sur les luttes de dominé.e.s/racisé.e.s en France : spécificités / 8 janv 2014

 

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sur les luttes de dominé.e.s/racisé.e.s en France : spécificités / 8 janv 2014 

Image en marge. Manifestation à Rennes 2012 : « Avez-vous peur de moi ? »

 La communisation comme abolition du racialisme Voire aussi Femmes dans les luttes de classes, Domestic Workers, Migrants...

Cette page s'inscrivait dans mon Programme de 'travail' au début de 2014.J'en poursuis vaille que vaille l'alimentation, pour caser des interventions ici ou là

8 janvier 2014

la 'race', une domination pas comme les autres, comme condition (circonstance) au sein des contradictions de classe et de genre. TC pourrait parler d'un élément participant d'une conjoncture, quelque chose de l'ordre de l'évidence

je m'intéresserai dans un premier temps à ce féminisme des racisées en France, ou dans les pays où elle est encore très "post-coloniale", dans la mesure où existent soit des relations d'issu-e-s de l'immigration' au pays d'origine (ou proches assimilés), soit des projections identitaires sur la situation des populations soumises à l'exploitation capitaliste extérieure (Moyen-Orient, Afrique...), 'renois' des banlieues françaises et Africains-Américains des ghettos urbains (rap, hip-hop -voire hommage à Amiri Baraka-, émeutes...)

dans cette enquête je m'efforcerai de mettre en lumière comment un opposition de race dominant-dominé - dans le rapport au travail, à la reproduction, ou au maintien de l'ordre capitaliste (importance actuelle de la police, de la guerre sociale des Etats à leurs populations pauvres, ou à d'autres...) - comment ce qui n'est abstraitement qu'une opposition ou un antagonisme, mais concrètement une domination/ oppression, participe dialectiquement à/de la structure production/reproduction, et parfois conditionne son maintien

bref, comment cette domination peut devenir dynamique de lutte et la porter aux limites, facteur d'écart au sens de TC, des cas où le facteur racial, la présence des racisé-e-s/dominé-e-s sont déterminants en tant que lutte de classe.

c'est première étape, une esquisse d'enquête, une collecte de situations permettant de poser le problème sur la base des réalités concrètes qui le produisent

Précision : je ne suis pas sociologue, pas familier du vocabulaire spécialisé. Ma terminologie peut donc manquer de précision. L'idée : être compris sans jargon, sauf les incontournables concepts propres aux théories de la communisation. Le fait de citer des sociologues, ou autres analystes et personnalités politiques, ne vaut pas approbation. M'intéresse d'abord le matériau y compris idéologique, la critique en est implicite et sa théorisation peut venir après. Il va sans dire que nombre de ces analyses relèvent d'un démocratisme radical souvent très soft (élues...)

28 mai 2014 18:52

européennes, sur l'abstention : vers un blocage de la démocratie politique ?

agrémenté de considérations sur le rapport race/classe dans le jeu politique

cette intervention ne concerne pas à proprement parler le combat des racisé·e·s, plutôt le combat implicite contre eux, rendu institutionnellement invisible, et qui justifie le leur en tant que tels. Le combat des «racisé·e·s» ne peut apparaître qu'en creux dans ce panorama politique, puisqu'ils ne peuvent s'exprimer sur ce terrain où ils sont invisibles en tant que tels, mais la phase de leur auto-organisation ne se pose pas moins que pour les femmes. C'est en ce sens et en ce sens seulement que j'ai souligné les luttes qui le prennent en compte, telles de femmes des banlieues, telle l'action de terrain des Indigènes de la République ou des positions d'Houria Bouteldja

comme suggéré le 26 mai (plus bas), l'abstention est une donnée au moins aussi importante que le vote Front National. Une enquête intéressante :

Cinq graphiques pour comprendre le vote des Français aux européennes FranceTV-IPSOS

sur les luttes de dominé.e.s/racisé.e.s en France : spécificités / 8 janv 2014 L'immigration a été au centre des motivations de vote

Curieusement, si le Front national a peu parlé de l'immigration pendant cette campagne, c'est notamment pour ses positions sur la question qu'il est arrivé en tête. "Ce n'est pas surprenant, selon Brice Teinturier. Depuis toujours l'immigration est le marqueur mobilisateur du FN. L'électorat est obnubilé par cette question. Le Front national n'a même plus besoin de faire campagne là-dessus. Il lui suffit d'évoquer les frontières de l'Europe, les Roms, pour réactiver le moteur premier du FN. Certes, le parti surfe sur la question sociale, mais son moteur premier reste l'autre, l'étranger, le sentiment qu'on ne serait plus chez soi. Marine Le Pen n'a plus besoin de beaucoup parler d'immigration."

à lire ce tableau et ce commentaire, je m'interroge sur l'affirmation de Théorie Communiste ( (Où en sommes-nous dans la crise ? p. 6) : « L’immigration n’est pas tant présentée comme la cause du chômage, ce qui ne résisterait pas à n’importe quelle analyse, ni à n’importe quelle expérience vécue de fermeture d’entreprise; elle est présentée «  seulement  » comme aggravant les conséquences ». L'immigration n'est certes pas présentée comme cause du chômage, plus même par le FN, mais elle semble bien vécue comme ça par ceux qui votent FN. Le tableau présente les raisons du choix pour l'ensemble de ceux qui allaient voter, et pas seulement pour le FN : Immigration 31%, chômage 27%, mais le recoupement n'est pas indiqué (le premier choix semble avoir déterminé le calcul)

les graphiques sur l'âge et la profession (ouvriers, employé, profession intermédiaire, cadre supérieur) sont interactifs. Seuls les plus de 60 ans et les cadres supérieurs ne placent pas le FN en premier. Le PS fait ses meilleurs scores (deuxième) chez les employés et cadres supérieurs

Selon ce sondage Ipsos/Steria, le Front national a été porté par les moins de 60 ans. Précisément là où l'UMP peine à renouveler son électorat vieillissant. Par ailleurs, la formation de Marine Le Pen a été portée par un électorat populaire : 43% des ouvriers et 38% des employés ont voté pour le FN. D'ailleurs, le parti frontiste arrive nettement en tête des intentions de vote dans les foyers avec moins de 20 000 euros brut par an (30%) ainsi qu'entre 20 000 et 30 000 euros brut par an (31%).

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se confirme donc (voir hier ci-dessous : l'anti-étatisme de façade en supra(inter-)nationalisme... européen) que la gauche de la gauche n'a aucune chance de faire mieux que le PS ou la droite en montant le cheval de «l'Europe des peuples». Le blocage de la démocratie politique est annoncé, et s'avancera avec la crise

personne n'échappera à cette réalité : l'Europe politique (et économique) est un concept de classe et de race

cet effondrement de la démocratie représentative n'est pas dû aux attaques théoriques de cette idéologie politique, c'est le produit de la crise du capitalisme

plus profondément, la «~conscience de classe» ne se reconnaît plus dans le clivage droite-gauche, et ce n'est plus un phénomène marginal que symbolisait l'ouvrier passant du vote PCF au vote FN. C'est un aller sans retour dans le champ de la représentation politique. Rappelons les termes de Roland Simon (ci-dessous 26 mai)

En tant qu’idéologique, la citoyenneté nationale répond au problème réel de son époque : la crise du rapport salarial devenue crise de la société salariale, la crise de l’État dénationalisé, l’opposition irréductible entre les gagnants et les perdants de la mondialisation. Mais le recours à la citoyenneté nationale est alors l’aveu même dans les luttes sur la base et à l’intérieur de la société salariale que ces luttes opèrent sous une idéologie. D’une part, la citoyenneté  nationale répond au problème réel de la crise de la société salariale ; d’autre part, elle ne lui correspond pas, car elle la traite de façon « inauthentique » comme représentation d’autre chose : la perte des valeurs, la décomposition de la famille, l’identité nationale, la communauté du travail. C’est-à-dire qu’elle ne répond qu’à ses propres questions.

ce moment se refermera-t-il dans la déception inévitable d'une solution politique national-populiste (une sorte de péronisme à la française plutôt qu'un fascisme d'extrême droite à l'ancienne), et se retournera-t-il en lutte de classes frontale contre le capital hors de la politique institutionnelle ? C'est une question à laquelle nous pouvons souhaiter une réponse positive, mais elle n'est pas écrite. Mais c'est à ces deux questions que sont désormais confrontés les politiciens du capital de droite comme de gauche

incidemment, en cherchant une illustration sur ce thème, je tombe sur ce livre du patron du PS, comme quoi les politiciens de gauche (et de droite) sont bien conscients de ce qui les attend. Mais ils ne trouveront pas de solution, parce que l'État se heurte, au niveau national et européen, au mur de la racisation par le capital. La «préférence nationale» de Cambadélis c'est la «citoyenneté nationale» de Roland Simon, l'analyse de classe en moins. Les «racisé·e·s» au cœur du problème n'entreront jamais qu'en absents dans le jeu politique

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Partout en Europe, l'extrême droite travaille au démantèlement des États-nations. Une forme nouvelle de populisme s'installe et donne le la du débat politique.

Analysant ce phénomène, Jean-Christophe Cambadélis tord le cou à une analyse trop répandue : non, l'extrême droite actuelle n'est pas la réplique des fascismes des années 1930. Mais le danger qu'elle fait peser n'est pas moindre : un communautarisme conduisant à l'apartheid, voire à la guerre civile. La libanisation, tel est le rêve secret du Front national et de ses partenaires européens. Un combat pour la purification culturelle rendu possible par la défaite du courant progressiste et l'instauration d'une nouvelle pensée dominante : la «préférence nationale».

Dans cette Europe menacée par le national-populisme, la France est le maillon faible. Une course à trois est engagée pour le second tour de la présidentielle 2017, où le risque est grand de voir le PS ou l'UMP éliminés. La question de l'accession au pouvoir de l'extrême droite est désormais posée.

Ce livre, un cri de colère devant la montée de l'islamophobie, de l'antisémitisme et du racisme, prend la mesure de ce qui nous attend. C'est aussi un appel à ne pas se tromper de combat.

la classe, la race et l'unité du prolétariat alias la constitution de la multitude

en résumé, sur cette question européenne, donc celle de l'État et de la politique, la race, à travers la question de l'immigration, est un facteur subjectif majeur mais qui divise le prolétariat en portant néanmoins des enjeux de classe selon les termes de l'analyse de RS/TC. Mais la race ne vient pas « en prime dans ce clivage » (Où en sommes-nous dans la crise ? p. 5 et 6). La race structure en profondeur la  «citoyenneté nationale». Elle n'est pas seule à le faire, ni historiquement ni présentement, mais elle le fait de façon quasi  définitoire. Hors de l'Europe les autres pays non occidentaux, ce sont d'autres 'races', y compris «blanche de l'Est» comme les Roms, les Polonais... (à quand les Ukrainiens qu'on aime tant ?)

la nuance peut sembler de peu d'importance, elle en a néanmoins à mon avis dans la perspective de l'unité rêvée du prolétariat contre le capital, en interrogeant ce que j'ai appelé les identités de lutte, sous lesquelles des populations font face au capital sur des questions de classe, mais pas au nom d'une conscience de classe prolétarienne. Le dépassement à produire de ces identités relève de combats de longue haleine qui ne passent pas par une prolétarisation formelle attendant "le moment conjoncturel et immédiat de la communisation" : les déterminations de classe, de race et de genre agissent jusqu'au bout sur leurs bases croisées, et ces combats sont déjà engagés... sur une base de classe, peu me chaut qu'on l'appelle prolétariat, multitude ou genre humain. Parfois les mots ne sont pas importants... C'est un combat de subjectivation interne aux luttes, d'auto-conscientisation, pour gagner ce qu'on nommait autrefois la classe pour soi

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8 janvier 2014 20:50 Accumulation primitive de 'banalités de base' et premiers commentaires maj 14 janvier

la question sociale et les racismes en France : racisé-e-s, dominé-e-s, oui mais prolétaires

Houria Bouteldja, des Indigènes de la République, sur l'intersectionnalité : la personne qui a transmis cette interview au forum féministe ne s'y est pas trompée : « je crois discerner comme une critique de Delphy en sous-texte ;-) » (merci à Ko)

« Demain, la société tout entière devra assumer pleinement le racisme anti-Blanc. Et ce sera toi, ce seront tes enfants qui subiront ça. Celui qui n'aura rien à se reprocher devra quand même assumer toute son histoire depuis 1830. N'importe quel Blanc, le plus antiraciste des antiracistes, le moins paternaliste des paternalistes, le plus sympa des sympas, devra subir comme les autres [...] Le racisme structurel de la société française provoque un conflit d'intérêt entre les classes populaires indigènes et les classes populaires blanches, les premières se battant pour l'égalité des droits et pour le respect, les autres bien sûr pour préserver leurs acquis ou gagner des droits mais aussi pour maintenir leurs privilèges vis-à-vis des premiers. Ce conflit d'intérêt « blancs/non blancs » empêche les alliances entre les classes populaires et pousse les indigènes à s'organiser de manière autonome.» 

Controntez  réel et aux luttes concrètes, ces « conseils » ne sont que de peu d’utilité même lorsqu’ils sont parfaitement sincères et bienveillants. Il suffit de voir l’engagement des femmes noires aux Etats-Unis et des femmes maghrébines en France contre les brutalités policières et contre l’inhumanité du système carcéral pour voir que des priorités sont spontanément faites par les principales concernées et que souvent elles se bornent à articuler la race...avec la race. Bien entendu, ce que je dis est un peu caricaturale car en creux, les femmes lorsqu’elles agissent contre les crimes policiers par exemple, agissent en même temps pour leurs intérêts propres de femmes et de prolétaires. Il n’est pas nécessaire pour les femmes indigènes en France d’agir en tant que féministes déclarées ou en tant qu’anticapitalistes déclarées. Elles agissent pour leur intérêt immédiat qui est toujours une imbrication en creux de leur intérêt en tant que prolétaires, de femmes et d’indigènes. Ainsi, on ne peut pas leur reprocher de négliger un combat strictement féministe qui serait un combat contre le sexisme, pour l’égalité hommes-femmes, pour l’avortement, contre les violences conjugales, quand elles sont prises à la gorge par les urgences sociales, de précarité, de chômage, de violences policières, d’éducation de leurs enfants, ou confrontées aux discriminations que subissent leurs enfants, de racisme au quotidien.

Pendant le colonialisme, l’un des axes stratégiques de la politique coloniale fut justement de libérer les femmes jugées opprimées alors même que les femmes en France n’avaient pas le droit de vote. Fanon en a largement parlé dans l’an V de la révolution algérienne. Le dévoilement public des femmes a été l’une des armes privilégiées pour détruire le patriarcat des indigènes. Ainsi, ce n’est pas les femmes indigènes qui ont affaiblit le patriarcat indigènes mais les blancs, et cela fait toute la différence. Car en Europe, ce sont bien les mouvements féministes blancs qui ont attaqué leur patriarcat, pas des puissances étrangères. Cela mérite d’être souligné pour comprendre le malaise de nombre de femmes confrontées à la notion de féminisme. Cette politique est toujours en vigueur. La France post-coloniale poursuit son rêve de s’approprier le corps des femmes indigènes et de déposséder l’homme indigène, c’est-à-dire de le faire abdiquer de son seul pouvoir réel. L’homme indigène n’a aucun pouvoir : ni politique, ni économique, ni symbolique. Il ne lui reste que celui qu’il exerce sur sa famille (femmes et enfants). Dans le cadre de la bataille entre les deux patriarcats, celui blanc et dominant, celui indigène est affaiblit, les femmes ont le choix entre jouer un rôle passif et se soumettre à l’un ou à l’autre ou au contraire jouer un rôle actif et mettre en place des stratégies pour desserrer l’étau sur elles et se frayer des chemins pour la liberté. Il faut bien comprendre que la marge de manœuvre est très faible.

C’est pourquoi, le deuxième conseil, qui consiste à préconiser l’entre soi des femmes est également inopérant car il suppose la volonté de créer un rapport de force des femmes contre les hommes de la communauté. La non mixité politique est efficace en milieux blanc, mais pas en milieux indigène. C’est mon avis mais bien sûr il est à débattre.

Je parle donc bien ici de la non mixité politique qui se fait en toute conscience et qui a pour objectif d’exclure les hommes pour construire un pouvoir féminin. Je n’ai rien contre cette démarche dans l’absolu car je suis convaincue qu’elle est efficace dans certains contextes mais pas dans le notre. Pourquoi ? Parce que le colonialisme et le racisme, ont justement séparé les hommes et les femmes indigènes lorsqu’ils ont accusé l’homme of color d’être l’ennemi principal de la femme of color. Ce qu’il faut comprendre, c’est que nous sommes déjà séparés, déjà divisés, déjà construits comme ennemis les uns des autres et que le colonialisme a fait pénétrer dans le cœur des femmes la haine de l’homme indigène. J’ai grandi en France avec l’idée que les hommes blancs étaient supérieurs aux hommes of color, dignes de confiance, respectueux des femmes, civilisés etc. Je vous renvoie vers un article que j’ai écrit à ce sujet [2] . Puisque nous sommes déjà séparés, que peut signifier ce conseil de la non mixité ? Je réponds d’un point de vue décolonial et dans l’intérêt des femmes : « d’abord, il faut nous aimer », d’abord, il faut nous retrouver, nous réhabiliter. En un mot, il faut rétablir la confiance entre nous. C’est pourquoi, le premier axe de lutte d’un féminisme décolonial qui « articule » est de dire : solidarité avec les hommes dominés et refuser le principe de l’homme of color, comme principal ennemi.

L’exemple du voile est extrêmement significatif de ce point de vue et j’aimerais ici vous en proposer une lecture matérialiste : Le foulard a bien entendu une signification religieuse. Je me refuse de commenter cet aspect car je ne veux pas toucher au caractère sacré et intime des choses. Il est important de respecter les femmes qui le portent et de ne pas en faire un objet de pure curiosité. En revanche, je pense qu’il a aussi une signification sociale : Le voile islamique émerge en France après la défaite de l’antiracisme officiel, abstrait et moral dans un contexte de relégation sociale et raciale et dans un contexte ou l’idéologie dominante propose aux femmes de l’immigration de se libérer de leur famille, de leur père, frère, religion, tradition...J’analyse l’apparition du voile dans ce contexte comme une contestation absolue du patriarcat blanc et raciste. Je l’analyse comme une contre offensive redoutable du corps social indigène. Par le voile, les femmes disent aux hommes blancs, notre corps n’ai pas à votre disposition. Il n’est pas consommable par vous. Nous refusons votre invitation à la libération impérialiste. Mais il est également un compromis entre le patriarcat of color et les femmes of color. Les femmes - dont le corps est un champ de bataille - savent que les attaques du patriarcat blanc renforcent le patriarcat of color et que celui-ci réagit de manière agressive quand les femmes se soumettent au patriarcat blanc et raciste. C’est pourquoi, le voile est aussi une négociation. Le voile rassure les hommes of color. Il leur dit : nous vous respectons, nous vous aimons. Il dit ce que je formule de manière politique : « solidarité avec les hommes dominés ». Mais il a aussi un effet féministe - et c’est ce que les blancs ne comprennent pas. En rassurant les hommes, les femmes desserrent l’étau sur elles, et conquièrent des espaces de liberté. A ce stade, j’aimerais clarifier un point : la solidarité des femmes vers les hommes est à sens unique. Il n’y a pas de réciprocité.

Ainsi, je ne préconise pas l’intersectionalité militante au sens où il faudrait livrer bataille simultanément à 3 ou 4 ennemis principaux du fait de l’irréductibilité des différentes oppressions et de leur simultanéité. Je préconise le droit de définir son propre agenda, ses priorités. Peut-être ces priorités vont-elles se décider sans les hommes, peut-être avec, peut-être en rupture, peut-être sous forme de négociation. Ce qui compte, ce ne sont pas les mots « féminisme », « anti-sexisme », « domination masculine », « patriarcat ». Ce qui compte, c’est le résultat. Les moyens que se donnent les femmes indigènes coincées entre les deux patriarcats.

Comme on le sent « en sous-texte », c'est le concept de patriarcat qui, sous son nom même, est miné de l'intérieur dans ses rapports aux classes et à la race. Du moins perd-il de sa pertinence delphyenne (selon Christine Delphy) comme contradiction unique entre « classes » d'hommes et de femmes (ceux qui n'en sont pas s'en tapent, quitte à en être frappés). La porte s'ouvre sur le plan théorique, à partir des luttes dans leurs réalités, d'une articulation avec la contradiction entre classes et la domination raciale comme 'opposition' ou 'antagonisme' au sens dialectique. Et l'on commence à saisir comment celle-ci informe la structure du capitalisme comme tout.

Il est à remarquer que Houria Bouteldja semble refuser d'en faire un enjeu d'abord militant. En ceci, sa posture évoque a priori celle des théoricien-ne-s de la communisation, qui ne font pas de la "propagande", persuadé.e.s que ce ne sont pas les idées, mais les pratiques sociales, les luttes, qui font avancer le schmilblick dans le cours quotidien des luttes et du capitalisme tel qu'il est dans le moment présent. C'est néanmoins dans le cadre démocratique qu'elle pose le problème, et sa résolution. Et certes, nous ne parlerions pas comme à regret d'un «empêchement des alliances entre classes populaires ». À travers les segmentations, les luttes feront avec. Voir 13 janvier, à propos d'un reproche dans la discussion sur dndf une "caution intellectuelle" à Houria Bouteldja ?

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Elsa Dorlin ? voir ce qu'on trouve

la démocratie, la question religieuse, et l'ethnocentrisme blanc occidental : race, religions, idéologies

L'idéologie républicaine, démocratique et laïciste, n'est pas moins un opium que toute religion, dans la mesure où

« La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans coeur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclut. Elle est l’opium du peuple.» Marx. Critique de la philosophie du droit de Hegel. 1843

et où

« L'abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce à une situation illusoire, c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions

La démocratie et la citoyenneté, la 'société civile', la loi... sont de telles illusions. C'est encore l'opium des partisans de la démocratie politique, qu'elle soit représentative ou "à la base". Illusions dans le sens qu'elles ne peuvent changer le cours de l'économie, ni dépasser le capitalisme, ni même faire disparaître les assignations du genre et de la race.

Esther Benbassa De l'impossibilité de devenir français recensions/interviews ou comment arrêter le feu du racisme sans mettre en péril la 'République Démocratique Française'

Nacira Guénif-Souilamas « Féminisme et islam : ne pas confondre religion et patriarcat »

L'émancipation veut dire étymologiquement, transférer d’un statut de bien meuble – ce qu’étaient les esclaves – à un statut de propriétaire de soi. Est-ce qu’être propriétaire de soi, donc souverain-e dans ses actes et ses décisions, signifie ne s’en remettre à rien d’autre que soi (autonomie) pour décider et vivre ? 
Si l’on pose la question en ces termes, on constate qu’en effet, la « religion », comme d’autres attachements, peut faire partie des moteurs émancipateurs (pensez aux esclaves aux États-Unis et au Brésil) comme elle peut être une entrave à ce processus, qui n’est, au demeurant, jamais achevé. 
Pourquoi faudrait-il demander aux musulmanes plus qu’à d’autres humains qui aspirent à s’émanciper des oppressions subies de le faire en se détachant de leur religion, parce qu’elle serait le seul moteur de leur oppression ? 

Ainsi, on se trouve face à un paradoxe, où les prétendus défenseurs des femmes, accroissent leur oppression en dénonçant leur religion, l’islam – qu’elles bricolent elles-mêmes et qui, à certaines conditions, peut faire contrepoids au patriarcat –, au lieu de comprendre que leur problème est le système patriarcal et que l’islam peut constituer une des solutions possibles à leur problème et que c’est à elles d’en décider. 
Que l’on pense qu’une femme qui va tête nue présente tous les signes d’une « émancipation réussie » est non seulement une question de point de vue, mais peut être considéré aussi comme totalement erroné, en disant plus sur la panique ressentie devant cet accoutrement dans lequel rien ne va de soi que sur l’état d’esprit de celles qui le portent. 
Cela point aussi vers le fait que les dénonciateurs-trices sont aveuglés par l’ethnocentrisme qui consiste à affirmer la supériorité d’une cosmologie sur toutes les autres. Ce que l’on a appelé l’impérialisme ou le suprématisme blanc, qui a légitimé l’essentiel des entreprises coloniales de l’histoire de l’humanité. 

« Les Féministes et le Garçon arabe » (Éd. de l’Aube, 2004)

Le féminisme par lequel on encense aujourd’hui l’émancipation des femmes « occidentales » tout en stigmatisant la « culture musulmane » ou « des banlieues » entretient finalement un racisme que les auteurs qualifient de « vertueux ». C’est l’intérêt et le courage de ce livre de s’attaquer à ce discours faussement progressiste. Le livre de Nacira Guenif-Souilamas et Eric Macé incite par ailleurs à poursuivre la réflexion sur les liens entre questions de race et questions de genre, à partir des études « queer » ou des études féministes « post-coloniales »