Jazz et féminisme

 

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Jazz et féminisme 

(en construction)

le Dim 1 Sep 2013

Désormais, le sujet étant mieux cerné, les figures marquantes seront abordées dans la rubrique http://jazzitude.forumactif.com/f3-les-musiciens, comme pour Irène Schweizer > http://jazzitude.forumactif.com/t4342-irene-schweizer-le-couteau-suisse-du-piano-libre. Sortir du ghetto, éviter les doublons.

Dans la relation des femmes au jazz, une piste n'a pas été explorée, le féminisme comme position explicite au sein du jazz, ou le jazz vu par les mouvements féministes. Jusque-là, nous avons mis en avant des positions individuelles ou collectives, des considérations sur les obstacles à la carrière des musiciennes, des groupes entièrement féminins, mais peu d'expression "politique" liée à leur activité.

Des exceptions toutefois, avec Feminist music-making in the UK and Ireland in the 1970s and 80s > http://womensliberationmusicarchive.co.uk/ (post précédent), certaines pages du site The Free Jazz Collective http://www.freejazzblog.org/ et The History of Women in Jazz in Britain - The Women's Liberation http://womensliberationmusicarchive.files.wordpress.com/2010/10/the-history-of-women-in-jazz-in-britain.pdf


The Fabulous Dirt Sisters 1981–1989


Le Feminist Improvising Group (FIG) http://en.wikipedia.org/wiki/Feminist_Improvising_Group est créé en 1977 par la vocaliste écossaise Maggie Nicols et la sax-bassoniste anglaise Lindsay Cooper. Il devient en 1983 The European Women's Improvising Group (EWIG), sous l'impulsion d'Irène Schweizer considérant le nom « trop politique ». Les Françaises Joëlle Léandre et Annick Nozati le rejoignent. On y trouve Maggie Nicols – vocals Lindsay Cooper – bassoon, oboe, sopranino saxophone, piano Georgie Born – cello, bass guitar Corinne Liensol – trumpet Cathy Williams – keyboards, vocals Irène Schweizer – piano, drums Sally Potter – vocals, alto saxophone Annemarie Roelofs – trombone, violin Frankie Armstrong – vocals Angèle Veltmeijer – flûte, tenor saxophone, soprano saxophone Françoise Dupety – alto saxophone, guitar



Dans le contexte de l'époque, sortie des années free-jazz pour être dominée par le jazz-rock bientôt nommé fusion, se démarque le concept de « Musiques improvisées », dont l'esthétique hérite du jazz et/ou de la « musique contemporaine ». Deux décennies durant après 68, une radicalité musicale s'accompagne souvent de radicalité politique, en phase avec le féminisme tel qu'il s'exprime alors.


Poster (c) Lindsay Cooper





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Une recherche croisée Feminism&Jazz nous fait découvrir tout un champ d'activités que ne dévoilait pas la simple approche Women&Jazz > https://www.google.fr/webhp?hl=fr#hl=fr&q=feminism+jazz

La chanteuse Janet Lawson http://en.wikipedia.org/wiki/Janet_Lawson s'interroge : « l'm not sure which came first—the feminism or the jazz—but what exists now is the spirit of a 38-year-old feminist jazz musician »

Angela Davis mettra les pieds dans le plat en 1999 avec son livre Blues Legacies And Black Feminism
http://www.allaboutjazz.com/articles/adavis2004.jpg « For decades, the blues have been described by scholars and critics as everything but an historical antecedent for contemporary black feminism »



 


Comme un écho au livre d'Angela Davis, 1981


1983

« Dans son livre Femmes, race et classe, Angela Davis s’affaire à un travail historique sur l’histoire du mouvement féministe noir aux États-unis. Elle y fait une analyse critique et comparative du féminisme du siècle dernier en regard des luttes d’émancipations et de libération du peuple noir. Elle analyse notamment les contradictions racistes et classistes qui survenaient au sein des mouvements abolitionnistes et féministes blancs.

Ces contradictions n’étaient pas anodines, Angela Davis traite chaque question en démontrant les écueils que provoquait le racisme dans le mouvement féministe blanc : on note, au sortir de la Guerre de Sécession, le rapprochement entre les dirigeantes du mouvement pour le droit des femmes comme Elizabeth Stanton avec des politiciens sudistes racistes qui défendent la priorité du vote de femmes sur celui des noirs. À noter pendant les années 1960-1970, l’alignement de certaines féministes blanches sur les politiques de stérilisations forcées imposées aux femmes des minorités indiennes, portoricaines et noires.[...]»
http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article4887
 
*
Des débats s'ensuivent. Les hommes s'en mêlent. David Suisman 1999 Was Bessie Smith a Feminist? - Columbia University http://www.columbia.edu/cu/ccbh/souls/vol1no1/vol1num1art7.pdf

Pourtant elle ne fait que suivre les recherches engagées dès les années 60 par Rosetta Reitz, féministe américaine et historienne du jazz > http://en.wikipedia.org/wiki/Rosetta_Reitz

De même, en 1984 Feminist Aesthetics in Jazz: An Interview with Susanne Vincenza of Alive! Mary S. Pollock http://www.jstor.org/discover/10.2307/3346094?uid=3738016&uid=2&uid=4&sid=21102602285993

Les études de genre (Gender Studies), nous l'avons entrevu, se penchent sur la question dans une perspective élargie
1997 Feminist Research in Music Education http://www.feministezine.com/feminist/music/Feminist-Research-in-Music-Education.html

Ces activités de recherche ou d'interventions se multiplient. En voici quelques exemples :
2004 A Feminist Perspective on New Orleans Jazzwomen http://www.nps.gov/jazz/historyculture/upload/New_Orleans_Jazzwomen_RS-2.pdf

2011 “Playing Like a Man”: The Struggle of Black Women in Jazz and the Feminist Movement http://digitalcommons.cedarville.edu/music_and_worship_ba_capstone/2/

Naturellement, une production discographique accompagne ces discours, notamment à travers des compilations, telles que celles données en références et extraits. Leur mérite est de faire (re)découvrir des musiciennes qui n'avaient pas enregistré sous leur nom, ou dont les disques étaient devenus introuvables. Mais la tendance à privilégier dans le jazz féminin les vocalistes a la vie dure, et cette idée reçue perdure sans scrupule : female, en jazz, s'entend chanteuse...
 


Prolongeant l'initiative de Nicols, Schweizer and Léandre dans les années 90, avec « Les Diaboliques », des jazzwomen engagent leur production dans cette voie :

Kate McGarry makes a feminist move on the standards songbook > http://thephoenix.com/boston/music/136584-kate-mcgarry-makes-a-feminist-move-on-the-standard/

Rencontre avec Lauren Rankin: Activist, Jazz Musician, and Pundit Of the Week > http://www.policymic.com/articles/50167/meet-lauren-rankin-activist-jazz-musician-and-pundit-of-the-week

Les exemples sont innombrables...



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Toutefois, dans aucun domaine, le féminisme n'est plus celui des années 60-70. Plus exactement, la dynamique n'est plus celle du féminisme dans le jazz, mais la présence plus nombreuses des femmes dans la musique de jazz même, une plus grande reconnaissance en tant que musiciens, au-delà du fait qu'elles sont « des femmes qui jouent aussi bien sinon mieux que les hommes » (Marian McPartland dans le film où elle parle de Vi Burnside...). Une "intégration" en quelque sorte, comme petite victoire des aînées, dont le combat a payé, même si les problèmes demeurent au fond.

En témoigne ce "Rendez-vous de septembre", dans JazzMan/JazzMagazine de ce mois (page 4) :

« Évidentes JazzWomen / Les femmes sont à l'honneur au festival 'Jazz in Rueil' de Rueil-Malmaison du 17 au 22 septembre. Autrefois, on venait à ce genre de manifestation pour la curiosité des femmes musiciennes. Si la cause des femmes reste d'actualité, la bonne nouvelle, c'est qu'à Rueil on viendra pour l'évidence de grandes musiciennes : Airelle Besson, Céline Bonacina et Sylvaine Hélary (au sein des voix croisées de Didier Levallet [disque 'Choc' dans le même n° du magazine]. Géraldine Laurent (avec Manu Codjia et Christophe Marguet), les quartettes d'Aurore Voilqué et Virginie Teychéné, les quintettes d'Amy Gamlen et China Moses. Ainsi soient-elles. »



De même à la Fête de l'Humanité du 13 au 15 septembre 2013, où l'on retrouve Géraldine Laurent, mais aussi Laïka, Élise Caron, Macha Gharibian, Anne Pacéo... Article de Farah C. déjà signalé La créativité du jazz au féminin et en toute diversité > http://www.humanite.fr/medias/la-creativite-du-jazz-au-feminin-et-en-toute-diver-546851

La femme est au présent du jazz !


afro
Maria Schneider en 2001 : « When I make music, either composing, rehearsing or conducting, about the last thing on my mind is my gender and I don't think any male musician is thinking about the fact that he's a man when he's creating music," she said. "They don't put a sign on a man saying 'MAN.' Why would they put one on a woman saying 'WOMAN?' Isn't it obvious? And what's the difference if I am a woman? If my work isn't interesting enough on it's own, I don't want any job. I've managed to do what I want creatively, and work enough to make ends meet and I think that's based on merit. I certainly work hard enough to believe it is.

"I am who I am, inside of me, and 100% of my challenge is going about the business of trying to create deeper music. That's it. Dealing with being a woman among men would rate as a 0% challenge," she continued. "I think I'm so tired of the question of gender because I feel it somehow diminishes the value of what I do. It diminishes the value of what we all do. It certainly doesn't show respect towards the incredible gift we have in music, the magic of creative expression, the beauty of personalities coming alive through sound vibration. For most musicians, the challenge of making meaningful music is everything. And we spend our lives in search of getting better and seeking to go further. Hopefully, we can live comfortably enough while continuing to search.

"I've given my entire adult life to music and if someone along the way didn't hire me because I'm a woman, I never noticed. If they hired me just because I am a woman, well, they got much more than they bargained for!
»

Citée par Mitchell Feldman, Avril 2001 in Women in Jazz - A Man's Perspective > http://www.jazzhouse.org/library/?read=feldman1

Tout l'article est intéressant, recoupant les idées de ce fil... 12 ans avant. Si courage, le traduirai.

Toujours est-il qu'on note de la part de Maria Schneider le retournement de la posture féministe en rejet de l'assignation être une femme, parce qu'il n'y a que les femmes qui en sont l'objet et les victimes, en jazz comme ailleurs. De l'ancienne affirmation (explicite ou non) "Je suis une femme mais je joue aussi bien qu'un homme" on arrive à "Ce n'est pas d'être une femme qui me fait jouer comme ça"... Autrement dit ce type de position, aujourd'hui courante, traduit le passage du combat féministe en lutte pour abolir le genre sexué socialement, tel qu'il est évoqué dans le post précédent.