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La communisation comme abolition du racialisme + hic salta ou franchir le pas en pratiqueS théoriqueS : TC (contre Marx ?) une théorie blanche occcidentale 

en relation sur les pratiques théoriques échanges sans excès sur la communisation 24 janvier

les 2 textes en version simplifiée à imprimer 24+12 pages (pour le prix d'une) le surlignage dans les textes cités est perdu

Le second texte n'était pas prémédité. En approfondissant la discussion 'race'/capital, il s'est imposé logiquement de faire en même temps la critique de TC. De fil en aiguille se tissent les liens fonctionnels entre : - les points aveugles d'une théorie prétendant représenter la 'totalité du réel'; - la méthode d'élaboration et de formulation "dialectique" dans un langage auto-référentiel; - la pratique sectaire du groupe TC : un contenu dans ses formes même(s).

Concernant la 'race', Théorie Communiste se serait enferrée (à son insu ?) dans l'exception théorique française, y compris des marxismes de l'hexagone, au point de demeurer une "théorie communiste blanche occidentale"

COMMUNISATION, Troisième Courant... suite ? => suite !

ajout 12 février 2014

Bernard Lyon BL/TC Théorie Communiste Utérus vs Mélanine : « Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette voire, polémique parce que l’intégration de l’abolition des genres comme élément inséparable de l’abolition des classes dans la communisation est dévalué, secondarisé par la mise de question des races au niveau de celle du genre.

Paradoxalement comme il est évident qu’on ne peut pas « inventer » des contradictions pour chaque opposition de races, cela amène à renoncer à la contradiction de genre au profit d’une série d’antagonismes subordonnés à la contradiction de classe, le tout bien sûr « structurellement » uni dans la très dialectique totalité du capital

Marx ne confondait pas essence, structure et histoire. Il a certes oublié le  « genre » mais : « l'esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance »

BL sait que « la mélanine ne fait pas l’esclave ! L’immense majorité des noirs n’ont jamais été esclaves ceux qui l’étaient ont été libérés et dans d’autres époques que le capitalisme des 16 ème au 19ème siècle il n’y avait aucun rapport entre couleur de peau et condition servile.»

Bl est donc en accord avec Marx : « Le Nègre est un Nègre, mais c'est de par sa position sociale qu'il devient un esclave »

Marx et BL ensemble ont pu néanmoins constater combien de blanc-he-s ont été traité-e-s en esclaves par des 'Noir-e-s', des 'Rouges' ou des 'Jaunes'. Mais ça BL ne le dit pas. BL est un homme blanc libéré de sa race

BL a encore raison d'affirmer : « Il n’y a aucun rapport qu’on puisse prétendre naturel entre négritude et esclavage », mais il y a un rapport historique concret : l'esclavage moderne et la traite des Noir-es- et des Indien-ne-s ont permis l'accumulation primitive du capitalisme, l'abolition de l'esclavage sa transformation en mode de production à part entière (apprécié par Marx dans sa lettre à Lincoln comme progrès pour l'élargissement du prolétariat), et pour l'heure, le capitalisme reste dominé par des hommes blancs, tout comme la théorie communiste

La structure conceptuelle c'est bien. L'histoire sait mieux. Le moment présent du capitalisme aussi

Patlotch, le 17 janvier 2014 / état 23 janvier 05:11

à LeRoi Jones /Amiri Baraka, décédé le 9 janvier

 documents 

ABOLITION du CAPITAL

AUTO-ABOLITIONS des CLASSES

et du GENRE - assignation sociale de 'FEMME' par la domination des HOMMES

ABOLITION du RACIALISME

racialisme : défini ici comme assignation de race, négative (racisme) ou positive (nationalisme et communautarisme racial ou ethnique, supériorité raciale ou ethnique, « bon Nègre » « bon Blanc » « bonne Beurette », « j'aime les Noirs »...)

remarque : dans ce texte, à quelque chose près, je pense qu'on peut remplacer la racisation, positive ou négative, par l'identification ethnique ou religieuse...

auto-flagellation : je m'étais accordé la limite de 12 pages. Il s'est produit un dépassement à mon insu alors que je franchissais le pas de quartier : 24 pages et demeure l'espoir : j'ai fait les choses à moitié.

Dans ce qui suit, je ne reviens pas sur ce que je considère comme un acquis théorique, la communisation comme double abolition des classes et de la domination masculine. C'est pourquoi ce texte est principalement consacré aux rapports de la « race » aux classes et aux genres féminin/masculin.
INTRODUCTION 14 janvier 2014
communisation et intersectionnalités

L'idée vient qu'il s'agirait de pénétrer le concept de communisation par celui d'intersectionnalité. Il conviendrait alors de le faire depuis la théorie communiste dans laquelle il prend son sens, et non comme travail de type universitaire, tel qu'il en existe. Dans ce cas, intersectionnaliser la théorie de la communisation consisterait à étudier, dans la production/reproduction du capital et dans les luttes actuelles, la dynamique des rapports de chaque catégorie aux deux autres prises deux à deux, en rotation : classe et genre-race, genre et race-classe, race et classe-genre, puis les trois ensembles (j'emprunte à Henri Meschonnic cette rotation - poétique-éthique-politique - je l'ai utilisée dans mes écrits sur le jazz). Je ne le fais ici que partiellement ou de manière implicite.

Enjeux et défis de l'intersectionnalité, interview Selma Birge, Montréal, citée in classe race genre : autant de "planchers de verre" ?

« On peut donc parler d'une « intersectionnalisation » des manières dont les inégalités sociales et la domination de classe sont comprises et étudiées par certains néo-marxistes de la branche dite « économie politique ». À l'heure où l'intersectionnalité est de plus en plus dépolitisée – une dépolitisation bien politique, soulignons-le, qui fait de l'intersectionnalité un outil du complexe néolibéral de gestion de la diversité dans lequel l'industrie académique est un joueur central – il me semble très important de rappeler cet héritage marxiste, et plus généralement la critique radicale qui est à la source et au cœur de la démarche intersectionnelle.

Il convient également de souligner que cette intersectionnalisation de la « question sociale » n'est pas vue comme légitime dans tous les contextes, en particulier en Europe continentale où la race est trop souvent déclarée hors-sujet et renvoyée au contexte étatsunien. L'exemple français est édifiant à cet égard : à une époque où les analyses néo-marxistes étatsuniennes et britanniques deviennent de plus en plus intersectionnelles, par exemple dans leur traitement de la main d'œuvre immigrée, on trouve en France une réaffirmation du non-lieu racial pour le contexte français par des figures aussi emblématiques que Bourdieu. [...]

En somme, les discussions sur la généalogie de l'intersectionnalité et ses liens complexes avec d'autres courants de pensée, qu'il s'agisse des courants néo-marxistes ou post-structuralistes, doivent tenir compte des spécificités nationales et décortiquer les conditions permettant la délégitimation de certaines catégories et l'effacement de certains rapports de pouvoir dans certains contextes

Comme on le verra dans le second texte, Théorie Communiste se serait enferrée (à son insu ?) dans cette exception théorique française, au point de demeurer une "théorie communiste blanche occidentale".

*

Ce texte se présente au départ comme discussion avec un texte des travaux en cours de Théorie Communiste (TC) : « Utérus vs Mélanine », de Bernard Lyon (BL). https://sites.google.com/site/theoriecommuniste/travail-en-cours-1/utrus-versus-mlanine

Travaux en cours signifie que TC n'a pas encore de point de vue construit sur l'ensemble du sujet. Par conséquent, mon propre travail n'est pas à prendre comme critique de ce qui serait définitif.
de proches au loin
Chemin faisant, on rencontre d'autres critiques (canadiennes ou états-uniennes...), portées à TC, d'une part sur le rapport Genre/Classe, mais aussi sur l'absence de prise en compte de la « race ». Critiques auxquelles pour certaines, que je ne connais pas, ce texte de BL répondait. Je partageais cette exigence formulée en juillet 2012 http://www.metamute.org/editorial/articles/gender-rift-communisation par P. Valentine, The race question has yet to be put on the table for communisation theory, à laquelle a tenté de répondre Chris Chen : The Limit Point of Capitalist Equality : notes toward an abolitionist Antiracism http://endnotes.org.uk/articles/22 Cf la méthode et son double, une vision d'hommes ? Pour une refondation en théorie communiste 22 déc 2013  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-467.html. Il me manque d'avoir bien lu ces textes, à propos desquels je n'ai rien dit, en traduction française, par prudence quant à ma compréhension de l'anglais. J'y reviens néanmoins plus bas. De P. Valentine j'ai surtout retenu la nécessité qu'elle formule. De Chris Chen le titre...
Sur le texte d'Incendo Capitalisme, Genres et communisme / L’insurrection généralisée qui détruira les hommes et les femmes http://incendo.noblogs.org/genresetclasses/capitalisme-genres-et-communisme/  j'ai un peu dit en commentaires chez dndf. Outre un titre qui se paye de mots pour satisfaire la demande d'un certain milieu, je partage sur le fond la réponse de Roland Simon dans Une critique d’'Incendo' par Théorie Communiste http://dndf.org/?p=11934, ce qui ne signifie pas que ce texte n'a d'intérêt que pour être passé au broyeur théoricien, ou qu'il ne comporterait pas d'observations et points de vue positivement utiles. Aucune volonté donc de mettre ces camarades à l'écart  : Incendo est dans les rares liens de mon site, l'inverse pas encore. De loins en proche...
un chantier permanent et collaboratif
TC n° 23 théorie communiste : un chantier permanent voir PDF page 49 https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=sites&srcid=ZGVmYXVsdGRvbWFpbnx0aGVvcmllY29tbXVuaXN0ZXxneDoxZTliMzY3NzE4ZDE5MDMx
Par nécessité autant que par plaisir, j'ai pris l'initiative d'ouvrir ce chantier comme un travail collaboratif, ce que permet Internet au-delà de la crainte que ça ne dure pas. On comprendra naturellement que l'enjeu ne se limite pas à optimiser les moyens de production du capitalisme technologique au service de son abolition. On trouvera ci-dessous l'accumulation primitive de ce cheminement d'une auto-discussion avec d'autres. Les « dossiers » sont à consulter sur mon site. Que notre clientèle se rassure, nous continuerons de les alimenter en relation avec notre fournisseur habituel.
du haut du bas
Cette première synthèse est destinée à nourrir la suite des débats, internes en termes de théorie, ou externes en controverses utiles, à la théorie aussi. Bien que ce n'en soit pas l'objectif, il n'est pas interdit d'utiliser son argumentation pour combattre le racisme, l'assignation de « race », le nationalisme et le communautarisme racial selon la couleur de la peau ou selon l'origine ethnique.
vain tiré plus à boire
J'ai remis à l'endroit, de façon chronologique, le texte présenté « à rebours » sur mon site. http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-491.html Je l'ai largement modifié, complété de références et quant aux conséquences que j'en tire. Il suit un raisonnement en spirale dialectique, à la manière classique d'une succession de (hypo-)thèses-antithèses-synthèses. On peut le lire comme une énigme à résoudre, comme un polar (noir), ou une démonstration mathématique. Je suis amateur de la dialectique selon Roland Simon, mais pas armé en philosophie hegelienne ni assez fin connaisseur de Marx pour jouer sur ce terrain. Néanmoins ma propre démarche relève aussi du 'matérialisme' et de la dialectique.
concepts mais pas forceps
J'utilise ceux des concepts de Théorie Communiste dont je partage la pertinence théorique. Certains relèvent de l'analyse du capitalisme, comme critique historique de l'économie politique : restructuration du capital, illégitimité (asystémie) de la revendication salariale http://dndf.org/?p=13113#comment-14013, zonage du capitalisme restructuré http://dndf.org/?p=13174 ... Liés aux précédents, d'autres proviennent davantage du versant prolétarien de la lutte des classes : programmatisme ouvrier, dynamique/limites, dépassement produit, franchir le pas... d'autres encore dans une certaine mesure, plus récents, conjoncture et défaisance des structures du capitalisme, tiennent des deux faces de la lutte des classes mais dépendent de l'usage qu'on en fait dans la pratique théorique.
J'avais d'abord jugé que le concept de conjoncture et d'autres venaient surtout « combler le manque de communisme » : pour en finir avec mon communisme-théorique juin 2012 juin 2012. Dans ce texte, j'explique pourquoi j'ai refusé de participer au projet SIC, Revue internationale pour la communisation 
Pour en finir avec mon communisme-théorique http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-121.html)
Sur le concept de conjoncture Tel quel, le moment révolutionnaire comme conjoncture TC n°24 novembre 2012 http://dndf.org/?p=11981
lent pire du milieu, flashback tel quel
Dans Pour en finir avec mon communisme-théorique (au sens d'humanisme-théorique) en juin 2012, http://patlotch.free.fr/text/1e9b5431-1465.html j'avais jugé que certains concepts de Théorie Communiste (écart, conjoncture...) venaient surtout « combler un manque de communisme », et qu'en tirant des plans sur la comète à partir d'événements locaux tels qu'en Grèce, les camarades « prenaient leurs désirs pour des réalités ». Ma « rupture » s'annonçait certes dans les années précédentes, dès la fin de la revue franco-internationale « Meeting » http://meeting.communisation.net/ C'est à cette même époque que Bruno Astarian, théoricien « franc-tireur » de Hic Salta Communisation, écrivait en octobre 2010 Où va Théorie Communiste ? http://www.hicsalta-communisation.com/accueil/ou-va-theorie-communiste
Ce texte visait surtout à expliquer mon refus de participer au projet SIC, Revue Internationale pour la communisation, dans les conditions de « la nouvelle alliance » qui rassemblait théoriciens et activistes en mettant de sérieux désaccords sous le manteau. Ils ont fini par exploser soudain l'été dernier quand, Suddenly Last Summer, les choses en étant venues aux mains, dans des conditions que raconte Théorie Communiste,  mais pour surtout expliquer, dans Fin de parti(e) http://www.theoriecommuniste.org/ la nécessité plus profonde de rompre, et de quitter la revue SIC. Des raisons qui, avant d'être conjoncturelles, étaient conjecturables même par qui n'est pas préviseur. J'ai communiqué ma perception lointaine de cet épisode tragico-théorique dans un commentaire de dndf le 7 novembre dernier http://dndf.org/?p=12902#comment-12886
en sous texte, complément et décryptage 17 janvier
la morale de cette morale... (la Rirette http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Rirette )
L'important est de considérer que la période d'agitation en Grèce et dans les pays arabes – événements analysés par TC comme relevant d'une « sous-période » dans la crise du capitalisme en restructuration permanente - s'est accompagnée d'une turbulence dans le milieu théorique, et que la page est tournée de ce double point de vue. Je souscris par conséquent pour l'essentiel aux conclusions qu'en a tirées Théorie Communiste dans les termes de Fin de parti(e)
« Plusieurs en conceurent bonne esperance, s'attendans que, quand et la charté des vivres, deust aussi cesser la sédition civile. » Corolian 22, Évêque Jacques Amiot (1513-1593)
Accessoirement, pour compléter ce petit tour de France et de l'horizon du milieu, je ne partage pas l'appréciation, mi-novembre, des rédacteurs de Restructuration sans fin, blog des séditions asymétriques http://restructuration-sans-fin.eklablog.com/ au demeurant très pertinent quant à la critique de l'économie politique : « le plus inquiétant dans le cours de la crise, c'est qu'il n'y ait pour l'instant eu aucun moment de dépassement significatif sur lequel s'appuyer, on peut bien évidemment attendre un coup de tonnerre dans le gris sur gris, mais le plus saisissant c'est bien l'absence de combativité en Europe et aux Etats-unis. Alors plutôt que de tirer des plans sur la comète prolétarienne, on s'enferre un peu dans l'analyse "du cours des choses" ». Effectivement la France s'ennuie, mais que le capitalisme se méfie donc plutôt de l'eau qui dort. Il n'y a cependant pas à attendre de « dépassement » avant l'heure, ni sans doute que se déclenchent en France ou aux États-Unis des événements parmi les plus décisifs en termes de luttes aux limites. On n'est plus en 1968.
Pour revenir au langage de la théorie, il s'agit certes d'être compris sans vulgarisation déformante, mais surtout de se comprendre afin de pouvoir débattre. Adopter des mots-concepts communs est un moyen dont on ne saurait se priver, dès lors qu'on en partage la signification essentielle, et que l'on évite l'invention d'une nov-langue. C'est pourquoi je ne vois pas l'intérêt de refourguer ma propre terminologie théoricienne, et d'ajouter un jargon auto-référentiel de plus aux dialogues de sourds. La communisation, si elle est aussi affaire de mots pour la faire, ceux-ci ne sortiront pas de la théorie comme un cadeau aux nouvelles nées. En attendant la fin, mieux vaut être à l'écoute. Sans quoi, je dispose de la poésie, un autre langage, comme au demeurant existe celui de la musique, du jazz, du rap, du black-english, du parler des banlieues, dont j'ai quelque idée par mes proches mais qui n'est pas le mien.
Le principal est que chacun-e puisse suivre ce cheminement et s'approprier les termes du débat, quitte à faire ses critiques; que chacun-e exprime ses accords et divergences, désaccords et convergences, c'est je pense ce qu'attendent toussétoutes.
1) LE PROJET INITIAL
6 janvier 2014
« Je formule le projet d'un prochain texte Classe Race Genre, pour une mise à jour des théories de la communisation. Ce texte partira de l'idée que ces trois contradictions sont intersectionnées, chacune avec ses spécificités s'articulant avec les deux autres pour participer à la structure d'ensemble du mode de production et de reproduction capitaliste. » ici
plus radicale tumeur ? ou des pissenlits sans la racine
Connaître les présupposés théoriques du démocratisme radical (Roland Simon/TC), dans l'articulation genre/race/classe (une sorte d'intersectionnalité), est important : de 1970 à 2000, abandon du 'programme ouvrier', dans lequel le capitalisme était la seule contradiction à dépasser par la prise de pouvoir, pour aboutir vers 1995, avec l'effondrement des syndicats et partis 'de la classe', à un ensemble de dominations ou d'oppressions prises en charge par 'le mouvement social'. Ce qui se gagne en articulations pseudo-dialectiques se perd dans leur multiplication, et dans l'absence d'une construction théorique rendant compte sérieusement du capitalisme restructuré, en subsomption réelle et à l'échelle mondiale (exemple : a-systémie/illégitimité de la revendication sur le salaire). Cette idéologie aboutit à un anticapitalisme sans fin, autrement dit le capitalisme sans fin, sans perspective révolutionnaire. À cet égard, les titres des ouvrages ou études peuvent donner une indication a priori, ainsi que les passages que je cite pour leur intérêt documentaire ou idéologique.
Le but n'est ici ni de cautionner ni de dénoncer : ni approbation, ni même critique de ces documents. Elle ressort dans ce cadre d'une évidence. 

Voir des extraits du livre le démocratisme radical chez Senonevero (e ben trovato), 2001 http://senonevero.communisation.net/IMG/pdf/ExtraitdemocratismeRadical.pdf

On peut lire de BL 2005 cité plus loin : « Nous ne sommes pas "Anti" » http://meeting.communisation.net/archives/meeting-no-2/les-textes-publies-6/article/nous-ne-sommes-pas-anti

2) 'UTÉRUS et MÉLANINE' : accord et questionnement
En quelques lignes amusantes, Bernard LYON (BL/TC) discute et critique « l'analogie entre genre et race » dans leurs rapports à la classe. Son texte n'a rien d'antipathique, et il ne prétend donc pas couvrir l'ensemble du problème Classe/Genre/Race.
Je partage a priori largement son argumentation, et la nécessité d'être clair : « Cela "ouvre la porte" à une "dérive" très gênante : l’extension rendue ainsi possible de la situation de genre à celle de race alors que les 2 n’ont rien à voir. » 
Bernard Lyon ajoute :
Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette, voire polémique, parce que l’intégration de l’abolition des genres comme élément inséparable de l’abolition des classes dans la communisation est dévalué, secondarisé par la mise de question des races au niveau de celle du genre. 
l'essence dans le moteur ou panne au démarrage
Je souligne essentiellement parce que je pense que le terme est à prendre au sens fort d'essence. La construction sociale du genre commence dès les débuts de l'humanité*, et devient structurelle bien avant l'apparition du capitalisme, dans lequel elle change de qualité, compte tenu de la place centrale du travail dans ce mode de production et de la fonction des femmes, assignées à reproduire la population, principale force productive (cf TC, Tel Quel et autres textes).
* Lire par exemple, de Françoise Héritier, À l'aube de l'humanité, dans l'ouvrage collectif La plus belle histoire des femmes, Seuil 2011
Néanmoins, c'est bien avec le mode de production capitaliste que le fait de faire des enfants participe structurellement à sa reproduction, et pas simplement à la reproduction de la population, de l'humanité, comme un facteur traversant l'histoire de façon inchangée. L'augmentation de la population comme force de travail, c'est la condition d'expansion du système capitaliste, de son accumulation avec un insatiable appétit, une condition pour que se maintienne voire augmente le taux de profit menacé par la concurrence inter-capitalistes.
bon chien chasse de race
« Jusque-là (XVIIIe siècle), le mot race dans les langues d'Europe occidentale était associé à l'élevage des animaux et à la généalogie de la noblesse. À l'évidence, la reconnaissance de la supériorité de certaines races équines ou canines prépara le terrain à une catégorisation des êtres humains selon leurs caractéristiques physiques. » Racism, A Short History / Racisme, une histoire, George M. Fredrickson, éditions Liana Levi, 2003, p.61 Remarquons que deux expressions proverbiales, dont le sens est proche de Bon chien chasse de race, Tel père Tel fils et Mauvais sang ne saurait mentir, renvoient précisément à la prédominance patriarcale par le sang = la race. À ne pas manquer, le film Tel père tel fils du réalisateur japonais Kore-Eda Hirokazu, qui traite de l'actualité de cette question dans le Japon contemporain. http://cinema.nouvelobs.com/articles/29068-bandes-annonces-tel-pere-tel-fils-la-vie-au-japon-n-est-pas-un-long-fleuve-tranquille
Toujours à propos de cette comparaison des 'Noirs' à des animaux, il faut savoir que dans la comptabilité des plantations et distilleries de canne à sucre, précurseuse de celle des fabriques, les esclaves figuraient dans la colonne des marchandises matérielles, et le prix des chiens dans la même que le salaire des contremaîtres. L'exemple d'un tel tableau de comptabilité est donné dans un Gallimard-Jeunesse sur le commerce triangulaire, la traite et l'esclavage (de mémoire, source à retrouver). Tel quel, comme dans le titre de l'auto-biographie de Charles Mingus : Moins qu'un chien / Beneath the Underdog USA1971 Fr1985.
Par ailleurs, Rosa-Amelia Plumelle-Uribe cite, dans La férocité blanche, des propos d'Hitler rapportés par un éleveur juif de ses amis, plus tard émigré aux États-Unis, selon lesquels le Führer expliquait qu'il n'était pas antisémite, mais qu'il lui fallait bien sélectionner les meilleures races humaines, comme son ami le faisait avec les vaches reproductrices ou les bœufs de la race des meilleurs (cité de mémoire, le livre a suivi le principe en vigueur chez mon domicile : rien ne se perd, rien ne se trouve)

Dire que la race n'est pas essentiellement liée à la classe ne signifie pas pour autant qu'elle ne lui est pas liée du tout, la question étant de savoir comment, et plus précisément de savoir si cela touche ou non la structure même du capitalisme, son existence et son histoire au point d'en être un élément déterminant, en qualité et/ou en quantité. La quantité n'est pas anodine, par la nécessité même d'augmenter la force de travail disponible, à savoir la démographie du prolétariat. Quantité et qualité sont dans un rapport dialectique : c'est sur la base d'une augmentation de la quantité que peuvent émerger* des changements qualitatifs, des sauts qui introduisent une nouvelle contradiction, du moins un poids plus conséquent de cette contradiction dans la structure du tout, ici l'accumulation primitive du capital (milieu 17ème siècle-début 19ème siècle).

* on trouve le concept d'émergence dans les théories de la complexité, Voir Émergence, complexité et dialectique / sur les systèmes dynamiques non linéaires, Odile Jacob 2005, coordonné par Lucien Sève. Et mon petit doigt me dit que ce n'est pas sans relation, en termes de dynamique de luttes, avec le concept técéiste de conjoncture. À mon sens et tout en reconnaissant son raffinement, la modélisation dialectique élaborée par Roland Simon ne peut pas rendre compte théoriquement de phénomènes d'émergence complexe avec la même simplicité, si j'ose dire, que l'approche croisant dialectique et complexité. Dépasser Engels dans la dialectique de la nature semble une nécessité à tout le monde, mais il ne faudrait pas toucher à la dialectique des rapports sociaux selon Marx ? Ce qui vaut pour le genre...

** Accumulation primitive du capital Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Accumulation_primitive_du_capital

7 et 8 janvier
3) UTÉRUS ± MÉLANINE : accord, désaccords, problèmes à résoudre
La petite discussion précédente souligne mon accord avec Bernard Lyon sur l'impossibilité d'établir une « analogie entre genre et race » dans leur articulation avec le capital. Je précise et approfondis cet accord, jusqu'où il va, et à partir d'où surgit un problème à résoudre, un désaccord à dépasser, d'autres questions à poser.
En conclusion, BL précise le risque de cette analogie genre-race dans le rapport avec la contradiction de classe :
Paradoxalement comme il est évident qu’on ne peut pas « inventer » des contradictions pour chaque opposition de races, cela amène à renoncer à la contradiction de genre au profit d’une série  d’antagonismes subordonnés à la contradiction de classe, le tout bien sûr « structurellement » uni dans la très dialectique totalité du capital. C’est pour cela qu’il faut renoncer à toute analogie entre genre et race, car tout simplement la domination masculine c’est l’éternisation du capital, donc son existence la plus  flagrante dans les rapports immédiats.
en flagrant délit ?
Peut-on passer sur le fait que l'existence de la race serait moins flagrante que le genre dans les rapports immédiats; s'il est vrai qu'elle n'éternise pas le capital au même titre, elle était là au début, l'a toujours été, et elle continue, à voir comment. Je ne soupçonne pas l'auteur de ces lignes de vouloir établir quelque hiérarchie des catégories de 'genre' et de 'race' sur l'échelle des privilèges qu'elles procurent à leurs détenteur-eu-ses. Comme BL le souligne :
Le problème c’est qu’on cherche à fonder la formule en l’étendant rétroactivement, en assimilant la mélanine de l’esclavagisme de l’époque capitaliste à l’utérus de TOUTES les époques. Est-ce grave ? Pas vraiment mais cela « ouvre la porte » à une « dérive » très gênante : l’extension rendue ainsi possible de la situation de genre à celle de race alors que les 2 n’ont rien à voir.
Le problème de BL, c'est que sa concision se paye d'un revers, des formules à l'emporte-pièces. Il se comprend lui-même, et je m'y efforce, mais son insistance à éviter l'analogie ne produira pas que des polémiques sans bonnes raisons. Exemple, quand il affirme...
Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette voire, polémique parce que...
... parce qu'à partir de là, de la 'race', BL n'en parle plus (dans ce texte dont ce n'est certes pas l'objet). Plus grave, il ne peut parler de la race qu'en tant qu'antagonisme ou opposition*, quoi qu'il en soit comme domination ou oppression, un peu à la façon dont les autres font l'objet de ses critiques et de celles de Roland Simon, tous les deux pour TC (voir ci-dessous, Endnotes...). D'où ma question : dialectique ou pas, quel est selon TC le rapport de la race à la structure du capital ? En existe-t-il un, au-delà de l'ironie à propos de ceux qui en voient partout ? * je ne suis pas un expert en dialectique TCiste, mais ici et à ce stade, est-ce important ? Ce qui importe si nous nous comprenons, c'est qu'il ne s'agit pas de contradictions.
Si la race est moins flagrante que le genre dans les rapports immédiats, où serait-elle, sur l'échelle BL/TC des oppressions et dominations flagrantes ? Sans me faire avocat marron, face à la police, à quel barreau montent les "racisé-e-s" dans les « rapports immédiats » ?
'Avec un peu d'ironie' : quelle position, la race, dans les séries d'antagonismes que TC critique à juste titre ?
Reprenons ce passage :
on ne peut pas « inventer » des contradictions pour chaque opposition de races
Est-ce à dire qu'il faudrait examiner une à une les oppositions des races blanche-noire, blanche-moins noire, noire-plus ou moins foncée, jaune-noire, etc. ? Car évidemment on ne pourrait se contenter de la catégorisation colonialiste, dans ses variantes (4 races d'hommes, pour les colonialistes, 5 de femmes pour l'URSS, blanc-he-s en poupe, voir l'invention de la race, construction historique et sociale / 10 janv 2014). Non, c'est vrai, « On ne peut pas...»
On ne peut pas, parce que ça deviendrait trop compliqué ? En effet, il faudrait étudier chaque situation dans ses singularités globales (?), régionales, locales (ce que font au demeurant les études sur la question), qui sont infinies dans le zonage actuel non géographique (style Centre-Périphéries à la Wallerstein) du monde capitaliste globalisé (le zonage du capitalisme restructuré selon TC http://dndf.org/?p=13174. Mais est-ce bien le problème ? S'il ne s'agit pas de contradictions pour chaque opposition de races, ne peut-on inventer autre chose ? Pas plus compliqué mais un peu plus complexe ?
quelle est la couleur de l'Empire ?
Que cache cette multitude de "races" qui refuserait celles du colonialisme blanc ? N'est-ce pas passer un peu vite sur le fait que pour l'heure, le capitalisme est encore majoritairement "blanc" - une extrême minorité démographique -, sur le fait qu'il y a l'Occident et les autres, comme l'écrivait Sophie Bessis en 2001 (L'Occident et les Autres, histoire d'une suprématie), même si cette blancheur capitale s'accommode de colorations diverses du plus clair au plus foncé, dans la variation infinie des teintes et des amitiés bien comprises, en Afrique, au USA, en Amérique du Sud, au Japon, au Brésil, en France, etc. Obama n'est-il pas "noir" ? Le dirigeant "communiste" Mandela n'a-t-il pas été enterré avec les honneurs des dirigeants du monde capitaliste ? Le gouvernement de la France capitaliste serait-il of unicolor-e-s ? Auraient-ils peur et de quoi, qui manquerait à leur structure ?
purgatoire théorique
C'est à partir de cet ensemble de considérations qu'avec d'autres nous pouvons estimer qu'
- il y a une sous-estimation de la race par Théorie Communiste
- affirmer que les deux n'ont rien à voir ou que "Races" et Classes ne sont pas essentiellement liées, sous prétexte qu'elle ne sont pas des contradictions comme le Classe et Genre, suppose de ne pas y regarder de trop près, et nous invite à étudier comment elles sont liées de façon déterminante mais d'une autre manière ;
- il faut nous analyser les 3 rapports de la race à genre+classe, du genre à classe+race, de la classe à genre+race, chacun informant les deux autres : c'est la démarche de l'intersectionnalité au sein de la communisation telle que proposée en introduction. Reste biensûr à voir quelle théorisation conséquente pourrait se construire sur le socle des théories de la communisation. Mais pour parler à l'ancienne, j'aurais tendance à accorder en la matière le primat à la pratique sur la théorie, autrement dit aux "luttes théoricennes". Et mon petit doigt me répète que ce n'est pas sans relation dialectique avec le concept técéiste de conjoncture.
contre la race comme structurellement liée à la classe, une argumentation négative ?
Théorie Communiste (TC), un peu à la manière dont il ne parlait pas du genre avant de l'intégrer à son corpus, ne parle pas de la race, pas encore... mais qui dit chantier permanent, dit aussi chantier collectif, c'est les 3/8 et les horaires variables... Chacun son tour.
Tout se ramène, in fine, pour BL/TC, à une argumentation négative, reposant sur le fait qu'ayant trouvé une intersection structurelle entre genre et classe (par le sur-travail et le fait que les femmes sont définies et assignées pour la reproduction de la principale force productive, la population), TC veut à tout prix éviter une définition du capitalisme comme somme de dominations ou d'oppressions, à la manière dont le faisait (et le fait encore) le "démocratisme radical" (union convergente de toutes et tous les opprimé-e-s, dominé-es, voire exploité-e-s). Je rejoins naturellement, et même essentiellement ce souci - ce qui ne fait pas de moi un naturaliste essentialiste.
si proche et si loin à la fois
Le démocratisme radical n'est pas seul mis en cause. Cependant, dans les critiques de TC aux textes cités en introduction (Incendo, Endnotes#3...) et plus proches de notre conception théorique du communisme, le fond du désaccord reste le même : « renoncer à la contradiction de genre au profit d’une série  d’antagonismes subordonnés à la contradiction de classe, le tout bien sûr « structurellement » uni dans la très dialectique totalité du capital ». L'ironie de la phrase pointe le fait que dans ces théories, il n'y a pas de construction théorique de la supposée articulation dialectique structurelle, ou si elle existe, c'est en termes d'antagonismes, non de contradictions. Le chapeau de Endnotes#3-Editorial est effectivement clair : « Pour nous, il n’y a pas plus lieu de parler de contradiction entre ouvriers et capital qu’entre femmes et hommes. En fait, la seule « contradiction entre » est celle avec laquelle Marx ouvre le livre 1 du Capital, la contradiction entre valeur d'usage et valeur d'échange. ». S'en suit la réaction d'Amer Simpson, la contradiction et son double,  http://dndf.org/?p=12934 puis la mienne, La méthode et son double, une théorie d'homme ? Pour une refondation en théorie communiste  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-467.html
Ah la vache ! La race anglo-saxonne à l'assaut de la théorie de la communisation
Précision : je ne suis pas anti-véganiste, et pas plus anti-vache qu'anti-américain
Les critiques adressées par TC au démocratisme radical  concernent la "race" dans la mesure où elles portent sur le discours antiraciste (Nous ne sommes pas 'Anti'). C'est dans un double sens qu'elles peuvent concerner des théorisations plus proches : l'analogie genre/race et l'antiracisme. La réponse de BL/TC, à une camarade Américaine sur le rapport Race/Classe, ne concerne que l'analogie à ne pas faire, le risque à ne pas prendre d'une série d'antagonismes noyant les contradictions du capitalisme dans un naufrage dialectique. Que faire du bébé-e 'racisé-e', de sa mère rouge, dans les eaux de la révolution ?

Three To Tango en version Un de trop sous-titrée : Comment danser sous trois planchers de verre ?

Le plancher de verre, ce texte fait partie du livre "les émeutes en Grèce" publié par Senonevero en 2009 PDF

ajout 23 janvier Endnotes#3 édito : réarticuler le rapport entre les identités de classe et hors la classe

« Malgré tout cela, les participants au mouvement ouvrier pensaient que les autres formes d’identité — les identités qui ne reposaient pas sur la classe, hors la classe ­— disparaitraient avec le développement des forces productives. Le mouvement décrivait ces identités hors la classe comme des survivances ataviques de modes de production antérieurs. Il n’était pas nécessaire de les considérer comme autrement que moribondes. Mais les rapports sociaux capitalistes ne détruisent pas nécessairement les formes d’identités hors la classe. Au contraire, les rapports sociaux capitalistes transforment, ou même modernisent, au moins une partie de ces identités. En finir avec le mouvement ouvrier — admettre qu’il n’y plus de fraction de la classe qui puisse prévaloir sur la classe — implique qu’il soit nécessaire de réarticuler le rapport entre les identités de classe et hors la classe. « La Logique du genre » s’inscrit dans cette tentative théorique. L’article de Chris Chen, « The Limite Point of Capitalist Equality » [Le point limite de l’égalité capitaliste], qui fait partie de ce numéro, en est un autre.» Editorial Endnotes#3

En fait il ne s'agit pas seulement d'identités, qui renverraient à une pure subjectivité, mais d'appartenances à des catégories sociales (et donc théoriques), dont l'existence est certes idéologique, mais rendue réelle car fondée sur des assignations elles-mêmes construites sur des critères physiques - le genre par utérus vs phallus, la race par la couleur de la peau vs la blanc, 'incolore' - et qui fonctionnent pour le capital (c'est leurs rapports au capital qui comptent, leurs rapports avec la classe en sont ici la médiation). L'articulation genre/classe de TC est certes réductrice (le genre existe au-delà de son rapport à la classe), mais elle peut fonctionner en attendant mieux. Concernant la 'race', j'ouvre ici des pistes. 

Chris Chen, dans endonotes#3, tente de répondre à la critique de P. Valentine dans The Gender Rift of Communisation avec un texte intitulé The Limit Point of Capitalist Equality : notes toward an abolitionnist Antiracism. Je me réserve de revenir sur ces textes quand j'en aurai les traductions françaises. Je n'ai pas eu le temps de lire sérieusement ces textes en anglais. Le passage concernant la Race dans The Gender Rift of Communisation est intégralement repris ci-dessous. Le texte de Chris Chen nous alerte dès son titre. Je le traduirais par Limite de l'égalité dans le capitalisme : notes pour un antiracisme abolitionniste. Je suppose que limite est à entendre dans le sens du concept de TC : franchir la limite, c'est franchir le pas, le moment de la conjoncture révolutionnaire, tous-ensemble-tous-ensemble dans la dynamique, mais pas toujours du même côté. Avec le genre et la classe, la théorie fait deux pas en avant. Avec la race, un pas en arrière ? Patatrac la Mater Noster ave le 'Patriarcat' : Stabat Classis !

Il est clair que le féminisme, aussi radical serait-il, ne pourrait dans le capitalisme que poursuivre sans fin l'égalité femmes-femmes. L'affaire semble donc par Chris Chen bien posée. Mais l'antiracisme, aussi abolitionniste serait-il, pourrait-il aller au-delà ? Je ne sais pas si Chris Chen donne une réponse théorique au problème. Toujours est-il que la limite de l'antiracisme me sembleelle mieux posée par BL dans le texte « Nous ne sommes pas "Anti" », dont j'ai repris des extraits en 8) ANTIRACISME : au milieu du gué, on se noie ?
Abolition of Race? http://www.metamute.org/editorial/articles/gender-rift-communisation
Many have argued that the category 'women' is not required for the social functions currently performed by women to 'get done' – that is to say, capitalism could rid itself of gender, and still maintain the necessary distinction between ‘spheres’ of social/non-social or waged/unwaged. The emerging communisationist gender theory, on the other hand, argues generally that the categories 'women' and 'men' are nothing other than the distinction between the spheres of activity. Abolishing gender while retaining the waged/unwaged division is like abolishing class while retaining the split between the owners of the means of production and those who are forced to work for a wage in order to survive.
The very same manoeuvres are used to make similarly deflationary arguments about what is usually called 'race' or 'ethnicity'. Even the more militant theorists of race often claim that, at base, race and ethnicity are historical leftovers of past violences that capital has picked up, found useful, and mobilised to its advantage. Even some of the theorists most intent on elevating and integrating a theory of racial and ethnic oppression into the analysis of capitalism – from autonomists like Harry Cleaver and Selma James to canonical theorists of white supremacist, capitalist society like Stuart Hall – continue to insist that race is in some sense subordinate to or an inflection of (or in Hall’s terms, an articulation of) class.
The race question has yet to be put on the table for communisation theory. Theorists who analyse race and racialisation as a fundamental social relation that grounds and reproduces capitalist society, (from Cedric Robinson’s epic Black Marxisms to the recent 'afro-pessimists' like Frank Wilderson and Jared Sexton) have not been addressed within communisation. This is a testament to the persistent Eurocentrism of current communisation theory, even as it is drawn into the American context. (Communists have certainly not dealt with race well elsewhere, but European ultra-left and communisationist theory remains somewhat uniquely unconcerned with race – as does its American counterparts).  
Frank Wilderson claims that white supremacy: 'kills the Black subject that the concept, civil society, may live….' and later,
« We live in this world, but exist outside of civil society. This structurally impossible position is a paradox because the Black subject, the slave, is vital to civil society’s political economy: s/he kick-starts capital at its genesis and rescues it from its over-accumulation crisis at its end. Black death is its condition of possibility. Civil society’s subaltern, the worker, is coded as waged, and wages are White. But Marxism has no account of this phenomenal birth and life-saving role played by the Black subject.» 26 Frank Wilderson, 'Gramsci’s Black Marx: Whither the Slave in Civil Society?', We Write, Vol.2, Number 1, January, 2005, p.9. and p.15.
Similar to Miram’s phenomenological and hermeneutic account of the sex-right, this language is not yet legible to existing communist or Marxist conversations. The limits of such conversations  are threatening to their strength, for these theories of sex-right and black death reveal a truth that, if ignored or dismissed, leaves an account of the totality not only incomplete but a potential tool of capitalist violence.
We believe that capital is a totality which is ‘classed’, ‘gendered’ and ‘raced’ by virtue of its own internal logic. These are not three contradictions which sit on three thrones in the centre of the capitalist totality, homologous with one another, dictating its logic. We must reveal exactly how race and gender are necessary social relations based on particular material processes within the capitalist mode of production.27 Through the recent work of communisationist gender theory, we have come to understand 'women' as the category describing those whose activity, unwaged and waged, is appropriated in their totality by society ('men'). This relation inscribes two distinct ‘spheres’ that ground the gender binary. The fact that the boundaries around these spheres are violently policed does not mean they are static – in fact their policing also involves a constant manipulation of the boundaries. We understand 'proletariat' as the category describing those who do not own the means of production, and are forced to either sell their labour to those who do (the 'capitalists') or are cast out to waste away. How are we to understand the category of 'racialised', or perhaps of 'black,' or perhaps 'ethnicised'? It seems possible that these categories are necessarily related to capital’s necessary overproduction of humans within the necessary movement of capitalist development, and its consequent need to kill, obliterate, remove and dispossess such bodies.28 But how do we structure this theory, and how does it relate to waged exploitation and to the two 'spheres'?
27 There are some inchoate formations that we know of in the US which are beginning to take on this task. See http://escalatingidentity.wordpress.com and http://liesjournal.info. We are sure there are many more we do not know of.
28 See Endnotes #2, 2011 
En d'autres termes, P. Valentine de Vancouver fait à la théorie de la communisation le même genre de critique que Selma Birge (Montréal) à Bourdieu, ses héritiers, et aux marxistes européens, particulièrement français. Voir classe race genre : autant de "planchers de verre" ? 7 janv http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-487.html
Les critiques ne se font certes pas toutes sur la base d'un accord avec les thèses de la communisation, elles-mêmes peu traversées de désaccords sur cette question de la race, puisqu'elle n'est pas prise en compte.
la question raciale doit maintenant être posée sur la table de la théorie de la communisation
Ce qu'il faut quoi qu'il en soit retenir de BL, c'est qu'on ne peut procéder, dans le rapport au capital de la race et du genre, par analogies. Je mets un pluriel, car on le verra, des similitudes ne manquent pas, comme le montrent les féminismes de racisées au delà du Black Feminism, qui sont pour l'essentiel des mouvements de femmes plus pauvres et exploitées que les "Blanches" (voir à cet égard White Feminist Fatigue Syndrom de Brenna Bhandar et Denise Ferreira da Silva Oct. 2013 http://criticallegalthinking.com/2013/10/21/white-feminist-fatigue-syndrome/
« Ending op­pres­sion, vi­ol­ence against women, vi­ol­ence against men, par­tic­u­larly of the neo-?liberal variety, means em­bra­cing the his­tor­ical, ma­ter­i­alist, anti-?racist thought of Black and Third World Marxist fem­in­ists. Are the White fem­in­ists who per­sist in throwing in the word “race” or “ra­cism” in their oth­er­wise left-?liberal ap­proaches to fem­inism will­fully blind/?deaf? Are they un­able to cede the floor to Black fem­inism be­cause it would mean the loss of a cer­tain ra­cial priv­ilege? The per­sistent claim to uni­ver­salism, which is the core of this White fem­inism, renders the ex­per­i­ences, thoughts and work of Black and Third World fem­in­ists in­vis­ible, over and over again. Time’s up! »
Cette question recoupe, naturellement, une caractéristique du féminisme en France, telle que j'ai commencé de l'établir avec Femmes dans les luttes de classes http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-499.html (le genre comme 'cache-sexe' de la classe ? Des limites et contradictions du féminisme démocratique, « Assez du féminisme de classes moyennes »...). On y voit se dessiner une articulation, non pas analogique entre genre et classe, mais entre contradiction capitaliste de genre d'une part,  et de l'autre "dominations" de races liées au capitalisme par l'exploitation dans la production et la reproduction. La prudence théorique s'impose mais, si parler de "contradiction de races" est à écarter puisqu'il s'agirait purement et simplement de racisme inversé, la relation structurelle de la racisation aux contradictions de classe et de genre, relation à cette interaction même - histoire de la construction croisée de la race et du genre dans le capitalisme, présence dans les luttes actuelles comme dans celles qui s'annoncent -, tout cela constitue une matière première à exploiter... par la théorie.
J'ai commencé de réunir quelques documents relatifs à ce féminisme des "racisées" en France, ou dans les pays où elle est encore très "post-coloniale". Ils sont intéressants dans la mesure où existent :
- soit des relations d'issus de l'immigration' au pays d'origine (ou assimilés),
- soit des projections sur la situation des populations soumises à l'exploitation capitaliste extérieure (Moyen-Orient...),
- soit encore celles de 'renois' des banlieues françaises sur la situation des Africains-Américains des ghettos (rap, hip-hop...).
Il s'agirait de faire ressortir comment un opposition de race dominant-dominé - dans le rapport au travail, à la reproduction, où au maintien de l'ordre capitaliste (importance actuelle de la police, la guerre des Etats à leurs populations pauvres, ou à d'autres...) - comment ce qui n'est abstraitement qu'une opposition ou un antagonisme, concrètement une domination/ oppression, participe dialectiquement à la structure production/reproduction, et conditionne son maintien. Si la communisation consiste en un dépassement produit, comment produire celui de cette limite que construit et reconstruit la 'race' ?
8 janvier
4) 1er debriefing, suite à 'sur les luttes de dominé-e-s/racisé-e-s en France : spécificités'  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-493.html
la réalité se passera de caution
Dans une interview de Houria Bouteldja (Indigènes de la République...) on commence à voir comment le concept de patriarcat peut, sous son nom même, être miné de l'intérieur dans ses rapports aux classes et à la race; du moins perdre de sa pertinence selon Christine Delphy, comme contradiction unique entre « classes » d'hommes et de femmesLa porte s'ouvre sur le plan théorique, à partir des luttes dans leurs réalités, d'une articulation avec la contradiction entre classes et la domination raciale comme 'opposition' ou 'antagonisme' au sens dialectique. Et l'on commence à saisir comment celle-ci informe la structure du capitalisme comme tout.
Il est à remarquer que Houria Bouteldja semble refuser d'en faire un enjeu d'abord militant. En ceci, sa posture évoque a priori celle des théoricien-ne-s de la communisation, qui ne font pas de la "propagande", persuadé.e.s que ce ne sont pas les idées, mais les pratiques sociales, les luttes, qui font avancer le schmilblick dans le cours quotidien des luttes et du capitalisme tel qu'il est dans le moment présent. C'est néanmoins dans le cadre démocratique qu'elle pose le problème, et sa résolution. Et certes, nous ne parlerions pas comme à regret d'un «empêchement des alliances entre classes populaires ». À travers les segmentations, les luttes feront avec. Voir, à propos d'un reproche dans la discussion sur dndf Une « caution intellectuelle «  à Houria Bouteldja ?  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-504.html
9 et 10 janvier
vous avez dit « racisé-e-s » ? comme c'est bizarre, et pas d'anologieS avec « genrées » ? bizarre bizarre
Concernant ces analogies, voir 'On ne naît pas Noir, on le devient'  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-494.html formule que je reprends du livre de Jean-Louis Sagot-Duvauroux (2004), dont le titre détourne celle de Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe (1949) : « On ne naît pas femme, on le devient ».
5) 2 et 3ème debriefings
Genre-Race-Classe : l'homme blanc est transparent. Il n'aurait ni genre ('sexe social'), ni race, un 'privilège' des femmes ou des "racisés". Deux 'privilèges' pour les "racisées". Trois pour les exploitées 'de couleur'.
Suite à  'l'invention de la race, construction historique et sociale'  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-495.html appuyé sur le livre de George M. Fredrickson, Racisme, une histoire (2002, trad.fr 2003, dont le titre original est plus clair, Racism, A short History)
Contrairement au genre comme domination masculine dès l'origine de l'humanité, les "races" n'ont pas toujours existé. Elles sont produites, avec les hiérarchies utiles alors, durant la même période que le capitalisme, avant qu'il ne devienne un mode de production à part entière.
Schématique et provisoire : la domination masculine dès "les origines", les "races" utiles au XVIIème siècle, pas d'analogie possible entre les deux. Ce n'est pas dans un rapport comparable que ces dominations participent à la genèse du capitalisme, et changent dans ce mouvement de nature : le genre devenant une contradiction participant directement à la structure de production/reproduction, autour du sur-travail (TC), la race (noire particulièrement) à l'accumulation primitive en Occident dans les conditions du commerce triangulaire (traite et esclavage), puis à l'augmentation de la population exploitable aux USA avec l'abolition de l'esclavage, rôle assuré par le colonialisme pour l'Europe (dans cette dimension démographique du prolétariat).
6) 4ème debriefing, suite à 'éléments d'une sociologie anti—constitution universalo-française'  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-496.html
c'est arrivé près de chez nous
Ici, rien à débriefer à proprement parler. Il s'agit de poser le problème spécifiquement français d'une universalité de droits en principe interdisant d'en mesurer l'application réelle. Ce n'est qu'une esquisse dont le but n'est pas de la combattre politiquement d'un point de vue citoyenniste, égalitariste et démocratique, mais de prendre la mesure de la domination raciale dans le rapport au travail et aux conditions de vie (et de mort) des 'racisé-e-s'. Un constat sociologique. Non son utilisation idéologique, et pas davantage un combat contre elle, qui ne surgira pas d'un blog sur Internet.

10/12 janvier

Brother Amiri Baraka

L'« homme blanc » doit écouter ses AutrEs, avec LeRoi Jones/Amiri Baraka  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-498.html 10/12 janvier
Ici une parenthèse d'actualité avec le décès, le 9 janvier, de LeRoi Jones/Amiri Baraka, dont j'explique pourquoi et comment il fut pour moi, dès 1971, à l'âge de 20 ans, un « père spirituel ». C'était le temps où l'on manifestait pour libérer Angela Davis, plus tard plume noire de Femmes, Races, Classes (US 1981 Fr 1983), un jalon important du Black Feminism. Le temps où l'on tirait en sérigraphie son poster et ceux de Guevara ou Marx. Le temps de réunions avec les camarades palestiniens « marxistes », dans lesquelles les questions religieuses ne se posaient même pas ; les guerres entre sectes de « militants communistes », oui.
12 janvier
7) Question d'étape : UN PROBLÈME STRUCTUREL OU THÉORIQUE ?
la structure et son double
On parle, en France, de racisme structurel*. On peut l'entendre au niveau historique, social, sociologique. Mais ce n'est pas au sens de la structure du capitalisme du marxisme traditionnel, pour faire court. On ne trouve a priori rien de spécifique à "la race" dans le rapport d'exploitation et dans le cycle de reproduction du capital. On ne le trouve pas si on ne le cherche pas en d'autres termes qu'une pureté de rapports entre capital et prolétaires (tous les mêmes au sein de « LA classe ouvrière »).
* par exemple, Houria Bouteldja : « Le racisme structurel de la société française provoque un conflit d'intérêt entre les classes populaires indigènes et les classes populaires blanches, les premières se battant pour l'égalité des droits et pour le respect, les autres bien sûr pour préserver leurs acquis ou gagner des droits mais aussi pour maintenir leurs privilèges vis-à-vis des premiers.» 2006 Interview par Christine Delphy, Nouvelles Questions Féministes vol.25 n°1, citée par Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Houria_Bouteldja
Il en va différemment si l'on considère l'histoire concrète du capitalisme, de l'accumulation primitive à aujourd'hui, en passant par toutes les formes successives, de la traite aux colonialismes, au post-colonialisme, et à la distribution raciale du zonage actuel dans le capitalisme globalisé.
« L’espace du monde capitaliste restructuré est un zonage qui se déploie de façon « fractale » à toutes les échelles : monde, continents, aires, pays, régions, métropoles, quartiers. A chaque niveau d’échelle, se côtoient et s’articulent : un noyau « surdéveloppé » ; des zones constellées de focalisations capitalistes plus ou moins denses ; des zones de crises et de violence directe s’exerçant contre des « poubelles sociales », des marges, des ghettos, une économie souterraine contrôlée par des mafias diverses.
Dans un tel « nouvel ordre mondial », la question de la distinction entre opération de guerre et opération de police n’a plus un grand intérêt. La restructuration actuelle est une autre organisation de l’espace de la reproduction du capital et une autre organisation de la violence. Les formes d’interventions sont celles de la discipline. Si le principal résultat du procès de production c’est la reproduction du face-à-face entre le prolétariat et le capital, que de ce face-à-face découle ipso facto le premier moment de l’échange entre le capital et le travail (achat-vente de la force de travail) ne va pas de soi. Au « centre » ou à la « périphérie », ces distinctions ont été mises en abimes à tous les niveaux d’échelle, la situation de la force de travail est fondamentalement la même : la force de travail existe face au capital comme force de travail sociale globale. Alors qu’elle est dans les aires développées globalement achetée par le capital et individuellement utilisée, il n’y a pas d’achat global dans les nouvelles périphéries. D’où l’importance partout de la disciplinarisation de la force de travail face à un prolétaire redevenu, en tant que prolétaire, un pauvre Ballade en novembre, Meeting n°3, novembre 2005, cité par dndf, Chômage : Émeute de jeunes prolétaires espagnols http://dndf.org/?p=13174
Il en va différemment si l'on considère le capitalisme dans son mouvement historique et en dynamique de moments présents, en prenant en compte le poids du facteur racial en termes de démographies, dans la segmentation du prolétariat au sein du zonage capitaliste, ses effets dans les luttes.
la "race" facteur déterminant un peu, beaucoup, passionnément...
- le capitalisme en mouvement sous les deux aspects de son cours historique et de ses dynamiques dans la succession de moments présents;
- les aspects quantitatifs (démographiques) du capitalisme et des luttes;
- la segmentation du prolétariat...
... la théorie ?
Comment cela peut-il s'intégrer à la théorie de la communisation telle qu'elle se présente chez ses théoriciens actuels ? Je n'en sais rien. Il me semble qu'on peut le faire en dépassant la modélisation abstraite, structuraliste et dialectique, pour théoriser à un niveau dialectique de généralités* plus proche des luttes théoriciennes (TC) concrètes.
* Bertell Ollman, La dialectique mise en œuvre : le processus d'abstraction dans la méthode de Marx  http://palim-psao.over-blog.fr/article-bertell-ollman-la-dialectique-mise-en-oeuvre-le-processus-d-abstraction-dans-la-methode-de-marx-110189520.html
Il semble que, jusque-là, le facteur de la race n'ait pas été pris en compte par la théorie communiste ou pas comme un élément théorique à part entière dans les analyses des luttes théoriciennes (TC). On pourrait peut-être en tirer des considérations plus générales, pour autant qu'une synthèse ait un intérêt : bien qu'on puisse l'analyser en théorie dans sa globalité (le moment présent), la lutte de classe ne se manifeste pas de façon générale, du moins pas en dehors de périodes révolutionnaires, précisément celles où le prolétariat, tendant à trouver son unité, peut dépasser les divisions antérieures dont celles produites par le racisme. Tel pourrait être le cas dans la conjoncture (TC) du moment communisateur, dans l'activité de crise du prolétariat (selon Bruno Astarian/Hic Salta Communisation http://www.hicsalta-communisation.com/), par la défaisance (TC) des rapports sociaux entre "races" dans celles des rapports de classes et de genres.
La communisation sera a-raciale ou ne sera pas. Voir Aracial ? « Raceless Like Me » de Zoe A. Y. Weinberg. J'ai trouvé l'article en cherchant une photo pour illustrer 'aracial'. Paula est arrivée.  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-505.html
15 janvier
8) ANTIRACISME : au milieu du gué l'on s'y noie ?
Nous ne sommes pas « Anti » par Bernard Lyon, Meeting n°2, 25 mai 2005 http://meeting.communisation.net/archives/meeting-no-2/les-textes-publies-6/article/nous-ne-sommes-pas-anti
« Nous ne  sommes pas anti est-à-dire que nous ne sommes pas contre les formes extrêmes de l’exploitation, de l’oppression, de la guerre ou autres horreurs. Etre anti est choisir un point particulièrement insupportable et tenter de constituer une alliance contre cet aspect du réel capitaliste.
Ne pas être anti cela ne veut pas dire être maximaliste et proclamer à tort et à travers que l’on est pour la révolution totale et que hors de ça il n’y a que réformisme, ça veut dire que lorsque l’on s’oppose au capital dans une situation vraie, on ne lui oppose pas un bon capital.
À côté de l’antifascisme a existé l’anticolonialisme, idéologie alliant le socialisme et le nationalisme dans le cadre du monde tripartite de la guerre froide. Cette idéologie structurante des biens nommés fronts de libération nationale mettait les luttes des prolétaires colonisés et celles des éléments bourgeois locaux subsistants sous la direction politique et militaire de couches bureaucratiques autochtones produites par les administrations coloniales. L’anticolonialisme ou l’anti-impérialisme était aussi le cadre de l’alliance de ces bureaucraties démocratiques-révolutionnaires avec le camp socialiste. Ces idéologies ont donc toujours fonctionné comme idéologie d’État (existant ou se constituant) dans le cadre de confrontations et de guerres, mondiale ou locales, entre les pôles d’accumulation capitaliste. Dans les métropoles l’anti-impérialisme était, avec l’antifascisme un élément essentiel pour les partis communistes d’après la 2ème guerre, il se présentait comme la défense de la patrie du socialisme et du « camp de la paix », il articulait la gestion conflictuelle quotidienne de l’exploitation avec le capital à une perspective mondiale dans laquelle le socialisme restait à l’offensive. L’anti-impérialisme a été, et dans une certaine mesure reste, un cadre de mobilisation intrinsèquement lié à la guerre et pour la guerre.[...]
L'antiracisme, frère de l’antifascisme, est maintenant devenu aussi l’idéologie d’État qui accompagne et absout le racisme d’État, pratique et massif, qui s’est développé en France, à partir de l’entrée en crise manifeste du capital, dans les années 70. La politique antiouvrière de restructuration capitaliste a « racisé » l’ensemble du prolétariat, d’abord en le divisant entre « Français » et « immigrés » puis par « l’ethnicisation » et le dit « communautarisme ». Cette situation met l’antiracisme dans une position intenable. S’il se confirmait que les « petits blacks » ont manifesté un racisme contre les « petits blancs » (juste retour des choses qui boucle le maelström) les antiracistes nous auraient de toute façon déjà dit que ce ne serait pas du racisme mais un ressentiment social ! Merveilleuse imbécillité qui suppose que le racisme serait biologique. Il sera toujours vrai que l’antiracisme se portera aussi bien que le racisme sans jamais le freiner. Lors des grandes luttes, en 1995 ou en 2003, Le Pen disparaît du paysage et on ne se rappelle même pas de son existence, et ce n’était pas l’effet de l’antiracisme. [...] Parmi tous les anti qui circulent on trouve depuis longtemps l’antisionisme. De quoi agit-il ? [...] Par ailleurs l’antisionisme est devenu un euphémisme pour antisémitisme, tant la dénonciation d’un caractère impérialiste pro-US d’Israël se conjugue facilement avec la dénonciation de la « dictature des marchés » de Wall Street , maintenant centre de la « mondialisation libérale », ennemie des peuples au sein de laquelle le « lobby sioniste » est le nouveau nom de la finance juive internationale. Il est frappant de voir comment, dans le cadre de l’antimondialisme, les vieux clichés antisémites peuvent prendre un coup de jeune !

En tout cas nous ne sommes pas plus antisionistes qu’anti-impérialistes ou même anti-guerre, s’opposer à la guerre peut, dans une situation particulière, être le premier moment d’un mouvement des prolétaires, se dépassant en lutte contre l’État capitaliste, qui déclenche ou entretient une guerre pour se maintenir, mais les mouvements pacifistes accompagnent la marche à la guerre. Le mouvement mondial contre la guerre contre l’Irak en est le dernier exemple.
Pour notre part, nous ne sommes anti-rien, nous sommes pro-communisation, ce qui n’est pas être plus radicalement anti que les autres, anti-aliénation ou anti-travail par exemple. [...] Être contre n’est pas être anti, lutter contre la restructuration qui est aggravation de l’exploitation n’est pas être anti-restructuration, ce qui voudrait dire que la restructuration pourrait ne pas se poursuivre, les antinucléaires prouvent de la façon la plus caricaturale qu’être anti est promouvoir d’autres éléments existants, ici d’autres énergies, d’autres consommations, ce qui est totalement différent de s’opposer à la construction des réacteurs avec tout ce que ça implique de destruction , de militarisation de l’espace et de pollution ad vitam eternam.
Dans le cours des luttes nous sommes opposés à l’anticapitalisme, à l’antifascisme, à l’antiracisme, à l’antisionisme, compléments incontournables de tous les communautarismes, nous ne serons pas pour autant anti-communautaristes, anti-démocrates, ni même, et peut-être surtout pas anticitoyennistes. Opposés à la socialisation et voulant l’abolition de la société nous sommes positifs, nous ne sommes que pour le communisme.

13/16 janvier
9) Tentative de SYNTHÈSE
Ce qui précède me permet de revenir sur la discussion de départ avec le texte travaux de Théorie Communiste de BL, Utérus vs Mélanine :
1) Éviter l’analogie entre Genre et Race est incontournable pour poser spécifiquement les articulations de la Race et du Genre avec la Classe.
- l'articulation Genre / Classe a été construite par Théorie Communiste.
- l'articulation Race / Genre est posée par le Black Feminism, et au-delà par les féminismes non-blancs, parfois de façon concrètement articulée avec la Classe, du fait de l'appartenance des femmes concernées au prolétariat. Du fait de leur pauvreté. Du fait souvent de l'anticapitalisme qui en résulte, et qui en est justement la limite.
- l'articulation Race / Classe est esquissée plus haut, en termes de détermination de la structure du capitalisme, du point de vue historique (accumulation primitive), et dans les luttes actuelles.
2) Les races n'ont pas toujours existé, le genre oui... mais ('il y a toujours un mais')
- il existe des analogies plus réelles que formelles entre Genre et Race, dans la mesure où les deux sont des constructions historiques et sociales qui prennent un sens historique et structurel ensemble, avec leurs spécificités et leur propre articulation à la production/reproduction du capital : les femmes racis-é-s font des petit-e-s, esclaves, dominé-e-s, oppressé-e-s...
- l'homme blanc est transparent. Il est le modèle de l'être humain sans qualité. Il n'aurait ni race, ni genre. Le gendre idéal ? Face à lui, deux espèces assignées à leurs identités, par l'utérus (« On ne naît pas femme, on le devient » Beauvoir 1949), par  la couleur de la peau (« On ne naît pas Noir, on le devient », Sagot-Duvauroux, 2004)
3) Le chantier ouvert permet de construire au-delà ces articulations, et de dépasser l'antiracisme ou le projet d'abolition du racisme (par exemple le texte de Chris Chen pour Endnotes#3, sauf erreur d'interprétation de son titre : The Limit Point of Capitalist Equality : notes toward an abolitionnist Antiracism).
Autre formulation : l'impossibilité d'une analogie entre Genre et Race, dans leurs rapports à la Classe et pour la communisation, débouche sur une double nécessité :
- construire en théorie l'articulation race / classe&genre dans l'histoire du capitalisme et dans les luttes actuelles. Ce point est esquissé par ce texte.
- projeter ce que serait l'abolition de la "race" dans le moment et la conjoncture de la communisation. En quelques mots :
Non seulement il faut éviter l’analogie entre genre et race dans leur construction historique, dans la réalité présente du capitalisme et des luttes, mais il va falloir l’éviter dans la communisation. Pourquoi ?
L’enjeu des luttes pour « abolir le genre » et pour « abolir la race » ne se pose pas dans le même rapport entre hommes et femmes (une vraie contradiction à dépasser), et dans le rapport entre « dominants » racistes d'un côté, pro-races et « racisé-e-s » de l'autre. De fait, racistes et pro-races sont dans le même camp face à l'abolition. Les "racisé-e-s" peuvent être pro-races, racistes ou non. "Racisé-e-s" ou non peuvent être contre l'assignation de race, contre la racialisation, contre le racialisme.
11) NON-CONCLUSION
Dans la communisation, pour le dire rapidement, il y aura des luttes nécessaires entre « hommes » et « femmes » prolétaires. Elles seront révolutionnaires. Il y aura des luttes internes au prolétariat sur une base de différences raciales. Elle seront sur cette base contre-révolutionnaires, sauf naturellement dans leurx dimensions au-delà de l'antiracisme contre le racisme, contre la racialisation qu'elle soit imposée ou revendiquée (nationalisme, communtaurisme...). Un combat qui ne sera pas seulement celui des "racisé-e-s", ni même des seuls "anti-racistes". Le combat pour abolir le racialisme est proprement communisateur, il relève aussi de la lutte de classes et de genres.
C’est à travers ces rapports croisés et dans leurs dynamique que se jouera l’unité du prolétariat pour son auto-abolition et celle du capital, des dominations masculines et raciales, comme de toute assignation positive ou négative à une race.
D'où la formule ABOLITION du RACIALISME
LA RÉVOLUTION SERA A-RACIALE OU NE SERA PAS !
En attendant la fin... merci de vos commentaires, observations ou critiques.
12) GRATITUDES
Pour ce texte particulièrement à Bernard Lyon, Frantz Fanon, LeRoi Jones/Amiri Baraka et Angela Davis, Alain Gresh, Sophie Bessis, Laurent Levy, Rosa-Amelia Plumelle-Uribe, Jean-Louis Sagot-Duvauroux, P. Valentine et d'autres qui se reconnaîtront,

à mes proches Moeko, Nicolas-Shunto et Alassan, Fadia Haddad, Jocelyne Barthelemy et d'autres qui se reconnaîtront

Pour mémoire Communisation Troisième courant, octobre 2006 http://www.patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-475.html étant entendu pour moi qu'un autre champ demeure en jachère communisatrice : le genre humain et son environnement
Sur mon site : la communisation comme abolition du racialisme Reproduction sans droits. Pour la publication, merci d'indiquer cette référence : http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-511.html

Patlotch, le 17 janvier 2014

la communisation comme abolition du racialisme + hic salta ou franchir le pas, TC théorie blanche occidentale version imprimable

(version à imprimer suite, texte 2 12 pages)

hic salta ou franchir le pas en pratique théorique

TC (contre Marx ?) une théorie blanche occidentale

19/23 janvier 2014

ce texte n'a rien à voir avec le blog de Bruno Astarian

Ce texte n'était pas prémédité. En approfondissant la discussion 'race'/capital, il s'est imposé logiquement de faire en même temps la critique de TC. De fil en aiguille se tissent les liens fonctionnels entre : - les points aveugles d'une théorie prétendant représenter la 'totalité du réel'; - la méthode d'élaboration et de formulation "dialectique" dans un langage auto-référentiel; - la pratique sectaire du groupe TC.

Concernant la 'race', Théorie Communiste se serait enferrée (à son insu ?) dans l'exception théorique française, y compris des marxismes de l'hexagone, au point de demeurer une "théorie communiste blanche occidentale"

Voir aussi TC 'Théorie Communiste' : fin de partie truquée

Si la 'race' ne fait pas la structure abstraite du capital incolore de 'Théorie Communiste', la communisation se passera, pour abolir concrètement le racialisme avec le capitalisme, des leçons théoriques de la blanche TC. Si son concept de capital ne contient pas toute la réalité du capital, c'est le concept qu'il faut changer, parce que le capital concret lui ne changera pas, dans l'usage réel qu'il fait de la 'race' depuis qu'il l'a inventée, ce que l'inventeur du concept de capital avait lui bien compris (citation trouvée en cours de rédaction, qui m'a conduit à ré-orienter le texte) :

Karl Marx : « L'esclavage direct est le pivot de notre industrialisme actuel aussi bien que les machines, le crédit, etc. Sans esclavage vous n'avez pas de coton, sans coton vous n'avez pas d'industrie moderne. C'est l'esclavage qui a donné de la valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont créé le commerce du monde, c'est le commerce du monde qui est la condition nécessaire de la grande industrie mécanique. Aussi avant la traite des nègres, les colonies ne donnaient à l'ancien monde que très peu de produits et ne changeaient pas visiblement la face du monde. Ainsi l'esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance ». Lettre à Pavel Annekov 28 décembre 1846

Théorie Communiste se retrouve au pied de son propre mur, mais 'ils' ont des oreilles. Alerté depuis des années - avant, pendant, après - par plusieurs camarades théoriciens, qui certes n'avaient pas les moyens d'une argumentation théorique à la hauteur*, Roland Simon est demeuré essentiellement sourd. Il s'est enferré dans son fantasme d'une vision totalisante (que traduit la modestie du nom), alors que la sienne se manifestait comme incomplète. Elle le demeure malgré ses tentatives héroïques d'aménager ce qui l'était difficilement, mais ne perd pas sa pertinence analytique, ayant formulé des avancées capitales (le genre), sur lesquelles je m'appuie. Ce temps n'est plus à faire par TC. Le capital l'a fait.

Inventaire partiel (qui ne vaut pas caution à leurs thèses)

Christian Charrier 2005 ? Lettre ouverte à Théorie Communiste sur votre pratique théorique en général et en particulier dans le cas de Meeting : « la vision que vous vous en faite à partir du moment où vous ne pouvez faire autrement que considérer votre théorie de la révolution comme LA théorie naturelle de l’époque, ou mieux : comme la théorie naturelle À l'époque dans la mesure où la première formule suppose encore une distance entre les deux qui n’existe pas chez vous »

Daredevil, de façon brève, mettant le doigt sur des problèmes essentiels et structurels propres à TC dans Sur Théorie Communiste, l'anglemort 2007. Exemple : « Dans cette contradiction, toute production théorique est TC, mais TC doit séparer le vrai du faux tout en considérant le faux comme partie intégrante de sa théorie. Ainsi Dauvé, La Matérielle, Aufheben, l'autre courant de Meeting, cette critique même, etc. sont pour TC du TC. TC se retrouve comme l'Idée Absolue qui est la totalité et son aliénation pour se retrouver. Pour TC cette critique même sera du TC en mouvement

Dauvé et Nesic, de TropLoin Communisation 2011? « Bien qu'elle se croie un produit théorique (et bien sûr l'un des meilleurs) de la lutte de classes dans son cycle actuel de luttes, cette construction mentale témoigne d'un besoin de garanties, d'une volonté du révolutionnaire de se démontrer à soi-même la certitude de la révolution prochaine. Un tel besoin est compréhensible : l'erreur est de le théoriser. Et si beaucoup de radicaux ont envie de se rassurer, il est permis d'y voir un des signes du peu d'existence actuelle d'un cycle de luttes radicalement nouveau.

« Si le dilemme objectivité/subjectivité était soluble par le maniement d'une imparable dialectique, nous n'aurions aucune décision à prendre sur quoi que ce soit : elle se prendrait sans nous, le choix s'imposant tout seul sans alternative. Il n'y aurait plus ni réflexion nécessaire ou possible, ni conflit, ni d'ailleurs histoire, car l'histoire est faite de contradictions, chacune résolue par la pratique de ceux qui y sont impliqués, non par le blocage d'un de ses deux termes.»

Est-il utile d'ajouter que j'étais aussi pour TC "du TC", un faire-valoir bon pour des remarques à intégrer dans le corpus sous la plume de Roland Simon, "faire la pub" et assurer le service après-vente conceptuel, les 'explications' en commentaires de dndf.

Bruno Astarian, Hic Salta Communisation, n'a pas manqué de souligner le tournant "politique" de Théorie Communiste, avec "Le moment actuel" ou "Franchir le pas", pour s'engager dans l'aventure SIC, dont TC est revenu en 2012. À propos des réactions de TC à son texte La communisation comme sortie de crise : Où va Théorie Communiste ? octobre 2010, extraits sur les procédés et leurs raisons d'alors :

Le pas que RS et TC ont franchi les rend-il aveugles et sourds ?

« Suit un florilège de contre-vérités, de déformations et d’ironie mal placée qui montrent surtout la brutalité et la mauvaise foi de l’attaque, qui prend donc un accent politique. Quelques camarades proches de TC ont approuvé chaleureusement mon approche de la communisation. Il s’agit pour TC de les remettre dans le droit chemin en me pestiférant.

La fin du Moment Actuel, TC appelle à de saines polémiques pour généraliser le concept de communisation. Mais, compte-tenu de la façon dont TC traite les textes avec lesquels il est en désaccord, la polémique se transforme en drôle de petit jeu où c’est toujours le même qui gagne.[...] C’est un procédé récurrent chez TC : déformer la thèse de l’adversaire jusqu’au point où elle offre l’angle adéquat à la polémique qu’il s’agit de porter.

« On regrettera au passage que, après avoir annoncé une « définition stricte » du concept [ici de l'exploitation/prolétariat et travail productifs] TC s’en tienne au contraire à un niveau de généralité tel qu’il noie le poisson. »

« Je ne comprends la malveillance dont je fais l’objet de la part de RS que comme visant à m’exclure de la problématique de la communisation pour asseoir le champ politique que TC envisage de développer à la fin du texte sur 'Le Moment actuel' sur une sorte de propriété intellectuelle que TC aurait sur le concept Il faut croire que le procédé s'est élargi du concept de communisation à celui de capital. 

Il est cependant plus que probable que TC va produire une série d’arguments pour prouver que je ne comprends rien à rien... »

Il faut y ajouter Jacques Camatte, mais d'une pertinence réduite par le fait qu'il avait déjà quitté le capital, parlant en 1978 à propos de TC de « structuralisme prolétarien ». Nous y revoilà.

*

TC, groupe marseillais, ne pouvait, handicapé par sa taille et sa méridionalité française, assumer seul le devenir immédiat du concept de communisation, alors même que, par ses propres efforts, ce concept irriguait l'Europe et au-delà. Certes pas au point d'être un spectre qui hanterait le monde, car pour l'heure il n'est question que de théorie communiste, non d'un Manifeste communisateur.

se tromper de sujetS : jamais deux sans trois ?

Ni la tentative de sortir de l'abstraction avec des "activistes" "parisiens", en 2002 avec Meeting; ni la fuite en avant avec les mêmes au-delà des frontières françaises, en 2010 avec SIC et des revues anglaises et suédoises - projet mort suddenly last Summer 2012 - rien ne pouvait remplacer le nécessaire aggiornamento qui impose aujourd'hui à TC et ses membres de choisir. SIC, Revue internationale pour la communisation, n'aura été qu'un épisode Meeting élargi, dans la mesure où les Anglais deEndnotes (scission ex-Aufheben), et les Suédois de Riff-Raff échangeaient déjà avec TC avant Meeting, et qu'ils furent boostés par la présence des camarades de Blaumachen à la lumière des événements de Grèce. 

Il ne s'agit plus, comme par deux fois en 10 ans, de se tromper de sujets : ni de sujet révolutionnaire pour des alliances d'opportunités, ni de sujet théorique pour des raisons de structure du concept 'Théorie Communiste', et de la pratique théoriquequi en découle.

en sortir ou pas

Personne ne peut en sortir à la place des camarades de TC. Il ne s'agit pas de tenter un ultime sauvetage du groupe TC en tant que tel : la théorie communiste s'en fout, et celle de la communisation ne les attendra plus. Ils trouveront seuls la sortie, ou pas. Ils en sortiront ensemble, ou séparément, ou pas... C'est leur problème.

bouts de ficelles dialectiques ? un problème de langage ?

Il serait hasardeux de vouloir rafistoler de ficelles dialectiques un corpus théorique dont la récente absorbtion de la contradiction de genre reste marquée au fer d'un modèle de conceptualisation lourd, pour ne pas dire mécaniste. Quoi qu'il en soit, le problème ne se limite pas à la difficulté de compréhension d'un langage excessivement contorsionniste et auto-référentiel : qui y comprend quelque chose en dehors du scribe théoricien lui-même, qui reconnaît que l'on ne peut saisir une partie de sa «théorie lourde » sans en assimiler le tout, un tourni, un vertige au bord d'un syllogisme en boucle, qui se mord la queue dans l'abstraction spéculative, comme le pensait Christian Charrier, de La Matérielle.

Le problème est bien plutôt - dès le deuxième cercle (une partie du 'milieu'), et parfois le premier (les membres de TC + quelques aficionados), que l'interprétation - celle même de concepts confirmés dans leur efficience depuis dix ou trente ans - aboutisse à un 'à peu près' voire à n'importe quoi, comme on le constate de la part de personnes qui fréquentent TC et ses textes depuis un temps certain. L'incompréhension glisse à la déformation. On perd un temps fou pour simplement discuter de la même chose.

Certes, TC ne cherche pas à « faire des adeptes ». Il en fait quand même, ainsi que des opposants, pour le pire plus que pour le meilleur, sans parler des égos rivaux et des victimes collatérales. La faute à qui ?

dndf : TC, c'est pas 'ÇA'

Voir le blog dndf 'animé' par Pepe de TC, hors une veille utile sur la sortie de textes 'du coté de la théorie' (bien que tout y soit présenté sur le même plan, avec une parfaite ambiguïté, comme la liste des sites en liens). Voir sur dndf le centre de gravité des infos, autour des images chocs de flammes et d'émeutiers affrontant la police, allant chercher Eric Hazan, alors que d'autres infos de la communisation sont "trouvées sur la toile", ou comme "on a reçu ÇA " (mon avant-dernier texte) : entendre par ÇA  ce qui n'est pas du Père à Pepe, ou de Hazan, dont RS peu enclin à s'épancher sur les blogs a quand même considéré : « Par rapport à ce qu'on trouve en général sur Dndf (pour ne pas parler de "la ligne générale"), je trouve bizarre la présentation de telles inepties qui, quand elles ne sont pas expressément ainsi qualifiées, équivaut à de la promotion. » Quant à la possibilité de 'discussions' voir j'emmerde tous les services d'ordre (17 janvier). On verra si longtemps c'est comme ÇA.

dialectique+complexité : dynamique/limite > qualité/seuil/quantité > émergence bref conjoncture > hic salta Révolution !

Quant à la méthode dialectique, j'ai évoqué des pistes, tant du côté dialectique/complexité/dynamique/seuils d'émergence(Lucien Sève avec des scientifiques), en relation avec le concept de conjoncture; que du côté d'une dialectique de niveaux de généralités, dans la lecture de Marx par Bertell Ollman. TC les connaît, puisque je leur en parle depuis sept ou huit ans. Je ne sais pas si ça les intéresse. Il est vrai que du point de vue méthologique, il n'est pas possible de bricoler un syncrétisme entre ces approches et la dialectique binaire ou trinaire de Roland Simon en termes post-hégeliens ou néo-marxistes.
Les systèmes philosophiques sont à chaque époque en relation avec des modélisations de sciences dures (par exemple la structure de la pensée et de l'inconscient chez Freud, avec la thermodynamique, plus tard Lacan et la topologie... le chaos déterministe pour des psy plus récents). Les modèles mathématiques de Marx étaient ceux de son temps, comme ceux qui servaient aux machines des capitalistes, avant la chaîne, les robots, les programmes électroniques puis informatiques. Ce n'est certes pas la question, mais Roland Simon n'a pas dépassé un langage philosophique excessivement daté.
Sève et Ollman, quoi qu'ils en fassent idéologiquement, n'abandonnent pas la dialectique, héritée de Marx, des contradictions dans le capital, par le fait d'introduire des niveaux plus complexes de qualités, de quantités, de généralités. Mais il n'est pas impossible que Roland Simon ait eu un peu trop tendance à prendre les marxistes universitaires (Sève ne l'était pas), pour des imbéciles sans intérêt, du seul fait qu'ils se sont enlisés dans le démocratisme et 'l'appareil idéologique d'État'... Alors il joue encore avec son mécano de jeunesse.

le grand mécano (comme on nommait Mao le grand timonier)

Quant Roland Simon reprend le texte grec "Sans toi aucun rouage ne tourne", dans Tel Quel où il théorise le concept deconjoncture, la pauvreté de la métaphore matérielle (les "mécanismes") ne remplace pas la finesse descriptive des événements, dont il fait pourtant preuve quant à leur complexité : c'est la montée vers l'abstration qui souffre de sauts de logique et d'une perte de la richesse d'analyse, pour en sortir aux forceps une conceptualisation, une représentation abstraite. Il me semble qu'à RS ne vient pas l'idée que le concept même de conjoncture appelle une autre modélisation dialectique. Autre chose que son modèle binaire de la contradiction de classe, à laquelle il ajoute celle de genre, dans une construction alambiquée et inaboutie, qui annonce quelques dizaines de pages à venir (celles qu'attendent les préviseurs de bouquins dansl'anglemort de Senonevero). 

la novlangue biblique ou l'opium des fidèles

Pour le dire franchement, comme d'autres qui ont avant moi abandonné la partie truquée, je n'ai plus très envie de lire ces textes pourtant incontournables en matière d'analyse. Il faudrait faire à la lecture les efforts qui ne l'ont pas été à la rédaction. Le « chantier permanent » de la théorie communiste est ainsi fait de textes de travail, au sens de torturepermanente. La folie de langage, ça suffit. Les communistes ne sont pas masos. Patlotch est descendu du bus de la ségrégation técéiste tous azimuts, "amis" d'un jour anéantis le lendemain. LE théoricien peut garder sa novlangue pour les réunions d'adeptes de ses pavés, si bétonnés que les suivistes s'y prennent comme dans le ciment, pendant des années. En procèdent ceux qui en ânonnent les extraits comme autant de formules magiques. Ça n'a pas changé depuis qu'on cite des phrases de Marx comme des mantras. Marx à Paul Lafargue : « Si c'est cela le marxisme, moi Karl Marx, je ne suis pas marxiste».

« La conception matérialiste de l’histoire a maintenant beaucoup d’amis parmi ceux pour lesquels elle n’est pas plus qu’un prétexte pour ne pas étudier l’histoire.» Lettre de Marx à Engels, citée par Jacques Macé, in Paul et Laura Lafargue : Du droit à la paresse au droit de choisir sa mort, ed. L'Harmattan, 2001, p.78

Contrairement à Christian Charrier il y a une dizaine d'années, je ne critique pas Théorie Communiste sans pouvoir m'en passer comme base théorique, mais sur la base du capital concret tel quel, même si c'est pour partie à TC que je le dois.

Après une comparaison qui se voulait comique avec l'écriture 'musicale' de Thomas Bernhard - au temps de ma découverte fascinée par ces phrases incantatives répétées à l'envie -, de l'envie je suis passé à l'ennui et les méandres rébarbatifs de Roland Simon m'évoquent irrésistiblement le grand mécano dialectique d'un Lucien Sève, sans cesse plus lourd de raffinements (par exemple dans Une introduction à la philosophie marxiste, ES 1980). Avec une différence importante certes, Sève était alors LE philosophe du PCF, et, après avoir servi son idéologie du communisme démocratique, sa philosophie évolua sans fin vers un horizon communiste sans révolution. Ce qui les rapproche est un 'méticulisme' obsessionnel dans l'abstraction, folie de langage en plus chez Roland Simon. Car on peut tout reprocher à Sève, sauf d'être jargonneur, auto-référentiel, et de ne pas s'entendre écrire, tant son souci d'être compris est remarquable. Du coup s'il fait des 'adeptes', ceux-ci ne le déforment pas.

Toujours est-il qu'il me semblerait vain - si par hasard il venait à l'idée d'entendre ainsi mon texte Abolition du racialisme -, il me semblerait vain de se lancer dans l'accouchement d'un-e monstre-sse à trois ou quatre pattes dialectiques entre le capital d'un côté, de l'autre le prolétariat, le genre féminin, et la "race".

un problème théorique avec le concret un problème concret avec la théorie

Les relations de la "race" au capitalisme renvoient à leurs dimensions historiques en dynamiques sociales concrètes, qui ne peuvent pas donner lieu à une construction théorique abstraite, comme le genre et la classe autour du sur-travail. Il existe peut-être une possibilité d'entendre par essentiel ou structurel autre chose ou autrement que ce à quoi se limite Théorie Communiste. TC ne manque pas de rappeler qu'on ne peut séparer essence et apparence (surface), structure et idéologie,épinglant Marx quand il affirme vouloir soulever le voile sur l'apparence trompeuse des choses. L'apparence trompeuse, ce serait des "illusions de la perception", ce qui nous renvoie à ce que peut percevoir TC et "préviser" d'une catégorie, la "race", qu'il ne retient pas comme essentielle. Voir plus bas anglemorts vs points aveugles.

Il ne s'agit donc pas pour le cheval TC de se cabrer, ou à ses cavalier-e-s de se raidir mordicus sur une structure qui est celle dela théorie plus que du capital même. Le capitalisme n'est pas structuraliste. C'est à TC que beaucoup adressent ce reproche. Dieu sait que l'influence d'Althusser, baigné dans ce moment français charmant, est passé par là, omniprésent chez Roland Simon. Visez, dans "Réponse aux Américaines", son clin d'œil à la réponse du gourou de Normale Sup à un Anglais (Althusser,Réponse à John Lewis, Maspéro 1973). Le problème de TC, c'est la structure de la théorie, le sens qu'il donne à ce qui est ou non structurel/essentiel. La structure réelle du capitalisme ne s'écrira jamais telle qu'elle est subie concrètement par sespropres victimes (ce mot ne devrait pas faire fuire plus que celui de pauvreté), qu'elles soient prolétaires, femmes, ou 'racisées'. 

Théorie Communiste a un problème théorique avec le concret, et inversement. Je ne veux pas dire par là, comme il lui a été reproché ad nauseam, que TC ferait du théoricisme, voire que ses théoriciens ne seraient que des causeurs, qu'ils ne feraient rien en "pratique". Ce reproche me rappelle l'expression couperet dans le PCF face aux critiques "intellos" : « Quelle est ta pratique, camarade ? ». Le problème de TC avec le concret est inhérent à son élaboration théorique. Ce n'est pas un manque de luttes théoriciennes pour appuyer la théorisation sur des faits concrets prolongeant la pensée du concret-abstrait, lareprésentation.

anglemorts vs points aveugles en noir et blanc *

* Je reprends le titre d'un chapitre de mon livre JAZZ et PROBLÈMES des HOMMES, où il est question d'un certain Franz Kofsky, critique et historien marxiste. Mais il vrai que que Roland Simon me fit un jour, alors que je lui parlais de Fredric Jameson, cette remarque ironique : « Ah bon, parce qu'il y a des marxistes, aux États-Unis ? »

Quoi que vaille le concept d'anglemort, ('d'une absolue vacuité' selon Christian Charrier, un concept du 'manque de communisme'selon mon texte pour en finir avec mon communisme-théorique juin 2012), il est surtout inséparable pour TC de l'observateur qui assure la veille théorique, le préviseur. Normal. Mais voilà que les deux ensemble se sont mis à glisser sur la pente subjectiviste/objectiviste, dès l'hypothèse sur laquelle se fondait la prévision quand elle ne comportait qu'un anglemort, dans la lutte binaire de la contradiction capital/prolétariat. Un classique du marxisme, pas seulement du programme ouvrier. Restait alors à chercher la femme, dans l'hombre - de l'homme, pas seulement du macho. Un deuxième anglemort s'ouvrait sous les yeux des préviseu-r-se-s de TC, le genre : frère préviSœur, ne vois-tu rien venir ?

'quelque chose noir y voir'

Faudrait-il que TC recrute un-e racisé-e amateu-se-r de théorie communiste pour ouvrir, au troisième balcon, un observatoire de la "race" dans son rapport au capital, qui n'a rien à voir avec celui du genre ? Je ne peux m'empêcher de penser à ces chanteurs de blues aveugles ou, avec cet intertitre, au poème de 2011 que j'importe de crise en vers (le plus récent, ce 19 janvier)

L'"homme de couleur" n'existe pas dans le prolétariat incolore selon TC, qui reproduit à son insu l'universalisme français, puisque pour TC, jusque-là, les prolétaires 'noir-e-s' ou 'arabEs' sont structurellement à égalité avec les prolétaires 'blanc-he-s' dans la contradiction qui les met face au capital. Au passage, la façon dont le genre intègre cette dimension a peut-être été entre-aperçue dans "les notes sur le Black Feminisme" de TC n°24, je ne les ai pas.

United Color of Proletariat ?

 Femmes dans les luttes de classes, Domestic Workers, Migrants...

Après tout, peut-être que que TC imagine que l'unité du prolétariat est déjà réalisée, avant l'heure de la communisation, sur le critère de la "race" ? Non, je plaisante, je suis un bute-en-train théorique. J'ai cru lire le contraire dans Tel quel, qui effleure la question sans la poser, dans 'Ceux d'en bas' :

RS/TC Tel Quel "Alors pour les hommes, la migration et la clandestinité ne renvoient qu’à une situation économique, pour les femmes ce sont les rapports de genres qui informent la situation économique. Il ne s’agit pas de dire simplement que, pour les femmes, les migrations internationales ajoutent quelque chose ou qu’elles ont une signification supplémentaire, mais que la sexuation de ces migrations est une dynamique générale de leur effectuation. La lutte des travailleurs immigrés et encore plus des clandestins est traversée par la contradiction entre hommes et femmes qui en devient une caractéristique essentielle si ce n’est définitoire." 

Le prolétariat affronte sa propre condition (ce qu'il est et ne veut plus être) parce que son être est tout entier en face de lui dans le capital, mais cela signifie que, tant que sous quelque forme parcellaire ou atypique que cela soit, le capital se reproduit, il est la reproduction de cet être, il reproduit avec lui les prolétaires, dans une situation révolutionnaire cela ne pourra aller sans conflits internes. Il serait dangereusement angélique de ne pas concevoir que, dans les cités et ailleurs, le refus de tout ce qui fait maintenant l'exploitation peut nous donner des conflits aux allures absurdes et barbares entre ce refus même et ce qui continue à être et être vécu comme « être un travailleur ». Dans les cas de la France, mais ce n’est pas une exception, depuis plus de vingt ans, le chômage de longue durée, la relégation liée à la perte d’emploi, la réclusion dans les HLM dégradées, la compression des revenus, l’échec scolaire des enfants, rapprochent les conditions de l’ex noyau dur de la classe ouvrière de celles des groupes dont ils pouvaient se croire éloignés, ou qu’ils pouvaient imaginer moins bien armés qu’eux."

Bizarre que « la contradiction hommes-femmes » puisse être « une caractéristique essentielle si ce n'est définititoire de la lutte des travailleurs immigrés » sans que la caractéristique de travailleurs immigrés n'invite à voir quessentiellement et même absolument, on ne voit pas d'immigrés blancs en territoires africains ou d'autres régions du monde assignées, majoritairement par des Blancs, par leurs différences ethniques ou 'raciales' - sauf des barbouzes et autres mercenaires émigrés pour fuir la justice des États européens.

Comme dans les statistiques à la française, les critères d'origines "raciales" ou "ethniques" ne viennent pas recouper le lieu d'habitation, là où ils sont de l'ordre d'une évidence (cf Robert Castel, la discrimination négative, in éléments d'une sociologie anti--constitution-universalo-française / 10 janv 2014). Le mot même de "racisé" semble tabou, du moins dans ce passage où pourtant il est implicite (les cités), mais sans différence pointée entre Blancs et non-Blancs.

le prolétariat 'sous-jacent'

la "race" n'est-elle pas, comme la classe, le genre, une « contrainte extérieure à dépasser » ?

C'est à se demander si Roland Simon a déjà mis les pieds dans un quartier, entendu parler du harcèlement policier au faciès*, suivi l'évolution de la scolarisation, du collège, au lycée, au supérieur... Mon fils, 17 ans (métis franco-japonais) a vu de ses amis de 15 ans (depuis la maternelle ZEP), 'rebeus' ou 'renois', sombrer dans la délinquance (pour 'la tune' pas forcément la dope) en quelques mois, du collège au lycée (technologique), où ils sont inscrits ou pas, vont ou pas, cherchent du boulot ou pas (5 fois moins de chance d'avoir un entretien d'embauche avec un nom à consonnance arabe, toutes choses égales par ailleurs, diplômes...). Cela me rappelle les contorsions des camarades pour vouloir, concernant les émeutes de 2005, que le facteur racial ne soit pas déterminant. Comme RS le dit lui-même, la 'race' est sous-jacente.

* Contrôles d'identité au facès : « Selon un rapport de 2009 de l’Open Society Justice Initiative en collaboration avec le CNRS, dont nombre de policiers reconnaissent l’objectivité en off, les individus considérés comme "noirs" étaient alors en moyenne contrôlés six fois plus souvent que ceux vus comme "blancs". Pour les individus considérés comme "arabes", c’était huit fois plus souvent

RS/TC Tel Quel  "La racialisation de la lutte de classe est sous-jacente à la segmentation de la force de travail, d'autres clivages peuvent apparaître et de tels conflits seront potentiellement présents dans le processus même de la communisation parce qu'en tant qu'abolition du capital, elle est abolition du prolétariat."

l'Occident blanc n'appartient pas au concept du capital, mais...

... la 'race' : Karl Marx 1 Roland Simon 0 la balle à Patlotch ?

Le capitalisme, durant toute son histoire, n'a cessé d'être majoritairement occidental, et blanc. Pourquoi le concept de Capital n'intègre pas l'Occident blanc ? Je n'aime pas plus que Roland Simon citer Marx 'à preuve', et il est plus fin connaisseur que moi de l'inventeur du concept de 'capital'. Citation Contretemps Sur la dialectique de la race et de la classe...

Karl Marx : « L'esclavage direct est le pivot de notre industrialisme actuel aussi bien que les machines, le crédit, etc. Sans esclavage vous n'avez pas de coton, sans coton vous n'avez pas d'industrie moderne. C'est l'esclavage qui a donné de la valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont créé le commerce du monde, c'est le commerce du monde qui est la condition nécessaire de la grande industrie mécanique. Aussi avant la traite des nègres, les colonies ne donnaient à l'ancien monde que très peu de produits et ne changeaient pas visiblement la face du monde. Ainsi l'esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance » Lettre à Pavel Annekov 28 décembre 1846 

Dans ce passage au demeurant limpide, simple, sans jargon conceptuel mais concret et théorique à la fois, Marx ne parle pas de l'esclavage comme 'concept', mais concrètement de « la traite des nègres », de l'esclavage comme « une catégorie économique de la plus haute importance ». L'esclavage ayant été aboli (...), Roland Simon peut considérer que depuis « la racialisation n'appartient pas au concept même du capital. » Tel quel ! Ah c'est vrai, selon la bible philosophique, une catégorie n'est pas un concept. Mais un concept peut-il être construit en "oubliant" une « catégorie de la plus haute importance» ? Pour Théorie Communiste, ce qui compte, c'est la « moindre prégnance » de la catégorie en question sur la catégorie de genre (en elle-même contradiction), et donc la 'race' peut être bottée en touche par l'Olympique TC de Marseille, qui a viré Marx, ce petit joueur, de son stade théorique.

La question peut se poser de savoir si la prégnance de l'Occident dans le capitalisme continuera, puisqu'aujourd'hui il brasse ses cartes du monde, bien que le leader américain paraisse menacé, par l'Asie - restructuration dans la restructuration ou pas. Cela étant, qui écrit Théorie Communiste aujourd'hui ? Qui refuse cette évidence que l'Occident blanc est, depuis la naissance du capitalisme, en rapport concret historique, écononomique, militaire, policier, dans tous les rapports sociaux, avec le capitalisme réel ? Pas le capitalisme conceptuel et sa structure selon le Blanc Français Roland Simon, pour la blanche et immaculée conception de Théorie Communiste

Théorie Communiste : « La racialisation n'appartient pas au concept même du capital Ça leur fait une belle jambe, aux racisé-e-s, de savoir comment le capital en fait ce qu'il en fait depuis qu'il le fait. Il sont exploités, oppressés, dominés, fliqués... par le capital, pas par son concept selon Roland Simon.

Bruno Astarian, Où-va Théorie Communiste ?, 2010 : « On regrettera au passage que, après avoir annoncé une « définition stricte » du concept [ici de l'exploitation/prolétariat et travail productifs] TC s’en tienne au contraire à un niveau de généralité tel qu’il noie le poisson. »

« Je ne comprends la malveillance dont je fais l’objet de la part de RS que comme visant à m’exclure de la problématique de la communisation pour asseoir le champ politique que TC envisage de développer à la fin du texte sur 'Le Moment actuel' sur une sorte de propriété intellectuelle que TC aurait sur le concept. Il faut croire que le procédé s'est élargi des concepts d'exploitation à celui de communisation, et maintenant de celui de capital. 

Pour paraphraser Brecht si la 'race' ne fait pas la structure abstraite du capital incolore de 'Théorie Communiste', pour abolir le racialisme, la communisation se passera concrètement des leçons théoriques de la blanche TC. Si le concept de capital ne contient pas toute la réalité du capital, c'est le concept qu'il faut changer, parce que le capital ne changera pas, dans l'usage réel et concret qu'il fait de la 'race' depuis qu'il l'a inventée.

TC via Senonevero édite Silvia Federici, on s'en réjouit. Sa critique de Marx est connue. Ça pourrait peut-être (re)mettre la puce à l'oreille ?

Entretien avec Silvia Federici La voie du Jaguar juillet 2013 
« La chaîne de montage commence à la cuisine, au lavabo, dans nos corps »

[...] les histoires de sorcières, mais c’est depuis toujours un thème où il était difficile de connaître la part de la réalité et de la fantaisie. Mais, quand j’ai commencé à l’étudier et à mener des recherches, je me suis rendu compte que j’abordais un phénomène extrêmement important et qui s’est déroulé de manière simultanée avec les processus d’enclosure (expropriation des terres des paysans anglais à partir des XVIe et XVIIe siècles, NdlR), d’expulsion des paysans de leurs terres, de colonialisme et de trafic d’esclaves.

Tout cela m’a fait réaliser que le phénomène de la chasse aux sorcières a été fondamental pour le développement de la société capitaliste, et qu’il constitue même l’un de ses fondements les plus importants. Il est intéressant de remarquer que ces processus reposent sur l’extermination : les massacres des colonisés, des Africains, qui ont souffert de la traite d’esclaves, sont parallèles aux massacres des sorcières. Pour moi, le plus important de Marx est sa théorie sur l’exploitation, l’importance qu’il accorde au salaire, pas seulement ce qu’il signifie en terme monétaire, mais aussi ce qu’il signifie en terme d’organisation de la société, des rapports de production, non seulement dans les usines, mais aussi dans la production sociale.

Tu as beaucoup étudié Marx et tu le cites souvent dans ton livre, mais tu insistes sur le fait qu’il n’a pas vu l’histoire du point de vue des femmes. Que peut-on apprendre de Marx et que devons-nous reformuler ?

Son explication de l’accumulation primitive du capitalisme reste toujours fondamentale. Marx nous est encore utile pour expliquer aujourd’hui ce qui se passe dans le développement du capitalisme, mais son œuvre repose sur l’idée que le travailleur salarié serait le sujet révolutionnaire et que c’est sur le terrain du travail salarié qu’aurait lieu la lutte pour la transformation du monde et pour la transition au communisme. Mais Marx n’a pas approfondi la connaissance du processus de production de la force de travail dans le capitalisme. Si nous lisons le premier livre du Capital sur la théorie de la plus-value, où il décrit la production de la force de travail, nous constatons que la manière dont il le fait est extrêmement réduite et limitée. Pour Marx, la production de la force de travail est totalement insérée dans la production de marchandises. Le travailleur a un salaire, avec ce dernier il achète des marchandises qu’il utilise et qui lui permettent de se reproduire, mais en aucun cas il ne sort du cercle de la marchandise. En conséquence, tout le domaine du travail reproductif, qui a une importance tellement vitale pour les sociétés capitalistes, toute la question de la division sexuelle du travail est totalement absente. Il est important de souligner que l’analyse de tous ces domaines ne signifie pas qu’il faut inclure un cinquième chapitre au premier livre du Capital.

De fait, on dit que ton livre est la partie non écrite du Capital de Marx…

Je crois que s’il en était ainsi on ne ferait qu’ajouter des choses alors qu’il s’agit de les repenser globalement, comme un tout. Je dis toujours que ce que j’ai tenté de faire ce n’est pas d’écrire l’histoire des femmes dans le capitalisme, mais l’histoire du capitalisme à partir du point de vue des femmes et de la reproduction, ce qui est différent. Si tu écris l’histoire des femmes dans le capitalisme, c’est comme s’il y avait des choses parallèles : d’un côté l’histoire des hommes et maintenant l’histoire des femmes.

Par contre, écrire l’histoire du capitalisme et de ses origines à partir du point de vue de ce qui arrive aux femmes, de ce qui se passe avec la reproduction — qui sont étroitement connectées l’une à l’autre — permet de repenser l’ensemble à partir d’une autre perspective. Le travail salarié contractuel dans le capitalisme s’est accompagné d’une immense quantité de travail non libre, non salarié et non contractuel. C’est en tenant compte de cet élément qu’on comprend pourquoi, à travers toute l’histoire du capitalisme, existent des formes continues de colonisation, tout comme des formes différentes d’esclavage. Analyser et comprendre que le travail non libre et non salarié est fondamental, et qu’il n’a pas seulement comme objectif d’extraire de la richesse des travailleurs, mais qu’il s’agit aussi d’une façon d’organiser la société, est très important. La survivance des rapports non libres est quelque chose de fondamental et fait partie du code génétique des sociétés capitalistes. Analyser le capitalisme du point de vue de la reproduction, ce que j’appelle la reproduction de la force de travail, a été très important pour parvenir à comprendre le capitalisme, et cela on ne le trouve pas chez Marx. »

Cachez cette race de travailleuses que je ne saurais voir !

Une évidence, TC et moi ne partons pas, et ne parlons pas du même concept de capital, ni du même capital concret.

RS/TC Tel Quel "Les inégaux niveaux de développement jusqu’à leur mise en abyme dans le capitalisme actuel, la division du travail, l’aspect historique de la valeur de la force de travail, dans leur combinaison s’attachent à un individu promu au rang de représentation centrale, d’intersection, dont les déterminations sociales sont renversées en manifestation de lui-même, en expression de son individualité, elles sont personnalisées. Ces trois facteurs sont les agents pertinents de l’invention des distinctions et de leur variation ou disparition (à Marseille, un Italien ou un Espagnol ne sont plus que de sympathiques joueurs de boules). Cet individu n’est pas « noir », « peul », « juif », « rom » ou « arabe ». C’est cette intersection, cette promotion de la combinaison comme sujet, promotion en figure centrale originaire, qui en fait un Noir, un Peul, etc. La racialisation n’appartient pas au concept même du capital (à la différence de la distinction de genre inhérente au travail comme force productive), mais celui-ci donné, elle est une forme de manifestation nécessaire. La transformation du rapport social en chose, c’est-à-dire « paradoxalement » en sujet est aussi bien une transformation de cette chose en rapport social entre sujets. En quelque sorte, le sujet est lhéritier du mouvement qui le crée. Cette inversion est la façon réelle dont les rapports de production n’agissent que dissimulés en tant que volontés et décisions de sujets."

Tout se passe comme si l'argumentation de Roland Simon, comme celle de Bernard Lyon dans 'Utérus vs  Mélanine", était entrée en résistance française face à la 'race' comme catégorie théorique d'un quelconque intérêt. Tout ça pour éviter de mélanger les genres. Ils ne nous expliquent pas comment les prolétaires racisés sont différents d'autres prolétaires face au capital (depuis ses origines et de façon continue). Ils nous expliquent pourquoi ce n'est pas essentiel, sans que ne soit prise en compte aucune détermination particulière des luttes selon ce critère, ou si peu. On retrouve l'argumentation négative dont je parle dans mon texte.
Obama « peut devenir président des États-Unis, [il] reste un Noir » Pour quelles raisons un Noir est-il devenu président des USA ? C'est Bill Clinton qui fut surnommé « le premier président noir des États-Unis », par Maya Angelou, en 1993 ("On the Pulse of Morning"). Pourquoi ? Poser la questiion, c'est y répondre, et en même temps à la première, concernant Obama.

Roland Simon n'est pas un Jaune

Quant à la différence entre un prolétaire noir et un prolétaire blanc, RS sait qu'il en existe une : « un prolétaire noir n'est pas un prolétaire blanc » On verra plus tard s'il en dit plus. Pour l'heure, il faut se contenter de généralités abstraites : « La distinction est une idéologie et en tant que telle efficace comme assignation et relation des individus à leurs conditions d’existence et de reproduction, c’est-à-dire à leurs relations aux rapports de production ». On croirait entendre la CGT prêchant l'unité français-immigrés dans les conflits des années 60. « Il ne suffit pas de le dire [...] si l’on ne dit pas que c’est dans la personnalisation des rapports sociaux comme production de sujets que réside la question ». 

De fait, TC refuse de voir dans la 'race' un concept nécessaire au capital, à sa réalité donc à son concept
Évidemment, le facteur personnalisation existe (pas un problème d'identités figées, comme le souligne Silvia Federici), mais n'est pas ce qui rattache essentiellement la race au capital. La "race" n'a pas été inventée à titre individuel pour l'esclavage de masse et sa fonction structurelle dans l'accumulation primitive du capital, pas plus les quatre races dans le capitalisme colonialiste, et ce qui s'en suit jusqu'à aujourd'hui sans discontinuer : la racialisation est un phénomène massif, pas une question de personnes. Ou alors il faut considérer tout rapport social comme inter-personnel, comme dans la conception démocratique de l'Etat et de la société civile constituée d'individus citoyens, dont le jeune Marx a fait la critique définitive, que TC reprend dans celle du citoyennisme et du démocratisme radical.
Nous seront d'accord là-dessus :  tous les rapports sociaux de classe, de genre, et de 'race' se construisent aussi sur sujets individuels, des 'personnes' qui ne sont pas des « individus pris à part » (Marx, L'idéologie Allemande, ci-dessous), mais constituent des classes de la société capitalistes. Il n'y a pas rupture de continuité entre rapports sociaux au niveau individuel, aux niveaux particuliers, et au niveau de la généralité des rapports capitalistes. Mais cette construction idéologique ne doit pas être prise à l'envers.
 Marx, L'idéologie Allemande « Les individus sont toujours et en toutes circonstances " partis d’eux-mêmes ", mais ils n’étaient pas uniques au sens qu’ils ne pouvaient se passer d’avoir des relations entre eux ; au contraire, leurs besoins, leur nature par conséquent, et la manière de les satisfaire les rendaient dépendants les uns des autres (rapport des sexes, échanges, division du travail) : aussi était-il inévitable que des rapports s’établissent entre eux [...] l’histoire d’un individu pris à part ne peut en aucun cas être isolée de l’histoire des individus qui l’ont précédé ou sont ses contemporains : son histoire est au contraire déterminée par la leur [...] A l’époque actuelle, la domination des individus par les conditions objectives, l’écrasement de l’individualité par la contingence, ont pris des formes extrêmement accusées et tout à fait universelles, ce qui a placé les individus existants devant une tâche bien précise : remplacer la domination des conditions données et de la contingence sur les individus par la domination des individus sur la contingence et les conditions existantes. [...] Précisément parce que les individus défendent uniquement leur intérêt particulier, qui, à leurs yeux, ne coïncide pas avec leur intérêt commun – ce dernier est présenté comme un intérêt " général ", qui leur est " étranger ", qui est " indépendant " d’eux, et qui est lui-même un intérêt " général ", particulier et original ; ou bien ils doivent eux-mêmes évoluer dans cette dualité, comme c’est le cas dans la démocratie. D’un autre côté, la lutte pratique de ces intérêts particuliers en permanence opposés aux intérêts communs, réels ou illusoires, rend nécessaire intervention et refrènement pratique par l’intérêt " général " illusoire sous forme d'Etat. » Marx, L'idéologie Allemande, voir aussi L'individu chez Marx, Noun de Los Cobos
La racisation peut être le fait d'individus à individus, ça n'empêche le racisme d'être un phénomène massif organisé et structuré : comme un langage inconscient aussi, avec ou sans Lacan. Le racisme sous-tend nombre de rapports sociaux au-delà des relations individuelles, qui s'annoncent certes comme source de segmentations, mais aussi d'affrontements directs avec le capital dont la 'race' sera une cause déterminante, parce qu'elle est, entre autres « une catégorie économique de la plus haute importance » (Marx). Un importance historique (mémoire longue des bienfaits occidentaux) autant qu'économico-socialo-policière (mémoire immédiate <=> moment présent). Des conflits comme on commence peut-être à en observer (en Asie, au Brésil, dans les "quartiers"...), mais qui ne manqueront pas de se multiplier lorsque les grands groupes occidentaux seront attaqués par leurs prolétairEs dans la production et la reproduction du capital, de la valeur... On dira que ce n'est pas en tant que prolétaires "noirs", "jaunes"...  Voir Femmes dans les luttes de classes, Domestic Workers, Migrants...
En attendant, Roland Simon n'est pas dans la peau d'un-e Jaune.
 RS/TC Tel Quel "Mais alors toute la construction sociale s’efface d’elle-même dans le mouvement même où elle s’effectue dans la mesure où il lui est inhérent d’être le fait d’un sujet « partie totale » qui n’existe plus comme « porteur » ou « représentant » mais sujet constitutif et constituant.La distinction de races ou d’ethnie joue alors son propre rôle selon des déterminations prescrites par elle-même dans l’autonomie du domaine d’action qu’elle se crée : un Noir peut devenir président des Etats-Unis, il reste un Noir, et un prolétaire noir n’est pas un prolétaire blanc. Existant pour elle-même dans son domaine d’action la distinction peut même être l’objet d’une activité politique instrumentale comme on l’a vu en France lors de la grande vague de grèves dans l’automobile dans les années 83-84. La distinction est une idéologie et en tant que telle efficace comme assignation et relation des individus à leurs conditions d’existence et de reproduction, c’est-à-dire à leurs relations aux rapports de production. Il ne suffit pas de dire que la distinction de race crée une essentialisation hiérarchique des individus, qu’elle est un produit du mode de production, on en reste à faire de la description le concept de sa propre explication si l’on ne dit pas que c’est dans la personnalisation des rapports sociaux comme production de sujets que réside la question"

Ce qui me gêne un peu : comment peut-on prétendre faire la théorie du rapport structurel au capital de populations prolétaires qu'on ignore aussi manifestement que TC, en ce qu'elle sont, justement "racisé-e-s" en masse, et non seulement comme sujets individuels ? Je parle d'une sous-estimation non des membres de TC dans leurs relations immédiates (je n'en sais rien), mais de celle qui émane des textes, d'un point de vue théorique autant que documentaire. Voir mes accumulations primitives en documents, et leur synthèse dans le texte la communisation comme abolition du racialisme.

Comment comprendre que la catégorie de 'race' puisse, avant même d'être mise à l'étude, être décrétée hors jeu de la structure et du concept de capital ? D'une part c'est ce que TC considérait du genre avant de s'y coller, ce qui relevait d'un préjugé masculin. De quoi relève cette mise à l'écart de la 'race' sinon d'un préjugé occidental, particulièrement français ?

'la moindre flagrance'  le Noir ne voit rien, n'entend rien, ne dit rien

À en croire TC, les Noir-e-s (et autres autres des Blanc-he-s, autres de l'Occident) ne luttent pas théoricien-ne-s, même sans le savoir, au point de mériter sa théorie, blanche. La 'race' n'est pas parmi ses anglemorts - il n'y a pas de 'race', à Marseille, où tout baigne dans la fraternité multicolore, c'est bien connu, loin du Vieux Port. En tant que théoricien, Roland Simon est contre la 'race'. En théoricien en tant qu'individu, il est tout sauf raciste, ça ne fait aucun doute. De la 'race' il n'écrivait rien, c'est tout, au sein de sa totalité dialectique, son concept capital en tant que tout.

La totalité ± rien, c'est toujours la totalité, comme l'infini + zéro = l'infini ou l'infini - zéro = l'infini

Comment imaginer une totalité plus ou moins complète ou incomplète ? TC le sait, qui a de la bouteille, pleine et vide à la fois, comme dirait Héraclite.

Ce qui me gênerait beaucoup : qu'on théorise "la moindre flagrance de la race par rapport au genre" selon BL, sans que la 'race'ou que l'a-race n'ait rien à dire.

Nous sommes en 2014, pas au siècle de Marx, et pourtant, il tourne...

 

18 Le traité du tout est rien
Maboul Isidore a trouvé sur internet - ce lieu de toutes mes connaissances, dit-il - un ouvrage au titre alléchant, Le traité du tout est rien. Survolant les premiers chapitres, à son goût trop spéculatifs, il s'est rendu directement aux pages concernant l'action, pour en retenir ces lignes, la substantifique moelle pratique : « Un rien qui vous occupe est tout. Tout n'est rien dont on s'occupe. Rien n'existe si l'on s'en n'occupe. L'humanité se scinde en deux catégories, ceux que tout préoccupe s'occupant de rien, ceux occupés d'un rien occultant le tout. Suffit d'un rien, d'eux tout s'occupe. Tout est rien. »
Il y a des jours comme ça, on tombe sur des phrases lumineuses. D'emblée, Isidore se sent appartenir à la première catégorie, Maboul à la seconde. Désormais, rien ne sera plus comme avant. D'exaltantes perspectives d'actions et d'inactions s'offrent à leur détermination objectivement une et indivisible. Avec devise d'évidence : pour rien au monde renoncer à tout.
Maboul Isidore, roman-feuilleton, février 2012, Patlotch à Bouvard et Pécuchet

à suivre dans échanges sans excès sur la communisation

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