Ted GREENE, le pédagogue des pédagogues

 

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        5.7. Jazz : Techniques et instruments
Ted GREENE, le pédagogue des pédagogues 
Ted GREENE
 
(suite de Jimmy WYBLE) Cette innovation de Wyble ouvre des portes non seulement au contrepoint, mais à toute technique ligne de basse + accords et mélodie.

Pour ma part, c'est avec Ted GREENE que j'en ai découvert une potentialité, non qu'il l'utilise lui-même mais par son travail de classement de toutes les séries d'accords possibles sur une guitare, le V-system, ou V signifie Voicing ou Voicing Group. J'en ai retenu, au-delà des séries évoquées bien connues, deux ou trois autres intéressantes à traiter "à la Wyble". C'est l'objet du post suivant.

Je signale que Ted Greene s'est aussi intéressé au contrepoint. Il a consacré de nombreuses pages au contrepoint baroque ou néo-baroque sur la guitare.

Je termine ce post avec un Medley de standards de 10 mn par TED GREENE sur sa Telecaster à faire frémir les inconditionnels de Archtop Guitar Jazz, mais quel son, et bonjour l'environnement...



Je laisse donc apprécier toutes les techniques que Greene utilisait en solo de guitare. Si j'en ai le loisir, j'y reviendrai peut-être... Mon objet n'est pas de traiter, par exemple, les chords melodys, utilisés aussi par nombre de guitaristes en accompagnement avec basse, ou en solo accompagné (ne serait-ce que Wes Montgomery...).
 
 
scratch


Impossible d'en parler de façon complète, et ce n'est pas le sujet. Je concentre cette intervention sur l'utilisation de quelques séries répertoriées par Greene dans son V-System, au-delà des précédentes évoquées, qui y figurent également. Je reconnais focaliser sur ce que j'ai retenu. Je reviendrai ultérieurement sur Joe PASS, Lenny BREAU et les continuateurs contemporains de Van EPS / Jimmy WYBLE.

Quelques remarques préalables :

1) La plupart des accords rangés en séries logiques par Greene étaient connus avant lui. Il a systématisé d'une part les renversements par sets de cordes, indiqué d'autre part comment l'on passe d'une série à l'autre, ce qui intéresse la technique dont je parle, la vision et la connaissance immédiate des accords possibles sous les doigts.

2) Greene, la plupart du temps, n'utilisait ni les partitions ni les tablatures, mais des diagrammes figurant les accords sur la guitare, avec le cas échéant toute une symbolique de signes pour indiquer les déplacements de notes et leur ordre... C'est aussi pratique que parfois lourd. Dans le cas de Greene, l'inconvénient rencontré (déjà dans son bouquin des années 70 Chords Chemistry, qu'il a dépassé par la suite), c'est qu'avec sa Telecaster, il doigte souvent très haut (côté chevallet) sur le manche des accords jouables de préférence plus près de la tête sur une guitare à caisse, ArchTop, classique... Il faut donc trouver les équivalents de ses enchaînements sur d'autres set de cordes. Selon la guitare utilisée, il y va du son notamment du sustain, qui est capital quand on joue dans ce style. Sur une solidbody, on a moins de problème de sustain en montant sur le manche, et inversement sur une archtop; c'est aussi un problème de cordes et de micros.

3) On peut toujours reconstituer un accord d'une série à partir du même d'une autre série. C'est ce que font couramment tous les guitaristes utilisant un grand barré et ne jouant que certaines cordes avec saut ou pas, du fait d'octaves répétées. Encore faut-il s'assurer qu'on a bien constitué un accord de quatre sons complet de type 1 3 5 7 (c'est pas obligatoire, mais dans la logique de ce dont je parle).

Pour comprendre la logique du V-system, il faut s'y plonger soi-même, et toutes les explications sont fournies sur sa genèse... Ces éléments ne sont pas indispensables dans le cadre présent.

J'indique la correspondance dans le V-System des séries évoquées précédemment, et les quelques autres séries que je trouve fécondes (parmi 13 !) dans le contexte de ce fil (ce n'est pas exclusif).

La série V 1 correspond à l'empilement par tierces, type piano, 1 3 5 7 ou do mi sol si et renversements. Elle est bien connue pour être la base du jeu de Johnny SMITH dans Moonlight on Vermont... Elle a l'avantage de sonner très 'piano' (sans basse) mais l'inconvénient de positions ou renversements difficiles ou impossibles à jouer sur une guitare.

Greene donne les réalisations pour les trois sets de cordes (guitare 6 cordes), voici 'le top' (cordes les plus aiguës)

La série V 2 correspond aux accords sur quatre cordes consécutives dont j'ai parlé, couramment utilisée en jazz

Réalisation pour le set de cordes intermédiaire 5432 (guitare 6 cordes)

La série V 4 correspond à celle dite plus haut "basse détachée", elle est couramment utilisée en bossa-nova (façon jazzeux) et accompagnement guitare sans bassiste.

Réalisation sur le set du bas (6x543)

Parenthèse sur les types d'accords à quatre sons

Greene en répertorie 43, dont XM7 Xm7 X7 Xm7b5 X6 Xm6 Xdim7 XmM7 etc.
The 43 Four-Notes Qualities

Les séries ne présentent bien sûr pas la réalisation de toutes ces "qualités" pour une fondamentale donnée... Une fois compris comment ça marche, on les (re)constitue soi-même, ce qui est préférable pour jongler avec les degrés d'accord sur le manche, savoir où est la quinte, la tierce, la septième dans tel renversement. À moins d'une oreille harmonique et mélodique infaillible, cette connaissance s'avère indispensable dans l'approche dont je parle.

La série V 5 est passionnante pour un jeu solo à la Wyble, parce qu'elle comporte deux notes "graves" séparées de deux notes "aiguës. Sur la 6 cordes elle se joue soit 65x32 soit 54x21. Sur une 7 cordes s'ajoute le set 76x54. En fait une note de la série V 2 est déplacée d'une octave vers le bas.

Réalisation sets haut et bas guitare 6 cordes

Cette série d'accords, qui sonnent très richement en eux-mêmes, a l'avantage, si l'on évite les plus aiguës, de fournir deux points d'appui à la constitution de lignes de basses, pendant que le voicing de deux notes plus haut permet de compléter l'harmonie et/ou de jouer la mélodie sur cette ligne. C'est une utilisation de la technique de Wyble que celui-ci ne signale pas à ma connaissance. C'est d'autre part une autre manière de construire des Walking de guitare basse+ accord que les plus couramment utilisées, donc d'éviter de tomber toujours dans les mêmes plans. Pour dire juste, c'est une autre façon de les concevoir, une autre vision... mais tous les chemins mènent à Rome.

Les séries V 6 et V 7 correspondent aux mêmes étagements que V 1 et V 2, dont la note la plus basse serait baissée d'une octave. On a un saut de deux cordes consécutives, celle de LA et RÉ sur une 6 cordes. Accords d'amplitude très large donc, tout indiqués pour le jeu en solo sans basse. Je me contente de donner les réalisations

La série V 10 possède le même intérêt que la série V 5, à la différence près qu'elle a une plus grande amplitude, et un saut de 2 cordes consécutives, celles du milieu sur une 6 cordes, set 65xx21. Sur la 7 cordes s'ajoute 76xx32.

On peut ajouter une série n°? pour la 7 cordes, avec saut de trois cordes du milieu : 76xxx21 Si elle n'a rien d'anecdotique, elle demande quand même du travail de main droite (pouce-index en bas, majeur-annuaire ou annuaire-auriculaire en haut par exemple).

Greene nous indique comment passer d'une série à l'autre

Remarques :

- une série ne correspond pas nécessairement à tel saut de cordes. Parfois d'autres réalisations sont possibles.
- Nonobstant sa présentation pour la guitare, le V-system est valable dans son principe pour toute réalisation harmonique à quatre sons (claviers, arrangements...).


Parenthèse sur la 7ème corde accordée en LA ou SI

On peut ajouter que Ted Greene ne jouait pas de 7 cordes mais, en ayant essayé une, il a considéré qu'il valait mieux accorder la 7ème en SI, plutôt qu'en LA, de sorte de retrouver les mêmes intervalles de quarte qu'entre les autres cordes (except la tierce 32). C'est personnellement à quoi j'ai abouti avec cette approche. Quand je jouais en trio sans basse dans les années 80, j'utilisais l'accord en LA. Après un break sans guitare d'une quinzaine d'années, j'ai entrepris de refaire ma technique avec l'accordage en SI. Sans cela, ce que je viens d'exposer est incontestablement plus lourd à manier, vu le changement pour les intervalles de sixte, de dixième etc. Pour compenser la perte d'un ton dans le grave, j'ai accordé toute la guitare un ton plus bas, comme un instrument en Sib (clarinette, tenor, trompette...). Les doigtés de gammes sont les mêmes sur les 5 cordes d'en bas. On perd l'avantage de la même note- même frette sur les cordes 7 et 5, mais on gagne une double octave entre 7 et 2, comme entre 6 et 1, ce qui s'avère très pratique pour le jeu solo...

On retrouve le même accordage que sur les 7 cordes utilisée en Hard, avec les Power Chords etc... mais pour une toute autre raison.
 
bounce
 
J'en reste là concernant mon croisement perso des apports de Jimmy Wyble et Ted Greene. Je reviendrai sur d'autres aspects dans la section Votre pratique instrumentale. Dans les prochains posts, j'aborderai brièvement le style basse+accord+mélodie chez Joe PASS et Lenny BREAU, un aperçu des guitaristes utilisant en jazz la technique classique sur une guitare classique (Laurindo ALMEIDA, Charlie BIRD, Bill HARRIS...), avant de présenter quelques guitaristes actuels de cette lignée "comme un piano".