hic salta ou franchir le pas en pratiqueS théoriqueS : TC (contre Marx ?) une théorie blanche occcidentale

 

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hic salta ou franchir le pas en pratiqueS théoriqueS : TC (contre Marx ?) une théorie blanche occcidentale 

en relation sur les pratiques théoriques échanges sans excès sur la communisation 24 janvier

19 janvier 2014 / état 24 janvier 22h30

Ce texte n'était pas prémédité. En approfondissant la discussion 'race'/capital, il s'est imposé logiquement de faire en même temps la critique de TC. De fil en aiguille se tissent les liens fonctionnels entre : - les points aveugles d'une théorie prétendant représenter la 'totalité du réel'; - la méthode d'élaboration et de formulation "dialectique" dans un langage auto-référentiel; - la pratique sectaire du groupe TC : un contenu dans ses formes même(s).

Concernant la 'race', Théorie Communiste se serait enferrée (à son insu ?) dans l'exception théorique française, y compris des marxismes de l'hexagone, au point de demeurer une "théorie communiste blanche occidentale"

ce texte n'a rien à voir avec le blog de Bruno Astarian

Version simplifiée à imprimer état 21 janvier

Si la 'race' ne fait pas la structure abstraite du capital incolore de 'Théorie Communiste', la communisation se passera, pour abolir concrètement le racialisme avec le capitalisme, des leçons théoriques de la blanche TC. Si son concept de capital ne contient pas toute la réalité du capital, c'est le concept qu'il faut changer, parce que le capital concret lui ne changera pas, dans l'usage réel qu'il fait de la 'race' depuis qu'il l'a inventée, ce que l'inventeur du concept de capital avait lui bien compris (citation trouvée en cours de rédaction, qui m'a conduit à ré-orienter le texte) :

Karl Marx : « L'esclavage direct est le pivot de notre industrialisme actuel aussi bien que les machines, le crédit, etc. Sans esclavage vous n'avez pas de coton, sans coton vous n'avez pas d'industrie moderne. C'est l'esclavage qui a donné de la valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont créé le commerce du monde, c'est le commerce du monde qui est la condition nécessaire de la grande industrie mécanique. Aussi avant la traite des nègres, les colonies ne donnaient à l'ancien monde que très peu de produits et ne changeaient pas visiblement la face du monde. Ainsi l'esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance ». Lettre à Pavel Annekov 28 décembre 1846

Aucune oreille entre tes murs
dans le couloir un bruit murmure
Sans nul pouvoir l'unique est ta propriété        
ANTI MYTHE 16 juin 2012 LIVRE de CONTES

le mur a des oreilles

Théorie Communiste se retrouve au pied de son propre mur, mais 'ils' ont des oreilles. Alerté depuis des années - avant, pendant, après - par plusieurs camarades théoriciens, qui certes n'avaient pas les moyens d'une argumentation théorique à la hauteur*, Roland Simon est demeuré essentiellement sourd. Il s'est enferré dans son fantasme d'une vision totalisante (que traduit la modestie du nom), alors que la sienne se manifestait comme incomplète. Elle le demeure malgré ses tentatives héroïques d'aménager ce qui l'était difficilement, mais ne perd pas sa pertinence analytique, ayant formulé des avancées capitales (le genre), sur lesquelles je m'appuie. Ce temps n'est plus à faire par TC. Le capital l'a fait.

Petit inventaire rétrospectif (qui ne vaut pas caution à leurs thèses)

Christian Charrier Lettre ouverte à Théorie Communiste sur votre pratique théorique en général et en particulier dans le cas de Meeting : « la vision que vous vous en faite à partir du moment où vous ne pouvez faire autrement que considérer votre théorie de la révolution comme LA théorie naturelle de l’époque, ou mieux : comme la théorie naturelle À l'époque – dans la mesure où la première formule suppose encore une distance entre les deux qui n’existe pas chez vous »

Daredevil, de façon brève, mettant le doigt sur des problèmes essentiels et structurels propres à TC dans Sur Théorie Communiste, l'anglemort 2007. Exemple : « Dans cette contradiction, toute production théorique est TC, mais TC doit séparer le vrai du faux tout en considérant le faux comme partie intégrante de sa théorie. Ainsi Dauvé, La Matérielle, Aufheben, l'autre courant de Meeting, cette critique même, etc. sont pour TC du TC. TC se retrouve comme l'Idée Absolue qui est la totalité et son aliénation pour se retrouver. Pour TC cette critique même sera du TC en mouvement.» Est-il utile d'ajouter que j'éais aussi pour TC "du TC", un faire-valoir bon pour des remarques à intégrer dans le corpus sous la plume de Roland Simon, "faire la pub" et assurer le service après-vente conceptuel, les 'explications' en commentaires de dndf.

Dauvé et Nesic, de TropLoin Communisation 2011? « Bien qu'elle se croie un produit théorique (et bien sûr l'un des meilleurs) de la lutte de classes dans son cycle actuel de luttes, cette construction mentale témoigne d'un besoin de garanties, d'une volonté du révolutionnaire de se démontrer à soi-même la certitude de la révolution prochaine. Un tel besoin est compréhensible : l'erreur est de le théoriser. Et si beaucoup de radicaux ont envie de se rassurer, il est permis d'y voir un des signes du peu d'existence actuelle d'un cycle de luttes radicalement nouveau.

« Si le dilemme objectivité/subjectivité était soluble par le maniement d'une imparable dialectique, nous n'aurions aucune décision à prendre sur quoi que ce soit : elle se prendrait sans nous, le choix s'imposant tout seul sans alternative. Il n'y aurait plus ni réflexion nécessaire ou possible, ni conflit, ni d'ailleurs histoire, car l'histoire est faite de contradictions, chacune résolue par la pratique de ceux qui y sont impliqués, non par le blocage d'un de ses deux termes.»

Bruno Astarian, Hic Salta Communisation, n'a pas manqué de souligner le tournant "politique" de Théorie Communiste, avec "Le moment actuel" ou "Franchir le pas", pour s'engager dans l'aventure SIC, dont TC est revenu en 2012. À propos des réactions de TC à son texte La communisation comme sortie de crise : Où va Théorie Communiste ? octobre 2010, extraits sur les procédés et leurs raisons d'alors :

Le pas que RS et TC ont franchi les rend-il aveugles et sourds ?

« Suit un florilège de contre-vérités, de déformations et d’ironie mal placée qui montrent surtout la brutalité et la mauvaise foi de l’attaque, qui prend donc un accent politique. Quelques camarades proches de TC ont approuvé chaleureusement mon approche de la communisation. Il s’agit pour TC de les remettre dans le droit chemin en me pestiférant.

La fin du Moment Actuel, TC appelle à de saines polémiques pour généraliser le concept de communisation. Mais, compte-tenu de la façon dont TC traite les textes avec lesquels il est en désaccord, la polémique se transforme en drôle de petit jeu où c’est toujours le même qui gagne.[...] C’est un procédé récurrent chez TC : déformer la thèse de l’adversaire jusqu’au point où elle offre l’angle adéquat à la polémique qu’il s’agit de porter.

« On regrettera au passage que, après avoir annoncé une « définition stricte » du concept [ici de l'exploitation/prolétariat et travail productifs] TC s’en tienne au contraire à un niveau de généralité tel qu’il noie le poisson. »

« Je ne comprends la malveillance dont je fais l’objet de la part de RS que comme visant à m’exclure de la problématique de la communisation pour asseoir le champ politique que TC envisage de développer à la fin du texte sur 'Le Moment actuel' sur une sorte de propriété intellectuelle que TC aurait sur le concept Il faut croire que le procédé s'est élargi du concept de communisation à celui de capital. 

Il est cependant plus que probable que TC va produire une série d’arguments pour prouver que je ne comprends rien à rien... »

Il faut y ajouter Jacques Camatte, mais d'une pertinence réduite par le fait qu'il avait déjà quitté le capital, parlant en 1978 à propos de TC de « structuralisme prolétarien ». Nous y revoilà.

*

TC, groupe marseillais, ne pouvait, handicapé par sa taille et sa méridionalité française, assumer seul le devenir immédiat du concept de communisation, alors même que, par ses propres efforts, ce concept irriguait l'Europe et au-delà. Certes pas au point d'être un spectre qui hanterait le monde, car pour l'heure il n'est question que de théorie communiste, non d'un Manifeste communisateur.

se tromper de sujetS : jamais deux sans trois ?

Ni la tentative de sortir de l'abstraction avec des "activistes" "parisiens", en 2002 avec Meeting; ni la fuite en avant avec les mêmes au-delà des frontières françaises, en 2010 avec SIC et des revues anglaises et suédoises - projet mort suddenly last Summer 2012 - rien ne pouvait remplacer le nécessaire aggiornamento qui impose aujourd'hui à TC et ses membres de choisir. SIC, Revue internationale pour la communisation, n'aura été qu'un épisode Meeting élargi, dans la mesure où les Anglais de Endnotes (scission ex-Aufheben), et les Suédois de Riff-Raff échangeaient déjà avec TC avant Meeting, et qu'ils furent boostés par la présence des camarades de Blaumachen à la lumière des événements de Grèce. 

Il ne s'agit plus, comme par deux fois en 10 ans, de se tromper de sujets : ni de sujet révolutionnaire pour des alliances d'opportunités, ni de sujet théorique pour des raisons de structure du concept 'Théorie Communiste', et de la pratique théorique qui en découle.

en sortir ou pas

Personne ne peut en sortir à la place des camarades de TC. Il ne s'agit pas de tenter un ultime sauvetage du groupe TC en tant que tel : la théorie communiste s'en fout, et celle de la communisation ne les attendra plus. Ils trouveront seuls la sortie, ou pas. Ils en sortiront ensemble, ou séparément, ou pas... C'est leur problème.

bouts de ficelles dialectiques ? un problème de langage ?

Il serait hasardeux de vouloir rafistoler de ficelles dialectiques un corpus théorique dont la récente absorbtion de la contradiction de genre reste marquée au fer d'un modèle de conceptualisation lourd, pour ne pas dire mécaniste. Quoi qu'il en soit, le problème ne se limite pas à la difficulté de compréhension d'un langage excessivement contorsionniste et auto-référentiel : qui y comprend quelque chose en dehors du scribe théoricien lui-même, qui reconnaît que l'on ne peut saisir une partie de sa « théorie lourde » sans en assimiler le tout, un tourni, un vertige au bord d'un syllogisme en boucle, qui se mord la queue dans l'abstraction spéculative, comme le pensait Christian Charrier, de La Matérielle.

Le problème est bien plutôt - dès le deuxième cercle (une partie du 'milieu'), et parfois le premier (les membres de TC + quelques aficionados), que l'interprétation - celle même de concepts confirmés dans leur efficience depuis dix ou trente ans - aboutisse à un 'à peu près' voire à n'importe quoi, comme on le constate de la part de personnes qui fréquentent TC et ses textes depuis un temps certain. L'incompréhension glisse à la déformation. On perd un temps fou pour simplement discuter de la même chose.

Certes, TC ne cherche pas à « faire des adeptes ». Il en fait quand même, ainsi que des opposants, pour le pire plus que pour le meilleur, sans parler des égos rivaux et des victimes collatérales. La faute à qui ?

dndf : TC, c'est pas 'ÇA'

Voir le blog dndf 'animé' par Pepe de TC, hors une veille utile sur la sortie de textes 'du coté de la théorie' (bien que tout y soit présenté sur le même plan, avec une parfaite ambiguïté, comme la liste des sites en liens). Voir sur dndf le centre de gravité des infos, autour des images chocs de flammes et d'émeutiers affrontant la police, allant chercher Eric Hazan, alors que d'autres infos de la communisation sont "trouvées sur la toile", ou comme "on a reçu ÇA " (mon avant-dernier texte) : entendre par ÇA  ce qui n'est pas du Père à Pepe, ou de Hazan, dont RS peu enclin à s'épancher sur les blogs a quand même considéré : « Par rapport à ce qu'on trouve en général sur Dndf (pour ne pas parler de "la ligne générale"), je trouve bizarre la présentation de telles inepties qui, quand elles ne sont pas expressément ainsi qualifiées, équivaut à de la promotion. » Quant à la possibilité de 'discussions' voir j'emmerde tous les services d'ordre (17 janvier). On verra si longtemps c'est comme ÇA.

dialectique+complexité : dynamique/limitequalité/seuil/quantité > émergence bref conjoncture > hic salta Révolution !

Quant à la méthode dialectique, j'ai évoqué des pistes, tant du côté dialectique/complexité/dynamique/seuils d'émergence (Lucien Sève avec des scientifiques), en relation avec le concept de conjoncture; que du côté d'une dialectique de niveaux de généralités, dans la lecture de Marx par Bertell Ollman. TC les connaît, puisque je leur en parle depuis sept ou huit ans. Je ne sais pas si ça les intéresse. Il est vrai que du point de vue méthologique, il n'est pas possible de bricoler un syncrétisme entre ces approches et la dialectique binaire ou trinaire de Roland Simon en termes post-hégeliens ou néo-marxistes.

Les systèmes philosophiques sont à chaque époque en relation avec des modélisations de sciences dures (par exemple la structure de la pensée et de l'inconscient chez Freud, avec la thermodynamique, plus tard Lacan et la topologie... le chaos déterministe pour des psy plus récents). Les modèles mathématiques de Marx étaient ceux de son temps, comme ceux qui servaient aux machines des capitalistes, avant la chaîne, les robots, les programmes électroniques puis informatiques. Ce n'est certes pas la question, mais Roland Simon n'a pas dépassé un langage philosophique excessivement daté.

Sève et Ollman, quoi qu'ils en fassent idéologiquement, n'abandonnent pas la dialectique, héritée de Marx, des contradictions dans le capital, par le fait d'introduire des niveaux plus complexes de qualités, de quantités, de généralités. Mais il n'est pas impossible que Roland Simon ait eu un peu trop tendance à prendre les marxistes universitaires (Sève ne l'était pas), pour des imbéciles sans intérêt, du seul fait qu'ils se sont enlisés dans le démocratisme et 'l'appareil idéologique d'État'... Alors il joue encore avec son mécano de jeunesse.

le grand mécano (comme on nommait Mao le grand timonier)

Quant Roland Simon reprend le texte grec "Sans toi aucun rouage ne tourne", dans Tel Quel où il théorise le concept de conjoncture, la pauvreté de la métaphore matérielle (les "mécanismes") ne remplace pas la finesse descriptive des événements, dont il fait pourtant preuve quant à leur complexité : c'est la montée vers l'abstration qui souffre de sauts de logique et d'une perte de la richesse d'analyse, pour en sortir aux forceps une conceptualisation, une représentation abstraite. Il me semble qu'à RS ne vient pas l'idée que le concept même de conjoncture appelle une autre modélisation dialectique. Autre chose que son modèle binaire de la contradiction de classe, à laquelle il ajoute celle de genre, dans une construction alambiquée et inaboutie, qui annonce quelques dizaines de pages à venir (celles qu'attendent les préviseurs de bouquins dans l'anglemort de Senonevero). 

la novlangue biblique ou l'opium des fidèles

Pour le dire franchement, comme d'autres qui ont avant moi abandonné la partie truquée, je n'ai plus très envie de lire ces textes pourtant incontournables en matière d'analyse. Il faudrait faire à la lecture les efforts qui ne l'ont pas été à la rédaction. Le « chantier permanent » de la théorie communiste est ainsi fait de textes de travail, au sens de torture permanente. La folie de langage, ça suffit. Les communistes ne sont pas masos. Patlotch est descendu du bus de la ségrégation técéiste tous azimuts, "amis" d'un jour anéantis le lendemain. LE théoricien peut garder sa novlangue pour les réunions d'adeptes de ses pavés, si bétonnés que les suivistes s'y prennent comme dans le ciment, pendant des années. En procèdent ceux qui en ânonnent les extraits comme autant de formules magiques. Ça n'a pas changé depuis qu'on cite des phrases de Marx comme des mantras. Marx à Paul Lafargue : « Si c'est cela le marxisme, moi Karl Marx, je ne suis pas marxiste ».

« La conception matérialiste de l’histoire a maintenant beaucoup d’amis parmi ceux pour lesquels elle n’est pas plus qu’un prétexte pour ne pas étudier l’histoire.» Lettre de Marx à Engels, citée par Jacques Macé, in Paul et Laura Lafargue : Du droit à la paresse au droit de choisir sa mort, ed. L'Harmattan, 2001, p.78

Contrairement à Christian Charrier il y a une dizaine d'années, je ne critique pas Théorie Communiste sans pouvoir m'en passer comme base théorique, mais sur la base du capital concret tel quel, même si c'est pour partie à TC que je le dois.

Après une comparaison qui se voulait comique avec l'écriture 'musicale' de Thomas Bernhard - au temps de ma découverte fascinée par ces phrases incantatives répétées à l'envie -, de l'envie je suis passé à l'ennui et les méandres rébarbatifs de Roland Simon m'évoquent irrésistiblement le grand mécano dialectique d'un Lucien Sève, sans cesse plus lourd de raffinements (par exemple dans Une introduction à la philosophie marxiste, ES 1980). Avec une différence importante certes, Sève était alors LE philosophe du PCF, et, après avoir servi son idéologie du communisme démocratique, sa philosophie évolua sans fin vers un horizon communiste sans révolution. Ce qui les rapproche est un 'méticulisme' obsessionnel dans l'abstraction, folie de langage en plus chez Roland Simon. Car on peut tout reprocher à Sève, sauf d'être jargonneur, auto-référentiel, et de ne pas s'entendre écrire, tant son souci d'être compris est remarquable. Du coup s'il fait des 'adeptes', ceux-ci ne le déforment pas.

Toujours est-il qu'il me semblerait vain - si par hasard il venait à l'idée d'entendre ainsi mon texte Abolition du racialisme -, il me semblerait vain de se lancer dans l'accouchement d'un-e monstre-sse à trois ou quatre pattes dialectiques entre le capital d'un côté, de l'autre le prolétariat, le genre féminin, et la "race".

un problème théorique avec le concret / un problème concret avec la théorie

Les relations de la "race" au capitalisme renvoient à leurs dimensions historiques en dynamiques sociales concrètes, qui ne peuvent pas donner lieu à une construction théorique abstraite, comme le genre et la classe autour du sur-travail. Il existe peut-être une possibilité d'entendre par essentiel ou structurel autre chose ou autrement que ce à quoi se limite Théorie Communiste. TC ne manque pas de rappeler qu'on ne peut séparer essence et apparence (surface), structure et idéologie, épinglant Marx quand il affirme vouloir soulever le voile sur l'apparence trompeuse des choses. L'apparence trompeuse, ce serait des "illusions de la perception", ce qui nous renvoie à ce que peut percevoir TC et "préviser" d'une catégorie, la "race", qu'il ne retient pas comme essentielle. Voir plus bas anglemorts vs points aveugles.

Il ne s'agit donc pas pour le cheval TC de se cabrer, ou à ses cavalier-e-s de se raidir mordicus sur une structure qui est celle de la théorie plus que du capital même. Le capitalisme n'est pas structuraliste. C'est à TC que beaucoup adressent ce reproche. Dieu sait que l'influence d'Althusser, baigné dans ce moment français charmant, est passé par là, omniprésent chez Roland Simon. Visez, dans "Réponse aux Américaines", son clin d'œil à la réponse du gourou de Normale Sup à un Anglais (Althusser, Réponse à John Lewis, Maspéro 1973). Le problème de TC, c'est la structure de la théorie, le sens qu'il donne à ce qui est ou non structurel/essentiel. La structure réelle du capitalisme ne s'écrira jamais telle qu'elle est subie concrètement par ses propres victimes (ce mot ne devrait pas faire fuire plus que celui de pauvreté), qu'elles soient prolétaires, femmes, ou 'racisées'. 

Théorie Communiste a un problème théorique avec le concret, et inversement. Je ne veux pas dire par là, comme il lui a été reproché ad nauseam, que TC ferait du théoricisme, voire que ses théoriciens ne seraient que des causeurs, qu'ils ne feraient rien en "pratique". Ce reproche me rappelle l'expression couperet dans le PCF face aux critiques "intellos" : « Quelle est ta pratique, camarade ? ». Le problème de TC avec le concret est inhérent à son élaboration théorique. Ce n'est pas un manque de luttes théoriciennes pour appuyer la théorisation sur des faits concrets prolongeant la pensée du concret-abstrait, la représentation.

anglemorts vs points aveugles en noir et blanc *

* Je reprends le titre d'un chapitre de mon livre JAZZ et PROBLÈMES des HOMMES, où il est question d'un certain Franz Kofsky, critique et historien marxiste. Mais il vrai que que Roland Simon me fit un jour, alors que je lui parlais de Fredric Jameson, cette remarque ironique : « Ah bon, parce qu'il y a des marxistes, aux États-Unis ? »

Quoi que vaille le concept d'anglemort, ('d'une absolue vacuité' selon Christian Charrier, un concept du 'manque de communisme' selon mon texte pour en finir avec mon communisme-théorique juin 2012), il est surtout inséparable pour TC de l'observateur qui assure la veille théorique, le préviseur. Normal. Mais voilà que les deux ensemble se sont mis à glisser sur la pente subjectiviste/objectiviste, dès l'hypothèse sur laquelle se fondait la prévision quand elle ne comportait qu'un anglemort, dans la lutte binaire de la contradiction capital/prolétariat. Un classique du marxisme, pas seulement du programme ouvrier. Restait alors à chercher la femme, dans l'hombre - de l'homme, pas seulement du macho. Un deuxième anglemort s'ouvrait sous les yeux des préviseu-r-se-s de TC, le genre : frère préviSœur, ne vois-tu rien venir ?

'quelque chose noir y voir'

Faudrait-il que TC recrute un-e racisé-e amateu-se-r de théorie communiste pour ouvrir, au troisième balcon, un observatoire de la "race" dans son rapport au capital, qui n'a rien à voir avec celui du genre ? Je ne peux m'empêcher de penser à ces chanteurs de blues aveugles ou, avec cet intertitre, au poème de 2011 que j'importe de crise en vers (le plus récent, ce 19 janvier)

L'"homme de couleur" n'existe pas dans le prolétariat incolore selon TC, qui reproduit à son insu l'universalisme français, puisque pour TC, jusque-là, les prolétaires 'noir-e-s' ou 'arabEs' sont structurellement à égalité avec les prolétaires 'blanc-he-s' dans la contradiction qui les met face au capital. Au passage, la façon dont le genre intègre cette dimension a peut-être été entre-aperçue dans "les notes sur le Black Feminisme" de TC n°24, je ne les ai pas.

United Color of Proletariat ?

 Femmes dans les luttes de classes, Domestic Workers, Migrants...

Après tout, peut-être que que TC imagine que l'unité du prolétariat est déjà réalisée, avant l'heure de la communisation, sur le critère de la "race" ? Non, je plaisante, je suis un bute-en-train théorique. J'ai cru lire le contraire dans Tel quel, qui effleure la question sans la poser, dans 'Ceux d'en bas' :

RS/TC Tel Quel "Alors pour les hommes, la migration et la clandestinité ne renvoient qu’à une situation économique, pour les femmes ce sont les rapports de genres qui informent la situation économique. Il ne s’agit pas de dire simplement que, pour les femmes, les migrations internationales ajoutent quelque chose ou qu’elles ont une signification supplémentaire, mais que la sexuation de ces migrations est une dynamique générale de leur effectuation. La lutte des travailleurs immigrés et encore plus des clandestins est traversée par la contradiction entre hommes et femmes qui en devient une caractéristique essentielle si ce n’est définitoire." 

" Le prolétariat affronte sa propre condition (ce qu'il est et ne veut plus être) parce que son être est tout entier en face de lui dans le capital, mais cela signifie que, tant que sous quelque forme parcellaire ou atypique que cela soit, le capital se reproduit, il est la reproduction de cet être, il reproduit avec lui les prolétaires, dans une situation révolutionnaire cela ne pourra aller sans conflits internes. Il serait dangereusement angélique de ne pas concevoir que, dans les cités et ailleurs, le refus de tout ce qui fait maintenant l'exploitation peut nous donner des conflits aux allures absurdes et barbares entre ce refus même et ce qui continue à être et être vécu comme « être un travailleur ». Dans les cas de la France, mais ce n’est pas une exception, depuis plus de vingt ans, le chômage de longue durée, la relégation liée à la perte d’emploi, la réclusion dans les HLM dégradées, la compression des revenus, l’échec scolaire des enfants, rapprochent les conditions de l’ex noyau dur de la classe ouvrière de celles des groupes dont ils pouvaient se croire éloignés, ou qu’ils pouvaient imaginer moins bien armés qu’eux."

Bizarre que « la contradiction hommes-femmes » puisse être « une caractéristique essentielle si ce n'est définititoire de la lutte des travailleurs immigrés » sans que la caractéristique de travailleurs immigrés n'invite à voir quessentiellement et même absolument, on ne voit pas d'immigrés blancs en territoires africains ou d'autres régions du monde assignées, majoritairement par des Blancs, par leurs différences ethniques ou 'raciales' - sauf des barbouzes et autres mercenaires émigrés pour fuir la justice des États européens.

Comme dans les statistiques à la française, les critères d'origines "raciales" ou "ethniques" ne viennent pas recouper le lieu d'habitation, là où ils sont de l'ordre d'une évidence (cf Robert Castel, la discrimination négative, in éléments d'une sociologie anti--constitution-universalo-française / 10 janv 2014). Le mot même de "racisé" semble tabou, du moins dans ce passage où pourtant il est implicite (les cités), mais sans différence pointée entre Blancs et non-Blancs.

le prolétariat 'sous-jacent'

la "race" n'est-elle pas, comme la classe, le genre, une « contrainte extérieure à dépasser » ?

C'est à se demander si Roland Simon a déjà mis les pieds dans un quartier, entendu parler du harcèlement policier au faciès*, suivi l'évolution de la scolarisation, du collège, au lycée, au supérieur... Mon fils, 17 ans (métis franco-japonais) a vu de ses amis de 15 ans (depuis la maternelle ZEP), 'rebeus' ou 'renois', sombrer dans la délinquance (pour 'la tune' pas forcément la dope) en quelques mois, du collège au lycée (technologique), où ils sont inscrits ou pas, vont ou pas, cherchent du boulot ou pas (5 fois moins de chance d'avoir un entretien d'embauche avec un nom à consonnance arabe, toutes choses égales par ailleurs, diplômes...). Cela me rappelle les contorsions des camarades pour vouloir, concernant les émeutes de 2005, que le facteur racial ne soit pas déterminant. Comme RS le dit lui-même, la 'race' est sous-jacente.

* Contrôles d'identité au facès : « Selon un rapport de 2009 de l’Open Society Justice Initiative en collaboration avec le CNRS, dont nombre de policiers reconnaissent l’objectivité en off, les individus considérés comme "noirs" étaient alors en moyenne contrôlés six fois plus souvent que ceux vus comme "blancs". Pour les individus considérés comme "arabes", c’était huit fois plus souvent

RS/TC Tel Quel  "La racialisation de la lutte de classe est sous-jacente à la segmentation de la force de travail, d'autres clivages peuvent apparaître et de tels conflits seront potentiellement présents dans le processus même de la communisation parce qu'en tant qu'abolition du capital, elle est abolition du prolétariat."

l'Occident blanc n'appartient pas au concept du capital, mais...

... la 'race' : Karl Marx 1 Roland Simon 0 la balle à Patlotch ?

Le capitalisme, durant toute son histoire, n'a cessé d'être majoritairement occidental, et blanc. Pourquoi le concept de Capital n'intègre pas l'Occident blanc ? Je n'aime pas plus que Roland Simon citer Marx 'à preuve', et il est plus fin connaisseur que moi de l'inventeur du concept de 'capital'. Citation Contretemps Sur la dialectique de la race et de la classe...

Karl Marx : « L'esclavage direct est le pivot de notre industrialisme actuel aussi bien que les machines, le crédit, etc. Sans esclavage vous n'avez pas de coton, sans coton vous n'avez pas d'industrie moderne. C'est l'esclavage qui a donné de la valeur aux colonies, ce sont les colonies qui ont créé le commerce du monde, c'est le commerce du monde qui est la condition nécessaire de la grande industrie mécanique. Aussi avant la traite des nègres, les colonies ne donnaient à l'ancien monde que très peu de produits et ne changeaient pas visiblement la face du monde. Ainsi l'esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance » Lettre à Pavel Annekov 28 décembre 1846 

Dans ce passage au demeurant limpide, simple, sans jargon conceptuel mais concret et théorique à la fois, Marx ne parle pas de l'esclavage comme 'concept', mais concrètement de « la traite des nègres », de l'esclavage comme « une catégorie économique de la plus haute importance ». L'esclavage ayant été aboli (...), Roland Simon peut considérer que depuis « la racialisation n'appartient pas au concept même du capital. » Tel quel ! Ah c'est vrai, selon la bible philosophique, une catégorie n'est pas un concept. Mais un concept peut-il être construit en "oubliant" une « catégorie de la plus haute importance » ? Pour Théorie Communiste, ce qui compte, c'est la « moindre prégnance » de la catégorie en question sur la catégorie de genre (en elle-même contradiction), et donc la 'race' peut être bottée en touche par l'Olympique TC de Marseille, qui a viré Marx, ce petit joueur, de son stade théorique.

La question peut se poser de savoir si la prégnance de l'Occident dans le capitalisme continuera, puisqu'aujourd'hui il brasse ses cartes du monde, bien que le leader américain paraisse menacé, par l'Asie - restructuration dans la restructuration ou pas. Cela étant, qui écrit Théorie Communiste aujourd'hui ? Qui refuse cette évidence que l'Occident blanc est, depuis la naissance du capitalisme, en rapport concret historique, écononomique, militaire, policier, dans tous les rapports sociaux, avec le capitalisme réel ? Pas le capitalisme conceptuel et sa structure selon le Blanc Français Roland Simon, pour la blanche et immaculée conception de Théorie Communiste

Théorie Communiste : « La racialisation n'appartient pas au concept même du capital Ça leur fait une belle jambe, aux racisé-e-s, de savoir comment le capital en fait ce qu'il en fait depuis qu'il le fait. Il sont exploités, oppressés, dominés, fliqués... par le capital, pas par son concept selon Roland Simon.

« Je ne comprends la malveillance dont je fais l’objet de la part de RS que comme visant à m’exclure de la problématique de la communisation pour asseoir le champ politique que TC envisage de développer à la fin du texte sur Le Moment actuel sur une sorte de propriété intellectuelle que TC aurait sur le conceptBruno Astarian, Hic Salta Communisation, Où va Théorie Communiste ? octobre 2010

Pour paraphraser Brecht si la 'race' ne fait pas la structure abstraite du capital incolore de 'Théorie Communiste', pour abolir le racialisme, la communisation se passera concrètement des leçons théoriques de la blanche TC. Si le concept de capital ne contient pas toute la réalité du capital, c'est le concept qu'il faut changer, parce que le capital ne changera pas, dans l'usage réel et concret qu'il fait de la 'race' depuis qu'il l'a inventée.

TC via Senonevero édite Silvia Federici, on s'en réjouit. Sa critique de Marx est connue. Ça pourrait peut-être (re)mettre la puce à l'oreille ?

Entretien avec Silvia Federici La voie du Jaguar juillet 2013
« La chaîne de montage commence à la cuisine, au lavabo, dans nos corps »

[...] les histoires de sorcières, mais c’est depuis toujours un thème où il était difficile de connaître la part de la réalité et de la fantaisie. Mais, quand j’ai commencé à l’étudier et à mener des recherches, je me suis rendu compte que j’abordais un phénomène extrêmement important et qui s’est déroulé de manière simultanée avec les processus d’enclosure (expropriation des terres des paysans anglais à partir des XVIe et XVIIe siècles, NdlR), d’expulsion des paysans de leurs terres, de colonialisme et de trafic d’esclaves.

Tout cela m’a fait réaliser que le phénomène de la chasse aux sorcières a été fondamental pour le développement de la société capitaliste, et qu’il constitue même l’un de ses fondements les plus importants. Il est intéressant de remarquer que ces processus reposent sur l’extermination : les massacres des colonisés, des Africains, qui ont souffert de la traite d’esclaves, sont parallèles aux massacres des sorcières. Pour moi, le plus important de Marx est sa théorie sur l’exploitation, l’importance qu’il accorde au salaire, pas seulement ce qu’il signifie en terme monétaire, mais aussi ce qu’il signifie en terme d’organisation de la société, des rapports de production, non seulement dans les usines, mais aussi dans la production sociale.

Tu as beaucoup étudié Marx et tu le cites souvent dans ton livre, mais tu insistes sur le fait qu’il n’a pas vu l’histoire du point de vue des femmes. Que peut-on apprendre de Marx et que devons-nous reformuler ?

Son explication de l’accumulation primitive du capitalisme reste toujours fondamentale. Marx nous est encore utile pour expliquer aujourd’hui ce qui se passe dans le développement du capitalisme, mais son œuvre repose sur l’idée que le travailleur salarié serait le sujet révolutionnaire et que c’est sur le terrain du travail salarié qu’aurait lieu la lutte pour la transformation du monde et pour la transition au communisme. Mais Marx n’a pas approfondi la connaissance du processus de production de la force de travail dans le capitalisme. Si nous lisons le premier livre du Capital sur la théorie de la plus-value, où il décrit la production de la force de travail, nous constatons que la manière dont il le fait est extrêmement réduite et limitée. Pour Marx, la production de la force de travail est totalement insérée dans la production de marchandises. Le travailleur a un salaire, avec ce dernier il achète des marchandises qu’il utilise et qui lui permettent de se reproduire, mais en aucun cas il ne sort du cercle de la marchandise. En conséquence, tout le domaine du travail reproductif, qui a une importance tellement vitale pour les sociétés capitalistes, toute la question de la division sexuelle du travail est totalement absente. Il est important de souligner que l’analyse de tous ces domaines ne signifie pas qu’il faut inclure un cinquième chapitre au premier livre du Capital.

De fait, on dit que ton livre est la partie non écrite du Capital de Marx…

Je crois que s’il en était ainsi on ne ferait qu’ajouter des choses alors qu’il s’agit de les repenser globalement, comme un tout. Je dis toujours que ce que j’ai tenté de faire ce n’est pas d’écrire l’histoire des femmes dans le capitalisme, mais l’histoire du capitalisme à partir du point de vue des femmes et de la reproduction, ce qui est différent. Si tu écris l’histoire des femmes dans le capitalisme, c’est comme s’il y avait des choses parallèles : d’un côté l’histoire des hommes et maintenant l’histoire des femmes.

Par contre, écrire l’histoire du capitalisme et de ses origines à partir du point de vue de ce qui arrive aux femmes, de ce qui se passe avec la reproduction — qui sont étroitement connectées l’une à l’autre — permet de repenser l’ensemble à partir d’une autre perspective. Le travail salarié contractuel dans le capitalisme s’est accompagné d’une immense quantité de travail non libre, non salarié et non contractuel. C’est en tenant compte de cet élément qu’on comprend pourquoi, à travers toute l’histoire du capitalisme, existent des formes continues de colonisation, tout comme des formes différentes d’esclavage. Analyser et comprendre que le travail non libre et non salarié est fondamental, et qu’il n’a pas seulement comme objectif d’extraire de la richesse des travailleurs, mais qu’il s’agit aussi d’une façon d’organiser la société, est très important. La survivance des rapports non libres est quelque chose de fondamental et fait partie du code génétique des sociétés capitalistes. Analyser le capitalisme du point de vue de la reproduction, ce que j’appelle la reproduction de la force de travail, a été très important pour parvenir à comprendre le capitalisme, et cela on ne le trouve pas chez Marx. »

Cachez cette race de travailleuses que je ne saurais voir !

Une évidence, TC et moi ne partons pas, et ne parlons pas du même concept de capital, ni du même capital concret.

RS/TC Tel Quel "Les inégaux niveaux de développement jusqu’à leur mise en abyme dans le capitalisme actuel, la division du travail, l’aspect historique de la valeur de la force de travail, dans leur combinaison s’attachent à un individu promu au rang de représentation centrale, d’intersection, dont les déterminations sociales sont renversées en manifestation de lui-même, en expression de son individualité, elles sont personnalisées. Ces trois facteurs sont les agents pertinents de l’invention des distinctions et de leur variation ou disparition (à Marseille, un Italien ou un Espagnol ne sont plus que de sympathiques joueurs de boules). Cet individu n’est pas « noir », « peul », « juif », « rom » ou « arabe ». C’est cette intersection, cette promotion de la combinaison comme sujet, promotion en figure centrale originaire, qui en fait un Noir, un Peul, etc. La racialisation n’appartient pas au concept même du capital (à la différence de la distinction de genre inhérente au travail comme force productive), mais celui-ci donné, elle est une forme de manifestation nécessaire. La transformation du rapport social en chose, c’est-à-dire « paradoxalement » en sujet est aussi bien une transformation de cette chose en rapport social entre sujets. En quelque sorte, le sujet est lhéritier du mouvement qui le crée. Cette inversion est la façon réelle dont les rapports de production n’agissent que dissimulés en tant que volontés et décisions de sujets."

Tout se passe comme si l'argumentation de Roland Simon, comme celle de Bernard Lyon dans 'Utérus vs  Mélanine", était entrée en résistance française face à la 'race' comme catégorie théorique d'un quelconque intérêt. Tout ça pour éviter de mélanger les genres. Ils ne nous expliquent pas comment les prolétaires racisés sont différents d'autres prolétaires face au capital (depuis ses origines et de façon continue). Ils nous expliquent pourquoi ce n'est pas essentiel, sans que ne soit prise en compte aucune détermination particulière des luttes selon ce critère, ou si peu. On retrouve l'argumentation négative dont je parle dans mon texte.

Obama « peut devenir président des États-Unis reste un Noir » Pour quelles raisons un Noir est-il devenu président des USA ? C'est Bill Clinton qui fut surnommé « le premier président noir des États-Unis », par Maya Angelou, en 1993 ("On the Pulse of Morning"). Pourquoi ? Poser la questiion, c'est y répondre, et en même temps à la première, concernant Obama.

Roland Simon n'est pas un Jaune

Bruno Astarian, Où-va Théorie Communiste ?, 2010 : « On regrettera au passage que, après avoir annoncé une « définition stricte » du concept [ici de l'exploitation/prolétariat et travail productifs] TC s’en tienne au contraire à un niveau de généralité tel qu’il noie le poisson. »

« Je ne comprends la malveillance dont je fais l’objet de la part de RS que comme visant à m’exclure de la problématique de la communisation pour asseoir le champ politique que TC envisage de développer à la fin du texte sur 'Le Moment actuel' sur une sorte de propriété intellectuelle que TC aurait sur le concept. Il faut croire que le procédé s'est élargi des concepts d'exploitation à celui de communisation, et maintenant de celui de capital. 

Quant à la différence entre un prolétaire noir et un prolétaire blanc, RS sait qu'il en existe une : « un prolétaire noir n'est pas un prolétaire blanc » On verra plus tard s'il en dit plus. Pour l'heure, il faut se contenter de généralités abstraites : « La distinction est une idéologie et en tant que telle efficace comme assignation et relation des individus à leurs conditions d’existence et de reproduction, c’est-à-dire à leurs relations aux rapports de production ». On croirait entendre la CGT prêchant l'unité français-immigrés dans les conflits des années 60. « Il ne suffit pas de le dire [...] si l’on ne dit pas que c’est dans la personnalisation des rapports sociaux comme production de sujets que réside la question ». 

De fait, TC refuse de voir dans la 'race' un concept nécessaire au capital, à sa réalité donc à son concept

Évidemment, le facteur personnalisation existe (pas un problème d'identités figées comme le souligne Silvia Federici), mais n'est pas ce qui rattache essentiellement la race au capital. La "race" n'a pas été inventée à titre individuel pour l'esclavage de masse et sa fonction structurelle dans l'accumulation primitive du capital, pas plus les quatre races dans le capitalisme colonialiste, et ce qui s'en suit jusqu'à aujourd'hui sans discontinuer : la racialisation est un phénomène massif, pas une question de personnes. Ou alors il faut considérer tout rapport social comme inter-personnel, comme dans la conception démocratique de l'Etat et de la société civile constituée d'individus citoyens, dont le jeune Marx a fait la critique définitive, que TC reprend dans celle du citoyennisme et du démocratisme radical.

Nous seront d'accord là-dessus :  tous les rapports sociaux de classe, de genre, et de 'race' se construisent aussi sur sujets individuels, des 'personnes' qui ne sont pas des « individus pris à part » (Marx, L'idéologie Allemande, ci-dessous), mais constituent des classes de la société capitalistes. Il n'y a pas rupture de continuité entre rapports sociaux au niveau individuel, aux niveaux particuliers, et au niveau de la généralité des rapports capitalistes. Mais cette construction idéologique ne doit pas être prise à l'envers.

 Marx, L'idéologie Allemande « Les individus sont toujours et en toutes circonstances " partis d’eux-mêmes ", mais ils n’étaient pas uniques au sens qu’ils ne pouvaient se passer d’avoir des relations entre eux ; au contraire, leurs besoins, leur nature par conséquent, et la manière de les satisfaire les rendaient dépendants les uns des autres (rapport des sexes, échanges, division du travail) : aussi était-il inévitable que des rapports s’établissent entre eux [...] l’histoire d’un individu pris à part ne peut en aucun cas être isolée de l’histoire des individus qui l’ont précédé ou sont ses contemporains : son histoire est au contraire déterminée par la leur [...] A l’époque actuelle, la domination des individus par les conditions objectives, l’écrasement de l’individualité par la contingence, ont pris des formes extrêmement accusées et tout à fait universelles, ce qui a placé les individus existants devant une tâche bien précise : remplacer la domination des conditions données et de la contingence sur les individus par la domination des individus sur la contingence et les conditions existantes. [...] Précisément parce que les individus défendent uniquement leur intérêt particulier, qui, à leurs yeux, ne coïncide pas avec leur intérêt commun – ce dernier est présenté comme un intérêt " général ", qui leur est " étranger ", qui est " indépendant " d’eux, et qui est lui-même un intérêt " général ", particulier et original ; ou bien ils doivent eux-mêmes évoluer dans cette dualité, comme c’est le cas dans la démocratie. D’un autre côté, la lutte pratique de ces intérêts particuliers en permanence opposés aux intérêts communs, réels ou illusoires, rend nécessaire intervention et refrènement pratique par l’intérêt " général " illusoire sous forme d'Etat. » Marx, L'idéologie Allemande, voir aussi L'individu chez Marx, Noun de Los Cobos

La racisation peut être le fait d'individus à individus, ça n'empêche le racisme d'être un phénomène massif organisé et structuré : comme un langage inconscient aussi, avec ou sans Lacan. Le racisme sous-tend nombre de rapports sociaux au-delà des relations individuelles, qui s'annoncent certes comme source de segmentations, mais aussi d'affrontements directs avec le capital dont la 'race' sera une cause déterminante, parce qu'elle est, entre autres « une catégorie économique de la plus haute importance » (Marx). Un importance historique (mémoire longue des bienfaits occidentaux) autant qu'économico-socialo-policière (mémoire immédiate <=> moment présent). Des conflits comme on commence peut-être à en observer (en Asie, au Brésil, dans les "quartiers"...), mais qui ne manqueront pas de se multiplier lorsque les grands groupes occidentaux seront attaqués par leurs prolétairEs dans la production et la reproduction du capital, de la valeur... On dira que ce n'est pas en tant que prolétaires "noirs", "jaunes"...  Voir Femmes dans les luttes de classes, Domestic Workers, Migrants...

En attendant, Roland Simon n'est pas dans la peau d'un-e Jaune.

 RS/TC Tel Quel "Mais alors toute la construction sociale s’efface d’elle-même dans le mouvement même où elle s’effectue dans la mesure où il lui est inhérent d’être le fait d’un sujet « partie totale » qui n’existe plus comme « porteur » ou « représentant » mais sujet constitutif et constituant. La distinction de races ou d’ethnie joue alors son propre rôle selon des déterminations prescrites par elle-même dans l’autonomie du domaine d’action qu’elle se crée : un Noir peut devenir président des Etats-Unis, il reste un Noir, et un prolétaire noir n’est pas un prolétaire blanc. Existant pour elle-même dans son domaine d’action la distinction peut même être l’objet d’une activité politique instrumentale comme on l’a vu en France lors de la grande vague de grèves dans l’automobile dans les années 83-84. La distinction est une idéologie et en tant que telle efficace comme assignation et relation des individus à leurs conditions d’existence et de reproduction, c’est-à-dire à leurs relations aux rapports de production. Il ne suffit pas de dire que la distinction de race crée une essentialisation hiérarchique des individus, qu’elle est un produit du mode de production, on en reste à faire de la description le concept de sa propre explication si l’on ne dit pas que c’est dans la personnalisation des rapports sociaux comme production de sujets que réside la question"

Ce qui me gêne un peu : comment peut-on prétendre faire la théorie du rapport structurel au capital de populations prolétaires qu'on ignore aussi manifestement que TC, en ce qu'elle sont, justement "racisé-e-s" en masse, et non seulement comme sujets individuels ? Je parle d'une sous-estimation non des membres de TC dans leurs relations immédiates (je n'en sais rien), mais de celle qui émane des textes, d'un point de vue théorique autant que documentaire. Voir mes accumulations primitives en documents, et leur synthèse dans le texte la communisation comme abolition du racialisme.

Comment comprendre que la catégorie de 'race' puisse, avant même d'être mise à l'étude, être décrétée hors jeu de la structure et du concept de capital ? D'une part c'est ce que TC considérait du genre avant de s'y coller, ce qui relevait d'un préjugé masculin. De quoi relève cette mise à l'écart de la 'race' sinon d'un préjugé occidental, particulièrement français ?

'la moindre flagrance'  le Noir ne voit rien, n'entend rien, ne dit rien

À en croire TC, les Noir-e-s (et autres autres des Blanc-he-s, autres de l'Occident) ne luttent pas théoricien-ne-s, même sans le savoir, au point de mériter sa théorie, blanche. La 'race' n'est pas parmi ses anglemorts - il n'y a pas de 'race', à Marseille, où tout baigne dans la fraternité multicolore, c'est bien connu, loin du Vieux Port. En tant que théoricien, Roland Simon est contre la 'race'. En théoricien en tant qu'individu, il est tout sauf raciste, ça ne fait aucun doute. De la 'race' il n'écrivait rien, c'est tout, au sein de sa totalité dialectique, son concept capital en tant que tout.

La totalité ± rien, c'est toujours la totalité, comme l'infini + zéro = l'infini ou l'infini - zéro = l'infini

Comment imaginer une totalité plus ou moins complète ou incomplète ? TC le sait, qui a de la bouteille, pleine et vide à la fois, comme dirait Héraclite.

Ce qui me gênerait beaucoup : qu'on théorise "la moindre flagrance de la race par rapport au genre" selon BL, sans que la 'race' ou que l'a-race n'ait rien à dire.

Nous sommes en 2014, pas au siècle de Marx, et pourtant, il tourne...

 

18 Le traité du tout est rien

Maboul Isidore a trouvé sur internet - ce lieu de toutes mes connaissances, dit-il - un ouvrage au titre alléchant, Le traité du tout est rien. Survolant les premiers chapitres, à son goût trop spéculatifs, il s'est rendu directement aux pages concernant l'action, pour en retenir ces lignes, la substantifique moelle pratique : « Un rien qui vous occupe est tout. Tout n'est rien dont on s'occupe. Rien n'existe si l'on s'en n'occupe. L'humanité se scinde en deux catégories, ceux que tout préoccupe s'occupant de rien, ceux occupés d'un rien occultant le tout. Suffit d'un rien, d'eux tout s'occupe. Tout est rien. »

Il y a des jours comme ça, on tombe sur des phrases lumineuses. D'emblée, Isidore se sent appartenir à la première catégorie, Maboul à la seconde. Désormais, rien ne sera plus comme avant. D'exaltantes perspectives d'actions et d'inactions s'offrent à leur détermination objectivement une et indivisible. Avec devise d'évidence : pour rien au monde renoncer à tout.

Maboul Isidore, roman-feuilleton, février 2012, Patlotch à Bouvard et Pécuchet

Contact Patloch1>gmail.com