WYBLE Jimmy, guitare, théoricien

 

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WYBLE Jimmy, guitare, théoricien 
Jimmy WYBLE

Ce guitariste est curieusement occulté des histoires du jazz (il ne figure pas dans Le nouveau dictionnaire du jazz de Carles, Clergeat, Comolli, il est très peu référencé dans les histoires de la guitare de jazz). Je pense que cela tient au fait qu'il ne s'est pas exprimé dans ce seul courant musical, et que depuis la fin des années soixante, il se consacre davantage à la pédagogie, guitariste pour guitariste, comme on dit... Il avait quand même "le niveau" pour entrer chez Benny Goodman ou accompagner Sinatra...

Il est sans doute plus connu dans le genre country, western swing, dès les années 40, avant d'entrer chez Red Norvo (où il succède à Tal Farlow et Barney Kessel). Quelque chose se recoupe avec l'influence de ce style dans le rock (ex Chuck BERRY).

Néanmoins, tous ces guitaristes se connaissaient, parfois se fréquentaient (Van EPS, Chet ATKINS, Lenny BREAU, Ted GREENE...) ou jouaient ensemble pour des shows télévisés.

Avec le trio de Red NORVO (souvent des tempos ultra-rapides), dans un film, alors qu'il joue ici au médiator, et n'a pas encore inventé sa technique contrapuntique de deux lignes improvisées simultanément. À en juger par cet extrait de film, il est assez proche de Barney Kessel, qui l'invitera pour un disque de son quartet, Swing Guitars. C'est la façon typique à l'époque de jouer les accords au médiator, vers le haut ou le bas suivant le son requis.



Il regroupera au début des 50' un quintet avec accordéon, et y reviendra dans un enregistrement de 1977




À noter qu'il utilise au début du morceau la technique d'improvisation à deux voies qu'il a inventée, avant l'entrée de l'orchestre, où il semble se débrouiller assez bien en "single notes" au médiator. À noter aussi son sens harmonique avancé, puisqu'il "inventera" une forme de gamme quasi-diminuée avant la lettre, assez proche des modes altérés "officiels" dans la pédagogie du jazz.

L'art de l'improvisation à deux voies'

Passons aux choses sérieuses Confused en revenant à notre sujet. Wyble développe à partir de la fin des années 60 une technique guitaristique d'improvisation à deux voies, et écrit nombre d'études alors publiées dans deux recueils
 
WYBLE Jimmy, guitare, théoricien
 
 
WYBLE Jimmy, guitare, théoricien


Nombre de ces études sont aujourd'hui accessibles (gratuitement) en ligne, grâce aux soins de son disciple David OAKES. Sur la page qu'il consacre à son maître, on trouve des exercices simples ou complexes conduisant progressivement à assimiler ce style. Les exemples sont pour la plupart en partitions, pistes audio. On trouve également sur le net nombre de vidéos pédagogiques (Sid JACOB...) ou de guitaristes, souvent classiques, interprétant ces études. Fouiller...

Quelques apports essentiels de Wyble à la technique de guitare

Je suis loin d'avoir fait le tour de ce que Wyble place dans ses études, donc pas compétent pour en parler de façon exhaustive. À la question de savoir comment utiliser ses trucs, il répondait lui-même de les apprendre, que peu à peu ils viendraient enrichir le jeu. C'est très très ouvert, et ne se limite pas à ce qu'il en faisait lui-même, qui peut paraître à certains décevants (dans les vidéos, il a 85 ans...).

Je vais à l'essentiel, avec des trucs dont j'essaye de me servir dans le principe, pas forcément dans la forme. On trouve naturellement les gammes en intervalles avec des développements harmoniques, un peu comme chez Van Eps, et qui ne leur sont pas propres (on trouve ça en classique).

La principale différence avec Van Eps, c'est qu'une des techniques de Wyble consiste à partir des accords de quatre sons, doigtés main gauche avec quatre doigts (presque jamais de barrés), et joués main droite avec quatre doigts (p i a m). Disons les accords bien connus dans le jazz, soit sur quatre cordes consécutives (sets 6543, 5432, 4321), soit avec un saut dans le grave, type bossa (6x543, 5x321). Naturellement, avec la sept cordes s'ajoute pour ces séries 7654 et 7x543. Le principe peut évidemment être étendu à d'autres sets, j'y reviendrai. Le but est d'avoir un maximum d'indépendance entre les doigts main droite comme main gauche, et de pouvoir jouer simultanément ou alternativement toutes parties de ces accords.

Un point commun est qu'ils indiquent les deux manières d'introduire des notes de passage entre deux intervalles, triades ou accords : diatonique en suivant la tonalité environnante, ou chromatique... comme dans la construction d'une ligne de basse.

Une des manières, partant d'un accord de quatre sons disons sur le set 4321, et de jouer séparément les doubles cordes 4x2x (avec pouce et majeur droits), et x3x1 (avec index et auriculaire). Avec une technique "cinq doigts main droite", on bénéficie de possibilités multipliées, par exemple sans le pouce sur des accords dans les cordes aiguës, libérant le pouce pour les basses tout en conservant le jeu contrapuntique. C'est à dire qu'on développe, quand on peut le maîtriser musicalement, un contrepoint à trois voies, ou du moins, un jeu basse accord mélodie plus complet et souple que d'autres approches plus connues des guitaristes de jazz [je tâcherai d'indiquer les exercices relatifs sur le site de David OAKES, mais qui ça intéresse peut le trouver facilement].

Une approche simple de cette technique contrapuntique est donnée par le Suisse Claude VOIT, en deux pages : Poly-rythmes pour la guitare où se reconnaîtront les familiers des solfèges indépendance/polyrythmie de d'Agostini.

Naturellement (ce que Voit ne dit pas), selon ce qu'on joue, et notamment des triolets, l'alternance des doigts droits se trouve inversée. Au lieu des groupes pm (pouce/majeur) et ia, on a pa et im... Ce qui suppose de travailler les deux... le mieux étant de commencer cordes à vide. Même chose avec cinq doigts, la difficulté étant de développer l'auriculaire (pinky). Pour ça, excellente méthode, jazz ou classique, que celle de Charles POSTELWATE, Right-Hand Studies for five fingers
 
study
 
 
Jimmy WYBLE's two lines improvisation (suite)

Quelques exemples éclairant ce qui précède :

- Le principe partant d'un accord sur quatre cordes consécutives est expliqué clairement ici, avec diagramme, partition et doigtés

Two Lines Primer David Oakes

La page ci-dessous développe le traitement en contrepoint des gammes et arpèges, ça commence très simplement...

A Lesson on Contrapuntal Scales and Arpeggios id.

- Le traitement d'une gamme d'accords avec basse détachée selon le principe évoqué pm ia :

A Lesson from Jimmy Wyble

Noter que Wyble a donné cette leçon au Musicians Institute en 2008, à 86 ans !

- Sans aller plus loin voici une explication de l'étude 1 où l'on retrouve ces techniques, et d'autres...

A Synopsis of Etude #1 David Oakes Piste audio

- Pour terminer ce post, quelques principes de contrepoint pour guitare électrique ou classique antérieurs à la publication du livre, basé sur les gammes diminuées ou altérées, le doigt-pivot, les déplacements d'octave, enchaînements d'accords selon ce principe...

Contrapuntal Concepts for electric and classical Guitarists

"Remember 4 notes - four fingers in both the right and left hands"

salut
 
Ce qui suit est davantage liée à la façon dont je tente d'utiliser ce matériel, dans la mesure où il faut faire des choix, sinon risquer de s'y noyer (je consacrerai ultérieurement des posts de ce fil à Joe PASS, Lenny BREAU, et quelques continuateurs actuels de Van EPS / Jimmy WYBLE).

Ce que j'ai retenu de déterminant chez Wybles, c'est le fait d'utiliser deux doigts pour chacune des deux voies en contrepoints. Corollaire, on utilise toujours deux doigts pour la voie la plus grave, donc éventuellement pour la ligne de basse. Si on joue à cinq doigts main droite, il en reste trois pour accords et mélodie...

Ce n'est pas le cas dans la technique classique (du moins la plus fréquente et hors morceaux particuliers, à mon peu de connaissances), puisque le plus souvent, seul le pouce est utilisé, et c'est aussi le cas chez la plupart des guitaristes de jazz s'exprimant en solo intégral. L'exception de la technique hybride (médiator entre pouce et index, 2 ou 3 autres doigts pour le reste) s'y ramène, avec l'avantage de l'aller et retour, mais difficile à maîtriser sur les basses avec accords.

Cette innovation de Wyble ouvre des portes non seulement au contrepoint, mais à toute technique ligne de basse + accords et mélodie.

Pour ma part, c'est avec Ted GREENE que j'en ai découvert une potentialité, non qu'il l'utilise lui-même mais par son travail de classement de toutes les séries d'accords possibles sur une guitare, le V-system, ou V signifie Voicing ou Voicing Group. J'en ai retenu, au-delà des séries évoquées bien connues, deux ou trois autres intéressantes à traiter "à la Wyble". C'est l'objet du post suivant.

Je signale que Ted Greene s'est aussi intéressé au contrepoint. Il a consacré de nombreuses pages au contrepoint baroque ou néo-baroque sur la guitare.

Je termine ce post avec un Medley de standards de 10 mn par TED GREENE sur sa Telecaster à faire frémir les inconditionnels de Archtop Guitar Jazz, mais quel son, et bonjour l'environnement...



Je laisse donc apprécier toutes les techniques que Greene utilisait en solo de guitare. Si j'en ai le loisir, j'y reviendrai peut-être... Mon objet n'est pas de traiter, par exemple, les chords melodys, utilisés aussi par nombre de guitaristes en accompagnement avec basse, ou en solo accompagné (ne serait-ce que Wes Montgomery...).
 
 
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