la reproduction du capital, de la domination masculine, et des identités délétères / 13 déc 2013

 

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la reproduction du capital, de la domination masculine, et des identités délétères / 13 déc 2013 

la reproduction du capital, de la domination masculine, et des identités délétères / 13 déc 2013

- Et quand le Grand Soir sera venu... - Ta bouche, mimi ! Quand le grand soir sera venu, je te connais... tu iras coucher avec un bourgeois !

Ce que ne dit pas cette image, c'est que la grève venue, quand des femmes y participent, les prolétaires craignent plutôt qu'elles couchent avec des camarades... Le bourgeois a bon dos, pour masquer l'appropriation masculine chez les prolos, comme dans les groupes communistes, anarchistes...

 

28 mars 2014

avec Silvia Federici Revolution at Point Zero, House Work Reproduction and Feminist Struggle (PDF)

le livre à paraître Caliban et la Sorcière est paru en anglais il y a 10 ans : PDF (on peut toujours regarder les images)/

autres textes plus récents Free access online articles 

en 2012 paraît une compilation présentant l'intérêt d'être plus en prise sur le temps présent, avec la reproduction dans la globalisation capitaliste et l'enjeu des 'communs' dans les luttes des femmes

LE CANARD DES CHAÎNÉ·E·S anti-journal 1988-2014

 En voici le sommaire :

  • Part I: Theorizing and Politicizing Housework         
    Wages against Housework (1975)           
    Why Sexuality Is Work (1975)      
    Counterplanning from the Kitchen (1975)    
    The Restructuring of Housework and Reproduction in the
    United States in the 1970s (1980)    
    Putting Feminism Back on Its Feet (1984)    
  • Part II: Globalization and Social Reproduction
    Reproduction and Feminist Struggle in the New International
    Division of Labor (1999)     
    War, Globalization, and Reproduction (2000)   
    Women, Globalization, and the International Women’s
    Movement (2001)     
    The Reproduction of Labor Power in the Global Economy
    and the Unfinished Feminist Revolution (2008)   
  • Part III: Reproducing Commons
    On Elder Care Work and the Limits of Marxism (2009)  
    Women, Land Struggles, and Globalization: 
    An International Perspective (2004)   
    Feminism and the Politics of the Common in an Era of 
    Primitive Accumulation (2010)

lecture publique par Silvia Federici (vidéo 2 heures) 

17 janvier La communisation comme abolition du racialisme texte d'étape13 décembre 2013

Silvia Fererici sur l'identité de genre, l'abolition du genre... Interview mars 2013 Traduction d'extraits et commentaires

PERMANENT REPRODUCTIVE CRISIS: AN INTERVIEW WITH SILVIA FEDERICI By Marina Vishmidt, 7 March 2013http://www.metamute.org/editorial/articles/permanent-reproductive-crisis-interview-silvia-federici

[IDENTITÉ de GENRE... ABOLITION du GENRE...]

I also find it problematic to refer to specific forms of work and exploitation as ‘identities’ – a term that evokes unchanging, essentialising characteristics. But there is nothing fixed or ‘identifying’ in the particular forms of work we perform, unless we decide to dissolve ourselves in them, with what Jean-Paul Sartre would call an act of ‘bad faith’. Whatever the form of my exploitation this is not my identity, unless I embrace it, unless I make it the essence of who I am and pretend I cannot change it. But my relation to it can be transformed by my struggle. Our struggle transforms us and liberates us from the subjectivities and social ‘identities’ produced by the organisation of work. The key question is whether our struggles presume the continuation of the social relations in which our exploitation is inscribed, or aims to put an end to them.

Je trouve qu'il est problématique de se référer à des formes spécifiques de travail ou d'exploitation comme "identités", un terme qui évoque l'absence de changement, une caractéristique essentialiste [...] Nos luttes nous transforment et nous libèrent des subjectivités et des 'identités' sociales produites par l'organisation du travail. La clé de la question est de savoir si nos luttes présument la continuation des relations dans lesquelles notre exploitation est inscrite, ou visent à y mettre fin.

Parler, comme le font les théories de la communisation, de la disparition de l'identité ouvrière, caractéristique du capitalisme dans sa restructuration, n'a rien de nostalgique. Oui les luttes transforment ceux qui y participent... mais la nécessité existe d'une conscience collective (de classe, de 'femmes'...), et même d'abord d'une auto-organisation... pour autant qu'elle ne soit pas une fin en soi, une forme de programmatisme ouvrier ou de féminisme identitaire à préserver. Sur ce point, je ne suis pas d'accord avec S. Federici, sauf à considérer que nous ne parlons pas de la même chose.

For the same reason I am sceptical about calls to ‘abolish gender’.

All over the world women are exploited not only as generic workers or debtors, but as persons of a specific gender, for example through the regulation of our reproductive capacity, a condition that is unique to women. In the United States poor, black women are at risk of being arrested just for the fact of being pregnant, according to a health report issued in the US in January. In Italy single mothers who turn to the social services for some help risk having their children taken away from them and given up for adoption. Again, women in jail receive very different treatment to men. And we could multiply the examples. How do we fight against these ‘differences’ without using categories such as gender and race? From the call centres to the prisons gender and race matter, the bosses know it, the guards know it, and they act accordingly; for us to ignore them, to make them invisible is to make it impossible to respond, because in order to struggle against it we have to identify the mechanisms by which we are oppressed. What we must oppose is being forced to exist within the binary scheme of masculine and feminine and the codification of gender specific forms of behaviour. If this is what ‘abolishing gender’ means then I am all for it.

[...] Ce à quoi nous nous opposons c'est d'être contraint à exister au sein d'un schéma binaire masculin/féminin, avec la codification de formes spécifiques de comportement entre les sexes. Si "abolir le genre" signifie cela, alors je suis complètement pour.

Moi aussi...

But it is absurd to assume that any form of gender specification must always, necessarily become a means of exploitation and we must live in a genderless world. The fact that gender historically, in every society based on the exploitation of labour, has been turned into a work function and a mark of social value does not compel us to assume that gender will necessarily, always be a means of exploitation and we have to pretend that there is no difference between women and men or that every difference will be abused. Even in my own lifetime, what ‘woman’ means has changed immensely. What being a woman meant for my mother is very different to what it means for me. In my own life, for example, I have reconciled myself to being a woman because I've been involved in the process of transforming what being a woman means. So the idea that somehow gender identities are frozen, immutable, is unjustified. All the philosophical movements of the 20th century have challenged this assumption. The very moment you acknowledge that they are social constructs you also recognise that they can be reconstructed. It will not do to simply ignore them, push them aside and pretend we are ‘nothing’. We liberate ourselves by acknowledging our enslavement because in that recognition are the reasons for our struggle and for uniting and organising with other people.

Mais il est absurde de considérer que toute forme de spécification par le genre doit toujours et nécessairement devenir un moyen d'exploitation et que nous devons vivre dans un monde asexué (sans genre). Le fait qu'historiquement le genre, dans toute société fondée sur l'exploitation du travail, a été transformé en une fonction de travail et une marque de valeur sociale ne nous oblige pas à supposer nécessairement que le sexe sera toujours un moyen d'exploitation, et que nous devrions faire semblant qu'il n'y a aucune différence entre les femmes et les hommes, ou que toute différence conduise à en abuser. Même dans le temps de ma propre vie, ce que signifie "être une femme" a énormément changé. Être une femme pour ma mère était très différent de ce que cela signifie pour moi. Dans ma propre vie par exemple, je me suis réconciliée avec "être une femme", parce que j'ai été impliquée dans un processus de transformation de ce que ça signifie. Ainsi l'idée que les identités de genre sont gelées, immuables, est injustifiée. Tous les mouvements philosophiques du XXème siècle ont contesté cette hypothèse. Dès l'instant où vous considérez qu'elles sont des constructions sociales, vous reconnaissez également qu'elles peuvent être reconstruites. Il ne faut pas simplement les ignorer, les repousser et prétendre que nous sommes « rien ». Il s'agit de nous libérer nous-mêmes en reconnaissant notre asservissement, parce que cette reconnaissance est la raison de notre combat, celle de s'unir et de s'organiser avec d'autres personnes.

Je suis essentiellement d'accord avec ces considérations, tout en craignant un débat en porte-à-faux dans ce qui est en jeu entre aujourd'hui et l'engagement d'un processus révolutionnaire, une certaine confusion entre ce qui a été acquis par les luttes féministes et ce que suppose le dépassement du genre dans sa dimension de domination masculine. Peut-être même la foi en une alternative possible. Reconnaître une situation, particulièrement une domination ou une exploitation, n'a jamais entraîné automatiquement à s'y opposer en actes.

12 décembre

L'état de mes réflexions sur l'articulation de la théorie communiste et du "féminisme" radical prônant l'abolition du genre. Une discussion est engagée ici http://dndf.org/?p=13010 Je reprends, corrige et complète mes dernières contributions.

Si, avec la reproduction de la population et du capital, on a le point d’articulation entre exploitation capitaliste et domination masculine, la nécessité existe de l’intégrer aux deux luttes comme consubstantielles l’une de l’autre. Pas si simple pour la théorie communiste, si l’on en croit la remarque de Roland Simon dans l'introduction à son texte de réflexion « Où en est-on dans la crise ? »

Plancher de verre de l’exploitation (on voit à travers) pour plancher de béton de la domination masculine (il est plutôt opaque), le centrage de la théorie communiste autour de Marx et de son point aveugle la confronte aujourd’hui à sa refondation, telle que TC l’a entreprise depuis quelques années, ce qui n’a pas échappé à quelques théoriciennes du « féminisme » radical

(1) (l’interpénétration est peut-être à mettre au bilan positif du bilinguisme anglo-français de SIC). Mais parler de « théorie du genre » suppose le pluriel, car pour l’heure, on constate surtout un fourmillement d’études sur le genre dans des domaines séparés des sciences sociales (« Gender studies » plus que « Gender Theory »), et peu semblent, dans leur forme universitaire, en mesure d’intégrer le capital comme un problème essentiel des femmes en tant que telles.

La reproduction du capital se pose dans une double temporalité, celle, dans le moment présent, de l’entretien du prolétariat mondial susceptible de maintenir le taux de profit global ; celle, en projection à court et moyen terme, de la population, donc les évolutions démographiques, facteur déterminant dans la restructuration et la perspective de la paupérisation accélérée de régions habituées à être relativement épargnées.

Le procès du capital, comme son nom l’indique, est un mouvement avec ses dynamiques déterminantes, dont la population exploitable dans des conditions satisfaisantes pour l’accumulation du capital et sa valorisation. Il fonctionne dans une polyrythmie du jour au lendemain, d’un année, d’une décennie et plus, à l’autre. La stratégie capitaliste n’est pas aveugle mais pragmatique, et elle intègre, via les états, la politique nataliste et migratoire, voire la guerre, correspondant à ses besoins. Peut-on, dans la lutte de classe et de genre, lui opposer une théorie globale adéquate et une stratégie de luttes conséquente ?

La refondation en cours de la théorie communiste peut-elle éviter d’approfondir l’articulation de quatre éléments en deux contradictions et quatre éléments (hommes/femmes, prolétariat/capital) ?

La question de la reproduction se posant en continu mais à plusieurs rythmes simultanés et décalés, n’y-a t-il pas intérêt à considérer autrement l’articulation de l’activité du prolétariat directement productif (de plus-value) et celles des salariés travaillant à la reproduction, dans les secteurs de la santé, de l’éducation, des « services sociaux » ? « Sans toi aucun rouage ne tourne » concerne les salariés au-delà de la production de plus-value pour s’étendre à tous ceux qui participent de la reproduction du capital et de la population (prolétarienne), entre prolétariat et "couches moyennes".

Il existe des luttes de femmes explicitement liées à la lutte de classes (des ouvrières en grève), des grèves de secteurs où il n’y a que des hommes (dockers, raffineries ?), mais il existe des luttes de femmes en tant que telles, qui portent, par nature du problème dans la sphère privée, sur la relation inter-individuelle entre un homme et une femme, que ce soit dans la famille, la relation sexuelle, etc. plus généralement ce qui n'est pas audible, visible (y compris au travail).

Il est plus aisé de rendre compte massivement et d’analyser prioritairement ce qui se passe dans la sphère publique, le monde du travail ou de la politique, ce qui (se) manifeste visiblement, dans tous les sens du terme.

On peut effectivement souhaiter, avec Silvia Federici, que se développe un « féminisme » autonome et notre attention à ce qui se passe au sein des luttes de ce point de vue, comme dans les milieux qui se battent sur les deux fronts ou qui élaborent la théorie des abolitions.

Le terme de reproduction me paraît central, parce qu’il ouvre à la possibilité d’avoir en tête, chaque fois qu’on l’utilise, les deux versants de la lutte et leur lien consubstantiel.

(1) Silvia Federici Juin 2012 http://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Silvia-Federici-La 2013 « Capitalisme, chasse au sorcières et bien commun » http://dndf.org/?p=12839

Maya Andrea Gonzales « La communisation comme auto-abolition de la femme »

Sur mes désaccords avec Théorie Communiste sur la question du genre et de son abolition.

12 décembre 2013 Ni TC ni moi n’ « appliquons » la lutte des classes à la lutte des sexes, ce n’est pas notre modèle théorique (c’est Christine Delphy entre autres qui parle de «classe des femmes»). Oui, la lutte féminine a sa propre justification, imbriquée dans la lutte des classes, elles forment une unité. Savoir comment est l’enjeu de nos discussions. L’auteure de la page facebook a du « marxisme » une très vague idée, qui n’est pas celle de TC ni la mienne….

Ce n’est pas tant que « les différences entre femmes et hommes me tiennent à cœur », mais elles existent, et à la base elles sont anatomiques. Ce n’est pas le cas des prolétaires et des capitalistes. La classe capitaliste s’est constituée historiquement par l’accumulation du capital, qui n’a rien de biologique, de naturelle; elle est sans fondement anatomique. Bref, il faut se garder d’une symétrie dans les deux contradictions, et je pense que certaines lectures de TC ne le font pas, parce qu’il y a un glissement de la formulation à la compréhension, dont certains de TC ont pris le risque, à moins qu’il ne s’agisse de désaccords internes.

Dire par exemple « il n’y aura plus ni hommes ni femmes », comme l’avance TC, dépasse à mon avis ce que sa théorie a démontré, l’intrication du genre dans le capital. C’est un raccourci qui se comprend aisément dans ses textes mais plus une fois qu’il en sort, dans des discussions de ce type, coupé de son contexte théorique interne. Il prête à l’incompréhension et à des interprétations qui n’ont de radicales que les mots. Quand il n’y aura plus ni capital ni prolétaires, il y aura encore des différences anatomiques entre hommes et femmes. De quoi pourront-elles être le fondement, dans « l’immédiateté sociale » ? nous n’en savons rien. S’il n’y a plus ni hommes ni femmes, c’est avec les guillemets qui signifient le genre en tant que domination masculine. Une fois qu’on a redéfini les mots dans un sens qui convient au raisonnement, on a le résultat attendu, sans autre preuve que la novlangue théorique qui élimine les différences anatomiques comme base de différences relationnelles, quelles qu’elles soient.

Autre exemple, le pronostic de l'abolition des sphères publiques et privées, mais là je n’ai pas suffisamment compris la chose pour m’avancer.

Héron : Merde quoi ! t’as beau enrober tout ça de définitions du genre et autres références plus « clean », tu te fais le relais d’une parole masculiniste qui nie et méprise les productions théoriques de femmes (qui ne resteront jamais que des corps différents ?).

Où as-tu lu de telles choses ? J’ai écrit deux lignes de définitions où d’autres en produisent des milliers, y compris des femmes théoriciennes… Je ne nie pas leurs « productions théoriques » en tant que femmes. Elles n’ont pas besoin de moi pour être en désaccord. Rien qui me dérange de ce point de vue dans les textes de Silvia Federici ou Maya Andrea Gonzales.(2)

Les femmes ont eu de tous temps, avant des « productions théoriques », des activités qui ne sont pas le produit d’une domination, mais d’une distinction qui ne ressort pas que de la division du travail, ce qui était possible tant que le travail ne déterminait pas entièrement toutes les activités humaines. Et précisément, je suis très loin de les « nier », de les tenir comme nulles et non avenues. Voir mes contributions sur le jazz, la musique et les femmes FEMMES de MUSIQUE dont je ne pense pas qu'il s'agisse à proprement parler de tâches imposées aux femmes par la domination masculine.

Ce qui me gêne dans le raisonnement de TC, c’est le passage de la construction sociale du genre, qui n’est pas de nature mais fondée sur elle (sur l’anatomie), à la supposition que cette caractéristique ne produirait plus de différences sociales avec l'abolition du capital et du genre réduit à la domination masculine. Justement parce qu’en tant que matérialiste, je considère que « le corps » est déterminant. Je rejoins peut-être la critique de Kosmoprolet « La cause de tout ça c’est que la nature n’a aucune place dans la pensée de TC. Le travail n’est pas pris comme médiation entre Homme et nature, médiation qui prend toujours une forme sociale particulière, il n’est pris que comme rapport social ».

Le non naturel dans la détermination sociale ne signifie pas que les contradictions sociales détruisent les déterminations naturelles, mais que celles-ci sont une base remodelée en permanence par les circonstances historiques, instrumentalisées par tel mode de production, tels intérêts de classes, ou de domination par la force, le pouvoir, l’idéologie…

Oui, les femmes et les hommes ont des corps différents, mais quand un père donne à un enfant qui en a envie une banane à manger, on ne dit pas qu’il le pénètre. Et oui, la tendance puritaine existe à voir dans toute relation sexuelle un viol.

(2) La distinction que j'ai faite entre « différences » et « hiérarchisation, je l’ai en tête de longtemps, mais je l’ai reprise ici sans le dire à Silvia Federici, « théoricienne féministe » d’un grand intérêt pour la refondation de la théorie communiste. Voir cette interview de juin 2012 http://www.lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Silvia-Federici-La . Si je suis « masculiniste », elle aussi. Voici un extrait :

« Q : Pour revenir à ton livre, tu affirmes qu’au Moyen Âge la division du travail n’impliquait pas nécessairement l’oppression des femmes…

R : Dans de nombreuses sociétés, avant les processus de colonisation, les hommes et les femmes avaient des tâches différentes, il existait donc une division des tâches. De fait, dans de nombreuses sociétés, par exemple au Nigeria, les hommes et les femmes travaillaient dans l’agriculture et chacun plantait des choses différentes et s’organisait de manière différente pour ce faire. Dans certains cas même, les hommes et les femmes utilisaient des mots qui leur étaient propres. En conséquence, les femmes ne dépendaient pas des hommes, elles avaient accès à leurs propres récoltes et les utilisaient pour leur autosubsistance si cela était nécessaire.

Ainsi, le fait de réaliser des tâches différentes n’implique pas automatiquement des degrés de pouvoir différents. La question est : quelles valeurs sont associées à ces différences ? Nous avons eu beaucoup de débats dans le mouvement féministe sur le type de société que nous voulions. Souhaitons-nous une société où l’on n’utilise plus les catégories d’homme ou de femme ? Ou voulons-nous une société où existerait encore d’une certaine manière, non pas une spécialisation, mais bien une différenciation puisque les femmes ont la capacité d’avoir des enfants ? Selon moi, les différences ne sont pas un problème, le problème c’est leur hiérarchisation. Cette dernière fait que les différences deviennent une source de discrimination, de dévaluation et de subordination. Il n’est pas nécessaire de construire une société où il n’y aurait pas de différences, nous pourrions peut-être même dire que certains différences sont bonnes.»