Ma non-'vie d'artiste', la peinture, la poésie, la vie, la forme comme contenu...

 

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    1. POÉTIQUE
Ma non-'vie d'artiste', la peinture, la poésie, la vie, la forme comme contenu... 

16 décembre 2013, révisé 21 décembre, 14:10

Dans les années 1970-80 je me suis familiarisé avec l'histoire de la peinture, entouré de livres d'art et sur l'art, fréquentant les musées comme des églises... Marie-Jo Monnet, ma compagne pendant une quinzaine d'années, était enseignante en arts plastiques, peintre et sculptrice. J'ai réalisé quelques portraits de Jazzmen (Coltrane, Parker, Rollins, Jim Hall, Dexter Gordon...), en agrandissant aux petits carreaux des photos de Jazz Magazine, avec des couleurs (gouaches) qui n'avaient rien de réalistes. Certains étaient exposés en permanence au CIM, école de Jazz à Paris.

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Marie-Jo Monnet

Mes premiers collages datent de 1989 et constituaient une suite 'plastique' à mes écrits poétiques dans lesquels j'utilisais ce principe pour l'écriture (LIVREDEL I-VII), à base de mots du journal. Insensiblement ces collages sont passés de mots découpés dans le journal à des images découpées ou reproduites avec des pochoirs (Marylin Huma...). La série "Mes quotidiennes Humanités" comporte quelques 300 collages sur Canson A2, un par jour pendant un an.

Ma première vente, une des rares, est un collage et pochoir représentant Philippe Soupault, un détournement sous le titre " à toutes jambes quand les sourds " de la photo (ci-dessous) que l'Huma avait utilisée quand il est mort. C'est à la suite d'une exposition au festival d'Uzeste, de Bernard Lubat, et d'un récital de poésie où je me suis retrouvé au coude à coude avec des slameurs, que m'a été proposé d'exposer sur le stand central de la Fête de l'Humanité, un lieu mythique (rétrospective Picasso...), en septembre 1989. C'était retour d'un voyage à Cuba, organisé par la revue Révolution dans le cadre du jumelage du bicentenaire et du trentenaire des révolutions française et cubaine, avec discours de Fidel, et péripéties non programmées, en ce mois de juillet 1989 où fut liquidé Ochoa (un proche du leader maximo, la drogue, Cuba, la CIA...). Paul Chemetov, l'architecte, m'a appelé un matin; marié à la fille de Philippe Soupault il voulait lui offrir ce collage. Je ne voulais pas vendre, sauf l'ensemble des 300 collages, un jour, peut-être... Il a fini par me convaincre...

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Philippe Soupault

Par l'entremise de Jean Ristat, poète, directeur des Lettres Françaises et légataire d'Aragon, un éditeur lié au PCF, François, fils de René Hilsum qui avait publié Les Champs magnétiques Breton/Soupault en 1920,  m'a proposé un livre de mes collages, puis renoncé faute de moyens. J'en fus peu déçu. Me touchaient surtout ces boucles, cette continuité, une façon de reconnaissance. Mais, en rupture avec le PCF, je répugnais à me servir de ses réseaux pour me faire connaître, un petit milieu d'auto-reconnaissance qui doit nous alerter sur tous les possibles indésirables. J'ai repris ma traversée du désert communiste jusqu'à rencontrer dix ans plus tard, hasard objectif, les thèses de la communisation...

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J'ai peu exposé. À Montreuil, au Musée d'Histoire Vivante, parc Montreaux, une série sur le thème "La République dans un miroir", à base d'imagerie de la Révolution française, une dégradation par la technique du transfert. Mon idée n'était pas d'honorer la République, mais plutôt de montrer ce qu'il en restait... Une douzaine de mes toiles étaient exposées parmi celles de peintres dont quelques-uns assez connus (Ben, et ô surprise, André Fougeron, l'homme du conflit entre le PCF et Picasso, au sujet du portrait de Staline publié par Aragon dans Les Lettres Françaises). Une certaine fierté, toute relative...

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J'avais 2 ans...

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André Fougeron, plus tard, toujours partisan du "réalisme socialiste"...

Plus tard encore la peintre Fadia Haddad, rencontrée sur un banc public, m'a initié réellement à la peinture-peinture, appris à fabriquer les couleurs avec de la colle acrylique et des pigments, à tendre les toiles sur chassis et à les préparer. Elle m'a présenté à une critique d'art, et poussé à contacter quelques galeries parisiennes; j'ai vite abandonné, je ne supportais pas ce milieu. Une autre fois, pour un comité d'entreprise du CNRS en physique, à Meudon, une belle rétrospective avec une centaine de pièces. Des échanges intéressants avec ceux qui passaient à l'heure du déjeuner. Jamais d'expo dans le cadre de mon travail, j'y voyais une forme de collaboration de "peintres du dimanche" cherchant à se faire reconnaître chez le patron.

Que mes toiles puissent être vendues à des individus dont j'estimais sans doute à tort qu'ils n'avaient rien à faire de ce que je montrais, c'était pour moi comme jouer du jazz devant un public de bobos. J'en avais honte, en fait. C'est pourquoi j'ai renoncé à me produire aussi... C'était une telle contradiction dans les termes, un tel déchirement, mais une impossibilité radicale. Si je rejoue, ce sera sur un banc public... La poésie, elle, me permettait la publication directe sur Internet, bouteille à la mer, mais sans la dépendance au milieu de l'édition, ni l'adhésion à celui des poètes qui se reconnaissent entre eux. Les rares fois où je m'y suis risqué, je n'ai pas su leur épargner 'mon' scandale...

Une longue série de peintures et transferts tourne autour du mot d'ordre poétique de Lautréamont, « La poésie doit être faite par tous, non par un.» Je l'ai utilisée avec toutes les techniques de mon cheminement parmi les mots et les images, soit photocopiée en diverses typos, soit calligraphiée, mixée, croisée, triturée, tressée, "stressée" en tous sens. Une sacrée "déconstruction" qui n'avait rien d'intellectuelle...

Je me suis essayé à la peinture, mais elle n'était pas ma forme de poésie, davantage tournée vers les mots, les images, que le travail de la matière picturale à proprement parler (un peu comme Magritte, si l'on veut). Je comprenais mieux, par ma pratique, que la poésie n'était pas à comprendre, mais à sentir, comme la peinture, et j'ai eu avec Fadia des échanges qui traduisaient ce même rapport du sens, qui n'est pas une signification, à l'une ou l'autre.

J'ai découvert par hasard une technique de transfert, une sorte de décalcomanie artisanale, sans procédé chimique (comme les Américains), à la colle puis séchages et frottages alternés, jusqu'à disparition des traces de papier, une technique longue et épuisante physiquement, usant les doigts jusqu'au sang, car nécessitant le contact de la peau nue. Cette technique autorisait des glacis et transparences dans une sorte de dégradation des photos originelles des journaux (Lénine, Voiles, Femmes nues...). Elle me permettait d'aller plus loin que le collage par simple juxtaposition, une intrication dans laquelle je voyais une complexité dialectique plus représentative du réel, comme mes fonds en tressages de bandes de journaux, que j'ai aussi expérimentés (série Icarre Matisse). J'admirais alors François Rouan, et naturellement mon collègue de travail décédé François Dufrêne, pour moi le meilleur des peintres affichistes et des poètes sonores autant que de 'mots camés').

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La demi-sœur de l'inconnue, François Dufrêne, 1961

Mes dernières productions, des transferts sur toile de petits formats, introduise une ambiguité dans le sens de lecture. S'y introduit la lettre 'e', renversée et muette, avec le bénéfice d'un doute bien français, et sur son genre aussi. Incidemment, fin 1993, dans un cours de 'modèles vivants' (nus posant pour être dessinés, modelés...) j'ai rencontré, autre hasard objectif, celle qui est depuis ma compagne, une Japonaise. J'ai étudié et pratiqué alors un peu la calligraphie, une suite inattendue à mes collages et transferts de mots, une interrogation sur le sens auquel se prêtent les idéogrammes (des images-mots). 

Dans la seconde moitié des 90' je suis revenu à la musique, à la guitare, à la basse et à la contrebasse...

"Il faudrait" que je reproduise tout ça, mais m'occuper de ce passé m'intéresse moins que de créer des choses nouvelles.

Debriefing d'un artiste raté de la vie

Tout cela éclaire probablement cette sorte d'intransigeance que j'ai avec moi-même, aussi l'énergie que je peux consacrer à metttre en chantier concret ce qui me passionne. N'est-ce pas auto-complaisance ? Toujours est-il que mon "exigence" vis-à-vis des autres peut passer pour de l'intolérance. En vérité, j'en suis venu à couper mes relations, plutôt que d'avoir à taire ce que je pense. À quoi bon passer pour un autre, être présent sans être soi ?

"Toute vérité n'est pas bonne à dire", certes. Mais aujourd'hui, la réalité fait tellement peur, qu'est-ce qui est bon ? En relations de faux-semblants, que devient l'amitié, quand vous n'êtes plus vous-même ? Un théâtre des apparences et des habitudes. Que deviennent les sentiments dans leur répétition obligée ? Ce qui est mort est mort, même entre survivants. Pourquoi s'imposer de vivre ensemble, ou pire de singer nos fêtes d'antan ? Alors oui, la solitude. Mais combien la supporte, se supportent seul à seul ?

Il est vrai que je déteste l'attitude de consommateurs que beaucoup ont face à toutes choses, que ce soit des œuvres artistiques, musicales... même de la théorie. La dictature du "j'aime" "j'aime pas", des goûts si peu éclairés, si faciles à satisfaire... Le paradigme de la vente-achat rend aveugle et sourd aux choses telles qu'elles sont des êtres vivants qui nous parlent. La théorie comme pure connaissance n'implique pas davantage que l'art comme loisir. Des amateurs de jazz passent dans les forum pour déposer la liste de leurs derniers achats... 

Autre chose, je ne vais pratiquement jamais au cinéma, bien que j'emprunte des vidéos à la bibliothèque, rarement des films avec des acteurs connus, surtout français, et leurs tourments moyens de bobos, ou les caricatures de la réalité des pauvres gens. Le film tue mon imagination, la plupart sont si lourds... Pas de télé chez moi quand j'étais gamin, et pratiquement jamais depuis. Devant je me sens passif. Les livres ne me donnent ce sentiment, moins encore depuis que j'écris, mais il est vrai que je les choisis. Ce sont tout à la fois des nourritures, et autant de dialogues avec une sorte d'amis, à qui l'on ne doit pas le silence. On reste soi quand on lit, mais la lecture vous change, comme la musique ou la peinture, enfin, les "bonnes". La cuisine aussi et même le jardin, fabriquer des meubles... Créer, d'une façon générale. Quoi d'autre pour être ? La lutte...

Nombre de mes textes exploitent cette veine désenchantée, le non sens... Voir MABOUL ISIDORE, roman-feuilleton février 2012   L'homme sans ambitions 2005   VOULOIR DÉTRUIRE SA "CARRIÈRE" 2006  

Une moralité se dégage peut-être de cette histoire : il ne faut pas tout faire pour être connu, pas non plus tout pour être méconnu, ni rien pour être reconnu. Entre les trois je m'emploie, toujours taraudé par le doute. Certes je fais mon auto-promotion, mais seulement à mes conditions.

« e »

De France j'aime la muette  
(Silence insigne je l'avoue  
Du mot génie sous la luette) 
Elle aux gémonies je la voue 

Fière nation baisse la tête 
Et vois tes arts pions dans la boue 
Tes fois en pâté d'alouette 
Et tes «valeurs» qui font la moue 

Je rêve au jour qu'on te la coupe  
Aux ploucs du Spectacle qu'on cloue 
Le bec dans la bave ou la soupe 

Où trempe celle de Louis Seize 
Sans cri. Leste en geste illettrée 
Le nez en l'air. À la française

FoSoBo, 31 octobre 2005, 17h44

Liste de mes poèmes (les titres produisent mon meilleur poème)

29 avril 2014

« Poésie et communisme, un lien essentiel » Alain Badiou La Sorbonne, 5 avril 2014 vidéo

chercher les mots pour dire un moment... une liberté inconnue... il y a une preuve du communisme par le poème

Ma non-'vie d'artiste', la peinture, la poésie, la vie, la forme comme contenu...

en relation, un point de vue moins subjectif, mais qui éclaire le précédent

« Marx et l'art » Isabelle Garo 26 janvier 2013 vidéo 1h18:55  et déjà signalé, un texte, Marx, théoricien de l’art ?

voir aussi cette synthèse des rapports entre esthétique et marxisme, tant du point de vue philosophico-théorique qu'artistique, le titre étant plus limité que le contenu : art, musique et politique

selon moi, les points de vue de Badiou et Garo se complètent pour éclairer ce que j'ai voulu dire par la formule « la révolution sera poétique ou ne sera pas », et mon approche de l'articulation entre poésie (art) et communisme, dans laquelle Jacques Guigou (Temps Critiques) a cru voir une «prétention à poétiser la révolution », ce qui est un non-sens, la poésie et l'art étant intrinsèquement liés au communisme, et non extérieurement à la manière d'un gauchisme esthétique (forme de réalisme socialiste), auxquels n'échappent pas toujours, il est vrai, la poésie ou l'art engagés y compris chez les meilleurs. Je considère ne pas toujours y échapper moi-même, sans bien pouvoir situer à partir d'où dans tel poème. J'ai longuement abordé cette difficulté de ne pas basculer de l'art dans le discours social au fil de mes notes poétiques, en relation avec mes propres créations