la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme

 

Recherche

Table des matières

Index  

Ancien site LIVREDEL  Sommaire

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme 

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme

le commerce triangulaire, traite atlantique ou traite occidentale

si la domination masculine (~le genre), qui existe depuis le début de l'humanité, structure la reproduction du capitalisme, la 'race', le racisme sont directement construits par et pour le capitalisme, son accumulation primitive, son appropriation des richesses foncières, et sa domination par la division du prolétariat. Cette dimension n'a jamais cessé, et tout indique, dans la disparition de l'identité de classe et la nécessité de la fragmentation racialisée pour le capitalisme, que le dépassement de cette identité, comme identité de lutte, accompagnera le cours du capitalisme jusqu'au bout

12 avril 2015

traite arabe des Noir.e.s , Commerce triangulaire européen, Capitalisme et racisme moderne

dans la discussion de dndf, provoquée par le texte Communisation 'troisième courant' 2015 : théorie-lutte et activités communistes, et bien qu'elle n'en parle pas beaucoup, des interventions intéressantes. Je retiens aujourd'hui celle de adé, dont la mise au point synthétique est importante

adé 12 avril : « La traite des Noir-es n’a pas été inventée par le commerce triangulaire, les tribus Bédouines arabes fournissaient en esclaves de couleur le monde méditerranéen, et au-delà jusqu’aux Indes, d’ailleurs les marchands d’esclaves noir-es du commerce triangulaire pouvaient compter sur les Bédouins pour ce trafic.
L’invention du racisme, l’invention des « Nègres-ses », prend comme point de départ une situation déjà bien en place, ce qui ne signifie pas que cette situation n’ait pas été retravaillée par le commerce triangulaire européen.
Au-delà, il s’agit d’une pratique et d’une idéologie qui légitime la main-mise sur tout élément naturel au service des « hommes », c’est-à-dire des êtres mâles et possédants de la cité. La nature dispose toutes ses ressources au service du Grec (tel que définit précédemment). L’homme dispose alors, selon son bon vouloir, de toutes les espèces végétales et animales, de toutes les ressources minérales.
Cette pratique a été idéologisée par les Grecs, cependant que chez les Juifs elle conserve un fondement religieux . C’est par l’hybridation entre le « monothéisme » des Juifs, avec ses variantes, chrétienne, puis musulmane, avec la pensée humaniste et universalisante des Grécos-latins, c’est-à-dire le logos, puis la raison (ratio, des Latins), que s’est forgée la base pratique et théorique qui légitime la main-mise d’hommes (définis comme supérieurs) sur toute ressource : nature, populations.
Le racisme moderne vient de là, il est une actualisation de ces pratiques et de ces théories

il convient de la compléter par le fait que la traite africaine et l'esclavage, qui sont aussi internes à l'Afrique noire (les chefs et monarques fourniront des esclaves tant aux Nords-Africains qu'aux Européens), n'ont alors rien de capitalistes. Par contre le Commerce triangulaire :

1) permet d'abord l'accumulation du capital dont découlera la possibilité du face à face d'achat-vente de la force-temps de travail entre « l'homme aux écus » et le « prolétaire nu » (Marx), de « l'homme libre » contraint au « salariat » (capital vivant) face au capitaliste propriétaire des « moyens de prduction » (capital mort)

2) d'inventer, avec les plantations pour la production de café, de sucre, de rhum, etc. les principes mêmes de fonctionnement de l'usine capitaliste, à tel point que l'on peut se demander s'il ne s'agit pas, certes à une échelle limitée, d'une forme de capitalisme esclavagiste en bonne et due forme, telle qu'il en existe encore ou à nouveau aujourd'hui

il est possible qu'on trouve une analyse de la fonction capitaliste de la plantation dans la thèse de Yann Moulier-Boutang De l’esclavage au salariat : économie historique du salariat bridé, PUF, 1998, ou d'autres références signalées plus bas

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme

pour mémoire, les patrons planteurs comptaient les nègres dans la colonne des marchandises et le matériel entrant dans la production, les chiens avec le personnel d'encadrement et de surveillance. On trouve une reproduction d'un tableau comptable dans le petit livre Gallimard Découverte : Esclaves et Négriers Jean Meyer 1998 1er éd.

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme  autres images (noter qu'ici ce n'est pas comme dans Exhibit B, on voit aussi des Blancs à l'œuvre)

il ne s'agit pas d'une métaphore mais du principe économique du capitalisme. C'est à relier directement avec cette remarque d'Achille Mmembe dans Critique de la raison nègre :

Le nègre est le symbole du corps-marchandise

« Face au nègre, la raison perd la raison. On peut parler de la raison chinoise, ou autres, mais la différence avec le nègre est que, de tous les êtres humains, il est le symbole du corps dont il fut fait marchandise, et du fait que le projet final du capitalisme, dans un système économique d'exploitation des richesses, est d'abolir la distinction entre êtres humains, choses et marchandises. Dans l'histoire, seul le nègre a été l'exemple vivant de cette tentative d'abolition. »

enfin, la littérature caraïbe, et particulièment accessible les romans antillais, tant d'auteurs que d'auteures regorgent d'exemples, qui s'appuient non seulement sur des documents historiques mais sont aussi bâtis à partir de témoignages et souvenirs de bouches à oreilles (non, pas "zoreilles")

dernier point, il faut préciser que l'esclavage aux États-Unis n'a pas, ou pas partout (voire concernant le coton), ces caractéristiques des plantations françaises, notamment en raison même de la différence avec les îles et leur nature montagneuse hostile, la fuite impossible, d'où un marronnage de caractéristiques différentes. En Guyane française, par exemple, les « marrons » deviendront bien souvent des « traîtres » à leurs ancien.ne.s frères et sœurs d'esclavage, du fait qu'ils pouvaient commercer avec les voisins de la Guyane néerlandaise (aujourd'hui Surinam), et leur servir accessoirement d'hommes de troupe

PS : mes souvenirs de ces histoires sont peu précis, ils remontent à 1994, à l'occasion de colloques, avec des historiens marxistes pour l'anniversaire de la Première abolition française en 1794. J'en tiens d'autres de collègues et ami.e.s antillais.e.s. Voir Les abolitions de l'esclavage. J'avais alors constitué une petite bibliothèque pour mon livre Jazz et problèmes des hommes : Afrique et Afriqu'Amérique

3 avril

résistance des esclaves et contre-révolution à l'origine des États-Unis d'Amérique

The Counter-Revolution of 1776: Slave Resistance & the Origins of the United States of America Gerald Horne

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme

Introduction

Slavery, Slave Resistance and the Origins of the American Republic
Revolution in Reverse ? by Kathy Deacon Counterpunch December 31, 2014

rajoutons, sans aucune hésitation, une petite couche historique à cet impensé : le Blanc est incolore, la race c'est les Autres, certainement un des points les plus durs à avaler pour un Blanc occidental quand il est question de races, de racisme, d'antiracisme... que ce soit au nom de l'humanisme abstrait des Valeurs universelles de l'Occident capitaliste, de l'universalisme prolétarien abstrait de la théorie blanc-française de la communisation, de l'humanisme "révolutionnaire" de Temps Critiques, ou pire avec le triste clown Yves Coleman pour qui Parti des Indigènes = Front National

c'est tellement simple, puisque « les races n'existent pas »... Hollande n'a-t-il pas fait enlever le mot 'race' de la Constitution française ?

The Counter-Revolution of 1776 and the Construction of Whiteness
La contre-révolution de 1776 et l'invention de la blanchité Vidéos en 6 épisodes avec l'auteur

10 février 2015

Esclavagisme, racisme, massacres de masse : l'autre visage du capitalisme

il existe une tradition tenace à parler de libéralismenon seulement comme idéologie politique, mais de fait comme économie politique, mode de production et reproduction. Appelons capitalisme ce libéralisme historique, comme un chat un chat

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme recherche

Philosophe, historien et militant communiste, Domenico Losurdo considère que les grands auteurs libéraux, loin d’être des défenseurs conséquents de la liberté individuelle, n’ont cessé de justifier l’oppression lorsqu’ils se sont prononcés sur les questions politiques de leur temps. La réflexion est stimulante, mais manque sans doute trop souvent de précision. Eva Debray Idées.fr

Le libéralisme continue aujourd'hui d'exercer une influence décisive sur la politique mondiale et de jouir d'un crédit rarement remis en cause. Si les « travers » de l'économie de marché peuvent à l'occasion lui être imputés, les bienfaits de sa philosophie politique semblent évidents. Il est généralement admis que celle-ci relève d'un idéal universel réclamant l'émancipation de tous. Or c'est une tout autre histoire que nous raconte ici Domenico Losurdo, une histoire de sang et de larmes, de meurtres et d'exploitation. Selon lui, le libéralisme est, depuis ses origines, une idéologie de classe au service d'un petit groupe d'hommes blancs, intimement liée aux politiques les plus illibérales qui soient : l'esclavage, le colonialisme, le génocide, le racisme et le mépris du peuple.

Dans cette enquête historique magistrale qui couvre trois siècles, du XVIIe au XXe siècle, Losurdo analyse de manière incisive l'œuvre des principaux penseurs libéraux, tels que Locke, Burke, Tocqueville, Constant, Bentham ou Sieyès, et en révèle les contradictions internes. L'un était possesseur d'esclaves, l'autre défendait l'extermination des Indiens, un autre prônait l'enfermement et l'exploitation des pauvres, un quatrième s'enthousiasmait de l'écrasement des peuples colonisés... Assumer l'héritage du libéralisme et dépasser ses clauses d'exclusion est une tâche incontournable. Les mérites du libéralisme sont trop importants et trop évidents pour qu'on ait besoin de lui en attribuer d'autres, complètement imaginaires.

à vrai dire je ne sais pas ce que Losurdo vaut en tant qu'historien, mais je ne partage pas sa vision du l'histoire du communisme. Par contre, je suis entièrement d'accord avec ça (wiki) :

À la différence d’autres penseurs, pour Losurdo, l'Holocauste des Juifs n’est pas un évènement incomparable. Losurdo est prêt à admettre qu’il présente une « particularité tragique ». La méthode de comparaison que Losurdo propose à ce sujet ne doit pas s’entendre comme une relativisation, une minoration. Pour Losurdo, considérer l’Holocauste des Juifs comme incomparable, signifie perdre la perspective historique et oublier l’ « Holocauste Noir », à savoir l’Holocauste des Noirs et l’ « Holocauste Américain », à savoir l’holocauste des Indiens d’Amérique, perpétré au moyen de leur déportation toujours plus vers l’Ouest.

en relation un classique de 2001 souvent cité, où cette thèse est abondamment démontrée, y compris dans ses raisons stratégiques après 1945 dont nous voyons les conséquences exploser dans la crise actuelle du capitalisme globalisé et la crainte occidentale de perdre sa suprématie

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme recherche

29 mars 2014

du Nègre, de la race et du capital, avec Achille Mbembe

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme

'Critique de la raison nègre' se confirme pour moi comme un grand livre. Ce penseur africain à la plume légère et d'une érudition impressionnante remet en perspective la pensée de la 'race' à travers la double figure du 'Nègre' et de l'Afrique - ce livre est une mine de références en français et en anglais pour qui veut approfondir ces questions à partir de textes écrits depuis le XVIè siècle jusqu'à ces dernières années. Il permet aussi de comprendre, dans l'évolution du capitalisme vers la globalisation, la teneur des luttes de libération de l'esclavage, de la colonisation, des apartheids et ségrégations, et leurs contenus limités dans les mouvements nationalistes noirs (Négritude...), pan-africanisme... fondés sur le « retournement» de la différence, c'est-à-dire son acceptation. Un intérêt de ce livre est sa synthèse dans le temps et l'espace autant que la diversité des angles d'approches de la 'question raciale'. Achille Mbembé est en français un des auteurs les plus profonds depuis Franz Fanon. Je le conseille sans réserve, particulièrement à qui n'a jamais ouvert un livre de penseur africain, comme une traversée, un pas à franchir vers la pensée des Autres

vidéo Achille Mbembe: «La condition nègre ne renvoie plus à une affaire de couleur» Libération 1er novembre 2013
 
Une présentation :

Dans son dernier essai, Critique de la raison nègre, paru le 3 octobre 2013 aux éditions La Découverte, l’historien et philosophe camerounais Achille Mbembe propose d’en finir avec la notion de race. Un ouvrage polémique qui propose à l’Occident comme à l’Afrique une autre posture sur la différence.

Achille Mbembe, 56 ans, s’impose comme « le » penseur actuel sur les questions africaines, qu’il s’agisse de démocratie, de rapport au pouvoir, à l’autre ou au reste du monde. Installé en Afrique du Sud, cet historien et philosophe camerounais écrit régulièrement des essais percutants, ainsi que des notes sur le blog de l’écrivain congolais Alain Mabanckou.

Son dernier ouvrage, Critique de la raison nègre, fait écho au plus célèbre ouvrage d’Emmanuel Kant, le philosophe allemand. Publié en 1781, Critique de la raison pure porte sur les limites de la rationalité. Achille Mbembe s’attaque à l’un des soubassements du monde occidental : la pensée de l’altérité et de la différence en termes de race, pour mieux justifier des rapports de domination et d’exploitation qui ont culminé avec la traite négrière, la colonisation et l’apartheid. Une vision qu’il compare à un « délire », une « folie » qui a mené à bien des catastrophes dans l’histoire récente de l’Europe.

La « raison nègre », sous sa plume, désigne à la fois « des figures du savoir, un paradigme de l’assujettissement, un modèle d’extraction et de prédation »… Bref, « une grande cage qui a pour châssis la race ». Ou encore « un puits aux fantasmes » dont il propose surtout de sortir.

Pour en finir avec la race

Cet ouvrage fait suite à ses premières réflexions sur « l’afropolitanisme », un concept de son invention. Une nouvelle voie que l’on espère ouverte et destinée à tous, et pas seulement limitée à l’esquisse d’une nouvelle identité « noire », qui dépasserait le panafricanisme des pères des indépendances et la négritude chère à Senghor et Césaire. L’auteur proposait dans son avant-dernier ouvrage, Sortir de la grande nuit, de se libérer de la définition coloniale de l’autre, marquée par le racisme, mais aussi de se défaire d’une idée de la « différence » qui voit les Noirs intérioriser la « raison nègre », comme le dénonçait déjà en 1952 le psychiatre martiniquais Franz Fanon avec Peau noire, masques blancs. Son objectif : adopter une autre « position culturelle et politique sur la nation, la race et la différence en général ».

Comment faire ? Avant d’esquisser les voies et les contours de son « afropolitanisme », qui fera l’objet de son prochain essai, l’auteur s’applique d’abord à déconstruire. C’est tout l’objet de Critique de la raison nègre. Il revient sur l'invention du mot et du concept de « nègre », si présent dans l'imaginaire européen. « L’homme-marchandise, l’homme-métal, l’homme-monnaie », répète-t-il à chaque chapitre. Le seul homme de l’histoire à avoir été réduit à l’état d’objet a donné lieu à une construction historique qui n’a pas cessé d’évoluer. Or, tout est en train de changer – et pas seulement parce que l’apartheid, le dernier système légal de ségrégation raciale, a été officiellement aboli en 1991 en Afrique du Sud.

« L’Europe n’est plus le centre de gravité du monde », constate ainsi Achille Mbembe. Avec la marginalisation du vieux continent et l’essor des pays émergents dans un monde à la fois global et néo-libéral, faut-il s’attendre à la fin du racisme post-colonial ? À l’idée même de race nègre ? Ou au contraire se préparer à d'autres modes d’exclusion ? [...] » rfi 4 octobre 2013

 « ce déclassement ouvre de nouvelles possibilités - mais est aussi porteur de dangers – pour la pensée critique »

les chapitres sur l'invention de la race (noire) pour l'esclave, le colonialisme et le (national-)impérialisme français et ce qui s'en suit jusqu'à aujourd'hui sont particulièrement instructifs quant au fait que l'invention du 'Nègre' est inséparable de l'histoire du capitalisme

« Dans ces fonds baptismaux de notre modernité (commerce négrier, colonie de plantation...), pour la première fois dans l'histoire humaine, le principe de race et le sujet du même nom sont mis au travail sous le signe du capital, et c'est bien ce qui distingue la traite des Nègres et ses institutions des formes autochtone de la servitude. » p.28

États-Unis fin 18e siècle « La révolution anticoloniale contre les anglais avait abouti à un paradoxe, à savoir d'un côté l'expansion des sphères de liberté pour les Blancs, mais, de l'autre, une consolidation sans précédentsans précédent du système esclavagiste. dans une large mesure, les planteurs du Sud avaient acheté leur liberté moyennant le travail des esclaves. Grâce à cette main-d'œuvre servile, les États-Unis firent l'économie de divissions de classe au sein de la population blanche - divisions qui auraient conduit à des luttes de pouvoir aux conséquences incalculables. » p.33

« Cette codification achevée [une série de codes de l'esclavage eux-mêmes résultatnt parfois de soulèvements d'esclaves], l'on peut dire que vers 1720 la structure nègre du monde, qui existait déjà dans les Indes occidentales, fait officiellement son apparition aux États-Unis et la plantation en est le corset. Quant au Nègre, il n'est désormais plus qu'un bien meuble, du moins d'un strict point de vue légal. Depuis 1670 se posait la question de savoir comment mettre au travail une grande quantité de main-d'œuvre en vue d'une production commercialisée sur de longues distances. L'invention du Nègre constitue la réponse à cette question. Le Nègre est en effet le rouage qui, en permettant de créer, par le biais de la plantation, l'une des formes les plus efficaces d'accumulation de richesse à l'époque, accélère l'intégration du capitalisme marchand, du machinisme et du contrôle du travail subordonné. La plantation représente à l'époque une innovation de taille, et pas simplement du point de vue de la privation de liberté, du contrôle de la mobilité de la main-d'œuvre et de l'application illimitée de la violence. L'invention du Nègre ouvre également la voie à des innovations cruciales dans les domaines du transport, de la production, de la commercialisation et des assurances. » p.38

« La concaténation des dispositifs du marché et des dispositifs d'État libéral n'est certes pas totale. Mais, dans les conditions contemporaines, elle a pour effet de faciliter la transformation de l'État libéral en puissance de guerre, à un moment où, l'on s'en rend désormais compte, le capital non seulement n'en a jamais fini avec sa phase d'accumulation primitive, mais a toujours eu recours, pour ce faire, à des subsides raciaux. » p.44 « Pour pallier les crises de l'accumulation, le capital ne peut guère se passer de subsides raciaux.» p.117

« À bien des égards, notre monde demeure, bien qu'il ne veuille l'admettre, un «monde de races». Le signifiant racial est encore, à plus d'un titre, le langage incontournable, bien que parfois nié, du récit de soi et du monde, du rapport à l'Autre, à la mémoire et au pouvoir. La critique de la modernité demeurera inachevée tant que nous n'aurons pas compris que son avènement coincide avec l'apparition du principe de race et la lente transformation de ce principe en matrice privilégiée des techniques de domination, hier comme aujourd'hui.» p.88

« Le problème que posaient le régime de la plantation et, plus tard, le régime colonial était en effet celui de la race comme principe d'exercice du pouvoir, règle de la sociabilité et mécanisme de dressaage des conduites en vue de l'augmentation de la rentabilité économique. Les idées modernes de liberté, d'égalité, voire de démocratie sont, de ce point de vue, historiquement inséparables de la réalité de l'esclavage. C'est dans les Caraïbes, et précisément dans la petite île de La Barbade, que cette réalité prend forme pour la première fois avant de se disséminer dans les colonies anglaises de l4Amérique du Nord où la domination de race survivra à presque tous les grands moments historiques : la révolution au XVIIIe siècle, la guerre civile et la reconstruction au XiXe siècle, jusqu'aux grandes luttes pour les droits civiques un siècle plus tard. La révolution faite au nom de la liberté et de l'égalité s'accomode alors fort bien de la pratique de l'esclavage et de la ségrégation raciale.» p. 123-124

« La traite des Nègres doit, quant à elle, êre analysée sur le plan phénoménal comme une manifestation emblématique de la face nocturne du capitalisme et du travail négatif de destruction sans lequel il n'a pas de nom propre. » p.192

morceau de choix que cette déclaration de Victor Hugo en 1979, « lors d'un banquet commémorant l'abolition des esclaves » :

« L'Afrique impose à l'univers une telle suppression de mouvement et de circulation qu'elle entrave la vie universelle et la marche humaine ne peut 'saccomoder plus longtemps d'un cinquième du globe paralysé [...]. rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L'Europe le résoudra. Allez, peuples, emparez-vous de cette terre. Prenez-là. À qui ? À personne ! Prenez cette terre à Dieu, Dieu donne la terre aux hommes. Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-là ! [...] Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup, résolvez vos questions sociales. Changez vos prolétaires en propriétaires [...]. Allez, faites des routes, faites des ports, faites des villes, croissez, cultivez, multipiez, et que sur cette terre, de plus en plus dégagée des prêtres et des princes, l'esprit divin s'affirme par la paix, et l'esprit humain par la liberté. » Victor Hugo Discours sur l'Afrique

ce pourrait être un encouragement aux Chinois d'aujourd'hui, non ?

dans la dernière partie du livre, la plus 'positive', d'intéressantes relectures de Marcus Garvey, Aimé Césaire, Franz Fanon, Martin Luther King, Mandela, Édouard Glissant

« Tout comme les mouvements ouvriers du XIXe siècle, ou encore les luttes des femmes, notre modernité aura donc été hantée par le désir d'abolition qu'auront porté auparavant les esclaves. C'est ce rêve que prolongeront, au début du XXe siècle, les grandes luttes pour la décolonisation. Celles-ci ont revêtu, dès les orgines, une dimension planétaire. Leur signification n'a jamais été uniquement locale. Elle a toujours été universelle...» p. 248

quelques extraits de l'épilogue

« La naissance du sujet de race - et donc du Nègre - est liée à l'histoire du capitalisme.

Le ressort primitif du capitalisme est la double pulsion de la violence illimitée de toute forme d'interdit, d'une part, et d'abolition de toute distibnction entre les moyens et les fins, d'autre part. Dans saa sombre splendeur, l'esclave nègre - le tout premier sujet de race - est le produit de ces deux pulsions, la figure manifeste de cette possibilité d'une violence sans réserve et d'une précarité sans filet.

Puissance de capture, puissance d'emprise et puissance de polarisation, le capitalisme a toujours eu besoin de subsides raciaux pour exploiter les ressources planétaires. Tel était le cas hier. Tel est le cas aujourd'hui, alors même qu'il se met à recoloniser son propre centre, et que les perspectives d'un devenir-nègre du monde n'ont jamais été aussi manifestes.

La pensée de ce qui doit venir sera, de nécessité, une pensée de la vie, de la réserve de vie, de ce qui doit échapper au sacrifice. De nécessité, elle sera également une pensée en circulation, une pensée de la traversée, une pensée-monde.

La proclamation de la différence est le langage renversé du désir de reconnaissance et d'inclusion... le désir de différence n'est pas non plus nécessairement l'opposé du projet d'en-commun. » p. 257 à 262

citant ce passage d'une entretien avec Achille Mbembe de décembre 2013, France-Afrique, ce qui doit changer) « Taraudée par le rêve funeste d'une "communauté sans étrangers", la société française n'est-elle pas en train de se fourvoyer dans les marécages du racisme et de la provincialisation ?», je ne peux m'empêcher de considérer parallèlement la provincialisation de la pensée révolutionnaire post-marxiste en France, telle que nous l'avons rencontrée avec Théorie Communiste sur cette question de la 'race' en relation avec le capitalisme. M'a surtout frappé  une ignorance tranquillement assumée, dans la droite ligne de l'universalisme français depuis Les Lumières. Aucune référence de lectures de penseurs africains ou noirs américains, y compris marxistes, dans les écrits de Théorie Communiste. Cette provincialisation atteint tout le champ des critiques auxquelles je me suis référé depuis quelques mois autour des thèses de Silvia Federici et quelques autres

au-delà du 'courant communisateur', il est sidérant de constater le retard français à prendre la mesure de ces avancées critiques pour la perspective communiste

pour aller plus loin, des entretiens avec Achille Mbembe

je précise à toutes fins utiles que ce ne sont pas les éventuelles prises de position politiques de Mbembe qui me semblent les plus fécondes, mais ses analyses du monde contemporain, du devenir-nègre du monde, la profondeur de ses vues en général. Bref, au-delà de le poser en termes de démocratie - cela me semble renversable en termes de révolution -, ce qu'il apporte à la subjectivation d'un en-commun, la capacité  « d'imaginer une politique du semblable et de "l'en-commun", un futur que l'on pourrait partager »

« Il y a un cycle nouveau de lutte internationale qui a lieu à peu près partout dans le monde, et qui porte précisément autour de la question de la démocratie. Des luttes qui reformulent la question de la démocratie en termes du Commun, de ce qui met ensemble des parts qu’autrement on aurait considéré comme étant séparées. A une époque où l’orthodoxie que l’on s’efforce de nous imposer c’est la norme du privé, de l’individu, vivre ensemble est la question centrale de notre temps » en-commun

à propos d'en-commun, autres textes de Mbembe

2 mars 2014

esclavage et capitalisme : lectures pour tous dans la 'race', construction historico-sociale par et pour le capitalisme

De l'esclavage au salariat. Économie historique du salariat bridé 1998 Présentation de Robert Castel 2002 Cairn Info

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme extraits

Robert Castel 2002 : « Cet ouvrage est bien autre chose qu’une somme érudite des connaissances disponibles sur le travail. Il propose une théorie générale des rapports de travail et des rapports au travail, qui reconstruit l’articulation de leurs différentes configurations et la logique de leurs transformations. Il s’agit en fait de l’élaboration d’une économie historique du salariat qui marque la place du salariat « libre », tel que nous le connaissons au sein de la nébuleuse du travail dépendant. Le bénéfice par rapport aux interprétations habituelles de l’histoire du travail est considérable. Une telle ligne d’analyse rompt avec une conception téléologique, ou évolutionniste, selon laquelle le salariat moderne serait la forme achevée de l’organisation du travail à partir de laquelle on pourrait lire les réalisations antérieures comme autant de modalités archaïques par rapport à notre modèle de l’emploi. Mais prenons un exemple. L’esclavage peut apparaître comme la forme primitive et absolue du travail dépendant par laquelle l’appropriation du travail par le maître passe par la propriété de la personne du travailleur.

Cependant, on assiste aux débuts de l’époque moderne à une véritable réinvention de l’esclavage fondé sur la traite des Noirs en direction des colonies d’Amérique. Le travail esclavagiste organisé dans les grandes plantations représente la forme la plus adéquate et la plus rentable de l’organisation de la production intensive du sucre, du coton, du café. Ainsi l’économie de la plantation, telle qu’elle se développe surtout aux xviie-xviiie siècles, et encore pour une part au xixe, surtout en Amérique, réalise une unité de production capitaliste et moderne à mettre en rapport avec les concentrations industrielles qui s’implantent en Europe occidentale à l’époque. L’une et l’autre font partie de l’économie-monde. La plantation de sucre ou de coton, comme la fabrique de textiles, alimente le grand commerce international, consolide l’accumulation du capital sur une base mondiale et conspire à imposer l’hégémonie du capitalisme le plus avancé. L’esclave noir dans l’économie de plantation et le prolétaire des premières concentrations industrielles apparaissent ainsi moins comme deux figures opposées, l’une archaïque et totalement asservie, l’autre moderne et libre, que comme deux types de travailleurs assujettis œuvrant en synergie dans la dynamique du développement du capitalisme moderne.

En d’autres termes, on ne saurait seulement opposer le travail forcé et le travail « libre ». Outre que le salariat moderne comporte toujours une dimension de subordination, il existe en fait de multiples formes de travail contraint et de « salariat bridé » selon l’heureuse expression de Moulier Boutang : esclavage, servage (y compris le second servage qui s’est réimposé en Europe à l’est de l’Elbe jusqu’à la fin du xixe siècle), « engagement » dans les colonies anglaises et françaises, péonage, système des coolies en Asie, régime de l’apartheid en Afrique du Sud, etc. – mais aussi dans l’Europe pré-industrielle, mise au travail forcé des pauvres, des vagabonds, des criminels, galères, déportations, manufactures royales, hôpitaux généraux… Yann Moulier Boutang ne se contente pas de marquer la spécificité de ces formes de travail dépendant. Il reconstruit les logiques qui les constituent et représente autant de variantes autour d’un thème central qu’il est sans doute le premier à avoir souligné avec une telle vigueur. Pour lui, l’économie historique du travail c’est aussi l’histoire de la résistance des travailleurs aux contraintes qui les asservissent. Ce que Moulier Boutang appelle le « continent de la fuite » c’est cette nébuleuse de tentatives souvent avortées et parfois tragiques pour échapper à l’emprise du travail dépendant : esclaves marrons, serfs en rupture, vagabonds condamnés à l’errance, prolétaires déracinés, immigrés en quête d’un éden lointain : la défection (l’exit de Hirschman) est l’envers de l’encastrement du travail contraint, et la mobilité de la main-d’œuvre constitue le fil rouge, le plus souvent occulté, qui rend compte de la naissance, de l’usure et du remplacement des différentes formes de structuration dominantes du travail. Par exemple, les guildes et jurandes médiévales se constituent à partir de l’exode des serfs vers les villes, les compagnons qui échappent aux rigidités corporatistes forment un premier noyau de salariés « libres » mais réprimés, les prolétaires coupés de leurs attaches rurales fournissent l’essentiel de la main-d’œuvre pour la première industrialisation, les migrants internationaux alimentent aujourd’hui un marché secondaire du travail dans les pays capitalistes avancés.

Cette entrée inaugure une histoire du capitalisme à partir du « bas » et des acteurs qui n’entrent pas dans son hagiographie. Cette histoire n’avait jamais systématiquement été tentée, et Moulier Boutang en pose au moins les principes directeurs. Sa portée dépasse la réhabilitation romantique de nouvelles catégories de damnés de la terre. On comprend que le capitalisme n’est pas seulement une entreprise impitoyable d’extraction de la plus-value. Il est aussi un jeu avec la liberté qui produit à la fois des effets pervers et des conséquences positives. Le contrôle de la mobilité des travailleurs – sous différentes formes, de la répression ouverte à l’élaboration de politiques sociales pour les fixer en passant par les exercices de séduction du paternalisme patronal – apparaît ainsi comme la clé de voûte des stratégies qui ont permis le développement du capitalisme. La possibilité de maîtriser la liberté par la contrainte, de conjurer la fuite par la reterritorialisation forcée ou négociée, de réguler la mobilité en assignant les travailleurs à des tâches précises sont aussi nécessaires que l’accumulation des capitaux et la circulation des richesses pour rendre compte de la réussite du capitalisme. Mais ces exigences pourraient aussi rendre compte de sa vulnérabilité. Yann Moulier Boutang suggère que le talon d’Achille de toutes les formes d’organisation du travail imposées par les successifs maîtres du monde est cette possibilité d’échapper aux contraintes, de prendre la tangente par l’indiscipline, la révolte, la fuite, le déplacement, l’immigration – autant de tentatives coûteuses et souvent écrasées, mais à travers lesquelles s’exprime une liberté des dépendants. L’histoire de ces défections et des recompositions auxquelles elles donnent lieu accompagne en sourdine l’histoire de la promotion du capitalisme à l’échelle mondiale. L’immense mérite de l’ouvrage de Yann Moulier Boutang est de tracer les principales lignes directrices de cette chronique enfouie, et sa leçon vaut à la fois pour le passé, pour le présent et pour l’avenir.

Car cette histoire n’est pas achevée. Au plus près de nous, la société salariale implantée en Europe occidentale après la Seconde Guerre mondiale avait promu un compromis relativement satisfaisant entre ces deux poussées antagonistes. Les contraintes du travail nées des exigences du marché avaient été relativement équilibrées par des procédures collectives de sécurisation des travailleurs (droit du travail, protection sociale). On sait que cet édifice qui a toujours été fragile apparaît aujourd’hui profondément ébranlé. La « grande transformation » à laquelle nous assistons, c’est sans doute une remise en mobilité du monde du travail et une individualisation des tâches, des cursus professionnels, des trajectoires de vie. Cette nouvelle donne remet en question les anciennes régulations, et en particulier celles du rapport salarial classique. Il faut certes se garder de la célébrer unilatéralement comme un affranchissement à l’égard des contraintes, car l’absence de lois et de droits sert surtout les intérêts des dominants. Cependant, c’est aussi une chance donnée à la mobilité, une ouverture vers la liberté qui peut être un formidable défi à relever pour éviter qu’elle ne conduise au naufrage de toutes les régulations du travail. »

Les esclaves du marché. L'accumulation capitaliste s'est faite autant avec le travail libre qu'avec le travail contraint Jean-Baptiste Marangiou Libération janvier 1999

ce livre est né d'une question aussi simple qu'actuelle: «Comment expliquer le statut particulier de la main-d'oeuvre étrangère au coeur des grands centres de l'accumulation capitaliste aujourd'hui? Pourquoi des millions d'hommes sont-ils soumis à des autorisations de travail préalables, à des passeports intérieurs sous peine de choir dans la "clandestinité, ou plus exactement dans l'"invisibilité?»

Ebahis par l'apparition d'un salariat libre, les historiens et théoriciens ­ laudateurs ou critiques (dont Marx) ­ ont, le plus souvent, ignoré que celui-ci n'a représenté pendant des siècles qu'une espèce particulière (et minoritaire) de travail dépendant. Ou le fait que la «grande fixation» de l'ordre salarial s'est réalisée, avant tout, par la pression ­ économique, institutionnelle, juridique ­ sur la mobilité du travail. C'est justement «ce continent du refus, de la fuite, du mouvement de l'exode», cette résistance de la main-d'oeuvre face à la mise au travail que révèle, dans toute son étendue, l'enquête historique de Moulier Boutang. A preuve d'un terrain encore en friche, il lui aura même fallu inventer le concept de «salariat bridé». Est «bridé», donc, tout rapport salarial de travail dépendant non négocié mais imposé avec plus ou moins de contrainte par l'employeur ­ quand le marché libre ne fonctionne pas.

Et il faut croire qu'il n'a pas fonctionné souvent, à suivre ici l'époustouflante reconstruction, dans le temps et dans l'espace, de la variété de ces «formes difformes» du marché de travail. Le servage en Europe centrale et en Russie jusqu'à la moitié du siècle dernier n'est pas, par exemple, un avatar du servage médiéval mais un dispositif «moderne» visant la maîtrise de la mobilité rurale-urbaine. De même l'esclavage, dans les colonies du Nouveau Monde d'abord et aux Etats-Unis et au Brésil ensuite, n'est pas davantage le prolongement du mode de production antique mais bien la réponse soit à une pénurie de main-d'oeuvre, soit à ses coûts jugés exorbitants pour l'accumulation du capital. Ce qui est vrai aussi pour l'apartheid sud-africain, à la disparition duquel on vient juste d'assister.

Ainsi, travail libre et travail bridé sont infiniment plus imbriqués qu'on ne l'admet d'habitude: «Notre hypothèse de lecture des différentes manifestations de discrimination en apparence extra-économiques est que l'élément structurant et organisateur de la modalité particulière de l'échange argent/travail dépendant dans ses différentes formes (esclavage, servage, travail forcé pénal, apprentissage, péonage, migration sous contrat ou salariat libre) est le contrôle de la liberté de rupture de l'engagement de travail. L'installation d'une forme de gestion du salariat bridé, sa composition avec d'autres formes parallèles ou rivales, sa substitution par une autre forme s'éclairent alors de façon plus satisfaisante.»

Slavery As Capitalism The Shape of American Slavery The UnjustMedia

Capitalism & slavery Eric Williams 1944/2010
With an introduction by Collin A Palmer and preface by Tabo Mbeki
University of North Carolina Press; reprinted by Unisa Press 2010, soft cover

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme 1944 la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme 1968

extraits 

Williams démontre que la naissance du capitalisme britannique (la révolution industrielle) est liée aux profits tirés de l’esclavage. L’acharnement, depuis 1944, des historiens et des économistes occupant des positions dans l’establishment des anciens pays esclavagistes, a tenter d’invalider les démonstrations de James suffisent, s’il était besoin, à lui donner raison.

La présente étude s’efforce de placer dans une perspective historique les rapports qui existent entre les débuts du capitalisme - en l’occurrence, du capitalisme anglais - et la traite des Noirs, l’esclavage noir et l’ensemble du commerce colonial des XVIIe et XVIIIe siècles. Chaque époque récrit l’histoire, mais surtout la nôtre qui, sous la pression des événements, a dû réviser toutes ses conceptions de l’histoire et du développement économique et politique.

L’ouvrage cependant n’est pas un essai. Il ne prétend pas avancer des idées ou interpréter des faits. Il n’est rien d’autre qu’une étude économique du rôle joué par l’esclavage noir et la traite des Noirs dans la constitution du capital qui a financé la révolution industrielle et de celui que le capitalisme industriel parvenu à maturité a tenu ensuite dans la destruction de ce même système esclavagiste. Il est, par conséquent, d’abord une analyse de l’histoire économique anglaise et ensuite une étude de l’histoire antillaise et nègre.

A propos de l’auteur : Né le 25 septembre 1911 à Port of Spain (Trinidad), il fait ses études primaires à Tranquility Boy’s School, puis ses études secondaires au Queen’s Royal College. Major de sa promotion au St Catherine’s College (Oxford) en licence d’Histoire moderne avec des First Class Honors, il obtient en 1939 le Ph. D. pour sa thèse sur les aspects économiques de l’abolition de l’esclavage et de l’émancipation des esclaves dans les Antilles Britanniques. Cette thèse fut remaniée et publiée en 1944 sous le titre capitalisme and Slavery. Docteur en droit, en Lettres, il devient président de la Société Africaine de Culture en 1969. C’est sous la présidence que fut instituée la Journée des peuples Noirs adoptée par la 20e Session de la Conférence générale de l’Unesco (1978) et célébrée le premier dimanche de chaque année.

Water and Soil, Grain and Flesh Slavery and Empire in the Cotton Kingdom
Walter Johnson reconsiders the connection between slavery and capitalism The Nation 11 février

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme

But the Southern slaveholders were more than just rich. As the Harvard historian Walter Johnson explains in his bracing new history of slavery and capitalism in the Deep South, River of Dark Dreams, the slaveholders were the quintessential American capitalists. They were early adopters of technology, avid consumers of financial data, expert manipulators of legal arcana and aggressive speculators in everything, including not only human chattel and cotton but also unstable paper money and exotic credit arrangements. Above all, the slaveholders of the Cotton Kingdom were rapacious—and highly effective—
masters of the essential capitalist process of converting labor into commodities. The whole point of plantation slavery, Johnson explains, was this chain of capitalist mutations: from “lashes into labor into bales into dollars into pounds sterling.”

Much of the North’s wealth also depended on the exploitation of slave labor, even though the Northern states abolished slavery within their boundaries in the decades after the American Revolution. Many of the early Northern factories turned Southern cotton into cheap textiles, which were then sold to the slaveholders as low-grade “negro cloth.” But the factories were not the big story, since they remained relatively small in this period. Most Northerners were farmers rather than industrialists or industrial workers. The serious profits were made in commerce, especially shipping, financing and insuring the cotton that accounted for roughly half the value of all US exports from 1820 to 1860. Southern cotton, even more than the grain hauled through the Great Lakes and Erie Canal, fed the rise of New York to commercial eminence.

extraits

Slavery, Family, and Gentry Capitalism in the British Atlantic: The World of the Lascelles, 1648-1834 (Hardback)

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme extraits

From the mid-seventeenth century to the 1830s, successful gentry capitalists created an extensive business empire centered on slavery in the West Indies, but inter-linked with North America, Africa, and Europe. S. D. Smith examines the formation of this British Atlantic World from the perspective of Yorkshire aristocratic families who invested in the West Indies. At the heart of the book lies a case study of the plantation-owning Lascelles and the commercial and cultural network they created with their associates. The Lascelles exhibited high levels of business innovation and were accomplished risk-takers, overcoming daunting obstacles to make fortunes out of the New World. Dr Smith shows how the family raised themselves first to super-merchant status and then to aristocratic pre-eminence. He also explores the tragic consequences for enslaved Africans with chapters devoted to the slave populations and interracial relations. This widely researched book sheds new light on the networks and the culture of imperialism.

13 février

la race, un genre dans tous ses états de Colomb à Kouchner

Bernard Lyon BL/TC Théorie Communiste Utérus vs Mélanine : « Genre et classe sont essentiellement liés, les races non, et cela nous devons l’affirmer de façon très nette voire, polémique parce que l’intégration de l’abolition des genres comme élément inséparable de l’abolition des classes dans la communisation est dévalué, secondarisé par la mise de question des races au niveau de celle du genre.

Paradoxalement comme il est évident qu’on ne peut pas « inventer » des contradictions pour chaque opposition de races, cela amène à renoncer à la contradiction de genre au profit d’une série d’antagonismes subordonnés à la contradiction de classe, le tout bien sûr « structurellement » uni dans la très dialectique totalité du capital. »

Marx ne confondait pas essence, structure et histoire. Il a certes oublié le  « genre » mais : « l'esclavage est une catégorie économique de la plus haute importance »

BL sait que « la mélanine ne fait pas l’esclave ! L’immense majorité des noirs n’ont jamais été esclaves ceux qui l’étaient ont été libérés et dans d’autres époques que le capitalisme des 16 ème au 19ème siècle il n’y avait aucun rapport entre couleur de peau et condition servile.»

Bl est donc en accord avec Marx : « Le Nègre est un Nègre, mais c'est de par sa position sociale qu'il devient un esclave »

Marx et BL ensemble ont pu néanmoins constater combien de blanc-he-s ont été traité-e-s en esclaves par des 'Noir-e-s', des 'Rouges' ou des 'Jaunes'. Mais ça BL ne le dit pas. BL est un homme blanc libéré de sa race

BL a encore raison d'affirmer : « Il n’y a aucun rapport qu’on puisse prétendre naturel entre négritude et esclavage », mais il y a un rapport historique concret : l'esclavage moderne et la traite des Noir-es- et des Indien-ne-s ont permis l'accumulation primitive du capitalisme, l'abolition de l'esclavage sa transformation en mode de production à part entière (apprécié par Marx dans sa lettre à Lincoln comme progrès pour l'élargissement du prolétariat), et pour l'heure, le capitalisme reste dominé par des hommes blancs, tout comme la théorie communiste

La structure conceptuelle c'est bien. L'histoire sait mieux. Le moment présent du capitalisme aussi

voir la communisation comme abolition du racialisme + hic salta ou franchir le pas, TC théorie blanche occidentale

la vérité sur Christophe Colomb Agora Vox 12 février

Colomb ou le gen(d)re idéal : colonialisme, racisme, extermination sanguinaire et viol de masse, armes, argent et or... un avant-(dé)goût de l'humanité capitaliste occidentale

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme au nom du Père, du Fils , et du Saint-Esprit, amen !

Massacre d'Indiens à Ayiti, future Saint-Domingue

Chaque année, le Colombus Day aux Etats Unis est source de discordes. Christophe Colomb était-il réellement celui que l'on imagine... ?

Christophe Colomb est l’acteur majeur des grandes découvertes, colonisateur des Amériques et des Caraïbes, il est l’homme puissant des XVe et XVIe siècles. Grâce à lui, et même s’il ne l’a pas fait exprès, l’Europe a découvert un autre continent, se l’est approprié et a propulsé la civilisation du Moyen-âge, vers les Temps Modernes. Ceci dit, l’Amérique avait déjà été découverte par les Vikings entre autres, des fouilles archéologiques ont pu déterminer leur passage sur le nouveau continent. Mais faute de « connaissances » suffisantes ou peut-être par respect pour les peuples déjà en place, ils n’ont pas "exploité" cette découverte. Le 12 octobre 1492, est donc la date officielle de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb.

Fervent croyant, il était déterminé à défendre et imposer le christianisme partout où il le pouvait, en plus d'être aveuglé par l'or. Et quelle aubaine pour un colonisateur, venant justement de découvrir un tout nouveau contient. Mais là n’est pas le seul côté obscur du personnage. Il était cruel et autoritaire, allant jusqu’à répandre la terreur dans le Nouveau Monde. Et pourtant, il est adulé de façon universelle et il y a même une fête en son honneur aux Etats Unis, chaque année…

D’après des récits retrouvés, issus de son propre carnet de route, puis d'autres, écrits de la main de son propre fils, Fernando Colomb ou d’un prêtre et Historien accompagnateur : Bartolomé De Las Casas, le navigateur était un sanguinaire sans morale.

Les Arawak (indiens) l’ont accueilli de façon pacifique. Il les a d’ailleurs qualifiés dans son journal de bord, d’hommes gentils « qui ne portaient pas d’armes, ils ne savent pas ce qu’est une épée et lorsqu’ils l’ont touchée, ils l’ont prise par la lame et se sont coupés. Ce sont des gens gentils, les meilleurs du monde, qui ne connaissent rien du mal, ils ne tuent pas, ne volent pas.. Ils aiment leurs voisins comme eux-mêmes, ils parlent de façon douce et rient sans cesse ». Si ses écrits s’étaient arrêtés là, Colomb mériterait sans nulle doute, cette place dans l’Histoire. Mais il poursuit pourtant en indiquant « qu’ils feraient de bons serviteurs, ils sont très simples. Avec 50 hommes, nous pourrions tous les subjuguer et faire d’eux, ce que nous voulons ». Et le mal prenant le pas sur le bien, Christophe Colomb n’a pas hésité une seconde a mettre à profit ses mauvaises pensées afin d’obtenir des richesses et surtout, de convertir les natifs au Christianisme. Couper des mains aux Indiens ne lui ramenant pas assez d’or, couper des oreilles ou des nez à ceux qui refusaient de suivre ses ordres et lois, couper des jambes aux enfants Indiens, cherchant à s’échapper et ce, afin de tester les lames des épées, telles étaient les sanctions pratiquées par Christophe Colomb. Bien décidé à s’approprier les Amériques ainsi que les Antilles, il ne laissa aucune chance aux autochtones déjà en place. Après avoir tué près de 10 000 Haïtiens en leur coupant des membres et en les laissant se vider de leur sang, il s’est attaqué à l’actuelle République Dominicaine, laissant derrière lui, une mare de sang.

Les consignes qu’il avait reçues étaient pourtant claires : « s’efforcer de gagner la confiance des habitants en s’abstenant du moindre mal » mais à l’autre bout du monde, avec un grand sentiment d’impunité, les actes étaient tout autres.

Ce n’était pas la guerre, mais bien pire encore Samuel Eliot Morison, historien, utilise même le terme de "génocide" pour décrire les atrocités des colons. Des enfants finissaient rôtis à la broche avant d’être découpés en morceaux, des jeux-défis étaient lancés entre Européens afin de savoir qui des deux dualistes pourraient couper d’un seul coup, la tête de sujets Indiens. La bestialité des soldats occidentaux les poussaient à décapiter sans raison aucune, les enfants qu’ils croisaient et pire encore, lorsque les chiens de meute de l’équipage étaient à cours de viande, ce sont des bébés Arawak qui étaient tués ou parfois donnés vifs en guise de repas. Des actes de barbarie de la sorte, les Indiens les ont endurés jour et nuit, et ce, pendant des années. Leur docilité a même donné l’idée à Christophe Colomb, de les ramener en Europe afin qu’ils soient exploités comme esclaves. Pendant les traversées, les femmes et les jeunes filles étaient violées puis battues à mort. Les pertes humaines étaient considérables, du fait de la durée du voyage mais aussi du manque de soins et de nourriture. C’est ce qui poussa le navigateur, à préférer les Africains, plus résistants et robustes. C’est d’ailleurs en 1505 que Fernando Colombo, fils de Cristoforo Colombo, amena le premier « chargement » d’esclaves Africains vers les Caraïbes.

Les viols étaient récurrents et ce, dès que les fillettes atteignaient 9 ans. Le Professeur d’Histoire et sociologue de l’Université du Vermont : James Loewen, a souligné que « Dès 1493, le navigateur récompensait ses lieutenants avec des femmes Indiennes ». Bien bêtes sont ceux qui pensaient que des hommes pouvaient rester des mois et des mois en contenant leurs appétits sexuels !

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, en 1493, les Arawak comptaient huit millions d’habitants étendus dans les Caraïbes (surtout en Haïti et République Dominicaine). A son départ, en 1504, il ne restait que 100 000 individus. Ses actes inhumains ont finalement traversé l’océan, pour arriver aux oreilles du Gouverneur Francisco De Bodadilla, qui l’a fait rapatrier en Espagne et arrêter pour crimes inhumains contre les populations indiennes. Le marin a tout avoué, tellement les preuves étaient accablantes. Malgré cela, il a été pardonné par la couronne Espagnole, car « grâce à ses actes barbares », il a réussi à augmenter considérablement les richesses du pays. Néanmoins, il a été déchu de son titre de « gouverneur » des Terres d’Amériques et est décédé, terrassé par la maladie, deux ans plus tard.

Pourtant, aujourd’hui encore, des rues portent son nom, une « fête » lui est commémorée aux Etats Unis, les livres d’histoire continuent de le faire passer pour un génie… Mais pourquoi tant d’éloges pour un homme qui n’a finalement été que le prédécesseur des Dictateurs Européens accusés de crimes contre l’Humanité ?

Il serait temps que les professeurs apprennent réellement l’Histoire aux enfants, avec de vraies données et non pas des informations appuyées sur des textes erronés provenant de livres incomplets. Réécrire les faits historiques afin de les tourner en la faveur de ceux qui ont commis des crimes, n’est au final, qu’un manquement au respect de ces peuples qui ont souffert et dont les descendants souffrent encore.

12 février 2014

du présent comme du passé, le capital fait table race

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme monopolisme  et concurrence des mêmes pour les mêmes, on pourrait dresser une même carte au niveau de chaque grande agglomération, dont la structure locale produit et reproduit les contradictions de classes à bases sociales et racialistes

du partage colonialiste de l'Afrique, "la ruée", au zonage du monde, la puissance du mode de production/reproduction capitaliste a été fondée sur la suprématie de l'Occident blanc. L'invention de la race, depuis les « quatre races » au multi-culturalisme identitaire ou communautaire positivement pensé comme acceptation de l'autre, le racialisme positif n'a pas décillé les yeux du mâle blanc occidental

cette distinction suprême n'a rien d'évidente comme structure du capitalisme, mais elle est historique et fonctionnelle, pragmatiquement invariante en son usage quels qu'en soient les évolutions, selon que les Nègres, les juifs ou les Arabes font les affaires du moment

une des difficultés du combat communiste est et sera de dépasser ces identifications communes au capitalisme et à ses victimes racisé-e-s ou ethnicisées, pour construire une subjectivation prolétarienne commune contre le capital

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme le  genre d'atlas qu'avait mon grand-père, pour passer son Certificat d'Etudes Primaires, en 1912

 

17 janvier 2014 La communisation comme abolition du racialisme texte d'étape

3 février

découvert sur le site nofric nowar full communism, le livre la matrice de la race, 2008 Elsa Dorlin, dont on a vu la compilation de textes sur le Black Feminism

on regrettera qu'Elsa Dorlin articule le genre et la race dans la formation de la "Nation française", donc de son État pré-capitaliste, sans apparemment le faire entre esclavage et colonisation avec le mode de production capitaliste. Il y est toutefois question de la sorcière... où l'on retrouvera Silvia Federici.

Ce livre me paraît confirmer mon intuition que c'est aussi par le genre que l'on peut articuler race et capital.

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme

"La race a une histoire, qui renvoie à l’histoire de la différence sexuelle. Au XVII e siècle, les discours médicaux affligent le corps des femmes de mille maux : « suffocation de la matrice » « hystérie », « fureur utérine », etc. La conception du corps des femmes comme un corps malade justifie efficacement l’inégalité des sexes. Le sain et le malsain fonctionnent comme des catégories de pouvoir. Aux Amériques, les premiers naturalistes prennent alors modèle sur la différence sexuelle pour élaborer le concept de « race » : les Indiens Caraïbes ou les esclaves déportés seraient des populations au tempérament pathogène, efféminé et faible.

Ce sont ces articulations entre le genre, la sexualité et la race, et son rôle central dans la formation de la Nation française moderne qu’analyse Elsa Dorlin, au croisement de la philosophie politique, de l’histoire de la médecine et des études sur le genre. L’auteure montre comment on est passé de la définition d’un « tempérament de sexe » à celle d’un « tempérament de race ». La Nation prend littéralement corps dans le modèle féminin de la « mère », blanche, saine et maternelle, opposée aux figures d’une féminité « dégénérée » – la sorcière, la vaporeuse, la vivandière hommasse, la nymphomane, la tribade et l’esclave africaine. Il apparaît ainsi que le sexe et la race participent d’une même matrice au moment où la Nation française s’engage dans l’esclavage et la colonisation."

31 janvier

racisme, capitalisme et lutte de classes Que faire ? nov-déc 2010

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme

Un article antiraciste, de bonne tenue, avec des éléments historiques reliant la construction du racisme dans le capitalisme, son évolution, ses aspects actuels, la segmentation

30 janvier

la construction du concept de race dans la France d'Ancien Régime, Pierre H. Boulle, 2002 Montréal, Canada

10 janvier

Ici, dans cette discussion en spirale dialectique, je vais apporter de l'eau (salée) au moulin de Bernard Lyon/TC :

« bien voir que : NON la différence n’est pas une différence comme une autre, ne l’a jamais été et ne le sera jamais, les « races » n’ont pas toujours existées, les genres si. Il est impossible d’assimiler la possibilité de se multiplier avec toute autre différence. » Utérus vs Mélanine 

Les "races" n'ont pas toujours existé

Inutile de s'apesantir ici sur cette histoire, elle est connue et reconnue. Je vais néanmoins donner quelques repères, quitte à revenir plus tard sur la relation de cette construction historique avec celle du capitalisme. Ce point est capital, autant pour éviter l'analogie avec le genre, qui construit la domination masculine dès l'origine de l'humanité, que pour comprendre en quoi la race fut nécessaire à l'accumulation primitive du capital.

Je vais néanmoins fournir quelques indications.

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme

« La religion et l'invention du racisme. La plupart des chercheurs qui se sont penchés sur les conceptions de l'altérité dans l'Antiquité s'accordent à penser qu'il n'existait pas de concept véritablement équivalent à celui de "race" chez les Grecs, les Romains et les premiers chrétiens. Les Grecs faisaient une distinction entre civilisés et barbares, mais n'accordaient manifestement pas un caractère héréditaire à ces catégories. On était civilisé si on avit la chance de vivre dans une cité-État et de participer à sa vie politique; on était barbare si l'on menait une vie rustique sous une forme ou une autre de régime despotique. À Rome, il y avait des esclaves d'autant de couleurs et de nationalités que l'on pouvait en trouver aux marches de l'Empire, et des citoyens tout aussi divers parmi les hommes de condition libre qui proclamaient leur allégeance à la République ou à l'empereur. Selon le spécialiste du monde antique Frank Snowden, aucune des minutieuses recherches qu'il a menées ne permet de conclure qu'une peau foncée servait de base à des différenciations et des jugements négatifs. Les premiers chrétiens, par exemple, accueillaient la conversion des Africains comme une preuve de l'égalité spirituelle de tous les hommes. » Fredrickson, 2003, p.23 Racism A Short History 2002, Princeton Univ. Press

« Au XIIème et au XIIèeme siècle, la haine des chrétiens d'Europe pour les Juifs ne cessa de s'intensifier et posa les fondements du racisme tel qu'il se développera plus tard. Jusque-là tolérés comme marchands et négociants internationaux, les Juifs furent de plus en plus relégués par la concurrence commerciale que leur livraient les guildes chrétiennes dans cette activité impopulaire et considérée comme un péché du prêt d'argent à intérêt. » id. p.25 et suivantes les Juifs boucs émissaires au XIVème siècle (déjà)...

« Le « bon Nègre » Si l'antisémitisme racial a des antécédents médiévaux dans la propension des masses à considérer les Juifs comme des instruments du diable et donc, en réalité, comme des créatures inaccessibles à la rédemption et extérieures au cercle des chrétiens en puissance, l'autre  forme principale de racisme moderne - celle liée à la couleur de la peau, notamment dans sa version Blanc versus Noir - n'a quasiment pas d'origines dans le Moyen Âge et, pour l'essentiel, est un produit de l'époque moderne. En fait, il existait, à la fin du Moyen Âge, une nette tendance à la négrophilie dans certaines parties de l'Europe du Nord et de l'Ouest, et l'idée reçue selon laquelle une peau foncée inspirait une répugnance instinctive aux Européens à la peau claire est, sinon complètement fausse, du moins gravement trompeuse. » p.33

« Le concept moderne de race correspondant à de grands types humains définis par des critères morphologiques (essentiellement la couleur de la peau) n'est apparu qu'au XVIIIème siècle. Jusque-là, le mot "race" dans les langues occidentales était asocié à l'élevage des animaux et à la généalogie de la noblesse. À l'évidence, la reconnaissance de la supériorié de certaines races équines et canines prépara le terrain à une catégorisation des êtres humains selon leurs caractéristiques physiques. » p.61 C'est d'ailleurs, selon Plumelle Uribe (La férocité blanche ouvrage cité), un argument utilisé par Hitler qui assurait à un éleveur juif de ses amis, avant qu'il n'émigre au USA, qu'il n'avait rien contre les Juifs, mais qu'il fallait bien, comme les vaches, trier les meilleurs.

« L'idée qu'il existait une seule et unique race «paneuropéenne» ou «blanche» fut lente à prendre forme et ne se cristallisa qu'au VIIIème siècle. Naturellement, c'est au contact direct des Africains que les Européens prirent conscience de leur peau claire, mais, dans lensemble, la blancheur de la peau, contrairement à l'appartenance nationale ou religieuse, ne constituait pas un critère explicite d'identité et n'était pas perçu comme le signe de caractères héréditaires spécifiques. En ce temps où l'inégalité sociale fondée sur la naissance constituait la règle générale en Europe, le racisme fondé sur la couleur de la peau avait peu d'espace pour se développer de façon autonome. Dans le Nouveau Monde, où l'on pouvait tous les jours comparer la pigmentation des Européens à celle des esclaves noirs ou des Indiens cuivrés, la couleur devint rapidement l'un des critères marquants de l'identité - mais pas le seul. Pour reprendre la formule de Winthrop Jordan, dans les colonies d'Amérique du Nord, « les termes chrétien, libre, anglais et blanc furent, pendant de nombreuses années, indistinctement employés comme des synonymes ». » p.62

« Les Noirs importés comme domestiques en angleterre et en France au XVIIème et au XVIIIème siècle se retrouvaient automatiquement en bas de l'échelle sociale, mais ils ne formaient pas une caste à part, en dessous des couches inférieures blanches. dans les deux pays, serviteurs blancs et noirs se mariaient entre eux. » p.63

« L'approche « scientifique ». Il faudra l'approche scientifique des Lumières pour que se développe un racisme moderne fondé sur une typologie physique.[...] Cette première tentative [du suédois Carl von Linné en 1735] de classification scientifique des types humains comportait quelques créatures mythiques et «monstrueuses», mais le noyau appelé à durer de ce schéma était la différenciation entre Européens, Amérindiens, Asiatiques et Africains. Sans leur appliquer explicitement une hiérarchie, les descriptions qu'il en donne trahissent ses préférences. Les Européens sont « pénétrants, inventifs gouvernés par des lois ». Les Noirs, en revanche, sont « rusés, indolents, négligents gouvernés par le caprice ». » p.65

« Quelles que furent leurs intentions, en affirmant que les hommes n'étaient pas, comme le prétendait la Bible, des enfants de Dieu dotés d'attributs spirituels déniés aux autres créatures, mais faisaient partie du règne animal, Linné, Blumenbach et quelques autres anthropologues du XVIIIème siècle posèrent les bases d'un racisme scientifique, coupé de la religion. » p.66

« La dimension esthétique des conceptions raciales du XVIIIème siècle mérite plus d'attention qu'elle n'en a reçu : / corrélation entre beauté physique et intelligence / Les peuples à la peau « claire » sont supérieurs sur ces deux plans; en revanche, les peuples « de couleur, au teint foncé » sont « laids » et, dans le meilleur des cas, à « demi-civilisés ». p.67

« Tout en jouant un rôle important dans ces jugements esthétiques sur les types humains, la couleur de la peau n'était pas forcément déterminante. L'admiration généralisée que suscitaient les Indiens d'Amérique du Nord tenait à la fière allure des jeunes guerriers, avant qu'ils ne deviennent des « Peaux-Rouges» à la fin du XVIIème siècle. Inversement, la plus méprisée de toutes les races rencontrées par les Européens avant le XIXème siècle n'était ni noire ni marron foncé, mais plutôt jaunâtre.» p.69

"Le péril jaune" déjà, on l'avait oublié, il est appelé à faire un tabac...

Quant à un homme éclairé/éclaireur de Lumières appelées à une belle postérité :

« le cas de Voltaire. Un intellectuel peut élaborer des théories, sans contribuer de façon significative au développement des préjugés populaires ou des discriminations effectives. Si l'on rassemblait les références aux Juifs et aux Noirs dispersées à travers l'immense corpus de ses œuvres, on pourrait facilement brosser le portrait d'un Voltaire précurseur méthodique du racisme moderne. » p.70

Nous voilà, si j'ose dire, en pays de connaissance, avec l'invention d'une justice et d'une universalité bien française.

la 'race' pour l'esclavage et la colonisation, construction historico-sociale par et pour le capitalisme

Photo © Patrimoine de l'Inhumanité

J'en reste là à ce stade de la discussion (c'est mon truc, l'auto-discussion, j'ai pas envie de l'abolir).

Conclusion provisoire : les "races" n'ont pas toujours existé. Elles sont produites, pour celles qui comptent alors, durant la même période que le capitalisme, avant qu'il ne devienne un mode de production.

(à suivre mais plutôt ailleurs, dans le genre race et pré-capitalisme)