les conditions du jazz 'moderne'

 

Recherche

Table des matières

Index  

Ancien site LIVREDEL  Sommaire

    5. JAZZ
        5.3. Histoires des jazz
            5.3.9. le jazz 'pour les nuls', d'un savoir écouter
les conditions du jazz 'moderne' 

Personne ne s'étonnera plus qu'ayant annoncé une chose, j'en fasse une autre, fidèle que je suis au principe jazzique de l'improvisation durable.

Qu'est-ce qui est commun aux jazz classique et moderne * ? et quelles sont leurs différences ?

*Par commodité je retiens « jazz classique » pour ce qui précède le be-bop, et « jazz moderne » pour ce qui va du be-bop à l'avant-free. Le jazz classique comporte donc, en termes de styles, New-Orleans, Chcago et Dixieland (considérés aussi comme pré-classiques); swing, ou middle jazz mainstream. Le jazz moderne dans cette acception se constitue du be-bop, du cool, du West-Coast, du Hard-Bop, du Third Stream, et globalement les styles ou figures apparus entre le milieu des années 40 et la fin des années 50.

Pour ce qui est commun, bien qu'en formes différentes, je retiendrais d'une façon générale en vrac :

- le principe de l'improvisation sur la base de mélodies portées par des accords, et donc de solos improvisés sur un accompagnement par une « section rythmique » ;
- le traitement rythmique évoqué concernant temps forts et faibles, rythmiquement vs harmoniquement ;
- le rapport individuel à l'instrument qui ne poursuit pas un idéal ??? mais une expression personnelle ;
- l'influence du blues ;
- la domination comme instruments solistes de la trompette, du saxophone, et du piano.




Pour ce qui est différent dans le jazz moderne relativement au jazz classique :

- une improvisation davantage fondée sur l'harmonie que sur la mélodie ; la complexité harmonique et mélodique, parfois rythmique.

- des connaissances théoriques et une technicité supérieure sur tous les instruments (hors quelques figures singulières comme Tatum, Django, George Van Eps, Coleman Hawkins...). Corollaire : la possibilité de tempos plus rapides ;

- une section rythmique le plus souvent constituée du piano, de la contrebasse, et de la batterie, constituant par ailleurs le standard du trio p-b-dms dont l'évolution reflète celle du jazz en général;
- la quasi disparition de la guitare comme soutien rythmique, et son accession au rang d'instrument soliste au même titre que saxophone et trompette ;

Tal Farlow Photo de 1963 en fait

- les évolutions dans la lutherie instrumentale au sens large, et ceux des techniques d'amplification, d'enregistrement (studios) et de reproduction sur disque ou bande magnétique (industrie et commerce);

1940-45



1955



- l'intérêt grandissant du business (le capitalisme) pour le succès du jazz et de ses environs, parallèlement au succès populaires du Rythm and Blues puis du Rock ;
- le rapport du jazz aux publics, et notamment l'effacement de sa fonction d'accompagnement pour la danse. D'une part le mouvement va du dancing au club, à la salle de concert et aux festivals...

René Urtreger, Sacha Distel, Bobby Jaspar, Jean-Marie Ingrand, "Mac Kac" Reilles


… d'autre part vers une augmentation d'abord aux USA et au Japon, puis en Europe, de foyers dotés de tourne-disques ou chaînes hi-fi, les émissions spécialisées et retransmissions à la radio et à la télévision. On peut y ajouter la plus grande présence du jazz au cinéma. La multiplication des revues spécialisées, et celle des futurs « experts » (Vaneigem/Debord) sous le nom de journalistes, critiques ou historiens.


- le contexte social et particulièrement la situation aux USA de la population afro-américaine ;


- l'accélération de la mondialisation du jazz dans le processus capitaliste;


Carte du Monde présentant les possessions coloniales en 1945 Wikipedia


Comme on le voit, je dresse une liste très générale, qui ne porte pas seulement sur des différences musicales mais intègre aussi, dans la mesure où il les détermine, le contexte dans lequel le jazz moderne est produit et reproduit. Il participe de conditions musicales, socio-économiques, techn(olog)iques et sociologiques dans le cadre des « Trente Glorieuses » (la croissance économique) et de la chute du colonialisme. Ayant en tête cet ensemble, on peut en revenir à la musique.