2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

 

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2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 

l'image en marge ne signifie pas que le prolétariat, les femmes et autres 'racisés' pourraient trouver dans le moment présent leur unité, mais qu'ils la recherchent néanmoins, sans quoi l'abolition du capital ne serait qu'un rêve 

en relation dans le miroir : le communisme comme combat : réflexions et luttes pour la révolution (au-delà de l'anti-capitalisme)

« Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s'y substituent avant que les conditions d'existence matérielles de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société. C'est pourquoi l'humanité ne se pose jamais que des problèmes qu'elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours, que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir.» Karl Marx Critique de l'économie politique 1859

2 avril 2015

l'État, la citoyenneté, et le prolétariat indigène

Le discours des « valeurs de la république » : Un nouveau masque de l’idéologie dominante Saïd Bouamama 2 avril

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

Extraits

« Crise du civisme » disent certains « chroniqueurs », carence de transmission des « valeurs de la république » répondent en écho des ministres, nécessité urgente d’une reprise en main « citoyenne » de la jeunesse concluent-ils en chœur. La France serait-elle devenue une « démocratie de l’abstention » ?

Avec un taux d’abstention s’élevant à 50, 02 % au niveau national lors du second tour des départementales (il était déjà de 49, 83 % lors du premier tour), la France est devenue une « démocratie de l’abstention ».

Le profil des abstentionnistes est tout autant significatif : 73 % pour les 18-24 ans et 59% chez les 25-34 ans, 58 % pour les employés, 53 % pour les ouvriers

Revenir à une approche matérialiste

« Une étude de France Stratégie (le Commissariat général à la stratégie et à la prospective) publiée hier dresse un bilan bien sombre de la politique d’intégration en France. Intitulée Jeunes issus de l’immigration : quels obstacles à leur insertion économique ?, cette étude livre des résultats qui, s’ils ne sont pas surprenants, sont néanmoins inquiétants. Dans tous les domaines – éducation, logement, emploi, citoyenneté, santé… – les jeunes issus de familles immigrées, et singulièrement africaines et maghrébines, sont moins, voire beaucoup moins bien placés que des jeunes « sans ascendance migratoire directe ».

De nombreux manifestants sont, à l’évidence, beaucoup plus matérialistes que nos « chroniqueurs » et ministres en criant le slogan : « qui sème la misère, récolte la colère ».

Explosion, implosion et séparation sociale et politique

Les « valeurs de la république », la « laïcité », « l’instruction civique et morale », etc., sont autant de tentatives visant à retrouver un consentement minimum des dominés.

Du « Je suis Charlie » aux « valeurs de la République »

« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. Le fait est que la civilisation dite « européenne », la civilisation « occidentale », telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la « raison » comme à la barre de la « conscience », cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper. » Aimé Césaire Discours sur le colonialisme 1950

L’enjeu est de taille compte-tenu d’une méfiance réelle déjà existante entre les classes populaires et l’institution scolaire (liée à la sélection, aux inégalités scolaires, aux orientations perçues comme discriminantes, etc.) qui s’est encore renforcée ces dernières années avec les multiples « affaires du foulard »

en relation 'la question indigène' et la 'communisation'

24 mars

bienvenu dans le monde de la bombe H+ ou l'abolition de l'être humain par le capital 15:28

ici et sans parler de ce que fait le capital de la «nature», prend tout son sens mon titre général : le CAPITAL contre le vivant, la REVOLUTION pour la VIE

« Nous avons le potentiel pour prendre le contrôle de notre destinée génétique, et cela pose un péril gigantesque pour l'humanité » George Daley

H+ : le terme transhumanisme est symbolisé par H+ (anciennement >H )

La création de bébés génétiquement modifiés inquiète des chercheurs 20minutes 24 mars autres articles

La biologie synthétique, entre fantasmes et révolutions (1/4) Raphaël Laurenceau, chercheur en microbiologie, Mediapart 24 mars

La femme au cœur des débats SudOuest 24 mars 2015

L'auteur participe depuis plusieurs années au mouvement de critique des technologies. Peut-être est-il de la dernière génération d'enfants nés et, non pas produits ! Quelques sujets traités : le marché de la procréation artificielle, les expérimentations sur l'animal qui sont aujourd'hui pratiquées sur l'humain, les polluants rejetés sur terre, eau, air, qui altèrent la fertilité de l'homme et de la femme (la solution : le marché de l'insémination artificielle…), l'industrie du bébé (avec la crise le nombre d'hommes et de femmes vendant leurs gamètes explose).

« La procréation médicalement assistée (PMA) n'a rien à voir avec l'égalité des droits ; elle doit être combattue en tant que telle ; nous n'avons rien à gagner, et tout à perdre à la reproduction artificielle de l'humain ; eugénisme, marchandisation du vivant, manipulation génétique des embryons, transhumanisme : la PMA ni pour les homos, ni pour les hétéros » dit l'association Emaztek diote.

pour le contexte idéologique
Transhumanisme et posthumanisme PodcastScience 15 février 2012

L’idée directrice du transhumanisme est que nous approchons d’un tournant où la science et la technique vont rendre possible la création d’un homme pas – ou moins – soumis au vieillissement, et qui aura des capacités intellectuelles et physiques supérieures. Un post-humain ! En découle une volonté de changer l’homme. Pour les transhumanistes, cet objectif sera rendu possible par les progrès de la technique et aboutira au changement de la nature humaine. Derrière le post humanisme se cache une grande confiance en la science et une croyance en l'existence d’un progrès. Et si le terme n’était pas connoté négativement je dirais que le post humanisme est une forme de scientisme. Au passage vous vous demandez sûrement s’il faut faire une distinction entre “trans” et “post” humanisme.

Il me semble que dans le monde anglo-saxon le terme transhumanisme est beaucoup plus utilisé. Il me semble aussi qu’il n’y a pas de définition universellement admise faisant une distinction claire entre ces deux concepts. Mais le terme transhumanisme insiste naturellement plus sur la transition c’est à dire l’amélioration de l’homme actuel. Tandis que  le terme post humanisme peut faire référence à un posthumain ayant éventuellement quitté son statut d’humain.

critique du post-humanisme : communisation et néo-fascisme à fronts renversés

la critique du post-humaniste est faite tant par le "communisateur" christique Francis Cousin que par ses amis de l'extrême droite bourgeoise catholique (Lucien Cerise, voir Transhumanisme : L’idéologie dominante 20 septembre 2014). Mais elle se fait à fronts renversés : voir la critique de droite catholique du livre de Cousin, "L'Être contre l'Avoir", par Alain Santacreu dans Virer Debord et Marx par-dessus bord (texte au demeurant pertinent quand il pointe l'optimisme de Cousin relativement au prolétariat européen révolutionnaire*), et la réponse de Cousin, Virer par-dessus bord tout ce qui n’est pas le mouvement réel de l’histoire pour enfin saisir l’histoire réelle de ce mouvement

* « Je ne peux  suivre l’auteur dans son analyse de la stratégie immigrationniste du système marchand qui viserait à “substituer au prolétariat offensif de la vieille histoire européenne, la diversité docile des multiples différences prosternées devant la loi du pécule.”. Certes, l’auteur souligne fort justement que les populations immigrées, étant issues de “temporalités non-critiques, de par l’essence même de leurs histoires immobiles” sont ainsi davantage passives et manipulables par le Capital. Cependant, je crains qu’il ne s’illusionne sur la capacité offensive d’un prolétariat dont l’élite révolutionnaire a déjà été purgée depuis longtemps, notamment en France, par la première guerre mondiale – ce qui permit la prise de pouvoir, en 1920, des syndicalistes moscoutaires au Congrès de Tours – et en Europe, particulièrement en Espagne, par la Deuxième guerre mondiale – dont la guerre civile espagnole de 36-39 fut le véritable déclenchement.

Je ne partage donc pas la crédulité révolutionnaire de Francis Cousin quand il prophétise que le “temps des grandes fractures qui approchent et qui verront sûrement les assemblées ouvrières de la contestation intransigeante – pour s’opposer aux délocalisations ininterrompues et à la dévoration financière de tous les espaces sociaux de la circulation – envisager de s’insurger contre la misère marchande." Selon moi, dans l’univers concentrationnaire contemporain, il n’y a plus d’évasion horizontale possible, les prisons multiformes ont pris la mesure de tout. Nul ne peut s’évader désormais que par le haut, le Hors-Mesure Je n'ai pas saisi ni trop cherché ce que cet ultra-catho bourgeois entend par "Hors-mesure"

au passage nos amis de la communisation apprécieront du Cousin communisateur le conseil... ouvrier : « Assurément, il faut lire et relire Anton Pannekoek, Paul Mattick et Otto Rühle en se rappelant toujours que le communisme n’est rien d’autre que le plan de vie de l’espèce humaine émancipée de toutes les matérialités échangistes et policières de l’inféodation aux règles des hiérarchies du calcul

dépassement de l'humanisme philosophique et de la religion de l'Homme

si j'ai pu moi-même utilisé le terme de post-humanisme, c'est dans un sens différent, celui d'une conception du monde dépassant l'humanisme philosophique, et en ce sens elle rejoint la lecture de la Gemeinwesen de Marx par Cousin parlant de Communauté de l'Être. Tout cela nous rapproche de Jacques Camatte et nous éloigne de Temps Critiques dont l'humanisme philosophique produit la sa théorie de « la révolution à titre humain »

nous avons ce sens anti-humaniste dans un entretien avec le philosophe japonais Idetaka Ishida, à propos de religion et d'athéisme :

« Alors, est-ce que l'athéisme doit avoir pour unité ou pour fondement une figure de l'homme ? Ce n'est pas sûr. Donc, si l'on milite en faveur de l'athéisme, il faut chercher d'autres formulations de l'athéisme. Il faudrait aussi se passer de catégories humaines, arriver à un anti-humanisme athée. » journal extime 25 janvier

en relation, quelque-part plus bas, ce qui concerne le fantasme (?) de grand remplacement des humains par des robots anthropoïdes, qui pose pour un marxiste la question de leur impossibilité de travailler au-delà de ce qu'il faut pour les reproduire, donc de créer de la plus-value... une machine reste une machine, c'est toujours du travail mort, mais autre chose est de robotiser l'être humain lui-même

23 mars 2015

élections : la phrase, la farce, et la trappe

avant de remporter les élections en Israël, Netanyahu avait tweeté : « Le bloc de droite est en danger, les électeurs arabes se rendent massivement aux urnes »

aujourd'hui, il excuse : « Le Premier ministre israélien sortant Benjamin Netanyahu a présenté lundi ses excuses pour avoir dénoncé le danger de la mobilisation massive des Arabes israéliens aux élections législatives du 17 mars, qu'il a remportéessource AFP 23 mars

participation électorale : le malheur des uns fait le bonheur des autres, mais ça change quoi ?

vive la prolophobie racialisée !

c'est partout pareil, comme on l'a vu "chez nous". Les partis politiques veulent que les électeurs se déplacent à condition de voter pour eux. L'intéressant, c'est quand ils s'intéressent au vote «communautariste» tout en condamnant son existence, que leur politique fabrique. Ils craignent de fait que ce soit un vote de classe. Mais «chez nous », le vote de classe prolétarienne tend à devenir vote FN

les idées de souche française n'ont pas de frontières de classe

casse-tête pour tous : quel vote de classe pour les prolos indigènes ? Leur réponse : vive la prolophobie racialisée !  Ma réponse : voir la composition sociale et raciale de l'abstention, et comme on a interdit en France les indigestes statististiques indigènes... Voilà au moins un point sur lequel s'accordent l'État du capital et ceux qui veulent le détruite en considérant que le prolétariat n'a pas de couleur...

qui s'abstient et qui vote FN ?

l’institut de sondage Ipsos note que le profil sociologique des abstentionnistes «reste classique»: l'abstention concerne d’abord les jeunes (64% chez les moins de 35 ans), les ouvriers (64%), les bas revenus (55%) et les moins diplômés (53%) En ce qui concerne le premier tour des départementales,  Selon Ipsos, «le FN capte 42% du vote des ouvriers, 34% du vote des employés et près de 30% des électeurs peu diplômés ou plus modestes». On peut donc noter que le profil des abstentionnistes est proche de celui des électeurs du Front national. Ipsos note également que le parti frontiste commence à réaliser des scores non négligeables chez les cadres (15%) et les professions intermédiaires (16%), professions normalement plus enclines à voter pour les partis de gouvernement.

un parti dans la force de l'âge

En termes d'âge, le FN dépasse son score national chez trois des quatre catégories de la population: les moins de 35 ans, les 35-44 ans et les 44-59 ans. Il ne tombe au-dessous de sa moyenne nationale que chez les plus de 60 ans (18%). Une catégorie de la population où la droite classique est en revanche très nettement majoritaire (45%) alors que le total des voix de gauche y chute à 33%.

En termes de niveau de diplôme, le FN est au coude-à-coude avec la gauche chez les titulaires du baccalauréat ou d'un diplôme inférieur, avec un score oscillant autour de 30%.

ces éléments sociologiques qualitatifs sont aussi importants et sans doute plus significatifs de l'implantation nationale du Front dans sa progression, on ne peut pas dire, pour autant que l'intelligence tiendrait aux diplômes ou au niveau social, que les électeurs du FN soient plus bêtes que les autres. Vu le niveau des discours antiracistes et anti-FN, on comprend mieux qu'ils tombent à plat

17 mars 2015

les pendules mises à l'heure du monde en mars

ET LA LUTTE DE CLASSE DERRIERE LES PARAVENTS IDEOLOGIQUES ? Dans le monde une classe en lutte, Échanges et Mouvements 17 mars

GRANDE DISTRIBUTION, GRANDE EXPLOITATION, LE MENSONGE ORGANISÉ / LES CRIMES DU CAPITAL  / LES MULTIPLES VISAGES DE L’EXPLOITATION / LES TRANSPORTS, LA CRISE ET LES LUTTES / LES VISAGES MULTIPLES DE LA RÉPRESSION / OCCUPATIONS ET ÉMEUTES  / VASES COMMUNICANTS / Activités syndicales

précision : comme il le dit lui-même, Yves Coleman n'est que le webmestre de mondialisme.org, site qui sert de caution à sa dérive obsessionnelle judéocentrée, aveugle précisément aux données mensuelles d'Échanges et Mouvements sur le capitalisme et les luttes de classe dans le monde

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difficulté sud-américaine pour l'impérialisme américain

Défaite d’Obama : la totalité des gouvernements sud-américains lui demande de retirer son décret qui prévoit une invasion militaire Étasunienne au Venezuela

>j'avoue n'avoir pas bien suivi cet épisode qui agite surtout, en France, les nationaux-populistes, la gauche gauche et les gauchistes, comme les complotistes en mal de blabla virtuel. Il n'empêche que c'est une ligne de confrontation pour l'Occident capitaliste en crise de suprématie. Sans illusion sur les voies étatiques de libération de l'Amérique du Sud, je ne boude pas mon plaisr quand les Yankees se prennent une claque

« Cinglante défaite pour Barack Obama et nouveau pas dans l’unité et la souveraineté latino-américaines : tous les Etats membres de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur), à savoir l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l’Équateur, le Guyana, le Paraguay, le Pérou, le Surinam, l’Uruguay et le Venezuela se sont réunis en session extraordinaire à Quito ce samedi 14 mars 2015 pour manifester leur rejet unanime du décret pris par Washington contre le Vénézuéla le 9 mars 2015 parce qu’”il constitue une menace d’ingérence et de violation de la souveraineté et du principe de non-intervention dans les affaires intérieures d’autres États”.»

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

6 mars

tout ce que vous avez voulu savoir sur la Grèce sans jamais oser le demander

Grèce : Est-il possible de gagner la guerre après avoir perdu toutes les batailles ? dndf 6 mars

Préhistoire d’un succès / Banalités de base / Instructions aux sociaux-démocrates contemporains / Les mots captifs 1. La restructuration de la dette 2. L’assouplissement qualitatif (Quantitative Easing ou QE)

Le Point d’Explosion des Illusions

Au niveau des négociations avec l’UE, Syriza, conscient d’avoir besoin que le robinet d’argent de l’UE continue de couler, a bien fait comprendre qu’il souhaitait rester dans la zone euro et précisé qu’il ne prendrait aucune résolution unilatérale, tout ceci en renégociant les conditions du plan de sauvetage. En même temps, Syriza s’est engagé, auprès de ses électeurs et de la gauche, sur des dépenses publiques de type semi-keynésien (minimes mais néanmoins ambitieuses), un soutien aux petits revenus et un programme de création d’emplois, le tout sans taxer les riches ni redistribuer les richesses.

Il est clairement impossible que ces scénarios se réalisent tous les deux. Pour qu’une négociation puisse aboutir, chacune des deux parties doit avoir des atouts en main. Syriza n’en a aucun. Mais il a en revanche la certitude que personne en Europe ne veut d’une situation chaotique, pas plus que d’une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro ou de l’incertitude qui résulterait de changements aussi drastiques. La situation commence à se clarifier lorsqu’on prend en compte le fait que, à y regarder de plus près, aucune des mesures de la politique intérieure de Syriza (que certains tendent à présenter comme radicales, mais qui, en réalité, ressemblent de manière alarmante aux accords du premier mémorandum de 2010) n’est de nature à inciter l’EU à faire la même analyse  du gouvernement Syriza que, par exemple, celle qu’en fait la revue Jacobin.

A en juger par la stratégie de crise adoptée jusqu’ici par l’Europe (brasser du vent en attendant que ça se passe) et loin de l’attitude enthousiaste considérant la victoire de Syriza comme un moment décisif de l’opposition à l’austérité européenne, on peut  parier que les moins à venir vont probablement être marqués par le  jeu du chat et de la souris  : Syriza va demander un délai supplémentaire pour adapter  son programme au  chaos économique qu’il a hérité du gouvernement précédent; il  va ensuite demander un délai supplémentaire pour permettre au QE d’atteindre la Grèce; puis il va demander un délai supplémentaire en attendant que son (unique) allié en Europe (le parti espagnol Podemos) gagne les élections en décembre 2015 (s’il les gagne). Dans l’intervalle, il peut mettre en œuvre quelques mesures spectaculaires qui seront dénuées de tout contenu effectif (comme, par exemple,  l’augmentation du salaire minimum), histoire de donner l’impression qu’il est effectivement en train de changer les choses. Et puis, si l’UE a décidé de jouer le jeu (ce qu’elle semble jusqu’à présent assumer), elle peut traiter Syriza avec les mêmes égards que ceux qu’elle avait auparavant pour Nouvelle Démocratie et créer une ambiance de reprise économique assortie de budgets excédentaires et de sorties du marché fictifs. En attendant, il semble qu’une certaine forme d’austérité va se poursuivre, mais en suivant des voies que seul un gouvernement de gauche peut se permettre d’emprunter.

21 février 2015

« le monde est entré dans une nouvelle ère, celle de la contre-insurrection planétaire » Achille Mbembe

poursuivre le tissage de la compréhension du moment présent du capitalisme et de la théorie révolutionnaire, tel est l'enjeu du détour opéré avec les apports théoriques de Stuart Hall, sa lecture de Gramsci... D'un même mouvement, nous avons avancé dans l'articulation de la "race" et de l"ethnicité" avec la lutte de classes, et dans la caractérisation de la période actuelle en intégrant dans l'analyse du capital des éléments de la critique post-coloniale enracinée dans le marxisme. Ce tissage est susceptible de tourner la page des apories des théories de la communisation et de leur théoricisme portant à les couper de tout enjeu actuel concret, et de leur donner plus de vigueur face aux critiques qui les tiennent pour vieilleries prolétariennes

pour le dire autrement, si nous pouvons au présent parler de communisation, c'est à condition d'en faire un combat communiste ne donnant pas le sentiment de tirer pour plus tard des plans sur la comète

le corollaire sinon l'objectif théorico-politique, c'est de proposer ces éléments à la réflexion de part et d'autre d'une ligne paraissant jusqu'ici infranchissable : la critique marxiste et particulièrement celle de la communisation, la critique post-coloniale en tant que lutte décononiale et anti-impérialiste (la critique 'Indigène' pour le dire simplement)

d'une façon plus concrète, et encore plus actuelle malheureusement, l'extrême gravité de la situation mondiale et précisément française depuis le début de cette année donne un caractère d'urgence à ces questions, dans la mesure où la conscience s'aiguise ici ou là que c'est aussi d'un déficit de théorie que manque le mouvement communiste. Si nous ne savons pas comprendre quelles sont les dynamiques qui caractérisent le mouvement du capitalisme dans sa crise et les formes actuelles de la lutte des classes, nous continueront à théoriser dans le désert et à laisser le champ libre aux normes révolutionnaires et à leur stérilité impuissante face aux diverses idéologies de compréhension du moment actuel. Autant le début des années 2000 et la période du démocratisme et de l'activisme dominants pouvaient autoriser de ne rien dire sauf à causer en vain, autant ce luxe du retrait théorique n'est plus permis

à cet égard, je propose ci-dessous à la réflexion un extrait de la Préface d'Achille Mbembe* à l'édition en 2011 des œœuvres de Frantz Fanon. Précaution désormais d'usage, c'est le Mbembe historien et théoricien qui m'intéresse ici, pas nécessairement son point de vue politique

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

* Mbembe déjà croisé ici 'critique de la raison nègre', le capitalisme animiste

les premières page pour ne pas briser la logique de cette préface, le point important ici étant le 4ème

concernant la période actuelle, Mbembe écrit : « sorti de la décolonisation et de la guerre froide, le monde est entré dans une nouvelle ère, celle de la contre-insurrection. Le champ de cette contre-insurrection est planétaire. Son objectif n'est peut-être pas de restituer purement et simplement les vieux liens coloniaux. Mais elle puise dans les vieilles techniques des guerres coloniales une part de ses procédés [...] justifiées par le vieux «devoir de civilisation»... techniques d'occupation militaire et d'États nominalement indépendants... distribution de la violence... emprisonnement légal et torture [...] avec le retour des logiques d'extraction dans la sphère économique et des logiques de racialisation dans le champ social. » (p.19) 

c'est, brossé à grands traits, des éléments contextuels du fond sur lequel nous pouvons saisir les événements accélérés par les tensions guerrières alimentées par l'OTAN aussi bien en Afrique, «contre l'Islam», en Europe avec l'encerclement de la Russie basé sur la guerre en Ukraine, et en Asie avec le bras de fer États-Unis - Chine pour le contrôle économique et strétégique d'une zone transpacifique ou asiatique (partenariat transpacifique PTP traité de libre-échange d'initiative américaine / partenariat économique régional intégral RCEP, traité de libre échange d'initiative chinoise) 

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

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17 février

le moment présent du capitalisme : transnationalisme, États et capitaux, crise, démocratie vs fascisme... 13:21

avec William I. Robinson

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 2014 Extraits Google

This exciting new study provides an original and provocative exposé of the crisis of global capitalism in its multiple dimensions - economic, political, social, ecological, military, and cultural. Building on his earlier works on globalization, William I. Robinson discusses the nature of the new global capitalism, the rise of a globalized production and financial system, a transnational capitalist class, and a transnational state and warns of the rise of a global police state to contain the explosive contradictions of a global capitalist system that is crisis-ridden and out of control. Robinson concludes with an exploration of how diverse social and political forces are responding to the crisis and alternative scenarios for the future.

Le capitalisme mondial et le fascisme du 21e siècle William I. Robinson mai 2011

L’accumulation militarisée, la spéculation financière et la mise à sac des budgets publics / Les réponses à la crise et la république de Weimar d’Obama aux États-Unis / Le fascisme du XXIe siècle aux États-Unis / Le circuit mortel accumulation-exploitation-exclusion

Le fascisme du XXIe siècle aux États-Unis
1. La fusion du capital transnational avec le pouvoir politique réactionnaire
2. La militarisation et la masculinisation extrêmes
3. Un bouc émissaire pour servir à déplacer et à rediriger les tensions et les contradictions sociales :
les immigrés et les musulmans en particulier
4. Une base sociale de masse
5. Une idéologie fanatique du millénaire comprenant une suprématie de la culture/race qui embrasse un passé idéalisé et mythique, et une mobilisation raciste contre des boucs émissaires

là encore, il me semble que la question n'est pas tant d'un fascisme avec prise du pouvoir d'Etat par un parti d'extrême-droite (aux USA faucons républicains et Tea-Party), solution d'ultime recours politique dans le cas où les partis 'démocratiques' ne feraient pas eux-mêmes l'affaire. En France on voit glisser la concurrence politique pour la gestion gouvernementale du «populisme autoritaire». Pour simplifier, les prochaines échéances électorales se joueront sur le terrain idéologique des thèmes du FN, avec plus ou moins de surenchère et de subtilités dans l'usage ethniciste et raciste du «danger musulman»

Crise structurelle et rébellion populaire transnationale William I. Robinson décembre 2011

je retiens le tableau général sans partager l'optimisme de l'auteur quant aux rebellions populaires. Ce textes est écrit dans la période des "Révolutions arabes" et d'Occupy...

La mondialisation et la crise structurelle actuelle / La conjoncture actuelle

il n'y aura pas de sortie rapide du chaos mondial qui grandit. Une période de grands conflits et de troubles profonds nous attend. Comme nous l'avons déjà dit, l'un des dangers est une réponse néofasciste pour contenir la crise. Nous sommes en face d'une guerre du capital contre tous. Trois secteurs du capital transnational se distinguent, en particulier, comme les plus agressifs et les plus enclins à chercher des arrangements politiques néofascistes pour garantir l'accumulation continue au fur et à mesure que la crise avance : le capital financier spéculatif, le complexe militaro-industriel-sécuritaire et le secteur extractif et énergétique. L'accumulation de capital au sein du complexe militaro-industriel-sécuritaire dépend de conflits interminables et de guerres - incluant les dites guerres contre le terrorisme et la drogue - ainsi que de la militarisation du contrôle social. Le capital financier transnational dépend de la prise de contrôle des finances étatiques et de l'imposition des dettes et d'austérité aux masses, ce qui peut être obtenu seulement grâce à une répression croissante. Et les industries extractives dépendent des nouveaux cycles de spoliation violente et de la dégradation de l'environnement sur toute la planète.

Impérialisme ? suite 4 signalée pour mémoire, la position de Samir Amin, qui me paraît fondée sur un ancien ordre du monde. Si la question mérite d'être posée d'un nouvel impérialisme, ce n'est pas avec les caractères du vieux concept. Son concept d'impérialisme collectif, en lieu et place de globalisation, nous présente une unité sous domination de la "triade" USA-Europe-Japon, nous parle de transnationalité des capitaux, mais n'intègre pas la critique du capitalisme à base occidentale face à la perte de sa suprématie. Dans son analyse, c'est tout juste si la Chine et les pays émergents sont considérés comme capitalistes, ils n'auraient pas leur mot à dire dans la gestion des capitaux transnationaux. Il y a chez Amin un déplacement des contradictions actuelles sur la base d'un modèle ancien, une fausse estimation de la fonction des Etats nationaux dans la globalisation, sans parler de ses rêves de solutions socialistes 

Capitalisme transnational ou Impérialisme collectif ? Samir Amin janvier 2011

Un capitalisme transnational en voie d’émergence ? / capitalismes nationaux et impérialisme collectif / L'Europe, ou les Europes, en construction ? ou en déconstruction ? face au défi, les réponses des peuples sont-elles efficaces ? À quelles conditions ?

un texte de 1979 sur la restructuration du capital :

États, nations, firmes multinationales et capitalisme mondial PDF Charles-Albert Michalet 1979

Cet article veut montrer que l'internationalisation de la production largement due aux firmes multinationales, puis la transnationalisation des circuits monétaires et financiers réalisée par les banques multinationales ont remis fondamentalement en cause le cadre analytique traditionnel de l'économie internationale néo-classique. Le décalage de plus en plus marqué entre l'espace politique (la nation) et l'espace économique implique que le statut de l'État nation doive être totalement révisé. La puissance croissante des FMN et des BMN ne signifie pas cependant l'effacement des États nations mais la transformation discrète de leur nature : l'État territoire succède à l'État nation. La formation d'un système économique mondial se réalise au-delà des États et au-delà des agents multinationaux.

un point de vue géo-économique :

Les entreprises multinationales : un processus urbain dans un environnement international et transnational Céline Rozenblat 2007

un point de vue démocratique :

la légitimité serait au cœur du problème, qui de ce fait serait moral. Si le constat précis établi par Susan George n'est jamais inintéressant, tout se ramènerait à une prise de conscience citoyenne, un sursaut démocratique du "peuple"... On échappe quand même ici à l'analyse la plus répandue selon laquelle les Etats feraient face aux décisions supranationales des grands groupes capitalistes. Si cette contradiction existe, elle n'emporte pas la dynamique. Il s'agit pour chaque Etat-nation de contenir la résistance sociale dans les limites où elle ne met en cause ni les intérêts capitalistes ni les privilèges de la bourgeoisie d'État : c'est dans cet équilibre que les hommes de pouvoirs organisent leur dénominateur commun par-delà la concurrence économique et politique

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 2014 recherche

Sur quoi repose la légitimité de nos démocraties ? Sur le vote des citoyens, et la délégation de pouvoir qui en résulte. Dès lors, sur quoi repose la légitimité des prétendus experts, consultants, avocats d’affaires, lobbyistes, cadres et hauts dirigeants des entreprises transnationales qui, dans l’ombre, œuvrent notamment à l’établissement des accords commerciaux internationaux (type Traité transatlantique) ? Sur rien de légitime.
Ces hommes ne travaillent qu’à enrichir leurs employeurs ou eux-mêmes. Ils tournent radicalement le dos à l’idée même de bien public. Ils se moquent des frontières comme des populations. Ils foulent aux pieds nos institutions, et celles-ci, aujourd’hui si faibles, leur abandonnent la gouvernance de nos vies, de nos emplois, de notre santé. En s’enrichissant, ils nous appauvrissent et sont les premiers responsables de l’apocalypse écologique qui nous menace.
Au terme de ce brillant réquisitoire, Susan George nous convainc que, s’il reste un combat à mener d’urgence, c’est bien celui qui mettra à bas ce pouvoir illégitime pour le redonner aux peuples.

un point de vue managérial : L’impact de la géopolitique sur la stratégie des entreprises 26 janvier 2015 Master Intelligence Economique et Stratégies Compétitives

 

16 février

à propos de danger fasciste 15:33

Syriza ne peut pas sauver la Grèce : Pourquoi il ne peut pas y avoir de sortie électorale à la crise dndf 16 février

Les partis politiques à l’ère des insurrections / La Grèce, périphérie du futur / Nos rêves ne tiendront jamais dans leurs urnes / Syriza va restaurer la légitimité des institutions qui sont à l’origine même de la crise / Syriza n’a plus d’autre choix à présent que de faire respecter l’ordre en pacifiant les mouvements qui l’avaient propulsé au pouvoir / Là où Syriza échoue, le fascisme prospère / Combattre plus ardemment, en vouloir plus

Partout en Europe, avec la montée de l’hystérie anti-islamique et des groupes nationalistes comme Pegida en Allemagne, le fascisme ne représente pas qu’une menace future, c’est un danger immédiat. À vouloir laisser les gouvernements se charger des fascistes par l’application de la loi, on court un double risque : d’un côté, la médiation des autorités se substitue à la capacité d’agir des mouvements de base et, de l’autre, encore une fois, les institutions étatiques, qui peuvent un jour tomber aux mains des fascistes, s’en trouvent légitimées. Si certains considèrent Syriza comme un rempart contre le fascisme, seuls des mouvements sociaux autonomes pourront le vaincre : pas seulement en ripostant à ses attaques, mais surtout, en mettant en avant une vision plus convaincante du changement social.

un texte d'analyse informé et lucide. Une faiblesse (anarchiste ?) du texte est de cerner le danger fasciste dans la montée, sinon de l'hystérie anti-musulmane, dans celle des groupes nationalistes

dans les attentats de Paris et les réactions d'unité nationale et sacrée, nous n'avions pas vu un nationalisme, ni bien sûr un inter-nationalisme sauf celui des dirigeants occidentaux, mais l'évacuation de la dimension sociale, de classe, qui sous-tend la crise et produit comme un tout les politiques nationales et transnationales du capital particulièrement exacerbées par la remise en cause mondiale de la suprématie occidentale dans le capitalisme globalisé

le fascisme nouveau qui vient correspond au moment actuel de la transnationalité des capitaux et du rôle des États-nations consécutive à la perte d'une fermeture territoriale nationale de l'implication réciproque capital/prolétariat. Ce fascisme ne peut être d'essence nationaliste classique. Il est fascisme précisément d'être toujours transclassiste et trans-politique, mais aujourd'hui transnational (et non seulement inter-national comme l'axe Allemagne-Italie-Japon-France). Il peut s'emparer - il les imprègne déjà - des «institutions étatiques» sans besoin de "fascistes" revendiqués ou aseptisés façon FN. Ce n'est pas un danger seulement politique, mais idéologique qui construit aujourd'hui son hégémonie comme réponse à des vrais problèmes, comme l'écrivait Stuart Hall en 1988, un « populisme autoritaire [qui s'inscrit] dans une logique discursive qui les inscrit systématiquement dans les politiques et les stratégies de classe de la droite » et de la gauche...

on peut penser, comme précédent argentin, au péronisme, une sorte de « socialisme national » qui avait des composantes de l'extrême-droite à l'extrême-gauche, un ancrage antisémite hérité du nazisme mais non raciste du fait d'une Argentine très métissée, un appui réel sur les syndicats, et une partie du prolétariat argentin en raison de réalisations sociales (hausse des salaires, éducation démocratisée...). Il bénéficiait aussi, sur fond de guerre froide, d'une période de paix qui n'épuisait pas les ressources sociales par des dépenses militaires, et la France d'aujourd'hui pourrait bien y creuser son destin dans la crise

le fascisme s'il vient sera transnational, chaque État-nation jouant sa partition spécifique adaptée aux circonstances particulières de chaque pays

en relation Grèce : le ministre de l’intérieur de 2008 comme président de la république dndf 18 février

«Nous avons besoin d’un président qui ait une sensibilité démocratique, un sentiment élevé de conscience nationale et qui soit accepté par le plus grand nombre au Parlement», a commenté M. Tsipras lors d’un discours devant son groupe parlementaire, Syriza.
La réputation de M. Pavlopoulos au sein de la droite a été doublement entachée fin 2008, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, par des émeutes dans toute la Grèce qui ont duré plus d’un mois, après la mort d’un lycéen de 15 ans tué par un policier à Athènes
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15 février

Impérialisme ? 2

Etat, géopolitique et capitalisme : entamer le débat sur l’impérialisme en France Contretemps

À propos d’Alex Callinicos, Imperialism and Global Political Economy 2006

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

extraits

La vision de Callinicos a clairement l’avantage de placer l’impérialisme dans le développement de long terme du capitalisme et de faire le lien avec le processus de transition du féodalisme au capitalisme.

Pour solidifier cette définition, Callinicos procède en fournissant une théorie des rapports entre Etat et capital. Il soutient qu’on doit faire l’hypothèse que les capitalistes et les managers étatiques constituent deux groupes d’acteurs ayant des intérêts différents – à savoir, pour les premiers, augmenter leur capital et, pour les seconds, maintenir le pouvoir de leur Etat vis-à-vis aussi bien de la population qui lui est sujette et les autres états.[12]

Une fois cette hypothèse posée, il devient facile de concevoir le lien entre les deux groupes d’acteurs. Il y a une interdépendance structurelle entre eux, puisque le pouvoir d’un Etat dépend des ressources qu’il peut mobiliser par le biais des revenus fiscaux – ce qui signifie que l’Etat a un intérêt à l’accumulation du capital la plus élargie possible – et que les capitalistes ont besoin de l’Etat pour leur fournir des conditions politiques et juridiques favorables à la réussite de cette même accumulation du capital[13].

Cette vision du lien dialectique semble très solide. Mais l’hypothèse de départ paraît en partie problématique. Callinicos a déjà été critiqué dans le Cambridge Review of International Affairs par des marxistes lui reprochant de faire des concessions au courant réaliste des Relations Internationales en allant trop loin dans le degré d’autonomie de l’Etat et du géopolitique[14]. Il me semble que l’hypothèse de départ ne permet pas de clarifier une question clé, à savoir le caractère de classe de la bureaucratie étatique. Si les deux groupes d’acteurs et leurs intérêts sont distincts, dans quelle mesure peut-on dire que les bureaucrates font partie de la classe capitaliste? S’ils n’en font pas partie, alors peut-il y avoir des situations où leurs intérêts divergent à tel point que l’interdépendance qui les lie ne fonctionne plus? Callinicos considère effectivement la possibilité d’une divergence d’intérêts comme un point fort de sa conception puisque de cette manière le danger du réductionnisme économique est complètement évacué. Mais alors il n’y a rien de spécifiquement capitaliste dans les intérêts des bureaucrates. Il s’agit des mêmes intérêts que ceux qu’avaient les bureaucrates qui géraient les états féodaux ou absolutistes.

Ne serait-ce pas une meilleure hypothèse de départ que de postuler une pluralité de fonctions nécessaires à la reproduction du capital et de considérer que les capitalistes et les bureaucrates remplissent chacun des fonctions différentes

Le débat sur l’impérialisme aujourd’hui / Le livre d’Alex Callinicos dans le contexte du débat entre marxistes / Continuité de la controverse classique et questions méthodologiques / Evaluer les théories classiques / Raffiner la théorie de Boukharine et de Lénine / Une pluralité d'Etats / Périodiser l’impérialisme /

14 février

désoccidentalisation du capital, globalisation des capitaux, Etats-nations&régions... et théorie du communisme comme combat stratégique

nous avançons dans une perception plus exacte du capitalisme comme monde global, sans perdre de vue que le moment présent, dans le mouvement historique est construit et remodelé sans cesse par un ensemble de processus engageant des particularités et leurs contradictions dans l'ensemble des rapports sociaux, comme économie politique subsumant les rapports de genre, de races et autres identités

le point important est de ne pas confondre désoccidentalisation du monde et du capitalisme avec affaiblissement du capitalisme, ce que tend à faire toute perception de la crise qui confond suprématie capitaliste occidentale et reproduction globale du mode de production

capitalisme transnational de concurrence

dire capitalisme de concurrence est un pléonasme, et pourtant des livres entiers de théories sont écrits sans un mot évoquant ce petit problème, auquel Marx a consacré une bonne part du Capital. La concurrence capitaliste est une guerre marchande qui porte la guerre militaire pour la maîtris des ressources et des populations

le capitalisme est un système fondé sur l'exploitation et l'expropriation mais qui ne fonctionne pas sans la concurrence entre capitaux, plus que jamais enjeu actuel. La restructuration du capital intervenue depuis quarante ans a elle-même une histoire, dans laquelle la concurrence se fait de moins en moins entre capitaux à bases nationales. La concurrence est de moins en moins structurée de façon inter--nationale. Il y a une déconnection de la lutte de classes par rapport aux cibles antérieures des luttes qui pouvaient d'un même mouvement attaquer le patron et l'Etat. Les grands groupes mondiaux sont transnationaux et leurs ramifications en sous-traitant nationaux innombrables

il est surprenant que des théoriciens qui ont une claire compréhension du processus général en soient encore à se demander ce que va devenir la Chine, le Brésil ou tel pays "émergent". Cela n'a guère qu'un sens partiel et réducteur dans l'analyse de l'ensemble. Ainsi, la question n'est pas de savoir si la Chine pourra construire un capitalisme endogène, mais où vont les capitaux chinois, à quoi ils servent, et que feront les prolétaires chinois face aux capitaux qui les exploitent, qu'ils soient ou non chinois

la cartographie du fonctionnement capitaliste actuel, et celle des luttes de classes qu'elle implique réciproquement (l'implication réciproque est réelle comme on dit de la subsomption du capital), cette cartographie est pratiquement impossible tant elle serait complexe et mouvante, selon les secteurs d'activités, leurs croisements, etc. Mais elle serait foncièrement différente de celle qui permettait de comprendre les guerres mondiales du 20ème siècle. Peut-on dire que le capitalisme occidental est entré en phase défensive dans la guerre concurrentielle, même si cela prend l'allure de conquêtes commerciales ? C'est caractéristique concernant la France en Afrique, dans la remodélisation qu'elle tente pour sortir de son pré-carré d'AFO, en se donnant des allures de bonne sœur militaire suppliant les autres pays africains de lui demander d'intervenir (Cameroun), et ses partenaires internationaux de l'accompagner dans ses aventures. Pendant ce temps la Chine fait de l'Afrique un continent moderne où elle sera chez elle en ayant payé, alors que l'Occident n'a fait que s'y servir gratuitement depuis plus de cinq siècles

une stratégie capitaliste ?

il n'existe de stratégie unitaire du capitalisme mondial qu'en tant qu'elle permet l'exploitation, la poursuite de l'expropriation tout en facilitant la concurrence et en bridant toute possibilité de luttes trans-nationales. C'est là le rôle des Etats-nations, des Etats-régions (Europe...), des organismes internationaux et transnationaux, le rôle de frontières autant territoriales qu'ethniques, avec passe-droit à la sur-exploitation. Cela a néanmoins le mérite de pointer non pas un front, mais une multiplicité de lieux et lignes de front

une stratégie communiste ?

c'est dans ce contexte que se posera de façon toujours plus actuelle la question d'une stratégie communiste mondiale. Dans la mesure où le font n'est pas unique contre un capital unitaire abstrait, les liaisons entre lieux et lignes de front ne sauraient émerger defaçon spontanée, ni se résumer à cette échelle à un pari sur l'auto-organisation comme premier pas... Là encore on constate la vacuité des théories de la communisation, puisqu'elles ne font qu'observer des morceaux d'événements dans le monde en espérant y lire les signes d'une révolution définie en termes abstraits ou de fiction, l'autre face d'une description unitaire du capitalisme actuel. C'est de façon inhérente* que ces théories sont éloignées du communisme comme combat, parce qu'aucun ne sera jamais à la hauteur de leur abstraction du monde

* avec les théoriciens de la communisation, on peut effectivement parler de «marxisme occidental» au sens de Perry Anderson, des théoriciens-philosophes qui, après Marx, Lénine, Luxembourg ou Gramsci, n'ont eu aucun engagement de leader d'un parti communiste (Lukacs... Adorno, Althusser, Jameson)

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le moment présent du capitalisme et la désoccidentalisation du monde : quel point de vue communiste ? 

le thème du déclin de l'Occident a été mis à toutes les sauces depuis près d'un siècle, et l'essai d'Oswald Spengler en 1918-1922 «Le déclin de l'Occident, Esquisse d'une morphologie de l'histoire universelle.»

mon point de vue est de saisir le moment actuel dans l'histoire longue qui est doublement celle du capitalisme et de la suprématie occidentale. C'est de ce point de vue que nous pouvons comprendre le tournant actuel dans la crise mondiale, et aussi la véritable stupeur qui s'empare des pays occidentaux, toutes classes sociales confondues, dans une confusion idéologique sans précédent depuis la Révolution française

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

l'histoire du capitalisme, quelle que soit la date que l'on fixe à son origine, dans le moment de l'accumulation primitive marchande ou dans les prémisses de sa construction comme mode de production dont la dynamique historique domine les rapports sociaux d'une partie croissante du monde, cette histoire est aussi celle de la suprématie occidentale. Cela ne signifie pas que le capitalisme soit purement occidental (et blanc) dans sa structure, mais il en fut ainsi si nous nous intéressons à sa réalité concrète plus qu'à son concept abstrait

la peur des classes dominantes, comme celle des "peuples" occidentaux, se reflète en miroir dans l'incapacité des marxismes occidentalistes* de parler d'un autre point de vue que le leur, désespérément sourd et aveugle aux Autres et redoublant à leur égard une véritable censure idéologique. C'est le signe aussi, dans l'affaiblissement de la pensée critique occidentale, du déclin des marxismes ignorant que leur pertinence s'érode dans le même mouvement que le monde perd le centre, centre géographique et centre idéologique, d'où ils espér(ai)ent ou annoncent encore la venue d'une révolution communiste universelle pour tous

* j'utilise marxismes occidentalistes dans le sens d'eurocentré ou occidentalo-centré, c'est-à-dire ni dans l'acception de Perry Anderson, Le marxisme occidental, 1979, ni dans celle d'Occidentalisme comme courant de pensée culturel et politique, que ce soit pour l'adopter ou le critiquer (vs Orientalisme)

c'est la remise en cause de cette réalité et de sa perception occidentale depuis « Les découvertes » (sic, de l'Inde, de l'Amérique...) que nous vivons de façon accélérée, face à laquelle l'Europe et les États-Unis réagissent violemment en bête à l'agonie, et qui remet en cause la vision culturellement eurocentrée des récits révolutionnaires hérités de Marx, du moins dans les marxismes occidentalistes et leur ignorance ou leur déni des courants marxistes non blancs

bref, les marxismes occidentalistes étaient en phase avec la suprématie capitaliste occidentale, et leur déclin (leur perte de pertinence) correspond à la désoccidentalisation du monde

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le défi posé à la théorisation communiste

la théorie communiste révolutionnaire est par conséquent confrontée à un défi sans précédent depuis Marx*, se mettre au niveau des enjeux contemporains face au capital dans cette situation, et tisser en cohérence une analyse et une prospective cohérentes dans ce double mouvement global. Le chantier est immense et à la hauteur du retard pris comme de l'absence de dialogue théorique conséquent entre ces marxismes occidentalistes et les marxismes d'ailleurs, héritant doublement de Marx et des luttes de décolonisation. Il s'agit, en héritier de marx, d'articuler critique de l'économie politique, approche critique structurelle et déconstruction idéologique à tous les niveaux de généralités et particularités culturelles et géostratégiques, et de l'inscrire dans un combat en lien avec les luttes plurielles contre le capital

c'est dans ce sens que s'inscrivent mes considérations précédentes, mais nous voyons mieux aujourd'hui qu'il ne s'agit pas de compléter les apories de telle ou telle théorie existante (par exemple la communisation) par des considérations sur la race, l'ethnicité, le genre ou l'individualité. Il ne s'agit pas de construire un syncrétisme constructiviste à partir de morceaux qui tiendraient chacun une part de justesse, car cette justesse même est bousculée par le point de vue manquant

la construction de ma pensée du communisme s'est faite au fil des années à l'inverse d'une projection sur la réalité de concepts généraux et abstraits que l'on pensait pouvoir utiliser sans fin, jusqu'au bout. Je rappelle à cet égard l'interpellation de Stuart Hall en 1991 : « Tant que nous ne nous détacherons pas de ce concept d'une logique unitaire et singulière du capital, indifférente au lieu où il opère, nous serons incapable de réellement comprendre le capital. » (cité dans le monde et le capital, l'Occident et les autres). En ceci je suis, nous sommes, plus près des doutes de Marx que des certitudes de ses héritiers retombés dans la philosophie séparée des luttes réelles, quand ce n'est pas dans l'idéalisme et le déterminisme interprétant le présent à la lumière de leur vision du futur de moins en moins confirmée par des faits

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

il convient, plus que jamais, de multiplier les «points de vue» au sens des lieux depuis lesquels on observe le capitalisme globalisé dans une position particulière voire singulière. Question de traverse des langages, puisque les concepts sont structurés par les mots dans la langue qui les portent (cf Pierre Legendre, Tour du monde des concepts, 2013). Imagine-t-on qu'un texte 'communisateur', même bien traduit, puisse tenir la route depuis la Chine, l'Afrique, ou même l'Amérique latine ? Poser la question c'est y répondre et comprendre que cette théorie s'inscrit à son corps défendant dans la frontière mentale de l'Occident*.Du simple fait des événements pris en compte par leur nature et leur situation géographique, ces théories prétendant sans complexe annoncer une révolution mondiale interrogent-elles les raisons de leur (absence d') intérêt au-delà d'elles-mêmes et de quelques dizaines de partisans en Europe occidentale et aux Etats-Unis ?

* j'emprunte la formule L'Occident, une frontière mentale à Olivier Kempf, conseiller éditorial de la Revue Défense Nationale, dirige la collection "Cyberstratégie" chez Economica

l'Europe, Les États-Unis, le Japon, centres du monde...

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une problématique en chantier cherche sa cohérence critique en prise sur les luttes

des progrès sont faits dans cette approche. Nous le percevons bien dans les retours sur l'histoire du capitalisme qui, depuis quelques décennies, ne s'en tiennent plus à la vision marxienne d'un enchaînement linéaire et progressiste de "modes de productions" (esclavagisme, féodalisme, capitalisme... communisme). Que ces analyses interrogent l'histoire, les 'cultures', le genre, la race, les religions, l'économie politique, les Etats-nations, etc. elles se croisent toutes autour de la problématique histoire du capital/histoire de l'Occident/histoire de la mondialisation/globalisation

plusieurs textes ont été ici référencés qui montrent que cette problématique est active dans la pensée marxiste. Mon souci est de faire ressortir la possible mise en cohérence révolutionnaire de ces approches sur la base des luttes existantes face au capital dans ses multiples apparitions

 

10 février

le moment présent du capitalisme

Impérialisme ? 1

De l’impérialisme à l’impérialisme Michel Husson Nouveaux cahiers du socialisme n°13, 2015

avec le même objectif que l'import du texte de Jean Batou (Accumulation par dépossession et luttes anticapitalistes : une perspective historique longue), de façon plus théorique, une interrogation sur « le nouvel impérialisme » actuel

La mondialisation remet-elle en cause les approches classiques de l’impérialisme ? Telle est la question qui sert de fil directeur à cet article, qui comprend donc deux grandes parties. La première présente une brève revue de ces théories, et la seconde cherche à pointer les caractéristiques de la mondialisation qui rendent nécessaire une actualisation théorique et conceptuelle. Il s’agit de réflexions provisoires qui visent avant tout à esquisser les axes d’une telle actualisation.

Les théories classiques de l’impérialisme / Les théories de la dépendance / Le grand basculement du monde / Une nouvelle configuration de l’économie mondiale / États et capitaux / Une configuration instable /

Hypothèses de travail en guise de conclusion

La loi du « développement inégal et combiné » est toujours d’actualité, à condition de bien comprendre qu’elle ne porte plus sur des économies nationales relativement homogènes : encore une fois, la carte des capitaux ne se superpose plus avec celle des États et le capital financier international a acquis une autonomie sans précédent historique.

La question théorique la plus difficile, et qui ne peut sans doute pas être élucidée aujourd’hui, est de savoir jusqu’à quel point les pays dits émergents ont acquis une véritable maîtrise des processus de production ou dans quelle mesure ils restent encore des sous-traitants soumis à la volatilité des capitaux internationaux. La réponse est sans doute différente selon les pays et les secteurs et il faut de ce point de vue remettre en cause l’homogénéité de la catégorie de pays « émergents ». De la réponse apportée à cette question, dépendra en fin de compte le degré de remise en cause nécessaire des conceptions classiques de l’impérialisme.

Une deuxième interrogation porte sur le caractère durable de cette nouvelle configuration de l’économie mondiale. D’un côté, l’épuisement de la croissance au Nord finira probablement par freiner la croissance au Sud et, d’un autre côté, les tensions sociales au Sud pèseront dans le sens d’une croissance plus autocentrée et donc ralentie.

Beaucoup de ces questions seront tranchées sur un terrain non strictement économique, mais social et écologique. L’organisation actuelle de l’économie mondiale conduit en effet à une fuite en avant permanente dans la régression sociale. C’est d’ailleurs ce qu’impliquent les prévisions de l’OCDE citées plus haut, qui prédisent une montée universelle des inégalités, et dont le message peut être ainsi résumé : « Si vous voulez une plus forte croissance, selon l'OCDE, vous devez accepter une plus grande inégalité. Et vice versa. Même pour atteindre un taux de croissance médiocre de 3% pour l’économie mondiale, il faut rendre le travail "plus flexible", et l'économie encore plus globalisée24 ».

Il y a enfin, surplombant les considérations qui précèdent, le défi du changement climatique qui impliquerait une coopération internationale et la bifurcation vers un autre modèle de développement. Mais ces deux conditions sont en contradiction avec la logique profonde du capitalisme qui est un système fondé sur la concurrence entre capitaux et sur la recherche du profit.

Il faut donc revisiter la théorie de l’impérialisme. Mais cela passe aussi par la construction patiente d’un nouvel internationalisme fondé sur la communauté objective d’intérêts des travailleurs mis en concurrence à travers le monde, au-delà de leurs différences de conditions de vie. C’est après tout dans les luttes que peut émerger une meilleure compréhension de cet adversaire commun.

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8 février

avec David Harvey pour une vision de classe et géopolitique du capitalisme globalisé

dans la logique structurelle de mon approche critique et celle de ce site, le "géographe matérialiste" David Harvey est intéressant, qui propose une analyse concrète du capitalisme actuel, et sa vision de la perspective communiste. Difficile de la renvoyer à une approche "programmatiste", difficile aussi de la percevoir comme compatible avec les thèses de la communisation. Son intérêt est néanmoins de recouper et d'alimenter de manière concrète et actuelle les observations empiriques sur lesquelles se fondent les approches critiques du capital, comme les débats sur la perspective d'une issue communiste

nous avons croisé récemment ses controverses avec Michael Roberts sur la tendance à la baisse du taux de profit : Debating Marx’s Crisis Theory & The Falling Rate of Profit décembre 2014

voici un entretien, en mars 2013, pour la revue Contretemps : Le néolibéralisme comme "projet de classe". Entretien avec David Harvey

Dans cet entretien avec Elsa Boulet, David Harvey revient sur la crise du capitalisme, comprise comme la crise de ce "projet de classe" qu'est le néolibéralisme. Il y évoque également les transformations de la classe ouvrière, la situation en Europe et aux Etats-Unis, le rôle que peuvent jouer les intellectuel-le-s critiques, et défend la nécessité - pour changer le monde - de construire une vision utopique.
David Harvey est géographe, il est enseignant-chercheur à la City University of New York. Ses écrits portent en particulier sur les dynamiques récentes du capitalisme et sur l'urbanisation, dans une perspective marxiste. Voir notamment, en français : Le Capitalisme contre le droit à la ville : néolibéralisme, urbanisation et résistances (éd. Amsterdam), Géographie de la domination (éd. Les prairies ordinaires) et Le nouvel impérialisme (éd. Les prairies ordinaires).

D'un projet de classe à l'autre / La dépossession : une dimension majeure de l'accumulation capitaliste / Changer notre conception de la classe ouvrière / La géographie inégale de la crise européenne / Aux Etats-Unis, le Parti Républicain fait barrage à une politique keynésienne / Les intellectuel-le-s dans la lutte des classes : produire des savoirs critiques en dialogue avec les mouvements sociaux / Construire l'utopie par la négation CT - Quelles est votre vision personnelle d'une société communiste, si « communiste » est le mot juste ?

ses livres récents en marge de son site

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 1 2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 2 2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 3

1) 2014 You thought capitalism was permanent? Think again.
David Harvey unravels the contradictions at the heart of capitalism - its drive, for example, to accumulate capital beyond the means of investing it, its imperative to use the cheapest methods of production that leads to consumers with no means of consumption, and its compulsion to exploit nature to the point of extinction. These are the tensions which underpin the persistence of mass unemployment, the downward spirals of Europe and Japan, and the unstable lurches forward of China and India.
Not that the contradictions of capital are all bad: they can lead to the innovations that make capitalism resilient and, it seems, permanent. Yet appearances can deceive: while many of capital's contradictions can be managed, others will be fatal to our society. This new book is both an incisive guide to the world around us and a manifesto for change.

2)  2013 The biggest financial crisis since the Great Depression shows no sign of coming to a close and Marx’s work remains key in understanding the cycles that lead to recession. For nearly forty years, David Harvey has written and lectured on Capital, becoming one of the world’s most foremost Marx scholars.
Based on his recent lectures, and following the success of his companion to the first volume of Capital, Harvey turns his attention to Volume 2, aiming to bring his depth of learning to a broader audience, guiding first-time readers through a fascinating and hitherto neglected text. Whereas Volume 1 focuses on production, Volume 2 looks at how the circuits of capital, the buying and selling of goods, realize value.
This is a must-read for everyone concerned to acquire a fuller understanding of Marx’s political economy

3) 2012 Long before the Occupy movement, modern cities had already become the central sites of revolutionary politics, where the deeper currents of social and political change rise to the surface. Consequently, cities have been the subject of much utopian thinking. But at the same time they are also the centers of capital accumulation and the frontline for struggles over who controls access to urban resources and who dictates the quality and organization of daily life. Is it the financiers and developers, or the people?
Rebel Cities places the city at the heart of both capital and class struggles, looking at locations ranging from Johannesburg to Mumbai, and from New York City to São Paulo. Drawing on the Paris Commune as well as Occupy Wall Street and the London Riots, Harvey asks how cities might be reorganized in more socially just and ecologically sane ways—and how they can become the focus for anti-capitalist resistance
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17 décembre 2014

du racisme et du capital en Italie

Paths of Racism, Flows of Labor: Nation-State Formation, Capitalism and the Metamorphosis of Racism in Italy Anna Curcio October 12, 2014 ViewPoint Magazine

 

15 décembre 2014

dépasser l'homme ou abolir le capital ?

à chacun son homme nouveau, voilà le programme du transhumanisme

malheureusement, cette utopie concrète est plus avancée que la perspective d'une révolution communiste

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

Intelligence artificielle, transhumanisme : la technique ne doit pas remplacer la médecine L'Obs' 10 décembre

Transhumanisme: un corps pièces et main d'oeuvre Libération 7 décembre

Les recherches sur les NBIC, c’est-à-dire les nanotechnologies, les biotechnologies, l’intelligence artificielle - informatique ou robotique - et les sciences cognitives, mobilisent d’éminents spécialistes à travers la planète. Et ces derniers entrevoient désormais des avancées révolutionnaires pour régénérer nos cellules, réparer nos organes, cartographier et modéliser notre cerveau, séquencer, voire modifier, notre ADN, gagner la lutte contre le cancer, prévenir les maladies neurodégénératives et vivre en bonne santé plus longtemps.

Seulement voilà, «les NBIC vont créer une énorme disruption dans le domaine de la santé, notamment dans le diagnostic, avec l’explosion du big data. Le risque, c’est un transfert du pouvoir du corps médical vers les Gafa [Google, Apple, Facebook et Amazon, ndlr]», s’alarme le Dr Alexandre

Google, justement, a investi des millions de dollars dans des sociétés spécialisées en intelligence artificielle, en robotique, biologie moléculaire et séquençage ADN. Les créateurs du tentaculaire moteur de recherche, Larry Page et Sergey Brin, s’entourent chaque jour un peu plus de cerveaux des biotechs, transfuges d’Apple, Microsoft ou eBay pour faire aboutir les recherches vers de nouvelles technologies dans la santé. L’an dernier, Google a lancé Calico, créé au cœur du mystérieux laboratoire «Google X». Objectif : «Relever le défi du vieillissement et des maladies associées», augmenter l’espérance de vie de vingt ans d’ici 2035… pour finalement «tuer la mort» comme a titré un peu vite Time Magazine. La direction du labo a été confiée au docteur en biochimie et génétique Arthur Levinson, membre du conseil d’administration d’Apple, et ex-patron de Genentech, société spécialiste en génétique modifiée. [...]

Entouré de neuroscientifiques, le milliardaire russe Dmitry Itskov y croit pourtant dur comme fer : il finance le projet Avatar 2045, où le cerveau, d’abord artificiel, se dématérialiserait progressivement jusqu’à n’être plus qu’un hologramme… Une idée reprise par le réalisateur américain Wally Pfister, dans le film Transcendance. Il y dépeint le drame du post-humain affrontant l’homme, artisan de son autodestruction. «Je crains le jour où la technologie dépassera l’homme…» Albert Einstein avait semble-t-il pressenti l’avènement de ce retournement métaphysique dans l’histoire de l’humanité.

Un courant de pensée en augmentation / Techno-religion / Le mythe de l’humain augmenté?

un polar en relation, Dans le ventre des mères Marin Ledun 2008. Je le signale parce que lu sans déplaisir et découvrant à travers cette fiction une manière de critique du transhumanisme, qui m'a conduit à cette chronique

en sus des manipulations génétiques au cœur de l'ouvrage, « des rapports homme/femme et surtout père/fille particulièrement gratinés »

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

car 'naturellement', la reproduction de ces hommes nouveaux passent par des femmes elles-mêmes biotechnologiquement mutées... Tout un programme, qui ne bouleverse pas l'essence du capitalisme, puisqu'on peut l'interpréter comme une simple modification des prolétaires et des autres en face

l'homme nouveau étant à géométrie variable idéologique, il ne fait pas de doute qu'on peut dépasser l'homme à condition d'abolir le capitalisme

au-delà de la transformation des individus pour la communauté humaine qu'appelle le communisme, on peut annoncer en ce sens un troisième courant, « le communisme transhumaniste » (le label est de moi mais ce n'est qu'une prévision dans l'angle mort, à la manière du mot d'ordre pré-écolo « Mettre les villes à la campagne, l'air y est plus pur », attribué à Alphonse Allais, alors que l'idée court dès le milieu du 19ème siècle)

j'ai trouvé sa formulation sur le Forum Unité Communiste  « on peut être communiste et transhumaniste à la fois. Sceptique au début, je me suis documenté sur le sujet et j'ai été, en tant que technophile averti, très intéressé par ce mouvement [...] Aussi, je pense que le communiste a tout a gagner en rajoutant dans son programme des idées qui révolutionneront le monde scientifique, cela lui permettrait d'avoir l'air plus neuf et par conséquent d'intéresser plus de monde »

à quand une brochure sur  ce post-humanisme communiste ? Il suffirait pourtant de mettre à jour un classique du marxisme : Léon Trotsky Littérature et Révolution 1924

« L’homme s’efforcera de maitriser d’abord les processus semi-conscients, puis les processus inconscients de son organisme.[…] L’homo sapiens, maintenant figé, se traitera lui-même comme objet des méthodes les plus complexes de la sélection artificielle et des exercices psychologiques. Le genre humain n’aura pas cessé de ramper à quatre pattes devant Dieu, le Tsar et le Capital pour se soumettre ensuite humblement aux lois obscures de l’hérédité et d’une sélection sexuelle aveugle. […] Par là, il se haussera à un niveau plus élevé et créera un type biologique et social supérieur, un surhomme, si vous voulez. […]L’homme deviendra incommensurablement plus fort, plus sage et plus subtil; son corps deviendra plus harmonieux, ses mouvements mieux rythmés, sa voix plus mélodieuse. Les formes de la vie deviendront dynamiquement belles. L’homme moyen s’élèvera à la hauteur d’un Aristote, d’un Goethe, d’un Marx. Et sur cette crête, de nouveaux pics s’élèveront ». Dans le rétro : Robocop humilié par Léon Trotski La bioéthique de demain 2011

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"De l'homme réparé à l'homme augmenté il n'y a qu'un pas" dit la légende. Il n'y a plus qu'à le franchir sans se tirer une balle dans le pied... un geste ultra gauche !

en attendant, on peut se rabattre sur un incontournable de 1931, qui n'a pas pris une ride (sic)

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

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24 novembre

retours sur les femmes

la revue scientifique médicale britannique The Lancet publie une nouvelle série d’articles selon lesquels « les efforts actuellement déployés pour prévenir la violence à l’égard des femmes et des filles sont insuffisants. On estime que, dans l’ensemble du monde, une femme sur trois a subi des violences physiques ou sexuelles infligées par son partenaire et que 7% des femmes seront victimes d’une agression sexuelle perpétrée par un autre que leur partenaire à un moment donné de leur vie.» source OMS une crise insidieuse...

les articles : Violence against women and girls The Lancet 21 novembre

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1er novembre

Fin du capitalisme : pourquoi la thèse idyllique que défend Jeremy Rifkin ne tient pas Atlantico 2 octobre

après la manif pour tous, encore un signe que les repères gauche-droite sont malmenés. Ainsi faut-il qu'un blog classé à droite le dise...

Vous l’ignoriez peut-être, mais nous voici engagés sur la route sublime de l’harmonie généreuse du monde post-capitaliste. Fini le règne de l’argent, de l’accumulation et de la compétition des uns contre les autres ! Dans un avenir proche, nous entrerons dans l’ère radieuse d’une économie du partage, hybride et collaborative, qui abolira la propriété, glorifiera l’acte "solidaire" et replacera "l’humain" au cœur de nos préoccupations. Le tout grâce au numérique et dans un développement gracieux, sensible et social, soucieux de la préservation de la biodiversité, respectueux de l’environnement et parfaitement inscrit dans une démarche soutenable et durable.

En résumé – et certes, de façon un peu caricaturée –, c’est la thèse (idyllique) que défend Jeremy Rifkin dans son dernier livre (The zero marginal cost society), relayé avec succès dans les médias français. La conclusion, reprise avec béatitude par une presse socialiste trop heureuse de célébrer toute critique du marché, est claire : le capitalisme va disparaître. Autant dire que dans beaucoup de rédactions et de salons mondains, on a débouché le champagne ! Et qu’importe si le livre est en réalité plus nuancé que les articles qui en parlent ou même que ce que l’auteur en dit dans ses entretiens.

Le problème, c’est que la thèse de Jeremy Rifkin ne tient pas. Le capitalisme ne disparaît pas avec le numérique. Bien au contraire ! Prenons l’exemple de "l’économie collaborative".

Au premier abord, elle a tout pour plaire aux "alters". D’abord, elle s’auto-désigne comme fondée sur un principe de coopération, de mise en commun, venant ainsi répondre aux inquiétudes sur l’atomisation de la société et l’absence de sens ou de lien social. Ensuite, elle défend le "partage" : dans un élan de générosité, les consommateurs s’échangent une perceuse qui ne sert pas, une place de voiture vide, une chambre inoccupée. Dans cette dynamique, la propriété n’a plus de sens et (fantasme post-marxiste), la voici abolie ! ; ce qui importe, c’est l’usage : pourquoi acheter une voiture, puisque je peux me déplacer en autolib ? Top du top, cet écosystème permet même le recyclage, en redonnant une vie à ce qui n’est plus utilisé. C’est tellement beau que cela pourrait arracher une larme !

Ne voit-on pas, d’ailleurs, tous ces jeunes entrepreneurs, bourgeois suffisamment privilégiés pour se désintéresser de l’argent, bobos en devenir ou cathos complexés par la réussite financière, aux ambitions altruistes bien ancrées, se lancer dans ces magnifiques aventures ? En plus, ils peuvent le faire sans coût, grâce à internet !

Tout cela est bien gentil, mais c’est de la communication pour raconter une histoire, du "story telling" comme disent les professionnels. Des fadaises !

Car l’économie collaborative peut se maquiller des atours à la mode dont elle a envie, elle reste un modèle "économique", c’est-à-dire irrémédiablement fondé sur la propriété, l’appât du gain, la concurrence et la recherche du profit.

Ay lieu de s’extasier, les adorateurs de la "sharing economy" devraient se scandaliser. Le principe de l’économie du partage, c’est l’hyper capitalisme, la glorification du marché, et non son retrait. Car à y réfléchir un peu, elle consiste à faire entrer de façon systématique dans la sphère marchande des activités qui en étaient exclues !

Hier, vous preniez un auto-stoppeur dans votre voiture ; aujourd’hui, vous lui louez la place qu’il a réservée sur son smartphone. Hier, votre boîte à outils prenait la poussière dans la cave, en attendant que vous la réutilisiez ; aujourd’hui, vous louez un marteau par-ci, une perceuse par là. Aucune de ces activités de "partage" ne repose sur le prêt : toutes sont fondées sur la location. Les usages et les préférences de consommation peuvent changer (je loue plutôt qu’acheter) mais l’échange marchand, fondé sur la propriété, reste incontournable. C’est tant mieux, car c’est ce qui marche !

voir communs, commun, partage, collaboratif... une auberge espagnole idéologique dans commun et/ou communisme : révolution ou réformisme ?

31 octobre

notre temps : il convient d'effacer le monde

notre temps n'est plus celui qu'observaient les sociologues et critiques du XXème siècle, de Georg Simmel à Christopher Lasch, en passant par Orwell, Debord ou Baudrillard. L'ère du vide ne suffit pas plus qu'esthétiser le monde (Lipovetsky). Il convient de l'effacer, à quoi une large population participe de son plein gré. Rêvant d'un impossible ailleurs, elle se réfugie dans son présent possible

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

voilà ce dont mon aventure chez les Chasseurs d'images est la métaphore ou la métonymie

voir faut rigoler...

26 octobre

Discussion Paper and Minutes: Meeting on Crisis and Class Struggle in the UK – Liverpool September 2014 Libcom

le point 11 a attiré mon attention : « The crisis of the ‘middle-class’: the problem for a social transformation is not so much the ‘elite’, but the middle-class »

21 octobre

violence conjugale : 7 d'un coup !

à l'occasion de la fin du procès Pistorius, j'apprends (France Info) qu'en Afrique du Sud, sept femmes meurent chaque jour sous les coups de leur compagnon en Afrique du Sud. Voir aussi Violence conjugale Wikipédia, on y apprend qu'en France, une femme meurt tous les 2,5 jours, un homme tous les 13 jours, suite aux violences de son compagnon/sa compagne (y compris couples de même sexe)

8 octobre

classes moyennes au présent : le 'plouc' de Debord a fait des petit.e.s

« classes moyennes », le terme peut sembler anachronique concernant l'Egypte antique. Il est d'ailleurs controversé :

« Le Moyen Empire, qui dure près de trois siècles (-2065 à -1785), voit une réaffirmation du pouvoir de pharaon, qui peut s'appuyer sur une « classe moyenne » instruite et assez prospère ainsi que sur une forme d'armée permanente formée notamment de Nubiens soumis » Histoire de l'Egypte Wikipedia

« En Egypte, il n'y a pas véritablement de classe moyenne, on peut diviser la société en deux grands groupes de taille inégale : les privilégiés (les puissants, les riches) et les démunis, le peuple qui représente plus de 90% de la population.» Pourtant « les scribes : ce sont ceux qui savent lire, écrire et compter, ils forment la grande masse de l'administration sous l'autorité du vizir. Ce sont des fonctionnaires : ils sont recrutés et payés par l'Etat.  Ils interviennent à tous les niveaux de la société : du contrôleur des équipes de moissonneurs au bureaucrate de l'administration centrale du palais. Les scribes peuvent exercer aussi des charges cléricales et militaires. Ainsi, les scribes assument, par délégation du roi, le pouvoir dans tous les domaines : économiques, politiques, militaires et religieux. Le monde des scribes est fortement hiérarchisé, tous obéissent au scribe suprême : le vizir. Les scribes sont bien considérés, ils ont un bon salaire et considèrent qu'ils exercent le meilleur des métiers.» La société de l'Egypte antique

c'est néanmoins le terme que j'ai entendu hier à France Culture, avec des "guillemets", pour parler de ces fonctionnaires, commerçants, militaires... Une idée forte revenait, il s'agissait de personnes lettrées, cultivées, qui connaissaient leurs humanités égyptiennes

quant à notre monde présent, je ne suis pas déclinophile, mais si j'en crois mes yeux et mes oreilles, concernant particulièrement la France dont connaissant la langue je peux juger, ses dites « classes moyennes » sont devenues, au fil des dernières générations, d'une singulière inculture historique, d'une absence d'esprit critique, sans parler, chez nombre de ceux qui se pensent comme d'un « niveau socio-culturel élevé », d'une orthographe aléatoire et de l'omniprésence d'un vocabulaire de gestion, à frémir rapporté à la façon dont ils pensent ce qu'ils écrivent (mails des cadres de l'administration et du privé, forums sur Internet, textes divers, affichettes...)

de la vulgarité au service du Spectacle

les classes moyennes françaises se distinguent par ce que j'appelle la vulgarité profonde accompagnant leur suffisance, ce qui n'a rien à voir avec les couches d'en-bas, qui savent au moins qu'elles ne savent pas. Autrement dit, ceux que Debord nommait il y a quarante ans les ploucs * ont fait des petits

« Le cadre dit toujours "d’un côté; de l’autre côté", parce qu’il se sait malheureux en tant que travailleur, mais veut se croire heureux en tant que consommateur. Il croit d’une manière fervente à la consommation, justement parce qu’il est assez payé pour consommer un peu plus que les autres, mais la même marchandise de série [..] Le cadre est le consommateur par excellence, c’est-à-dire le spectateur par excellence. Le cadre est donc, toujours incertain et toujours déçu, au centre de la fausse conscience moderne et de l’aliénation sociale. Contrairement au bourgeois, à l’ouvrier, au serf, au féodal, le cadre ne se sent jamais à sa place. Il aspire toujours à plus qu’il n’est et qu’il ne peut être. Il prétend, et en même temps il doute. Il est l’homme du malaise, jamais sûr de lui, mais le dissimulant. Il est l’homme absolument dépendant, qui croit devoir revendiquer la liberté même, idéalisée dans sa consommation semi-abondante [..] Il arrive en retard, et en masse, à tout, voulant être unique et le premier. Bref, selon la révélatrice acception nouvelle d’un vieux mot argotique, le cadre est en même temps le plouc.» VS-58/59

il va falloir attendre

quand on sait que toute révolution sociale réussie a pour condition une alliance des couches moyennes montantes avec les classes populaires contre la classe dominante ayant fait son temps, cela prête à douter des perspectives à court et moyen termes

21 septembre

Plongée dans la guerre civile mondiale Tomasz Konicz Konkret août 2014, traduction Critique de la valeur

conclusion : « Inconsciemment les acteurs de cette guerre civile mondiale luttent pour une forme nouvelle, postcapitaliste, de socialisation. Aux yeux du théoricien et sociologue de gauche Immanuel Wallerstein, le système-monde est entré au tout début du XXIe siècle dans une phase d’effondrement : après une période de déploiement qui dura un bon demi-millénaire, il atteindrait désormais la limite de ses possibilités d’expansion et succomberait à ses contradictions grandissantes. Le système, d’après Wallerstein, s’apprête à connaître une phase de bouleversements chaotiques, mais on ne peut prévoir ni l’issue du processus ni même le tour qu’il prendra : « L’époque où nous vivons forme la transition entre le système-monde existant – l’économie-monde capitaliste – et un ou plusieurs autres systèmes-monde. Nous ne savons pas encore si ce sera pour le meilleur ou pour le pire. Nous ne le saurons pas avant la fin de cette phase, c’est-à-dire probablement pas avant un demi-siècle. Ce que nous savons, en revanche, c’est que la période de transition sera très dure pour tous ceux et celles qui vont la vivre. […] Ce sera une période de conflits et de graves troubles ». Cela dit, cette rupture historique ouvre en même temps aux structures sociales dans l’impasse des marges de manœuvre pour un dépassement conscient et émancipateur du régime capitaliste en déroute, afin de prévenir une chute dans la barbarie qui se profile déjà à la périphérie. L’actuelle période charnière dans l’histoire mondiale pourrait ainsi voir « le facteur du “libre arbitre” atteindre à son maximum », Wallerstein voulant signifier par là que « l’action des individus et des groupes pourra produire sur la future structuration du monde un impact beaucoup plus fort qu’elle ne le fait en temps “normal”, c’est-à-dire au cours de la vie stable et continue d’un système historique »

ce texte mérite un intérêt. Malgré les références à Kurz il ne me paraît pas surdéterminé par l'approche théorique de la Wertkritik, et les citations de Wallerstein échappent ici à ses considérations altermondialistes habituelles. Je ne suis pas loin d'avoir, d'une façon très générale, une vue semblable sur la situation globale, ce qui n'exempte pas de creuser la question révolutionnaire de façon plus mordante en termes de classes. Mais nous savons que tel n'est pas le souci de cette mouvance théorique...

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17 septembre

la crise et l'écrit vain

nous voilà prévenus : « Un essai qui fera date tant il vise au cœur même d’un système – le capitalisme intégré – qui mène le monde en effaçant à mesure la figure de l’homme »

proclamation sur la vraie crise mondiale François Meyronnis Les liens qui libèrent 2014

avec la formule de « capitalisme intégré », Meyronnis reprend sans le dire à Debord son concept de « spectacle intégré », soit l'état du monde après la chute du système soviétique, en y rajoutant la dimension cybernétique. On retrouve cette filiation dans le titre, la vraie crise mondiale, comme s'il y en avait une fausse, et qu'on pouvait contrer l'idéologie en disant la vérité

qu'un écrivain dise ce qu'il voit avec des mots qui ne sont pas ceux de la critique théorique, on ne va pas lui reprocher. Cela tient à la spécificité de la littérature, au service de laquelle Debord avait mis la révolution (Vincent Kaufmann, la poésie au service de la révolution). La plume de Meyronnis est plus plate et sans ancrage dans la tradition théorique révolutionnaire. Qui ne souhaiterait « comprendre [la crise] dans toute son ampleur » ? Mais cette critique humaniste n'explique rien, et ses analyses de surface, quand elles touchent le fond, ne disent pas ce qu'il est

pour paraphraser Roland Simon, quand une critique plaît, c'est qu'elle est inoffensive, et gage que ce livre bénéficiant des tambours et trompettes médiatiques (voir) aura du succès. La citation de Philippe Sollers en exergue n'est pas pour rassurer, quant à celle de Rabbi Nahman de Braslaw *, « Le Messie viendra quand il n'y aura plus un sou en poche », comptez là-dessus, buvez de l'eau, et gardez vos sous pour de vraies urgences

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

8 août

Les beaux jours du capitalisme sont révolus en Occident; dans le reste du monde, ils le seront dans 40 ans Express.be 15 juillet

Dans 50 ans, le monde sera 4 fois plus riche, plus productif, plus mondialisé et bien plus éduqué qu’aujourd'hui.
Cependant, La croissance mondiale moyenne à long terme sera d'environ 2,7%, parce que l’effet du rattrapage des économies émergentes en matière de croissance de la population, d’urbanisation, et d’éducation, va s’épuiser. Entretemps, la croissance sera d’environ 3% par an en moyenne.
La stagnation économique sera la norme dans le monde industrialisé.
Le marché du travail pour les personnes qualifiées va s'épanouir grâce aux progrès technologiques, mais tous les autres emplois seront menacés par l'automatisation.
Ce phénomène implique une hausse des inégalités de l’ordre de 30%. D’ici 2060, des pays comme la Suède seront aussi inégaux que le sont les USA actuellement.
Le changement climatique commencera à produire des effets économiques, tels que la destruction de capital, la disparition d’une partie des côtes et de l’agriculture. Selon l’OCDE, l’incidence sur le PIB mondial serait de l’ordre d’une baisse de 2,5%, et même de 6% pour celui de l'Asie du Sud-Est. [...]
L'OCDE a également prévu que l'Europe et les Etats-Unis absorberont 50 millions d'immigrants d’ici 2060, tandis que le reste du monde en accueillera 30 autres millions. [...]
D’après l’organisation, pour obtenir plus de croissance économique à ce stade avancé du capitalisme, il faut accepter plus d’inégalités. Même un taux de croissance médiocre de 3% nécessitera une plus grande flexibilité du marché du travail. En conséquence, la classe moyenne va disparaître en grande partie, et l'écart entre les riches et les pauvres va se creuser encore davantage. [...]
L'OCDE recommande plus de mondialisation, plus de privatisation, plus d’austérité, plus d'immigration et des impôts sur la fortune. Mais selon Mason, « les populations armées de smartphones, et d’un sens plus aigu de leurs droits humains, n’accepteront pas un avenir de fortes inégalités et de croissance faible ». Il prophétise qu’il en résultera « un programme du même acabit », autrement dit, de l’agitation sociale.

8 juillet

(n'ayant pas ouvert de rubrique 'histoire', et dans la mesure où celle de la 'mondialisation' alias 'globalisation' est une affaire au présent ancrée dans le « passé épais »... la genèse du capitalisme à lire entre les lignes ?)

histoire et globalisation

« restituer le "passé épais" de l'histoire globale »

Sanjay Subrahmanyam, Aux origines de l’histoire globale, Paris, Fayard, Collège de France, coll. « Leçons inaugurales », 2014 lecture par Damiano Matasci lienSocio

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

- saisir, sur plusieurs échelles d’analyse, les interactions et les interdépendances qui se tissent entre les sociétés à l’époque moderne
prendre en compte la « vision des vaincus » et conscient des limites et des asymétries d’une histoire souvent trop eurocentrée ou occidentalocentrée
- dresser un récit historique capable, bien que basé sur une description ethnographique et sur une approche compilative, « d’aller au-delà d’une histoire nombriliste »
- restituer le « passé épais » de l’histoire globale, afin de mieux comprendre comment celle-ci se construit, tant dans le présent que dans le passé. Avec une grande finesse, il reconstitue la complexe généalogie d’une tendance historique qualifiée de « minoritaire » et interroge plus précisément la transformation, à partir du XVIe siècle et dans des contextes aussi variés que l’Europe, l’Asie orientale et les Amériques espagnole et portugaise, des manières de penser les autres peuples et leur histoire
- une phase charnière, situable entre 1580 et 1620 est encore relativement mal connue, qui se caractérise finalement par ce que Subrahmanyam définit comme des historiographies « en conversation » et marque une étape décisive vers la progressive consolidation de la conscience moderne de la « globalité »
- la relation qu’une approche qui se veut globale doit ou devrait entretenir avec d’autres échelles d’analyse, locales, régionales, nationales ou encore continentales. La réflexion de Subrahmanyam est ici d’autant plus enrichissante qu’elle prône l’intégration de différents niveaux d’observation des phénomènes historiques...  l’auteur montre que le « global » est profondément ancré dans des parcours singuliers
- son projet intellectuel repose sur des matériaux originaux et des sources de première main consultés dans une multitude de pays, qu’il est en mesure d’exploiter grâce à la maîtrise d’une dizaine de langues

2 juillet

« l'humanité ne se pose jamais que des problèmes qu'elle peut résoudre... »

mais les théoriciens donnent parfois des réponses au-delà...

on remarquera que ce cher Gustave Lefrançais a placé en exergue de ses 'Dix thèses...' la même citation ci-dessus 

quoi que l'on pense des considérations théoriques qui s'en suivent, cette remarque est des plus importantes et des plus négligées. J'ai insisté sur la nécessité d'avoir une vision globale démultipliée des contradictions d'ensemble du système capitaliste et des luttes en son sein. J'ai remarqué que Negri et Hardt ont une telle vision, quoi qu'ils en tirent... J'ai noté que ce n'est pas le cas dans certaines constructions théoriques sous le label 'Communisation', bien qu'elles se donnent pour embrasser la totalité. Et c'est précisément le défaut qui les conduit dans certaines précipitations tant en théorie qu'en pratiques théoriques... quitte à faire marche arrière, à suspendre le pas de la fuite en avant théoriste

« [le texte Fin de Mee­ting (TC 23, 2010)], écrit en 2009, allait vite en besogne. Le cours de la crise s’est révélé beau­coup plus com­plexe, met­tant en mou­ve­ment des classes, des seg­ments de classe et des for­ma­tions sociales hété­ro­gènes que nous avions négli­gés, non pas dans une ana­lyse géné­rale du capi­tal mais dans les rai­sons d’être de cette revue. Il arrive que le cœur prenne le pas sur la cervelle.» Théorie Communiste, Fin de parti(e) octobre 2013

rendons à César... tout le monde ne reconnaît pas aisément ses erreurs... Mais à mon sens c'est aussi dans son « analyse générale du capital » que TC a négligé des éléments essentiels, ou plutôt qu'il les a soumis trop mécaniquement à la structure des contradictions essentielles du capitalisme. Le problème rencontré n'est donc pas que de focale ou de champ d'observation - l'équipe de TC est fine observatrice - mais aussi de re-construction abstraite dans le tout de l'articulation des contradictions qu'on disait "secondaires". C'est un problème de méthode dialectique spatio-temporelle d'élaboration théorique, que l'on retrouve nécessairement dans la redescente sur terre, quand il s'agit d'exposer les résultats de l'analyse, et trop souvent de le faire en les simplifiant jusqu'à leur caricature y compris de la part de membres de TC

une fois repérés les éléments déterminants, les caractéristiques majeures de la période actuelle, nous devons les tenir ensemble, quitte à assumer leur complexité, l'impossibilité de voir véritablement où cela conduit. À cet égard, les Dix thèses de Lefrançais ne manquent pas de tomber dans le piège du récit, récit passé, récit présent, récit à venir, en avançant des hypothèses intéressantes mais hasardeuses amalgamées par différentes références théoriques (situationnistes, décadence, communisation...) dont la cohérence factice ne tient qu'à la forme littéraire qui les relie et les expose comme théorie

en ce sens autant faire littérature d'un engagement communiste ne pose que des problèmes d'éthique et de poétique, autant l'inverse cache le plus souvent un défaut d'analyse théorique. On en trouve la marque y compris chez Marx, la formule littéraire ou poétique venant cacher l'imprécision théorique, dans L'Idéologie allemande, dans le Manifeste, dans les textes polémiques (contre Stirner, Proudhon, Bakounine...), car Marx se laissait parfois emporter par son talent, faute de mieux. Je n'ai pas manqué, longtemps et pour autant que je l'aies perdu, d'avoir ce travers et d'en payer le prix...

..« Daher stellt sich die Menschheit immer nur Aufgaben, die sie lösen kann, denn genauer betrachtet wird sich stets finden, daß die Aufgabe selbst nur entspringt, wo die materiellen Bedingungen ihrer Lösung schon vorhanden oder wenigstens im Prozeß ihres Werdens begriffen sind.» Karl Marx Zur Kritik der Politischen Ökonomie, VorWort

23 juin

manque de concepts ou concepts d'un manque ?

« La grande bifurcation » (G. Duménil et D. Lévy) : des cadres barbares ou socialistes ? 23 juin 2014 Michel Zerbato, Universitaire. Auteur de "Néolibéralisme et crise de la dette, aux éditions "Osez la République Sociale" (sic)

d'un article paru sur

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

on ne va pas attendre une « transition » en termes révolutionnaires. Visez encore la Marianne de Delacroix... Néanmoins, pour le début sur les marmites de l'avenir (formule prêtée à Engels alors qu'elle est de Marx), et l'interrogation finale sur l"hypothèse que « la classe intermédiaire des cadres » autrement dit les couches moyennes supérieures de salariés, « devra un jour choisir son camp. »...

Extraits

« Quand on demandait à Engels de dire quelles seraient les grandes lignes d’organisation de la société post-bourgeoise, il répondait ne pas être là « pour faire bouillir les marmites de l’avenir ». Car il savait que, si selon l’analyse critique des lois du capital, le sens de l’histoire condamnait le capitalisme à son propre dépassement, celui-ci n’était pas pour autant écrit dans son détail, tant il dépendait aussi des tours pris par la lutte des classes.

C’est ce même parti que prennent les auteurs de ce livre1, Gérard Duménil et Dominique Lévy. Très largement connus pour leurs travaux théoriques, notamment en macroéconomie, ils se proposent de se situer dans la ligne marxiste afin de « mener une enquête sur la dynamique du capitalisme ».

Ainsi, les auteurs analysent la période de forte croissance d’après-guerre, les fameuses « Trente glorieuses », comme un moment d’alliance « à gauche » des cadres avec les classes populaires, ce qui libéra les conditions d’une forte accumulation de capital, d’un fort progrès technique, d’un forte hausse des revenu et une baisse des inégalités. Mais cela aboutit aussi, à la fin, sous l’effet de la crise du profit de la fin des années soixante, à un blocage de l’accumulation, combattu par le recours à un chômage structurel croissant et une forte inflation qui pratiquait l’« euthanasie des rentiers ». Il en résulta un renversement d’alliance, les cadres rejoignant les capitalistes pour promouvoir et mener les politiques « monétaristes » de restauration des patrimoines et des profits. Le néolibéralisme, dirigé contre l’inflation et les transferts sociaux, succède ainsi au keynésianisme afin de rétablir l’hégémonie de la finance et assurer la « revanche des rentiers » (des capitalistes).

Où cela peut-il conduire ? Le néolibéralisme ne peut pas continuer tel quel, miné par ses contradictions internes, mais les trajectoires suivies sont tendanciellement différentes aux É-U et en Europe. Selon les auteurs, aux É-U, il semble que la tendance soit plutôt à la consolidation d’un néolibéralisme revivifié par les bas salaires et le faible coût de l’énergie (grâce au gaz de schiste), avantages dont il dispose pour l’instant, mais un néolibéralisme « néomanagérial », c’est-à-dire financiarisé et sous domination des cadres.

Entre méfiance envers un enthousiasme excessif et volonté de ne pas renoncer, ce livre veut porter l’espoir que les luttes sociales parviendront à transformer le monde pour peu qu’elles parviennent à le faire bifurquer dans la bonne direction.
Acceptons-en l’augure, même si on peut s’interroger sur certaines bifurcations de l’analyse. Ainsi, il n’est pas certain que la structure de classe bipolaire capitalistes-ouvriers sur laquelle Marx a fondé sa prédiction de la fin de la société de classes soit dépassée. Dans la ligne de Marx, on peut très bien faire des cadres une classe intermédiaire, une nouvelle petite-bourgeoisie, qui n’aura jamais vocation à devenir dominante, mais qui devra un jour choisir son camp. À la fin, le résultat est le même, dira-t-on, et pourquoi ne pas considérer que ce livre explore les principes et les conditions de la transition. À méditer.

Mais à faire de la prospective de temps long, au prétexte de l’urgence, on oublie le temps court, celui de la crise, de la réalité de la vie, on oublie l’état de la conscience de classe des classes populaires, qui peut les conduire à bifurquer à l’extrême droite, autre configuration néolibérale déjà vue, alliant cadres et bourgeoisie. Il manque donc une articulation de la gestion de la crise actuelle aux tendances longues décelées. On peut avoir l’impression qu’aux yeux des auteurs, la crise structurelle ouverte à la fin des années soixante n’est déjà plus qu’un accident de parcours, un épiphénomène, et qu’au fond, l’hypothèse cadriste leur permet, à juste titre, de réfuter le duo catastrophisme du grand soir-gradualisme de la social-démocratie originelle, mais qu’elle n’est pas plus qu’une fiction désincarnée supplémentaire.

Gérard Duménil et Dominique Lévy, La grande bifurcation. En finir avec le néolibéralisme, Éditions La Découverte. L’horizon des possibles, Paris, 2014.
Gérard Duménil et Dominique Lévy, Économie marxiste du capitalisme, Éditions La Découverte. Repères, Paris, 2003

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 2003, toujours bizarre de prêter à Marx une économie marxiste, alors qu'il a écrit avec Le Capital une « Critique de l'économie politique »

PS : les professeurs ont de la classe

il me revient qu'Alain Bihr définissait une classe de l'encadrement. Il est toujours plaisant de constater comment ces universitaires "marxistes", voire le concernant "libertaire", ne s'intègrent jamais dans la reproduction idéologique du capitalisme. « Qui éduquera les éducateurs ? » Marx

une difficulté à articuler concrètement critique du capital et perspective communiste : trop de réel pour un manque de luttes... et de rêve ?

les critiques du capitalisme ne manquent pas. Elles n'ont jamais été si nombreuses, si l'on songe que le terme même de 'capitalisme' avait pratiquement disparu du vocabulaire dans les années 1980-90, hormis dans la critique marxiste traditionnelle et dans ce qui restait du mouvement ouvrier défait dans la restructuration engagée quinze ans avant

les critiques du capitalisme peuvent être rangées entre deux opposés, selon la perspective qui les sous-tend de le sauver ou de l'abolir. Entre les deux, toutes les variantes plus ou moins réalistes

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au nombre des premiers, les sauveurs du capital, on peut ranger les Paul Jorion, Thomas Piketty... et toute une galaxie d'économistes et de politiques, et de philosophes humanistes qu'ils soient de gauche ou de droite ou sans ancrage précis (Morin, Sloterdijk...)

dans la critique des philosophes partisans du communisme, tels que Zizek, Badiou, Rancière... beaucoup de blabla sans fondements critiques du capitalisme réel comme économie politique. La critique radicale de la valeur, nonobstant son agitation médiatique, confine à la "neutralité" universitaire en l'absence de considérations des luttes. Les anti-capitalistes altermondialistes se cherchent après l'effondrement de l'idéologie démocrate radicale. Les amateurs d'émeutes les versent toutes dans le même sac sans considération de contenu. Les anarchistes sont mariés à la police... Le courant communisateur marque le pas dans sa course théorique en-avant du sujet révolutionnaire perdu... Le concept de commun peine à cliver sur une ligne de rupture avec le citoyennisme...

des prospectives problématiques entre théories et analyses concrètes inter--nationales

d'où qu'elles viennent et quoi qu'elles se proposent ces critiques sont plus ou moins radicales et comportent toujours une part de prospective, c'est-à-dire de projection sur le futur de la situation actuelle selon diverses hypothèses d'interventions politiques ou révolutionnaires

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ce qui n'est pas toujours clair, ce sont les pré-supposés idéologiques de ces diverses projections, mais, hormis les plus théoriques et les moins empiriques, la plupart sont traversées par une analyse du capitalisme fondée sur la partition de l'espace géographique en états-nations ou régions politico-économiques du monde

les critiques radicales héritant du marxisme ne sont pas mieux armées pour faire de la prévision quant aux soubresauts réels de la crise économique, et ce ne sont pas elles qui ont prédit celle de 2008. La notion de cycles (Kondratiev, ondes longues, etc.) tels qu'ils pouvaient se lire, après coup et avec une relative pertinence au sein du capitalisme au XIXème siècle ou dans sa première phase de subsomption réelle jusqu'aux années 1970, avant la restructuration globale, cette notion de cycles n'est d'aucune aide prévisionnelle aujourd'hui. Le « système capitaliste » est devenu trop complexe pour répondre à une causalité dialectique linéaire, à des modèles prévisionnistes mathématiques, alors qu'ils sont plutôt bons pour les joueurs de la finance, mais leur influence un jeu à somme égale pour le devenir global du système

la 'ville globale' comme rencontre entre critique du capital et lutte communiste ?

le concept de ville globale de Saskia Sassen me semble intéressant et pourrait rejoindre du côté révolutionnaire l'idée de Toni Negri selon laquelle « La métropole est à la multitude ce que, autrefois, l’usine était à la classe ouvrière » PDF 2006, du côté réformiste celle d'« un nouveau lieu privilégié de l’exercice de la souveraineté populaire et de la citoyenneté » La ville est un espace intéressant pour définir une politique » entretien avec Saskia Sassen, L'Humanité juillet 2013). Mais il laisse sur sa fin concernant tout un pan de luttes sur le commun qui n'ont rien d'urbaines. Il appelle plutôt à leur « jonction » sur une base radicale rupturiste. De ce point de vue, Sassen serait dans la critique du capital, Negri dans la perspective communiste

 

une surestimation de la politique des États-Nations et organismes politiques mondiaux

autrement dit, la difficulté qui est la mienne d'articuler critique du capital et perspective communiste se double de leur difficulté à analyser le capital sur la base de ses pouvoirs économiques déterminant les politiques, et ce qui me semble une sous-estimation de la puissance en réseau des « maîtres du monde », ceux qui contrôlent les flux du capital aussi bien que la politique des Etats-Nations

757 groupes internationaux contrôlent 80% des multinationales

147 multinationales et intermédiaires financiers qui ont des intérêts les uns avec les autres, contrôlent 40% de la valeur économique des groupes du monde entier, seulement 50 groupes financiers (banques et assurances) possèdent la majeure partie de ces 147 multinationales

Ambiance sombre pour un monde à la dérive, tout porte à croire que les populations humaines sont en phase terminale. Une étude publiée récemment en Suisse montre que l’ensemble des multinationales de la planète est contrôlé par seulement 737 multinationales et groupes financiers, et donc par leurs actionnaires qui sont eux aussi souvent les mêmes. Avec la crise économique, cette information capitale est complètement passée inaperçue. Retour sur un système économique global de moins en moins démocratique.

Cette étude est inédite puisque un faisceau de domaines multiples s’entrecroisent : économie, statistiques, finances, mathématiques, etc. Ce rapport passe au crible l’ensemble des multinationales pour comprendre l’étendue de leur pouvoir qui supprime officieusement le pouvoir des gouvernements du monde.

Réalisée par 3 chercheurs de l’Institut Fédéral de Technologie de Zurich, l’étude « the network of global corporate control » a analysé 43 060 multinationales [1] dans pas moins de 116 pays ainsi que leurs interconnexions. Même les filiales ont été passées au peigne fin.

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Au final, les chercheurs ont constaté avec effroi que 80% de la valeur de ces 43 060 multinationales sont contrôlés intégralement par 737 groupes financiers ou industriels. Et encore plus loin, 147 multinationales et intermédiaires financiers qui ont des intérêts les uns avec les autres, contrôlent 40% de la valeur économique des groupes du monde entier.

On frémit à l’idée que seulement 50 groupes financiers (banques et assurances) possèdent la majeure partie de ces 147 multinationales.

Ils constatent également avec stupéfaction que les acteurs les plus puissants ont un niveau de contrôle supérieur à ce que laisserait supposer leur fortune réelle.

Il existe donc une sorte d’épicentre de compagnies très fortement interconnectées en comparaison du nombre total de multinationales. Chacune des multinationales de ce noyau dur est connectée avec en moyenne 20 autres membres du noyau dur en question, si bien que ¾ de la valeur de ces firmes sont détenus par les autres multinationales de ce groupe central.

une question se pose que je n'ai pas étudiée, c'est en quoi la composante ou base nationale de ces groupes permet de supposer que la structure globale du capital est encore déterminée par des considérations géo-économiques et géopolitiques, y compris quand l'analyse en est faite sur une base marxiste comme celle de Mylène Gaulard concernant la Chine (restructuration du capital mondial : et la Chine ?)

en quoi, pour qui et quoi cela a-t-il un sens de s'interroger sur le capitalisme chinois, américain, européen... ?

faut-il croire que ces superpuissances économiques d'un capitalisme sans frontières seraient assez naïves pour mettre leurs œufs dans un même panier, qu'il soit étatsunien, chinois, européen, indien... où en est-on de la composition inter-nationale des multinationales ?

dit autrement, ces grands groupes n'ont-ils pas envisagé - aussi bien que les communistes attendant la grande crise de reproduction du capital global comme fenêtre révolutionnaire - une restructuration débarrassée non seulement du handicap des Etats-Nations, mais allégée de base capitalistique nationale, de sorte que la fonction de l'État soit assurée de manière autonome au niveau mondial par leur propre gouvernance via leurs organismes ou directoires internationaux. La concurrence que se mènent ces groupes, pour autant qu'ils interviennent dans les mêmes branches de production/reproduction et que cette notion même de branche économique ait encore une pertinence, peut bien laisser sur le carreau, dans une aggravation de la crise, une part d'entre eux, en quoi cela empêcherait-il les autres de revivre au-delà de toute contrainte d'appartenance à une nationalité ?

ma question peut sembler naïve puisque cette structuration n'est pas une hypothèse, qu'elle est engagée de façon stratégique pour se prémunir des effets de la crise en telle ou telle région du monde. Au-delà de théories dépendant de leurs hypothèses de base qui ignorent cette question, nous n'avons pas d'outils d'analyse à la hauteur

lutter mais pas rêver ?

 « Il faut rêver !... Un marxiste a-t-il le droit de rêver ?... Mon rêve peut devancer la marche naturelle des évènements... Rêvons mais à la condition de croire sérieusement en notre rêve, d'examiner attentivement la vie réelle, de confronter nos observations avec notre rêve, de réaliser scrupuleusement notre fantaisie !... Des rêves de cette sorte, il y en a malheureusement trop peu dans notre mouvement, par le fait de ceux-là même qui s'enorgueillissent le plus de leur bon sens, de leur exacte approximation des choses concrètes. » Lénine Editions de Moscou Tome V p. 523

toujours est-il qu'à cette échelle et à ce niveau d'affrontement global, on n'observe aucune puissance communiste émerger des luttes, qu'elle se structure sur une ligne de classe prolétarienne ou dans la constitution d'une multitude révolutionnaire autour du commun. Dans une crise avancée de reproduction du capitalisme comme mode de production, on voit aujourd'hui davantage de sauveteurs potentiels sur une ligne de réforme, y compris en termes de valeurs éthiques de civilisation, que de révolution en termes d'abolition. On voit assez bien venir une crise globale du capital mais pas encore comme crise révolutionnaire

pour un temps indéterminé, le capital a une longueur d'avance, ce qui ne saurait nous empêcher de lutter et de rêver, entre « la vie réelle » du capital et « notre fantaisie » du communisme

« Une formation sociale ne disparaît jamais avant que soient développées toutes les forces productives qu'elle est assez large pour contenir, jamais des rapports de production nouveaux et supérieurs ne s'y substituent avant que les conditions d'existence matérielles de ces rapports soient écloses dans le sein même de la vieille société. C'est pourquoi l'humanité ne se pose jamais que des problèmes qu'elle peut résoudre, car, à y regarder de plus près, il se trouvera toujours, que le problème lui-même ne surgit que là où les conditions matérielles pour le résoudre existent déjà ou du moins sont en voie de devenir.» Karl Marx Critique de l'économie politique 1859

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2 juin

«Le capitalisme est entré dans des logiques d’extraction et de destruction » Saskia Sassen Repris À l'Encontre Le Monde 25 avril 2014

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le vieux est l'avenir du monde

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... old color of Benetton

« la démographie, clé de voûte du monde de demain » Pierre Sabatier mars 2014

Les prévisionnistes commentent souvent la conjoncture, en oubliant les éléments structurels dont dépendent nos modèles de société... C'est exactement ce qui s'est passé lorsqu'on observe l'évolution des déterminants de nos économies depuis 1950.

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... évolution de la principale force non productive

L'étude de l'évolution démographique des pays industrialisés nous donne une bonne idée de la profonde remise en cause à venir de nos modèles de société, de ce qu'on peut attendre en termes d'inflation, de croissance, mais aussi de l'évolution du prix des actions, des obligations ou de l'immobilier dans les décennies à venir.

tout ça c'est bien beau, mais comment fonder une analyse du capitalisme sur des bases économiques nationales ou régionales ? Ça n'a d'intérêt que du point de vue de l'économie politique, de la concurrence inter-capitaliste (et inter-étatique). À mon sens pour le devenir du capital global, les frontières comptent peu. De ce point de vue le capitalisme n'est ni nationaliste ni même raciste

en clair et au feeling, je ne crois pas à une crise de reproduction mondiale débouchant sur une communisation à courte échéance mais plutôt sur une nouvelle restructuration

25 mai

le capitalisme comme géographie : David Harvey vs Hardt&Negri

j'ai dit considérer le capitalisme comme histoire et structure, comme on dirait en musique horizontalité et verticalité, mélodie et harmonie. Cette considération de ce qui se passe dans le temps ne doit pas reléguer au second plan l'espace. Nombre de marxistes ont analysé la mondialisation, la globalisation capitaliste en ce qu'elle change la structure du capital. Ainsi Théorie Communiste parle-t-il de la restructuration du capital opérée depuis la fin des années 60, comme n'étant pas une simple expansion quantitative mais introduisant un changement qualitatif dans le fonctionnement du système, avec l'effondrement de la lutte de classes fondée sur la puissance de la classe ouvrière et ses conséquences : asystémie de la revendication salariale, zonage du monde cassant la répartition entre centre et périphérie du Nord et du Sud, les premier, second, tiers mondes...

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

c'est pourquoi le terme d'origine anglo-saxonne de globalisation peut être préféré à celui de mondialisation, qui semble indiquer une continuité dans l'histoire du capitalisme depuis ses origines (notamment par le commerce maritime, puis le commerce triangulaire atlantique et la traite des esclaves entre l'Afrique, l'Europe et les Amériques

les marxistes répugnent généralement, à juste titre, à la géopolitique focalisée sur les rapports de force entre nations et régions du monde. La globalisation se produit néanmoins dans un espace concret qui, s'il n'est pas défini uniquement par les relations entre États, est investi par les puissances économiques, les grands groupes n'ayant ni frontières nationales ni patrie (penser aux péripéties actuelles d'Alsthom, et aux gesticulations d'Arnaud Montebourg)

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 2014

Globalization is a dominant feature and force in the contemporary world, impacting all areas of business, economics, and society. This accessibly written overview of contemporary capitalism shows how the development of global supply chains, the global division of labour, and, in particular, the globalization of financial markets have become the drivers of this process, and assesses the consequences. Not only does this affect the way firms operate, it also presents challenges for the nation state. The changing geography of capitalism underpinned by an expanding global division of labour and the integration of financial markets has undercut the bordering logics necessary for the maintenance of national systems of production, national varieties of capitalism, and national systems of social protection. Reviewing a range of debates and theories across the contemporary social sciences - varieties of capitalism, financialization, global production networks - the book shows how the insights of economic geography can be usefully brought to bear in understanding current trends, and the changing relationships between global financial markets, multinational firms, and contemporary welfare states. Wide-ranging, accessibly written, and inter-disciplinary, this short book is a most useful guide for researchers and students across the social sciences.

il existe donc une géographie du capitalisme, et c'est à la constituer comme théorie que se sont attachés

il existe donc une géographie du capitalisme, et c'est à la constituer comme théorie que se sont attachés des marxistes. Un des plus connus est le Britannique David Harvey. Pour un aperçu de ses apports à cette «géographie radicale» ou «critique»

Géographie du capitalisme, Catherine Fournet-Guérin, idées.fr juillet 2008

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 2011 extraits 2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 2006 Space of Global Capitalism

dans l'auto-discussion engagée ici, il est intéressant de confronter les positions d'Harvey à celles de Negri et Hardt, ce qu'ils n'ont pas manquer de faire eux-mêmes

Commonweath, an Exchange, analyse de Harvey et réponse de Hardt&Negri, novembre 2009

en attendant de comprendre mieux accords et désaccords, je relève que Harvey, nonobstant ses analyses sur la géographie du capital, reste profondément attaché au primat de la lutte des classes

« No Matter how important race, gender, and sexual identity may have have been in the history of capitalism's development, and no matter how important the struggles waged in their name, it is possible to envisage the perpetuation of capitalism without them - something that is impossible in the case of class »

« Peu importe combien importants peuvent avoir été la race, le genre et, le sexe et l'identité sexuelle dans l'histoire du développement du capitalisme, et peu importe de quelle importance furent les luttes menées en leur nom, il est possible d'envisager la perpétuation du capitalisme sans eux - quelque chose qui est impossible dans le cas de la classe »

Negri et Hardt répondent

« What is to begained by insisting that class has priority with respect to other identity domains and, moreover, that other forms of struggle, such as those based on gender, race, and sexuality, cannot be revoltionary ? »

« Qu'est-ce qu'on gagne en insistant sur le fait que la classe a la priorité sur les autres domaines d''identités et, en outre, que les autres formes de lutte, telles que celles basées sur le sexe, la race et la sexualité, ne pourraient être révolutionnaires ?

The point is not to choose among these axes of domination or even to rank them in order of importance but rather to analyse how capital functions together with coloniality, racism, gender hierarchy, and other mechanisms of domination. Although theses undoubtely intersect in significant and complex ways, there is relative autonomy to the different axes of domination and exploitation. This recognition points us toward the long history of revolutionnary thought and practice in feminism and black radicalism, as well as in other race- and identity- based movements (from which the dominant stream of Marxism has a lot to learn).

L'important n'est ne pas de choisir parmi ces axes de domination ou même de les classer par ordre d'importance, mais plutôt d'analyser comment le capital fonctionne avec la colonialité, le racisme, la hiérarchie entre les sexes et d'autres mécanismes de domination. Bien que sans doute les thèses se croisent de façon importante et complexe, il y a une autonomie relative des différents axes de domination et d'exploitation. Le reconnaître pointe vers la longue histoire des idées et pratiques révolutionnaires dans le féminisme et le radicalisme noir, ainsi que dans d'autres mouvements basés sur la race ou d'autres identités (dont le courant dominant du marxisme a beaucoup à apprendre).?

voilà qui fait écho à la réponse que font à cette question tous ceux qui se sont penchés sur l'intersectionnalité classe/genre/race dans une approche marxiste. Voir par exemple la synthèse de Cinzia Cerruzza dans critique du capital : des classes du genre et de la race, intersectionnalité, communs...

« Le capitalisme existe toujours dans des formations sociales concrètes qui ont leur histoire spécifique. Comme je l’ai déjà dit, ces formations sociales ont toujours été caractérisées par une présence persistante et vivace de l’oppression de genre. / Il s'agit de lire les intersections entre genre, classe et race et de déchiffrer la relation complexe entre les éléments patriarcaux archaïques qui subsistent à l'état de fantômes dans un monde capitaliste mondialisé et ceux qui, au contraire, ont été entièrement intégrés, utilisés et transformés par le capitalisme. Cela demande un renouvellement du marxisme, susceptible d'aller au-delà de l'opposition du culturel et de l'économique, du matériel et de l'idéologique.»

c'est un renouvellement du marxisme que ne semble pas envisager David Harvey. Ce qui est vrai des « formations sociales concrètes qui ont leur histoire spécifique » ne l'est-il aussi pour la géographie du capitalisme ?

mais Harvey n'en a pas fini avec la nécessité de l'Etat pour sortir du capital, l'espace public plutôt que le commun...

n'ayant fait que survoler le texte sans aborder vraiment la question de la géographie capitaliste, j'y reviendrai...

15 mai 2014

Vietnam-Chine

« la plus forte série d'émeutes antichinoise qui se produit au Vietnam depuis la réunification du pays en 1975 » et la chute du gouvernement pro-américain de Saïgon

le pétrole met le feu aux poudres dans les eaux territoriales, des dizaines d'entreprises chinoises, taïwanaises et sud-coréennes sont saccagées...

«On dirait que toute la zone industrielle a été frappée par un typhon»

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

dans la presse

Le Vietnam se déchaîne contre les Chinois, Libération

Emeutes anti-Chine au Vietnam : un mort et des dizaines de blessés, Le Parisien

Flambée de violence antichinoise au Vietnam, Le Monde

Plus d’une dizaine de “Chinois” tués au Vietnam, Les Échos

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

loin du bras de fer USA-Europe /Russie en Ukraine, la crise est ouverte en Asie. Un réveil nationaliste sur fond de guerre économique pour les marchés à l'export

Le contexte économique du Vietnam, chiffres récents

8 mai

Roland Simon se réveille au milieu de son gué théorique

dans les quelques mots critiques à propos de « Une séquence particulière,  où en sommes-nous dans la crise ? », j'avais formulé mon insatisfaction de voir cette séquence définie comme « crise de la société salariale », avec la centralité du travail productif, pour ne pas dire du travailleur productif.

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... Thomas Fogarty

à l'occasion d'une discussion chez dndf sur la situation en Ukraine, Roland Simon fait une mise au point intéressante :

À la suite du texte Une Séquence particulière, je voudrais ajouter quelques commentaires méthodologiques relatifs à sa lecture

Dans l’appréhension ordinaire, convenue, allant de soi de la lutte de classe, tout se passe comme si on avait d’un côté les classes dans leur situation, leur contradiction, ce qu’elles doivent être et faire conformément à leur être comme disait Marx dans La Sainte famille : « Il ne s’agit pas de savoir quel but tel ou tel prolétaire, ou même le prolétariat tout entier, se représente momentanément. Il s’agit de savoir ce que le prolétariat est et ce qu’il sera obligé de faire, conformément à cet être. » (Marx, op. cit., éd. Soc., p. 48. ) ; et de l’autre, des circonstances, des dires, des façons d’être immédiates, des idéologies, en un mot des accidents. Et, entre les deux, rien. Comme si cet autre coté ne venait que comme un accident, une gêne ou une entrave momentanées, extérieurs à l’être et à son devenir nécessaire. En bref, quelque chose dont on ne saurait pas trop quoi faire, sinon qu’il faut « faire avec ». Pour reprendre les questions abordées dans le texte Une Séquence particulière c’est comme si l’on disait que le local, l’ordre genré, les « riches et les pauvres », l’élite, les assistés, le racisme, etc., ne faisait que perturber désagréablement la structure des relations et des contradictions de classes.

D’un côté la lutte de classe telle qu’en sont concept et, à côté, occasionnellement, des circonstances. Mais, il est dans la nature du concept que les conditions existantes soient ses conditions d’existence. Lorsque nous introduisons les conditions existantes, nous sommes toujours dans le concept, dans le « concret de pensée ».

Dans la problématique programmatique d’un « être révolutionnaire » de la classe, la sentence de Marx est définitive, autosuffisante, on passe à autre chose, et on peut en toute tranquillité d’esprit, toute innocence, se livrer à l’analyse du cours historique du mode de production capitaliste, du cours empirique des luttes de classe et de leur devenir révolutionnaire déjà connu (même s’il n’est pas inéluctable). Mais voilà, le dépassement révolutionnaire du mode de production capitaliste est un dépassement produit, une sorte de point historique inconnu (une conjoncture, même si elle n’est pas fortuite en regard de ce qu’est le capital comme contradiction en procès), et la question ne se présente plus alors, dans chaque analyse particulière, comme celle d’une « disharmonie » conjoncturelle, sans grand intérêt théorique et sans conséquences majeures sur un aboutissement inéluctable ou non, mais dans sa définition déjà connue.

En résumé, considérer le cours des choses sur cette base ne pourrait que nous conforter dans un normativisme bien tranquille : la situation est telle, mais nous savons que ce n’est qu’une « disharmonie » momentanée, cela parce que l’avenir nous appartient, mais, surtout, parce que, dès maintenant, ce qui se passe, c’est-à-dire ce que fait le prolétariat, ne correspond pas à l’être que nous (la théorie) nous connaissons, en quelque sorte ce n’est pas « rationnel » et donc à peine « réel ». Ainsi, chaque situation, chaque « moment actuel », comme le plat du jour se décomposerait en son noyau essentiel et sa garniture : un peu plus de frites ou un peu plus de salade.

À partir du moment où « sa propre situation », comme dit Marx à propos du prolétariat, n’est pas un être, mais réellement une « situation », c’est-à-dire un rapport et donc une histoire, on ne peut plus se contenter de la tranquillité et de l’innocence normatives, on ne peut plus considérer les circonstances simplement comme telles et passer les disharmonies avec l’être dans sa nécessité par pertes et profits. On ne peut plus, avec le Marx de La Sainte Famille, dire « peu importe », car c’est justement cela qui importe (après l’expérience des années 1848 – 1852, Marx aura quelques doutes sur ce « peu importe »). La théorie n’en est pas pour autant ballotée au gré des vents de l’actualité. C’est dans le cours même de l’analyse, dans les caractéristiques concrètes spécifiques de chaque objet, que la théorie dit le fondement (la contradiction) et la particularité de sa critique de cet objet, c’est-à-dire de façon inséparable les circonstances et leur raison d’être. La disharmonie n’est pas rejetée à l’extérieur de l’objet comme cela apparaît dans une théorie normative.

Il ne s’agit pas d’un fataliste « c’est ainsi ». Si, dans ce cycle, la limite de chaque lutte et même de tout rapport à un moment donné entre le prolétariat et la capital, c’est fondamentalement le fait d’ « agir en tant que classe » ou simplement d’être une classe, la limite est alors inhérente et existera nécessairement toujours de façon spécifique à la lutte et à la situation et selon les modalités de la reproduction du mode de production capitaliste dont le prolétariat est une classe. Cette limite est une nécessité, d’une part quelque chose qui ne peut pas ne pas être, ce sans quoi aucune lutte n’aurait lieu et sans quoi toute situation serait simplement un « c’est ainsi » et, d’autre part, un moment de l’autoprésupposition du capital. La limite est une façon concrète de dire simultanément dans la théorie et la disharmonie qu’elle ne rejette pas hors d’elle comme accidentelle ou sans intérêt et le fondement, la raison d’être, elle dit même que sans la disharmonie elle ne serait pas. Une théorie non programmatique et non normative se bat constamment avec elle-même, parce qu’elle n’est jamais transparente à elle-même (toujours auto-occultée dans sa propre démarche).

Cette disharmonie ne tient pas seulement à des circonstances momentanées, à des moments particuliers, elle est inhérente au fait que si être une classe est une situation objective donnée comme une place dans une structure, parce que cela signifie une reproduction conflictuelle et donc la mobilisation de l’ensemble du mode de production, cela implique une multitude de rapports qui ne sont pas strictement économiques dans lesquels les individus vivent cette situation objective, se l’approprient et s’auto-construisent comme classe. Et l’on ne peut pas faire comme si cela n’avait aucune importance, comme si l’être était ailleurs, dans une pureté inaccessible.

On peut comprendre que dans les aires centrales du mode de production capitaliste, l’identité ouvrière a longtemps masqué cela. Elle était une construction sociale que venait confirmer les modalités de la reproduction du capital dans la période antérieure à la restructuration des années 1970. Elle était un vécu idéologique au travers de la division du travail, de la relation aux travailleurs immigrés, des rapports entre hommes et femmes, de la relation à la nation, etc., mais qui avait la singulière faculté d’apparaître comme une situation objective. La relation vécue aux rapports de production se donnait comme les rapports de production eux-mêmes. On ne peut plus tellement dire que cela soit le cas aujourd’hui.

devant cette précision qui n'est évidemment pas que « méthodologique », on a envie de dire « dont acte ». Mais alors Théorie Communiste est renvoyé à sa construction structuraliste autour de la contradiction entre classes antagonistes comme centrale, englobant toutes les autres. La question qui se pose dans le capitalisme comme société réelle (pas seulement salariale), c'est effectivement « la façon spécifique à la lutte et à la situation » dont se construit « le fait d'«agir en tant que classe» ou simplement d'être une classe » et s'exprime « la limite de chaque lutte »

le gros inconvénient de cette démarche méthodologique, au milieu du gué théorique, c'est que l'antagonisme de classe se présentant comme contradiction binaire subsumant les autres comme modalités particulières (dans ce texte, même la contradiction de genre n'y échappe pas), la situation globale est vue de façon linéaire entre les deux pôles, avec, entre les deux classes antagonistes, « la classe moyenne », et la généralité floue de l'interclassisme

« [La] séquence comporte le moment interclassiste inhérent à "la force de travail socialisée". [...] Dans leur généralité interclassiste, les mouvements sociaux qui, sur la base du salaire comme rapport de distribution, se cristallisent sur la légitimité de l’État vis-à-vis de sa société [...].»

La «  tension à l’unité  » qui existe il est vrai dans les luttes interclassistes ne doit pas gommer les conflits ni laisser supposer que leur résolution est déjà donnée, que la jonction de ces luttes est inscrite en elles. La dissolution de la classe moyenne, le dépassement du stade des émeutes et le franchissement de ce « plancher de verre » que demeure vis-à-vis de la plupart des mouvements sociaux actuels la question de la production dépendent de pratiques conjoncturelles. Pourquoi la classe moyenne n’œuvrerait-elle pas plutôt à la victoire de la contre-révolution  ? Pourquoi dans la segmentation de la classe ouvrière, surtout dans des aires de vaste économie informelle, la fraction plus ou moins stable de la classe ouvrière ne verrouillerait pas ses luttes et les résultats qu’elle en espère... ?

la « tension à l'unité » : un fantasme de la théorie inhérent à la méthode structuralo-dialectique

outre que cette notion de «tension à» sonne comme du 'Temps Critiques', le problème général de Théorie Communiste en particulier et de toutes les théories en général est de tendre à l'unité d'un concept centralisateur, et partant à tout formuler au singulier, au sens grammatical. Chacun son truc : pour la Wertkritik, par exemple, c'est la valeur, qui ne produit d'ailleurs pour ses théoriciens aucune lutte déterminante à observer dans un quelconque anglemort : la critique de la valeur est dans un angle mou. Aucune n'est véritablement fausse, mais le devient en tant que partielle, se donnant un point unique d'observation conceptuelle

si l'on cherche aujourd'hui une conjoncture dans lesquelles tend à se construire cette unité dans un affrontement aux limites sous le plafond de verre de la production, on n'en trouve pas : « La relation vécue aux rapports de production se donnait comme les rapports de production eux-mêmes. On ne peut plus tellement dire que cela soit le cas aujourd’hui.»

on ne comprend d'ailleurs pas pourquoi la reproduction (et partant la contradiction de genre), qui semblait déterminante dans son articulation avec la production, passerait après celle-ci dans la définition du capitalisme, actuel ou pas. Les luttes dans lesquelles c'est la reproduction qui est centrale pour ceux qui les mènent (les femmes, les salariés du secteur non productif, ceux qui se battent sans travail ni salaire pour survivre), n'agissent pas moins, et parfois mieux que les ouvriers productifs, « en tant que classe », ou du moins en tant que prolétariat voire multitude, devenu le sujet potentiel global dans une contradiction qui n'est plus entièrement réductible à l'exploitation de la force de travail productrice de plus-value

un peu l'impression d'un pas en avant et deux pas en arrière, sur la base structuraliste de la théorie

à mon sens, le premier moment à attendre d'un début de renversement de la situation idéologique ne se résume pas à son observation sur la ligne classe ouvrière-classe moyenne-classe capitaliste. Il est dans le dépassement des identités particulières (de genre, de race, de citoyen national...) vers un ciblage du capital comme ennemi commun produisant des identités séparées. Cela ne peut se faire qu'à partir de chaque situation particulière sur la base de cette identité qui est pour, qui la vit, sa contradiction principale. Concernant la race, par exemple, c'est le passage de la Négritude, du Black is Beautiful au dépassement de l'identité de couleur dans la lutte pour abolir la racisation, les classes, le genre, mouvement dont j'ai donné moult exemple, et qu'exprime la formule « je ne veux plus être considéré·e comme un Noir, comme femme et noire etc.». J'ai donné plusieurs exemples de ce mouvement de dépassement dialectico-historique, avec Mbembé, Hardt-Negri...

aucun concept ne descend dans la rue

conceptuellement parlant, cela peut sembler de peu d'importance, puisque structurellement parlant, ce n'est pas faux, et si c'est d'un «grand intérêt théorique », cela ne peut sortir du cadre théoricien : le concept de classe n'abolit pas plus que celui de chien n'aboie

RS semble le dire : « Et l’on ne peut pas faire comme si cela n’avait aucune importance, comme si l’être était ailleurs, dans une pureté inaccessible.», mais sans sortir de son concept central autour de la production, dans sa pureté à laquelle il ne peut plus accéder que théoriquement, sans pouvoir redescendre à grands frais de rouages dialectiques. Alors, comme il l'a fait pour le genre, il court après les articulations impures avec d'autres contradictions. Mais il ne les trouvera pas dans le flou de la classe moyenne en attendant un dépassement de l'interclassisme vers une unité de la classe pour soi, ou plutôt il ne les trouvera comme il le dit que transitoirement dans le processus de communisation, d'ici là il n'y verra que du feu où il brûle sans fumée, alors que d'autres fumées ne sont pas sans feux

parce que la révolution devra dépasser des contradictions y compris antérieures au mode de production capitaliste, il ne faut pas attendre qu'elle se produise seulement dans une « relation vécue aux rapports de production eux-mêmes ». Si ce n'est pas « le cas aujourd’hui », cela signifie que ce ne le sera plus jamais, par définition de ce qu'est le capitalisme réel et le mouvement susceptible de l'abolir sur la base de ce qu'il est devenu comme société absorbant toutes les dimensions de la vie humaine et au-delà

franchir le pas : le paradigme révolutionnaire du commun

autrement dit, ce que ne disent pas les considérations sur l'interclassisme, ce sont les «tensions» au dépassement des identités particulières dans les luttes concrètes où celles-ci sont convoquées à se recouper avec d'autres dans la construction d'un en-commun, et ce qui importe à mon sens, c'est de voir dans quelles circonstances les luttes sont amenées à le faire, au-delà de luttes sur le salaire, dans toutes leurs dimensions de luttes contre le capital pour le commun

et vogue la galère, toujours les mêmes qui rament

28 avril 2014

« l'économie capitaliste peut-elle rebondir éternellement ? »

"Les dangers de la suraccumulation en Chine : une analyse marxiste" Mylène Gaulard vidéo 1h13 24 novembre 2012

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

la limite de cette analyse est qu'elle intervient avant les réformes décidées à l'automne 2013, voir restructuration du capital mondial : et la Chine ? dont je ne sais pas dans quelle mesure elles la remettent en cause... Quoiqu'il en soit, quel souffle pour exposer le marxisme en tant que critique de l'économie politique !

à paraître en mai

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

"La crise économique se profile en Chine. Les difficultés s’y accumulent, de manière toujours plus apparente. L’espoir d’un renouveau venu d’Asie, pour un capitalisme mondial affaibli, prend fin. Au-delà de la rigidité du régime politique, ou des désastres écologiques facilement relevés par les observateurs les moins attentifs, la formidable croissance de la Chine la mène à cette crise inévitable. Et cela parce que depuis 1949, sous l’étendard d’un socialisme usurpé, le capitalisme et son cortège de contradictions s’y renforcent toujours plus. S’appuyant sur les outils théoriques élaborés par Karl Marx, ce livre est consacré à une analyse rigoureuse et critique de ce processus"

27 avril

«Le capitalisme est entré dans des logiques d’extraction et de destruction » Saskia Sassen Le Monde 25 avril 2014

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

- Dans votre nouveau livre, vous avancez que la mondialisation est entrée dans une phase d’« expulsion ». Qu’entendez-vous par là ?

Saskia Sassen : Ces deux dernières décennies, un nombre croissant de gens, d’entreprises et de lieux physiques ont été comme « expulsés » de l’ordre économique et social. Des chômeurs sont rayés des listes de demandeurs d’emploi. Certains travailleurs pauvres ne bénéficient plus d’aucune protection sociale. Neuf millions de ménages américains ont perdu leur foyer après la crise des subprimes. Dans les grandes métropoles du monde entier, les classes moyennes sont peu à peu chassées des centres-villes, désormais hors de prix.

La population carcérale américaine a augmenté de 600 % ces quarante dernières années. La fracturation hydraulique des sols pour extraire le gaz de schiste transforme des écosystèmes en désert – l’eau et le sol sont contaminés, comme si on expulsait de la biosphère des morceaux de vie. Des centaines de milliers de villageois ont été délogés depuis que des puissances étrangères, étatiques et privées, acquièrent des terres aux quatre coins du monde : depuis 2006, 220 millions d’hectares, principalement en Afrique, ont été achetés.

[...]

Après moi le déluge! Fossil fuel abolitionism and the carbon bubble - part 1 libcom 14 avril

In part one of this two-part article, we look at the so-called ‘carbon bubble’ – assets priced based on 'unburnable' fossil fuels

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

Après moi le déluge! Fossil fuel abolitionism and the carbon bubble - part 2 libcom 21 avril

In part two of this two-part article, we look at the parallels between fossil-fuel abolitionism and the abolition of slavery in the 19th century United States

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

28 mars 2014

du mouvement le 22 mars... Capital, travail et reproduction

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... discussion

le 6 février dernier, une discussion (audio) Silvia Federici & George Caffentzis

Autonomous Marxists Silvia Federici & George Caffentzis stopped by when they were in town. Federici’s latest book Revolution at Point Zero, collects forty years of research and theorizing on the nature of housework, social reproduction, and women’s struggles as alternatives to capitalist relations. Caffentzis’ new work is In Letters of Blood and Fire: Work, Machines, and Value, a collection of essays that explores Marx’s relevancy in the 21st century.

Travail, machines et crise du capitalisme

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 

Karl Marx remarked that the only way to write about the origins of capitalism is in the letters of blood and fire used to drive workers from the common lands, forests, and waters in the sixteenth century. In this collection of essays, George Caffentzis argues that the same is true for the annals of twenty-first-century capitalism. Information technology, immaterial production, financialization, and globalization have been trumpeted as inaugurating a new phase of capitalism that puts it beyond its violent origins. Instead of being a period of major social and economic novelty, however, the course of recent decades has been a return to the fire and blood of struggles at the advent of capitalism.

Emphasizing class struggles that have proliferated across the social body of global capitalism, Caffentzis shows how a wide range of conflicts and antagonisms in the labor-capital relation express themselves within and against the work process. These struggles are so central to the dynamic of the system that even the most sophisticated machines cannot liberate capitalism from class struggle and the need for labor. Themes of war and crisis permeate the text and are given singular emphasis, documenting the peculiar way in which capital perpetuates violence and proliferates misery on a world scale. This collection draws upon a careful rereading of Marx’s thought in order to elucidate political concerns of the day. Originally written to contribute to the debates of the anticapitalist movement over the last thirty years, this book makes Caffentzis’s writings readily available as tools for the struggle in this period of transition to a common future.

Traduction automatique (désolé)

Karl Marx a fait remarquer que la seule façon d'écrire sur les origines du capitalisme est en lettres de sang et de feu des travailleurs du XVIe siècl, terrains communaux, forêts et eaux. Dans ce recueil d'essais, George Caffentzis affirme que c'est vrai pour les annales du capitalisme au vingt-et-unième siècle. Technologies de l'information, production immatérielle, financiarisation la mondialisation ont été vantées comme inaugurant une nouvelle phase du capitalisme, le situant au-delà de ses origines violentes. Pourtant, loin d'être une période de grande nouveauté sociale et économique,  les dernières décennies ont vu un retour au feu et au sang des luttes dans l'avènement du capitalisme.

Mettant l'accent sur les luttes de classes qui se sont multipliées à travers le corps social du capitalisme mondial, Caffentzis montre comment un large éventail de conflits, et les antagonismes dans la relation travail-capital, s'expriment dans et contre le processus de travail. Ces luttes sont donc au cœur de la dynamique du système que même des machines les plus sophistiquées ne peut libérer le capitalisme de la lutte des classes et le besoin de main de œuvre. Les thèmes de la guerre et de la crise imprègnent singulièrement, documentant la façon particulière dont le capital perpétue la violence et étend la misère à l'échelle mondiale. Cette série s'inspire d'une relecture attentive de la pensée de Marx, afin d'élucider les préoccupations politiques du jour. Écrit à l'origine pour contribuer aux débats du mouvement anticapitaliste au cours des trente dernières années, ce livre rend les écrits de Caffentzis facilement disponibles, comme outils pour le combat en cette période de transition vers un avenir commun.

en relation : un entretien entre George Caffentzis et John Baker, Mute novembre 2013

avec tout ça, de quoi se sentir un tantinet provincial... à l'écart ? s'il se trouve quelqu'un pour traduire quelques textes en prose française, personne ne s'en plaindra au pays de Molière

CCCC comme Critique de la Centralité du 'Capitalisme Cognitif' : Notes on the edu–factory and Cognitive Capitalism

écrit en 2007 par Silvia Federici et George Caffentzis, ce texte peut se lire comme une critique de la centralité du 'capital cognitif' dans les thèses de Hardt et Negri (Empire et Multitude etc.). Cette critique n'est plus une nouveauté, mais plus intéressante est l'articulation que proposent les auteurs avec les autres formes de luttes. Extraits

Second and most important are the political implications of an use of "cognitive capitalism" and "cognitive labor" that overshadows the continuing importance of other forms of work as contributors to the accumulation process.

There is the danger that by privileging one kind of capital (and therefore one kind of worker) as being the most productive, the most advanced, the most exemplary of the contemporary paradigm, etc., we create a new hierarchy of struggle, and we engage in a form of activism that precludes a re–composition of the working class. Another danger is that we fail to anticipate the strategic moves by which capitalism can restructure the accumulation process by taking advantage of the inequalities within the global workforce. How the last globalization drive was achieved is exemplary in this case.[...]

For this political "re–composition" to become possible, however, we need to see the continuity of our struggle through the difference of our places in the international division of labor, and to articulate our demands and strategies in accordance to these differences and the need to overcome them. Assuming that a re–composition of the workforce is already occurring because work is becoming homogenized— through a process that some have defined as the "becoming common of labor"— will not do. We cannot cast the “cognitive” net so widely that almost every kind of work becomes “cognitive” labor, short of making arbitrary social equations and obfuscating our understanding of what is new about "cognitive labor" in the present phase of capitalism.

It is an arbitrary move (for instance) to assimilate, under the “cognitive” label, the work of a domestic worker — whether an immigrant or not, whether s/he is a wife/mother/sister or a paid laborer— to that of a computer programmer or computer artist and, on top of it, suggest that the cognitive aspect of domestic work is something new, owing to the dominance of a new type of capitalism.

Certainly domestic work, like every form of reproductive work, does have a strong cognitive component. To know how to adjust the pillows under the body of a sick person so that the skin does not blister and the bones do not hurt is a science and an art that require much attention, knowledge and experimentation. The same is true of the care for a child, and of most other aspects of “housework” whoever may be doing this work. But it is precisely when we look at the vast universe of practices that constitute reproductive work, especially when performed in the home, that we see the limits of the application of the type of computer–based, technological know–how on which “cognitive capitalism relies.” We see that the knowledge necessary for reproductive work can certainly benefit from the use of the internet (assuming there is time and money for it), but it is one type of knowledge that human beings, mostly women, have developed over a long period of time, in conformity with but also against the requirements of the capitalist organization of work.[...]

Most crucial of all, if the labor involved in the reproduction of human beings—still an immense part of the labor expended in capitalist society— is “cognitive,” in the sense that it produces not things but “states of being,” then, what is new about "cognitive labor"? And, equally important, what is gained by assimilating all forms of work —even as a tendency— under one label, except that some kinds of work and the political problematic they generate again disappear?

Isn't it the case that by stating that domestic work is "cognitive work" we fail, once again, to address the question of the devaluation of this work in capitalist society, its largely unpaid status, the gender hierarchies that are built upon it, and through the wage relation ? Shouldn't we ask, instead, what kind of organizing can be done —so that domestic workers and computer programmers can come together— rather than assuming that we all becoming assimilated in the mare magnum of "cognitive labor"?

Taking reproductive work as a standard also serves to question the prevailing assumption that the cognitivization of work, in the sense of its computerization/reorganization through the internet— has an emancipatory effect.

A voluminous feminist literature has challenged the idea that the industrialization of many aspects of housework has reduced housework time for women. In fact, many studies have shown that industrialization has increased the range of what is considered as socially necessary housework. The same is true with the infiltration of science and technology in domestic work, including childcare and sex work. For example, the spread of personal computers, for those houseworkers who can afford them and have time to use them, can help relieve the isolation and monotony of housework through chat rooms and social networks. But the creation of virtual communities does not alleviate the increasing problem of loneliness, nor helps the struggle against the destruction of community bonds and the proliferation of gated worlds.

In conclusion, notions like “cognitive labor” and "cognitive capitalism" should be used with the understanding that they represent a part, though a leading one, of capitalist development and that different forms of knowledge and cognitive work exist that cannot be flattened under one label. Short of that, the very utility of such concepts in identifying what is new in capitalist accumulation and the struggle against it is lost. What is also lost is the fact that, far from communalizing labor, every new turn in capitalist development tends to deepen the divisions in the world proletariat, and that as long as these divisions exist they can be used to reorganize capital on a different basis and destroy the terrain on which movements have grown.

5 mars 2014 14:56

comment la race structure le capitalisme : du nègre noir aux nègres multicolores

fétichisme et exploitation de Marx à Mbembe en passant par Roubine

voir en détails dans 'critique de la raison nègre', le capitalisme animiste Achille Mbembe

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

 « Ce qu’il y a de plus mystérieux dans la forme-marchandise consiste simplement en ceci qu’elle renvoie aux hommes l’image des caractères sociaux de leur propre travail comme des caractères objectifs des produits du travail eux-mêmes, comme des qualités sociales que ces choses posséderaient par nature […]. C’est ce quiproquo qui fait que les produits du travail deviennent des marchandises, des choses sensibles suprasensibles. »
Karl Marx, Le caractère fétiche de la marchandise et son secret, in Le Capital, livre 1

« le capital devient un être tout à fait mystérieux (….), il apparaît comme productif. Alors que les moyens de production sont de simples outils techniques, en devenant capital, ils se « subjectivisent : le pouvoir d’accroître la productivité devient une propriété du capital. Les moyens, devenus capital, se personnifient face au producteur : C’est le capital qui emploie des ouvriers. Dans cette simplicité, ce rapport met en relief la personnification des objets et la réification [chosification] des personnes » Marx, Un chapitre inédit du Capital

avec la conceptualisation d'Achille Mbembe, nous franchissons un nouveau pas dans la perception de la 'race' comme structurelle au capitalisme. Alors que jusqu'ici (voir la communisation comme abolition du racialisme, janvier 2014) la race apparaissait comme structurelle au capitalisme davantage dans la dimension historique - dans l'accumulation primitive du capital, le colonialisme et la suprêmatie blanche occidentale dans le capital - la notion de race perd ses couleurs pour apparaître comme le lien concret à l'extrême entre les concepts de fétichisme et d'exploitation chez Marx, mis en évidence par Achille Mbembe en deux temps :

Le nègre est une création du capitalisme : au départ, il définit cet «homme-objet», «homme-marchandise», qui apparaît avec la traite des esclaves. Il a permis l’essor du premier capitalisme. Mais à l’âge du néolibéralisme, le nègre s’affranchit du concept de race. Et l’abandon, l’indifférence vis-à-vis de pans entiers de l’humanité deviennent les formes paroxystiques de l’exploitation capitaliste. Tout simplement parce que la production de richesses s’est détachée des besoins réels.

Le capitalisme a non seulement pour fonction de produire des races et des espèces, mais aussi des espèces marchandes. C’est dans sa dynamique de donner vie à l’objet, d’animer ce qui a l’air inerte, d’ouvrir sur une sorte d’idolâtrie, une sorte de situation où ne savons plus faire la distinction entre l’homme et la chose.

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

Ainsi, dans le fonctionnement structurel historique et social du capitalisme, n'importe pas seulement l'esclavage en tant que rapport social - qui en lui-même n'a pas besoin de la 'race' - mais l'invention concrète, moderne, de celle-ci, avec les 'Noirs' d'abord (Traite atlantique = commerce triangulaire => accumulation primitive du capital) puis des autres non-Blancs (les « quatre races » => colonialisme, exemple l'Angleterre aux Indes). Le 'nègre' est dans la réalité cet «homme-objet-marchandise»* que Marx décrit dans la double inversion du fétichisme, la « personnification des choses et la réification des rapports de production » (Le Capital, L. III, t. 8), et sur laquelle revient Isaac Roubine en 1928, dans La théorie marxienne du fétichisme de la marchandise 3. Réification des rapports de production et personnification des choses

* nous l'avions vu dans la comptabilité de la plantation, les esclaves figuraient dans la colonne des achats matériels, les marchandises, les chiens de garde dans celle  des salaires du personnel d'encadrement et de répression

Roubine ajoute :

« Des deux aspects du procès de reproduction que nous avons mentionnés, seul le second - la « personnification des choses » - apparaît à la surface de la vie économique et peut être directement observé. Les choses apparaissent sous une forme sociale déjà prête qui influence les motivations et le comportement des producteurs individuels. Cet aspect du procès se reflète directement dans la « psyché » des individus et peut s’observer directement. Il est beaucoup plus difficile de découvrir comment s’élabore la forme sociale des choses à partir des rapports de production entre les hommes. Cet aspect du procès, la « réification » des rapports de production entre les hommes, est le résultat hétérogène d’une masse d’actions humaines qui s’entassent les unes sur les autres. Cette « réification » est le résultat du procès social qui s’accomplit « derrière le dos » des producteurs, c’est-à-dire qu’elle est un résultat qui n’avait pas été posé a priori comme but. Ce n’est qu’au moyen d’une profonde analyse historique et socio-économique que Marx réussit à expliquer cet aspect du procès.»

Ainsi, l'invention de la race, à partir des 'nègres', est-elle première dans cette «masse d'actions humaines» ayant pour résultat la chosification des rapports de production entre les hommes, jusqu'à transformer l'être humain en simple chose. De ce point de vue, Mbembe prolonge l'analyse de Marx au-delà de l'invention par les Blancs de la race fondée sur la couleur de peau, « le nègre s'affranchit du concept de race », « la condition nègre ne renvoie plus nécessairement à une affaire de couleur ».

Aujourd'hui, la race de ces hommes-objets ne repose plus nécessairement sur la couleur, pas plus que le capitalisme sur une nécessaire domination blanche. Alors que l'Occident est en passe de perdre sa suprêmatie, c'est en Chine et en Inde que l'on trouve le plus grand nombre de travailleurs esclaves, parmi lesquels nombre d'enfants

'Trente millions d'esclaves dans le monde' Libération 17 octobre 2013

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

2 mars

à propos de restructuration géopolitique du capital

Ukraine : bruits de bottes et restructuration dndf 2 mars traduction de Ukraine 2. A political earthquake for Europe and Russia People and Nature suite de Ukraine 1. Yanukovich’s end is a beginning

« pour évaluer correctement les dangers réels, nous devons analyser les manipulations et exagérations par la plupart des grands médias, et des sections de la gauche aussi, qui décrivent les relations entre la Russie, l’Europe et les Etats-Unis en termes géopolitiques. Cette approche minimise le fait évident que, depuis l’éclatement de l’Union soviétique, la Russie a été intégrée dans l’économie capitaliste mondiale non comme une grande puissance ou quelque chose de ressemblant, mais dans un rôle économique subordonné – celle d’un fournisseur de pétrole , de gaz, de métaux et autres matières premières dans le domaine manufacturier à l’étranger. »

loin de s'y opposer, cette analyse confirme ce que j'ai nommé le 28 février 'géopolitiques du capital'. Les éléments que j'ai fournis quant à la montée en puissance de la Chine dans le capitalisme mondial sont recoupés par la chute de l'article :

« Quels que soient les jeux militaires vicieux, que Poutine joue dans le Caucase, en Russie de l’Asie centrale il a été éclipsé par la Chine comme la principale puissance économique, et perd de plus en plus de terrain politique.»

un élément non négligeable est toutefois la dépendance de la Chine pour les matières premières énergétiques, d'où son intérêt pour l'Afrique, entre autres

voir énergie en Chine

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le bruit du gaz

quant à l'Europe occidentale 

« Les relations entre l’Union européenne et la Russie en matière d’énergie » rapport de 2009 à l'Assemblée Nationale

L'Europe et la question énergétique Oekumene 4 décembre 2012

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 2010

 

1er mars

le monde dans tous ses états

le combat communiste dans l'expectative voir aussi restructuration du capital mondial : et la Chine ?

un même constat

il y a quelques années certains constats étaient le fait de sociologues, géopolitologues ou d'économistologues, ou de théoristologues en termes d'analyses

s'ils s'emparent de la presse aujourd'hui, c'est que la crise du capital a réalisé de façon évidente ce qui n'était perçu que par un petit nombre

on peut remarquer que les intellectuels ne sont guère plus avancés que l'homme ou la femme de la rue, dans tous les sens du terme

la démocratie ligne de démarcation pour classes moyennes

on notera que la présentation des mêmes faits s'accompagne d'interprétations différentes voire opposées, surtout quant aux perspectives
une ligne de partage nette est la question de la démocratie politique comme pouvant sauver le monde (capitaliste) de la crise, ou en miroir, en permettre le dépassement

cette surestimation du politique en général et de la démocratie comme ultime rempart peut être considérée comme une illusion de classes moyennes

le communisme 'dans l'expectative'

la précipitation des événements des deux dernières années met les théoriciens communistes « dans l'expectative » comme note Jean-Louis Roche à propos des «maximalistes» (partisans du «programme communiste» et des «conseils ouvriers»)

en effet, rien ne tient plus la route dès lors que l'on cherche un «sujet révolutionnaire» dans le prolétariat réduit sociologiquement et/ou conceptuellement à la «classe ouvrière», voire au secteur de la production

le prolétariat, oui mais

mais si le mot «prolétariat» fait peur, c'est pourtant de lui qu'il s'agit, sous réserve d'en avoir une perception et une conception adéquate, c'est-à-dire sous ses multiples apparences identitaires aujourd'hui fragmentées voire opposées. Si les couches moyennes sont prolétarisées, ce n'est pas pour devenir ouvrier/e/s exploité/e/s, la paysannerie oui encore, mais les masses de migrant·e·s à vau l'eau n'ont sont pas moins des « prolétaires nu·e·s », et «l'homme aux écus» n'en a plus que faire

« il faut entendre par prolétaire le salarié qui produit le capital et le fait fructifier, et que M. Capital […] jette sur le pavé dès qu'il n'en a plus besoin » Marx Le Capital ES p.675

« Et notre homme trouve effectivement sur le marché une marchandise douée de cette vertu spécifique, elle s'appelle puissance de travail ou force de travail.

Sous ce nom il faut comprendre l'ensemble des facultés physiques et intellectuelles qui existent dans le corps d'un homme dans sa personnalité vivante, et qu'il doit mettre en mouvement pour produire des choses utiles.

Pour que le possesseur d'argent trouve sur le marché la force de travail à titre de marchandise, il faut cependant que diverses conditions soient préalablement remplies. L'échange des marchandises, par lui même, n'entraine pas d'autres rapports de dépendance que ceux qui découlent de sa nature. Dans ces données, la force de travail ne peut se présenter sur le marché comme marchandise, que si elle est offerte ou vendue par son propre possesseur. Celui-ci doit par conséquent pouvoir en disposer, c'est à dire être libre propriétaire de sa puissance de travail, de sa propre personne. Le possesseur d'argent et lui se rencontrent sur le marché et entrent en rapport l'un avec l'autre comme échangistes au même titre. Ils ne diffèrent qu'en ceci : l'un achète et l'autre vend, et par cela même, tous deux sont des personnes juridiquement égales.

Pour que ce rapport persiste, il faut que le propriétaire de la force de travail ne la vende jamais que pour un temps déterminé, car s'il la vend en bloc, une fois pour toutes, il se vend lui même, et de libre qu'il était se fait esclave, de marchand, marchandise. S'il veut maintenir sa personnalité, il ne doit mettre sa force de travail que temporairement à la disposition de l'acheteur, de telle sorte qu'en l'aliénant il ne renonce pas pour cela à sa propriété sur elle.

La seconde condition essentielle pour que l'homme aux écus trouve à acheter la force de travail, c'est que le possesseur de cette dernière, au lieu de pouvoir vendre des marchandises dans lesquelles son travail s'est réalisé, soit forcé d'offrir et de mettre en vente, comme une marchandise, sa force de travail elle-même, laquelle ne réside que dans son organisme.»

KarlMarx Le Capital Développement de la production capitaliste Achat et vente de la  force de travail

la lutte initiale

le combat communiste est donc à déplacer, à décentraliser du sujet central ouvrier pour irriguer toutes les victimes du capital à quelque titre que ce soit

Etats en crise, monde entre chaos et dictatures  AgoraVox 26 février

 

extraits

L’affaiblissement républicain et social de l’Etat va de pair avec l’accroissement des tendances autoritaires de l’Etat. On observe ce processus dans la plupart des pays occidentaux. Ce n’est pas tant l’économie que l’Etat qui est en crise. Partout dans le monde et quelle que soit sa nature. En ce moment, la Turquie, le Venezuela, la Thaïlande, l’Argentine, le Mexique mais aussi l’Inde, le Pakistan, pour ne parler que de quelques nations où existent des procédures démocratiques. Dans les dictatures d’Afrique et d’Asie, les dirigeants craignent l’effet domino avec le printemps arabe et la révolution en Ukraine. Les crises des Etats sont en ce sens emblématiques de la fin de la Modernité, si l’on convient que l’Etat tel qu’on le connaît depuis deux siècles est une invention moderne.

La crise de l’Etat moderne annonce peut-être la fin de la Modernité. Ce qui ne signifie par la fin de l’Etat mais un nouvel ordre politique avec un Etat post-moderne inséré dans une société où l’on ne sait pas encore quels seront les contours sociaux, culturels, humains et techniques. Pour l’instant, deux tendances prédominent, vers le chaos et vers l’ordre sécuritaire et technique avec deux variantes, démocratique ou autoritaire. Ces tendances ont comme ressort la captation (légale et parfois illégale) des richesses par divers groupes, oligarchies, élites, capitalistes, affairistes, opportunistes, mafias, gangs, classes sociales. Alors qu’une frange de population est exploitée ou délaissée.

Dans ce contexte, on observe des prises de conscience sur la situation, le progrès, les dangers de la technique, les illusions de l’économie. Une intelligence nouvelle se dessine avec là aussi la fin de la science moderne comme référentiel et la découverte d’un nouveau sens pour la nature univers. Un émerveillement. A l’autre extrémité, la bêtise s’accroît. Les Etats sont en crise, le chaos nous guette mais certains proposent de lutter contre le réchauffement climatique. La bêtise est décidément sans limites. Et l’époque dangereuse mais intéressante à plusieurs égards. Le défi, ce n’est plus tant faire progresser le monde que le préserver, voire le sauver. Il y a du boulot !

la fin justifie les moyens

« Les classes moyennes, petits fabricants, détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu'elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l'envers la roue de l'histoire. Si elles sont révolutionnaires, c'est en considération de leur passage imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat.» Marx/Engels Bourgeois et prolétaires, Le Manifeste du Parti Communiste 1848

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

La fin programmée des classes moyennes Les Échos 28 février autres articles

Deux livres anglo-saxons qui dessinent un avenir très noir à la « middle class » des pays riches. Concurrencés par des machines intelligentes, appauvris par les prix de l'immobilier, les perdants seront nombreux.

Les perspectives sont grises pour les classes moyennes des pays riches. Aux Etats-Unis, l'économiste Tyler Cowen prévoit leur extinction en raison des conséquences de la révolution numérique. Au Royaume-Uni, le journaliste David Boyle annonce, mais de façon peut-être un rien prématurée, leur décès.

Extinction américaine

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

La situation des classes moyennes américaines, comprimées entre des riches plus riches et plus nombreux et des pauvres un peu moins pauvres mais eux aussi plus nombreux, n'est pas bonne. Et elle va, selon Tyler Cowen, empirer.

Sa thèse centrale porte sur la polarisation. Des gagnants (entre 10 et 15 % de la population), qui savent faire fructifier le numérique, vont prospérer et vivre de façon captivante. Les perdants, remplaçables par les machines intelligentes, devenus inutiles et-ou dépossédés de toute initiative, vont voir leurs revenus stagner ou baisser. En état de subordination intégrale, ils passeront une partie de leur temps sous contrôle total (des machines comme des consommateurs), et l'autre en abrutissements vidéo.

Pour Cowen, effritement des classes moyennes et croissance des inégalités, dans un pays vieillissant, ne conduiront pas à l'émeute, mais à l'abêtissement. Au fond, la perspective n'est pas neuve. Il s'agit de l'annonce récurrente des catastrophes sociales à attendre du progrès technique, ici automatisation et robotisation poussées à leurs plus hauts niveaux. Selon Cowen, la fracture numérique va dégénérer en fracturation sociale, avec une intelligence artificielle excluant les plus faibles intellectuellement. Il va au moins autant s'agir de marketing et de design que d'algorithmes. Confrontés à une diminution des revenus moyens, les Américains vont demander des produits et services de plus faible qualité, tout en réclamant des programmes sociaux plus réduits. La population, plus âgée et moins aisée, va aller vivre, télétravailler et être téléformée dans des territoires périurbains moins équipés, mais moins coûteux. La classe moyenne typiquement américaine sera conduite à une frugalité forcée. Le lecteur appréciera, ou non, ces pages sur l'université comme bureaucratie, qui risque d'être balayée par l'enseignement à distance, ou encore ces développements sur la science (naturelle ou économique) qui fera du chercheur un expert d'analyse de données plutôt qu'un théoricien perdu dans ses idées. Il n'en reste pas moins, pour tous, un livre captivant, nourri de chiffres solides comme de références de science-fiction (« Minority Report », « Gattaca », « Star Trek »).

L'ensemble fait un peu penser à Hanna Arendt (que Cowen ne cite pas) quand elle s'interrogeait sur l'avenir de sociétés de travailleurs sans travail. Avec une perspective, ici, qui n'est pas la révolte ni l'apathie, mais la défection et l'hébétude.

Disparition britannique

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

David Boyle, moins convainquant, est un tout petit peu moins pessimiste. S'il signe l'acte de décès des classes moyennes britanniques, il estime que galvanisées (sans que l'on sache trop par quoi), elles pourraient se relever. L'essayiste ne s'engage pas dans de longues considérations méthodologiques sur les caractéristiques de cette catégorie sociale.

La plupart des gens, entre les très riches et les pauvres, estimant faire partie des classes moyennes, il s'agit par construction d'un sujet absolument central. La description de leur décrépitude et de leurs inquiétudes a des accents presque français : difficultés objectives à devenir propriétaire en raison de l'inflation de l'immobilier, craintes pour l'avenir des enfants, limitation des salaires moyens, angoisses quant aux retraites et plus généralement quant à l'avenir. David Boyle décrit la « scène du crime ». Il relève, comme un détective (qui se dit, naturellement, issu de la classe moyenne) des indices : la désadaptation du système éducatif, la polarisation du marché du travail (même si à un point plus faible qu'aux Etats-Unis), l'escalade des prix immobiliers. Sans désigner un coupable unique, il accuse vivement les politiciens (Margaret Thatcher, Tony Blair) et les banquiers. De cette vision, qui peut être critiquée, entre autres, comme trop londonienne (comme on critique des visions trop parisiennes), on doit retenir que le lamento sur les classes moyennes n'a rien d'uniquement hexagonal.

Julien Damon

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

La preuve par les faits : la disparition des classes moyennes déjà actée par les producteurs de biens de grande consommation Atlantico 5 février

Aux Etats-Unis, les entreprises se soucient d'avantage des riches parmi les riches plutôt que de la classe moyenne, selon le New York Times. En effet, cette classe moyenne, socle de la société de consommation telle qu'on la connait aujourd'hui n’apparaît plus nécessairement comme le marché le plus attractif. Les entreprises préféreraient donc produire pour une clientèle plus restreinte.

Le mythe de la classe moyenne indienne  Le Monde 28 février

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

A la veille des élections législatives de printemps en Inde, la classe moyenne fait l'objet de toutes les attentions. Elle serait, à en croire certains analystes, la clé du prochain scrutin. Son poids électoral ne cesse de s'accroître – selon la Banque asiatique de développement, la classe moyenne indienne a gonflé de 205 millions d'habitants entre 1991 et 2008 – et son influence est encore bien plus considérable.

Les classes moyennes africaines prennent de l’assurance Financial Afrik 31 janvier

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

La montée des classes moyennes africaines s’apprécie dans les bilans des compagnies d’assurances et dans le rythme de progression de la souscription des contrats d’assurance vie.

En attendant l’agrégation des exercices 2013, les résultats 2012  en zone CIMA, ensemble de 14 marchés agrégés, font état d’une spectaculaire progression des primes émises.

La Côte d’Ivoire reste de loin le premier marché avec environ 210 milliards de primes émises, devant le Cameroun (150 milliards FCFA), marché dynamique mais  en pente savonneuse sur le compartiment vie.  La surprise intervient sur la  troisième place  acquise au Sénégal depuis les indépendances. C’est désormais le Gabon (99 milliards de FCFA de primes) qui passe devant le Sénégal (92,3 milliards de FCFA). Comme le  déclare  le président de la FANAF, Protais Ayangma (voir interview dans le mensuel  Financial Afrik numéro4 en kiosque le 10 février ), la force du Gabon réside dans son organisation. 

L’Etat s’assure et assure ses entreprises à travers une agence dédiée.  De même contrairement au Sénégal, à la Côte d’Ivoire et au Cameroun, le nombre d’acteurs est assez restreint au Gabon et au Congo, cinquième marché de la CIMA, en progression rapide.   Absent du top 5 de l’assurance vie, le Congo, pays de plateformes pétrolières,  est en revanche  bien représenté sur l’IARDT.

Avec 31,4 milliards de dollars de primes, Arc Congo Brazzaville est la première compagnie de la région, devant Ogar Gabon (28,7 milliards FCFA), Colina Côte d’Ivoire et Chanas  Cameroun .

D'ici à 2022, les classes moyennes seront plus nombreuses dans les pays émergents qu'aux Etats-Unis Le Monde 4 février

Dans moins de dix ans, quelque 200 millions de ménages disposeront, dans les pays émergents, de revenus annuels supérieurs à 35 000 dollars (25 889 euros). Le nombre de Chinois dans ce cas va tripler d'ici à 2022 et friser 80 millions.

Le Brésil et l'Argentine compteront plus de 15 millions de familles disposant d'un tel niveau de revenus, tandis que le Mexique, la Turquie et l'Inde en abriteront chacun plus de 10 millions.

Ensemble, les classes moyennes des pays émergents dépasseront en nombre celles des Etats-Unis, analyse le cabinet d'audit Ernst & Young dans son rapport annuel traditionnel sur les 25 marchés à croissance rapide.

Croissance rapide... c'est vite dit, et d'ici à 2022...

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18 février

il va falloir choisir (son camp) (1) dans le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques, luttes 'théorisantes'

de la démocratie esclavagiste en Rome antique passant par la 'démocratie' capitaliste globalisée

pour aller vers la démocratie esclavagiste mondiale, qui vient

croyez-moi, je n'ai aucun amour des armes, ni de la violence physique, je n'apprécie que relativement le témoignage rapporté des événements de Bosnie par un observateur qui les comprend à sa manière, limitée, celle de la rage déchaînée d'une jeunesse sans espoir, tournée contre « les politiciens riches », « les institutions où nos pharaons modernes résident », « l'incompétence de l'État qui n'en est pas un car l'Accord de Dayton le rend impuissant, l'incompétence des élites dirigeantes dont l'inconscience et l'arrogance sociale envers leurs citoyens a conduit à la rébellion civique... »

j'apprécie avec modération « Je connaissais ce sentiment par la guerre, sauf que j'étais mieux avec une arme que maintenant »

« Je n’ai rien fait, mais c’est comme si ce que les autres faisaient était une conséquence de mon propre désir pour quelque chose hors de l’ordinaire. Je connaissais ce sentiment par la guerre, sauf que j’étais mieux avec une arme à feu que maintenant, comme un spectateur passif, debout au milieu de la rue, entouré par le chaos »

j'apprécie encore moins que dndf, supposé armé en théorie, fasse sans le moindre commentaire son titre de « C'est pourquoi les bâtiments devaient brûler. C'est pourquoi les voitures devaient brûler ... "Je les emmerde, ils gagnent trois mille cinq cent par mois " »

si je l'ai cité plus bas, le 16 février certain, c'est un concert déconcertant certain-e-s - ce n'est pas pour cautionner des mots qui ne sont pas ceux des protagonistes, avec une analyse au contenu discutable (chez dndf, on ne discute pas), ni la sorte de jouissance que certains ressentent et affichent à distance, sur un blog bien au chaud, dès qu'une voiture brûle loin de chez leurs voisins, plus près on ne sait pas, je ne veux pas savoir

en relayant cette information telle quelle, sous une photo

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... potlatch ?

j'ai voulu signifier que ce type d'actes, cette violence, font partie du décor désormais nôtre. C'est comme ça. Cela va re-venir en France à plus ou moins brève échéance.

j'ai choisi cette photo parce que c'est l'argent qui brûle, comme symbole de tout échangeable contre de l'argent, et quand on n'en a pas...

j'ai montré cette photo comme un cadeau que «nous» fait qui dépasse sa peur pour détruire l'objet de sa misère à ses yeux

misère qui n'est pas seulement produite par « l'incompétence, l'insensibilité, l'arrogance d'élites dirigeantes, par un État qui n'en est pas un », comme si ces jeunes, c'est vrai pas des voyoux, qui mettent le feu, aux bâtiments officiels et aux voitures (lesquelles ?), exigeaient d'avoir des dirigeants, sensibles et compétents, d'un vrai-Etat-nation : comme François Hollande en son gouvernement de France ?

entendre ce « spectateur passif » regretter de n'avoir pas « une arme à feu maintenant », pour tirer sur qui ? avec son phallus de la révolte des autres dressé contre quoi, maintenant ?

j'ai écrit ce texte pour prévenir ceux qui ne voient pas ces choses venir. Ce n'est pas une menace de «noux», ni une prédiction théorique. C'est une probabilité économique et sociale dans la crise du capital qui s'approfondit

le mode de production-reproduction esclavagiste qui vient

j'ai écrit ce texte parce que la menace a changé de niveau, pour ne pas dire de nature

le capitalisme, confronté à l'impossibilité de se reproduire comme mode de production dans une 'démocratie' ou 'dictature' fondée sur une 'société civile' composée de 'citoyens libres', trouvera les moyens d'une alliance historique d'un caractère inédit

les « pharaons modernes » seront rejoints dans leurs projets par une partie des populations mondiales, couche moyennes pour l'administration des choses et, pour la police et l'armée, une part de « ceux d'en-bas »

pour avoir travailler dans l'administration centrale d'État jusqu'en 2012, je peux vous assurer que ce ne sera pas un problème pour les agents, fonctionnaires ou pas, d'avoir un patron-ministre du Front National. Du moins l'immense majorité de ceux que ça gênerait n'osera pas l'ouvrir et fera son boulot; en s'en lavant les mains, comme sous Pétain. Je l'ai vérifié personnellement quand je refusais de truquer des dossiers pour des Cabinets de droite ou de gauche : ils modifiaient les chiffres réels des dossiers que j'avais préparés, et j'étais prié de m'écraser, sinon...

l'esprit de la 'Résistance', on verra...

témoignage d'une collègue syndiquée à la CGT, il y a une dizaine d'année. Bruno Mégret, aux idéaux républicains français que l'on sait, jeune administrateur civil à son début de carrière comme chef de bureau, était très apprécié : « sympathique, toujours un mot gentil, pas arrogant, respectueux de ses agents ». Certain-e-s camarades syndicalistes ont même hésité, pour savoir si ils ou elles iraient à son pot de départ, et participeraient à son cadeau

un mode de production rome antique

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... Vente d'esclaves à Rome Léon Gérome 1884

le mode de production esclavagiste (source Étoile Rouge, mais on trouve ça partout, avec ou sans étoile de tout couleur)

C'est sur le travail des esclaves que repose désormais l'existence de la société.

Celle-ci se divise en deux grandes classes antagonistes : celle des esclaves et celle des propriétaires d'esclaves.
Ainsi se constitua le mode de production fondé sur l'esclavage.

Sous le régime de l'esclavage, la population se divisait en hommes libres et en esclaves.

- Les hommes libres jouissaient de tous les droits civiques, politiques et de propriété (sauf les femmes réduites en fait à la condition d'esclaves).
- Les esclaves étaient privés de ces droits et l'accès de la classe des hommes libres leur était interdit.

Les hommes libres, à leur tour, se divisaient en deux classes : les grands propriétaires fonciers, qui étaient en même temps de grands propriétaires d'esclaves, et les petits producteurs (paysans, artisans) dont les plus aisés utilisaient également le travail de leurs esclaves.

Les prêtres, qui jouaient un rôle important à l'époque de l'esclavage, se rattachaient par leur situation à la classe des grands propriétaires de terres et d'esclaves.

Outre la contradiction de classe entre maîtres et esclaves, il en existait une autre : entre grands propriétaires fonciers et paysans.

Mais étant donné qu'avec le développement du régime esclavagiste le travail des esclaves, qui était le moins coûteux, s'étendit à la plupart des branches d'activité et finit par constituer la principale base de la production, la contradiction entre maîtres et esclaves devint la contradiction fondamentale de la société.

une démocratie modèle united color of citoyens libres ou esclaves

dans les empires, monarchies ou républiques de ce temps-là, le fonctionnement économique et les rapports sociaux relevaient donc du mode de production esclavagiste plus ou moins avancé. À Rome, il devint une démocratie, que l'on tient encore pour modèle. 'On' vous savez ce que j'en pense... hon hon

toujours est-il qu'on ne devenait pas esclave par la race, il y avait des citoyens libres et des esclaves de toutes couleurs de peau et d'ethnies variées

la racaille de l'époque, dite les Barbares, était repoussée hors des frontières de l'espace Schengen Rome

ça se corse (je ne suis pas anti-corse) quand le modèle arrive à point nommé, chez les camarades, pour libérer le genre, les femmes, avec force preuve Rome antique

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... Le marché d'esclaves Léon Gérôme 1866

observons que cet académisme orientaliste (contemporain de l'Impressionnisme) se déploie en pleines conquêtes coloniales, au moment où l'on re-invente les races avec l'aide de la « science »

l'art romantique la Rome antique au secours d'un au-delà des genres pour femme d'aujourd'hui

dndf le 12 décembre 2013, Stive rapporte un entretien avec Florence Dupont à l’occasion d'une conférence publique aux fortes résonances avec l’actualité « L'homosexualité, entre anciens et modernes : problèmes d'interprétation ». Florence Dupont est latiniste, professeure à l’Université Paris-VII Diderot, auteure d’une vingtaine d’ouvrages aussi ébouriffants qu’érudits. Extraits :

« le grand problème, c'est de ne pas devenir esclave »

« Le grand problème, c’est de ne pas devenir esclave. L’amour est considéré comme dangereux, car on devient dépendant, il peut vous asservir. Pompée était trop amoureux de sa femme, il revenait la voir en cachette alors qu’il était en guerre; une nuit, on le reconnaît – et tout le monde rigole de lui. On craint aussi que la personne aimée puisse avoir la main sur vous. C’est tout le problème des maîtresses et des amants. Les dames de la bonne société avaient pas mal d’amants et elles pouvaient les utiliser pour faire la promotion de leur mari au Sénat. Inversement, l’amant pouvait utiliser la femme pour sa promotion sociale… Cicéron accuse Marc Antoine d’avoir eu, à 20 ans, une passion pour un homme qui s’appelait Curion: ce n’est pas bien, cela brouille les cartes politiques, les relations sont menacées. L’amour entre deux jeunes hommes libres n’est pas anormal, ça peut arriver. »

[Stive sauf erreur : Ce modèle fonctionnerait-il sans l’existence des esclaves, sexuellement corvéables ?]

« L’avantage des esclaves, c’est qu’il n’y a pas besoin de leur faire la cour. On ne risque pas de tomber amoureux.

 Il est plus «amollissant» d’être amoureux d’une personne libre, car cela prend du temps, de l’énergie. L’esclave vient dans votre chambre, puis c’est fini. »

[tous les Messieurs Strauss-Kahn, et les petits Dupont du moment présent ou à venir plus bas, sont bien placés pour savoir que la France démocratique a inventé bien mieux, via internet, que «  l'esclave qui vient dans votre chambre, puis c'est fini

«les femmes gèrent de grosses entreprises commerciales, des affaires immobilières parfois douteuses... les femmes exercent leur influence... elles ne sont pas du tout enfermées... elles passent beaucoup de temps entre elles »

Comment vivent les femmes? « Elles n’ont pas de droits politiques. Elles ne font pas la guerre. Elles ont une fonction religieuse: certains cultes ne sont pas possibles sans elles; sans vestales, pas de Rome possible… Elles font des enfants, mais ce n’est pas obligatoire: on peut les adopter. Lorsque l’homme est déficient, ou qu’il n’est pas là, son épouse peut assumer sa fonction: on a même vu des femmes parler au Sénat. La notion d’une nature féminine différente, séparée, n’existe pas; de ce point de vue, si vous voulez, on peut parler d’égalité. Mais les femmes ont une fonction spécifique. On n’est pas dans l’indifférenciation des genres. Les femmes sont par ailleurs présentes dans l’espace public et dans l’économie. Elles gèrent parfois de grosses entreprises commerciales. Cicéron est riche car sa femme s’occupe d’affaires immobilières, par ailleurs douteuses… Les femmes exercent leur influence. On a retrouvé des graffitis politiques: «Moi, Mme Unetelle, marchande d’étoffes bien connue, vous dis: soutenez tel magistrat municipal»… Les Romaines voyagent et sont présentes aux banquets. Elles passent beaucoup de temps entre elles (on est dans une société homosociale), mais elles ne sont pas du tout enfermées. Quand elles sortent, elles mettent un voile sur la tête, car les cheveux sont considérés comme extrêmement séducteurs. Un voile léger, comme on en voit en Iran aujourd’hui, qui couvre vaguement. »

mon commentaire à chaud, alors que j'étais loin d'avoir en tête des considérations aussi troublantes qu'aujourd'hui :

Autrement dit on avait à Rome, selon Florence Dupont, une différenciation entre hommes et femmes, mais elle n’était pas fondée sur la sexualité de plaisir, et n’impliquait pas de hiérarchie, si l’on admet qu’il n’y en avait pas entre la politique et la religion ou l’économie (le commerce).

Pas de différences hiérarchisées fondées sur la sexualité, mais quand même des « fonctions spécifiques » selon qu’on est homme ou femme [...]

Je suis bien d’accord sur ce point théorique : le capital remodèle les dominations des modes de production antérieurs au point que sortir du tout exige son abolition et celle de la domination masculine. Mais pourquoi écarter la possibilité qu’il existe des différences entre hommes et femmes qui ne relèveraient ni de l’un ni de l’autre ?

Par ailleurs, sait-on ce qui se passait-il entre esclaves femmes et hommes ?

Quoi qu’il en soit, les unes et les autres faisaient le plaisir entre autre sexuel des citoyen-ne-s libres, dans ce monde où la sexualité n’était pas « essentialisée ». Il y avait bel et bien une hiérarchie. Si elle ne tenait pas au sexe, c’est pourtant l’esclavage des uns et des unes qui permettait la « liberté » y compris sexuelle des autres. Tous les individus libres s’appropriaient tous les individus esclave-e-s.

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... Le marché aux esclaves, Gustave Boulanger 1882

comment peut-on tirer de relations sociales sexuelles, au sein d'un mode de production esclavagiste datant de 2000 ans, une possibilité aujourd'hui dans capitalisme - car Florence Dupont n'évoque pas la nécessité d'en sortir. Elle sort de chez elle pour aller à la manif soutenant le mariage homosexuel. C'est déjà beaucoup

ouss'que j'veux en v'nir ?

nulle part que là. I prefer not to too aller plus loin que ce constat d'un glissement insidieux du désir démocratique des bonnes intentions, chez des personnes à qui l'on donnerait le bon dieu, Marx et Christine Delphy sans confession, comme à des gendres et brues idéales de gauche radicale citoyenne féministe

énorme ?! oui, énorme

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... 

Florence, romantique ou pas, est un prénom passé de mode. Notre latiniste érudite - dites pas en rut - n'est pas en toc, elle connaît son antique. Et , comme tout le mode sait, les Dupont se ramassent à l'appel...

Dupont T ou Dupon D est un nom en France qui... n'est que 25e en T, 199e en D, loin derrière 1.Martin (1 comme Louis/RS), 2.Bernard (comme Lyon BL), 9.Simon (comme Roland 415e). Source http://www.nom-famille.com/ 

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... en Nathan dans le fin

63.500 DuponT 18.999 DuponD l'enquête ne dit pas combien de Dupont-Lajoie

Au mois d'août, dans un camping français, à proximité d'un chantier où travaillent des Arabes. Un campeur, Georges Lajoie, tente de violer Brigitte, la fille de ses amis et la tue accidentellement. Tout accuse les immigrés. Une bastonnade organisée par les campeurs tue l'un deux. Les autorités étouffent l'affaire et Georges Lajoie regagne Paris, le cœur léger. Mais un Arabe lui rend bientôt visite, un fusil à la main...

mais ça, c'était avant !

ah bon, c'était mieux avant ?

oui et non. Pour toutes les Brigitte d'hier violées-assassinées, ça ne se passe plus comme ça, et sans connaître leurs prénoms, 2 à 3 femmes sont assassinées chaque semaine par un proche

et ce sera mieux après ?

peut-être si... avec des si... « si ma tante en avait on l’appellerait mon oncle, et si mon oncle en était on l’appellerait ma tante » Pierre Dac

Pierre Dac était pour l'abolition, dans son genre

quoi qu'il en soie en soit, des gens avertis en tous genres valent mille fois plus, en mieux ou moins bien, que 63.500 Dupont français de souche

le cul dans la soie ou la vie dans la merde, avec ou sans la joie, c'est comme ça

choisir c'est renoncer

 

14 février 2014

Roswitha Scholz « Marie, étends ton manteau. Production et reproduction à l'heure du capitalisme en crise  Critique de la valeur 30 janvier

« Réémerge aussi soudain, comme base permettant d’expliquer les disparités entre les sexes, ce bon vieux rapport de « production » et de « reproduction » qu’on avait pourtant rejeté depuis longtemps au motif qu’il s’agissait d’un modèle dualiste. Aujourd’hui le voici qui retrouve sa place, y compris dans les réflexions des féministes de la mouvance queer Ainsi par exemple chez Gabriele Winker : « D’un point de vue historique concret, la mise en place des structures capitalistes a conduit à ce qu’une plus grande part du travail de reproduction sociale soit effectuée en dehors du système de la valorisation capitaliste : au sein des familles hétérosexuelles, et là principalement par les femmes  ». Voilà qui est curieux : des arguments typiquement marxoféministes qu’on croyait déjà à demi oubliés sont à présent amalgamés sans façon, « en y allant gaiement » (Adorno), à des schémas conceptuels déconstructivistes ; et ce en dépit du fait que, dans les années 1990, une âpre querelle opposait féministes « matérialistes » à l’ancienne et postféministes (dé)constructivistes.

Ces derniers temps, lorsque, sans gros effort théorique préalable, il s’agit une fois de plus d’aller tout droit à la question de ce qu’il faudrait « faire concrètement » face à la crise, on réunit pêle-mêle : des critiques queer devenant soudain « économiques », un concept de « biens communs » soi-disant nouveau, une idéologie de l’ open source s’appuyant sur l’exemple du développement des logiciels dits « libres », et, en règle générale, une improbable « économie solidaire ». Le mot d’ordre censé ouvrir la voie à un changement radical de nos conditions redevient « small is beautiful  »

Ce qu’il reste du postmodernisme dans ce « retour de l’économique », c’est un trait tiré sur la totalité négative. La « société » est out, la « communauté » dans toutes ses variantes est in. Les analyses qui naguère critiquaient une idéologie alternative-communautaire bornée passent à la trappe. Par cet oubli volontaire et ce refoulement, on s’offre en quelque sorte une seconde naïveté.»[...]

2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques... le cuir a fait son temps 2015 : le moment présent du capitalisme, documents, éléments critiques...

la conclusion : « Sur le plan de l’engagement concret, il faut être lucide et constater qu’on ne pourra pas vaincre le patriarcat producteur de marchandises par des efforts de pratique politique misant simplement sur la reconfiguration de sphères de la production et de la reproduction constituées elles-mêmes par le capitalisme. On ne verra aucune issue tant qu’on ne se fixera pas pour objectif de surmonter l’ensemble des rapports. Je ne cherche pas ici à nier ou à estomper de façon abstraite la spécificité des différents moments de la reproduction sociale, mais à redire qu’on ne dépassera pas ces rapports à partir de telle ou telle sphère particulière, et moins encore en faisant abusivement des activités connotées féminines de la reproduction le point où se concentrerait un « bien » ontologique. La question n’est pas celle d’un « méta-bien commun », notion qui ramène le mode de socialisation à un arrangement au sens de l’idéologie communautaire, mais d’une critique radicale dépassant la dichotomie entre « communauté » et « société ». Le « retour de l’économique » intervient dans une crise d’une ampleur telle qu’on ne pourra en venir à bout au moyen de concepts particularistes à bon marché.»

en relation « Le queer a fait son temps » janvier 2013

29 janvier 2014 21:13

Dire moment présent du capitalisme, c'est dire mouvement de ses contradictions et luttes 'théorisantes' qu'il produit. Ce moment est constitué d'aspects déterminants qui se recoupent, apparaissent ensemble, sinon tous ensemble.

Dans l'esprit de mes propositions quant à la pratique théorique, je tente ici de porter un regard sur des événements actuels, ou passés, mettant en évidence ce qui a constitué la matière de l'élaboration théoricienne, notamment par Théorie communiste TC, avec la notion de "luttes théoriciennes". J'utilise les mots-concepts de TC dans la mesure où leur sens est compris et partagé. Ne pas y voir une quelconque allégeance à ce groupe plus qu'à d'autres parmi ceux qui théorisent en communistes l'histoire et le cours du capitalisme, les luttes passées ou actuelles. Il m'arrivera d'en utiliser d'autres, tel que 'activité de crise du prolétariat', de Bruno Astarian/Hic Salta Communisation, voire d'en formuler de nouveaux si j'en sens la nécessité.

Ainsi, je préfère parler de 'luttes théorisantes', plutôt que 'théoriciennes' pour une raison simple : la théorie émane des luttes telles qu'elles sont, leur but n'étant pas d'alimenter une quelconque théorie révolutionnaire à leur exposer en retour. 'Luttes théorisantes' introduit l'idée qu'aujourd'hui, le caractère d'affrontement du prolétariat, aux limites de son existence d'« être exploité face au capital», ce caractère tend à s'étendre, pour correspondre essentiellement à son concept élaboré il y a plus de 20 ans par TC, à une époque (les années 1990) où son  émergence concrète n'était pas devenue évidente. Il s'agit en quelque sorte d'une remise sur ses pieds de la notion de Théorie Communiste, à la lumière des luttes actuelles.

La notion de "luttes théoricennes" selon TC relevait de la démarche de Marx dans le Capital, l'alternance de chapitres décrivant la condition ouvrière et d'autres théorisant leur signification dans le moment du capitalisme que Marx avait "sous les yeux". C'est néanmoins dans ce sens que l'ont interprété les "autonomes" et autres "alternativistes' 'immédiatistes'. Cette confusion a été encouragée par le compagnonnage de TC avec certains d'entre eux, dans les revues internationales pour la communisation, Meeting (2003-2008) puis SIC (2010-2013). Cf Il latto cattivo sur dndf Nous sommes dans une réalité de rêve 

Ne pas confondre please : je suis naturellement d'accord avec ce texte, pour ce que j'en ai compris en français ou ~~ en italien. Ce que j'appelle "luttes théorisantes" ne doit pas servir de fondement théorique aux pratiques que critique Il latto cattivo :

« La situation actuelle [...] est caractérisée par l’impasse des théories et des pratiques de l’action directe, qui pendant une décennie se sont opposé au projet de réorganisation de la société du démocratisme radical, résumée par « le slogan « un autre monde est possible ». Ces théories et ces pratiques – idéologiquement connotés comme « autonome » ou « anarchiste » – avaient et ont comme horizon, d’une part, le fait de poser le communisme comme une question d’actualité, et de l’autre – avec le rejet de toute médiation temporelle – de immédiatement le transformer en une série de formes de lutte, de comportements ou modes de vie , qu’on pourrait isoler comme un ensemble de pratiques déjà adéquates à la révolution communiste ou, plus succinctement, comme « le communisme en acte ». En ce sens, la promotion de l’alternative, bien qu’elle ne soit pas toujours clairement formulée ou pratiquée, est leur tendance naturelle. » 

Fin de parti(e)TC « Quand les modes de vie deviennent des enjeux « théo­riques » et « poli­tiques », le pire est à attendre [...] dans une assem­blée qui, pour les rai­sons avan­cées pré­cé­dem­ment, était en quasi-totalité com­po­sée de per­sonnes évo­luant dans ou à la marge de cette mou­vance dite « acti­viste » ou « anarcho-autonome » : le pire était là dans son biotope.[...]

La pré­ser­va­tion et l’extension d’un « milieu théo­rique com­mu­ni­sa­teur » a rapi­de­ment pré­valu sur l’adéquation his­to­rique et sociale néces­saire à toute revue et sont deve­nues leur propre but. Nous avons volon­tai­re­ment voulu consi­dé­rer les rodo­mon­tades et embrouilles acti­vistes, les expo­sés uni­ver­si­taires sur power point et la répé­ti­tion impro­duc­tive de quelques concepts comme des épi­phé­no­mènes au nom de la diver­sité néces­saire du cou­rant com­mu­ni­sa­teur alors que nous ne cher­chions qu’à pré­ser­ver notre propre confort théo­rique et « social » sous cou­vert d’un com­por­te­ment res­pon­sable et de la néces­sité des débats. Les diver­gences doivent être cla­ri­fiées, on ne peut faire l’économie de la dis­per­sion actuelle, elle est néces­saire et bien­ve­nue. La forme « d’être ensemble » s’est révé­lée pré­ma­tu­rée et par­fois contre-productive

le brouillage réel de la pers­pec­tive com­mu­ni­sa­trice, celle-ci était deve­nue idée ou slogan. cela nous l’avions depuis long­temps expli­ci­te­ment en tête...» 

Très bien que TC nous dise après coup ce qu'il pensait depuis le début. Il eût été préférable de le clarifier honnêtement pour les lecteur-ice-s de SIC. De l'extérieur, SIC passait de facto pour ce qu'il faisait : « Roland Simon" est identique à "Léon de Mattis", en tant que leurs activités ne peuvent exister qu'ensemble, la théorie ne peut être diffusée que dans une forme qui la contredit - c'est le prix à payer, le pas affranchi. » Ce ne sont pas les idées, encore moins les pensées rentrées, qui détermine la réalité. Impasse des Hautes Folies  pour en finir avec mon communisme-théorique juin 2012 Un autre point, je ne partage pas la charge contre les Universitaires anglais à PowerPoint, dans la mesure où la formulation de TC n'est pas moins réservées à une élite et dans l'incapacité de s'exposer simplement, avec ou sans powerpoint. Il y a dans Ennotes#3 des observations fécondes. J'y reviendrai.

Pour ma part, je ne connais de l'affrontement de SIC avec les « anarcho-autonomes » que la version TC, et il ne m'apparaît pas impossible que son comportement ait été pour partie en cause de l'affrontement. Chacun ses mauvaises manières.

Quoi qu'il en soit, TC/RS serait aujourd'hui bien avisé de distinguer aujourd'hui la façon dont « il aime bien taper sur ses proches » de celle dont il critique, après-coup, ses ex-compagnons de route « anarcho-autonome » au sein de l'ex-parti(e) SIC. L'épisode récent entre RS/dndf et moi est certes déplorable, mais là aussi la clarté s'avère nécessaire et bienvenue, et les coups bas bas de "camarades" au « mode d'existence  » de bobos. Des causes formelles comparables, entre "proches", pourraient produire les mêmes effets. Personnellement, j'ai moins d'affinités particulières avec des "camarades" quels qu'ils soient qu'avec mes voisins 'racisés' de la zone.

Mes objectifs sont clairement 1) de transmettre quelques moyens d'une telle observation, d'une investigation et d'une analyse, quitte à ce que les points de vue soient différents, voire divergent par rapport du mien 2) de démultiplier les initiatives en ce sens

Parmi ces aspects qui déterminent le moment présent, celui où nous en sommes dans la crise et la restructuration du capital :

- le zonage du monde capitaliste restructuré

« L’espace du monde capitaliste restructuré est un zonage qui se déploie de façon « fractale » à toutes les échelles : monde, continents, aires, pays, régions, métropoles, quartiers. À chaque niveau d’échelle, se côtoient et s’articulent : un noyau « surdéveloppé » ; des zones constellées de focalisations capitalistes plus ou moins denses ; des zones de crises et de violence directe s’exerçant contre des « poubelles sociales », des marges, des ghettos, une économie souterraine contrôlée par des mafias diverses.» Théorie Communiste

- la montée de la répression policière des États contre leurs populations, particulièrement les pauvres

- la segmentation du prolétariat et ses aspects incluant la racisation, y compris au sein des conflits contre le capital et les États

- le phénomène accentué des migrations, marquée par une forte proportion de femmes, et la particularité de leurs luttes. J'importe ce fichier Femmes dans les luttes de classes, Domestic Workers, Migrants...

- la montée de luttes 'féministes' marquées par leurs caratéristiques non-'blanches'. Voir Black Feminism et d'autres non "blanches" 

[...]

De fait, ces éléments se recoupent et apparaissent bien souvent ensemble, sinon tous ensemble. Les sous-rubriques déjà ouvertes dans communisation genre, classe : et race ? documents en donnent un aperçu. J'en intègre donc certaines.

De même la rubrique à l'abord d'âges - le plus récent déroule le film de ces événements actuels, croisés de regards sur le passé, des flash sur l'histoire du capitalisme à différentes époques. Il ne m'est pas possible, travaillant seul, d'être informé de tout ce qui passe dans le monde, relevant de ces caractéristiques. J'essaye par conséquent de focaliser sur des exemples qui me semblent significatifs, luttes ou autres angles de vue sur la crise - par exemple l'économie politique.

Pour l'heure, étant donné l'existence des rubriques signalées ci-dessus, je crée ici trois sous-rubriques documentaires et critiques :

- la montée de la répression policière des États contre leurs populations, particulièrement les pauvres

- la segmentation du prolétariat, divers aspects, incluant la racisation, y compris au sein des conflits contre le capital et les États

- éléments pour un 'critique de l'économie politique'

*

La communisation est l'abolition simultanée, par une révolution des exploité-e-s, dominées et racisé-e-s mêmes, des classes sociales, du genre (la domination masculine) et de l'assignation raciale, ethnique ou religieuse, et dans le même mouvement celle de l'argent, de l'économie, du travail et des médiations sociales qui les accompagnent (Etats, Nations...). En bref, c'est l'abolition du capitalisme tel qu'il est