abolir le racialisme par la communisation 2014

 

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abolir le racialisme par la communisation 2014 

Photo en marge Raceless Like Me, merci à Paula et Zoe

ces questions sont désormais abordée dans critique du capital : des classes du genre et de la race, intersectionnalité, communs... et plus spécifiquement dans les développements théoriques : le monde et le capital, l'Occident et les autres avec notamment les apports de Stuart Hall et de Gayatri Spivak et de 'Marx aux antipodes' et la théorie de la communisation

en relation abolir les identités de classe, 'genre', 'race'... de militants et d'individus

abolir le racialisme par la communisation 2014 Senghor

mai 2014 : de plus récents apports concernant Marx et la race dans la 'race' de Marx aux 'marxistes' et 'communistes'

voir depuis, 5 mars 2014, comment la race structure le capitalisme : fétichisme et exploitation de Marx à Mmembe en passant par Roubine

la communisation comme abolition du racialisme et hic salta ou franchir le pas en pratiqueS théoriqueS : TC (contre Marx ?) une théorie blanche occidentale Voir aussi échanges sans excès sur la communisation

> les 2 textes en version simplifiée imprimable 36 pages

ajout 12 février 2014

Bernard Lyon BL/TC Théorie Communiste Utérus vs Mélanine : « Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette voire, polémique parce que l’intégration de l’abolition des genres comme élément inséparable de l’abolition des classes dans la communisation est dévalué, secondarisé par la mise de question des races au niveau de celle du genre.

Paradoxalement comme il est évident qu’on ne peut pas « inventer » des contradictions pour chaque opposition de races, cela amène à renoncer à la contradiction de genre au profit d’une série d’antagonismes subordonnés à la contradiction de classe, le tout bien sûr « structurellement » uni dans la très dialectique totalité du capital

Marx ne confondait pas essence, structure et histoire. Il a certes oublié le  « genre » mais : « l'esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance »

BL sait que « la mélanine ne fait pas l’esclave ! L’immense majorité des noirs n’ont jamais été esclaves ceux qui l’étaient ont été libérés et dans d’autres époques que le capitalisme des 16 ème au 19ème siècle il n’y avait aucun rapport entre couleur de peau et condition servile.»

Bl est donc en accord avec Marx : « Le Nègre est un Nègre, mais c'est de par sa position sociale qu'il devient un esclave »

Marx et BL ensemble ont pu néanmoins constater combien de blanc-he-s ont été traité-e-s en esclaves par des 'Noir-e-s', des 'Rouges' ou des 'Jaunes'. Mais ça BL ne le dit pas. BL est un homme blannc libéré de sa race

BL a encore raison d'affirmer : « Il n’y a aucun rapport qu’on puisse prétendre naturel entre négritude et esclavage », mais il y a un rapport historique concret : l'esclavage moderne et la traite des Noir-es- et des Indien-ne-s ont permis l'accumulation primitive du capitalisme, l'abolition de l'esclavage sa transformation en mode de production à part entière (apprécié par Marx dans sa lettre à Lincoln comme progrès pour l'élargissement du prolétariat), et pour l'heure, le capitalisme reste dominé par des hommes blancs, tout comme la théorie communiste

La structure conceptuelle c'est bien. L'histoire sait mieux. Le moment présent du capitalisme aussi

état 23 janvier 01h26 / modifs et ajouts

 documents 

COMMUNISATION, Troisième Courant... suite ? => suite !

Patlotch, le 17 janvier 2014

à LeRoi Jones /Amiri Baraka, décédé le 9 janvier

abolir le racialisme par la communisation 2014

cachez cette race de travailleuses que je ne saurais voir !

ABOLITION du CAPITAL

AUTO-ABOLITIONS des CLASSES

et du GENRE - assignation sociale de 'FEMME' par la domination des HOMMES

ABOLITION du RACIALISME

racialisme : défini ici comme assignation de race, négative (racisme) ou positive (nationalisme et communautarisme racial ou ethnique, supériorité raciale ou ethnique, « bon Nègre » « bon Blanc » « bonne Beurette », « j'aime les Noirs »...)

remarque : dans ce texte, à quelque chose près, je pense qu'on peut remplacer la racisation, positive ou négative, par l'identification ethnique ou religieuse...

auto-flagellation : je m'étais accordé la limite de 12 pages. Il s'est produit un dépassement à mon insu alors que je franchissais le pas de quartier : 24 pages et demeure l'espoir : j'ai fait les choses à moitié.

Dans ce qui suit, je ne reviens pas sur ce que je considère comme un acquis théorique, la communisation comme double abolition des classes et de la domination masculine. C'est pourquoi ce texte est principalement consacré aux rapports de la « race » aux classes et aux genres féminin/masculin.

INTRODUCTION 14 janvier 2014

communisation et intersectionnalités

L'idée vient qu'il s'agirait de pénétrer le concept de communisation par celui d'intersectionnalité. Il conviendrait alors de le faire depuis la théorie communiste dans laquelle il prend son sens, et non comme travail de type universitaire, tel qu'il en existe. Dans ce cas, intersectionnaliser la théorie de la communisation consisterait à étudier, dans la production/reproduction du capital et dans les luttes actuelles, la dynamique des rapports de chaque catégorie aux deux autres prises deux à deux, en rotation : classe et genre-race, genre et race-classe, race et classe-genre, puis les trois ensembles (j'emprunte à Henri Meschonnic cette rotation - poétique-éthique-politique - je l'ai utilisée dans mes écrits sur le jazz). Je ne le fais ici que partiellement ou de manière implicite.

Enjeux et défis de l'intersectionnalité, interview Selma Birge, Montréal, citée in classe race genre : autant de "planchers de verre" ?

« On peut donc parler d'une « intersectionnalisation » des manières dont les inégalités sociales et la domination de classe sont comprises et étudiées par certains néo-marxistes de la branche dite « économie politique ». À l'heure où l'intersectionnalité est de plus en plus dépolitisée – une dépolitisation bien politique, soulignons-le, qui fait de l'intersectionnalité un outil du complexe néolibéral de gestion de la diversité dans lequel l'industrie académique est un joueur central – il me semble très important de rappeler cet héritage marxiste, et plus généralement la critique radicale qui est à la source et au cœur de la démarche intersectionnelle.

Il convient également de souligner que cette intersectionnalisation de la « question sociale » n'est pas vue comme légitime dans tous les contextes, en particulier en Europe continentale où la race est trop souvent déclarée hors-sujet et renvoyée au contexte étatsunien. L'exemple français est édifiant à cet égard : à une époque où les analyses néo-marxistes étatsuniennes et britanniques deviennent de plus en plus intersectionnelles, par exemple dans leur traitement de la main d'œuvre immigrée, on trouve en France une réaffirmation du non-lieu racial pour le contexte français par des figures aussi emblématiques que Bourdieu. [...]

En somme, les discussions sur la généalogie de l'intersectionnalité et ses liens complexes avec d'autres courants de pensée, qu'il s'agisse des courants néo-marxistes ou post-structuralistes, doivent tenir compte des spécificités nationales et décortiquer les conditions permettant la délégitimation de certaines catégories et l'effacement de certains rapports de pouvoir dans certains contextes

Comme on le verra plus loin, Théorie Communiste se serait enferrée (à son insu ?) dans cette exception théorique française, au point de demeurer une "théorie communiste blanche occidentale".

*

Mon texte se présente au départ comme discussion avec un texte des travaux en cours de Théorie Communiste (TC) : « Utérus vs Mélanine », de Bernard Lyon (BL). https://sites.google.com/site/theoriecommuniste/travail-en-cours-1/utrus-versus-mlanine

Travaux en cours signifie que TC n'a pas encore de point de vue construit sur l'ensemble du sujet. Par conséquent, mon propre travail n'est pas à prendre comme critique de ce qui serait définitif.

de proches au loin

Chemin faisant, on rencontre d'autres critiques (canadiennes ou états-uniennes...), portées à TC, d'une part sur le rapport Genre/Classe, mais aussi sur l'absence de prise en compte de la « race ». Critiques auxquelles pour certaines, que je ne connais pas, ce texte de BL répondait. Je partageais cette exigence formulée en juillet 2012 http://www.metamute.org/editorial/articles/gender-rift-communisation par P. Valentine, The race question has yet to be put on the table for communisation theory, à laquelle a tenté de répondre Chris Chen : The Limit Point of Capitalist Equality : notes toward an abolitionist Antiracism http://endnotes.org.uk/articles/22 Cf la méthode et son double, une vision d'hommes ? Pour une refondation en théorie communiste 22 déc 2013  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-467.html. Il me manque d'avoir bien lu ces textes, à propos desquels je n'ai rien dit, en traduction française, par prudence quant à ma compréhension de l'anglais. J'y reviens néanmoins plus bas. De P. Valentine j'ai surtout retenu la nécessité qu'elle formule. De Chris Chen le titre...

Sur le texte d'Incendo Capitalisme, Genres et communisme / L’insurrection généralisée qui détruira les hommes et les femmes http://incendo.noblogs.org/genresetclasses/capitalisme-genres-et-communisme/  j'ai un peu dit en commentaires chez dndf. Outre un titre qui se paye de mots pour satisfaire la demande d'un certain milieu, je partage sur le fond la réponse de Roland Simon dans Une critique d’'Incendo' par Théorie Communiste http://dndf.org/?p=11934, ce qui ne signifie pas que ce texte n'a d'intérêt que pour être passé au broyeur théoricien, ou qu'il ne comporterait pas d'observations et points de vue positivement utiles. Aucune volonté donc de mettre ces camarades à l'écart  : Incendo est dans les rares liens de mon site, l'inverse pas encore. De loins en proche...

un chantier permanent et collaboratif

TC n° 23 théorie communiste : un chantier permanent voir PDF page 49 https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=sites&srcid=ZGVmYXVsdGRvbWFpbnx0aGVvcmllY29tbXVuaXN0ZXxneDoxZTliMzY3NzE4ZDE5MDMx

Par nécessité autant que par plaisir, j'ai pris l'initiative d'ouvrir ce chantier comme un travail collaboratif, ce que permet Internet au-delà de la crainte que ça ne dure pas. On comprendra naturellement que l'enjeu ne se limite pas à optimiser les moyens de production du capitalisme technologique au service de son abolition. On trouvera ci-dessous l'accumulation primitive de ce cheminement d'une auto-discussion avec d'autres. Les « dossiers » sont à consulter sur mon site. Que notre clientèle se rassure, nous continuerons de les alimenter en relation avec notre fournisseur habituel.

du haut du bas

Cette première synthèse est destinée à nourrir la suite des débats, internes en termes de théorie, ou externes en controverses utiles, à la théorie aussi. Bien que ce n'en soit pas l'objectif, il n'est pas interdit d'utiliser son argumentation pour combattre le racisme, l'assignation de « race », le nationalisme et le communautarisme racial selon la couleur de la peau ou selon l'origine ethnique.

vain tiré plus à boire

J'ai remis à l'endroit, de façon chronologique, le texte présenté « à rebours » sur mon site. http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-491.html Je l'ai largement modifié, complété de références et quant aux conséquences que j'en tire. Il suit un raisonnement en spirale dialectique, à la manière classique d'une succession de (hypo-)thèses-antithèses-synthèses. On peut le lire comme une énigme à résoudre, comme un polar (noir), ou une démonstration mathématique. Je suis amateur de la dialectique selon Roland Simon, mais pas armé en philosophie hegelienne ni assez fin connaisseur de Marx pour jouer sur ce terrain. Néanmoins ma propre démarche relève aussi du 'matérialisme' et de la dialectique.

concepts mais pas forceps

J'utilise ceux des concepts de Théorie Communiste dont je partage la pertinence théorique. Certains relèvent de l'analyse du capitalisme, comme critique historique de l'économie politique : restructuration du capital, illégitimité (asystémie) de la revendication salariale http://dndf.org/?p=13113#comment-14013, zonage du capitalisme restructuré http://dndf.org/?p=13174 ... Liés aux précédents, d'autres proviennent davantage du versant prolétarien de la lutte des classes : programmatisme ouvrier, dynamique/limites, dépassement produit, franchir le pas... d'autres encore dans une certaine mesure, plus récents, conjoncture et défaisance des structures du capitalisme, tiennent des deux faces de la lutte des classes mais dépendent de l'usage qu'on en fait dans la pratique théorique.

J'avais d'abord jugé que le concept de conjoncture et d'autres venaient surtout « combler le manque de communisme » : pour en finir avec mon communisme-théorique juin 2012 juin 2012. Dans ce texte, j'explique pourquoi j'ai refusé de participer au projet SIC, Revue internationale pour la communisation 

Pour en finir... http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-121.html)

Sur le concept de conjoncture Tel quel, le moment révolutionnaire comme conjoncture TC n°24 novembre 2012 http://dndf.org/?p=11981

lent pire du milieu, flashback tel quel

Dans Pour en finir avec mon communisme-théorique (au sens d'humanisme-théorique) en juin 2012, http://patlotch.free.fr/text/1e9b5431-1465.html j'avais jugé que certains concepts de Théorie Communiste (écart, conjoncture...) venaient surtout « combler un manque de communisme », et qu'en tirant des plans sur la comète à partir d'événements locaux tels qu'en Grèce, les camarades « prenaient leurs désirs pour des réalités ». Ma « rupture » s'annonçait certes dans les années précédentes, dès la fin de la revue franco-internationale « Meeting » http://meeting.communisation.net/ C'est à cette même époque que Bruno Astarian, théoricien « franc-tireur » de Hic Salta Communisation, écrivait en octobre 2010 Où va Théorie Communiste ? http://www.hicsalta-communisation.com/accueil/ou-va-theorie-communiste

Ce texte visait surtout à expliquer mon refus de participer au projet SIC, Revue Internationale pour la communisation, dans les conditions de « la nouvelle alliance » qui rassemblait théoriciens et activistes en mettant de sérieux désaccords sous le manteau. Ils ont fini par exploser soudain l'été dernier quand, Suddenly Last Summer, les choses en étant venues aux mains, dans des conditions que raconte Théorie Communiste,  mais pour surtout expliquer, dans Fin de parti(e) http://www.theoriecommuniste.org/ la nécessité plus profonde de rompre, et de quitter la revue SIC. Des raisons qui, avant d'être conjoncturelles, étaient conjecturables même par qui n'est pas préviseur. J'ai communiqué ma perception lointaine de cet épisode tragico-théorique dans un commentaire de dndf le 7 novembre dernier http://dndf.org/?p=12902#comment-12886

en sous texte, complément et décryptage 17 janvier

la morale de cette morale... (la Rirette http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Rirette )

L'important est de considérer que la période d'agitation en Grèce et dans les pays arabes – événements analysés par TC comme relevant d'une « sous-période » dans la crise du capitalisme en restructuration permanente - s'est accompagnée d'une turbulence dans le milieu théorique, et que la page est tournée de ce double point de vue. Je souscris par conséquent pour l'essentiel aux conclusions qu'en a tirées Théorie Communiste dans les termes de Fin de parti(e)

« Plusieurs en conceurent bonne esperance, s'attendans que, quand et la charté des vivres, deust aussi cesser la sédition civile. » Corolian 22, Évêque Jacques Amiot (1513-1593)

Accessoirement, pour compléter ce petit tour de France et de l'horizon du milieu, je ne partage pas l'appréciation, mi-novembre, des rédacteurs de Restructuration sans fin, blog des séditions asymétriques http://restructuration-sans-fin.eklablog.com/ au demeurant très pertinent quant à la critique de l'économie politique : « le plus inquiétant dans le cours de la crise, c'est qu'il n'y ait pour l'instant eu aucun moment de dépassement significatif sur lequel s'appuyer, on peut bien évidemment attendre un coup de tonnerre dans le gris sur gris, mais le plus saisissant c'est bien l'absence de combativité en Europe et aux Etats-unis. Alors plutôt que de tirer des plans sur la comète prolétarienne, on s'enferre un peu dans l'analyse "du cours des choses" ». Effectivement la France s'ennuie, mais que le capitalisme se méfie donc plutôt de l'eau qui dort. Il n'y a cependant pas à attendre de « dépassement » avant l'heure, ni sans doute que se déclenchent en France ou aux États-Unis des événements parmi les plus décisifs en termes de luttes aux limites. On n'est plus en 1968.

Pour revenir au langage de la théorie, il s'agit certes d'être compris sans vulgarisation déformante, mais surtout de se comprendre afin de pouvoir débattre. Adopter des mots-concepts communs est un moyen dont on ne saurait se priver, dès lors qu'on en partage la signification essentielle, et que l'on évite l'invention d'une nov-langue. C'est pourquoi je ne vois pas l'intérêt de refourguer ma propre terminologie théoricienne, et d'ajouter un jargon auto-référentiel de plus aux dialogues de sourds. La communisation, si elle est aussi affaire de mots pour la faire, ceux-ci ne sortiront pas de la théorie comme un cadeau aux nouvelles nées. En attendant la fin, mieux vaut être à l'écoute. Sans quoi, je dispose de la poésie, un autre langage, comme au demeurant existe celui de la musique, du jazz, du rap, du black-english, du parler des banlieues, dont j'ai quelque idée par mes proches mais qui n'est pas le mien.

Le principal est que chacun-e puisse suivre ce cheminement et s'approprier les termes du débat, quitte à faire ses critiques; que chacun-e exprime ses accords et divergences, désaccords et convergences, c'est je pense ce qu'attendent toussétoutes.

1) LE PROJET INITIAL

6 janvier 2014

« Je formule le projet d'un prochain texte Classe Race Genre, pour une mise à jour des théories de la communisation. Ce texte partira de l'idée que ces trois contradictions sont intersectionnées, chacune avec ses spécificités s'articulant avec les deux autres pour participer à la structure d'ensemble du mode de production et de reproduction capitaliste. » ici

plus radicale tumeur ? ou des pissenlits sans la racine

Connaître les présupposés théoriques du démocratisme radical (Roland Simon/TC), dans l'articulation genre/race/classe (une sorte d'intersectionnalité), est important : de 1970 à 2000, abandon du 'programme ouvrier', dans lequel le capitalisme était la seule contradiction à dépasser par la prise de pouvoir, pour aboutir vers 1995, avec l'effondrement des syndicats et partis 'de la classe', à un ensemble de dominations ou d'oppressions prises en charge par 'le mouvement social'. Ce qui se gagne en articulations pseudo-dialectiques se perd dans leur multiplication, et dans l'absence d'une construction théorique rendant compte sérieusement du capitalisme restructuré, en subsomption réelle et à l'échelle mondiale (exemple : a-systémie/illégitimité de la revendication sur le salaire). Cette idéologie aboutit à un anticapitalisme sans fin, autrement dit le capitalisme sans fin, sans perspective révolutionnaire. À cet égard, les titres des ouvrages ou études peuvent donner une indication a priori, ainsi que les passages que je cite pour leur intérêt documentaire ou idéologique.

Le but n'est ici ni de cautionner ni de dénoncer : ni approbation, ni même critique de ces documents. Elle ressort dans ce cadre d'une évidence. 

Voir des extraits du livre le démocratisme radical chez Senonevero (e ben trovato), 2001 http://senonevero.communisation.net/IMG/pdf/ExtraitdemocratismeRadical.pdf

On peut lire de BL 2005 cité plus loin : « Nous ne sommes pas "Anti" » http://meeting.communisation.net/archives/meeting-no-2/les-textes-publies-6/article/nous-ne-sommes-pas-anti

2) 'UTÉRUS et MÉLANINE' : accord et questionnement

En quelques lignes amusantes, Bernard LYON (BL/TC) discute et critique « l'analogie entre genre et race » dans leurs rapports à la classe. Son texte n'a rien d'antipathique, et il ne prétend donc pas couvrir l'ensemble du problème Classe/Genre/Race.

Je partage a priori largement son argumentation, et la nécessité d'être clair : « Cela "ouvre la porte" à une "dérive" très gênante : l’extension rendue ainsi possible de la situation de genre à celle de race alors que les 2 n’ont rien à voir. » 

Bernard Lyon ajoute :

Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette, voire polémique, parce que l’intégration de l’abolition des genres comme élément inséparable de l’abolition des classes dans la communisation est dévalué, secondarisé par la mise de question des races au niveau de celle du genre. 

l'essence dans le moteur ou panne au démarrage

Je souligne essentiellement parce que je pense que le terme est à prendre au sens fort d'essence. La construction sociale du genre commence dès les débuts de l'humanité*, et devient structurelle bien avant l'apparition du capitalisme, dans lequel elle change de qualité, compte tenu de la place centrale du travail dans ce mode de production et de la fonction des femmes, assignées à reproduire la population, principale force productive (cf TC, Tel Quel et autres textes).

* Lire par exemple, de Françoise Héritier, À l'aube de l'humanité, dans l'ouvrage collectif La plus belle histoire des femmes, Seuil 2011

Néanmoins, c'est bien avec le mode de production capitaliste que le fait de faire des enfants participe structurellement à sa reproduction, et pas simplement à la reproduction de la population, de l'humanité, comme un facteur traversant l'histoire de façon inchangée. L'augmentation de la population comme force de travail, c'est la condition d'expansion du système capitaliste, de son accumulation avec un insatiable appétit, une condition pour que se maintienne voire augmente le taux de profit menacé par la concurrence inter-capitalistes.

bon chien chasse de race
« Jusque-là (XVIIIe siècle), le mot race dans les langues d'Europe occidentale était associé à l'élevage des animaux et à la généalogie de la noblesse. À l'évidence, la reconnaissance de la supériorité de certaines races équines ou canines prépara le terrain à une catégorisation des êtres humains selon leurs caractéristiques physiques. » Racism, A Short History / Racisme, une histoire, George M. Fredrickson, éditions Liana Levi, 2003, p.61 Remarquons que deux expressions proverbiales, dont le sens est proche de Bon chien chasse de race, Tel père Tel fils et Mauvais sang ne saurait mentir, renvoient précisément à la prédominance patriarcale par le sang = la race. À ne pas manquer, le film Tel père tel fils du réalisateur japonais Kore-Eda Hirokazu, qui traite de l'actualité de cette question dans le Japon contemporain. http://cinema.nouvelobs.com/articles/29068-bandes-annonces-tel-pere-tel-fils-la-vie-au-japon-n-est-pas-un-long-fleuve-tranquille
Toujours à propos de cette comparaison des 'Noirs' à des animaux, il faut savoir que dans la comptabilité des plantations et distilleries de canne à sucre, précurseuse de celle des fabriques, les esclaves figuraient dans la colonne des marchandises matérielles, et le prix des chiens dans la même que le salaire des contremaîtres. L'exemple d'un tel tableau de comptabilité est donné dans un Gallimard-Jeunesse sur le commerce triangulaire, la traite et l'esclavage (de mémoire, source à retrouver). Tel quel, comme dans le titre de l'auto-biographie de Charles Mingus : Moins qu'un chien / Beneath the Underdog USA1971 Fr1985.
Par ailleurs, Rosa-Amelia Plumelle-Uribe cite, dans La férocité blanche, des propos d'Hitler rapportés par un éleveur juif de ses amis, plus tard émigré aux États-Unis, selon lesquels le Führer expliquait qu'il n'était pas antisémite, mais qu'il lui fallait bien sélectionner les meilleures races humaines, comme son ami le faisait avec les vaches reproductrices ou les bœufs de la race des meilleurs (cité de mémoire, le livre a suivi le principe en vigueur chez mon domicile : rien ne se perd, rien ne se trouve)

Dire que la race n'est pas essentiellement liée à la classe ne signifie pas pour autant qu'elle ne lui est pas liée du tout, la question étant de savoir comment, et plus précisément de savoir si cela touche ou non la structure même du capitalisme, son existence et son histoire au point d'en être un élément déterminant, en qualité et/ou en quantité. La quantité n'est pas anodine, par la nécessité même d'augmenter la force de travail disponible, à savoir la démographie du prolétariat. Quantité et qualité sont dans un rapport dialectique : c'est sur la base d'une augmentation de la quantité que peuvent émerger* des changements qualitatifs, des sauts qui introduisent une nouvelle contradiction, du moins un poids plus conséquent de cette contradiction dans la structure du tout, ici l'accumulation primitive du capital (milieu 17ème siècle-début 19ème siècle).

* on trouve le concept d'émergence dans les théories de la complexité, Voir Émergence, complexité et dialectique / sur les systèmes dynamiques non linéaires, Odile Jacob 2005, coordonné par Lucien Sève. Et mon petit doigt me dit que ce n'est pas sans relation, en termes de dynamique de luttes, avec le concept técéiste de conjoncture. À mon sens et tout en reconnaissant son raffinement, la modélisation dialectique élaborée par Roland Simon ne peut pas rendre compte théoriquement de phénomènes d'émergence complexe avec la même simplicité, si j'ose dire, que l'approche croisant dialectique et complexité. Dépasser Engels dans la dialectique de la nature semble une nécessité à tout le monde, mais il ne faudrait pas toucher à la dialectique des rapports sociaux selon Marx ? Ce qui vaut pour le genre...

** Accumulation primitive du capital Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Accumulation_primitive_du_capital

7 et 8 janvier

3) UTÉRUS ± MÉLANINE : accord, désaccords, problèmes à résoudre

La petite discussion précédente souligne mon accord avec Bernard Lyon sur l'impossibilité d'établir une « analogie entre genre et race » dans leur articulation avec le capital. Je précise et approfondis cet accord, jusqu'où il va, et à partir d'où surgit un problème à résoudre, un désaccord à dépasser, d'autres questions à poser.

En conclusion, BL précise le risque de cette analogie genre-race dans le rapport avec la contradiction de classe :

Paradoxalement comme il est évident qu’on ne peut pas « inventer » des contradictions pour chaque opposition de races, cela amène à renoncer à la contradiction de genre au profit d’une série  d’antagonismes subordonnés à la contradiction de classe, le tout bien sûr « structurellement » uni dans la très dialectique totalité du capital. C’est pour cela qu’il faut renoncer à toute analogie entre genre et race, car tout simplement la domination masculine c’est l’éternisation du capital, donc son existence la plus  flagrante dans les rapports immédiats.

en flagrant délit ?

Peut-on passer sur le fait que l'existence de la race serait moins flagrante que le genre dans les rapports immédiats; s'il est vrai qu'elle n'éternise pas le capital au même titre, elle était là au début, l'a toujours été, et elle continue, à voir comment. Je ne soupçonne pas l'auteur de ces lignes de vouloir établir quelque hiérarchie des catégories de 'genre' et de 'race' sur l'échelle des privilèges qu'elles procurent à leurs détenteur-eu-ses. Comme BL le souligne :

Le problème c’est qu’on cherche à fonder la formule en l’étendant rétroactivement, en assimilant la mélanine de l’esclavagisme de l’époque capitaliste à l’utérus de TOUTES les époques. Est-ce grave ? Pas vraiment mais cela « ouvre la porte » à une « dérive » très gênante : l’extension rendue ainsi possible de la situation de genre à celle de race alors que les 2 n’ont rien à voir.

Le problème de BL, c'est que sa concision se paye d'un revers, des formules à l'emporte-pièces. Il se comprend lui-même, et je m'y efforce, mais son insistance à éviter l'analogie ne produira pas que des polémiques sans bonnes raisons. Exemple, quand il affirme...

Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette voire, polémique parce que...

... parce qu'à partir de là, de la 'race', BL n'en parle plus (dans ce texte dont ce n'est certes pas l'objet). Plus grave, il ne peut parler de la race qu'en tant qu'antagonisme ou opposition*, quoi qu'il en soit comme domination ou oppression, un peu à la façon dont les autres font l'objet de ses critiques et de celles de Roland Simon, tous les deux pour TC (voir ci-dessous, Endnotes...). D'où ma question : dialectique ou pas, quel est selon TC le rapport de la race à la structure du capital ? En existe-t-il un, au-delà de l'ironie à propos de ceux qui en voient partout ? * je ne suis pas un expert en dialectique TCiste, mais ici et à ce stade, est-ce important ? Ce qui importe si nous nous comprenons, c'est qu'il ne s'agit pas de contradictions.

Si la race est moins flagrante que le genre dans les rapports immédiats, où serait-elle, sur l'échelle BL/TC des oppressions et dominations flagrantes ? Sans me faire avocat marron, face à la police, à quel barreau montent les "racisé-e-s" dans les « rapports immédiats » ?

'Avec un peu d'ironie' : quelle position, la race, dans les séries d'antagonismes que TC critique à juste titre ?

Reprenons ce passage :

on ne peut pas « inventer » des contradictions pour chaque opposition de races

Est-ce à dire qu'il faudrait examiner une à une les oppositions des races blanche-noire, blanche-moins noire, noire-plus ou moins foncée, jaune-noire, etc. ? Car évidemment on ne pourrait se contenter de la catégorisation colonialiste, dans ses variantes (4 races d'hommes, pour les colonialistes, 5 de femmes pour l'URSS, blanc-he-s en poupe, voir l'invention de la race, construction historique et sociale / 10 janv 2014). Non, c'est vrai, « On ne peut pas...»

On ne peut pas, parce que ça deviendrait trop compliqué ? En effet, il faudrait étudier chaque situation dans ses singularités globales (?), régionales, locales (ce que font au demeurant les études sur la question), qui sont infinies dans le zonage actuel non géographique (style Centre-Périphéries à la Wallerstein) du monde capitaliste globalisé (le zonage du capitalisme restructuré selon TC http://dndf.org/?p=13174. Mais est-ce bien le problème ? S'il ne s'agit pas de contradictions pour chaque opposition de races, ne peut-on inventer autre chose ? Pas plus compliqué mais un peu plus complexe ?

quelle est la couleur de l'Empire ?

Que cache cette multitude de "races" qui refuserait celles du colonialisme blanc ? N'est-ce pas passer un peu vite sur le fait que pour l'heure, le capitalisme est encore majoritairement "blanc" - une extrême minorité démographique -, sur le fait qu'il y a l'Occident et les autres, comme l'écrivait Sophie Bessis en 2001 (L'Occident et les Autres, histoire d'une suprématie), même si cette blancheur capitale s'accommode de colorations diverses du plus clair au plus foncé, dans la variation infinie des teintes et des amitiés bien comprises, en Afrique, au USA, en Amérique du Sud, au Japon, au Brésil, en France, etc. Obama n'est-il pas "noir" ? Le dirigeant "communiste" Mandela n'a-t-il pas été enterré avec les honneurs des dirigeants du monde capitaliste ? Le gouvernement de la France capitaliste serait-il of unicolor-e-s ? Auraient-ils peur et de quoi, qui manquerait à leur structure ?

purgatoire théorique

C'est à partir de cet ensemble de considérations qu'avec d'autres nous pouvons estimer qu'

- il y a une sous-estimation de la race par Théorie Communiste

- affirmer que les deux n'ont rien à voir ou que "Races" et Classes ne sont pas essentiellement liées, sous prétexte qu'elle ne sont pas des contradictions comme le Classe et Genre, suppose de ne pas y regarder de trop près, et nous invite à étudier comment elles sont liées de façon déterminante mais d'une autre manière ;

- il faut nous analyser les 3 rapports de la race à genre+classe, du genre à classe+race, de la classe à genre+race, chacun informant les deux autres : c'est la démarche de l'intersectionnalité au sein de la communisation telle que proposée en introduction. Reste biensûr à voir quelle théorisation conséquente pourrait se construire sur le socle des théories de la communisation. Mais pour parler à l'ancienne, j'aurais tendance à accorder en la matière le primat à la pratique sur la théorie, autrement dit aux "luttes théoricennes". Et mon petit doigt me répète que ce n'est pas sans relation dialectique avec le concept técéiste de conjoncture.

contre la race comme structurellement liée à la classe, une argumentation négative ?

Théorie Communiste (TC), un peu à la manière dont il ne parlait pas du genre avant de l'intégrer à son corpus, ne parle pas de la race, pas encore... mais qui dit chantier permanent, dit aussi chantier collectif, c'est les 3/8 et les horaires variables... Chacun son tour.

Tout se ramène, in fine, pour BL/TC, à une argumentation négative, reposant sur le fait qu'ayant trouvé une intersection structurelle entre genre et classe (par le sur-travail et le fait que les femmes sont définies et assignées pour la reproduction de la principale force productive, la population), TC veut à tout prix éviter une définition du capitalisme comme somme de dominations ou d'oppressions, à la manière dont le faisait (et le fait encore) le "démocratisme radical" (union convergente de toutes et tous les opprimé-e-s, dominé-es, voire exploité-e-s). Je rejoins naturellement, et même essentiellement ce souci - ce qui ne fait pas de moi un naturaliste essentialiste.

si proche et si loin à la fois

Le démocratisme radical n'est pas seul mis en cause. Cependant, dans les critiques de TC aux textes cités en introduction (Incendo, Endnotes#3...) et plus proches de notre conception théorique du communisme, le fond du désaccord reste le même : « renoncer à la contradiction de genre au profit d’une série  d’antagonismes subordonnés à la contradiction de classe, le tout bien sûr « structurellement » uni dans la très dialectique totalité du capital ». L'ironie de la phrase pointe le fait que dans ces théories, il n'y a pas de construction théorique de la supposée articulation dialectique structurelle, ou si elle existe, c'est en termes d'antagonismes, non de contradictions. Le chapeau de Endnotes#3-Editorial est effectivement clair : « Pour nous, il n’y a pas plus lieu de parler de contradiction entre ouvriers et capital qu’entre femmes et hommes. En fait, la seule « contradiction entre » est celle avec laquelle Marx ouvre le livre 1 du Capital, la contradiction entre valeur d'usage et valeur d'échange. ». S'en suit la réaction d'Amer Simpson, la contradiction et son double,  http://dndf.org/?p=12934 puis la mienne, La méthode et son double, une théorie d'homme ? Pour une refondation en théorie communiste  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-467.html

Ah la vache ! La race anglo-saxonne à l'assaut de la théorie de la communisation

Précision : je ne suis pas anti-véganiste, et pas plus anti-vache qu'anti-américain

Les critiques adressées par TC au démocratisme radical  concernent la "race" dans la mesure où elles portent sur le discours antiraciste (Nous ne sommes pas 'Anti'). C'est dans un double sens qu'elles peuvent concerner des théorisations plus proches : l'analogie genre/race et l'antiracisme. La réponse de BL/TC, à une camarade Américaine sur le rapport Race/Classe, ne concerne que l'analogie à ne pas faire, le risque à ne pas prendre d'une série d'antagonismes noyant les contradictions du capitalisme dans un naufrage dialectique. Que faire du bébé-e 'racisé-e', de sa mère rouge, dans les eaux de la révolution ?

Three To Tango en version Un de trop sous-titrée : Comment danser sous trois planchers de verre ?

Le plancher de verre, ce texte fait partie du livre "les émeutes en Grèce" publié par Senonevero en 2009 PDF

23 janvier Endnotes#3 édito : réarticuler le rapport entre les identités de classe et hors la classe

« Malgré tout cela, les participants au mouvement ouvrier pensaient que les autres formes d’identité — les identités qui ne reposaient pas sur la classe, hors la classe ­— disparaitraient avec le développement des forces productives. Le mouvement décrivait ces identités hors la classe comme des survivances ataviques de modes de production antérieurs. Il n’était pas nécessaire de les considérer comme autrement que moribondes. Mais les rapports sociaux capitalistes ne détruisent pas nécessairement les formes d’identités hors la classe. Au contraire, les rapports sociaux capitalistes transforment, ou même modernisent, au moins une partie de ces identités. En finir avec le mouvement ouvrier — admettre qu’il n’y plus de fraction de la classe qui puisse prévaloir sur la classe — implique qu’il soit nécessaire de réarticuler le rapport entre les identités de classe et hors la classe. « La Logique du genre » s’inscrit dans cette tentative théorique. L’article de Chris Chen, « The Limite Point of Capitalist Equality » [Le point limite de l’égalité capitaliste], qui fait partie de ce numéro, en est un autre.» Editorial Endnotes#3

En fait il ne s'agit pas seulement d'identités, qui renverraient à une pure subjectivité, mais d'appartenances à des catégories sociales (et donc théoriques), dont l'existence est certes idéologique, mais rendue réelle car fondée sur des assignations elles-mêmes construites sur des critères physiques - le genre par utérus vs phallus, la race par la couleur de la peau vs la blanc, 'incolore' - et qui fonctionnent pour le capital (c'est leurs rapports au capital qui comptent, leurs rapports avec la classe en sont ici la médiation). L'articulation genre/classe de TC est certes réductrice (le genre existe au-delà de son rapport à la classe), mais elle peut fonctionner en attendant mieux. Concernant la 'race', j'ouvre ici des pistes. 

Chris Chen, dans endonotes#3, tente de répondre à la critique de P. Valentine dans The Gender Rift of Communisation avec un texte intitulé The Limit Point of Capitalist Equality : notes toward an abolitionnist Antiracism. Je me réserve de revenir sur ces textes quand j'en aurai les traductions françaises. Je n'ai pas eu le temps de lire sérieusement ces textes en anglais. Le passage concernant la Race dans The Gender Rift of Communisation est intégralement repris ci-dessous. Le texte de Chris Chen nous alerte dès son titre. Je le traduirais par Limite de l'égalité dans le capitalisme : notes pour un antiracisme abolitionniste. Je suppose que limite est à entendre dans le sens du concept de TC : franchir la limite, c'est franchir le pas, le moment de la conjoncture révolutionnaire, tous-ensemble-tous-ensemble dans la dynamique, mais pas toujours du même côté. Avec le genre et la classe, la théorie fait deux pas en avant. Avec la race, un pas en arrière ?

Patatrac la Mater Noster ave le 'Patriarcat' : Stabat Classis !

Il est clair que le féminisme, aussi radical serait-il, ne pourrait dans le capitalisme que poursuivre sans fin l'égalité femmes-femmes. L'affaire semble donc par Chris Chen bien posée. Mais l'antiracisme, aussi abolitionniste serait-il, pourrait-il aller au-delà ? Je ne sais pas si Chris Chen donne une réponse théorique au problème. Toujours est-il que la limite de l'antiracisme me sembleelle mieux posée par BL dans le texte « Nous ne sommes pas "Anti" », dont j'ai repris des extraits en 8) ANTIRACISME : au milieu du gué, on se noie ?

Abolition of Race? http://www.metamute.org/editorial/articles/gender-rift-communisation

Many have argued that the category 'women' is not required for the social functions currently performed by women to 'get done' – that is to say, capitalism could rid itself of gender, and still maintain the necessary distinction between ‘spheres’ of social/non-social or waged/unwaged. The emerging communisationist gender theory, on the other hand, argues generally that the categories 'women' and 'men' are nothing other than the distinction between the spheres of activity. Abolishing gender while retaining the waged/unwaged division is like abolishing class while retaining the split between the owners of the means of production and those who are forced to work for a wage in order to survive.

The very same manoeuvres are used to make similarly deflationary arguments about what is usually called 'race' or 'ethnicity'. Even the more militant theorists of race often claim that, at base, race and ethnicity are historical leftovers of past violences that capital has picked up, found useful, and mobilised to its advantage. Even some of the theorists most intent on elevating and integrating a theory of racial and ethnic oppression into the analysis of capitalism – from autonomists like Harry Cleaver and Selma James to canonical theorists of white supremacist, capitalist society like Stuart Hall – continue to insist that race is in some sense subordinate to or an inflection of (or in Hall’s terms, an articulation of) class.

The race question has yet to be put on the table for communisation theory. Theorists who analyse race and racialisation as a fundamental social relation that grounds and reproduces capitalist society, (from Cedric Robinson’s epic Black Marxisms to the recent 'afro-pessimists' like Frank Wilderson and Jared Sexton) have not been addressed within communisation. This is a testament to the persistent Eurocentrism of current communisation theory, even as it is drawn into the American context. (Communists have certainly not dealt with race well elsewhere, but European ultra-left and communisationist theory remains somewhat uniquely unconcerned with race – as does its American counterparts).  

Frank Wilderson claims that white supremacy: 'kills the Black subject that the concept, civil society, may live….' and later,

« We live in this world, but exist outside of civil society. This structurally impossible position is a paradox because the Black subject, the slave, is vital to civil society’s political economy: s/he kick-starts capital at its genesis and rescues it from its over-accumulation crisis at its end. Black death is its condition of possibility. Civil society’s subaltern, the worker, is coded as waged, and wages are White. But Marxism has no account of this phenomenal birth and life-saving role played by the Black subject.» 26 Frank Wilderson, 'Gramsci’s Black Marx: Whither the Slave in Civil Society?', We Write, Vol.2, Number 1, January, 2005, p.9. and p.15.

Similar to Miram’s phenomenological and hermeneutic account of the sex-right, this language is not yet legible to existing communist or Marxist conversations. The limits of such conversations  are threatening to their strength, for these theories of sex-right and black death reveal a truth that, if ignored or dismissed, leaves an account of the totality not only incomplete but a potential tool of capitalist violence.

We believe that capital is a totality which is ‘classed’, ‘gendered’ and ‘raced’ by virtue of its own internal logic. These are not three contradictions which sit on three thrones in the centre of the capitalist totality, homologous with one another, dictating its logic. We must reveal exactly how race and gender are necessary social relations based on particular material processes within the capitalist mode of production.27 Through the recent work of communisationist gender theory, we have come to understand 'women' as the category describing those whose activity, unwaged and waged, is appropriated in their totality by society ('men'). This relation inscribes two distinct ‘spheres’ that ground the gender binary. The fact that the boundaries around these spheres are violently policed does not mean they are static – in fact their policing also involves a constant manipulation of the boundaries. We understand 'proletariat' as the category describing those who do not own the means of production, and are forced to either sell their labour to those who do (the 'capitalists') or are cast out to waste away. How are we to understand the category of 'racialised', or perhaps of 'black,' or perhaps 'ethnicised'? It seems possible that these categories are necessarily related to capital’s necessary overproduction of humans within the necessary movement of capitalist development, and its consequent need to kill, obliterate, remove and dispossess such bodies.28 But how do we structure this theory, and how does it relate to waged exploitation and to the two 'spheres'?

27 There are some inchoate formations that we know of in the US which are beginning to take on this task. See http://escalatingidentity.wordpress.com and http://liesjournal.info. We are sure there are many more we do not know of.

28 See Endnotes #2, 2011 

En d'autres termes, P. Valentine de Vancouver fait à la théorie de la communisation le même genre de critique que Selma Birge (Montréal) à Bourdieu, ses héritiers, et aux marxistes européens, particulièrement français. Voir classe race genre : autant de "planchers de verre" ? 7 janv http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-487.html

Les critiques ne se font certes pas toutes sur la base d'un accord avec les thèses de la communisation, elles-mêmes peu traversées de désaccords sur cette question de la race, puisqu'elle n'est pas prise en compte.

la question raciale doit maintenant être posée sur la table de la théorie de la communisation

Ce qu'il faut quoi qu'il en soit retenir de BL, c'est qu'on ne peut procéder, dans le rapport au capital de la race et du genre, par analogies. Je mets un pluriel, car on le verra, des similitudes ne manquent pas, comme le montrent les féminismes de racisées au delà du Black Feminism, qui sont pour l'essentiel des mouvements de femmes plus pauvres et exploitées que les "Blanches" (voir à cet égard White Feminist Fatigue Syndrom de Brenna Bhandar et Denise Ferreira da Silva Oct. 2013 http://criticallegalthinking.com/2013/10/21/white-feminist-fatigue-syndrome/

« Ending op­pres­sion, vi­ol­ence against women, vi­ol­ence against men, par­tic­u­larly of the neo-?liberal variety, means em­bra­cing the his­tor­ical, ma­ter­i­alist, anti-?racist thought of Black and Third World Marxist fem­in­ists. Are the White fem­in­ists who per­sist in throwing in the word “race” or “ra­cism” in their oth­er­wise left-?liberal ap­proaches to fem­inism will­fully blind/?deaf? Are they un­able to cede the floor to Black fem­inism be­cause it would mean the loss of a cer­tain ra­cial priv­ilege? The per­sistent claim to uni­ver­salism, which is the core of this White fem­inism, renders the ex­per­i­ences, thoughts and work of Black and Third World fem­in­ists in­vis­ible, over and over again. Time’s up! »

Cette question recoupe, naturellement, une caractéristique du féminisme en France, telle que j'ai commencé de l'établir avec Femmes dans les luttes de classes http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-499.html (le genre comme 'cache-sexe' de la classe ? Des limites et contradictions du féminisme démocratique, « Assez du féminisme de classes moyennes »...). On y voit se dessiner une articulation, non pas analogique entre genre et classe, mais entre contradiction capitaliste de genre d'une part,  et de l'autre "dominations" de races liées au capitalisme par l'exploitation dans la production et la reproduction. La prudence théorique s'impose mais, si parler de "contradiction de races" est à écarter puisqu'il s'agirait purement et simplement de racisme inversé, la relation structurelle de la racisation aux contradictions de classe et de genre, relation à cette interaction même - histoire de la construction croisée de la race et du genre dans le capitalisme, présence dans les luttes actuelles comme dans celles qui s'annoncent -, tout cela constitue une matière première à exploiter... par la théorie.

J'ai commencé de réunir quelques documents relatifs à ce féminisme des "racisées" en France, ou dans les pays où elle est encore très "post-coloniale". Ils sont intéressants dans la mesure où existent :

- soit des relations d'issus de l'immigration' au pays d'origine (ou assimilés),

- soit des projections sur la situation des populations soumises à l'exploitation capitaliste extérieure (Moyen-Orient...),

- soit encore celles de 'renois' des banlieues françaises sur la situation des Africains-Américains des ghettos (rap, hip-hop...).

Il s'agirait de faire ressortir comment un opposition de race dominant-dominé - dans le rapport au travail, à la reproduction, où au maintien de l'ordre capitaliste (importance actuelle de la police, la guerre des Etats à leurs populations pauvres, ou à d'autres...) - comment ce qui n'est abstraitement qu'une opposition ou un antagonisme, concrètement une domination/ oppression, participe dialectiquement à la structure production/reproduction, et conditionne son maintien. Si la communisation consiste en un dépassement produit, comment produire celui de cette limite que construit et reconstruit la 'race' ?

8 janvier

4) 1er debriefing, suite à 'sur les luttes de dominé-e-s/racisé-e-s en France : spécificités'  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-493.html

la réalité se passera de caution

Dans une interview de Houria Bouteldja (Indigènes de la République...) on commence à voir comment le concept de patriarcat peut, sous son nom même, être miné de l'intérieur dans ses rapports aux classes et à la race; du moins perdre de sa pertinence selon Christine Delphy, comme contradiction unique entre « classes » d'hommes et de femmesLa porte s'ouvre sur le plan théorique, à partir des luttes dans leurs réalités, d'une articulation avec la contradiction entre classes et la domination raciale comme 'opposition' ou 'antagonisme' au sens dialectique. Et l'on commence à saisir comment celle-ci informe la structure du capitalisme comme tout.

Il est à remarquer que Houria Bouteldja semble refuser d'en faire un enjeu d'abord militant. En ceci, sa posture évoque a priori celle des théoricien-ne-s de la communisation, qui ne font pas de la "propagande", persuadé.e.s que ce ne sont pas les idées, mais les pratiques sociales, les luttes, qui font avancer le schmilblick dans le cours quotidien des luttes et du capitalisme tel qu'il est dans le moment présent. C'est néanmoins dans le cadre démocratique qu'elle pose le problème, et sa résolution. Et certes, nous ne parlerions pas comme à regret d'un «empêchement des alliances entre classes populaires ». À travers les segmentations, les luttes feront avec. Voir, à propos d'un reproche dans la discussion sur dndf Une « caution intellectuelle «  à Houria Bouteldja ?  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-504.html

9 et 10 janvier

vous avez dit « racisé-e-s » ? comme c'est bizarre, et pas d'anologieS avec « genrées » ? bizarre bizarre

Concernant ces analogies, voir 'On ne naît pas Noir, on le devient'  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-494.html formule que je reprends du livre de Jean-Louis Sagot-Duvauroux (2004), dont le titre détourne celle de Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe (1949) : « On ne naît pas femme, on le devient ».

5) 2 et 3ème debriefings

Genre-Race-Classe : l'homme blanc est transparent. Il n'aurait ni genre ('sexe social'), ni race, un 'privilège' des femmes ou des "racisés". Deux 'privilèges' pour les "racisées". Trois pour les exploitées 'de couleur'.

Suite à  'l'invention de la race, construction historique et sociale'  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-495.html appuyé sur le livre de George M. Fredrickson, Racisme, une histoire (2002, trad.fr 2003, dont le titre original est plus clair, Racism, A short History)

Contrairement au genre comme domination masculine dès l'origine de l'humanité, les "races" n'ont pas toujours existé. Elles sont produites, avec les hiérarchies utiles alors, durant la même période que le capitalisme, avant qu'il ne devienne un mode de production à part entière.

Schématique et provisoire : la domination masculine dès "les origines", les "races" utiles au XVIIème siècle, pas d'analogie possible entre les deux. Ce n'est pas dans un rapport comparable que ces dominations participent à la genèse du capitalisme, et changent dans ce mouvement de nature : le genre devenant une contradiction participant directement à la structure de production/reproduction, autour du sur-travail (TC), la race (noire particulièrement) à l'accumulation primitive en Occident dans les conditions du commerce triangulaire (traite et esclavage), puis à l'augmentation de la population exploitable aux USA avec l'abolition de l'esclavage, rôle assuré par le colonialisme pour l'Europe (dans cette dimension démographique du prolétariat).

6) 4ème debriefing, suite à 'éléments d'une sociologie anti—constitution universalo-française'  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-496.html

c'est arrivé près de chez nous

Ici, rien à débriefer à proprement parler. Il s'agit de poser le problème spécifiquement français d'une universalité de droits en principe interdisant d'en mesurer l'application réelle. Ce n'est qu'une esquisse dont le but n'est pas de la combattre politiquement d'un point de vue citoyenniste, égalitariste et démocratique, mais de prendre la mesure de la domination raciale dans le rapport au travail et aux conditions de vie (et de mort) des 'racisé-e-s'. Un constat sociologique. Non son utilisation idéologique, et pas davantage un combat contre elle, qui ne surgira pas d'un blog sur Internet.

Brother Amiri Baraka

L'« homme blanc » doit écouter ses AutrEs, avec LeRoi Jones/Amiri Baraka  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-498.html 10/12 janvier

Ici une parenthèse d'actualité avec le décès, le 9 janvier, de LeRoi Jones/Amiri Baraka, dont j'explique pourquoi et comment il fut pour moi, dès 1971, à l'âge de 20 ans, un « père spirituel ». C'était le temps où l'on manifestait pour libérer Angela Davis, plus tard plume noire de Femmes, Races, Classes (US 1981 Fr 1983), un jalon important du Black Feminism. Le temps où l'on tirait en sérigraphie son poster et ceux de Guevara ou Marx. Le temps de réunions avec les camarades palestiniens « marxistes », dans lesquelles les questions religieuses ne se posaient même pas ; les guerres entre sectes de « militants communistes », oui.

12 janvier

7) Question d'étape : UN PROBLÈME STRUCTUREL OU THÉORIQUE ?

la structure et son double

On parle, en France, de racisme structurel*. On peut l'entendre au niveau historique, social, sociologique. Mais ce n'est pas au sens de la structure du capitalisme du marxisme traditionnel, pour faire court. On ne trouve a priori rien de spécifique à "la race" dans le rapport d'exploitation et dans le cycle de reproduction du capital. On ne le trouve pas si on ne le cherche pas en d'autres termes qu'une pureté de rapports entre capital et prolétaires (tous les mêmes au sein de « LA classe ouvrière »).

* par exemple, Houria Bouteldja : « Le racisme structurel de la société française provoque un conflit d'intérêt entre les classes populaires indigènes et les classes populaires blanches, les premières se battant pour l'égalité des droits et pour le respect, les autres bien sûr pour préserver leurs acquis ou gagner des droits mais aussi pour maintenir leurs privilèges vis-à-vis des premiers.» 2006 Interview par Christine Delphy, Nouvelles Questions Féministes vol.25 n°1, citée par Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Houria_Bouteldja

Il en va différemment si l'on considère l'histoire concrète du capitalisme, de l'accumulation primitive à aujourd'hui, en passant par toutes les formes successives, de la traite aux colonialismes, au post-colonialisme, et à la distribution raciale du zonage actuel dans le capitalisme globalisé.

« L’espace du monde capitaliste restructuré est un zonage qui se déploie de façon « fractale » à toutes les échelles : monde, continents, aires, pays, régions, métropoles, quartiers. A chaque niveau d’échelle, se côtoient et s’articulent : un noyau « surdéveloppé » ; des zones constellées de focalisations capitalistes plus ou moins denses ; des zones de crises et de violence directe s’exerçant contre des « poubelles sociales », des marges, des ghettos, une économie souterraine contrôlée par des mafias diverses.

Dans un tel « nouvel ordre mondial », la question de la distinction entre opération de guerre et opération de police n’a plus un grand intérêt. La restructuration actuelle est une autre organisation de l’espace de la reproduction du capital et une autre organisation de la violence. Les formes d’interventions sont celles de la discipline. Si le principal résultat du procès de production c’est la reproduction du face-à-face entre le prolétariat et le capital, que de ce face-à-face découle ipso facto le premier moment de l’échange entre le capital et le travail (achat-vente de la force de travail) ne va pas de soi. Au « centre » ou à la « périphérie », ces distinctions ont été mises en abimes à tous les niveaux d’échelle, la situation de la force de travail est fondamentalement la même : la force de travail existe face au capital comme force de travail sociale globale. Alors qu’elle est dans les aires développées globalement achetée par le capital et individuellement utilisée, il n’y a pas d’achat global dans les nouvelles périphéries. D’où l’importance partout de la disciplinarisation de la force de travail face à un prolétaire redevenu, en tant que prolétaire, un pauvre Ballade en novembre, Meeting n°3, novembre 2005, cité par dndf, Chômage : Émeute de jeunes prolétaires espagnols http://dndf.org/?p=13174

Il en va différemment si l'on considère le capitalisme dans son mouvement historique et en dynamique de moments présents, en prenant en compte le poids du facteur racial en termes de démographies, dans la segmentation du prolétariat au sein du zonage capitaliste, ses effets dans les luttes.

la "race" facteur déterminant un peu, beaucoup, passionnément...

- le capitalisme en mouvement sous les deux aspects de son cours historique et de ses dynamiques dans la succession de moments présents;

- les aspects quantitatifs (démographiques) du capitalisme et des luttes;

- la segmentation du prolétariat...

... la théorie ?

Comment cela peut-il s'intégrer à la théorie de la communisation telle qu'elle se présente chez ses théoriciens actuels ? Je n'en sais rien. Il me semble qu'on peut le faire en dépassant la modélisation abstraite, structuraliste et dialectique, pour théoriser à un niveau dialectique de généralités* plus proche des luttes théoriciennes (TC) concrètes.

* Bertell Ollman, La dialectique mise en œuvre : le processus d'abstraction dans la méthode de Marx  http://palim-psao.over-blog.fr/article-bertell-ollman-la-dialectique-mise-en-oeuvre-le-processus-d-abstraction-dans-la-methode-de-marx-110189520.html

Il semble que, jusque-là, le facteur de la race n'ait pas été pris en compte par la théorie communiste ou pas comme un élément théorique à part entière dans les analyses des luttes théoriciennes (TC). On pourrait peut-être en tirer des considérations plus générales, pour autant qu'une synthèse ait un intérêt : bien qu'on puisse l'analyser en théorie dans sa globalité (le moment présent), la lutte de classe ne se manifeste pas de façon générale, du moins pas en dehors de périodes révolutionnaires, précisément celles où le prolétariat, tendant à trouver son unité, peut dépasser les divisions antérieures dont celles produites par le racisme. Tel pourrait être le cas dans la conjoncture (TC) du moment communisateur, dans l'activité de crise du prolétariat (selon Bruno Astarian/Hic Salta Communisation http://www.hicsalta-communisation.com/), par la défaisance (TC) des rapports sociaux entre "races" dans celles des rapports de classes et de genres.

La communisation sera a-raciale ou ne sera pas. Voir Aracial ? « Raceless Like Me » de Zoe A. Y. Weinberg. J'ai trouvé l'article en cherchant une photo pour illustrer 'aracial'. Paula est arrivée.  http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-505.html

15 janvier

8) ANTIRACISME : au milieu du gué l'on s'y noie ?

Nous ne sommes pas « Anti » par Bernard Lyon, Meeting n°2, 25 mai 2005 http://meeting.communisation.net/archives/meeting-no-2/les-textes-publies-6/article/nous-ne-sommes-pas-anti

« Nous ne  sommes pas anti est-à-dire que nous ne sommes pas contre les formes extrêmes de l’exploitation, de l’oppression, de la guerre ou autres horreurs. Etre anti est choisir un point particulièrement insupportable et tenter de constituer une alliance contre cet aspect du réel capitaliste.

Ne pas être anti cela ne veut pas dire être maximaliste et proclamer à tort et à travers que l’on est pour la révolution totale et que hors de ça il n’y a que réformisme, ça veut dire que lorsque l’on s’oppose au capital dans une situation vraie, on ne lui oppose pas un bon capital.

À côté de l’antifascisme a existé l’anticolonialisme, idéologie alliant le socialisme et le nationalisme dans le cadre du monde tripartite de la guerre froide. Cette idéologie structurante des biens nommés fronts de libération nationale mettait les luttes des prolétaires colonisés et celles des éléments bourgeois locaux subsistants sous la direction politique et militaire de couches bureaucratiques autochtones produites par les administrations coloniales. L’anticolonialisme ou l’anti-impérialisme était aussi le cadre de l’alliance de ces bureaucraties démocratiques-révolutionnaires avec le camp socialiste. Ces idéologies ont donc toujours fonctionné comme idéologie d’État (existant ou se constituant) dans le cadre de confrontations et de guerres, mondiale ou locales, entre les pôles d’accumulation capitaliste. Dans les métropoles l’anti-impérialisme était, avec l’antifascisme un élément essentiel pour les partis communistes d’après la 2ème guerre, il se présentait comme la défense de la patrie du socialisme et du « camp de la paix », il articulait la gestion conflictuelle quotidienne de l’exploitation avec le capital à une perspective mondiale dans laquelle le socialisme restait à l’offensive. L’anti-impérialisme a été, et dans une certaine mesure reste, un cadre de mobilisation intrinsèquement lié à la guerre et pour la guerre.[...]

L'antiracisme, frère de l’antifascisme, est maintenant devenu aussi l’idéologie d’État qui accompagne et absout le racisme d’État, pratique et massif, qui s’est développé en France, à partir de l’entrée en crise manifeste du capital, dans les années 70. La politique antiouvrière de restructuration capitaliste a « racisé » l’ensemble du prolétariat, d’abord en le divisant entre « Français » et « immigrés » puis par « l’ethnicisation » et le dit « communautarisme ». Cette situation met l’antiracisme dans une position intenable. S’il se confirmait que les « petits blacks » ont manifesté un racisme contre les « petits blancs » (juste retour des choses qui boucle le maelström) les antiracistes nous auraient de toute façon déjà dit que ce ne serait pas du racisme mais un ressentiment social ! Merveilleuse imbécillité qui suppose que le racisme serait biologique. Il sera toujours vrai que l’antiracisme se portera aussi bien que le racisme sans jamais le freiner. Lors des grandes luttes, en 1995 ou en 2003, Le Pen disparaît du paysage et on ne se rappelle même pas de son existence, et ce n’était pas l’effet de l’antiracisme. [...] Parmi tous les anti qui circulent on trouve depuis longtemps l’antisionisme. De quoi agit-il ? [...] Par ailleurs l’antisionisme est devenu un euphémisme pour antisémitisme, tant la dénonciation d’un caractère impérialiste pro-US d’Israël se conjugue facilement avec la dénonciation de la « dictature des marchés » de Wall Street , maintenant centre de la « mondialisation libérale », ennemie des peuples au sein de laquelle le « lobby sioniste » est le nouveau nom de la finance juive internationale. Il est frappant de voir comment, dans le cadre de l’antimondialisme, les vieux clichés antisémites peuvent prendre un coup de jeune !

En tout cas nous ne sommes pas plus antisionistes qu’anti-impérialistes ou même anti-guerre, s’opposer à la guerre peut, dans une situation particulière, être le premier moment d’un mouvement des prolétaires, se dépassant en lutte contre l’État capitaliste, qui déclenche ou entretient une guerre pour se maintenir, mais les mouvements pacifistes accompagnent la marche à la guerre. Le mouvement mondial contre la guerre contre l’Irak en est le dernier exemple.
Pour notre part, nous ne sommes anti-rien, nous sommes pro-communisation, ce qui n’est pas être plus radicalement anti que les autres, anti-aliénation ou anti-travail par exemple. [...] Être contre n’est pas être anti, lutter contre la restructuration qui est aggravation de l’exploitation n’est pas être anti-restructuration, ce qui voudrait dire que la restructuration pourrait ne pas se poursuivre, les antinucléaires prouvent de la façon la plus caricaturale qu’être anti est promouvoir d’autres éléments existants, ici d’autres énergies, d’autres consommations, ce qui est totalement différent de s’opposer à la construction des réacteurs avec tout ce que ça implique de destruction , de militarisation de l’espace et de pollution ad vitam eternam.
Dans le cours des luttes nous sommes opposés à l’anticapitalisme, à l’antifascisme, à l’antiracisme, à l’antisionisme, compléments incontournables de tous les communautarismes, nous ne serons pas pour autant anti-communautaristes, anti-démocrates, ni même, et peut-être surtout pas anticitoyennistes. Opposés à la socialisation et voulant l’abolition de la société nous sommes positifs, nous ne sommes que pour le communisme.

13/16 janvier

9) Tentative de SYNTHÈSE

Ce qui précède me permet de revenir sur la discussion de départ avec le texte travaux de Théorie Communiste de BL, Utérus vs Mélanine :

1) Éviter l’analogie entre Genre et Race est incontournable pour poser spécifiquement les articulations de la Race et du Genre avec la Classe.

- l'articulation Genre / Classe a été construite par Théorie Communiste.

- l'articulation Race / Genre est posée par le Black Feminism, et au-delà par les féminismes non-blancs, parfois de façon concrètement articulée avec la Classe, du fait de l'appartenance des femmes concernées au prolétariat. Du fait de leur pauvreté. Du fait souvent de l'anticapitalisme qui en résulte, et qui en est justement la limite.

- l'articulation Race / Classe est esquissée plus haut, en termes de détermination de la structure du capitalisme, du point de vue historique (accumulation primitive), et dans les luttes actuelles.

2) Les races n'ont pas toujours existé, le genre oui... mais ('il y a toujours un mais')

- il existe des analogies plus réelles que formelles entre Genre et Race, dans la mesure où les deux sont des constructions historiques et sociales qui prennent un sens historique et structurel ensemble, avec leurs spécificités et leur propre articulation à la production/reproduction du capital : les femmes racis-é-s font des petit-e-s, esclaves, dominé-e-s, oppressé-e-s...

- l'homme blanc est transparent. Il est le modèle de l'être humain sans qualité. Il n'aurait ni race, ni genre. Le gendre idéal ? Face à lui, deux espèces assignées à leurs identités, par l'utérus (« On ne naît pas femme, on le devient » Beauvoir 1949), par  la couleur de la peau (« On ne naît pas Noir, on le devient », Sagot-Duvauroux, 2004)

3) Le chantier ouvert permet de construire au-delà ces articulations, et de dépasser l'antiracisme ou le projet d'abolition du racisme (par exemple le texte de Chris Chen pour Endnotes#3, sauf erreur d'interprétation de son titre : The Limit Point of Capitalist Equality : notes toward an abolitionnist Antiracism).

Autre formulation : l'impossibilité d'une analogie entre Genre et Race, dans leurs rapports à la Classe et pour la communisation, débouche sur une double nécessité :

- construire en théorie l'articulation race / classe&genre dans l'histoire du capitalisme et dans les luttes actuelles. Ce point est esquissé par ce texte.

- projeter ce que serait l'abolition de la "race" dans le moment et la conjoncture de la communisation. En quelques mots :

Non seulement il faut éviter l’analogie entre genre et race dans leur construction historique, dans la réalité présente du capitalisme et des luttes, mais il va falloir l’éviter dans la communisation. Pourquoi ?

L’enjeu des luttes pour « abolir le genre » et pour « abolir la race » ne se pose pas dans le même rapport entre hommes et femmes (une vraie contradiction à dépasser), et dans le rapport entre « dominants » racistes d'un côté, pro-races et « racisé-e-s » de l'autre. De fait, racistes et pro-races sont dans le même camp face à l'abolition. Les "racisé-e-s" peuvent être pro-races, racistes ou non. "Racisé-e-s" ou non peuvent être contre l'assignation de race, contre la racialisation, contre le racialisme.

11) NON-CONCLUSION

Dans la communisation, pour le dire rapidement, il y aura des luttes nécessaires entre « hommes » et « femmes » prolétaires. Elles seront révolutionnaires. Il y aura des luttes internes au prolétariat sur une base de différences raciales. Elle seront sur cette base contre-révolutionnaires, sauf naturellement dans leurx dimensions au-delà de l'antiracisme contre le racisme, contre la racialisation qu'elle soit imposée ou revendiquée (nationalisme, communtaurisme...). Un combat qui ne sera pas seulement celui des "racisé-e-s", ni même des seuls "anti-racistes". Le combat pour abolir le racialisme est proprement communisateur, il relève aussi de la lutte de classes et de genres.

C’est à travers ces rapports croisés et dans leurs dynamique que se jouera l’unité du prolétariat pour son auto-abolition et celle du capital, des dominations masculines et raciales, comme de toute assignation positive ou négative à une race.

D'où la formule ABOLITION du RACIALISME

LA RÉVOLUTION SERA A-RACIALE OU NE SERA PAS !

En attendant la fin... merci de vos commentaires, observations ou critiques.

Contact Patloch1>gmail.com

12) GRATITUDES

Pour ce texte particulièrement à Bernard Lyon, Frantz Fanon, LeRoi Jones/Amiri Baraka et Angela Davis, Alain Gresh, Sophie Bessis, Laurent Levy, Rosa-Amelia Plumelle-Uribe, Jean-Louis Sagot-Duvauroux, P. Valentine et d'autres qui se reconnaîtront,

à mes proches Moeko, Nicolas-Shunto et Alassan, Fadia Haddad, Jocelyne Barthelemy et d'autres qui se reconnaîtront

 

Patlotch, le 17 janvier 2014

 

Voir la suite dans hic salta ou franchir le pas en pratique théorique : TC (contre Marx ?) une théorie blanche occcidentale

à suivre dans échanges sans excès sur la communisation la théorie opium de RS et la malhonnêteté intellectuelle de Roland Simon de Théorie Communiste

Pour mémoire Communisation Troisième courant, octobre 2006 http://www.patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-475.html étant entendu pour moi qu'un autre champ demeure en jachère communisatrice : le genre humain et son environnement

Sur mon site : la communisation comme abolition du racialisme Reproduction sans droits. Pour la publication, merci d'indiquer cette référence : http://patlotch.com/text/488b2cdb(Patlotch2013)-511.html