le jazz 'pour les nuls', d'un savoir écouter

 

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Comment écouter le jazz ? ('pour les nuls')

Message par Patlotch le Mer 9 Oct 2013

Dans ce topic, je vais essayer de donner quelques pistes pour l'écoute du jazz. Cela ne s'adresse pas aux musiciens confirmés (encore que...) et peut dépasser mes propres capacités...

En amateur pendant une dizaine d'années avant d'apprendre le jazz, la guitare, je pouvais écouter des blues de toutes sortes sans savoir et sans me préoccuper de cette grille d'accords particulière sur douze mesures. J'étais vaguement conscient d'un standard de structure AABA tournant sur 4 fois 8 mesures avec un pont (B, Bridge, Middle Part...), et je m'émerveillais que les musiciens, tout en 'improvisant' se retrouvent ensemble, s'arrêtent ensemble ici ou là. Au début je n'avais pas compris qu'ils faisaient tourner la grille (AABA AABA etc.), les solos étant distribuées sur une grille (succession d'accords constituant la trame harmonique du morceau) entière ou, dans le jazz classique vu la durée limitée des disques 78T à 3-4 mn, chacun 8 mesures où le musicien devait donner le meilleur de lui-même (parfois des chefs-d'œuvre autant que des chorus de plusieurs minutes dans le jazz moderne, grâce au LP 33T, qui changera la musique elle-même, cf Miles, Coltrane...).

Je commence par reproduire ici le post JazzDrummersResource 52 Licks

> http://www.youtube.com/results?search_query=JazzDrummersResource&oq=JazzDrummersResource&gs_l=youtube.3...10515.10515.0.10911.1.1.0.0.0.0.52.52.1.1.0...0.0...1ac.1.11.youtube.-frqJQlWc_0

Max Roach, Elvin Jones, Jimmy Cobb, Ben Riley, Lewis Nash, Tony Williams, Joe Morello, Art Blakey, Roy Haynes, Bill Stewart, Steve Gadd, Greg Huitchinson, Danny Richmond, Tain Watts...

Le batteur qui explique ces "plans" les choisit dans le contexte précis d'un morceau et d'un disque de chaque batteur.

Ce n'est pas ma pratique instrumentale ni mon instrument, et les batteurs connaissent généralement ces vidéos...
Je trouve très intéressant, musicien ou non, de les regarder (comme pour d'autres instruments), parce qu'au-delà de la technique proprement dite, cela forme l'oreille pour reconnaître les batteurs, écouter et apprécier les disques avec une autre écoute.

Pour les musiciens non batteurs, il y a toujours à apprendre des rythmiciens, en venant à la base de figures avec un nombre limité de sons, qu'on peut ensuite appliquer à des mélodies.

Voici une distribution particulière de la figure paradiddle diddle, empruntée à Joe Morello (la distribution, pas le "rudiment"*), le virtuose du Dave Brubeck Quartet. Une figure au départ plutôt simple, mais dont la distribution en différents sons fait tout l'intérêt.



* Pour les rudiments de batterie, voir sur mon site > http://patlotch.free.fr/text/1e9b5431-1334.html
Quand je dis "les nuls", c'est évidemment sans mépris aucun. Encore que, les cordonniers sont parfois les plus mal chaussés, et, si j'en crois ce que je lis sur les forums américains, l'incompréhension du jazz est plus fréquente chez les musiciens prétendant savoir que chez de simples amateurs aux oreilles ouvertes. En ce sens j'apprécie beaucoup que sur son profil, à "votre instrument", Gromit ait indiqué "l'Oreille".

Une des dimensions les plus importantes dans le jazz est le son que chacun tire de son instrument. Hé bien, vous pouvez vérifier sur les forums, les musiciens n'en parlent jamais, ou seulement par l'intermédiaire des "marques" de guitares, d'amplis et autres pédales... (je suppose aussi des constituants de la batterie, de marques de saxophones...), bref comme dans les discussions sur les bagnoles. Du matos ! du matos ! du matos ! Tous savent fort bien qu'un musicien célèbre se distingue par son propre son, et qu'on le reconnaît quel que soit le matériel qu'il utilise, il n'empêche... C'est le grand refoulé. C'est d'ailleurs davantage une qualité masculine que féminine, que se répandre en considérations sur le matos, on en conviendra.

J'ai eu un prof de bass (contrebasse) qui m'a fait travaillé le son (et le tempo, ou plutôt la conscience du temps, sur le temps, avant le temps, après le temps...) pendant des mois... sur quelques notes, à 60 la noire, une note par mesure (cad toutes les 4 secondes!)

Voilà ce qu'en dit Ron Carter, dans ses réponses à Marcus Miller (comme il est fastidieux de tout recopier, je conseille vivement l'achat de ce numéro de JazzMagMan

Marcus Miller : ceux qui ont pris des cours avec vous racontent que vous consacrez beaucoup de temps à leur faire trouver le bon son. Mais vous-même, est-ce ainsi que vous y êtes arrivé, en travaillant spécifiquement sur le son ?

Ron Carter : Chacun y parvient à sa manière, mais il est vrai que j'insiste beaucoup auprès de mes étudiants pour qu'ils trouvent un son qui leur soit propre. C'est l'une des premières choses dont je leur parle dès le moment où ils sortent la contrebasse de son étui [...] il est très important d'avoir à l'oreille le son que tu désires faire tien, afin d'être capable de le produire sitôt que tu saisis l'instrument. Ainsi je leur fais jouer juste une note, et chaque fois qu'ils jouent cette note dans mon petit studio, ils la jouent trop dur et trop fort. La première chose qu'il me faut leur dire, c'est toujours : "Jouez pour le studio, pas pour les voisins!" Ils finissent par comprendre qu'ils peuvent produire un son sans "cogner" l'instrument...

S'en suivent des considérations sur la façon dont le son est produit par une contrebasse, et le fait que jouer trop fort ruine la directivité des sons qui en sortent, tant et si bien qu'on les entend moins clairement... L'interview est truffée de considérations de ce genre, sur la mise en place rythmique aussi, dont les conseilleurs en jazz des forums spécialisés ne parlent pour ainsi dire jamais, et ceux qui savent ne parlent pas...