Rebop, Be Bop... Dizzy Atmosphere

 

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    5. JAZZ
        5.3. Histoires des jazz
            5.3.9. le jazz 'pour les nuls', d'un savoir écouter
Rebop, Be Bop... Dizzy Atmosphere 

Message par Patlotch le Ven 11 Oct 2013

Retour donc à l'écoute, ici celle du « jazzmoderne », en ce qu'il a de différent du « jazz classique ».

Ceux qui, à l'époque ou après coup, ont pu suivre l'évolution du jazz dans les années 40, dans les lieux où il se transformait radicalement, ont peut-être eu la possibilité de saisir à la fois continuités et ruptures, telles que je les ai évoquées ici ou là. Néanmoins, vu de plus loin, le choc du « be-bop » est énorme, pas moins que les premiers « free-jazz ». Entre les deux, rien de tel, d'aussi massif, générationnel.

Pour mesurer l'évènement, sur le plan musical, il faut donc écouter le be-bop à sa naissance et à maturité. C'est indispensable aussi pour relativiser les nouveautés du cool et la réaction du hard-bop, dans un bras-de-fer qui n'est pas sans être racisé (Noirs vs Blancs). Nier la dimension 'raciale' est aussi bête que la tenir pour seule détermination.

On ne peut pas tenir pour « be-bop » mûr les enregistrements de Parker à ses débuts. L'héritage des altistes swing les plus avancés est très présent, même si apparaissent des formules qu'on retrouvera plus tard (doubles-croches, triolets puis croches...), dans une aisance rythmique et harmonique alors inégalée, et un phrasé si naturellement vocal qu'on n'entend plus aucune barre de mesure, aucune barrière à son envol. A Bird is born.



Le plus vieil enregistrement connu de Parker serait celui-ci, en 1940
> http://www.youtube.com/watch?v=LqPBvRPi7Dw&list=RD02_w6kJ9jyl7Y

On peut écouter les faces dans l'orchestre de Jay McShann, dans un style qui n'a pas grand chose de ce qui suivra, si ce n'est l'influence de Lester Young pour le jeu, et des virtuoses de l'alto, Jimmy Dorsey (sa fluidité), Willie Smith, Benny Carter (influencé en retour dans les années 50)...

1929



Body and Soul > http://www.youtube.com/watch?v=gqnTljx6MNU
Swingmatism > http://www.youtube.com/watch?v=1uTwGyw4l2g

Mais on l'entend plus longuement dans quelques enregistrements en petits groupes

Ce morceau de 1942 au ténor, en duo avec Hazel Scott au piano, permet de situer Parker comme disciple direct de Lester Young
Embraceable You > http://www.youtube.com/watch?v=ih6EpdGfR7s

1943 en trio avec Gillespie et Oscar Pettiford
Sweet Georgia Brown > http://www.youtube.com/watch?v=G7XTWVPwrJw
Dizzy me paraît plus audacieux harmoniquement, plus éloigné des trompettistes antérieurs que Parker des saxophonistes.

Les faces en trio (que je connaissais pas) sont magnifiques, d'autant que Parker y joue tout au long des 3 et qq mn.
Charlie Parker trio Efferge Ware- Guitar, "Little" Phil Phillips - Drums My Heart Tells Me > http://www.youtube.com/watch?v=LKkE64yoGGk
Cherokee > http://www.youtube.com/watch?v=00ezGLkhw8o
I Found A New Baby > http://www.youtube.com/watch?v=_w6kJ9jyl7Y citations de Lester Young...
Body and Soul > http://www.youtube.com/watch?v=zMKpV5D8HwQ
Contrairement à beaucoup de ses imitateurs, Parker conserve du jazz d'avant un sens mélodique aigu, y compris dans ses résolutions harmoniques avancées. Réduire le be-bop à une histoire de modes à jouer sur tel accord n'a dans son jeu aucun sens.

1943 en trio avec Gillespie et Oscar Pettiford
Sweet Georgia Brown > http://www.youtube.com/watch?v=G7XTWVPwrJw

Les premières faces que j'ai connues datent de 1944, d'un disque en équilibre entre classique et moderne, en raison des musiciens y participant.

Charlie Parker - Alto Sax, Clyde Hart – Piano, Lloyd "Tiny" Grimes – Guitar, Jimmy Butts – Bass, Harold "Doc" West - Drums
Tiny's Tempo > http://www.youtube.com/watch?v=cp0APWH_--8


Il n'y a guère que Parker pour jouer be-bop sur ce thème au demeurant sans nouveauté. Pas encore les dissonances caractéristiques du be-bop (quinte diminuée), plutôt des blues notes et chromatismes comme notes de passage. Les autres musiciens ne se distinguent pas ici de ce qu'on entend depuis 1938-39. Tiny Grimes enfile sans état d'âme des plans et phrases complètes de Charlie Christian. Harold West quelque part entre Jo Jones, Sid Catlett, et Kenny Clarke.
Romance Without Finance (Take 5) > http://www.youtube.com/watch?v=IxeYHN9EcPI Vocal Grimes & Butts
Pour autant, la rythmique à l'ancienne et la modernité de Parker font bon ménage.

Les choses sérieuses commencent par là...



Comparons deux versions de Dizzy Atmosphère, début et fin 1945, avec deux rythmiques différentes
Le thème lui-même est écrit dans le nouvel idiome, avec ces figures de triolets caractéristiques, les accords mineur et quinte diminuée, des mouvements chromatiques d'accords de dominante dans le pont, la notion de substitutions 'par triton = quinte diminuée = quarte augmentée) de la cadence V > I par bII - I (sol-do par réb-do)

Une analyse, "Dizzy Atmosphere": The Challenge of Bebop, Eric Porter 1999 > http://www.historyinperspective.org/sites/historyinperspective.org/files/porter-bebop.pdf

Un phrase-titre résume le problème : "The World Was Swinging with Change", une autre « Now' the Time »

1) avec une rythmique d' «anciens » février 1945 :
1945 Dizzy Gillespie (tp) Charlie Parker (as) Clyde Hart (p) Remo Palmieri (g) Slam Stewart (b) Cozy Cole (d)
Dizzy Atmosphere > http://www.youtube.com/watch?v=RifJUtGH8ak
2) avec des « nouveaux » décembre 1945 Charlie Parker - Dizzy Gillespie Rebop Six Dizzy Gillespie – Trumpet, Charlie Parker - Alto Sax, Milt Jackson – Vibraphone, Al Haig – Piano, Ray Brown – Bass, Stan Levey - Drums
Dizzy Atmosphere > http://www.youtube.com/watch?v=xnhIrr4svqs
Tous les protagonistes ont adopté le nouveau langage, ils accèdent aux mêmes difficultés harmoniques sur un tempo que ne pourraient pas suivre la plupart des anciens. N'était le vibraphone de Milt Jackson (au demurant plus acide qu'ultérieurement dans le MJQ), la formation be-bop du quintette est née. Elle connaîtra ses heures de gloire pendant une quinzaine d'années ou plus, avec Art Blakey, Horace Silver, Miles Davis, Clifford Brown/Max Roach... Elle devient parfois sextette avec un trombone, un guitariste... ou bien ceux-ci remplacent la trompette ou le saxophone.

1947 Dizzy Gillespie Quintet Dizzy Gillespie – tp, Charlie Parker Alto, John Lewis p, Al McKibbon b, Joe Harris dms
Dizzy Atmosphere > http://www.youtube.com/watch?v=d55AOY_NOaY Le piano John Lewis est noyé, la basse une bouillie, mais au moins on entend ces « bizarres » pêches de batterie be-bop derrière le discours soliste. L'évolution de Parker et Dizzy est sans appel. La page est tournée.

1956 Eddie Lockjaw" Davis", Organ: Doc Bagby, Drums: Charlie Dice
Dizzy Atmosphere > http://www.youtube.com/watch?v=RdN933ORxRM

New York, 1957
Dizzy Gillespie (tp); Stan Getz, Paul Gonsalves, Coleman Hawkins (ts); Wynton Kelly (p); Wendell Marshall (b); J.C Heard (d)
Ordre des solos de ténor : Gonsalves, Hawkins, Getz
Dizzy Atmosphere > http://www.youtube.com/watch?v=WftUdlw2Z9g Gonsalves, réputé pour sa vélocité, n'en surfe pas moins assez péniblement, Hawkins après le solo de Gillespie à 5:50, dans a manière qui n'est pas be-bop à proprement parler, mais rentre-dedans sans 'fausse note', Getz à 8:15 plutôt à l'aise égal à lui-même, beaucoup de gammes quand même relativement à l'invention parkérienne. Au total, l'atmosphère be-bop accueille tant le vieux de la vieille, l'ellingtonien endurci que le patron cool de la côte Ouest... Valsez labels !
J.C. Heard est dans le nouveau classicisme de la batterie, soutien à la grande cymbale, pêche de caisse claire et grosse caisse. Au meilleur avec le solo de Dizzy, le côté incisif de la trompette a toujours quelque chose de stimulant pour les batteurs, au niveau des timbres (Clifford-Max Roach, Kenny Dorham ou Lee Morgan -Art Blakey, Miles-Tony Williams...). La ligne de contrebasse est également typique de ces années, un walking assurant le tempo et portant l'harmonie. Winton Kelly ponctue d'accords fournis dans la clarté rythmique, toujours sobre, pertinent, à l'écoute.

J'ai eu la chance de voir et entendre Getz en quintette avec Dizzy à Chateauvallon en ? 1971... Ils avaient joué comme en s'amusant nombre de standards du be-bop. À la répétition, quelques fans demandaient les thèmes... Hot House ! Hot House !



1974 Oscar Peterson & Dizzy Gillespie - Dizzy Atmosphere > http://www.youtube.com/watch?v=DfRhGSCDqsk
En accompagnement, Peterson fait la pompe stride ou le walking main gauche et l'accord à contretemps à droite. En solo, même chose et le déluge à droite (on voit d'où vient Hiromi...) Impérial duo !



1983 Norvège Stan Getz (tenor saxophone), Chet Baker (vocals, trumpet), Jim McNeely (piano), George Mraz (bass), Victor Lewis (drums)
Dizzy Atmosphere > http://www.youtube.com/watch?v=QlO_qO5yBzs
Quelle magnifique version. Attend-on Chet Baker dans cette... atmosphère. Et quelle ligne de basse...

2007 ? Une version en big band arrangé et dirigé par Bill Holman
> http://www.youtube.com/watch?v=_kj6aYjKb4o Une riche écriture et des solistes professionnels. Trop d'a priori pour l'émotion...

Une prestation revivaliste récente
Michael Fatum – Trumpet, Patrick Sargent - Alto Sax, Ray Mason – Trombone, Michael Harlen – Bass, John Fatum - Drums
Dizzy Atmosphere > http://www.youtube.com/watch?v=sHiR4GbhJwo Gentiment décalés

2010 Un jeune russe au dessous de tout soupçon, le big band qui va avec, et par-dessus un violon bidouillé pour sonner comme Slam Stewart, que demande le peuple slave ?
http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=520Nj24pC_w

Je suis sorti de mon sujet ? Ah bon

Au fait, Charlie Parker rejetait l'appellation bebop...