temps forts, temps faibles... Harmonie vs Rythme

 

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temps forts, temps faibles... Harmonie vs Rythme 

Message par Patlotch le Mer 9 Oct 2013

Un des premiers trucs indispensables pour écouter le jazz est d'intégrer corporellement la notion de temps faibles et temps forts. généralement, dans une mesure à quatre temps (4/4) ils sont distribués comme suit :

- les temps 1 et 3 sont forts harmoniquement = faibles rythmiquement
- les temps 2 et 4 sont forts rythmiquement = faibles harmoniquement

Les instruments qui produisent l'harmonie (contrebasse, piano, guitare...) changent d'accord sur le premier temps (en fait ils suivent la grille, mais dans nombre de standards, le changement intervient sur le premier temps de chaque mesure, parfois deux fois par mesure, sur 1 et 3).

Les instruments rythmiques (batterie, contrebasse, guitare...) accentuent les temps forts rythmique 2 et 4. C'est la raison pour laquelle, quand on tape dans ses mains, il faut le faire sur ces temps-là, et non sur 1 et 3, comme on le reprochait aux publics français, qui tapaient (et parfois encore) dans les mains "à l'envers", sur 1 et 3.

Une bonne manière de sentir le rythme est de battre du pied sur 1 et 3, et des mains sur 2 et 4, voire seulement sur 2 (c'est valable aussi pour la bossa, le rock... dans une approche élémentaire). On se retrouve généralement en phase avec le jeu du batteur, ou du contrebassiste dans le walking, qui change d'harmonie sur 1 et 3 et joue plus fort des notes de passage sur 2 et 4. Quand le contrebassiste joue "à la blanche" (in two), la base de son jeu consiste à ne jouer que 2 notes par mesure à 4/4, sur 1 et 3.

Naturellement, cela évolue dans l'histoire du jazz. Au départ l'afterbeat (contretemps 2 et 4) est très marqué, comme dans le Hot Five de Louis Armstrong. Nombreux stop chorus dans ce morceau, cad que le soliste joue pendant que l'orchestre s'arrête, ici chaque deux mesures... Pour le reste, le tuba joue à la blanche autour de 1 et 3, le banjo accentue 2 et 4 (c'est aussi la base de la pompe, dans le style manouche, les premiers instruments de ce style étant non des guitares mais des banjos-guitares, à 6 cordes)



… ou l'orchestre de Fletcher Henderson. Noter ici le chorus de Coleman Hawkins, encore très staccato (c'est 10 ans avant qu'il révolutionne le saxophone), les trios de clarinettes, la rythmique derrière le solo de trompette...

> http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=c7iz5_pHTzM

C'est encore le cas dans l'orchestre de Jimmy Lunceford, avec Hank Crawford à la batterie, le two beat étant la marque de fabrique de l'orchestre.

> http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=4GYqOzpnSXU

L'exercice du jour Basketball consiste à chercher le 1er temps de chaque mesure, à marquer les 2 et 4 en tapant des mains, puis à taper du pied sur 1 et 3, enfin le tout ensemble.

Parfois les temps sont marqués de façon plus égales rythmiquement, l'accentuation plus légère mais l'harmonie est jouée in two. Ici on perçoit le tuba sur 1 et 3. Pour moi, Bubber Miley à la trompette Wha wha est le Jimmy Hendrix de son temps...

Duke Ellington, Black and Tan Fantasy > http://www.youtube.com/watch?v=GN3_c1OnA3s

Le principe reste valide pour des tempos plus enlevés. Ici Sidney Bechet, sur une rythmique qui passe, à la contrebasse, du two beat au walking, et un fort contre-temps marqué à la caisse claire jouée (aux balais semble-t-il).

1932 Shag > http://www.youtube.com/watch?v=3--PWzbdBgE Bechet a une telle pêche qu'il semble (en)traîner la rythmique, ce qui sera bien pire avec certains de ses musiciens français... Mais c'est aussi le cas parfois de Lionel Hampton ou d'Armstrong, qui n'a pas toujours été accompagné par des musiciens à la hauteur...

Bechet, dès avant les années 20, est un des plus virtuoses à la clarinette et au saxophone soprano. Son influence est déterminante sur toute l'histoire du saxophone. Coltrane s'en souviendra, avec son Blues to Bechet, au soprano > http://www.youtube.com/watch?v=LcvdeGHNnmI



Ici, en 1940, Bechet est accompagné d'une rythmique plus souple, avec Big Sid Catlett, dont les accents de caisse claire annoncent Kenny Clarke et la révolution rythmique du be-bop. Catlett accompagnera Parker à ses débuts.

1940 Shake it and Break it > http://www.youtube.com/watch?v=xU6nsoloidc



Max Roach rend hommage à Sid Catlett, dans un solo de batterie de son album Drums Unlimited en 1962. Comme souvent, ses solos sont d'une construction magistrale, commençant à la caisse claire, avec accents de grosse caisse, et charleston imperturbable, puis passage aux grandes cymbales, avant le retour au calme.



For Big Sid > http://www.youtube.com/watch?v=QE8PaF064NM

Un autre exemple de cette construction dans son solo sur Saint Thomas, avec Sonny Rollins.
Saint-Thomas > http://www.youtube.com/watch?v=UA2XIWZxMKM On peut pratiquement chanter le thème durant tout le solo... Un grand solo de batterie devrait toujours se référer au thème, sans quoi on a l'impression d'entendre le même sur tous les morceaux.

En solo encore, The Drums also waltz > http://www.youtube.com/watch?v=STO7ughX0Uo Là, pas d'exercice particulier, trouver un(e) partenaire, ça se danse aussi bien que des valses de Strauss... Mais au fur et à mesure du solo, il ne faut pas se laisser emporter par les décalages et figures complexes. Excellent exercice pour comprendre l'articulation entre rythme de base, jeu de la section rythmique, et solistes.

Retour à Bechet, en France

Buddy Bolden Story > http://www.youtube.com/watch?v=1cgk-jI-NJo
Blues in Paris > http://www.youtube.com/watch?v=y3rVScAQsy0

Pour la petite histoire, Bechet était d'une famille créole descendant d'esclaves d'un maître d'origine française, du nom de Bechet, en provenance de Normandie, dont la signification est "petit bec", une prédestination...