la rythmique de Count Basie, de Jo Jones... à Joey Baron

 

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la rythmique de Count Basie, de Jo Jones... à Joey Baron 

Message par Patlotch le Mer 9 Oct 2013

Si je ne partage pas toujours le point de vue d'Alexandre Pierrepont, dans Le champ jazzistique (http://multitudes.samizdat.net/Le-champ-jazzistique-selon), je soutiens certaines de ses positions, quand à "la multiplicité constitutive du jazz". J'ai insisté dans mes interventions sur les continuités qui sous-tendent les ruptures par lesquelles on définit les "périodes" (swing, be-bop, cool, hard-bop etc). Il existe des courants profonds qui structurent l'histoire du jazz en traversant les périodes décrites comme chronologiques et successives, et cela vaut pour l'approche rythmique autant qu'harmonique (notamment avec le blues), ou l'instrumentation, ce dont j'ai donné moult exemples.

La rythmique de j'orchestre de jazz est bouleversée par les premiers combos de Count Basie, à Kansas City. La modernité fait ses premiers pas en égalisant les quatre temps, grâce au trio guitare-contrebasse-batterie que constituent Freddie Greene, Walter Page et Jo Jones. Elle a souvent été décrite, mais il suffit de l'écouter pour entendre la différence avec les exemples précédents. Sa cohérence et son liant font qu'on la perçoit comme un seul instrument, Greene et Page jouant une sorte de contrepoint à 3 ou quatre notes. Le guitariste faisait sonner seulement une part des cordes qu'il attaquait, si bien que le mariage se faisait aussi avec le jeu de Jo Jones, souvent aux balais.

La principale innovation de Jo Jones consistait à utiliser la pédale charleston et la grande cymbale (ride) plutôt que la grosse caisse pour marquer le tempo, ce qui allège considérablement sa perception. La grosse caisse se trouvait ainsi libérée pour des accentuations qu'apporteront Sid Catlett et surtout Kenny Clarke. La distribution des formules rythmiques et des sons sur les différentes parties de la batterie ne cesse plus de se complexier, comme on l'a vu dans l'exemple de Joe Morello, ce qu'amplifieront Max Roach, Art Blakey, Roy Haynes... Tony Williams... jusqu'aux polyrythmies de Dejohnette et des batteurs contemporains.



Dans ces solos de Roy Haynes en 1973 et de Tony Williams en 1989, l'influence de Jo Jones est tout à fait perceptible



C'est aussi cette légèreté et la souplesse de cette rythmique qui permettent la libération des solistes tels que Billie Holiday (qui tourne un an avec l'orchestre, mais n'enregistre pas), Lester Young ou Charlie Christian.

1936 Lady be Good > http://www.youtube.com/watch?v=SeqwPX4T4E0
1938 Allez Oop > http://www.youtube.com/watch?v=oA6OxVCb2TQ Écouter la différence de découpage rythmique de Buck Clayton, à la trompette, et le survol des barres de mesure par Lester Young.

Les enregistrements au Minton's « From swing to bop » portent bien leur nom, et sachant que la grève affectant les enregistrements en 1942-43 (vérifier) nous prive de traces, ils sont irremplaçables. Ici Charlie Christian sur le drumming de Kenny Clarke. Les bases étaient posées du drumming moderne autant que de la guitare électrique de jazz, et ça d'emblée à un niveau que transcenderont Kessell, Farlow, Raney, Wes, Benson... Grosso modo, on l'a souvent dit, cela permettait de mettre la guitare au niveau de volumes des sax et des cuivres, et d'en faire un instrument soliste, d'une autre manière que Django dans son quintette à cordes typiquement manouche.
> http://www.youtube.com/watch?v=Ce9Jtl9D6FQ

Pour revenir à Basie, j'ai plusieurs fois signalé un disque de 1962, qui permet d'entendre ce type de rythmique avec les avantages de la haute-fidélité
Coun't Place > http://www.youtube.com/watch?v=2SGEHon6_8k

C'est le type de rythmique que l'on retrouve dans le Jazz West Coast du début des années 50, avec l'influence de Lester Young sur les saxophonistes. J'en ai parlé à propos de Jimmy Giuffre


1954


Sample > http://www.allmusic.com/album/shorty-rogers-courts-the-count-mw0000321449
It's Sand, Man > http://www.youtube.com/watch?v=3CdibbsqkrE
Jump for Me > http://www.youtube.com/watch?v=H62dumZOmik
Personnel: Shorty Rogers (trumpet, arrange, conduct), Pete Candoli, Harry Edison, Maynard Ferguson, Conrad Gozzo (trumpet), Bob Enevoldsen (velve trombone), Milt Bernhart, Harry Betts (trombone), John Graas (french horn), Paul Sarmento (tuba), Herb Geller, Bud Shank (alto sax), Bill Holman (tenor sax), Jimmy Giuffre (clarinet), Bob Gordon (baritone sax), Marty Paich (piano), Curtis Counce (bass), Shelly Manne (drums)

Plus près de nous, cette mémoire des anciens, cette clarté des timbres et leur distribution mélodique, sont perceptibles chez Joey Baron