Des vents et des cordes dans les graves

 

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Des vents et des cordes dans les graves 

Des vents et des cordes dans les graves

le Ven 28 Juin 2013

On va faire moins de bruit

Pour un défunt forum, Jazz en France, j'avais écrit en 2000 une petite histoire de la contrebasse dans le jazz
"L'INEXTISSOIRE DE LA BASSCOGNE DE SHWING, PAR LE DOCTE TROGLUES EN Bb, GARDE-CHAZZ CONTEXTÉ IN THE FOIRUM"

Ici, je ferai plus court, avec des zimages. N'oublions pas que cette approche par instrument n'est qu'un prétexte à voyager parmi quelques aspects majeurs du jazz classique, avant que Winton Marsalis ne décrète classique tout le jazz avant lui (sauf le free, le jazz'rock... bref son anti-jazz à lui). Pièces majeures qui sont orchestrales, tant le jazz est œuvre collective, les solistes - souvent les vedettes, jalons des histoires du jazz - ne pouvant pas grand chose, hors pianistes et guitaristes, sans le tapis que leur déroulent les rythmiques, dont la ligne de basse est une fondation au même titre que la batterie.

Une difficulté avec la contrebasse, pour cette époque, est tout à la fois son niveau sonore, et la qualité des enregistrements dans les graves pour en rendre compte. C'est une difficulté mais aussi une caractéristique qui détermine la façon dont on en jouait pour la hisser au niveau sonore des orchestres sans amplification : cordes éloignées du manche, style slap, jeu à un seul doigt en tirant avec le bras, vélocité restreinte... Ces contraintes, depuis le remplacement des basses à vent (tuba...) par les basses à cordes (contrebasse, jusqu'à l'arrivée de la basse électrique après la période concernée), sont néanmoins progressivement surmontées, avec de remarquables anticipations sur le jeu qui deviendra courant dans le jazz moderne, le walking à la Ray Brown... Chemin faisant, l'approche musicale avance de conserve avec la technique. Sans commentaires détaillés, chacun a pu ou pourra l'observer dans les vidéos du fil.

George Pops FOSTER Actif dès 1907 à la New Orleans chez Kid Ory, King Oliver, il accompagne Armstrong, Bechet, Red Allen... également des bluesmen.



Ici, King Oliver en 1923, dans le style New Orleans d'avant la quasi invention du solo de jazz par Louis Armstrong. Foster est plus visible qu'audible. Armstrong en second au cornet, Baby Dodds aux drums, noter son set, la très grosse caisse, et sa tenue de caisse claire.





Dans cet audio de 1929, remarquable entente avec la batterie et le banjo, walkings avec un fort afterbeat... On retrouve Red Allen à la tp et Albert Nicholas à la clarinette.





En 1955, entre jazz et blues avec l'orchestre du pianiste Sammy Price, Herb Hall à la clarinette, l'incontournable Freddy Moore à la batterie. Ces disques sont parmi les meilleurs de ce "vieux style", en pleine époque de jazz moderne.






En 1964 - Scott LA FARO est mort trois ans avant -, Pops Foster slappe inlassablement



Wellman BRAUD est le contrebassiste de l'orchestre Ellington de 1927 à 1935.

Ce film de 1930 au Cotton Club permet bien d'observer sa technique, la tenue de l'instrument pour une puissance maximale de jeu en slap. Ici le son caractéristique évoquant la jungle urbaine autant qu'africaine, avec les wah wah chapeau, les growls... Le saxophone est joué très staccato (Carney au baryton), la fluidité viendra plus tard.



Dans ce Maori en audio, un son retravaillé permet d'entendre très clairement Braud. On remarque la construction de ses lignes en deux ou quatre notes par temps, et à partir de 2:20 un walking constitué de notes répétées sur une ou deux mesures.


Walter PAGE

On l'a rencontré auprès de Jo Jones et Freddie Greene chez Count Basie. Il apporte au style de ses prédécesseurs une nouvelle souplesse tant rythmique qu'harmonique à ses walkings.

Il est moins connu pour avoir commencé au tuba, et dirigé un orchestre dès 1925, avant Count Basie, les Walter Page's Blue Devils. Le crieur de blues Jimmy RUSHING est déjà là.


Les Kansas City six, Carnegie Hall 1939, sans Basie, mais une rareté : Charlie Christian (1:34) avec Freddy Greene très audible à la guitare rythmique. Solo de basse vers 0:30



Encore notre section rythmique de rêve, en 1940. L'économie politique du jazz étant ce qu'elle était, ce disque du KS6 de Basie où sont comme invités Charlie Christian et Goodman paraît sous le nom Benny Goodman sextet...



One more time, avec Billie Holiday et Lester Young, Teddy Wilson au piano.



On le quitte sur ce blues des Kansas City 6 en 1938, avec Lester à la clarinette. La contrebasse est mise en avant par l'enregistrement...



John KIRBY



Déjà croisé à propos de Sid Catlett, Kirby est présent aux deux bouts du jazz classique, tenant le tuba dans l'orchestre de Fletcher HENDERSON en 1929, et dix ans plus tard à la tête d'un sextet superbement arrangé. Remarquons que le jazz ne manque pas de leader bassistes, Page, Kirby... avant Mingus, Holland, Pastorius... Ils font aussi d'excellents arrangeurs.



Cette musique est si bien écrite que six musiciens donnent l'impression de sonner big band, comme chez Mulligan ou Benny Golson plus tard.



Plus qu'une curiosité, Beethoven Riffs On (Symphony 7, mvt 2)



Kirby accompagnera les débuts de Sarah VAUGHAN





Neutral 
 
La longévité ou le génie font à certains traverser l'histoire du jazz morts ou vifs.

Milt HINTON est actif de la fin des années 20 aux années 90, accompagnant tant Tatum que Cab Calloway, Dizzy Gillespie que... Brandford Marsalis en trio, avec le batteur Jeff Tain Watts





On a que l'embarras du choix, ici à 82 ans



Une petite leçon de contrebasse





Mais nous parlions de jazz classique... Blues de l'homme sauvage, Red Allen, tp, Coleman Hawkins ts, Rex Stewart cornet, Jo Jones drums, Milt Hinton on bass, Pee Wee Russell on clarinet, Danny Barkerand on banjo, Vic Dickenson on trombone. Vidéo déjà proposée, mais fort de ce qui précède, à entendre d'une autre oreille.





Jimmy BLANTON

Mort à 24 ans en 1942, il aura inventé la contrebasse moderne, comme plus tard l'aura révolutionnée Scott LA FARO, disparu en 1961 à 25 ans. PASTORIUS atteindra les 36 ans... On entend dans son jeu Ray Brown, et peut-être davantage Charles Mingus.

Jimmy Blanton & Duke Ellington - Blues 1939





Les mêmes, Blanton à l'archet (là viennent à l'esprit Pettiford, Paul Chambers), Sophisticated Lady





Il faut souligner la prescience d'Ellington, qui a l'audace d'enregistrer ces duos à temps. Avec l'orchestre, il a soin de mettre Blanton en valeur, en plaçant un micro devant la contrebasse.





Une transcription, dommage qu'on n'est pas l'harmonie, le chiffrage d'accords (je retrouverai si pas flemme)







Arrow


Voilà pour quelques graves jalons, avant de présenter quelques figures marquantes sur l'instrument.


Slam STEWART

Il doublera ses solos à l'archet en scat singing à l'octave













Il n'était pas qu'un rigolo, à preuve il accompagne Lester Young, Fats Waller, Errol Garner, Coleman Hawkins... et participe au trio d'Art Tatum




Son quintette, en 1945, sonne plus moderne que classique. L'occasion d'entendre Red NORVO au vibraphone, futur compagnon de Mingus, Tal Farlow, Jimmy Wyble (cf fil La guitare comme un piano)...



Slam Stewart et Norvo avec Parker et Gillespie en 1945, sur un blues en tempo medium lent. Les familiers de Paul Chambers avec John Coltrane ou Miles sauront d'où venait sa manière archet + voix.



Un peu plus vite, Groovin High. La rythmique reste classique sur ce bebop des débuts. Cosy Cole est aux drums, loin des évolutions apportées par Kenny Clarke.





Major HOLLEY

Comme Slam Stewart il double l'archet à la voix, mais lui à l'unisson...

Une belle rencontre entre ces deux grands du bas. En stéréo (chez moi) Stewart est à gauche, Holley à droite.





Avec Coleman Hawkins ts, Tommy Flanagan p Ed Locke d Smoke gets in your Eyes



Une équipe comparable (avec Flanagan aux claves !) assume la mode bossa, Coleman Hawkins ts, Howard Collins, Barry Galbraith guitar, Eddie Locke dms, percussion, Willie Rodriguez percussion, Manny Albam arranger





Avec le batteur Akira Tana





Impossible de parler contrebasse et pas de



Willie DIXON





Dans le style de Chicago Blues dont il est un des inventeurs et un pilier, ici avec John Watkins guitar Carey Bell harm. Butch Dixon piano C. Jackson drums Freddie Dixon vocal



I Am the Blues (1970) Full Album





Yen a ki protest, C pa du jazz...

Willie Dixon avec Grant GREEN, 1960 (Full Album)



Yen a ki diz C pa classic jazz... Ki zail se f...



You make me Nervous ! Heureusement que Memphis Slim est un calme...







Je ne passerai pas en revue l'histoire dans le jazz 'classique' de tous les instruments. J'ai voulu faire ressortir une évolution, des continuités plus que des ruptures au sein du jazz classique et entre lui et le jazz moderne; on l'a vu aussi, avec le blues, via Willie Dixon et Memphis Slim. Un contrebassiste illustre parfaitement ce passage, un musicien modeste mais de fait incontournable du swing au bop et bien au-delà

George DUVIVIER sa discographie

Dès 1939 avec Coleman Hawkins

Avec Bud Powell et Art Taylor, 1956





En 1956 avec Jim Hall et Chico Hamilton





Dans une reprise en 1958 For Dancers Only de Lunceford, avec l'arrangeur/leader Sy Oliver et le batteur Jimmy Crawford





En 1961 avec Eric Dolphy, Ron Carter Cello, Roy Haynes Drums





En 1962 avec Hawkins, Shelly Manne et Hank Jones





En 1963 avec Paul Gonsalves et Kenny Burrel





Avec George Benson en 1973 sur All Blues de Miles





etc. etc.

Vidéo, 1984 avec Johnny Smith (g) récemment disparu, et Alan Dawson, "le professeur de Tony Williams", la reprise d'un solo de baryton par Harry Carney





Merci, Monsieur Duvivier, pour nos discothèques


peace


Dans ce parcours certes déséquilibré, insister sur batteurs et contrebassistes, c'est proposer une autre écoute de cette musique qui ne les met pas nécessairement en valeur, alors que l'évolution de leur jeu, musicalement et techniquement, constitue le fil rouge de celle du jazz. Et quoi qu'il en soit, les solistes, on n'y échappe pas... Nous avons rencontré chemin faisant presque tous les protagonistes importants de cette période du jazz.

Je reviendrai sur les grands figures de ce jazz d'avant le be bop, avec quelques chef-d'œuvres incontestables Quoi, yen a des qui...

Mad