enquêtes s'inscrivent de façon quasi exhaustive dans une perspective citoyenniste et égalitariste, qu'elles viennent de service officiels ou d'une sociologie soucieuse de proposer des solutions, pour éviter que le cadre étatico-démocratique soit remis en cause par d'éventuelles "émeutes de racailles". Il s'agit d'alerter les « Pouvoirs publics ». Ainsi Robert Castel, cité plus haut, peut-il écrire simultanément

« Ce qui disqualifie les minorités ethniques, c'est le double handicap de la race et de la classe, qu'il faut combattre simultanément. » Id. p.105

« Le régime actuel [sic] du capitalisme exaspère ces tensions à travers la mise en œuvre d'une concurrence exacerbée au niveau transnational. Les périphéries deviennent ainsi à la fois plus éloignées et plus proches. Elles vont jusqu'aux lointaines frontières de l'économie-monde [c'est le concept, dans le prolongement de Fernand Braudel, d'Immanuel Wallerstein, un des penseurs du Démocratisme radical], mais elles s'installent aussi au sein des États-nations qui perdent de leur pouvoir de cohésion. La périphérie aspire de cette manière des individus et des groupes qui se trouvaient plus près du centre, et leur citoyenneté se dégrade. » id. Conclusion p.117 Remarque : sur le modèle caduc de Wallerstein/Amin (?) (centre, périphéries...), on sent une perception du zonage globalisé selon Théorie Communiste *

* « L’espace du monde capitaliste restructuré est un zonage qui se déploie de façon « fractale » à toutes les échelles : monde, continents, aires, pays, régions, métropoles, quartiers. A chaque niveau d’échelle, se côtoient et s’articulent : un noyau « surdéveloppé » ; des zones constellées de focalisations capitalistes plus ou moins denses ; des zones de crises et de violence directe s’exerçant contre des « poubelles sociales », des marges, des ghettos, une économie souterraine contrôlée par des mafias diverses.

Dans un tel « nouvel ordre mondial », la question de la distinction entre opération de guerre et opération de police n’a plus un grand intérêt. La restructuration actuelle est une autre organisation de l’espace de la reproduction du capital et une autre organisation de la violence. Les formes d’interventions sont celles de la discipline. Si le principal résultat du procès de production c’est la reproduction du face-à-face entre le prolétariat et le capital, que de ce face-à-face découle ipso facto le premier moment de l’échange entre le capital et le travail (achat-vente de la force de travail) ne va pas de soi. Au « centre » ou à la « périphérie », ces distinctions ont été mises en abimes à tous les niveaux d’échelle, la situation de la force de travail est fondamentalement la même : la force de travail existe face au capital comme force de travail sociale globale. Alors qu’elle est dans les aires développées globalement achetée par le capital et individuellement utilisée, il n’y a pas d’achat global dans les nouvelles périphéries. D’où l’importance partout de la disciplinarisation de la force de travail face à un prolétaire redevenu, en tant que prolétaire, un pauvre. « Ballade en novembre » Meeting n°3, novembre 2005, cité sur dndf Chômage : Émeute de jeunes prolétaires espagnols

Au début de cette conclusion à « la discrimination négative », Robert Castel montre patte blanche (à qui ?)

« Je prends le risque d'avouer mon admiration pour les révolutionnaires qui ont construit le modèle républicain français. Il fallait avoir une idée singulièrement haute de l'individu et du citoyen pour oser le poser au centre de la vie sociale et en faire le dépositaire et le seul responsable de la légitimité politique. » id. p.113 Une idée haute ? Plus dure sera la chute...

Comme quoi l'analyse ne "reflète" la réalité qu'à travers le "filtre" de l'idéologie. C'est bien normal, puisque les deux, réalité et idéologie, sont deux faces d'une même monnaie. Cela dit le propos n'est pas ici de combattre cette idéologie mais de la comprendre sur la base même où elle est faite de réalités qu'elle reproduit.

 

(à suivre ou compléter éventuellement)

17 janvier 2014 La communisation comme abolition du racialisme texte d'étape

Voire aussi Femmes dans les luttes de classes, Domestic Workers, Migrants...

Cette page s'inscrit dans ce Programme de 'travail' (8 janvier 2014)

3) la 'race', une domination pas comme les autres, comme condition (circonstance) au sein des contradictions de classe et de genre. TC pourrait parler d'un élément participant d'une conjoncture, quelque chose de l'ordre de l'évidence.

Je m'intéresserai dans un premier temps à ce féminisme des racisées en France, ou dans les pays où elle est encore très "post-coloniale", dans la mesure où existent soit des relations d'issu-e-s de l'immigration' au pays d'origine (ou proches assimilés), soit des projections identitaires sur la situation des populations soumises à l'exploitation capitaliste extérieure (Moyen-Orient, Afrique...), 'renois' des banlieues françaises et Africains-Américains des ghettos urbains (rap, hip-hop -voire hommage à Amiri Baraka-, émeutes...).

Dans cette enquête je m'efforcerai de mettre en lumière comment un opposition de race dominant-dominé - dans le rapport au travail, à la reproduction, ou au maintien de l'ordre capitaliste (importance actuelle de la police, de la guerre sociale des Etats à leurs populations pauvres, ou à d'autres...) - comment ce qui n'est abstraitement qu'une opposition ou un antagonisme, mais concrètement une domination/ oppression, participe dialectiquement à/de la structure production/reproduction, et parfois conditionne son maintien.

Bref, comment cette domination peut devenir dynamique de lutte et la porter aux limites, facteur d'écart au sens de TC, des cas où le facteur racial, la présence des racisé-e-s/dominé-e-s sont déterminants en tant que lutte de classe.

Elle en constitue la première étape, une esquisse d'enquête, une collecte de situations permettant de poser le problème sur la base des réalités concrètes qui le produisent.

Précision : je ne suis pas sociologue, pas familier du vocabulaire spécialisé. Ma terminologie peut donc manquer de précision. L'idée : être compris sans jargon, sauf les incontournables concepts propres aux théories de la communisation. Le fait de citer des sociologues, ou autres analystes et personnalités politiques, ne vaut pas approbation. M'intéresse d'abord le matériau y compris idéologique, la critique en est implicite et sa théorisation peut venir après. Il va sans dire que nombre de ces analyses relèvent d'un démocratisme radical souvent très soft (élues...).

8 janvier 2014 20:50 Accumulation primitive de 'banalités de base' et premiers commentaires maj 14 janvier

la question sociale et les racismes en France : racisé-e-s, dominé-e-s, oui mais prolétaires

Houria Bouteldja, des Indigènes de la République, sur l'intersectionnalité : la personne qui a transmis cette interview au forum féministe ne s'y est pas trompée : « je crois discerner comme une critique de Delphy en sous-texte ;-) » (merci à Ko)

« Demain, la société tout entière devra assumer pleinement le racisme anti-Blanc. Et ce sera toi, ce seront tes enfants qui subiront ça. Celui qui n'aura rien à se reprocher devra quand même assumer toute son histoire depuis 1830. N'importe quel Blanc, le plus antiraciste des antiracistes, le moins paternaliste des paternalistes, le plus sympa des sympas, devra subir comme les autres [...] Le racisme structurel de la société française provoque un conflit d'intérêt entre les classes populaires indigènes et les classes populaires blanches, les premières se battant pour l'égalité des droits et pour le respect, les autres bien sûr pour préserver leurs acquis ou gagner des droits mais aussi pour maintenir leurs privilèges vis-à-vis des premiers. Ce conflit d'intérêt « blancs/non blancs » empêche les alliances entre les classes populaires et pousse les indigènes à s'organiser de manière autonome.» 

Controntez  réel et aux luttes concrètes, ces « conseils » ne sont que de peu d’utilité même lorsqu’ils sont parfaitement sincères et bienveillants. Il suffit de voir l’engagement des femmes noires aux Etats-Unis et des femmes maghrébines en France contre les brutalités policières et contre l’inhumanité du système carcéral pour voir que des priorités sont spontanément faites par les principales concernées et que souvent elles se bornent à articuler la race...avec la race. Bien entendu, ce que je dis est un peu caricaturale car en creux, les femmes lorsqu’elles agissent contre les crimes policiers par exemple, agissent en même temps pour leurs intérêts propres de femmes et de prolétaires. Il n’est pas nécessaire pour les femmes indigènes en France d’agir en tant que féministes déclarées ou en tant qu’anticapitalistes déclarées. Elles agissent pour leur intérêt immédiat qui est toujours une imbrication en creux de leur intérêt en tant que prolétaires, de femmes et d’indigènes. Ainsi, on ne peut pas leur reprocher de négliger un combat strictement féministe qui serait un combat contre le sexisme, pour l’égalité hommes-femmes, pour l’avortement, contre les violences conjugales, quand elles sont prises à la gorge par les urgences sociales, de précarité, de chômage, de violences policières, d’éducation de leurs enfants, ou confrontées aux discriminations que subissent leurs enfants, de racisme au quotidien.

Pendant le colonialisme, l’un des axes stratégiques de la politique coloniale fut justement de libérer les femmes jugées opprimées alors même que les femmes en France n’avaient pas le droit de vote. Fanon en a largement parlé dans l’an V de la révolution algérienne. Le dévoilement public des femmes a été l’une des armes privilégiées pour détruire le patriarcat des indigènes. Ainsi, ce n’est pas les femmes indigènes qui ont affaiblit le patriarcat indigènes mais les blancs, et cela fait toute la différence. Car en Europe, ce sont bien les mouvements féministes blancs qui ont attaqué leur patriarcat, pas des puissances étrangères. Cela mérite d’être souligné pour comprendre le malaise de nombre de femmes confrontées à la notion de féminisme. Cette politique est toujours en vigueur. La France post-coloniale poursuit son rêve de s’approprier le corps des femmes indigènes et de déposséder l’homme indigène, c’est-à-dire de le faire abdiquer de son seul pouvoir réel. L’homme indigène n’a aucun pouvoir : ni politique, ni économique, ni symbolique. Il ne lui reste que celui qu’il exerce sur sa famille (femmes et enfants). Dans le cadre de la bataille entre les deux patriarcats, celui blanc et dominant, celui indigène est affaiblit, les femmes ont le choix entre jouer un rôle passif et se soumettre à l’un ou à l’autre ou au contraire jouer un rôle actif et mettre en place des stratégies pour desserrer l’étau sur elles et se frayer des chemins pour la liberté. Il faut bien comprendre que la marge de manœuvre est très faible.

C’est pourquoi, le deuxième conseil, qui consiste à préconiser l’entre soi des femmes est également inopérant car il suppose la volonté de créer un rapport de force des femmes contre les hommes de la communauté. La non mixité politique est efficace en milieux blanc, mais pas en milieux indigène. C’est mon avis mais bien sûr il est à débattre.

Je parle donc bien ici de la non mixité politique qui se fait en toute conscience et qui a pour objectif d’exclure les hommes pour construire un pouvoir féminin. Je n’ai rien contre cette démarche dans l’absolu car je suis convaincue qu’elle est efficace dans certains contextes mais pas dans le notre. Pourquoi ? Parce que le colonialisme et le racisme, ont justement séparé les hommes et les femmes indigènes lorsqu’ils ont accusé l’homme of color d’être l’ennemi principal de la femme of color. Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous sommes déjà séparés, déjà divisés, déjà construits comme ennemis les uns des autres et que le colonialisme a fait pénétrer dans le cœur des femmes la haine de l’homme indigène. J’ai grandi en France avec l’idée que les hommes blancs étaient supérieurs aux hommes of color, dignes de confiance, respectueux des femmes, civilisés etc. Je vous renvoie vers un article que j’ai écrit à ce sujet [2] . Puisque nous sommes déjà séparés, que peut signifier ce conseil de la non mixité ? Je réponds d’un point de vue décolonial et dans l’intérêt des femmes : « d’abord, il faut nous aimer », d’abord, il faut nous retrouver, nous réhabiliter. En un mot, il faut rétablir la confiance entre nous. C’est pourquoi, le premier axe de lutte d’un féminisme décolonial qui « articule » est de dire : solidarité avec les hommes dominés et refuser le principe de l’homme of color, comme principal ennemi.

L’exemple du voile est extrêmement significatif de ce point de vue et j’aimerais ici vous en proposer une lecture matérialiste : Le foulard a bien entendu une signification religieuse. Je me refuse de commenter cet aspect car je ne veux pas toucher au caractère sacré et intime des choses. Il est important de respecter les femmes qui le portent et de ne pas en faire un objet de pure curiosité. En revanche, je pense qu’il a aussi une signification sociale : Le voile islamique émerge en France après la défaite de l’antiracisme officiel, abstrait et moral dans un contexte de relégation sociale et raciale et dans un contexte ou l’idéologie dominante propose aux femmes de l’immigration de se libérer de leur famille, de leur père, frère, religion, tradition...J’analyse l’apparition du voile dans ce contexte comme une contestation absolue du patriarcat blanc et raciste. Je l’analyse comme une contre offensive redoutable du corps social indigène. Par le voile, les femmes disent aux hommes blancs, notre corps n’ai pas à votre disposition. Il n’est pas consommable par vous. Nous refusons votre invitation à la libération impérialiste. Mais il est également un compromis entre le patriarcat of color et les femmes of color. Les femmes - dont le corps est un champ de bataille - savent que les attaques du patriarcat blanc renforcent le patriarcat of color et que celui-ci réagit de manière agressive quand les femmes se soumettent au patriarcat blanc et raciste. C’est pourquoi, le voile est aussi une négociation. Le voile rassure les hommes of color. Il leur dit : nous vous respectons, nous vous aimons. Il dit ce que je formule de manière politique : « solidarité avec les hommes dominés ». Mais il a aussi un effet féministe - et c’est ce que les blancs ne comprennent pas. En rassurant les hommes, les femmes desserrent l’étau sur elles, et conquièrent des espaces de liberté. A ce stade, j’aimerais clarifier un point : la solidarité des femmes vers les hommes est à sens unique. Il n’y a pas de réciprocité.

Ainsi, je ne préconise pas l’intersectionalité militante au sens où il faudrait livrer bataille simultanément à 3 ou 4 ennemis principaux du fait de l’irréductibilité des différentes oppressions et de leur simultanéité. Je préconise le droit de définir son propre agenda, ses priorités. Peut-être ces priorités vont-elles se décider sans les hommes, peut-être avec, peut-être en rupture, peut-être sous forme de négociation. Ce qui compte, ce ne sont pas les mots « féminisme », « anti-sexisme », « domination masculine », « patriarcat ». Ce qui compte, c’est le résultat. Les moyens que se donnent les femmes indigènes coincées entre les deux patriarcats.

Comme on le sent « en sous-texte », c'est le concept de patriarcat qui, sous son nom même, est miné de l'intérieur dans ses rapports aux classes et à la race. Du moins perd-il de sa pertinence delphyenne (selon Christine Delphy) comme contradiction unique entre « classes » d'hommes et de femmes (ceux qui n'en sont pas s'en tapent, quitte à en être frappés). La porte s'ouvre sur le plan théorique, à partir des luttes dans leurs réalités, d'une articulation avec la contradiction entre classes et la domination raciale comme 'opposition' ou 'antagonisme' au sens dialectique. Et l'on commence à saisir comment celle-ci informe la structure du capitalisme comme tout.

Il est à remarquer que Houria Bouteldja semble refuser d'en faire un enjeu d'abord militant. En ceci, sa posture évoque a priori celle des théoricien-ne-s de la communisation, qui ne font pas de la "propagande", persuadé.e.s que ce ne sont pas les idées, mais les pratiques sociales, les luttes, qui font avancer le schmilblick dans le cours quotidien des luttes et du capitalisme tel qu'il est dans le moment présent. C'est néanmoins dans le cadre démocratique qu'elle pose le problème, et sa résolution. Et certes, nous ne parlerions pas comme à regret d'un «empêchement des alliances entre classes populaires ». À travers les segmentations, les luttes feront avec. Voir 13 janvier, à propos d'un reproche dans la discussion sur dndf une "caution intellectuelle" à Houria Bouteldja ?

 le racisme de classe en France : structurel, institutionnel et idéologique

Elsa Dorlin ? voir ce qu'on trouve

la démocratie, la question religieuse, et l'ethnocentrisme blanc occidental : race, religions, idéologies

L'idéologie républicaine, démocratique et laïciste, n'est pas moins un opium que toute religion, dans la mesure où

« La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclut. Elle est l’opium du peuple.» Marx. Critique de la philosophie du droit de Hegel. 1843

et où

« L'abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce à une situation illusoire, c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions

La démocratie et la citoyenneté, la 'société civile', la loi... sont de telles illusions. C'est encore l'opium des partisans de la démocratie politique, qu'elle soit représentative ou "à la base". Illusions dans le sens qu'elles ne peuvent changer le cours de l'économie, ni dépasser le capitalisme, ni même faire disparaître les assignations du genre et de la race.

Esther Benbassa De l'impossibilité de devenir français recensions/interviews ou comment arrêter le feu du racisme sans mettre en péril la 'République Démocratique Française'

Nacira Guénif-Souilamas « Féminisme et islam : ne pas confondre religion et patriarcat »

L'émancipation veut dire étymologiquement, transférer d’un statut de bien meuble – ce qu’étaient les esclaves – à un statut de propriétaire de soi. Est-ce qu’être propriétaire de soi, donc souverain-e dans ses actes et ses décisions, signifie ne s’en remettre à rien d’autre que soi (autonomie) pour décider et vivre ? 
Si l’on pose la question en ces termes, on constate qu’en effet, la « religion », comme d’autres attachements, peut faire partie des moteurs émancipateurs (pensez aux esclaves aux États-Unis et au Brésil) comme elle peut être une entrave à ce processus, qui n’est, au demeurant, jamais achevé. 
Pourquoi faudrait-il demander aux musulmanes plus qu’à d’autres humains qui aspirent à s’émanciper des oppressions subies de le faire en se détachant de leur religion, parce qu’elle serait le seul moteur de leur oppression ? 

Ainsi, on se trouve face à un paradoxe, où les prétendus défenseurs des femmes, accroissent leur oppression en dénonçant leur religion, l’islam – qu’elles bricolent elles-mêmes et qui, à certaines conditions, peut faire contrepoids au patriarcat –, au lieu de comprendre que leur problème est le système patriarcal et que l’islam peut constituer une des solutions possibles à leur problème et que c’est à elles d’en décider. 
Que l’on pense qu’une femme qui va tête nue présente tous les signes d’une « émancipation réussie » est non seulement une question de point de vue, mais peut être considéré aussi comme totalement erroné, en disant plus sur la panique ressentie devant cet accoutrement dans lequel rien ne va de soi que sur l’état d’esprit de celles qui le portent. 
Cela point aussi vers le fait que les dénonciateurs-trices sont aveuglés par l’ethnocentrisme qui consiste à affirmer la supériorité d’une cosmologie sur toutes les autres. Ce que l’on a appelé l’impérialisme ou le suprématisme blanc, qui a légitimé l’essentiel des entreprises coloniales de l’histoire de l’humanité. 

« Les Féministes et le Garçon arabe » (Éd. de l’Aube, 2004)

Le féminisme par lequel on encense aujourd’hui l’émancipation des femmes « occidentales » tout en stigmatisant la « culture musulmane » ou « des banlieues » entretient finalement un racisme que les auteurs qualifient de « vertueux ». C’est l’intérêt et le courage de ce livre de s’attaquer à ce discours faussement progressiste. Le livre de Nacira Guenif-Souilamas et Eric Macé incite par ailleurs à poursuivre la réflexion sur les liens entre questions de race et questions de genre, à partir des études « queer » ou des études féministes « post-coloniales »